National Portrait Gallery vs Wikipédia ou la prise en étau et en otage de la Culture ?

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Cliff1066 - CC byTous ceux qui ont eu un jour à jouer les touristes à Londres ont pu remarquer l’extrême qualité et la totale… gratuité des grands musées nationaux. Rien de tel pour présenter son patrimoine et diffuser la culture au plus grand nombre. Notons qu’à chaque fois vous êtes accueilli à l’entrée par de grandes urnes qui vous invitent à faire un don, signifiant par là-même qu’ils ne sont plus gratuits si jamais vous décidez d’y mettre votre contribution.

Parmi ces musées on trouve le National Portrait Gallery qui « abrite les portraits d’importants personnages historiques britanniques, sélectionnés non en fonction de leurs auteurs mais de la notoriété de la personne représentée. La collection comprend des peintures, mais aussi des photographies, des caricatures, des dessins et des sculptures. » (source Wikipédia).

Or la prestigieuse galerie vient tout récemment de s’illustrer en tentant de s’opposer à la mise en ligne sur Wikipédia de plus de trois mille reproductions photographiques d’œuvres de son catalogue tombées dans le domaine public. Le National Portrait Gallery (ou NPG) estime en effet que ces clichés haute-résolution lui appartiennent et ont été téléchargés sans autorisation sur Wikimedia Commons, la médiathèque des projets Wikimédia dont fait partie la fameuse encyclopédie. Et la vénérable institution va même jusqu’à menacer d’une action en justice !

Il est donc question, une fois de plus, de propriété intellectuelle mais aussi et surtout en filigrane de gros sous. Personne ne conteste que le National Portrait Gallery ait engagé des dépenses pour numériser son fond et qu’elle ait besoin d’argent pour fonctionner. Mais n’est-il pas pour le moins choquant de voir un telle institution culturelle, largement financée par l’État, refuser ainsi un accès public à son contenu, sachant qu’elle et Wikipédia ne sont pas loin de poursuivre au final les même nobles objectifs ?

C’est ce que nous rappelle l’un des administrateurs de Wikipédia dans un billet, traduit ci-dessous par nos soins, issu du blog de la Wikimedia Foundation. Billet qui se termine ainsi : « Quoi qu’il en soit, il est difficile de prouver que l’exclusion de contenus tombés dans le domaine public d’une encyclopédie libre à but non lucratif, serve l’intérêt général. »

Remarque : L’illustration[1] choisie pour cet article représente le moment, en janvier dernier, où le célèbre portrait d’Obama réalisé par l’artiste Shepard Fairey entre au National Portrait Gallery, non pas de Londres mais de Washington. Ce portrait a lui aussi fait l’objet d’une forte polémique puisqu’il s’est directement inspiré d’une image d’un photographe travaillant pour l’Association Press qui a elle aussi tenté de faire valoir ses droits (pour en savoir plus… Wikipédia bien sûr). Décidément on ne s’en sort pas ! Heureusement que le portrait s’appelle « Hope »…

Protection du domaine public et partage de notre héritage culturel

Protecting the public domain and sharing our cultural heritage

Erik Moeller – 16 juillet 2009 – Wikimedia Blog
(Traduction Framalang : Claude le Paih)

La semaine dernière, le National Portrait Gallery de Londres, Royaume Uni, a envoyé une lettre menaçante à un bénévole de Wikimédia concernant la mise en ligne de peintures du domaine public vers le dépôt de Wikimédia : Wikimédia Commons.

Le fait qu’une institution financée publiquement envoie une lettre de menace à un bénévole travaillant à l’amélioration d’une encyclopédie sans but lucratif, peut vous paraitre étrange. Après tout, la National Portrait Gallery fut fondée en 1856, avec l’intention déclarée d’utiliser des portraits « afin de promouvoir l’appréciation et la compréhension des hommes et femmes ayant fait, ou faisant, l’histoire et la culture britannique » (source) Il parait évident qu’un organisme public et une communauté de volontaires promouvant l’accès libre à l’éducation et la culture devraient être alliés plutôt qu’adversaires.

Cela parait particulièrement étrange dans le contexte des nombreux partenariats réussis entre la communauté Wikimédia et d’autres galeries, bibliothèques, archives et musées. Par exemple, deux archives allemandes, la Bundesarchiv et la Deutsche Fotothek, ont offert ensemble 350 000 images protégées par copyright sous une licence libre à Wikimédia Commons, le dépôt multimédia de la Fondation Wikimédia.

Ces donations photographiques furent le résultat heureux de négociations intelligentes entre Mathias Schindler, un bénévole de Wikimédia, et les représentants des archives. (Information sur la donation de la Bundearchiv ; Information sur la donation de la Fotothek).

Tout le monde est alors gagnant. Wikimédia aida les archives en travaillant à identifier les erreurs dans les descriptions des images offertes et en associant les sujets des photographies aux standards des métadatas. Wikipédia a contribué à faire mieux connaître ces archives. De même, les quelques trois cent millions de visiteurs mensuels de Wikipédia se sont vus offrir un accès libre à d’extraordinaires photographies de valeur historique, qu’ils n’auraient jamais pu voir autrement.

Autres exemples :

  • Au cours des derniers mois, des bénévoles de Wikimédia ont travaillé avec des institutions culturelles des États-Unis, du Royaume-Uni et des Pays-Bas afin de prendre des milliers de photographies de peintures et d’objets pour Wikimédia Commons. Ce projet est appelé « Wikipédia aime les arts ». Une nouvelle fois, tout le monde y gagne : les musées et galeries s’assurent une meilleure exposition de leur catalogue, Wikipédia améliore son service, et les gens du monde entier peuvent voir des trésors culturels auxquels ils n’auraient pas eu accès sinon. (voir la page anglaise de Wikipédia du projet et le portail néerlandais du projet).
  • Des bénévoles de Wikimédia travaillent individuellement, avec des musées et des archives, à la restauration numérique de vieilles images en enlevant des marques telles que taches ou rayures. Ce travail est minutieux et difficile mais le résultat est formidable : l’œuvre retrouve son éclat originel et une valeur informative pleinement restaurée. Le public peut de nouveau l’apprécier (le travail de restauration est coordonné grâce à la page « Potential restorations » et plusieurs exemples de restaurations peuvent être trouvés parmi les images de qualité de Wikimédia).

Trois bénévoles de Wikimédia ont résumé ces possibilités dans une lettre ouverte : Travailler avec, et non pas contre, les institutions culturelles. Les 6 et 7 Août, Wikimédia Australie organise une manifestation afin d’explorer les différents modèles de partenariats avec les galeries, bibliothèques, archives et musées (GLAM : Galleries, Libraries, Archives and Museums).

Pourquoi des bénévoles donnent-ils de leur temps à la photographie d’art, à la négociation de partenariat avec des institutions culturelles, à ce travail minutieux de restauration ? Parce que les volontaires de Wikipédia veulent rendre l’information (y compris des images d’importance informative et historique) librement disponible au monde entier. Les institutions culturelles ne devraient pas condamner les bénévoles de Wikimédia : elles devraient joindre leurs forces et participer à cette une mission.

Nous pensons qu’il existe pour Wikipédia de nombreuses et merveilleuses possibilités de collaborations avec les institutions culturelles afin d’éduquer, informer, éclairer et partager notre héritage culturel. Si vous souhaitez vous impliquer dans la discussion, nous vous invitons à rejoindre la liste de diffusion de Wikimédia Commons : la liste est lue par de nombreux bénévoles de Wikimédia, quelques volontaires liés aux comités de Wikimédias ainsi que des membres de la Fondation. Sinon, s’il existe un comité dans votre pays, vous pourriez vous mettre en contact directement avec eux. Vous pouvez également contacter directement la Wikimedia Foundation. N’hésitez pas à m’envoyer vos premières réflexions à erik(at)wikimedia(dot)org, je vous connecterai d’une manière appropriée.

La NPG (National Portrait Galery) est furieuse qu’un volontaire de Wikimédia ait mis en ligne sur Wikimédia Commons des photographies de peintures du domaine public lui appartenant. Au départ, la NPG a envoyé des lettres menaçantes à la Wikimedia Foundation, nous demandant de « détruire toutes les images » (contrairement aux déclarations publiques, ces lettres n’évoquaient pas un possible compromis. La NPG confond peut être sa correspondance et un échange de lettre en 2006 avec un bénévole de Wikimédia, (que l’utilisateur publie ici). La position de la NPG semble être que l’utilisateur a violé les lois sur le droit d’auteur en publiant ces images.

La NPG et Wikimédia s’accordent toutes deux sur le fait que les peintures représentées sur ces images sont dans le domaine public : beaucoup de ces portraits sont vieux de plusieurs centaines d’années, tous hors du droit d’auteur. Quoiqu’il en soit, la NPG prétend détenir un droit sur la reproduction de ces images (tout en contrôlant l’accès aux objets physiques). Autrement dit, la NPG pense que la reproduction fidèle d’une peinture appartenant au domaine public, sans ajout particulier, lui donne un nouveau droit complet sur la copie numérique, créant l’opportunité d’une valorisation monétaire de cette copie numérique pour plusieurs décennies. Pour ainsi dire, La NPG s’assure dans les faits le contrôle total de ces peintures du domaine public.

La Wikimedia Foundation n’a aucune raison de croire que l’utilisateur en question ait transgressé une loi applicable, et nous étudions les manières de l’aider au cas ou la NPG persisterait dans ses injonctions. Nous sommes ouvert à un compromis au sujet de ces images précises, mais il est peu probable que notre position sur le statut légal de ces images change. Notre position est partagée par des experts juridiques et par de nombreux membres de la communauté des galeries, bibliothèques, archives et musées. En 2003, Peter Hirtle, cinquante-huitième président de la Society of American Archivists (NdT : Société des Archivistes Américains), écrivit :

« La conclusion que nous devons en tirer est inéluctable. Les tentatives de monopolisation de notre patrimoine et d’exploitation commerciale de nos biens physiques appartenant au domaine public ne devraient pas réussir. De tels essais se moquent de l’équilibre des droits d’auteur entre les intérêts du créateur et du public. » (source)

Dans la communauté GLAM internationale, certains ont choisi l’approche opposée, et sont même allés plus loin en proposant que les institutions GLAM utilisent le marquage numérique et autres technologies de DRM (Digital Restrictions Management) afin de protéger leurs supposés droits sur des objets du domaine public et ainsi renforcer ces droits d’une manière agressive.

La Wikimedia Foundation comprend les contraintes budgétaires des institutions culturelles ayant pour but de préserver et maintenir leurs services au public. Mais si ces contraintes aboutissent à cadenasser et limiter sévèrement l’accès à leur contenu au lieu d’en favoriser la mise à disposition au plus grand nombre, cela nous amène à contester la mission de ces institutions éducatives. Quoi qu’il en soit, il est difficile de prouver que l’exclusion de contenus tombés dans le domaine public d’une encyclopédie libre à but non lucratif, serve l’intérêt général.

Erik Moeller
Deputy Director, Wikimedia Foundation

Notes

[1] Crédit photo : Cliff1066 (Creative Commons By)

11 Réponses

  1. Olivier

    Très intéressant, merci pour la traduction. Un cas totalement emblématique et on n’a pas finit d’en voir fleurir de similaires !

    Pour moi c’est tout simplement les logiques héritées du XXe siècle qui luttent en vain contre celles émergentes du XXIe siècle.

    Gagnant/gagnant ou perdant/perdant, vous avez le choix ! (le musée est perdant déjà au niveau de son image de marque avec une telle polémique)

    Et finalement quel est le problème de fond ? Est-ce que les deux protagonistes sont opposés ? Pas du tout. Ils sont même certainement d’accord. Le seul hic c’est l’argent. Donnez tout l’or du monde à ce musée pour fonctionner et il ne viendra jamais emmerder personne et sera même ravi de voir ses oeuvres ainsi se diffuser.

    Rendez-vous au prochain épisode.

  2. Très chouette encore une foi.
    Si les photos mises sur wiki sont produites par le NPG (ils ont commandées les photos ou des scans "HD") il est logique que les photos appartiennent au NPG et qu’ils en détiennent les droits associés. Si ce n’est pas le cas alors qui a produit les photos ? (dans ce cas le photographe/société en a les droits)
    La tournure de phrase utilisée laisse un trouble "des photographies de peintures du domaine public lui appartenant". Les photos ou les peintures lui appartiennent ?
    Encore un problème de "copie", de droit d’auteur ; de contrefaçon ?.
    une derniére question :
    Est-il possible de prendre des photos des œuvres "libre de droit", dans la NPG ou ailleurs, et de les mettre sur wiki commons ?
    B

  3. La situation est très intéressante à analyser en effet.

    Par contre, introduire l’article de cette façon me laisse songeur…

    >Notons qu’à chaque fois vous êtes accueilli à l’entrée par de grandes urnes qui vous invitent à faire un don, signifiant par là-même qu’ils ne sont plus gratuits si jamais vous décidez d’y mettre votre contribution.
    Wikipedia se revendique comme libre et gratuite. Lorsque le site fait des appels aux dons, vous considérez que donner pour soutenir c’est considérer qu’elle n’est plus gratuite ? Je crois que c’est de cette gratuité que vient tout le problème.

    Il s’agit d’une gratuité d’accès. Les musés, comme Wikipédia on un coût qu’il faut soutenir. Si un site internet copiait l’intégralité de Wikipedia pour le diffuser, croyez-vous que cela aiderait l’encyclopédie ?

  4. Earered

    > Mais n’est-il pas pour le moins choquant de voir un telle institution culturelle, largement financée par l’État,

    A priori, subventionné[1], ce qui n’est pas tout à fait pareil. Le musée doit avoir des ressources propres, et la vente de catalogue en est une. En Angleterre comme en France, la transmission des droits patrimoniaux du photographe permet au musée d’utiliser cette ressource, alors qu’aux États-Unis, l’originalité n’est pas considéré comme suffisante pour permettre un droit d’auteur sur des photographies d’œuvres. J’imagine que le droit allemand est plus proche du droit américain que du droit français ou anglais sur ce sujet.

    Un exemple relativement récent pour le cas en France :
    http://www.pigeon-bormans.com/artic

    Que ce droit d’auteur des photographes soit plutôt ridicule est une chose, y aller comme des sagouins et mettre en péril l’équilibre budgétaire des musée anglais en est une autre.

    Il y a quelques choix possibles pour aller dans le sens de wikimedia :
    – augmenter les impôts des anglais pour que les subventions des musées soient plus importantes
    – faire payer les entrées
    Je ne suis pas sûr que ce soit apprécié des anglais ou que ça aille dans le sens d’un meilleur accès à la culture, et personnellement je n’aime pas trop la tendance d’uniformisation du droit à l’américaine qui va rarement dans le sens de plus de protection des individus (là par exemple, on enlève non seulement une source de revenus au musée, mais aussi aux photographes).

    [1] Comme l’agriculture, la R&D, le foot, la création d’entreprise, etc. en U.E. les musées sont des établissements publics à caractère commercial ou des entreprises purement privées.

  5. Dans de nombreuses juridictions, la reproduction photographique d’une oeuvre d’art est un geste technique qui ne peut pas générer de droits d’auteur. Il y a une entourloupe à vouloir faire passer cela dans le droit d’auteur et l’on voit bien la manoeuvre consistant à vouloir s’approprier un droit d’auteur que l’on n’a pas.

    Il reste que des frais ont été engagés pour ces reproductions et qu’il faut bien que quelqu’un les paie… Cela doit se faire selon un barème fixe (payable une seule fois), il ne faut pas que chaque utilisation génère des royalties. Si on peut comprendre qu’un auteur soit rémunéré selon un système de royalties, on ne pourrait cependant pas admettre qu’un technicien le soit pour le seul fait d’avoir reproduit une oeuvre!

  6. @Brice La législation sur le droit d’auteur est claire sur un point : pour qu’un objet (ou une information, dans notre cas) soit protégé, il est nécessaire qu’il soit une « œuvre de l’esprit ». Un objet produit par un simple geste technique n’est pas censé être protégé (par le droit d’auteur) alors qu’une oeuvre d’art, si. Il n’est donc pas « logique » qu’un simple investissement financier suffise à s’assurer des droits d’auteurs. Si c’était le cas, l’inventeur d’une information, d’une formule de mathématique, d’une théorie politique ou l’ouvrier qui commande une machine à faire des cuvettes de toilette pourrait être considéré comme un artiste.

    Dans le cas qui nous occupe, la National Protrait Gallery considère que faire un scan de quelque chose fait de vous un artiste, la Wikimedia Foundation considère que c’est un simple geste technique. Par conséquent, la Wikimedia Foundation considère que les scans d’œuvre tombées dans le domaine public ne sont pas soumis au droit d’auteur, et s’autorise donc à les diffuser sans limitation. La jurisprudence semble d’ailleurs aller clairement dans ce sens (les participants au projet Commons sont très tatillons sur le droit d’auteur, qui plus est).

    @Grom Plusieurs sites web copient déjà tout ou partie de Wikipédia, et la grande majorité des Wikipédiens s’en félicitent. De fait, la mission de Wikipédia est de rassembler et de diffuser le mieux possible la connaissance. Multiplier les canaux de diffusion est un premier moyen de faciliter cela, c’est aussi une sauvegarde à moindre frais (comme le faisait remarquer Linus Torvalds dans une célèbre citation). Par exemple, Wikipédia est diffusée sous forme de DVD, de clefs USB, est imprimée en partie, sert à peupler des bases de données, etc. Toutes ces réutilisations sont les bienvenues du point de vue de la diffusion culturelle.

    @Earered Il faut considérer la chose du point de vue de l’intérêt du peuple vis à vis de son accès à la culture. La Wikimedia Foundation a pour but de diffuser l’information au maximum de gens. Or, la majorité des gens ne peuvent aller au musée, même gratuit, du simple fait que les musées sont dans les grandes villes, ce qui nécessite d’avoir du temps et de l’argent pour les visiter. Le web est légèrement moins contraint, ou du moins permet de toucher une autre catégorie de personne (en plus).

    D’ailleurs, les exemples de collaboration en Allemagne ont montré qu’après avoir mis en ligne leurs photos via Wikipédia, les organismes impliqués ont vus leurs ventes de matériel imprimé augmenter. Cela prouve que l’idée « diffusion libre = perte sèche » est un cliché irrationnel.

    Sinon, il vaut mieux se garder de juger trop vite le droit à l’américaine. Aux USA, toute œuvre produite par un agent gouvernemental tombe dans le domaine public, il y a le principe du fair-use qui sécurise grandement les individus lambda et il serait inimaginable pour eux d’avoir autant de loi de censure qu’en France. Là, par exemple, les photographes représentent une infime partie de la population, est-il bien souhaitable de renforcer leurs droits au détriment de ceux des autres citoyens ? Le droit d’auteur est une délicate balance entre les droits des créateurs et le bien public, je ne suis pas sûr que supprimer le domaine public soit une bonne chose pour l’accès à la culture des citoyens.

    J’avoue être d’ailleurs assez surpris de lire de tels commentaires sur un blog dédié au mouvement du libre. Il faut garder à l’esprit que ce serait peut-être l’une des plus grandes opportunités manquées de notre époque si le logiciel libre ne libérait rien d’autre que du code. Le libre a démontré que l’intérêt commun était dans la diffusion et la création de valeur, pas dans la défense à court terme des revenus d’une minorité. La route est longue, certes, mais la voie est libre :-)

    Pensez diffusion de l’information, pensez partage de la connaissance, pensez libération de la culture, pensez « liberté, égalité, fraternité » : pensez libre.

  7. En tant que wikipédien et (modeste) participant à Commons, j’ai passé plusieurs heures à essayer de comprendre cette affaire… autant le dire tout de suite si l’argumentaire sur le domaine public me parait tout à fait tenable, elle me met mal à l’aise.

    La NPG affirme avoir dépensé plus un million de GPB pour faire faire les scans, et c’est plausible. Elle a ensuite mis ses scan *en accès libre* sur son site à travers un outil permettant de les zoomer. C’est quand même sympa;

    Un petit malin (pas n’importe qui : un admin de la Wikipédia anglophone) pirate les images en hackant le système de zoom, reconstitue les images entières en HD … et les diffuse généreusement sur Wikimédia Commons (avec de surcroit des copies sur fr.wp, en.wp …). Sachant que la Wikipédia francophone passe des décisions contre le fair use – genre mettre une pochette d’album en basse définition sur un article – c’est … amusant de voir qu’un américain nous colle des scan piratés chez un musée.

    Bon

    A// qu’on trouve des images piratées en p2p sur le net pourquoi pas. Moi-même j’ai zéro scrupule à pomper des séries US. Mais …. *je ne vais pas sur Wikipédia pour pirater*. Diffuser des images piratées sur wikimedia Commons, le défenseur emblématique de la culture libre, je ne crois pas que ca soit une bonne chose pour la respectabilité de notre cause.

    B// Au niveau national, que le procès soit gagné ou perdu, les contacts de wikimédia avec les musées vont-ils en être facilités ? Ou la réputation de pirates va-t-elle désormais nous coller à la peau ? "Wikipédia Loves Art" ah bon en tout cas c’est visiblement pas "Wikipédia Loves Museums" ?

    C// Les musées français – déjà pas riches – vont-ils avoir envie de dépenser des millions pour scanner en HD leurs œuvres s’il est garanti qu’ils verront wikimedia se les approprier en les placant en CC … ?

    Pour moi, encourager un musée à faire des scans (je pense à l’opération de Google pour le musée du Prado) et les mettre en accès gratuit sur le web, c’est super et ca donne l’exemple aux autres. Par contre pirater des scans réalisés à grands frais par un musée dont la visite et le site web sont gratuits, ca va trop loin.

    Bref,
    – je vois bien comment cette affaire cadre avec une certaine idéologie du libre aux Etats-Unis
    – je vois bien que juridiquement même en perdant le procès en angleterre, wikimedia Foundation s’en fiche puisque la législation américaine fera un bras d’honneur aux anglais (encore que les serveurs de Foundation au Pays-Bas là c’est en Europe ..).
    – je ne vois pas clairement qui y gagne dans cette affaire.

    Ou est-ce que tout le monde y perd ?

  8. @anonyme
    Ceux qui y gagne, c’est le peuple, qui a un accès facile à la culture et peut se l’approprier pour produire de la valeur.

    Les raisons motivant le déport d’oeuvres vers Wikimedia Commons peuvent être multiples : site web du musée mal fait (technologies non interopérables, limitations d’ergonomie, absence de liens permanents, etc.), une politique de réutilisation scandaleuse (revendication de droits d’auteurs sur du domaine public, interdiction des liens entrants, limitations d’accès), etc.

    L’auteur des transferts avait sans aucun doute à coeur de faciliter l’accès à des oeuvres majeures en les mettant à disposition via le site culturel le plus visité au monde, où il est (relativement) simple de s’approprier les oeuvres (par opposition au site mal foutu de la NPG).

    Ceci étant dit, il faut se rappeler de l’exemple des musées allemands, qui ont donnés des scans basse résolution à Wikimedia, en continuant à vendre des impressions en haute résolution, avec l’assentiment enthousiaste des wikipédiens. La caricature des méchants pirates wikipédiens est donc trop facile. D’ailleurs, parler de piraterie pour qualifier cet acte, c’est quand même un peu fort. Rappellez-vous, tout de même, qu’il s’agit d’oeuvres dans le domaine public.

    Une des vraies questions derrière tout ça est aussi le rôle des musées : s’agit-il d’organismes chargés de préserver et de diffuser la culture au grand public, ou d’instituts chargé de la conservation d’oeuvres pour le plaisir de professionnels autorisés ? Dans le premier cas, on s’attend à une politique qui tende vers un accès gratuit et une diffusion de masse via le web, dans le second, à une sélection à l’entrée et une politique de vente s’appuyant sur une rareté agressive.

    Personnellement, je constate que le discours théorique des musées suit la première ligne, ce qui me convient très bien. Il ne reste plus qu’à casser le mythe du méchant internet et à positionner le curseur vers un bon compromis (et il existe) qui n’oubliera pas l’intérêt supérieur du peuple.

  9. > Rappelez-vous, tout de même, qu’il s’agit d’oeuvres dans le domaine public.

    aucun problème là-dessus.

    Mais autant les photos (bonne qualité) des oeuvres ca va de soit les diffuser librement, autant des scans HD c’est couteux à faire… donc entuber le payeur c’est pas sympa

    … et ca ne cadre pas non plus avec toute l’approche "légale et pédagogique" du libre.
    => Le libre c’est pas le piratage, c’est même tout le contraire…

    en gros pour moi le mouvement wikimédia aurait bcp à gagner à se distancer de tout acte illégal. Le hack employé pour piquer les scans est illégal.

    bref un admin de wp qui pirate déjà ca fait tache, et les dons à WMF qui servent à le couvrir et à payer le consulting (voire les frais de procès ?) d’un hackeur ca me déplait.

    Le bras d’honneur à la législation européenne, je le sens venir et ca me déplait aussi

  10. Oui, ça coute de l’argent. Néanmoins, il y a deux points importants à ne pas oublier. Le premier, c’est que ces mêmes musées refusent que nous prenions nous-même des photos de qualité des oeuvres qu’ils hébergent. Ensuite, il faut voir d’où provient leur argent. D’après Wikipédia, le budget 2007-2008 de la National Portrait Gallery s’élevait à 16,6 millions de Livres, dont 7 millions provenait du gouvernement (et donc des impôts du peuple britannique, qui aurait sans doute aimé pouvoir jouir d’images sous licence libre), ainsi que 4,1 millions provenant de donations (j’imagine, du mécénat d’entreprises). Ils ne sont donc pas partis de zéro, avec des oeuvres originales, et un budget qu’ils ont entièrement géré eux-même, en gagnant honnêtement chaque kopek.

  11. oui, je pense que le refus de certains musées de laisser prendre des photos est illégal.
    Bon bien sûr il faut protéger les œuvres et pas laisser des hordes de touristes les abîmer à grand renfort de flash

    Mais si une personne munie d’une accréditation – par exemple pour les membres de wikimedia france, on a une procédure ici : http://is.gd/2dcit – si cette personne se voit refuser la possibilité de photographier, c’est là qu’il faut agir.

    Pour en revenir au cas NPG — Wikipedia — Coatzee, à mon avis la bonne façon de procéder là-dessus serait, non pas de hacker les images , mais d’avoir
    – un contribuable anglais – et pas un internaute résidant dans un autre pays
    – qui demande dans les formes à la NPG à ce que les scans lui soient communiqués

    .. et qui, en cas de refus de la NPG, intente un procès (et pas de problèmes alors pour que Wikimédia l’appuie via des conseils ou financièrement).

    bref une action loyale.

    Dans ce cas – et même s’il y a échec-, au lieu d’assimiler le mouvement Wikimédia au piratage, on fait avancer la cause du libre. La communication sera bonne et le message clair.