Quand l’album de Nine Inch Nails bouscule toute l’industrie musicale

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Notsogoodphotography - CC byOn risque d’en parler longtemps. Imaginez-vous en effet un album de musique sous licence Creative Commons, disponible gratuitement et légalement sur tous les sites de partage de fichiers, et qui arrive pourtant en tête de meilleurs ventes 2008 sur la très fréquentée plate-forme de vente en ligne Amazon !

Voilà une nouvelle qui fait du bien et qui va à l’encontre de bon nombre d’idées reçues véhiculées notamment par certaines pontes de l’industrie culturelle (et leurs amis politiques). Une véritable petite bombe en fait, surtout en temps de crise. Les mentalités et les comportements évoluent et cela bénéficie indirectement aux logiciels libres qui sont « gratuits » ou « payants » selon que vous décidez ou non de soutenir le logiciel libre considéré[1].

Nine Inch Nails : l’album MP3 sous licence Creative Commons s’est vendu comme des petits pains

NIN’s CC-Licensed Best-Selling MP3 Album

Fred Benenson – 5 janvier 2009 – Creative Commons Blog
(Traduction Framalang : Don Rico)

L’album de Nine Inch Nails (NIN) diffusé sous licence Creative Commons, Ghosts I-IV, a fait un bon nombre de gros titres.

Pour commencer, l’opus a été salué par la critique et récompensé par deux nominations aux Grammy Awards, ce qui atteste la qualité musicale de cette œuvre. Mais ce qui nous emballe vraiment, c’est le formidable accueil qu’a reçu cet album chez les adeptes de musique. En plus d’avoir généré plus d’un 1,6 million de dollars de gains pour Nine Inch Nails dès la première semaine et d’avoir atteint la première place du classement de Billboard dans la catégorie musique électronique, Ghosts I-IV figure à la quatrième place des albums les plus écoutés de 2008 sur Last.fm, fort de 5 222 525 écoutes.

Mais le plus enthousiasmant, c’est que Ghosts I-IV a été l’album MP3 le plus vendu en 2008 sur la plateforme de téléchargements de MP3 d’Amazon.

Songez un peu à ce que ça signifie.

Les fans de NIN auraient pu utiliser n’importe quel réseau de partage de fichiers pour télécharger légalement l’album entier, puisqu’il est sous licence Creative Commons BY-NC-SA. Beaucoup l’on d’ailleurs fait, et des milliers continueront à le faire. Alors pourquoi les fans prendraient-ils la peine de payer des fichiers identiques à ceux qui sont disponibles sur les réseaux P2P ? On peut d’abord l’expliquer la facilité d’accès et d’utilisation des pages de téléchargements de NIN et d’Amazon. Mais il y a aussi le fait que les fans ont compris qu’acheter des fichers MP3 allait directement profiter à la musique et à la carrière d’un groupe qu’ils apprécient.

La prochaine fois qu’on tentera de vous convaincre que produire de la musique sous licence Creative Commons entamerait les ventes de musique numérique, souvenez-vous que Ghosts I-IV a prouvé le contraire, et soumettez cet article à votre interlocuteur.

Notes

[1] Crédit photo : Notsogoodphotography (Creative Commons By)

17 Réponses

  1. L’album suivant de NIN était également disponible en libre téléchargement et sous des formats de meilleure qualité encore (FLAC, M4A), il ne manquerait plus qu’une version ogg.
    l’album est également disponible en cd, vinyl et coffret.
    Cela montre qu’une autre voie est possible que ceux qui veulent juste écouter de la musique le peuvent et que ceux qui veulent soutenir un artiste savent désormais comment faire.
    Aujourd’hui acheter de la musique (de qualité) est devenu un acte hautement significatif.
    Espérons que de plus en plus d’artistes suivront ce cap!!
    Sur ce Bonne année

  2. Excellentes nouvelles :) Tiens, ça me rappelle le framabook…
    C’est vrai que c’est bon signe que l’album ait été acheté même s’il était disponible gratuitement.

    Mais faisons l’avocat du diable :D : Ce genre de stratégie de diffusion est encore assez peu répandu, y contribuer en achetant un disque pourrait alors se résumer à un acte militant de libristes dépensiers.
    Dans cette optique, on ne peut pas tellement envisager une généralisation de ces méthodes puisqu’elles deviendraient banales et que plus personne ne voudrait acheter de disques "pour le geste", et la plupart des gens iraient télécharger l’album gratuitement. D’où une certaine réticence des maisons de disques.

    Enfin c’était juste une petite réflexion au passage à la quelle je n’ai pas trouvé de solution compatible avec la "philosophie libre" (je compte sur vous pour me prouver que j’ai tort).

  3. Takalo

    (Quand on pense maintenant que Pascal Nègre est chevalier de la région d’horreur…)

  4. JosephK

    > (Quand on pense maintenant que Pascal Nègre est chevalier de la région d’horreur…)
    Et Sylvie Vartan… et Arnaud Lagardère… et Edouard Leclerc… c’est d’un grand cru cette année…
    Ça semblait impossible de faire mieux quand on a sacré Bruce Willis Officier des arts et lettres… ben ils ont réussi !

  5. Oui, oui, la conclusion est sans doute en partie vrai mais je pense que c’est aller un peu vite en besogne. Il y a à mon avis des raisons sous-jacente qu’il serait intéressant d’étudier…

  6. Il faut relativiser quand même.
    Je me rappelle avoir acheté cet album sur le site de NIN la semaine de sa sortie. Mais Il me semble que la version payante était de meilleure qualité sonore. De plus le prix n’était que de 5 dollars pour 36 morceaux, et il y a avait un fort effet de buzz. Pour être honnête, même si cela avait été un album de Céline Dion, je l’aurai acheté par conviction (bon, ensuite je l’aurai refilé à ma belle sœur).
    Donc c’est une démonstration intéressante, mais il ne faut pas conclure trop vite.

  7. Je l’ai acheté en FLAC dès sa sortie pour $10. C’est le genre d’initiatives à encourager :clap:

  8. Précision : bien que tout l’album soit en CC-BY-SA-NC, sur le site officiel de NIN, seuls les 9 premiers morceaux sont téléchargeables gratuitement. Ils sont encodés dans la même qualité (MP3 with LAME 320 kbps), Trent Reznor n’a pas vraiment envie de diffuser sa musique en sous-qualité.

  9. NIN n’a pas que commis cet acte. Il faut rappeler qu’un autre album avait été offert auparavant en téléchargement gratuit, mais je ne me souviens plus si la licence était une CC. Sa collaboration avec le slammeur Saul Williams a été diffusée de la même manière. C’est d’ailleurs ce qui m’a permis de découvrir cet artiste et de contribuer à l’"économie musicale" en allant le voir en concert.

    Cela bouge peu à peu dans le domaine du téléchargement légal. Les licences ne sont pas encore bien intégrées pour l’instant mais je pense que cela devrait évoluer rapidement, tout au moins chez les artistes novateurs.

    On peut citer aussi la compilation Wired distribuée sous CC ou les inititatives de Matthew Herbert, bien avant que les CC soient véritablement connues. Ce dernier avait distribué gratuitement un de ses albums (Radioboy, toujours disponible), puis deux ans plus tard, l’album avec son big band était diffusé au prix modique de 5 livres.

  10. j’ai du mal à comprendre comment le fait de soutenir un logiciel libre (ou Wikipédia) rendrait la chose "payante", même métaphoriquement. D’un côté il y a don, de l’autre côté paiement, et l’économie du don est bien à part!

  11. CaptainYann

    Il faut également ajouter que non seulement Nine Inch Nails a distribué ses deux derniers albums sous licence Creative Commons, mais également la version multipiste du dernier album ( le "code source" de la musique en quelque sorte ;) ), permettant ainsi à tout un chacun de faire ses propres remix pour les diffuser ensuite également sous licence Creative Commons.

    Aujourd’hui, un nouvel acte : "400 Go (oui y’a bien un G devant le o) de video HD, 3 concerts de la toute dernière tournée pris sous 5 angles différents, non monté, non retouché, non recalibré, soit 15 BluRay, 45 dvd double couche, 90 dvds, ou 540 divx.

    Le but est que les fans fassent leur propre travail de montage pour présenter les travaux finalisés et les mettre à disposition de manière gratuire sous licence Creative Commons… "

    Si ça c’est pas de l’avant-gardisme :p

  12. Institueur

    An ! c’est beau !

    Mais moi ce qui m’épatera toujours c’est qu’un mec puisse gagner 1,6 millions de dollars en une semaine (oui…je sais…. la conception et tout, donc on dira un an ou moins pour être gentil) pour faire un peu de chansonnette sans importance (comme disaient Gainsbourg ou Brassens en parlant d’eux) quand il faudra 40 ans de travail quotidien (s’il en a) à un autre, même gagnant 40 000 dollars par an (et ça c’est loin d’être la majorité des gens), et 160 ans à un smicard, pour en avoir autant.

    Et ce qui m’étonne encore plus c’est que ça ne semble choquer personne, et ce qui m’étonne encore plus plus c’est qu’on ne songe jamais que le fait de "voler" des types aussi favorisés par "le marché" n’est évidemment pas psychologiquement et inconsciemment perçu comme un vol.

    Et ce qui m’étonne encore plus plus plus c’est que le smicard (ou pas) trouve ça normal comme les serfs du moyen-âge trouvaient cohérent les privilèges de naissance. On est vraiment abruti.

    C’est faire œuvre de salubrité publique de les empêcher de gagner des sommes aussi honteuses pour aussi peu de travail (comparé à l’humanité "normale") et encore plus plus plus plus concernant les majors, leur rois-fainéants et leurs marionnettes dirigeantes.

  13. Redball64

    Ne comparons pas ses gains avec ceux d’un employé ou un smicard. Cela n’a rien à voir. Trent Reznor est un excellent musicien qui joue en grande partie de tous les instruments en studio pour réaliser son album. Il compose, écrit, interprete, produit. C’est un vrai génie de la musique qui a déjà envoyé chier une major pour lancer son propre label (qui je le rappelle à lancé entre autres un artiste majeur de la scene Hard : Marilyn Manson on aime ou on aime pas ce ne changera en rien).
    D’ailleurs Trent Reznor n’en est pas venu à gagner 1.6 millons en 1 semaine par hasard. Cela fait pas loin de 20 ans qu’il tourne, qu’il consacre sa vie à la musique. Si plus de gens avaient le courage de se sacrifier de la sorte, on pourrait trouver cela choquant de gagner autant en si peu de temps. Mais connaissant l’abnégation de cette homme, cela ne me choque pas. Ce qui me choque c’est qu’une major se mette 70% des gains dans la poche sans prendre le risque derriere de promouvoir plus que ca la scene montante ! J’ai des amis musiciens (excellents d’autant plus) qui galèrent parce qu’ils ne sont pas à la mode !!! Donc continuons de donner du cachet à Mr NEGRE et sa star Académy qui me dérange plus que de voir Trent REZNOR empocher 1.6 millions !!!

  14. Bonjour à tous !
    Je suis actuellement stagiaire à la Sabam (l’équivalent belge de la Sacem) et m’intéresse de près à la gestion collective des droits liée aux licence Creative Commons.
    Est-ce qu’un juriste (ou autre!) parmi vous pourrait me renseigner sur la manière concrète dont NIN a réussi à concilier licence CC et gestion collective ?
    A moins que NIN ne soit affilié à aucun organisme de gestion collective, ce qui semble peu probable…

    Merci pour vos éclaircissements !

    Splitsch

  15. @splitsh
    Allez hop : 3 liens :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Nine_I
    http://en.wikipedia.org/wiki/Nine_I
    http://techdirt.com/articles/200902… (merci Digg!)

    En clair, Trent Reznor a quitté sa maison de disque en 2007, a fondé son propre label et/ou édite en gestion individuelle et non plus en gestion collective.

  16. Jean-Luc

    @splitsh

    Rien n’oblige aucun artiste à s’affilier à aucune société de gestion collective. Et quand on sait que la SABAM réclame des droits d’auteurs aux magasins de disque qui diffusent de la musique pour la vendre, on comprend que de plus en plus d’artistes se passent de ces sociétés, comme ils se passent des majors.
    En outre, ta question concerne les intérêts de la SABAM, et rien qu’eux – et ces intérêts là ne sont que des intérêts parasitaires.
    NIN n’a aucun compte à rendre à la SABAM: ils font ce qu’ils veulent de leurs oeuvres.

  17. @Jean-Luc
    En effet, rien n’oblige un artiste à s’affilier à la Sabam/sacem/autre.
    Cependant, je ne m’attarde pas sur les questions d’opportunité d’une telle affiliation (intérêts parasitaires, etc…), mais uniquement sur la manière dont NIN a réussis cet éventuel tour de force: rendre la gestion collective et les licences creative commons compatibles.
    Car si NIN est affilié à une société de gestion collective ,peu importe ce que l’on en pense: Non, ils ne sont aps libre de faire ce qu’ils veulent avec leur musique.

    Ma question ne concerne par que les intérêts de la Sabam, mais uniquement les aspects juridiques.

    Merci de m’éclairer si quelqu’un à une idée sur la manière dont ils ont fait: négociation directement auprès d’une société de gestion collective, démission d’une société de gestion collective, autre ?

    Aplus !