Jusqu’où ira cette librévolution ?

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Still wanderer - CC byNous avons fait nôtre le slogan La route est longue mais la voie est libre[1]. Or, quand bien même le sage nous dit que l’important est le chemin et pas la destination, on peut se demander jusqu’où nous mènera cette voie que nous sommes de plus en plus à nombreux à emprunter à mesure que le temps passe.

Pour Leo Babauta du site lifehack.org il semblerait que cela puisse aller très loin jusqu’à finir par modifier en profondeur nos sociétés. A chaque domaine hiérachisé et pyramidal son alternative libre se dit-il un peu naïvement.

Je ne sais si nous en arriverons là mais ce qui est sûr c’est que quelque chose s’est enclenché. Un quelque chose qui ne cherche pas forcément à se substituer à l’existant mais qui a le mérite de l’interpeller et parfois même de jouer les enfants qui osent dire que le roi est nu. On le voit bien par exemple aujourd’hui avec le monde de la musique que nous pensions depuis des lustres progressiste et rock’n roll et que nous découvrons globalement conservateur voire rétrograde.

En fait cet article n’est là que vous poser cette question : selon vous, jusqu’où ira ce mouvement du libre ? Pensez-vous, comme la phrase qui ouvre ce blog que ce serait l’une des plus belles opportunités manquées de notre époque si le logiciel libre ne libérait rien d’autre que du code ?

PS : Nous avons choisi tout au long de cette nouvelle traduction de mettre l’expression « libre » en italique là où l’auteur de l’article d’origine empoie l’expression « open source »[2].

Une vie libre : comment le mouvement du libre changera tout

Open Source Life: How the open movement will change everything

Leo Babauta – 18 juin 2007 – lifehack.org
(Traduction Framalang : Vincent, Yostral et Daria)

Prenez ceci en considération : en quelques années seulement, l’encyclopédie libre Wikipédia a rendu obsolète les encyclopédies propriétaires, que ce soit en version papier et CD-ROM ou en version commerciale en ligne. Au revoir World Book et Brittanica.

Bien sûr, ces sociétés existent toujours, mais leur clientèle se réduit rapidement au fur et à mesure que les gens se dirigent vers Wikipedia : c’est gratuit, c’est facile à utiliser et c’est beaucoup plus souvent actualisé et mis à jour.

Ce n’est qu’un exemple de la manière dont le concept du libre a déjà changé notre vie. Au cours de la prochaine décennie, nous verrons bien d’autres exemples et leurs conséquences pourraient affecter tous les aspects de notre vie.

Le concept du libre a été popularisé via le projet GNU et la licence GPL et n’a depuis cessé de s’étendre de manière de plus en plus rapide. Le système d’exploitation libre Linux a vu son nombre d’utilisateurs grimper de manière exponentielle ces dernières années, et bien qu’il y ait encore un peu de chemin à faire avant de défier Microsoft ou Apple, c’est devenu pour beaucoup une alternative viable et désirée.

Les alternatives libres croissent en nombre et en importance : du logiciel de bureautique au logiciel de finance en passant par le web ainsi que des utilitaires de bureau aux jeux ; à peu près n’importe quel logiciel auquel vous pouvez penser possède une alternative libre. Et dans beaucoup de cas la version libre est meilleure.

Maintenant, envisagez ceci : rien n’oblige le concept du libre à s’appliquer uniquement au logiciel. Il peut s’appliquer à n’importe quoi dans la vie, dans chaque domaine où l’information est actuellement dans les mains de quelques uns plutôt que tous, dans chaque domaine où quelques personnes contrôlent la production et la distribution et l’amélioration d’un produit, d’un service ou d’une entité.

Actuellement, les exemples suivants peuvent sembler utopistes, et ils le sont, mais il est possible qu’ils deviennent réalité dans les prochaines années, ou dans 10 à 20 ans. Seul le temps le dira, mais ça vaut le coup d’y réfléchir.

  • Ecoles. Actuellement, la connaissance et l’apprentissage de cette connaissance sont dans les mains de quelques-uns, de l’école primaire au lycée, jusqu’à l’enseignement supérieur. Mais pourquoi devons-nous passer par le système scolaire public ou privé, et pourquoi Harvard, Stanford et le MIT contrôlent l’éducation de leurs professeurs et universitaires ? L’enseignement à domicile, par exemple, est un mouvement qui prend de l’ampleur et qui permet aux parents de reprendre le contrôle sur l’éducation de leurs enfants, de quitter un modèle autoritaire de contrôle de l’esprit pour aller vers un modèle d’apprentissage, de questionnement, de pensée critique – et c’est réellement ce que devrait être l’éducation. Comprenez que je ne blâme pas les professeurs – ce sont des gens honnêtes plein de bonnes intentions, mais ils sont limités par le système éducatif, qui est contrôlé par notre gouvernement. Le concept du libre peut s’appliquer à l’enseignement supérieur : imaginez une école en ligne pour programmeurs ou comptables ou entrepreneurs, où les vrais professionnels décident du cursus et enseignent les cours et délivrent les diplômes. Si cette alternative devient de plus en plus acceptée (et ceci mettra du temps), il n’y a pas de raison pour qu’un diplôme d’Harvard soit meilleur qu’un diplôme libre, qui serait également beaucoup moins cher.
  • Gouvernement. Nos gouvernements sont dirigés par un nombre relativement limité de personnes (les politiciens et technocrates), qui régentent de nombreux aspects de nos vies, depuis les impôts et les dépenses des gouvernements jusqu’à la régulation de l’internet et du commerce. Mais imaginez que progressivement des alternatives libres pour ces fonctions soient créées et gagnent en reconnaissance. Ceci peut être difficile à imaginer, mais l’exemple des écoles cité précédemment est une manière d’envisager ce changement. L’e-mail est un autre exemple de comment une fonction publique pourrait être co-optée, car le système postal est moins indispensable qu’auparavant – de moins en moins de gens utilisent le service postal pour écrire des lettres, et les jours où nous recevons nos factures par la poste ne deviendront bientôt plus qu’un lointain souvenir. Peut-être que toutes les fonctions des gouvernements ne pourront pas être co-optées (même si c’est possible), mais si suffisamment de services publics deviennent obsolètes à cause de meilleures alternatives, la justification des impôts deviendra plus faible. L’aide libre aux pauvres, plutôt que les allocations sociales. L’aide médicale libre, plutôt qu’un système public de santé. Il y a beaucoup de possibilités.
  • Entreprises. Ceci peut paraitre idéaliste, mais considérons que la puissance des entreprises soit leur capacité à gérer la connaissance, la fabrication et la distribution de produits et de services. Si leur connaissance devient libre au travers d’alternatives – pensez aux médias traditionnels face aux blogs – alors les entreprises ne sont plus réellement nécessaires. Même la fabrication pourrait devenir décentralisée si les brevets sur les produits devenaient libres.
  • Loisirs. Les industries de la musique, des films, de la télévision, des livres et de la presse sont actuellement fermées – avec la production et la distribution de ces sources de divertissements contrôlés par quelques-uns. Seul un petit nombre de personnes réalisent des albums, des films ou des livres, alors qu’il y a beaucoup de gens talentueux partout ailleurs. L’attribution des contrats pour ces choses est dirigée par un petit nombre de gens. Il y a un nombre limité de canaux de distributions. Mais imaginez une alternative libre, où les personnes collaborent sur de la musique et la révèle sur internet. Ceci existe déjà sur internet avec l’industrie des livres et des magazines, où des gens distribuent des livres électroniques gratuits ou écrivent des blogs ou collaborent sur des recettes de cuisine et des manuels utilisateurs. Il n’y a pas de raison qu’une telle collaboration et une distribution gratuite ne puisse pas arriver avec d’autres loisirs, même si la production est un peu difficile ou onéreuse.
  • Argent. Cela peut paraitre paradoxal, mais qu’est-ce que l’argent ? C’est un système fermé qui dit qu’en échange d’un bien ou d’un service, je vais vous donner un « coupon » que vous pourrez utiliser ailleurs pour avoir des biens ou des services. Une alternative libre pourrait être créée, et aussi longtemps que les personnes font confiance au système, il n’y a pas de raison que ceci doive être contrôlé par les gouvernements et ne puisse pas être utilisé mondialement.
  • Internet. La plupart des biens ou services disponibles sur Internet sont actuellement propriétaires, y compris Google, Microsoft et Yahoo. Ceci pourrait bien changer si les gens développaient des alternatives libres de ces biens ou services. Il y en a déjà quelques-unes, depuis les messageries ou moteurs de recherches libres, jusqu’aux wikis et dictionnaires en lignes, annuaires internet, etc.

Notes

[1] La route est longue mais la voie est libre a été proposé par Nemtua sur nos forums le 26 Mai 2004 suite à un appel à slogan pour Framasoft.

[2] Crédit photo : Still wanderer (Creative Commons By)

12 Réponses

  1. Liberty

    " La route est longue mais la voie est libre "

    et libre à nous de l’emprunter et d’y conduire nos enfants qui en seront les utilisateurs demain…

  2. Olivier

    Si ce texte à le mérite de faire réfléchir à ce qui pourrait se faire, les pistes qu’il fournit sont quand même très utopistes.

  3. lrbabe

    "le système éducatif, qui est contrôlé par notre gouvernement."
    > Jusqu’à preuve du contraire c’est loin d’être la base du problème. Le problème C’est QUI on on choisit pour nous gouverner.

    "modèle autoritaire de contrôle de l’esprit"
    > Leo en pleine crise d’adolescence…

    L’enseignement à domicile, […] vers un modèle […] de pensée critique
    > Sortir du cercle familiale ça peut aussi aider !

    Des aleternatives libres [aux gouvernements]
    > La encore le problème n’est pas le gouvernement, la démocratie reste le moins mauvais des systèmes.

    "L’aide libre aux pauvres, plutôt que les allocations sociales. L’aide médicale libre, plutôt qu’un système public de santé."
    "Une alternative libre [à l’argent] […], [non] contrôlé par les gouvernements"
    > Mais on y vient à tout ça, c’est loin d’être utopiste, ça s’appel le libéralisme ! Chez les schtroumpfs et les bisounours c’est un système qui rend tout le monde heureux en effet !

    Son opinion sur les loisirs et internet sont loin de faire de lui un visionnaire…

    Je ne pense pas que toutes ces inepties servent la cause du logiciel libre qui me tient à coeur. Elle dénote plutôt d’une profonde ignorance de notre environnement (parcequ’à ce point là, ce n’est plus de la naïveté) et d’une incapacité à voir le modèle du libre cohabiter avec d’autres modèles de manière constructive.

  4. Bonne article, on aurait aimé que les choses aient plus loin.
    Ce serait bien de développer certains de ces modèles. Pour l’éducation et internet, je pense même qu’on devrait avoir quelques liens et articles sur Framasoft…

    Pourquoi pas une alliance avec d’autres sites de contenus et d’associations ?

  5. Le Libre et la société

    Le Framablog nous propose la traduction d’un article de Leo Babauta paru sur lifehack. Vision intéressante, même si certains aspects me laissent franchement dubitatifs, par exemple l’aide médicale libre censée remplacer un système public de santé…

  6. R@ND@LL

    Bah l’argent libre, non contrôlé par des institutions, euh…
    Tu connais la dévaluation? Le retour au troc?

    Un système ou tout le monde peut émettre de l’argent est un système qui très vite n’utilisera plus d’argent!

  7. Alexis

    lrbabe
    "Le problème C’est QUI on on choisit pour nous gouverner."
    >Le problème c’est plutôt quel choix on a.
    "La encore le problème n’est pas le gouvernement, la démocratie reste le moins mauvais des systèmes."
    >C’est un préjugé.

  8. Nicolas 51

    L’alternative à l’argent existe : ça s’appelle les Systèmes d’Echanges Locaux. Le principe est de rendre service à quelqu’un, qui rendra service à quelqu’un, qui…
    C’est un troc adapté : un débouchage d’évier, contre l’installation de GNU/Linux, contre la peinture du salon, contre…

  9. lrbabe

    Alexis> Tu as quoi de mieux à nous proposer ?

    Nicolas 51> dans notre SEL (Lyon rive gauche) les services et les biens s’échangent contre des pistaches, une monnaie intermédiaire essentielle pour que tout le monde participe et que les transactions soient les plus équitables possibles.

  10. R@ND@LL

    voilà, c’est exactement cela! Le troc c’est ce qui arrive à un système qui laisse tout le monde gérer la monnaie comme il l’entend.

    Seul problème du troc: la double cohérence des besoins…
    C’est à dire que les deux personnes qui ont un service à rendre doivent avoir besoin l’une de l’autre mutuellement au même moment…

    Dur à réaliser, mais les pistaches c’est une bonne idée, mais c’est une autre forme de monnaie…

  11. Moi je suis assez d’accord sur certain point, notament pour ce qui est de la musique ou des film. Ces dernière année les moyen de diffusion des média on extrement changé et pourtant les major appliquent toujours la même politique.

    Moi je pense que le libre peux apporter beaucoup a la culture et la rendre accessible à tous. Qu’on ne soit plus obliger de payer si l’on veut lire un livre ou écouter de la musique. D’autre moyen de paiement s’offre désormais a nous !

  12. Propos légerement teintés d’idées anarchistes, non ?

    Bill CLinton : La démocratie est le pire des systèmes, à l’exception de tous les autres.

    Très bon article, mais certaines piste devraient aboutir a des impasses si on les creuse trop

    Le libre ira loin