Tous photographes ou mes 4 secondes de célébrité dans un grand musée international

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Tous photographes - Lausanne - 04-03-07

« Tout le monde dans le futur aura 15 min de célébrité », disait Andy Wahrol. Pour ce qui me concerne je viens déjà d’en avoir 4. Certes c’était pas des minutes mais des secondes (et pas une de plus pas une de moins). Mais vous ne m’empêcherez pas d’en être déjà fier comme un paon. Explication.

le Musée de l’Elysée à Lausanne est l’un des plus célèbres musées consacrés à ce que Bourdieu qualifiait d‘art moyen à savoir la photographie.

Sa dernière exposition s’intitule Tous Photographes ! Il ne s’agit pas de monter une exposition de photographies d’amateurs mais plutôt, d’après les organisateurs (professionnels et experts), d’une réflexion sur la photographie amateur.

Tout le monde est ainsi invité à envoyer ses propres images à partir d’un site spécialement dédié à l’opération. Une fois ceci fait. On vous préviendra alors lorsque votre photographie aura été projetée sur les murs de l’exposition (durée : 4 secondes) en vous envoyant par mail la photographie de votre photographie prise depuis une webcam du musée.

Issue de mon compte Flickr, j’ai choisi l’image ci-dessous parce que… j’en sais trop rien en fait, parce qu’elle me parle quoi ! Disons que j’aime bien son mouvement et son petit côté politiquement incorrect oscillant entre "c’est mignon" et "c’est indécent".

Beach Dance - aKa - Creative Commons BY

Toujours est-il que MA photo a été exposée dans un GRAND musée. Bon d’accord ça n’était que du 4 mars à 14h36 au 4 mars à 14h36 et 4 secondes. Et puis, si j’en juge par l’accusé de reception de la webcam, il n’y avait pas l’air d’avoir grand monde devant à ce moment là. Mais enfin bon, tout de même, quelle satisfaction pour mon EGO !

Ceci dit il y a quand même une absence de marque dans le processus : la licence de la photographie.

Le formulaire d’envoi ne prévoit pas en effet de champ licence. On présuppose donc qu’on se trouve donc automatiquement sous le régime du copyright classique (cf les Conditions Générales). C’est plus que dommage parce que l’on se prive là selon moi d’un élément important de cette réflexion globale sur la photographie actuelle amateur (et pas qu’amateur d’ailleurs). Les nouvelles technologies font évoluer la photographie aussi bien d’un point de vue social que du point de vue esthétique. Mais elles interrogent aussi le droit à l’image et le droit sur l’image.

J’aurais apprécié moi affirmer et assumer le fait que ma photographie était sous licence Creative Commons BY. J’aurais aimé pour voir dire que mon image pouvait être copiée, modifiée et vendue par tout un chacun pourvu que ma paternité d’auteur fut respectée. Je pense même que cela aurait pu avoir un certain impact sur le spectateur du musée. Du coup on aurait très bien imaginer trouver à même l’exposition toutes sortes de trucs connexes comme par exemple une borne USB autorisant les visiteurs munis d’une clé à repartir avec les photos exposées de leur choix.

À bien y réflechir, une fois mon narcissisme assouvie, je me dis qu’on a encore loupé une belle occasion de sensibiliser à la culture libre.

Une autre fois sans doute…

12 Réponses

  1. Taupinette

    Parce que c’est un musée de la photographie et non de l’art moderne : ta référence à A. W. ne me semble pas pertinente….
    Il s’agit plutôt de vérifier les vieux critères photographiques du siècle dernier. La photographie est un art, c’est esthétiquement déterminée. Mais est-elle un art devenu "plasticien" en perdant ces anciennes définitions ? Est-elle un art autonome ou bien une servante de l’art au service de la peinture (cf. Beaudelaire).
    Le Musée de l’Elysée mène ici un travail de recherche sur les formes historiques de diffusion de la photographie. C’est donc un retour aux foires et anciens festivals (dans la lignée FIFO) qui ont TOUJOURS supporté la mitoyenneté amateur/professionnel contre l’élitisme.
    Donc ?
    1/ c’est antérieur à Warhol,
    2/ les buts : vérification des critères esthétiques des professionnels dans le flux des amateurs pour construire un discours esthétique sur le numérique par culture savante / culture profane. Ce pour un grand retour du raisonnement dichotomique . ( on va voir revenir l’idée que le photographe pro est celui qui peut assumer un travail de série).
    3/ L’écueil historique allemand de l’expo et l’ouvrage "Le monde est beau" ….par l’image (à nous de nous en contenter) n’est pas loin…..
    C’est une vieille figure romantique qui consiste à mettre en avant le monde des représentations comme seul filtre pour penser le monde. Voir l’attribution du World Press Photo 2006 qui bien le problème.

    Pour la question des droits auteurs, aux risques de polémiquer, elle n’est posable que par /pour un photographe professionnel. Ton déplacement d’intérêt est spécieux…
    Cordialement.

  2. Jtps

    Le droit d’auteur, ce n’est que pour les "pros"… ???
    Ou plutôt les "pros", c’est des amateurs qui réussissent à transformer les droits qu’ils ont en tant qu’auteurs, en rémunération ?

    Je penche plutôt pour la deuxième interprétation, et reste très surpris du commentaire précédent !

    Jtps.

  3. ComputerHotline

    Vous dites :
    "Ceci dit il y a quand même une absence de marque dans le processus : la licence de la photographie.
    Le formulaire d’envoi ne prévoit pas en effet de champ licence. On présuppose donc qu’on se trouve donc automatiquement sous le régime du copyright classique (cf les Conditions Générales). C’est plus que dommage parce que l’on se prive là selon moi d’un élément important de cette réflexion globale sur la photographie actuelle amateur (et pas qu’amateur d’ailleurs)."

    Il faudrait leur suggérer la modification à faire.

  4. Taupinette

    Je suis désolée mais je persiste.
    1/ Vous faîtes une énorme confusion entre le besoin que le musée a de se prémunir contre le DROIT à L’IMAGE en une reconnaissance de DROIT D’AUTEUR.

    2/ Il n’y a de DROIT D’AUTEUR que pour des AUTEURS… Terme qui historiquement définissait : artiste, pros (ou comme vous voulez pour la désignation). C’est un glissement de sens qui crée la confusion générale.

    Ce n’est pas parce que vous soignez votre gosse malade d’une bronchite que vous devenez médecin pro…. Vous n’allez pas demander une rémunération pour cela !
    C’est pas compliquer à comprendre !

    Revendiquer des DROITS D’AUTEUR, hors du métier c’est adopter la position d’un laboratoire pharmaceutique qui veut breveter l’ADN d’une plante. Un laboratoire est hors champs de l’invention terrestre, si vous me permettez cette expression.

    Votre attitude ne fait que légitimer les grands capitaux de la presse et de la propagande par l’image qui refusent de payer les DROITS qui aujourd’hui rémunèrent la Production d’une image précisément sous couvert de vos arguments fallacieux.
    Faire comme si cette "bataille" des nerfs que subisse les photographes n’avait aucune conséquence devant le bien fondé d’une idéologie du libre est spécieuse.
    Libre à vous de la revendiquer certes, libre à moi de la contester et de vous dire pourquoi.
    En effet, je ne pense pas que le libre puissent s’asseoir sur une montagne de cadavres !!!
    Présupposez un peu moins et soyez conscient de l’effet de vos actes hors de votre particulier !!
    Coucou vous n’êtes pas tout seul sur cette planète.

    De plus parler de Licence Photographique est un non-sens qui ne fait que rélèver votre ignorance historique. Les français via ARAGO ont fait don à l’humanité de l’invention du médium !!!!
    Il n’y a pas de concept LICENCE en photographie depuis 1839 !!
    Cordialement,

  5. Taupinette

    Il est quand même malheureux que le médium photographique pionnier du libre soit attaqué par ceux qui pensent aujourd’hui en être les découvreurs….

  6. Sylvain Maresca

    Je suis sociologue, je m’intéresse aux images et plus parfticulièrment à la photographie.
    Il se trouve que j’ai étudié en détail la première exposition d’importance qui avait été consacrée à la photographie amateur en France : "Photos de famille", présentée sous la Grande Halle de la Villette dans le cadre du Mois de la Photo 1990 (cf. mon article : "L’esthétique involontaire : ethnographie critique d’une exposition", revue L’ethnographie, n° 120, automne 1996, p. 179-194).
    Or, ce qui me frappe en lisant les commentaires que suscite l’actuelle exposition du Musée de l’Elysée, c’est que la technologie a changé, mais le dispositif demeure le même : projeter en continu des photos d’amateurs. Ici, par le biais d’un vidéoprojecteur, à Paris au moyen de bons vieux projecteurs de diapos. Ce n’est pas sans rappeler les projections diapos qui ont émaillé tant de soiries entre amis du temps des traditionnelles photos de vacances ! Certes, dans l’une et l’autre exposition, Il y a également des photos exposées sur des cimaises, à l’égal d’oeuvres d’artistes : toute la question est alors de savoir ce qui leur vaut cette dignité, qui en décide et selon quels critères. Mais il est tout de même caractéristique que la projection d’un flot d’images anonymes demeure un dispositif central dans ce type d’exposition, comme si la photo d’amateur ne pouvait être traitée autrement que comme un matériau, un fluide à la limite indistinct. Et si jamais s’en dégage une esthétique – car bien là toute la question : sommes-nous devant une invention radicale ou bien devant la énième répétition de l’existant ? -, elle ne serait pas due aux amateurs eux-mêmes, mais aux spécialistes éclairés qui auront su pêcher dans ce flot quelques perles méritant la consécration éphémère du musée. C’est une curieuse opération celle qui consiste à faire entrer au musée la photo d’amateur car elle requiert, en quelque sorte, de priver d’abord celle-ci de toute qualité pour mieux pouvoir ensuite la réinventer selon des critères savants (notamment esthétiques) supposés par principe étrangers aux photographes anonymes.
    La nouveauté aujourd’hui réside peut-être dans la réactivité de ces anonymes jugés un trop vite ignorants des enjeux muséaux. Dans l’exposition de 1990, les amateurs n’avaient pas eu leur mot à dire, mais j’en avais rencontré certains qui se plaignaient amèrement du traitement infligé à leurs photographies. Aujourdh’ui, ceux qui ont envoyé une photo au musée de l’Elysée réagissent quasiment en direct et c’est très bien ainsi. Le débat qui s’engage permettra peut-être de faire progresser la manière contradictoire et souvent peu respectueuse dont beaucoup de commissaires d’exposition considèrent et retraitent les photos d’amateurs.

  7. Pour répondre à Taupinette:

    Que je sache, l’auteur d’une image, ne fût-il pas pro, a un plein droit de regard sur ce qui est fait de son image… or c’est le principe du copyright, sur lequel repose le principe de licence libre. Le copyright d’aKa lui donne le droit de décider du statut de son image, et s’il désire la mettre sous licence libre.
    Ce que tu dis est insensé ! Tu affirmes que les amateurs n’ont aucun droit de regard sur les conditions d’utilisation de leur propre production… mais si, ils ont ce droit.

    Ta critique est déplacée et plutôt… injurieuse, oui, injurieuse. À te lire, on croirait que le libre tue le propriétaire et que les amateurs produisent exclusivement du domaine public…

  8. Taupinette

    Pour Mr PI.
    Le copyright est strictement opposé aux droits d’auteur. Vous faîtes un grave amalgame.
    Le COPYRIGHT repose sur le pouvoir de l’argent et du plus fort. Il est de législation américaine. Il consiste à dire (grosso modo) que le propriétaire absolu et unique est celui qui a acheté le matériau. Il peut même détruire les négatifs qui sont sous son copyright.
    C’est ce qui permet la concentration des pouvoirs sous un label copyrighté.

    Et c’est bien le problème de la micro-informatique, invention américaine privé et militaire (tjrs grosso modo) qui n’a jamais été donné par ces créateurs à l’humanité.
    (c’est d’ailleurs la raison pour laquelle je pense que l’info n’est PAS un médium en dépit de la propagande autour du sujet. Mais c’est un autre débat)

    Et c’est bien un problème politique et diplomatique puisque le musée Getty, par exemple, achète, sous copyright, à tout va, pour entérrer la multiplicité des vision et pour pouvoir ne diffuser QUE de la photographie relevant de son idéologie.
    Idem chez Bill G : je vous recommande la lecture d’un texte de Allan Sekula (photographe) sur la stratégie de l’image chez Ms dans "Titanic waves".

    C’est un problème bien connu en histoire de la photographie. En effet, Eugène Adget était inscrit dans tous les musées américains comme étant américain alors même qu’il n’y avait jamais mis les pieds : ils voulaient entériné le fait que les USA détenaient la majorité des négatifs et donc qu’il n’y avait pas de Droits d’Auteur et de mémoire à préserver.

    Le droit d’auteur est radicalement opposé à cette conception. Beaumarchais (un professionnel d’une "branche de la représentation, le théâtre) l’a même inventé précicément contre ce pouvoir totalitaire. Il s’agit de reconnaitre que tous écrits est une pensée et que cette pensée n’est pas absolue et mystique venant d’un diffuseur incontestable (le monarche, l’eglise ou la tyrannie fantaisiste des ignorants, désolée c’est historique) mais revient à un auteur qui porte une reflexion sur son époque aux travers de l’outil REPRESENTATION. (Voir la définition épistémo dans le dico de la géographie de Yves Lacoste, Paris, Armand Colin, 2003).
    L’Auteur est une personne professionnalisé dont le travail consiste à créer des formes "artistiques" (ou non : religieuse, mystique, propangandiste etc…) à partir d’une matière première réelle et sociale accessible à tous.
    Ce DROIT D’AUTEUR permet la diffusion vaste de point de vue différents puisque "le pouvoir" reste au final entre les mains d’une multitude d’auteur qui travaillent dans le domaine de la REPRESENTATION.

    EXp : Ce n’est pas la même chose que de demander un choix d’image représentatif de l’Afrique dans une banque d’image Copyrighté américaine que de consulter les images de tel ou tel photographe africain.

    La convention des DROITS D’AUTEUR est politique car elle est signée par près de 200 pays qui reconnaissent cette vision du monde.
    Il s’agit d’une bataille complexe dans laquelle Monsieur "tout le monde" sert d’alibi et de dindon de la farce en lui jouant la corde du sensible et du pathos.

    Si vous voulez bien jouer le jeu de relire Andy Warhol sous cet aspect, vous verrez se profiler tout un discours prosélite en faveur ….. du COPYRIGHT.

    Pour répondre à la contribution de Sylvain, sociologue : Je ne comprend pas bien ton point de vue.
    Si tu vas dans une exposition conçue par des commisaires d’expositions, je vois difficilement comment tu peux leur reprocher de faire leur métier…. Travailler sur la représentation sous un aspect particulier celui de privilégier un sens à un matériau polysémique : la photographie.
    C’est une des première chose à faire en matière de photographie : reconnaître le dispositif de la dicipline qui est en train de se représenter.

    Peut-on reprocher à une chambre syndicale de viticulteurs de ne pas prendre en compte les intérets des fabriquants de bouteilles dans leurs stratégies commerciales ???

    Je suis bien consciente que mon point de vue peut succiter de vives réactions. Je ne me résoudrais pas au politiquement correcte pour autant. C’est une stratégie pour faire taire trop… copyrightée.

    Toujours cordialement,

  9. lililias

    Il y a l’image, le droit -légitime- de celui qui l’a produite, avec toute la formidable polysémie qu’elle porte en elle et qui en même temps lui échappe, et puis il y a les mots que l’on met dessus, dessous, autour, preuves de son existence même.
    Mais quand ces mots eux aussi s’embrouillent dans la polysémie qu’ils véhiculent parce qu’ils font fi des règles de notre langue, là, cela devient encore plus complexe!
    Cela pour dire que les propos de Taupinette peuvent se comprendre …ou pas! tant ils malaxent, malmènent, notre chère langue dans une mixture pas toujours digeste, pas toujours identifiable quant à l’intention réelle de son auteur…. Il me semble que l’argumentation passe aussi par une mise en forme percutante, c’est à dire sans doute, sans ambiguïté…parce qu’elle joue le jeu de la syntaxe?

    Ce n’est pas que je m’énerve, mais en ce moment, je fais une overdose de ces propos qui s’affichent comme porteurs de points de vue à valeur pédagogique, démonstrative ou autre (parce qu’ étayés par des théories – ou pseudo théories?). Prétendant à un certain statut, ils aspirent à la considération, mais affichent une telle désinvolture syntaxique que cela prête à sourire parfois au lieu d’interpeller au bout du compte.
    Alors, je me demande, moi petite prof d’APlastiques, si parfois, une image ne vaut-elle pas mieux que des mots confus?

  10. Taupinette

    Félicitations,
    ça ouvre à la discussion.
    je vais fermer mon caquet puisque je suis la méchante intrigante et manipulatrice contre les gentils.

    ça te gêne que je puisse avoir un point de vue ??
    Il y a les délits de sales gueules et ceux de sales syntaxes. Parfais comme idée du Libre.

    Discussion close donc par sournoiseries.

  11. Bonjour,

    Pour répondre à Taupinette :
    Sans vouloir m’avancer et parler au nom des autres, je trouve que le principal problème de tes textes est qu’ils sont sybillin. Je n’arrive pas à me décider : exposes-tu un point de vue singulier et particulièrement intéressant ou bien es-tu partie dans un délire mystique lié à l’abus d’une drogue ou d’une autre ?
    Malheureusement je suis incapable de tirer partie de tes textes. C’est peut-être bien dommage. Peut-être pas. Relis-tu ce que tu écris ? Si oui, je doit être trop bête pour comprendre. Si non, cela explique bien de choses.
    En tout cas, s’il te semble avoir été mal compris(e) je t’encourage à faire un — titanesque — effort de vulgarisation et à nous réexpliquer les distinctions qu’il faut faire entre copyright et droit d’auteur.

  12. hectorvadair

    Et bien, on dirait que les tenants du droit d’auteur et du copyright s’affrontent pour de bon.
    Pour ma part, qui m’intéresse au sujet en tant que musicien, éditeur, et animateur multimédia, je trouve qu’il manque une chose essentielle dans l’ensemble des débats et sutout dans les tirades techniques de Taupinettte : c’est le terme de "propriété intellectuelle."
    Taupinette tu l’a un peu oublié dans tes propos en ne privilégiant que les termes techniques et en récitant du droit pur.

    Que l’on soit amateur ou pro, ce droit de propriété intelllectuelle est le même, et l’expo en question aurait du par principe citer au moins "l’auteur" de la source.
    C’est tout l’objet de ce questionnement il me semble.
    That’s all folks.