Pourquoi le logiciel libre est-il important pour moi ?

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The unnamed - CC by-saBruce Byfield est un journaliste américain que nous avons souvent traduit sur le Framablog.

Il nous livre ici une sorte de témoignage confession autour de cette simple question : Pourquoi le logiciel libre est-il important pour moi ? Une question qui, vers la fin, en cache une autre : Pourquoi le logiciel libre n’est-il pas important pour les autres ?

La réponse m’a alors fait fortement penser à l’Allégorie de la caverne de Platon parce que « pour une grande majorité, le Libre contraste tellement avec ce qu’ils connaissent qu’ils peinent à concevoir que cela existe »[1].

Mais je ne vous en dis pas plus…

Pourquoi les 4 libertés du logiciel sont plus importantes que jamais pour les Linuxiens

Why ‘Free as in Freedom’ is More Important Than Ever for Linux Users

Bruce Byfield – 17 novembre 2009 – LinuxPlanet.com
(Traduction Framalang : Don Rico)

Une marionnette heureuse de sa condition

La Free Software Foundation organise un concours de vidéos sur le thème « Pourquoi le logiciel libre est-il important pour vous ? » C’est une question qui tombe à point nommé, en raison, d’une part, de la récente sortie de Windows 7, et d’autre part des bisbilles au sein de la communauté du Libre qui ont tellement gagné en virulence que ses partisans semblent en passe d’oublier leur objectif commun.

Je n’ai pas le talent pour monter une vidéo, mais ce concours m’a poussé à m’interroger : Pourquoi le logiciel libre est-il important pour moi ? Pourquoi la plupart de ceux qui m’entourent s’en soucient comme d’une guigne ? Ces deux questions sont plus intimement liées qu’on pourrait le croire au premier abord.

Une changement de logiciel et de relations

À certains égards, il m’est plus facile d’expliquer ce qui ne présente pas d’intérêt pour moi dans le logiciel libre que ce qui en présente. Par exemple, le code que j’écris se limite à des modifications d’un code existant, aussi avoir accès au code source n’est pour moi qu’un avantage indirect.

De la même manière, être journaliste spécialisé dans le domaine du logiciel libre ne présente que peu de bénéfices pour moi. J’aurais davantage de débouchés et de lecteurs si j’écrivais des rubriques sur le matériel, Windows, et même OS X.

La gratuité du logiciel m’importe peu elle aussi, car depuis des années je peux défalquer le prix des logiciels acquis de ma déclaration de revenus. D’ailleurs, utiliser des logiciels libres et gratuits est même un désavantage lorsque je déclare mes impôts, car j’ai moins de frais professionnels à déduire.

Je ne peux même pas avancer l’argument que je voue une vive haine à Microsoft – mon sentiment envers cette entreprise est plus une grande méfiance et le désir d’avoir le moins possible affaire à elle.

Microsoft a néanmoins contribué à me pousser vers le logiciel libre. Un mois à peine après l’acquisition de ma première machine, je pestais déjà contre les carences du DOS, que j’ai remplacé par 4DOS. 4DOS était alors un partagiciel (à l’époque, quasi personne ne connaissait l’existence des logiciels libres) et ses fonctionnalités plus riches m’ont appris que le prix de vente d’un programme n’avait rien à voir avec sa qualité.

C’est aussi cette recherche de qualité qui m’a conduit à préférer OS/2 à Windows 3.0, et à vouloir être en mesure de bidouiller mes logiciels.

L’abandon d’OS/2 par IBM sous la pression de Microsoft m’a fourni un enseignement supplémentaire : je ne pouvais compter sur une entreprise commerciale pour protéger mes intérêts en tant que client. Lorsque j’ai découvert le logiciel libre, je me suis aussitôt rendu compte que mes intérêts en tant qu’utilisateur seraient sans doute mieux protégés par une communauté. Au moins, la mise à disposition du code source réduisait les risques que l’on cesse de veiller à mes intérêts.

Au cours des dix dernières années, l’évolution du monde des affaires et de la technologie n’a fait que renforcer ces convictions. À une époque où primait le bon sens, les ordinateurs et internet auraient été construits à partir de standards élaborés de façon collaborative et soumis à la régulation des pouvoirs publics, comme la télévision et la radio l’ont été au Canada et en Europe. Hélas, l’informatique et l’internet étant apparus à l’ère où dominait le conservatisme américain, ils ont été développés pour leur majeure partie par des entreprises privées.

Le résultat ? Qualité discutable, obsolescence programmée, et absence quasi totale de contrôle par l’utilisateur. Les utilisateurs de Windows et de Mac OS X ne possèdent même pas les logiciels qu’ils achètent, on leur accorde seulement un licence pour les utiliser. D’après les termes de ces licences, ils n’ont même pas le droit de contrôler l’accès que peuvent avoir Microsoft ou Apple à leur matériel ou à leurs données.

Du point de vue du consommateur, une telle situation serait inacceptable avec n’importe quel appareil. Qui tolérerait pareilles restrictions si elles s’appliquaient aux voitures ou aux cafetières électriques ?

La véritable liberté

Dans le domaine de l’informatique et de l’internet, pourtant, la situation est quasi catastrophique. Les ordinateurs pourraient être le plus formidable outil de tous les temps pour la promotion de l’éducation et de la liberté d’expression. De temps à autre, les entreprises propriétaires reconnaissent par un petit geste ce potentiel en créant des logiciels éducatifs ou en vendant leurs produits à bas prix aux pays en voie de développement.

Pourtant, dans la plupart des cas, ce potentiel n’est exploité au mieux qu’à 50% par les logiciels propriétaires. Leur coût élevé et l’absence de contrôle par l’utilisateur signifient que l’accès à ces outils reste bridé et filtré par leurs fabricants. À cause d’un hasard de l’Histoire, nous avons laissé des entreprises commerciales utiliser ces technologies, ce qui est bien sûr tout à fait acceptable, mais aussi avoir le contrôle sur tous ceux qui comme eux les utilisent.

Le logiciel libre, lui, reprend une partie de ce contrôle aux entreprises commerciales et rend l’informatique et internet plus accessibles à l’utilisateur moyen. Grâce aux logiciels libres, notre capacité à communiquer n’est plus restreinte par notre capacité financière à acquérir tel ou tel programme. Ce n’est pas la panacée, car le prix du matériel reste une barrière pour certains, mais il s’agit d’un pas de géant dans la bonne direction.

Pour résumer, le logiciel libre est une démocratisation d’une technologie privative. On retrouve cet esprit intrinsèque dans les communautés qu’il génère, dans lesquelles la norme est le bénévolat,le partage et la prise de décision collégiale. On le retrouve aussi dans l’utilisation de logiciels libres pour la création d’infrastructures dans les pays en développement, ou dans les initiatives que mènent l’Open Access Movement (NdT : Mouvement pour l’Accès Ouvert) pour affranchir les chercheurs universitaires des revues à accès restreint, de sorte que tout un chacun puisse les exploiter. En un mot, le logiciel libre, c’est un pas en avant pour atteindre les idéaux sur lesquels la société moderne devrait reposer.

On pourrait me rétorquer que d’autres causes, telles que la lutte contre la faim et la misère dans le monde, sont plus importantes, et je vous donnerais raison. Néanmoins, c’est une cause à laquelle je peux apporter ma modeste contribution. À mon sens, elle est non seulement importante, mais si essentielle pour les droits de l’homme et la liberté de la recherche que je peine à comprendre pourquoi elle n’est pas déjà universelle.

Hors du cadre de référence

Hélas, le logiciel libre ne peut se targuer que d’un nombre d’utilisateurs réduit, même si celui-ci augmente sans cesse. On cite souvent les monopoles, l’ampleur de la copie illégale, l’absence d’appui des constructeurs, les luttes intestines au sein des communautés et l’hostilité envers les non-initiés, pour expliquer pourquoi l’utilisation des logiciels libres n’est pas plus répandue. Toutes ces raisons jouent sans doute un rôle, mais je soupçonne les véritables causes d’être beaucoup plus simples.

« Je ne comprends pas qu’on puisse encore utiliser Windows », ai-je un jour grommelé en présence d’un ami. « Parce que c’est préinstallé sur tous les ordinateurs ? » a-t-il répondu. Il n’avait sans doute pas tort.

On pourrait penser que des gens qui passent de huit à quatorze heures devant leur machine souhaiteraient avoir davantage de contrôle sur elle. Mais il ne faut jamais sous-estimer la force de la peur du changement. Si les ordinateurs sont vendus avec un système d’exploitation préinstallé, la plupart des utilisateurs s’en accommodent, même s’ils passent leur temps à s’en plaindre ou à s’en moquer.

Je pense néanmoins que le frein principal à une adoption plus massive des logiciels libres est plus basique encore. Pour une grande majorité, le Libre contraste tellement avec ce qu’ils connaissent qu’ils peinent à concevoir que cela existe.

Le logiciel libre trouve son origine dans l’informatique universitaire des années 1960 et 1970, mais pour le plus grand nombre, l’histoire de l’informatique ne commence qu’avec l’apparition de l’ordinateur personnel sur le marché vers 1980.

Depuis, les logiciels sont avant tout des produits marchands, et le fait que les fabricants aient tout contrôle sur eux constitue la norme. Même si de temps à autre il arrive aux utilisateurs de râler, ils sont habitués à perdre les droits qui devraient être les leurs en matière de propriété dès qu’ils sortent leur logiciel de sa boîte.

De nombreux utilisateurs ignorent encore quels sont les objectifs du logiciel libre. Pourtant, s’ils sont un jour amenés à découvrir le logiciel libre, ils apprennent vite que ses aspirations sont radicalement différente.

Pour le mouvement du Libre, le logiciel n’est pas une marchandise mais un médium, comparable aux ondes télé ou radio, qui devrait être fourni à tous avec leur matériel informatique. Cette philosophie suggère que l’utilisateur moyen devrait être plus actif dans sa façon d’utiliser son ordinateur et modifier son rapport aux fabricants.

Face à des aspirations si opposées, quelle peut être la réaction de l’utilisateur moyen à part l’incompréhension et le rejet ? Il se peut que son premier réflexe consiste à penser que tout cela est trop beau pour être vrai. Il risque de ne pas croire à la façon dont sont conçus les logiciels libres, et craindre des coûts cachés ou la présence de logiciels malveillants.   Cet utilisateur n’est pas près de prendre ces promesses pour argent comptant, et il n’y a rien d’étonnant à cela.

Le logiciel libre diffère tant des logiciels qu’il utilise depuis toujours qu’il n’a pas de cadre de référence. Le fait que le Libre offre plus de souplesse et plus de possibilité de contrôle qu’il n’en a jamais eu ne fait pas le poids contre l’incapacité de l’utilisateur à le rapprocher du reste de son expérience avec les logiciels. Plutôt que de de se jeter dans les bras du Libre, il risque de le rejeter par incompréhension.

Retour aux fondamentaux

Lors de mon premier contact avec le Libre, je l’ai considéré comme un phénomène isolé. Ses similitudes avec d’autres tendances ou mouvements historiques ne me sont apparues que plus tard. Aujourd’hui encore, il m’arrive de temps à autre de négliger trop facilement son importance, et je soupçonne qu’il en va de même pour de nombreux membres de la communauté.

Cette remarque s’applique surtout pour ceux qui se définissent comme partisans de l’Open Source, lesquels accordent de la valeur au logiciel libre principalement pour la qualité supérieure que permet le code ouvert. Ils oublient parfois, comme me l’a un jour confié Linus Torvalds, que ce confort accordé aux codeurs n’est qu’un moyen permettant d’accéder à la liberté de l’utilisateur.

Mais négliger l’importance du logiciel libre a un effet encore plus profond. Nous, qui appartenons à la communauté, sommes conscients de cette importance, mais nous la prenons souvent pour acquise. Pris dans notre routine, nous perdons de vue que ce qui nous semble normal peut se révéler déroutant et menaçant pour qui en entend parler pour la première fois.

Chaque année, le logiciel libre accomplit de nouvelles avancées. Quand je fais le point sur mes dix ans d’activité dans ce domaine, je suis souvent stupéfait par les progrès dont j’ai été témoin, à la fois concernant les logiciels eux-mêmes et le succès qu’ils remportent en dehors de la communauté. Néanmoins, le logiciel libre pourrait rencontrer le succès plus vite si ceux qui participent au mouvement se remémoraient plus souvent son importance et se rendaient compte du caractère déconcertant qu’il peut avoir pour les néophytes.

Notes

[1] Crédit photo : The unnamed (Creative Commons By-Sa)

24 Réponses

  1. Christophe C

    Je pense que les "résistances" au libre sont bien plus simple que ce qu’indique l’auteur : on achète (ou utilise) rarement un bien de consommation pour des raisons idéologiques.

    Je ne roule pas avec une voiture parce que elle est "de gauche" ou "de droite", mais parce qu’elle roule, qu’elle est jolie, qu’elle est frime,….

    La majorité des gens utilisent l’informatique pour surfer, faire un mail, tchater… Ce qu’il y a sous le capot ils n’en savent rien. Et ils s’en foutent.

    Il y a de vrais enjeux sociaux sur le libre (éviter de dépendre de big brother, déjà). Mais expliquer à quelqu’un qu’il doit prendre linux parce que c’est politiquement correct sera un échec dans 99% des cas (ben oui : 1% des PC sont sous linux). Ce qui intéresse les utilisateurs d’informatique c’est la même chose que ce qui intéresse les utilisateurs de machine à café ou de télévision : que ça marche, et que ça soit pas trop cher. Personne, pas même le plus radical des libriste, ne choisit TOUT ce qu’il achète ou utilise en fonction de critères idéologiques. On ne le fait guère qu’en informatique. Pourquoi les autres consommateurs d’informatique devraient-ils être différents de nous ?

    Au final, pour la majorité des utilisateurs, le critère d’adoption du libre restera classique : est-ce que c’est un bon produit pas cher ? Et est-ce que le marketing a fait parvenir l’information que c’est bien et pas cher jusqu’à moi ?

    Donc oui, le libre est important pour des raisons stratégiques, mais croire que les gens vont faire une telle analyse pour chaque achat chaque jour est illusoire. Même nous on le fait pas.

  2. Je suis assez d’accord avec le fond de l’article et finalement un peu moins avec le commentaire de Christophe. La notion intuitive de "ce qui m’importe c’est que ça marche" évolue fortement en fonction des gens et des usages. L’importance accrue de la sécurisation des informations personnelles, la volonté croissante d’ "anonymie choisie" sont des nouvelles données qui rentreront de plus en plus dans les critères de définition du "ça marche". Sur ces aspects le choix de la transparence du logiciel Libre relève à mon avis d’autre chose que seulement un choix "idéologique".

  3. >(ben oui : 1% des PC sont sous linux)

    Il y a ce lieu commun qui consiste à dire que Linux ne ferait "que" 1% depuis au moins 5 ans. Or certains sites (PCimpact par exemple )l’estiment à plus de 7%, et là, ce n’est plus négligeable puisque c’est à peu près au même niveau que le Mac. Selon le type de site, on peut être bien au-dessus.

  4. "Ce confort accordé aux codeurs n’est qu’un moyen permettant d’accéder à la liberté de l’utilisateur." Ça fait drôle de lire ça… D’habitude on entend plus souvent dire le contraire, non ?
    @Christophe C : "Personne, pas même le plus radical des libriste, ne choisit TOUT ce qu’il achète ou utilise en fonction de critères idéologiques. On ne le fait guère qu’en informatique."
    Je ne sais pas si ça permet de généraliser sur nos habitudes… S’il existait 1% de voitures opensource, est-ce que les libristes ne se poseraient pas plus de questions avant d’acheter une voiture ?

  5. Christophe C, je pense que c’est justement ce que l’auteur a voulu écrire : les gens ne sont pas habitués à choisir un produit pour des raisons idéologique.
    Je suis tout à fait d’accord avec l’auteur : un logiciel libre n’est pas un produit. C’est un bien commun.
    Bien sure dans notre monde capitaliste (ou tout est produit), des fois je le vois comme tel. Et j’étends donc ma philosophie de liberté et de contrôle à d’autres produits. C’est d’ailleurs pour cela que je n’achèterai jamais de Nespresso !

  6. Incontinentia Buttocks

    Je m’en fous un peu de combien de gens utilisent Linux ou Windows, ou (pire) OSX. C’est pas important, je m’en moque des autres. Je les montrerais presque du doigt dans la rue en rigolant, mais il y en a trop, et je risquerais de devoir cracher quelques dents.

    Je pense que le Libre devrait avoir comme but la liberté, et la liberté implique la liberté de choisir. Laisser les autres utiliser le système d’exploitation qu’ils veulent, les programmes qu’ils veulent, et boire le café qu’ils veulent, c’est leur laisser cette liberté. Leur mettre la pression pour qu’ils passent au libre, ce qui se voit souvent, c’est tenter de leur retirer leur liberté de choix. "Pour les aider".

    Le libre, c’est pas que répondre "rtfm" à quelqu’un qui vous demande où télécharger openoffice. D’accord, c’est ça pour beaucoup de monde, probablement parce que ça leur donne des érections de savoir quelque chose et d’avoir le choix de ne pas le dire (normal, ils sont libres, et de toute manière, ils ne sont pas payés pour répondre à ces connards qui utilisaient window$ il y a peu), mais ce n’est pas que ça. Pour qu’un logiciel soit libre, il ne suffit pas que les quatre ou cinq petits critères (tels qu’autoriser Tata Janine à en modifier la source) soient remplis, il faut aussi que les gens aient le choix.

    Le plus important, c’est que les utilisateurs aient le choix de l’utiliser ou non, et qu’ils soient informés de leur possibilité de choisir. Informer les gens sur les avantages du logiciel libre oui, les pousser à choisir le logiciel libre non. Ce n’est pas parce que Microsoft ou Apple tente d’enfermer leurs clients qu’il faut de notre côté pousser nos connaissances à adopter des logiciels libres uniquement parce qu’ils sont libres. C’est, excusez-moi pour la petite insulte, complètement débile. Autant consacrer nos efforts à l’amélioration des logiciels libres, ce qui poussera plus de gens à les choisir, plutôt qu’à faire de la propagande mensongère comme Microsoft ou Apple. Hé oui, j’ai déjà entendu des rigolos dire "Installe Linux, après t’auras plus de problèmes.", ils ont probablement piqué ça à une pub pour windows 7 ou pour un osx quelconque.

    Un truc qui me fait souvent marrer, ce sont les statistiques qu’on voit un peu partout. Tiens, il y en a même pas mal dans les commentaires ci-dessus. Ca me donne toujours l’impression qu’il s’agit d’une guerre pour les parts de marché du logiciel libre. Il faut plus d’adepte à notre nouvelle religion, toujours plus, ils faut brûler windows et osx. Ca me rappelle une bande de guignols qui, sur un blog, avaient décidé d’aller installer Ubuntu sur des ordis à la FNAC. Pourquoi perdre du temps à emmerder au lieu de passer du temps à améliorer ?

    Désolé pour ce petit coup de gueule, mais les commentaires de certains m’y ont poussé. Ca fait un bon bout de temps que je viens régulièrement sur ce blog, que le lien vers un site web que je donne se fait censurer par aka (merci pour ta patience, soit dit en passant), et si les articles me semblent objectifs, je ne peux pas en dire de même des commentaires. Ma réaction est plutôt générale, par rapport à tout ce que j’ai vu récemment sur divers sites, dont celui-ci. Il faut arrêter de croire qu’il y a une guerre contre les logiciels propriétaires, il faut arrêter de croire que c’est en essayant de contraindre les gens à utiliser des logiciels libres que vous améliorerez le monde.

    Ce qu’il faut, c’est éduquer la population. C’est pour ça qu’il est nécessaire que des personnes comme aka existent, des personnes capables de rester objectives.

    Le jour où les amis de Tux arrêteront de pointer des pistolets sur la tempe de chaque utilisateur de logiciels propriétaires en braillant "Arrête s’il te plaîîîît, saymal saymal sa pue la kak nik ta rem", je pense qu’un grand pas vers la liberté informatique aura été fait :-)

  7. @incontinentia Buttocks
    Merci pour ton commentaire qui pourrait se résumer par la phrase de Gandhi "Be the change you want to see in the world" ("Deviens toi-même le changement que tu veux voir dans le monde"). Avoir des enemis identifiés et figés est souvent rassurant, le manichéisme est confortable, … Alors que les nuances, le discernement, sont des attitudes plus sportives pour notre cerveau.

    @auteur
    J’aime beaucoup cette phrase : "[..]incapacité de l’utilisateur à le rapprocher du reste de son expérience avec les logiciels. Plutôt que de de se jeter dans les bras du Libre, il risque de le rejeter par incompréhension."

  8. Bruce Byfield expose assez bien pourquoi le logiciel libre est important pour lui, et pourquoi il ne l’est pas pour les autres. Malheureusement, il ne le vulgarise pas forcément assez bien pour qu’un non initié l’entende. C’est je pense le fil conducteur de cet article et des commentaires. Et si finalement le logiciel libre n’était pas important aux yeux des autres, simplement parce que la communauté n’est pas capable de communiquer correctement !?

    Par exemple Incontinentia Buttocks présente une réalité irritante. Pourquoi des gens qui soit-disant défendent la liberté, tentent le plus souvent de restreindre celle des autres en voulant imposer le libre avec assez peu de respect de cette liberté justement !? On est dans le même domaine que les révolutionnaires qui imposent la liberté et se retrouvent dictateurs pour la maintenir. C’est véritablement un phénomène contre lequel il faut lutter. Il y a une question de communication et d’éducation, auprès des non initiés, comme des initiés !

    Pourquoi la communauté du libre communique-t-elle finalement aussi mal ?

    D’abord pour un non initié, il y a une question de temps de formation, prendre le temps de quitter en douceur ses anciennes habitudes. Pousser quelqu’un vers le libre du jour au lendemain, c’est souvent prendre le gros risque de le braquer ! Changer de navigateur, puis de suite bureautique, etc. Une transition efficace, ça prend du temps. A part Framasoft qui offre des outils pour accompagner dans un univers Windows qui peut ensuite mener naturellement vers un OS libre, la plupart des sites sont déjà "verrouillés" Linux.

    Ensuite, il y a une question d’initiation, il faut être éduqué au libre pour en saisir la portée. Des textes sur le pourquoi de l’intérêt du libre, il en existe des quantités phénoménales. Mais en ce moment même (comme souvent d’ailleurs), j’ai des personnes qui sont intéressées pour en savoir plus et se documenter. Mais franchement où est-ce que je trouve une source véritablement didactique ? Il en existe beaucoup, malheureusement, tout le monde n’est pas professionnel de l’éducation, et la qualité n’est pas souvent au rendez-vous. Framasoft joue ce rôle, mais il manque vraiment à sa belle base documentaire un portail initiation ou découverte.

    Nous avons également vu qu’il y a un problème de communication au sein de la communauté. Le plus souvent les appels au respect de la liberté de chacun se retrouvent comme ici dans des commentaires de blogs. Mais où trouve-t-on le manuel de bonne conduite du libriste ? Celui vers lequel on peut renvoyer quand un membre de la communauté est pris en plein dérapage ?

    En gros, bien que la communauté dispose probablement des meilleurs outils de communication (moteurs de blogs, de forums, de newsgroups, de wikis, etc.), il reste encore à savoir communiquer. C’est symptomatique, qui sont les meilleurs communicants de cette communauté ? Les développeurs les plus émérites ! Pourtant ce n’est pas leur métier. Des organisations existent. On a vu par exemple l’illustration cette semaine avec, comme le dit aka, la naissance du "pas très bien nommé" Conseil National du Logiciel Libre. Mais une véritable organisation communautaire pour prendre en main la communication, c’est pour l’instant très embryonnaire.

    Les outils sont disponibles. La bonne volonté et l’efficacité de la communauté ne sont plus à prouver. Il reste à mettre tout ça en ordre de marche pour une organisation efficace de la communication, de l’éducation. A quand l’agence Tux Communication ? A quand un Ministère de l’Education Internationale ? :)

    Mais inutile d’aller plus vite que la musique. Le libre prend son temps, mais avance surement. C’est ainsi qu’on fait du solide. Chacun trouvera avec le temps en quoi le libre est important (ou non) pour lui.

    Le libre pour moi est important parce que c’est la force tranquille.

  9. Le cout réel d’un logiciel n’est pas son prix d’achat mais son temps d’apprentissage. Lorsque l’on se lance dans la maitrise d’un outil, il faut compter pouvoir l’utiliser pendant 10 ou 20 ans minimum. Sinon, apprendre a s’en servir est une perte de temps !
    Si l’on est d’accord avec ce constat il est ensuite facile d’argumenter en faveur du LL.

  10. @Christophe : Quand tu dis "on achète (ou utilise) rarement un bien de consommation pour des raisons idéologiques", je pense à l’écologie et au développement durable et je me dis qu’on y arrive parfois pourtant. Et au train où vont les choses, on finira par choisir de payer plus cher tel produit parce que l’on sait que la boite a fait l’effort de rester en France et non délocaliser à Pataouchnok.

    @Incontinentia Buttocks : Pour la censure du site web, ça serait mieux si ça ne renvoyait pas sur du porno non ? Sinon merci pour le compliment. Je rappelle que le Framablog est un travail collectif. J’agis un peu comme un "directeur de publication" (ou un "éditorialiste") mais derrière il y a plein d’articles choisis et traduits en commun avec tous les gars et les filles de Framalang.

    @Zef : Je te rejoins sur les lacunes pointées, aussi bien pour ce qui concerne la communauté dans son ensemble que Framasoft en particulier (un portail de première entrée découverte, ça fait partie de notre todoliste depuis pas mal de temps mais on manque de moyens humains, appel lancé donc).

    D’une manière générale merci pour densité des premiers commentaires. Par rapport à cette question de la vulgarisation du Libre, il faut voir que ce n’est pas forcément la tasse de thé des développeurs. Et c’est justement pour cela que des sites comme Framasoft existent. On prend le relai et on tente de faire ce boulot là, histoire de participer nous aussi à l’écosystème.

    Ce n’est pas toujours évident d’ailleurs. J’ai fait l’effort sur le dernier article en date, Google et la vidéo du Web, de faire une intro explicative. Mais j’ai pu me planter doublement : en ennuyant le public averti et fidèle qui connaissait déjà la situation, et en n’arrivant pas à bien expliquer les tenants et les aboutissants à un public nouveau ou moins régulier et qui découvre la problématique.

  11. @Incontinentia Buttocks:
    Pour résumer ton message, ce serait: "Laisser les gens utiliser librement des logiciels proprio si ils l’ont choisis."
    Mais dans ce cas là, je te répondrais: "Ont-ils choisis en toute connaissance de cause?"
    Dans la majorité des cas, la réponse est non. Et "connaissance de cause" ne se limite pas à "savoir", il s’étend aussi à "comprendre".

    @seb:
    Il est vrai que pour beaucoup de gens, la notion principale est "ce qui m’importe c’est que ça marche", mais cette notion est incomplète. La notion que beaucoup de gens cherchent, et pas uniquement dans le logiciel, c’est "ce qui m’importe c’est que ça marche dans mon univers et dans mon présent". Beaucoup trop de gens sont incapable de voir à long terme et s’en foutent des conséquences sur ceux qui sont ors de leurs petit "univers". Par exemple: Les gens gueulent quand leur poste de travaille est menacé, mais trop souvent ils se taisent quand c’est uniquement le poste d’un autre de peur de perdre le sien, préfèrent la survie au présent à l’action qui définira si vie ou déchéance assuré au future.
    Mais là où je te rejoins, c’est sur la tendance au changement. Les gens changent. Pas très vite, pas beaucoup, mais le changement est là. Je le remarque depuis qu’Internet se démocratise dans les foyers, ou plutôt depuis que le libre accès à l’information et à la communication se démocratise dans les foyers. Et c’est là que c’est intéressant: tout ce libre accès se base sur les mêmes principes que le logiciel libre et la culture copyleft. Serait-ce lié au fait que le libre accès à l’information et à la communication ainsi que la culture du copyleft soient basés sur des logiciels libres? Ou est-ce lié au fait que ce soit le même but, les même principes?

  12. @ Incontinentia Buttocks:

    Je ne suis pas d’accord avec toi.
    Pour le coup, je trouve ton argument de départ très très simpliste, genre du même style que (dsl si je frole le godwin): "la liberté d’expression s’applique à tout le monde, donc, il n’y a aucun problème à dire que les communistes mangent des bébés ou que monsieur machin viole des enfants".
    Bref, sous pretexte que le logiciel libre défend la possibilité de choisir, il ne pourrait pas essayer de freiner l’adoption de mécanismes qui s’opposent à la liberté de choisir ? Un peu paradoxal, non ?
    Qlq’un qui aurait plus réfléchit conclurait plutot que puisque le but du logiciel libre est de garantir la liberté de choix, il doit s’opposer à l’adoption de solution qui s’oppose à cette liberté de choix (car c’est infiniment plus malin que de ne pas s’opposer aux choix du proprio et voir le proprio réduire le choix lui-même, de manière bien plus profonde et plus durable)

    Je suis bien évidemment d’accord avec le fait que le point essentiel est de communiquer, pour faire comprendre l’interêt du logiciel libre au public. C’est ce qu’on fait depuis les années 80, et 90% des énergies des libristes passent dans la communication et dans l’amélioration des logiciels libres. Puis, il y a 10% pour dire une vérité essentielle: "le proprio est mauvais" (qu’on s’entende bien: je dis "proprio", mais il faudra à chaque fois comprendre "le proprio impérialiste qui capture les clients et qui met des batons dans les roues à ceux qui veulent se passer de ses solutions")
    À mon avis, dire que "microsoft est mauvais", c’est bcp bcp plus important que de dire que "linux c’est bien" (c’est à mon avis un mensonge: le libre n’est pas bien, il est normal, voilà pourquoi on ne doit pas promouvoir le libre mais bien pointer du doigt les anomalies du proprio).

    Finalement, concernant les "obligations d’utiliser Linux", je trouve ça très pédagogique et bénéfique sur certains points (même si c’est discutable sur d’autres), même si ceux qui font ça n’ont pas tjrs en tête la bonne optique (et je ne m’adonnerais pas à ce genre de pratiques). Utilisateur quotidien de logiciel libre, ça me fait chier de devoir me casser le cul pour trouver un portable sans Windows. Visiblement, pour bcp d’utilisateur de windows, ceci n’est pas un problème ("mais tu rales pour rien, tu n’as qu’à faire un effort et aller chez un monteur"). Ce serait hyper-pédagogique de la part d’un utilisateur de windows de se rendre compte la frustration que c’est de ne pas avoir le choix et d’être confronter à une offre qui ne lui convient pas.

    Finalement, je suis aussi énervé par le discours bizounoursien qui veut que si on a un coeur pur, le monde deviendra magique. Cela fait des années que les linuxiens se font chié avec la vente liée. Par rapport à ça, les politiques ont tjrs dit: "vous avez raison, la vente liée, c’est pas bien" mais rien n’a été fait en pratique. Face à ce constat, pourquoi, sous pretexte qu’on est libriste, on ne pourrait pas traiter les cons de cons, et dire aux veaux: "t’es un crétin et le fait que tu utilises ce logiciel a des conséquences directes qui me font chier, et si tu ne changes pas de logiciel (et que donc tu n’arrêtes pas de me faire chier), je te péte la gueule !".

    Désolé pour le coup de gueule également (si vous lisez mes autres commentaires, vous verrez que je suis en général très modéré et très diplomatique), mais je vois de plus en plus ce genre de remarque où le libriste serait obligé de subir les conséquences des utilisateurs de proprio parce que "sinon, c’est pas gentil" (voire pire: "au lieu de perdre son energie pour critiquer le proprio, améliorez plutot le libre". Le proprio (cf. définition plus haut) est _mauvais_ et peu importe si il existe une alternative ou pas, il restera mauvais et devra donc être abandonné.)

  13. @Incontinentia Buttocks

    Le but de la Liberté Logicielle, comme le rappelait Richard Stallman dans sa controverse avec M. de Icaza, c’est bien la liberté. Ce n’est pas que les gens utilisent strictement des logiciels libres mais qu’ils comprennent l’importance qu’il y a en utiliser. Cela ne fait pas grandement avancer les choses que d’utiliser un logiciel pour des fonctionnalités.

    Alors, bien entendu, on n’utilise pas un logiciel parce qu’il ne sert à rien, cela va sans dire. Mais utiliser un logiciel libre cela doit s’apprendre, se comprendre, en termes de libertés et non seulement en termes d’utilité. Et sur ce point, je rejoins l’auteur de l’article. Les gens (le Grand Public) ne peuvent comprendre ce qu’ils ne connaissent pas. Le propos de Linus Torvalds à ce propos détonne un peu de ce dont il nous a accoutumé depuis quelques années.

    Quant à savoir si la liberté logicielle restreint la liberté de choix de l’utilisateur, c’est hors de propos. On ne peut pas tout mélanger. Le café et le logiciel. Tout ne se vaut pas, en ce bas monde.

    Pour Richard Stallman, et au sein du Libre en général, la liberté d’action (ou d’entreprise) doit s’exercer en contribuant à notre liberté non à son détriment : « Un programme non-libre prive ses utilisateurs de leur liberté ».

    Il y a bien, en revanche, un rejet dans le mouvement du Libre. Et ce « non » a plus le sens d’un « Vous allez trop loin », « il y a une limite à ne pas dépasser ». En somme, ce « non » est l’affirmation d’une frontière, d’une limite. Ce « non » est l’expression du sentiment que l’autre exagère, qu’il étend son droit au-delà d’une frontière à partir de laquelle un autre droit lui fait face et doit le limiter.

    Bien souvent, on se refuse à voir, parce qu’on ne le comprend pas la plupart du temps, que ce « non » est aussi un « oui ». Ce « non » affirme, en même temps que la frontière, tout ce qu’il veut protéger, préserver. Richard Stallman : « Pour éviter de se retrouver ainsi lésés, nous devons rejeter les systèmes privateurs ainsi que les applications privatrices. » Il n’y a pas seulement un rejet (de la logique privative), il y a aussi une adhésion à un principe de non-nuisance : « On ne doit nuire à autrui ni par son action ni par son inaction ».

    Dire « non », refuser, c’est faire face, c’est opposer ce qui est préférable à ce qui ne l’est pas, montrer le souci que l’on a non d’un intérêt personnel et immédiat mais de ses droits.

    Dire « non », c’est affirmer que l’on a une responsabilité morale, une responsabilité positive (chacun est responsable de ce qu’il fait) et une responsabilité négative (chacun est moralement responsable de ce qu’il ne protège pas). Notre silence, autant que notre inaction, est une nuisance.

    Le mouvement du Libre initié par Richard Stallman démontre, avec entêtement, qu’il y a quelque chose « qui vaut la peine », qui demande qu’on y prenne garde, des valeurs représentées par le passage de l’individuellement désiré au communément désirable. Le libre oppose le dépassement de cette liberté individuelle dans la préservation d’un bien commun.

    Le libre s’oppose, non à la liberté de choix, mais s’élève pour un bien commun : « Pour rester libre, écrivait RMS, la liberté doit être notre but » (Richard Stallman).

    La liberté logicielle n’est pas une notion générale que l’on trouve dans le Petit Robert ou le Dictionnaire de l’Académie française, Incontinentia Buttocks. Elle est définie par les termes de la licence GNU GPL. Les "petits critères" que tu évoques. Bien sûr cette définition a des conséquences sociales et pas seulement pour ta tante Janine ou pour sa voisine Simone : cette définition régit aussi des rapports au sein de la société (liberté de la connaissance, des échanges et de la collaboration).

    Et l’adhésion au projet GNU n’est pas une entrée dans un ordre ou une religion. Elle tient plus du respect et du soutien de principes philosophiques, d’une éthique de la connaissance et des échanges au sein de l’espace social.

  14. J’aimerai répondre aux bon braves évangélisateurs du libre qui critiquent Incontinentia Buttocks qu’ils sont à côté de la plaque.
    Non, on ne peut pas imposer la liberté sous prétexte qu’elle est meilleure que la contrainte. Si des gens ne veulent pas de la liberté on ne peut pas le leur imposer : ce serait être en contradiction avec le but que nous nous fixons. Ceux qui s’imaginent que la fin justifie les moyens devraient lire "Les Justes" : on ne peut pas tuer une famille innocente sous pretexte que cela apporterait la démocratie à tout un peuple. Sinon cela revient à justifier toute tentative de ramener la démocratie dans un pays qui en a besoin en lui imposant une dictature "temporaire".
    korbe a cependant écrit quelque chose d’intéressant : "Ont-ils choisis en toute connaissance de cause?"
    En effet on peut penser que si les gens ne veulent pas être libres c’est qu’ils sont manipulés et ne peuvent pas choisir par eux-mêmes. C’est certainement vrai. Mais d’une part on ne peut jamais prouver qu’une personne est manipulée ou pas : on n’est pas dans son cerveau. D’autre part le fait que nos adversaires soient manipulateurs ne nous donne pas le droit de l’être aussi.
    On doit se limiter à proposer la liberté, mais ne jamais chercher à l’imposer.

  15. @gnuzer
    Tout a fait d’accord. La liberté ne peut être imposée. C’est a chaque individu de se l’approprier. Il n’y a pas d’autre méthode. Pourtant il est difficile de comprendre l’intérêt de la liberté pour quelqu’un qui n’en a jamais fait l’expérience. Aussi je pense que la liberté n’est pas le bon argument pour convaincre Mme Michu, même si c’est au final, l’objectif principal.

  16. @ gnuzer:
    Héhé, ça ce serait un chouette scénario dystopique.

    Sinon, je suppose que ton message ne s’adressait pas à moi, vu que, selon mon message précédent, je ne suis clairement pas du tout évangélisateur du libre.
    Je ré-explique: Certaines personnes, parce qu’ils utilisent certains logiciels, sont directement responsables d’une série d’obstacles dans ma vie quotidienne (ces obstacles n’ont pour unique objectif que de me faire chier, simplement parce que je n’ai pas choisi la même solution qu’eux). Ils ont choisi d’être responsable de ça, et c’est leur choix. Mais il faut qu’ils assument: s’ils ont choisi de me faire chier, je ne vois pas pourquoi je devrais les considérer avec respect, et à la moindre occasion, je ferais tout pour qu’ils arrêtent d’utiliser ces logiciels dont un des buts est de me pourrir la vie (le texte illustre ceci par exemple lorsqu’il parle de la sous-exploitation du potentiel communicatif ou d’éducatif de l’informatique, qui n’existe que parce que ça arrange les éditeurs de logiciels propriétaires).

    En d’autres termes: ceux qui utilisent un logiciel proprio (de nouveau, dans le sens de "logiciel qui fait tout pour me compliquer la vie si je ne veux pas l’utiliser") commettent un acte agressif. C’est donc naturel qu’ils n’en aient pas le droit (tout comme l’interdiction de crier sur qlq’un sans raison n’implique pas l’absence de la liberté d’expression). Et ça tombe bien: le logiciel libre garantit que ni moi ni eux serons agressif envers quiconque en l’utilisant.
    Il ne s’agit pas ici d’imposer la liberté, il s’agit avant tout d’empêcher certains de pourrir la vie des autres.

    Après tout, dans la phrase: "utilise plutot du logiciel libre, c’est bien mieux, cela respecte le choix de l’utilisateur", de quel utilisateur parle-t-on ? De celui qui utilise le logiciel en question ou de celui qui a choisi d’utiliser un autre logiciel ? Dans le deuxième cas, on sort totalement de l’optique ‘la fin justifie les moyens’ ou ‘imposer la liberté’.

  17. @ gnuzer:

    J’ai critiqué (légèrement) Incontinentia Buttocks, pourtant je ne suis pas d’accord avec le fait d’imposer du logiciel libre. De toute façon, ça ne fonctionne pas, les gens se braquent et on obtient l’effet inverse de ce que l’on souhaite. Ce qu’il faut c’est informer et si la personne est d’accord de changer ses habitudes, l’aider et l’accompagner pour son entrée dans le monde du libre (que ce soit dans le logiciel, la culture, l’information, l’expression, etc…(oui, le libre ne se limite pas qu’au logiciel, c’est toute une façon de voir le monde qui nous entoure)).

    Mais il y a des cas, par exemple dans les écoles, où il faut bien faire un choix. Et là, le choix du libre reste le meilleur. Déjà par ce que les principes du libre correspondent tout à fait à ceux de l’éducation et qu’il est préférable de ne pas rendre le savoir des gens dépendant d’une entreprise (d’autant plus quand c’est le savoir de nos enfant dont l’apprentissage est financé par nos impôts).

  18. @Incontinentia Buttocks
    «Je m’en fous un peu de combien de gens utilisent Linux ou Windows, ou (pire) OSX. C’est pas important, je m’en moque des autres.»

    Même si je fais abstraction des raisons éthiques et ne considère les choses que d’un point de vue égocentrique, je ne me fous pas de «combien de gens utilisent Windows». En effet, tant que leur nombre est considérable, cela influe sur le comportement des acteurs du marché (les fabriquants de hardware qui ne développent des drivers que pour ce système, les sites web qui ne sont accessibles qu’à leur navigateur, etc.) d’une manière qui restreint ou compromet ma liberté d’utiliser des logiciels libres.

  19. @korbe, @j-c :
    Vous faites bien de préciser, je n’avais pas envisagé la chose sous cet angle en lisant vos commentaires. En effet il y a là un vrai problème qui se pose : comment accéder nous-mêmes à une liberté totale sans l’imposer à d’autres personnes, étant donné que l’absence de liberté chez ces personnes peut entraver notre liberté ?

    À ce problème j’avoue que je n’ai pas trouvé la solution miracle. Lorsque j’envoie un document à quelqu’un, je l’envoie en général dans un format libre (par ex : .odt) et dans un format "plus ou moins standard" (j’entends par là utilisé par la majorité du troupeau de consommateurs naïfs avec qui j’ai l’occasion de travailler) (par ex : .doc, ou .rtf qui est un relatif compromis). Et bien évidemment en général les gens choisissent le .doc, ne sachant pas ce qu’est le .odt.
    C’est amusant de constater que cela revient à dire que je propose la liberté et l’absence de liberté, au choix, et les gens choisissent l’absence de liberté parce qu’ils ne savent pas ce qu’est la liberté. :-D
    Je sais parfaitement que si j’impose le .odt, je devrais perdre mon temps à expliquer à mon interlocuteur pourquoi je refuse d’utiliser le .doc, "comme tout le monde".
    S’il s’agit dun fichier qui doit être modifié successivement par nous deux, je considère que je peux perdre mon temps à expliquer ne serait-ce que le respect des standards à mon interlocuteur, car je vois mal l’interêt de travailler avec quelqu’un qui ne respecte pas ces standards. (Au risque de devoir faire face à des trucs du genre : "Mais .odt peut pas être un standard, puisque Office ne le lit pas !")

    Enfin, s’il sagit non pas d’une relation entre deux personnes, mais d’une relation entre un consommateur et un produit dont la compatibilité avec les standards est définie par les lois du marché, je pense que nous pouvons accéder à la liberté sans l’imposer, tout simplement en privilégiant l’esprit hacker. Il ne faut pas attendre que les entreprises nous facilitent la vie, ces escrocs ne le feront pas. Je pense donc qu’il faut mettre notre énergie dans la recherche de solutions par nous-mêmes plutôt que dans la bagarre avec les géants du marché.
    Dans la pratique, si je dois faire une présentation sur un PC ne disposant pas de OOo, je préfère sortir ma framakey plutôt que de tenter de sensibiliser le sysadmin à mes problèmes. En ce qui concerne les baladeurs numeriques qui ne lisent que les formats proprios DRMisés, je me suis juré récemment de ne plus investir dans ces merdes et j’économise pour un modèle sur lequel GNU/Linux tournera.
    Pour moi l’esprit hacker est le seul moyen de résoudre ce problème philosophique auquels nous sommes confrontés. Si quelqu’un a un autre moyen de maximiser notre liberté en nous détournant de tout extrémisme, je suis preneur.

  20. @gnuzer:

    Il n’y a aucun extrémisme à envoyer un document au format "OpenDocument" exclusivement. Ce n’est pas un format "pro-libre", mais un format "pro-choix", dans le sens où il est également implémentable par n’importe quel éditeur de logiciels libres ou propriétaires.

    Et il n’est pas utile de perdre plus de temps avec un utilisateur, qu’il ne veut en perdre lui-même.
    Autrement dit, faire des efforts en direction de quelqu’un qui n’en fait pas est contre-productif. Mieux vaut user de psychologie. Le message à faire comprendre est plus ou moins le suivant:
    "D’accord, tu ne veux pas réfléchir, pas comprendre, tu envoies des .doc et tu veux recevoir des .doc te poser de questions? Très bien, je vais en faire exactement de même de mon côté, avec mes .odt . Tu seras bien en peine de me reprocher mon attitude, étant donné que tu as la même. Tu n’ouvres pas mes fichiers, je n’ouvre pas les tiens. Maintenant que nous avons constaté tous les deux que cette attitude est contre-productive et stérile, peut-être pouvons-nous passer à une autre étape?"

    C’est une mauvaise idée que de vouloir être trop "prévenant" envers les utilisateurs prisonniers qui veulent qu’on les rejoigne dans leur prison. De leur point de vue, ça signifie:
    – que les libristes sont en tort, vu qu’ils cherchent des explications (donc, des excuses). Autrement dit, celui qui arrive avec un format incompatible, et explique tout de suite pourquoi ça marche pas, est quelqu’un qui le "fait exprès",
    – qu’on essaie de les convertir à une idéologie alors qu’ils attendent de leurs logiciels qu’ils "juste fonctionnent". Se lancer dans une explication à connotation morale (et non technique) leur donnera tout de suite l’impression qu’on veut les faire entrer dans une secte.

    Face aux utilisateurs de base, le mieux est encore de passer pour un utilisateur de base. Un naïf qui ne réfléchit pas et pour qui, si ça marche ici, ça marche partout.

    "Comment ça, tu n’arrives pas à lire mon document? Bizarre, c’est un standard normalisé. On t’a vendu un logiciel qui lit même pas ce format qui date de 10 ans? Arf, t’as pas de bol. Ben écoute, chez moi ça marche, tu devrais peut-être prendre un logiciel un peu mieux pour bosser.."

  21. Je viens d’installer Ubuntu en Dual Boot sur ma machine principale. Même si j’adhère à "l’idéologie" du libre mes motivations principales ont été:
    1 – j’en avais marre de la lenteur et de l’instabilité de Vista
    2 – j’avais envie d’un OS sécurisé et alternatif
    3 – la curiosité, j’aime bien tester et apprendre de nouvelles choses. Je passe plus de temps pour installer les softs que je choisis d’utiliser sous Linux mais je sais pourquoi. J’allais oublier quand même cette satisfaction qu’il y a à participer à un mouvement "libre, alternatif et participatif". Cela faisait un certain temps que je disais à mes amis linuxiens, si Photoshop et Lightroom passent sous Linux, je quitte Windows. Pour l’instant quand j’utilise ces logiciels, je reviens à mon windows. J’ai cherché un peu mais gérer et développer des fichiers raw en production avec ce qui existe sous Linux c’est pas jouable. Enfin si quelqu’un connait un équivalent de Lightroom qu’il me le dise. Quand à Gimp, j’ai beau essayer j’arrive jamais à m’y faire.

  22. @ gnuzer:
    Je n’étais effectivement pas très clair dans mon premier message.
    Je n’ai moi non plus pas de solutions toutes faites.

    Tout ce que je peux faire, c’est contribuer au débat en donnant mon point de vue. Et dans celui-ci, il me semble que ce serait très dommage d’arriver à une situation de "bon entente" entre libre et proprio où le libre mettrait systématiquement en place des contournements des inconvénients générés par le proprio.

    Un bon exemple est le format ".doc":
    Celui-ci n’est pas standardisé et a longtemps été un véritable désagrément lorsqu’on travaillait sous Linux mais qu’on devait interagir avec des gens utilisant ce format. Ensuite, grace à un travail de retro-ingénierie de la part des libristes, le probléme a été largement amoindri, à tel point que certains n’arrivent pas à comprendre qu’on puisse demander d’utiliser un autre format. On en arrive à une situation qui, à première vue, à l’air idyllique: tout le monde peut communiquer. Si on regarde de plus près, on voit que Microsoft a tjrs le controle sur ce format, et le fait évoluer sans documentation, tandis que certains libristes doivent être au taquet, à devoir passer un temps fou et perdre une énergie énorme juste pour implémenter les changements.
    La situation idyllique apparante est le resultat d’heures et d’efforts dépensés pour rien, uniquement parce que Microsoft n’a pas envie de documenter son format et parce que certains sont content "du moment que ça marche" (c-à-d du moment que tout le monde sait lire son fichier).

    Cette situation est totalement contre-productive, et ce serait dommage qu’on passe à côté du véritable problème (l’utilisation de technologie privatrice)

  23. @j-c : je suis d’accord. Ça me fait penser à cette fameuse conférence de Benjamin Bayart où il dénonçait le fait que OOo soit complètement libre, mais absolument pas libérateur.
    Il semble cependant que les libristes en aient tiré une leçon, en tout cas dans le domaine du web, puisqu’ils se concentrent davantage à développer le html 5 que la compatibilité avec flash.

  24. « […]- Attaché? dit le loup: vous ne courez donc pas
    Où vous voulez? – Pas toujours; mais qu’importe? -
    Il importe si bien, que de tous vos repas
    Je ne veux en aucune sorte,
    Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor."
    Cela dit, maître loup s’enfuit, et court encor. »

    de la Fontaine