La migration OpenOffice.org vue par un proviseur de lycée

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Snow Kisses Sky - CC byD’ordinaire ce sont les enseignants qui viennent à la barre témoigner de l’intérêt de substituer la suite propriétaire MS Office de Microsoft par la suite bureautique libre OpenOffice.org (sachant que tout est fait par la partie adverse pour ralentir le mouvement).

D’où l’intérêt d’avoir ici la chronique objective d’un proviseur de lycée[1], qui nous explique ses motivations et dresse un premier bilan de l’opération. Travaillant dans un établissement scolaire qui a effectué il y a deux ans la même migration, je me suis reconnu sans peine dans son récit.

Quant à la conclusion, elle est à graver dans le marbre : « Le poids des habitudes et du nombre pèse alors fortement, incitant par souci d’efficacité, dans un monde et dans un domaine où le temps l’emporte sur les principes, à une comparaison technique en défaveur des logiciels libres. Dans notre métier, le temps et la récurrence sont facteurs de réussite ; il convient, me semble-t-il, au regard de l’importance et de la légitimité des enjeux, d’attendre et de persévérer… »

Logiciels libres au Lycée Français International de Pékin

URL d’origine du document (EPI)

Stéphane Sachet – Pékin, le 14 janvier 2009

Paradoxe et pléonasme en deux mots, déjà toute la complexité de la relation à l’informatique s’impose à nous.

Mais restons plus pragmatique, pourquoi et comment avons-nous basculé, au Lycée Français International de Pékin, vers les logiciels libres.

Pour fixer rapidement le contexte, l’établissement en gestion directe de l’AEFE, scolarise environ 1 000 élèves, de la petite section à la terminale, répartis sur trois sites.

Préparant un plan de mise à niveau de l’équipement informatique sur 3 ans, nous avons réalisé en janvier 2008 une enquête auprès des personnels pour identifier et préciser leurs besoins et leurs attentes relatives à l’outil informatique. À cette occasion nous les avons interrogés sur leur capacité à utiliser, dans le cadre professionnel, des logiciels libres et si oui, avec quel accompagnement.

Ce questionnement pose à la fois la question de l’utilisation d’outils commerciaux au sein d’un établissement scolaire mais aussi celles de la compétence technique et de l’engagement des personnels par rapport au TICE.

Pour l’équipe de direction, trois objectifs étaient clairement identifiés : éthique, juridique et financier.

  • Éthique, il va de soi que notre mission et les valeurs de l’école française nous engagent à former des élèves, mais des élèves libres de choisir, on peut même aller jusqu’à espérer, que s’il y a choix il y a réflexion… prémisse de la pensée.
  • Juridique, car tout personnel de direction sait qu’à l’épreuve de la réalité, nos moyens limités et le développement rapide de l’informatique peuvent aboutir à des solutions pirates et par conséquent à un risque juridique bien réel.
  • Financier, le coût d’achat des licences pèse bien sûr et de manière significative sur notre budget.

75 % des personnels se déclaraient être prêts à utiliser des logiciels libres, sous réserve pour une partie d’entre eux de pouvoir bénéficier, en interne de formations à ces logiciels.

La décision fut donc prise au printemps 2008 de basculer vers les logiciels libres sur les trois sites et pour tous les personnels, enseignants, administratifs, en installant durant l’été et à l’occasion du remplacement et de l’extension de nos réseaux la suite open office comprenant entre autres, OpenOffice.org Writer, OpenOffice.org Cal et OpenOffice.org Base.

Six mois après cette mise en oeuvre, que peut-on en dire ? Quels sont les écueils et les contraintes ?

En premier lieu, de façon prévisible, une période d’adaptation technique s’impose. Celle-ci permettant d’appréhender et de maîtriser les différences fonctionnelles d’utilisation entre les logiciels Microsoft et OpenOffice, temps proportionnel à la fréquence d’utilisation et au degré d’autonomie des utilisateurs.

En second lieu, vient la nécessité de mettre à jour pour les enseignants leurs bases de documents et de supports informatiques en relation avec la découverte et la maîtrise progressive des compétences informatiques, compétences clairement définies à cet égard par le B2i.

Enfin, se posent les problèmes d’une part, de communication entre utilisateurs, les logiciels libres n’étant pas majoritairement partagés entre partenaires institutionnels et d’autre part, les problèmes de continuité de pratique, les personnels et les élèves utilisant bien souvent à la maison des logiciels Microsoft, logiciels qu’ils ont découverts et appris à utiliser… à l’école !

Sur le plan technique la conversion des fichiers est assez simple à résoudre, en modifiant quelques habitudes à l’enregistrement.

S’agissant de la comparaison, il me semble que du moins pour la suite OpenOffice.org l’ergonomie et les fonctions avancées souffrent d’une fonctionnalité un peu moins grande. J’en veux pour exemple le publipostage ou le suivi de corrections sous Open office.org Writer ou encore les formules et les renvois sur OpenOffice.org Cal encore peu opérationnels pour les utilisateurs souvent autodidactes que nous sommes dans l’éducation.

Le poids des habitudes et du nombre pèse alors fortement, incitant par souci d’efficacité, dans un monde et dans un domaine où le temps l’emporte sur les principes, à une comparaison technique en défaveur des logiciels libres.

Dans notre métier, le temps et la récurrence sont facteurs de réussite ; il convient, me semble-t-il, au regard de l’importance et de la légitimité des enjeux, d’attendre et de persévérer…

Stéphane Sachet
Proviseur au Lycée Français International de Pékin

Notes

[1] Crédit Photo : Snow Kisses Sky (Creative Commons By)

4 Réponses

  1. Florient

    Encore un coup des chinois, fussent-ils au lycée français 😉

    Quand Stéphane Sachet nous parle du "domaine où le temps l’emporte sur les principes" il ne croit pas si bien dire. C’est même toute l’époque actuelle qui veut ça.

    En tout cas c’est courageux de sa part de se "mouiller" de la sorte (même si son bilan ne tait pas les difficultés) parce que d’habitude quand on migre vers le libre le parc informatique des établissements scolaires c’est sans véritablement impliquer l’administration.

  2. Tous mes respects, cher collègue, pour cette migration ambitieuse, téméraire et semble-t-il réussie. Nous y viendrons aussi, dans un délai raisonnable, la pression de l’opinion et la réalité des enjeux se faisant sentir toujours un peu plus.

    Proviseur du Lycée français de Murcie (Espagne)

  3. Les enjeux sont de taille, comme le souligne Stéphane sachet. Et en la matière, toute expérience est bonne à prendre. Certes. Mais relativisons quelque peu… il ne s’agit que de la migration d’une suite bureautique ! Bon, d’accord, OOo est un fleuron du Monde Libre, je le concède bien volontiers. Mais pour un utilisateur de GNU/Linux au quotidien (qui n’a jamais eu personnellement W$), contraint et forcé au boulot à utiliser un OS propriétaire et tout son fatras de logiciels privateurs, la solennité du propos prête tout de même à sourire… Allez ! Encore un effort ! La route est encore longue mais la voie est Libre !

  4. Droit d'expression

    Quelle jolie prose mais que mensonges et encore mensonges de la part du proviseur de ce lycée qui n’a jamais voulu fournir les chiffres exacts du sondage sur l’utilisation de Open Office dans son lycée, sondage qui ne prévoyait pas d’ailleurs la suppression des autres logiciels. Monsieur Stéphane SACHET, n’a aucune connaissance de ce qu’il se fait dans les écoles primaires et en imposant OpenOffice (qui n’arrive pas à la cheville des autres logiciels utilisés régulièrement dans notre quotidien) anéantit le travail de nombreux enseignants qui étaient pourtant les pionniers dans des TICE et qui s’étaient investis dans des projets fortement soutenus par l’AEFE! Mais tout cela, on l’oublie. Cela s’appelle un manque de respect pour le travail de ses personnels et un refus de transparence de la part de l’établissement. Comment d’ailleur peut-on oser dire "des élèves libres de choisir" quand on autorise par exemple la distribution de flyers avec près de 78 publicités au sein de son établissement, pour une kermesse? Comment parler d’éthique quand on sait que certaines entreprises dont le logo figure sur ces flyers ont participent à "l’armement" ? Comment peut mettre en avant le coût financier lorsque le proviseur et le conseiller culturel refusent que les enseignants achètent de vraies licences avec leur propres deniers…en les menaçant de sanctions en avançant alors qu’ils sont très mals placée pour le faire, des textes de lois!
    Arrêtons de mentir s’il vous plaît…et quand on critique à droite et à gauche les dictatures, jetez donc un coup d’oeil dans le lycée de ce proviseur, écoutez donc ce qu’il s’y passe depuis son arrivée…et d’autres! Un sujet dont on reparlera très bientôt…Informez-vous donc avant de croire en ce qui est écrit, c’est ce que l’on tente d’ apprendre aujourd’hui à nos élèves.