Microsoft Office à l’école française : stop ou encore ?

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Todd Baker - CC byEst-il si loin le jour où nous verrons en France un reportage similaire à celui que nous avons choisi de reproduire ci-dessous ? Titré « le boum des logiciels libres », il nous vient de la TSR (Télévision Suisse Romande) dans le cadre de son émission Nouvo consacrée aux « nouvelles tendances et technologies » (canal YouTube).

Que dire sinon que cela fait plaisir à voir et que nous applaudissons des deux mains ! Difficile en effet selon nous de faire mieux dans le temps imparti. Nous avions d’ailleurs publié un article dédié à cette évolution libre du Canton de Genève[1].

Faut-il le rappeler (et bien moins pour nous enorgueillir que pour déplorer l’immobilisme de la situation de l’autre côté des Alpes) : c’est peu ou prou exactement le même discours que tient le Framablog depuis un petit bout de temps déjà.

Ainsi, il y a tout juste un an (au moment même où le Café pédagogique se découvrait VRP de son généreux sponsor américain) nous avions fait l’effort de traduire un long rapport britannique qui déconseillait, étude sérieuse et détaillée à l’appui, l’usage en milieu scolaire de la suite bureautique propriétaire Microsoft Office 2007 ainsi que le nouveau (et tant décrié) système d’exploitation Windows Vista. Nous étions bien naïfs en pensant alors que ce rapport allait un tant soit peu émouvoir la communauté et réussir à faire naître un débat en haut lieu.

Car il n’en fut rien.

Peut-être parce que l’influence de Microsoft à l’école française demeure aussi efficace que disproportionnée ?

Cela n’empêche certainement pas la suite OpenOffice.org de se déployer silencieusement chaque jour davantage dans toutes les écoles Jean-Macé et les lycées Sud Médoc de France. Mais nous serions certainement allés bien plus vite sans cette résistance passive de notre administration, SDTICE en tête.

Le temps de la décision volontariste et du courage politique est-il enfin venu ?

On notera que le reportage ne se résume pas à l’éducation, puisqu’on y évoque par la suite brièvement la situation du logiciel libre dans le secteur privé (qui ne connait pas la crise) et le secteur public (ici en milieu hospitalier). Avec cette conclusion réaliste : « Pourtant le grand public hésite toujours à faire le pas, fidèle à Microsoft et autres leaders du marché ».

Le boum des logiciels libres

URL d’origine du document
Reportage : Zian Marro / Montage : Sandro Milone – 1 juin 2009 – TSR (Nouvo)

—> La vidéo au format webm

Transcript

Il s’agit de la retranscription de la première partie de la vidéo consacrée à l’éducation.

Voix off : Cours d’informatique dans cette classe de 8ème.

Le professeur : Le cours d’aujourd’hui consiste à faire faire aux élèves une feuille de calcul pour calculer leur moyenne à l’aide du logiciel libre Calc, qui est le correspondant en fait d’Excel.

Voix off : Les logiciels gratuits d’OpenOffice remplacent les bons vieux Word et Excel de Microsoft. Réputé compliqué, le libre a beaucoup évolué.

Un élève : C’est assez facile de travailler avec, surtout avec les profs qui nous donnent des consignes très claires. C’est très facile.

Voix off : Facile, mais aussi et surtout indépendant. Une ouverture qui plait aux profs.

Le professeur : On n’est pas soumis effectivement à l’hégémonie de certains logiciels. Pour avoir des nouvelles versions, à chaque fois il faut repayer etc. Donc, à mon avis, il faut s’affranchir dans une certaine mesure des logiciels dit propriétaires.

Voix off : Dans un ordinateur, le système d’exploitation, Windows par exemple, ainsi que les programmes sont payants. Aujourd’hui on peut facilement remplacer un, deux voire la totalité de ces coûteux logiciels par du libre. Et cette année l’État de Genève a édité un CD avec OpenOffice pour les élèves.

Une élève : Je trouve que c’est bien parce que comme ça on peut les avoir chez nous et on sait deja comment ça marche.

Voix off : Dans les écoles de Genève tous les ordinateurs sont equipés. L’État évite ainsi des frais de licences pour près de 900 000 francs par an, et surtout ne dépend plus de Microsoft.

Notes

[1] Crédit photo : Todd Baker (Creative Commons By)

18 Réponses

  1. Olivier

    Stop évidemment ! Excellente reportage. Définitif même ! J’attends le jour où mon ministère me dira noir sur blanc : "Nous préconisions l’usage d’une suite bureautique libre utilisant des formats ouverts sur tous les postes de votre établissement".

    Et ce jour-là, j’esquisserai un petit sourire (histoire d’avoir le triomphe modeste).

  2. Docteur Fas

    C’est étrange, Firefox3.5 ouvre directement la vidéo. Et c’est très bien!

  3. Merci de relayer cette information !
    J’ai profité de copier le transcript pour ce blog
    http://www.durabilite-numerique.ch/

  4. H.Valentza

    M’énervent les suisses. Ils avaient déjà Federer, les voici en avance sur nous pour le logiciel libre !
    C’est d’ailleurs assez amusant de voir l’un des pays les plus riches du monde faire ce choix.
    Comme quoi ça doit pas n’être qu’une question d’argent :-)

  5. Erman Cal

    Il y a encore du travail. Offre d’emploi pédagogique du côté de Montréal :
    "Exigences particulières : Très bonne connaissance des logiciels Word et Excel de la suite Office de Microsoft."
    http://education.cdeacf.ca/archives

  6. tom tom

    Percutant. Bien réalisé. Pour une fois qu’on insiste pas sur l’aspect gratuité !

    A lire aussi : "Les défenseurs des logiciels libres attaquent la Confédération" dans La Tribune de Genève (27 mai).
    "Le groupe/ch/open dénonce un contrat de 42 millions entre Berne et Microsoft. En toile de fond, le combat pour promouvoir des logiciels libres."
    http://www.tdg.ch/actu/suisse/defen

  7. rhyzome451

    Un reportage à diffuser illico, surtout en direction des collègues indifférents et sceptiques (les pires, ceux qui par commodité feront tout pour rester sous MS Office).

    En attendant Microsoft s’organise autour du B2i proposant une offre "B2i Académie" qui fait frémir !
    http://www.microsoft.com/france/Edu
    En savoir plus avec ce "Guide B2i Académie" :
    http://download.microsoft.com/downl

    Si il existe encore des établissements scolaires qui se laissent prendre à de tels grossiers stratagèmes, alors que le libre est là est bien là, je mange mon chapeau (rouge) !!!

    (un bon article potentiel pour aKa, j’dirais !)

  8. yeassay

    certaines fac française comme Nancy distribue aussi ce genre de cd incluant firefox,OOo, etc compatible Windows et MacOS…
    La guerre continue.

  9. nfriedlo

    Il faut surtout signaler que ce reportage est passée au TJ (téléjournal). C’est ainsi que s’appelle chez nous le JT. Cela a l’avantage te toucher un public encore plus large que celui de Nouvo.

  10. Dans mon académie (Rennes), un CD de logiciels libres est distribué aux enseignants à chaque prérentrée:
    http://espaceeducatif.ac-rennes.fr/

  11. @Valentza : pour Federer, tu as raison, et on est fier ;-)

    Pour les LL, c’est plutôt nous qui devrions vous envier. En effet, d’après une étude de l’université de Georgia, la France est 1ère dans la pénétration des LL en entreprise et dans le gouvernement, alors que la Suisse est à l’avant-dernière position : http://www.durabilite-numerique.ch/

    @tom tom : tout ce qui touche à la plainte et au groupe parlementaire pour l’Informatique Durable est désormais relayé sur http://www.durabilite-numerique.ch/

  12. OdieuxDelateur

    Ca n’a rien à voir mais voici les joies des pages institutionnelles qui n’ont pas été mises à jour depuis des années : "Ce site est avant tout optimisé pour le navigateur Internet Explorer 3.0 ou 4.0 de Microsoft."
    http://chimie.scola.ac-paris.fr/log

  13. Sans vouloir ajouter une ombre au tableau, je trouve que l’on insiste beaucoup (trop) sur l’aspect financier, très peu sur l’aspect libre (qui dit libéré de crosoft) et pas du tout sur l’aspect collaboratif.

  14. @restouble : Je n’ai justement pas eu l’impression qu’on insistait tant que ça sur le financier avec le "réputé compliqué, le libre a beaucoup évolué." et les mots "indépendance" et "ouverture". Quand à la question de "l’aspect collaboratif" c’est toute la structure de l’école qui doit évoluer parce que au secondaire on est toujours dans le "1 prof 1 heure 1 classe" et un dispositif qui est encore fortement marqué par le "1 prof au tableau devant ses élèves" (qui n’a pas que des mauvais côtés d’ailleurs mais là n’est pas la question).

  15. Squeak

    Je ne peux que dire non aux logiciels propriétaires (et commerciaux) dans les écoles. Ce n’est que trop souvent que des élèves arrivent à la maison après les cours et cherchent ensuite Excel ou Word sur le PC familial. Tout le monde n’a pas forcément envie d’acheter (ou encore moins d’installer) MS Office alors que OpenOffice fait la même chose en libre. Certes, il est important aussi que des élèves soient initiés à des logiciels couramment utilisés en milieu professionnel, mais il n’est nullement nécessaire de les obliger par exemple à faire des TP chez eux avec ces programmes.

    Car ce que font les profs dans ce cas, je vois ça comme une incitation directe au piratage (on a pas le logiciel à la maison? Ok, on le trouvera d’une autre façon sans payer, après tout on en a besoin pour nos cours, c’est connu que les étudiants sont radins et souvent à cours de sous). Ou alors il y a les programmes académiques de Microsoft (logiciels gratuits pour les étudiants) mais réservés seulement à quelques hautes écoles. Je pense qu’un PC avec Ubuntu et OpenOffice font largement l’affaire dans une classe.

    Je pense que les professeurs cachent volontairement certains logiciels libres aux étudiants, dans le but d’inciter à utiliser des outils commerciaux. Sont-ils payés par des sociétés pour faire de la pub à ces logiciels? Pourquoi dans un cours d’infographie, Gimp n’est même pas cité une seule fois? Ne fut-ce que pour le faire connaître, même si selon les professionnels, il ne fait pas le poids face à Photoshop? Bizarre, car des logiciels comme Blender sont remarquables par leurs qualité et utilisables dans un environnement professionnel. Le seul problème? Ils sont libres, et ça c’est un problème… Pour beaucoup, gratuit ou libre = mauvais, pas pro, pas abouti… Mais bon, chacun fait son choix, c’est désolant.

  16. à côté "des bons vieux word et excel" et de la "fidélité à MS", un mot sur la vente liée aurait permis d’expliquer pourquoi on en est là

  17. ChristoF

    Hors-sujet. En ce moment sur la page d’accueil de Projetice, l’asso de profs sponsorisés par Microsoft, on trouve un tutoriel vidéo sur le site Kelkoo, le comparateur de prix.
    http://www.projetice.net/
    Pas sûr que ce soit une bonne idée.

  18. Dans un article de Télérama, on s’émeut enfin (et c’est très rare dans la presse nationale) de l’emprise de Microsoft dans l’éducation nationale.
    http://www.telerama.fr/techno/clic-