« La connaissance libre nécessite le logiciel libre » J. Wales (Wikipédia)

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J’ai récemment publié sur ce blog un billet, un peu provocateur, sur la relation entre Wikipédia et le logiciel libre : Wikipédia peut-elle rester neutre lorsque l’on touche au logiciel libre ?. Ce que je tentais (péremptoirement ?) de dire c’est que le logiciel libre sera toujours un champ un peu spécial dans l’encyclopédie de part la filiation étroite qu’il existe entre les deux projets, mouvements et communautés. Et de me permettre d’ajouter que cela me convenait fort bien 😉

Dans la liste de mon argumentaire en faveur d’une accointance entre l’encyclopédie et le logiciel libre, on trouvait cette célèbre citation de Jimbo Wales, fondateur de Wikipédia : « Imaginez un monde dans lequel chacun puisse avoir partout sur la planète libre accès à la somme de toutes les connaissances humaines. C’est ce que nous faisons. ».

J’ai voulu aller encore un peu plus loin ici en demandant à notre groupe de travail Framalang de traduire un article du même Jimbo Wales paru sur son blog en octobre 2004 Free Knowledge requires Free Software and Free File Formats qu’il me sembait intéressant d’apporter à un débat qui pour moi n’est pas (encore) clos.

Mais avant cela je voulais témoigner (une nouvelle fois) de mon admiration pour Wikipédia puisqu’il n’aura fallu que quelques jours à l’encyclopédie pour lever la controverse de neutralité sur la page Linux – 9 avril 2007 (Linux aujourd’hui) qui avait servie de pretexte à mon billet.

Cette controverse portait principalement sur un passage ambigu avec usage a priori non factuel des mots maturité et succès :

Wikipédia - Screenshot - Linux - NPOV

Le passage en question a été à ce jour ainsi modifié (9 avril 2007) :

Wikipédia - Linux - 07/04/07 - screenshot 1

Elle portait également sur l’absence de section Critiques sur la page Linux en comparaison notamment avec la page Windows Vista qui elle en avait une (et plutôt deux fois qu’une !). Cette absence n’est plus puisqu’elle est apparue (9 avril 2007) dans l’intervalle en trois paragraphes : Support matériel, Gestion numérique des droits et Sécurité.

Cet épisode est selon moi tout à fait révélateur de l’excellente réactivité et capacité de Wikipédia à résoudre ses problèmes. Après échanges et communication, parfois assez vifs, sur la page de discussion de l’article Linux (exemple 1 : Pourquoi absence d’une section Critiques et exemple 2 : Comment rédiger cette section Critiques), on se retrouve avec le compromis actuel qui n’est certes pas la panacée mais qui est selon moi effectivement bien meilleur que la situation précédente.

On notera que la concertation ne s’est pas arrêtée là. Elle s’est poursuivie sur une page dédiée à la controverse de neutralité de l’article Linux mais surtout mon humble billet a suscité un fort intéressant sondage spontané au sein de la communauté Wikipédia : Neutralité de Wikipédia et logiciels libres.

Au passage, cet épisode est également révélateur pour moi de la difficulté de parler d’un article de Wikipédia à l’instant t de l’auteur qui dans la plupart des cas ne correspond plus à l’instant t+1 du lecteur (d’où la présence des dates et du recours aux historiques des articles pour figer leur contenu).

Toujours est-il qu’en une semaine (à partir de la date d’emission de mon billet le 1er avril), on relève, sur l’historique de la page Linux, 84 modifications réalisées par 17 contributeurs !

C’est aussi et surtout ça Wikipédia. Et le professeur que je suis demeure pédagogiquement impressionné par le produit de cette mise en relation surtout pour un article tel que Linux où le consensus est une douce chimère.

Le simple spectateur de l’encyclopédie qui visite l’article vitrine Linux ne se rend pas forcément compte de toute l’effervescence collective qu’il y a eu dans les coulisses pour aboutir au résultat qui s’offre à lui à l’instant t. Qu’il ait alors l’envie ou la curiosité de cliquer sur "modifier" et il est susceptible de basculer dans une toute autre dimension, un peu comme Alice et son miroir.

Sinon pour en revenir au sondage, il est en cours de vote et je m’en garderai bien d’en tirer la moindre conclusion si ce n’est pour relever que je ne suis pas le seul à m’interroger sur la relation ténue et privilégiée qui existe entre Wikipédia et le logiciel libre. À commencer par son influent et charismatique fondateur Jimbo Wales qui écrivait il y a un peu plus de deux ans sur son blog un billet au titre évocateur Free Knowledge requires Free Software and Free File Formats dont nous vous proposons la traduction ci-dessous (merci Penguin).

Parce que si la connaissance libre nécessite conceptuellement le logiciel libre (et des formats ouverts) alors tout ce qui le favorise n’est-il pas à encourager et ce qui le freine à décourager ?

Wikipédia - Wales's blog - screenshot

La connaissance libre nécessite le logiciel libre et les formats ouverts

Jimmy Wales – Octobre 2004

Des gens me demandent parfois pourquoi je suis si résolu à ce que Wikipedia utilise toujours des logiciels libres, même si dans certains cas un logiciel propriétaire pourrait être plus commode ou mieux adapté à un besoin particulier.

L’argumentation est la suivante : après tout, notre mission première est de produire de la connaissance libre, pas de promouvoir le logiciel libre, et bien que l’on puisse préférer les logiciels libres pour des raisons pratiques (puisqu’ils sont en général les meilleurs dans le domaine du web), nous ne devons pas faire une fixation là-dessus.

Je pense que cette argumentation est totalement erronée, et pas simplement pour des raisons pratiques, mais par principe. La connaissance libre nécessite le logiciel libre. C’est une erreur conceptuelle que de penser notre mission comme étant distincte de cela.

Qu’est-ce que la libre connaissance ? Qu’est-ce qu’une encyclopédie libre ? Son essence peut être immédiatement saisie par toute personne qui comprend le logiciel libre . Une encyclopédie libre, ou n’importe quelle connaissance libre, peut être lue librement, sans devoir obtenir la permission de personne. La connaissance libre peut être librement partagée avec d’autres. La connaissance libre peut être adaptée à vos propres besoins. Et vos versions modifiées peuvent être partagées librement avec d’autres.

Nous produisons un site web d’un volume très important, rempli d’une variété incroyable de connaissance. Si nous produisions ce site en utilisant un logiciel propriétaire, nous créerions des obstacles potentiellement insurmontables pour ceux qui voudraient prendre notre connaissance et faire la même chose que nous. Si vous devez demander l’autorisation d’un vendeur de logiciel propriétaire afin de créer votre propre copie de nos travaux, alors vous n’êtes pas totalement libres.

En ce qui concerne les formats propiétaires des fichiers, la situation est encore pire. Il est possible d’argumenter, même si ce serait à mon avis peu convaincant, que tant qu’il est possible d’ouvrir assez facilement le contenu Wikimedia dans un logiciel libre existant, alors une utilisation interne d’un logiciel propriétaire n’est pas si mauvaise. Pour les formats propriétaires, même cette séduisante erreur ne peut pas être acceptée. Si nous proposons des informations dans un format propriétaire ou avec la gêne d’un brevet, alors nous ne violons pas seulement notre propre engagement en faveur de la liberté, mais nous forçons ceux qui veulent utiliser notre connaissance prétendument libre à utiliser eux-mêmes des logiciels propriétaires.

Finalement, nous ne devrions jamais oublier en tant que communauté, que nous sommes l’avant-garde d’une révolution de la connaissance qui va transformer le monde. Nous sommes les pionniers et les guides de ce qui devient un mouvement mondial pour libérer la connaissance des contraintes propriétaires. Dans 100 ans, l’idée d’un manuel ou d’une encyclopédie propriétaire sera aussi bizarre et lointaine pour les gens qu’est pour nous l’utilisation de sangsues en médecine.

Grâce à notre travail, chaque personne sur la planète aura un accés aisé et à bas prix, à une connaissance libre qui leur donnera le pouvoir de faire ce qu’ils veulent. Et mon point de vue est qu’il ne s’agit pas d’un fantasme injustifié, mais bien de quelque chose que nous sommes déjà en train d’accomplir. Nous sommes devenus, en taille, l’un des plus grand site du monde, en utilisant un modèle d’amour et de coopération qui est encore presque totalement inconnu du plus grand nombre. Mais nous commençons à être connu, et nous serons connu, à la fois pour nos principes et nos réussites – car ce sont ces principes qui rendent ces réussites possibles.

Dans ce but, ce sera un élément important de fierté pour nous que la fondation Wikimedia ait toujours utilisée des logiciels libres sur tous les ordinateurs que nous possédons, et que nous mobilisions toutes nos forces pour garantir que notre connaissance libre _soit_ réellement libre, en n’obligeant pas les gens à utiliser des logiciels propriétaires pour la lire, la modifier et la redistribuer commme il leur convient.

2 Réponses

  1. Jack'n Roll

    cher professeur, voous devez savoir que l’accès à la connaissance a toujours été le tendon d’Achille de l’organisation hiérachique d’une socièté humaine quelle qu’elle soit.
    "La religion, c’est l’opium du peuple" dixit Mao.
    L’encyclopedia universalis c’est pas nouveau. Wikipédia c’est très bien, l’utilisation de logiciel ligres aussi, mais qu’importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Pour un dictionnaire, un roman, est-ce la couverture qui compte ou les petits caractères qui forment les mots, les phrase et un contenu? Et un journal, un chiffon de papier, pas plus, et pourtant, on aime ça lire le journal.
    La connaissance n’est PAS libre, contrairement à ce que l’on peut croire, dans le sens où "libre" veut dire accessible à tous. La connaissance, il faut l’acquérir, elle n’est pas innée et dépend aussi de la recherche de chacun.
    Combien la France à-t-elle de sous-marins nucléaires?
    Ca c’est la polémique.
    L’accès à la "connaissance" nécéssite l’acquisition de certains outils indispensables pour le décodage. Pour cela chaque civilisation et sa culture se charge de les enseigner à une élite sélectionnnée et formée pour dispenser à son tour la bonne culture et la bonne connaissance. L’internet permet de contourner cet sélection élitiste disent certains. Vraiment?
    Est-il plus facile d’assimiler un traité de physique nucléaire sur la toile plutôt qu’au 3ème sous-sol d’une bibliothèque universitaire?
    Chacun voit midi à sa porte. Le droit à la connaissance tout le monde l’a (en théorie), comme celui de danser le rock le samedi soir. Par contre, le droit à l’instruction, celui qui permet d’accèder à la connaissance, il est pas libre du tout et pas vraiment gratuit. On ne peut pas tout savoir, et s’instruire ça prend toute une vie. C’est pas facile dans notre monde à l’heure actuelle, de pouvoir passer son temps à s’instruire quand on a pas un rond en poche et une famille.
    Faut pas que l’arbre cache la forêt. Comment faire le tri, comment savoir si ce que je lis sur wikipédia n’est rien d’autre que le délire d’un pseudo enculturé de bonne connaissance, avec u n logiciel libre ou avec ce que j’ai déjà appris grâce à ce logiciel libre dont le nom m’a déjà échappé et que de toutes façons, j’y comprends rien en informatique.
    L’important c’est le partage, des connaissances et du reste. Chacun peut avoir une connaissance très approfondie dans un domaine particulier sans pour cela être un puit de science. Il faut de tout pour faire un monde. Des gens pour faire des logiciels libres, d’autres pour y apporte leurs connaissances et au bout du compte l’utilisateur qui s’en servira si le tout correspond à ses attentes et lui apporte d’autres connaissances.
    Utopia Wikipedia? Je ne le pense pas, un petit zest de la faculté d’adaptation de l’être humain. Il y a 20 ans, qui croyait à l’internet? Certainement pas notre Cie nationale de télécom qui s’est acrochée dents et ongles et qui s’accroche toujours au minitel pour ensuite privilégier certains pour l’accès à internet. On pourrait dire que c’est un cas typique de contrôle de la connaissance.
    Sans la communication…
    L’internet c’est pas pour être tout seul dans son coin, c’est fait au contraire pour en sortir et pour certaines société ou cultures, c’est pas bon du tout, même dangereux que tout un chacun puisse avoir accès à tout et rien depuis n’importe où n’importe quand.
    C’est comme le piratage, Ckoa ça? Personne n’attaque les camions qui transportent les logiciels Machin. si je veux pas k’on me pique mon sac je le laisse pas trainer dans la rue. Ceux qui croient que l’internet est une galerie marchande qui leur appartient nous trompent tous les jours en voulant nous faire croire qu’il faut règlementer pour nous protèger.
    C’es moa qui suis piraté, pas par des hackers, par les marchands du temple, ceux-là même qui crient au loup et qui envahissent ma boîte aux letrres avec la complicité de mon fournisseur d’accès imposé.
    Hé oui, mais tout ça coûte de l’argent me direz-vous! Je paie et je paie encore.
    La connaissance n’a pas de prix!
    Jack’nRoll

  2. Si l’article traitant de Linux a trouvé qui le commente profondément comme ça a été fait dans ce que vous venez de le faire, il faut imaginer (rien que par probabilité supposée) la masse des autres articles qui n’ont pas encore été vérifiés par quelqu’un expert.
    En fait c’est là une des facettes des critiques contre Wikipedia. Ceci dit, cela ne doit minimiser en rien de la valeur de cet encyclopédie.