Activisme et Hacktivisme sur Internet

Classé dans : Libr'en Vrac | 4

José Goulã - CC by-saUn billet très court qui s’interroge furtivement sur l’efficacité réelle ou supposée de l’activisme sur Internet.

Lorsque d’un simple clic, vous décidez d’adhérer au groupe de l’apéro Facebook de votre ville, non seulement cela ne vous engage pas à grand-chose mais en plus l’action proposée est plutôt vide de sens. D’autant que rien ne nous dit que vous vous rendrez bien le jour J sur le lieu du rendez-vous.

Est-ce de l‘activisme ?

Non.

En revanche lorsque vous mettez les pieds dans un projet de logiciels libres, vous voici embarqué dans une aventure riche et complexe tendant vers un objectif commun : l’amélioration collective du code[1]. Il y a un cadre, une finalité, des outils techniques et des modes opératoires bien précis pour y arriver.

Et si les mouvements de résistance aux brevets logiciels, à l‘ACTA , à DADVSI, à Hadopi… ont pu rencontrer quelques succès, c’est aussi voire surtout parce qu’ils se sont fortement inspirés des modèles d’organisation et de développement du logiciel libre.

Est-ce que cette fois-ci c’est de l’activisme ?

Oui, mais c’est surtout de l’hacktivisme.

Tout ça pour dire qu’à l’ère du réseau, mettre un peu d’hacktivisme dans son activisme participe à augmenter vos chances de réussite ;-)

À quoi bon être hacktiviste ?

What’s the Point of Hacktivism?

Glyn Moody – 5 juin 2010 – Open…
(Traductions Framalang : Olivier Rosseler)

Grâce à l’Internet, rien de plus aisé que de participer à de grands débats ; crise environnementale, oppression, injustice. C’est même trop simple : d’un clic votre e-mail s’en va, on ne sait où, d’un clic voilà votre avatar affublé de ce magnifique bandeau de protestation. Si vous pensez que ça a un quelconque effet, lisez le blog Net Effect tenu par Evgeny Morozov, vous changerez rapidement d’avis (d’ailleurs, lisez-le tout court, il est très bien rédigé).

Alors, à quoi bon ? En fait, ce genre d’hacktivisme peut avoir des effets, Ethan Zuckerman en parle très bien dans son article Overcoming apathy through participation? – (not)my talk at Personal Democracy Forum (NdT : Vaincre l’apathie par la participation ? ma présentation (pas de moi) au Personal Democracy Forum). Il y développe une idée qui me parle tout particulièrement :

Si l’on émet l’hypothèse que l’activisme, comme la majorité de ce qui se fait en ligne, est caractérisé par une distribution de Pareto, on peut alors supposer que pour 1000 sympathisants plutôt passifs on a 10 activistes vraiment engagés et 1 meneur qui émerge. Et si l’assertion « la participation engendre la passion » est vraie, cette longue traine (NdT : de la distribution de Pareto) pourrait être un terrain glissant ascendant d’où émergent plus de meneurs que dans les mouvements classiques.

Les lecteurs les plus attentifs auront fait le lien avec le succès des modèles open source qui permettent aux meneurs naturels de se démarquer de tous les participants. Cette méthode a déjà fait ses preuves, tous ceux à qui on n’aurait pas donné leur chance autrement et qui ont pu ainsi prouver leur valeur en sont témoins. Pour moi, cela justifie amplement la nécessité d’encourager l’hacktivisme, dans l’espoir de faire émerger quelque chose de similaire dans d’autres sphères.

Notes

[1] Crédit photo : José Goulã (Creative Commons By-Sa)

4 Réponses

  1. joan

    Je suis également de plus en plus sceptique sur l’intérêt de participer à des débats d’ordre politique sur internet…

    Par contre ce qui me semble intéressant avec Internet dans ce domaine, c’est la preuve par l’exemple. Quand les gens découvrent la nature collaborative, coopérative, non commerciale de certains projets (logiciels, mais pas que…), il me semble que cela œuvre beaucoup plus le changement des mentalités. Une façon de dire, « vous voyez que c’est possible, on est pas obligés d’êtres tous des requins ou des moutons ».

  2. manou

    Ce qui ne changera pas :
    une troublante obsession de l’homme à vouloir se réunir pour s’activer.

    En bien comme en mal…

    Les forums, les passions, les génocides, les hlm…
    Et par le pur des hasards : une démocratie.

    Dans ce cadre là, l’hacktivisme est un droit et comme un devoir.
    Pourquoi vouloir y echapper ?
    Même sur internet.

    Ce pourrait ne pas être démocratique l’Internet.

  3. Jujens

    Mettre une bannière est certes simple et cela ne permet en rien de juger de l’action de ladite personne sur un sujet. Mais elle peut néanmoins être vue et renseignée sur des situation ce qui peut conduire des personnes à s’engager activement qui ne l’auraient pas fait autrement faute d’informations.
    Elles peuvent donc avoir un rôle bénéfique comme pervers (sentiment d’action).

  4. Sympathique blog