Quand le hacker se découvre parasite !

Genista - CC by-saPour peu qu’on ne le confonde pas avec le cracker et qu’il ne perde pas en route sa pureté originelle, la figure du hacker a bonne presse actuellement.

Tellement bonne presse que certains n’hésitent pas à en faire une sorte de nouvel héros des temps modernes.

Sauf si l’on rejette en bloc cette modernité.

Attention les yeux, l’article que nous vous proposons reproduit ci-dessous est une très virulente critique d’un livre souvent cité en référence sur ce blog : L’Éthique hacker de Pekka Himanen. Mais précisons d’emblée qu’il n’est pas nécessaire de l’avoir lu pour suivre le propos.

Il émane des courants anti-industriels qui se caractérisent par une critique radicale de toutes les technologies issues des révolutions industrielles de ces deux derniers siècles[1].

Dans ce cadre-là, le problème n’est pas de défendre les libertés menacées d’Internet, le problème c’est Internet lui-même. La posture du hacker est alors au mieux inutile et au pire complice voire idiot utile du système.

Ici notre hacker tombe bruyamment de son piédestal et ne s’en relève pas.

Il va de soi que nous ne partageons pas le point de vue de l’auteur. Mais il nous semble cependant intéressant d’offrir de temps en temps un espace à nos contradicteurs. Ne serait-ce que pour ne pas s’enfermer dans une sorte de discours « librement correct » redondant et ronronnant.

Les hackers et l’esprit du parasitisme

URL d’origine du document

Los Amigos de Ludd – août 2009 – Pièces et Main d’Oeuvre

Nous incluons dans cette livraison un commentaire de l’ouvrage L’Éthique hacker et l’esprit de l’ère de l’information, appelé à devenir la profession de foi d’une nouvelle génération de technoconvaincus partageant la certitude que les décennies à venir leur appartiennent. Son auteur, Pekka Himanen, est le nouvel hérétique de cette éthique du travail coopératif et passionné, à mille lieues des éthiques protestantes et catholiques fondées sur le travail esclave et la mortification rétribués dans l’Au-delà.

Notre époque, qui plus que tout autre récompense l’irresponsabilité, favorise l’apparition de doctrines ahurissantes concoctées dans les laboratoires insonorisés des universités et des entreprises d’un monde qui s’écroule de toutes parts. Des volumes considérables de matière grise sont mobilisés pour nous montrer les voies d’accès à la vie radieuse que nous sommes tous invités à embrasser si nous ne voulons pas rater le coche de l’émancipatrice modernité. C’est ainsi qu’il y a quelques années déjà, nous avions eu vent de l’existence de ces hackers qui aujourd’hui brandissent l’étendard de leur nouvelle éthique.

Disons d’emblée que le pastiche du ci-devant Himanen n’aurait pas attiré notre attention une seule seconde, n’était le relatif intérêt qu’il a suscité chez ceux qui appartiennent à ce que nous pourrions nommer pieusement les « milieux radicaux ». Ce qui fait problème ce n’est pas que le livre d’Himanen soit une compilation de banalités et d’envolées lyriques, mais qu’il ait été possible de rêver, ne serait-ce qu’un seul instant, que ce livre puisse être mis en perspective avec la pensée critique. D’où vient ce malentendu  ?

Nous ne nous engagerons pas ici, une fois de plus, dans une critique de la société technicisée, une réalité qui, au bout du compte, fournit le seul argument tangible plaidant en faveur du fait que les thèses des hackers ont pu s’imposer dans certains milieux avec autant de force. Néanmoins, nous n’allons pas nous priver de mettre en évidence quelques-unes des incongruités qui nous ont sauté aux yeux à la lecture du livre d’Himanen.

Ce que Pekka Himanen a nommé de manière ambitieuse « éthique hacker » – le seul fait de pousser l’ambition jusqu’à s’auto-décerner une éthique est en soi quelque chose d’assez suspect –, n’est rien d’autre que la sauce idéologique grâce à laquelle les hackers souhaitent donner un certain prestige à leur vie de néocréateurs, de néosavants voire de néoleaders spirituels. Si jamais ces gens-là réussissent à créer un véritable mouvement de masse, et à y tenir leur place, ils seront parvenus une fois de plus à démontrer l’inusable élasticité du système actuel, où l’ambition technique collective n’entre pas nécessairement en conflit avec l’ambition économique privée, les deux s’accordant bien pour diffuser la propagande en faveur du progrès et de ses réseaux technologiques aux quatre coins de la planète. C’est un fait avéré que, dans les années 1980, 1990, se sont développées des technologies qui ont débordé du cadre traditionnel de leur appropriation capitaliste. Dans la société totale des réseaux planétaires, les technologies de l’information passent par-dessus le contrôle des entreprises privées, et l’impératif technique s’est à ce point emparé de la société qu’il requiert à présent la collaboration de tous et de chacun  : pour être en mesure de maintenir le contrôle sur tout ce qui se sait, il faut bien que chacun soit informé un minimum de tout ce qui a trait à l’exercice du contrôle. C’est ainsi que la « société en réseau » est devenue un sujet d’orgueil démocratique pour les nouvelles masses, satisfaites de leur collaboration à l’informatisation des peuples et des nations. Littéralement, tout le monde participe, tout le monde y arrive, personne ne reste à la traîne. Les envahis sont les envahisseurs.

La société en réseau est l’exemple le plus évident de la façon dont la société occidentale parachève l’extension planétaire de son mode de vie. D’un côté, la guerre économique et la violence du marché, de l’autre, la propagande d’un monde interconnecté dont tout le monde peut faire usage au même titre. Et, au beau milieu, une mythologie futuriste fondée sur le jeu et le délire collectif qui font entrer en scène les Ulysse de la nouvelle odyssée informatique, ces hackers qui se présentent comme l’élite aventurière des générations futures.

Quand Himanen critique les éthiques chrétiennes et protestantes du travail, il pose les premières pierres de son analyse fragmentaire. Son intention est de présenter le travail du hacker comme une activité fondée sur la créativité et le jeu passionné (bien supérieure aux activés productives de survie ou aux liens sociaux typiques du travail). D’après lui, l’activité du hacker est un jeu, au sens noble du terme. Pour Himanen, le hacker s’est affranchi de tout ce qui relève de la survie, un chapitre vulgaire de sa vie qu’il doit traverser le plus rapidement possible. Ce présupposé admis, il va de soi que tout ce qui adviendra par la suite sera totalement gratuit, puisque, en somme, l’éthique hacker se doit de considérer comme naturellement constitué le monde matériel qui l’entoure. La vie du hacker commence à ce moment précis  : il existe une société à l’état brut qui, pour des raisons qui restent mystérieuses, garantit la survie et le fonctionnement des échanges économiques, simples bagatelles auxquelles le hacker, essentiellement absorbé par les échanges symboliques et scientifiques, n’a aucune de ses précieuses minutes à consacrer.

Par ailleurs, le hacker mène son activité librement et inconditionnellement. Sorte de mélange entre le bohémien du XIXe siècle et le penseur oisif de l’Athènes classique, il a besoin de liberté d’action et de temps libre pour s’organiser à son aise.

Himanen écrit  :

Un autre élément important dans la façon particulière des hackers d’aborder le travail est leur relation au temps. Linux, Internet et l’ordinateur personnel n’ont pas été conçus pendant les heures de bureau. Quand Torvalds a écrit ses premières versions de Linux, il travaillait tard dans la nuit et se levait en début d’après-midi pour poursuivre sa tâche. Parfois, il abandonnait son code pour jouer avec son ordinateur ou pour faire complètement autre chose. Ce rapport libre au temps est depuis toujours un élément caractéristique des hackers qui apprécient un rythme de vie à leur mesure (p. 37).

Une déclaration spécialement irritante, qui fait irrésistiblement penser à ce que disent les étudiants boursiers récemment débarqués sur les campus lorsqu’ils se targuent de prendre du bon temps tout en se gaussant de la vie bêtement routinière du monde des employés. De telles attitudes sont le propre d’individus chéris de la société, jouissant du privilège de rayonner dans tous les sens et considérant leurs concitoyens comme des bêtes curieuses condamnées à faire des allers et retours dans leur cage. Mais il y a plus. En digne représentant qu’il est de notre époque artificielle, Himanen va jusqu’à négliger les limites du monde naturel où, jusqu’à nouvel ordre, l’activité humaine doit s’inscrire, ne serait-ce que parce qu’elle reste tributaire d’une contrainte énergétique et pratique incontournable  : la lumière du jour. Par où l’on voit que le travail des hackers est à ce point séparé du monde de la production, dont ils ne laissent pourtant pas de dépendre pour le moindre de leur geste, qu’ils ont oublié jusqu’à l’existence d’une nature avec ses rythmes à respecter, parce que c’est sur eux que se fonde l’activité des sociétés humaines. Ces vérités de toujours, croulant sous le fardeau de décennies de technicisation, finiront bien par éclater un jour, quand bien même il sera alors trop tard.

Par-delà sa défense et son illustration du mode de vie hacker en tant que style personnel caractérisé par le rejet des éthiques chrétiennes et protestantes, Himanen présente, dirons-nous, trois autres piliers du hackerisme  : un modèle de connaissance, un modèle de communication et un modèle de société responsable.

En ce qui concerne le premier, Himanen voit d’un bon oeil la « société en réseau » ou « académie en réseau » en forme de gigantesque communauté scientifique accouchant de nouveaux paradigmes de la connaissance dans une ambiance coopérative et antihiérarchique, l’élève n’étant plus un simple récepteur des savoirs mais un sujet actif impliqué dans leur création. Au passage, Himanen commet l’erreur grossière d’attribuer à la technologie une qualité qui lui est absolument étrangère, celle d’avoir des effets bénéfiques sur la diffusion et le développement des connaissances, alors que l’inverse est notoire  : l’augmentation des moyens technologiques s’est en réalité traduite par une chute abyssale du niveau des connaissances, mais aussi par un recul dans leur appropriation réelle et par l’apparition dans la société de pans entiers de gens devenus incapables d’acquérir par eux-mêmes un savoir autonome. La confiance placée dans le progrès technique a été une des causes d’effritement majeure de la confiance en soi et de l’autonomie intellectuelle, et la pensée de ceux qui pensent encore a perdu en vivacité et en capacité de se remettre en question (l’opuscule d’Himanen en est une preuve). On peut toujours parler, effectivement, de développement fantastique du savoir scientifique, de cohésion sans précédent entre les différentes sphères de la connaissance, mais aucun de ceux qui tiennent ce discours ne parlera de ce qu’il y a derrière – ou devant, c’est selon – toutes ces merveilles  : l’appui du pouvoir industriel et financier et le profit qu’il en tire. Et tandis que la science se corrompt en se mettant au service de l’exploitation généralisée, tandis que les thèses universitaires, les articles et les communications scientifiques s’entassent dans les banques de données, il devient impossible de trouver au sein de cette masse gigantesque de savoirs et d’opinions la moindre parcelle d’indépendance intellectuelle. Cela, Himanen semble l’ignorer.

Selon lui  :

II va sans dire que l’académie était très influente bien avant les hackers du monde informatique. Par exemple, depuis le XIXe siècle chaque technologie industrielle (électricité, téléphone, télévision, etc.) aurait été impensable sans le soutien des théories scientifiques (p. 8l)

Un exemple parfait des tours de passe-passe intellectuels dont notre époque regorge  ! Comment ne pas voir que ce qu’Himanen appelle « théorie scientifique » ne s’était pas encore, à cette époque comme c’est le cas aujourd’hui, tout entière mise à la remorque des applications technologiques et industrielles qui lui imposaient leur rythme et leurs demandes  ?

Himanen ajoute  :

La dernière révolution industrielle a déjà marqué une transition vers une société qui dépend beaucoup des résultats scientifiques. Les hackers rappellent qu’à l’ère de l’information, c’est le modèle académique ouvert qui permet la création de ces résultats plus que les travaux scientifiques individuels.

Cela signifie tout simplement, que loin de se traduire par une montée en puissance du savoir indépendant, cette université ouverte a au contraire apporté dans son sillage la servitude aujourd’hui omniprésente sur tous les campus, dans tous les laboratoires, les bureaux, les colloques et revues scientifiques de la planète. L’« Académie en réseau » d’Himanen est une tour de Babel où tout le monde est tenu de parler la même langue, où tout le monde est d’accord avec tout le monde et où personne ne peut conquérir un espace qui lui soit propre – ce que nombre de chercheurs lucides seraient prêts à reconnaître si leurs voix trouvaient des occasions de se faire entendre au milieu du vacarme des autoroutes de l’information.

Dès l’instant où nous posons la question de la valeur d’usage pour la société du savoir produit sur le réseau, nous devons saisir à la racine le modèle du savoir hacker comme construction collective, et nous demander quelle place il peut bien occuper dans une société qui s’active en vue de son émancipation. Il ne suffit pas, loin de là, de libérer l’information si on ne livre pas simultanément à un examen radical le contenu et les fins de cette information  ; l’utopie hacker pourrait bien être en train de faire miroiter un monde merveilleux d’échanges immatériels sur fond d’une société ravagée par l’exploitation et les catastrophes environnementales (ce qui est le cas).

Les arguments auxquels recourt Himanen pour défendre l’usage émancipateur et collectif du réseau touchent des sommets dans l’art de la tergiversation quand il aborde la question du modèle de communication dans une société ouverte. C’est là qu’Himanen ébauche en quelques lignes le synopsis du totalitarisme technologique du monde libre dans son irrésistible marche vers le progrès. Sa pensée peut être ainsi résumée  :

  1. La société en réseau est une forme techniquement évoluée de la société ouverte et libérale née il y a plus de deux siècles. C’est dire que la société en réseau intègre les valeurs de défense des droits de l’individu et de ses libertés civiles, pour leur fournir des moyens toujours plus perfectionnés grâce auxquels elles puissent se répandre et se développer.
  2. La preuve la plus récente de l’accroissement des possibilités techniques du processus de civilisation est le rôle joué par les technologies de l’information lors du conflit yougoslave de 1999.

Voici ce qu’Himanen écrit à ce sujet  :

Pendant les attaques aériennes de l’Otan destinées à mettre fin aux massacres (c’est nous qui soulignons), les médias traditionnels étaient pratiquement aux mains du gouvernement (p. 109).

À travers l’organisme Witness, qui dénonçait la violence et les agressions, la technologie a servi de relais pour révéler le massacre au grand jour et désobstruer les canaux de la vérité.

Vers la fin du conflit, l’organisation Witness a formé quatre Kosovars pour qu’ils collectent sur support numérique les preuves visuelles de violation des droits de l’homme. Le matériel était ensuite transmis hors du pays via Internet grâce à un ordinateur portable et un téléphone satellite. Ces éléments ont été remis au Tribunal pénal international (p. 99).

Derrière ces paroles on perçoit la silhouette des héros médaillés de la fin de l’histoire. Dans le monde libre où les hackers prennent leurs aises, la vérité est un facteur qui dépend de l’intervention sur les canaux d’information. Et la vérité suffit à elle seule à démasquer le mal. Pour Himanen, la technologie est le seul moyen objectif d’obtenir la transparence pour une société qui ne tolère plus les tyrans cruels du style Milosevic.

Mais pour pouvoir accepter tout cela, il faut au préalable avoir accepté comme bonnes toutes les valeurs de la société de marché planétaire, de ses stratégies de conquête et d’évacuation de zones habitées. Il faut avoir abandonné toute velléité de résistance aux mensonges des groupes tout-puissants qui gèrent la paix, l’ordre et la pauvreté en suivant les caprices de l’économie politique moderne. Il faut avoir déchargé les masses en Occident de toutes leurs responsabilités et compter sur leur acceptation passive d’un mode de vie destructeur. Croire dans ces conditions que la technologie peut être mise au service d’une fin bénéfique signifie qu’on prend pour argent comptant la farce humanitaire qui sert de vitrine aux systèmes en charge de la servitude contemporaine, et les mensonges de leurs leaders élus.

Au fond, cela n’a rien de surprenant venant de la doctrine hacker. Chaque fois qu’il met l’accent sur la confidentialité, sur l’information et la vie privée, Himanen nous donne une preuve de ses origines bourgeoises. Tout cela, ce sont des valeurs qui appartiennent à la société libérale, qui toutes virent le jour pour former le socle de l’économie d’entreprise en cours de formation.

La défense de la vie privée, qui obsède Himanen, est le cheval de bataille des hackers, qui sont cependant très attentifs à maintenir la séparation artificielle d’origine bourgeoise entre la sphère publique et la sphère privée. Les fanatiques de la démocratie formelle sont tout prêts à brandir l’anathème du goulag à la seconde même où la discussion s’aventure sur ce terrain. Comme on le sait, la construction de l’enceinte privée a été la pierre de touche de l’idéologie forgée par la bourgeoisie pour légitimer le nouveau pillage fondé sur l’individualisme et la concurrence effrénée. Ce qui était en jeu, c’était la fameuse liberté négative, socle du droit libéral, autrement dit la liberté de ne pas être dérangé dans ses propres affaires. Jamais maffia ne trouva meilleur moyen de protéger ses affaires, à un moment où elle s’était ostensiblement rendue maîtresse de la quasi-totalité des richesses. Les phraséologies parlementaire, journalistique, légaliste, civique, etc., ont servi aux couches socioprofessionnelles compromises avec cette maffia à rendre crédible la farce d’une société unie. La leçon n’a pas été perdue pour Himanen, qui, en bon progressiste qu’il est, transpose cette phraséologie à la défense des droits individuels et au droit à une information véridique.

Si la doctrine hacker et son combat contre l’ingérence de l’État et des entreprises dans la sphère privée ont pu être assimilés aux pratiques de contre-information si prisées des milieux gauchistes, c’est justement parce que ces derniers en sont graduellement venus à adopter une position purement réactive face au monde de l’information monopolisé par les grandes agences et les grands groupes d’intérêts. La leçon à tirer de tout cela est qu’il faut tenir ferme sur la critique unitaire de ce que produit le monde de la marchandise, seule manière d’éviter la fétichisation galopante des droits formels qui encadrent l’assignation permanente de l’individu dans le monde marchand[2].

Le discours d’Himanen sur la technologie et la guerre ne va pas sans l’acceptation d’un monde chosifié par les techniques et par l’économie politique. Dès l’instant où il sépare le monde de la production à la fois de ses conséquences sur les modes de vie et de l’idéologie technique qui réclame toujours plus de moyens pour renforcer son autarcie, il est normal qu’il fasse preuve de partialité dans son analyse des moyens techniques  : voyant en eux des instruments qui peuvent servir à faire tomber les tyrans, il méconnaît qu’ils sont en fait la forme achevée sous laquelle chaque tyrannie économique d’aujourd’hui a besoin de se montrer – en construisant de toutes pièces la vie dépendante de la marchandise hypostasiée.

Pour finir, l’utopie technolibérale d’Himanen verse fatalement dans l’humanitarisme assistanciel. C’est ce que lui-même nomme sans vergogne « la préoccupation responsable ». Se référant à quelques hackers assez connus, il montre qu’ils sont tous au top niveau de l’engagement social  :

Par exemple, Mitch Kapor soutient un programme global de protection de l’environnement et de la santé destiné à régler les problèmes sanitaires engendrés par les activités des entreprises. Sandy Lerner, qui a quitté Cisco Systems en compagnie de Léo Bosach avec 170 millions de dollars en actions, a utilisé cet argent pour créer une fondation consacrée à la lutte contre les mauvais traitements infligés aux animaux (p. 132).

Une philanthropie informatique qui mérite sûrement d’être vantée  ! Les idées d’Himanen sur la communauté et la solidarité font bien voir quel bonimenteur il est  :

Par exemple, je peux annoncer sur le Net les moments de la semaine où je peux donner un coup de main à une personne âgée pour ses tâches domestiques  ; je peux annoncer que je mets ma maison à disposition des enfants pour qu’ils puissent venir y jouer après l’école  ; je peux dire que je serais enchanté de promener un des chiens du voisinage le week-end. L’efficacité de ce modèle pourrait sans doute être renforcée en lui ajoutant la condition que la personne aidée s’engage à son tour à aider quelqu’un d’autre. Internet peut être utilisé comme un moyen d’organiser des ressources locales. Graduellement, d’autres apporteront leur contribution à la production de grandes idées sociales, et cela en engendrera de plus grandes encore. Il y aurait un effet d’autoalimentation, comme cela se passe avec le modèle hacker au niveau informatique (p. 87).

Ce « modèle social » est l’ébauche parfaite d’une société totalitaire peuplée de voisins aimables et de tondeuses à gazon, tous connectés à Internet pour s’échanger perpétuellement de menus services, pendant que les mégamachines militaires de leurs États, manipulées par les grands groupes industriels, se chargent du pillage de la planète et de ses habitants.

On entend souvent dire que les hackers ont introduit une nouvelle forme de communauté, où les savoirs et les outils sont partagés dans un esprit de coopération entièrement désintéressé.

De notre point de vue, les hackers sont les enfants d’un monde totalement réifié par la technologie et la marchandise, d’un monde qui a fermé toutes les issues aux manières traditionnelles de produire ses moyens de survie. Ce qu’on appelle le web est de ce point de vue la plus fabuleuse des mégamachines jamais rêvée, dans la mesure exacte où il se présente comme une structure intellectuelle superposée au vieux et difficile monde de la production matérielle – déjà si lointain aux yeux des générations actuelles. En outre, le réseau se nourrit de la contribution intelligente de millions d’individus à son perfectionnement, à la différence des anciennes mégamachines dont la conception était le domaine réservé des élites. Le réseau est le point d’aboutissement de deux cents ans de modernisation  : c’est le phantasme hyperindustriel des catégories socioprofessionnelles totalement séparées de leurs moyens de production, urbanisées, consommatrices et se consacrant à la gestion de la culture aujourd’hui nécessaire au maintien de la domination. La sphère tout entière de l’économie de production et d’élimination des déchets est masquée par cette fantastique mégamachine qui semble flotter dans le vide et qui a toutes les apparences d’une excroissance intellectuelle et passionnelle à l’état pur.

La critique fugace qu’Himanen fait de la survie rend à elle seule manifeste le peu de consistance du mode de vie proposé par les hackers  : l’esprit ludique, altruiste et de coopération est une guigne dont ne se fichent pourtant pas les minorités privilégiées de « l’ère de l’accès ». Au milieu de tout cela… Qui ou quoi assure le fonctionnement du système  ?

La croissance de l’idéologie informationaliste va de pair avec le développement à toutva de la société capitaliste industrielle, dont la base matérielle est assurée par la production technicisée de marchandises, par la destruction des économies locales et par une intensification de la prolétarisation de populations entières et de leur environnement. Au bout du compte, l’idéologie informationaliste est le propre d’une caste privilégiée qui veut croire que les limites de la production pour la survie ont été surmontées, et tous les problèmes qu’elle posait avec, sans voir que le prix à payer a été un retour de la planète entière en deçà des limites de la survie. Une chose est sûre  : le programme économique libéral, adossé au développement des marchés soutenus par les valeurs informatiques et par leur commercialisation, ne rencontrera pas d’obstacles insurmontables du côté des techniciens de la veine d’Himanen, qui rêvent d’un réseau humanitaire de services et de bonnes oeuvres.

Le combat mené de nos jours au sein du réseau informatique pour maintenir une « coopération volontaire » est emblématique de la résignation du plus grand nombre face à une société entièrement soumise aux ordres de la technologie capitaliste. Voilà pourquoi les entreprises n’ont plus qu’à laisser faire cette coopération collective spontanée et à en tirer tout le profit qu’elles peuvent, soit, comme elles le font déjà, en la capitalisant en partie, soit tout simplement en la laissant se développer, certaines qu’elles sont que chaque création technique finit tôt ou tard par contribuer à la croissance des besoins techniques du système. À l’intérieur du réseau, le seul progrès est l’accroissement de la dépendance envers la société en réseau, que seul un faible d’esprit pourrait identifier avec la totalité sociale et ses besoins.

Le cas du gourou du logiciel libre, Richard Stallman, en dit long sur le cercle vicieux dans lequel s’est enfermée l’économie en réseau (net economy), qui revendique pour le réseau une liberté antimonopolistique et anti-accapareurs au nom d’un monde où seule la marchandise a voix au chapitre, et où jamais la maintenance des supports techniques du système n’est remise en question[3]. Le libre accès aux codes sources, la possibilité d’utiliser et de modifier les programmes sans avoir à se soucier des droits d’auteur, la défense d’une conception libre et collective des logiciels, les échanges désintéressés de savoirs et d’outils, toutes ces émouvantes revendications reflètent le drame collectif d’une génération coincée entre son intelligence pragmatique et ses illusions technologiques, les seules qu’elle a reçues en guise de transmission effective.

L’obsession qu’ont les hackers de supprimer les droits d’auteurs et de propriété sur les programmes, les livres, les oeuvres d’art, etc. est typique de l’obsession productiviste de tous ceux qui sont disposés à cohabiter pour toujours avec l’inflation des informations médiatiques et des savoirs séparés. Les hackers ont peut-être trouvé très subversif d’attaquer la notion d’auteur, mais ils auraient mieux fait de s’interroger en priorité sur le sens et la valeur d’usage des créations d’auteurs, et sur leurs finalités sociales. On ne nous fera pas croire que les logiciels sont de simples intermédiaires entre l’intelligence collective et ses réalisations pratiques. Le software est devenu en lui-même un médium, qui se reproduit à l’infini sans que personne ne se pose plus la question de la nature et de la finalité du médium technique qu’il implique[4].

Étant donné qu’elle n’a cure ni des besoins sociaux et de leur nature exacte, ni de la question de la division du travail et du caractère totalitaire de la technologie en régime capitaliste[5], l’« éthique hacker » ne peut être qu’une éthique du nouvel esprit parasitaire qui s’accroche au monde pour profiter au maximum de l’instant présent, gaspiller toujours plus d’énergie, et bousiller un nombre toujours plus grand de populations et leurs territoires. Par sa méconnaissance totale, au niveau pratique et quotidien, des rudiments de la survie collective, le hacker se transforme en une sorte d’indolent hyperactif. Par leur méconnaissance des problèmes techniques et du pillage de tout ce qui fait vivre la planète, les hackers se révèlent à nous pour ce qu’ils sont  : des fanatiques de l’artificialisation dont le projet n’ajoute qu’un maillon de plus à la chaîne des irresponsabilités qui pèse sur la société humaine de tout son poids destructeur.

Pour toutes ces raisons, l’assimilation fréquemment faite entre, d’une part, les luttes contre les droits d’auteur dans le monde du software, et, d’autre part, les luttes contre les brevets sur les semences et sur les organismes vivants en général, ne peut que résulter d’une confusion volontairement entretenue. Les premières cherchent à se mettre à l’abri sous le voile de dignité des secondes[6]. Dans le premier cas, nous avons affaire à une exigence qui se félicite de l’irréversibilité d’un monde technicisé avec lequel il convient même de collaborer, y compris de façon altruiste et désintéressée, tant que la survie dorée de ces collaborateurs – les hackers – peut être assurée par l’existence des structures techniques antisociales et par la circulation sans encombre des marchandises. Dans le second cas, nous avons affaire à un combat contre la technicisation forcée, les privilèges, le monde de la marchandise, la collaboration avec le pouvoir, et qui prône un retour à des schémas traditionnels d’exploitation de la nature dans un cadre collectif. Dans le premier cas, nous avons affaire à la communauté en réseau jaillie du terreau à jamais incritiqué de l’« abondance empoisonnée » de la société du capital  ; dans le second cas, au projet d’une communauté dont tous les membres partagent la responsabilité d’une production à échelle humaine et qui se refuse à tirer des chèques en blanc sur l’avenir d’une technique dont les effets s’annoncent si dévastateurs que personne ne pourra en assumer le coût. Dans le premier cas, nous avons des gens hyperadaptés aux formes modernes de séparation  ; dans le second des gens qui défendent avec obstination les ultimes vestiges d’un monde faisant place à des formes autonomes de production. Seule une passion immodérée pour la confusion peut conduire à mettre sur un même plan deux combats aussi radicalement opposés dans leurs motivations fondamentales[7].

Aucune éthique du travail libéré grâce aux machines ne peut déboucher sur un combat en faveur d’une activité humaine libérée des chaînes de la dévastation capitaliste. En croissant et en se multipliant allègrement dans l’atmosphère conditionnée de la société technicisée, les hackers ne peuvent que contribuer à la destruction de tout ce qui reste de réalité extérieure à cette société.

Extrait de  : « Les amis de Ludd. Bulletin d’information anti-industriel », tome 2 (titre original  : « Los amigos de Ludd. Boletín de información anti-industrial »), numéros cinq et six), publié en 2009 aux éditions La Lenteur (Paris), p. 61-76.

Notes

[1] Crédit photo  : Genista (Creative Commons By-Sa)

[2] Milosz écrit très justement  : « Ce que l’homme de l’Est dénomme “formalisme inerte de la bourgeoisie” est par ailleurs l’assurance pour un père de famille de retourner chez lui le soir pour dîner et de ne pas partir en voyage dans une région plus propice à accueillir les ours polaires que les êtres humains. » Mais l’objet de la critique est désormais le pouvoir totalitaire d’une modernisation qui est l’héritière aussi bien du socialisme scientifique que du capitalisme démocratique.

[3] Pour en apprendre davantage sur le point de vue réactionnaire de Stallman, on peut lire son détestable article « Qui surveille les surveillants  ? » publié au début de l’année 2002 par le tabloïd aujourd’hui disparu Désobéissance globale.

[4] Voilà ce que peut donner une interview de Stallman à propos du Logiciel libre  : « - Ce système ne risque-t-il pas selon vous de favoriser une croissance exponentielle des programmes informatiques  ? C’est vrai  ! C’est un effet collatéral d’importance négligeable comparée aux effets de la promotion de la liberté. »

[5] Le fait que les hackers et les gauchistes soient deux populations qui se recoupent en partie en dit long sur l’incapacité de ces derniers à analyser de manière rigoureuse la technologie.

[6] Cf. l’article de Stallman, « Biopirates ou biocorsaires  ? » Archipiélago n°55, où il formule de nouveau cet amalgame pernicieux.

[7] Bien évidemment, il existe au sein des luttes contre les OGM et autres délices de l’industrie moderne des tendances qui profitent de l’occasion pour réaffirmer leur credo citoyenniste et réformiste, et mènent ces luttes à l’impasse à coups de petits calculs arrivistes. Mais cela n’entame pas les présupposés fondamentaux partagés par d’autres tendances, même s’ils sont affirmés de manière partielle.

48 Réponses

  1. Sérieusement, y avais pas plus intéressant a citer, comme contradiction, qu’un pamphlet anti-technologie ?
    C’est plein de gros mots comme "phantasme hyperindustriel" ou "séparation artificielle d’origine bourgeoise"
    *soupir*

  2. Je dois avouer être assez dubitatif face aux arguments de l’auteur.

    Sous des phrases longues et grandiloquentes de poète offensé ("… toutes ces émouvantes revendications reflètent le drame collectif d’une génération coincée entre son intelligence pragmatique et ses illusions technologiques, les seules qu’elle a reçues en guise de transmission effective."), l’auteur semble considérer pour évidents des points qui ne le sont pas à mon sens.

    Un exemple technique (je garde les absurdités pour la fin)?
    "Voilà pourquoi les entreprises n’ont plus qu’à laisser faire cette coopération collective spontanée et à en tirer tout le profit qu’elles peuvent, soit, comme elles le font déjà, en la capitalisant en partie, soit tout simplement en la laissant se développer, certaines qu’elles sont que chaque création technique finit tôt ou tard par contribuer à la croissance des besoins techniques du système."

    Pour le premier point, en quoi la recherche du profit est nécessairement mauvaise/opposée aux principes du logiciel libre? Que RedHat capitalise sur les travaux dans Fedora, Linux, les drivers libres développés par Novell, est-ce mauvais?
    Pour le second point, possiblement qu’Intel ou nVidia ont tout avantage à voir les prérequis techniques des programmes augmenter, mais encore une fois, qu’est-ce que les hackers ou le mouvement du L.L en général a à y voir spécifiquement?
    On voit la même chose chez des compagnies qui supportent le "bon droit d’auteur", et qui font du closed-source…

    "L’obsession qu’ont les hackers de supprimer les droits d’auteurs et de propriété sur les programmes, les livres, les oeuvres d’art, etc. est typique de l’obsession productiviste de tous ceux qui sont disposés à cohabiter pour toujours avec l’inflation des informations médiatiques et des savoirs séparés."

    Encore une fois, il me semble qu’on trouve ici une certaine désinformation. Depuis quand les hackers ont-ils décidés de supprimer tout droit d’auteur? Au contraire, le droit d’auteur est même ironiquement à la base de toutes les licences libres (ce qui distingue les L.L. des logiciels du domaine public).
    Non les hackers n’ont pas demandé à ce que tout devienne du domaine public. Une compagnie peut très bien détenir un logiciel libre et interdire à d’autres de le publier sous le même nom.
    Les hackers trouvent simplement stupide que ce "droit d’auteur" les empêche d’écouter sur GNU/Linux leur Blu-Ray qu’ils ont acheté tout à fait légalement.

    Bref, je ne relèverai pas tout — certaines choses vont au-delà de ce que mon faible esprit peut comprendre, mais l’auteur assène régulièrement de ces "vérités", pour en conclure avec un dévastateur :

    "Étant donné qu’elle n’a cure ni des besoins sociaux et de leur nature exacte, ni de la question de la division du travail et du caractère totalitaire de la technologie en régime capitaliste[5], l’« éthique hacker » ne peut être qu’une éthique du nouvel esprit parasitaire qui s’accroche au monde pour profiter au maximum de l’instant présent, gaspiller toujours plus d’énergie, et bousiller un nombre toujours plus grand de populations et leurs territoires. Par sa méconnaissance totale, au niveau pratique et quotidien, des rudiments de la survie collective, le hacker se transforme en une sorte d’indolent hyperactif. Par leur méconnaissance des problèmes techniques et du pillage de tout ce qui fait vivre la planète, les hackers se révèlent à nous pour ce qu’ils sont : des fanatiques de l’artificialisation dont le projet n’ajoute qu’un maillon de plus à la chaîne des irresponsabilités qui pèse sur la société humaine de tout son poids destructeur."

    Où je croirais lire un billet de Steve Ballmer (il manque juste la menace de poursuite du monde entier parce que Linux enfreint 354 de nos brevets, sans préciser lesquels).

    Donc, le hacker :
    – Ne sait pas diviser le travail. Ça ne veut rien dire que des projets libres fonctionnels regroupent des centaines d’entreprises et des milliers de programmeurs (juste ça, il faudrait l’encadrer)

    – Ignore tout du "pillage de la planète", alors que l’idée même de l’esprit hacker est de mettre en valeur une ressource (intangible) pour que tous puissent en profiter au lieu de voir une seule compagnie la "piller" et s’en mettre plein les poches.

    – Ne connaissent pas les "problèmes techniques" : ne me demandez pas les problèmes techniques de quoi, c’est pas précisé

    – Méconnaissent tout ce qui touche à la "survie collective". Sans entrer dans une longue discussion, je ferais remarquer que dans "survie collective", il y a le mot "collectif".

    – Ne comprennent pas le "caractère totalitaire de la technologie". On retrouve alors en note une phrase digne des républicains d’Amérique : "de toute façon, il y a des gens de gauche parmi les hackers, alors forcément ils ne comprennent rien". Juste ça suffit pour mettre tout le texte hors circuit dans mon esprit, mais passons.
    Le "caractère totalitaire de la technologie", dans son sens large — si j’ai bien compris ce que voulait dire l’auteur, c’est que confronté à un choix entre deux ressources pour un même problème, c’est la meilleure qui s’impose. C’est la base du capitalisme, et de toutes les lois sur la concurrence.
    Si il y a un domaine dans lequel le L.L. peut apporter son grain de sel, c’est bien celui-là.

    – "bousille de l’énergie". Bon, je ne pense pas pas qu’il y ait grand chose à commenter… s’il fallait lister tous ceux qui "bousillent de l’énergie" à notre époque, la liste ne tiendrait pas dans une partition ZFS…

    Et quand on relit le texte (parce que ça fait mal aux yeux la première fois), on retrouve des perles assez amusantes, du genre
    "l’activité humaine doit s’inscrire, ne serait-ce que parce qu’elle reste tributaire d’une contrainte énergétique et pratique incontournable : la lumière du jour."

    Autrement dit, ne vivez pas en Finlande ou en Norvège, parce que l’hiver, vous ne ferez pas grand chose.

    L’analyse dérive vers des sommets d’affirmations absurdes (croire que la technologie peut résoudre des problèmes, c’est accepter de faire le bisounours et de ne pas voir le jeu des grandes puissances mondiales), des liens complètement tordus (les hackers ne peuvent pas nous protéger contre les catastrophes naturelles, donc les hackers n’ont pas leur place), etc, toujours dans l’optique de "prouver" le parasitage des hackers.

    On suit la recette classique : pas vraiment d’argumentation, pas vraiment de preuves, des liens de cause à effet imaginaires, une conclusion fracassante qui ne dit rien sauf que "les hackers ne comprennent pas la technologie".
    Mais c’est joliment écrit.

    Bref, c’est un peu triste de lire ça, en voyant que certains le pensent vraiment.
    Je serais bien en peine de "répondre" à ce texte en utilisant la même qualité de prose, mais j’aimerais bien pouvoir le faire parce que, ma foi, il y en aurait beaucoup à dire…

  3. Attention ! Les hackers mangent les bébés et tuent des chatons !
    Non mais franchement, j’ai rarement vu une argumentation aussi grandiloquente et absurde, à part sur certains blogs d’extrême droite.

  4. Ah, c’est sûr, ça change des sons de cloche habituels ! Mais c’est très bizarre, et assez contradictoire, on dirait que l’auteur cherche à tout prix à défendre artificiellement sa position, quitte à reprendre des faits contraires en les interprétant de façon favorable à chaque fois.

  5. Le verbiage anti-progres et anti-industriel s’assimile assez facilement au jeu intellectuel des petits bourgeois maoistes des années 70. A 5 milions de chomeurs et 1 millions d’enfants sous le seuil de pauvreté en France, le débat est ailleurs non ? L’important est la lutte pour l’emploi et le développement industriel responsable, economiquement et ecologiquement viable. La question subsidiaire mais centrale est la lutte émancipatrice contre l’asservissement que ce soit au travail ou dans la consommation.

  6. Sébastien

    Un texte vraiment caricatural, plein d’erreurs, sur le logiciel libre et en général. Au hasard: "la séparation artificielle d’origine bourgeoise entre la sphère publique et la sphère privée". Comment peut-on écrire une énormité pareille ? Cette séparation existe dans de très nombreuses sociétés, bien avant le révolution industrielle. Exemplairement dans la Grèce Antique où les Athéniens distinguaient déjà l’oikos (la maison, la sphère privée) de l’agora (le lieu de rassemblement, le marché) et de l’ecclésia (l’assemblée où l’on délibère sur les affaires de la cité).

    C’est un peu dommage, car un tel texte discrédite complètement une critique écologiste ou écolo-socialiste des techniques (y compris du logiciel libre), alors que ces gens-là peuvent parfois avoir des choses stimulantes à dire.

    J’avais lu il y a quelques temps cette autre critique du bouquin d’Himanen, qui me semblait un peu plus pertinente :
    N. Auray, "De l’éthique à la politique: l’institution d’une cité libre", http://multitudes.samizdat.net/De-l

  7. Je partage pas mal votre indignation. Un argument me semble pourtant recevable : l’argument social ou sociologique.

    Le hacker – blanc, urbain, classe moyenne supérieure – ayant d’une manière ou d’une autre réglé la question de ses besoins de première nécessité (se nourrir, se vêtir, se loger, etc.), il a tout le loisir de faire mumuse avec son code et d’apparaitre comme le Luke Skywalker d’Internet.

    Le problème c’est que plus on avance plus la proportion de personnes qui n’ont pas réglé la question de leurs besoins de première nécessité augmente également. Et ceux-là, vous pourrez toujours leur dire qu’Internet est une révolution enchantée, ils s’en foutent complètement.

    Je change le monde sur Internet sans m’apercevoir de la misère grandissante juste en bas de chez moi.

  8. Ça me rappelle une des critiques les plus pertinentes qu’on m’ait faite au sujet de l’OLPC, alors que je m’extasiais devant ce bijou entièrement libre (que même Stallman il en a un), conçu pour apporter la Connaissance aux africains exploités, etc..

    "Ben oui", m’a-t-on dit, "mais c’est tout fabriqué en Chine par des enfants mal payés, ton truc, non?"

    Ben oui.
    Tout n’est pas à jeter dans ce texte.

  9. DePassage

    @Sebastien
    L’auteur veut dire que la séparation artificielle des sphères publiques/privées est devenue la pierre angulaire et le fondement des lois en vigueur dans une sociétés dont les possédants et les dominants sont les "bourgeois" pour légitimer leurs activités légales, meurtrières ou autre sans devoir rendre des comptes au public. Par exemple les distinctions en droit des personnes physique et morale, personne morale de droit privé et personne morale de droit public.
    Nos combats aussi sincères soient-ils pour la confidentialité de nos échanges font que nous acceptons non pas une distinction de ces sphères selon une idée qui est propre à chacun ou bien ce qui est imagé/fantasmé (mais pas véritablement précise) dans notre grosse sphère numérique, mais bien en s’appuyant sur ce droit qui favorise aussi l’entrée du loup dans la bergerie -soit des méchantes entreprises privées qui cassent les êtres humains, les aliènent, les abrutissent et cassent aussi les restes de la planète.

    Sinon, oui, je suis globalement la vision de l’auteur, ériger les activités d’une personne qui passe du temps sur des objets technologeek ou qui détourne certains usages de ces marchandises pour un coté lud(d ?)ique en quelque chose de beau et de fantasmer les pensées qui les animent en une éthique, je trouve ça très malsain et à coté de la plaque.
    J’ai beau aimer utiliser ces technologies, je reste conscient que j’ai fait et je fais énormément de mal écologiquement et socialement pour en arriver là. Et pourtant, plaisir égoïste, je n’ai pour l’instant pas envie de m’en priver totalement, et ce n’est pas du tout ce que préconisent les luddistes pour l’ensemble des individus. À l’inverse de beaucoup qui semblent trop enthousiastes et enfermés dans ce monde, j’arrive parfois à déconnecter et m’apercevoir que finalement, dans cet univers numérique, je ne vois plus la réalité telle qu’elle est et surtout, je ne contrôle réellement rien du tout.

  10. Isaac A.

    Et bien moâ j’ai trouvé l’article intéressant – et bien écrit. Comme il est illusoire de penser qu’on reviendra à un temps d’avant la technique, ça donne un bon petit article de… science-fiction 😛

  11. Il me semble que ça renforce l’importance de libérer l’informatique, comme semble le dire Stallman, qui pense aussi qu’il y a d’autres luttes que celle-là, parfois plus urgentes. (En passant, résister c’est d’abord dire non, et ça vous range rapidement du côté des réactionnaires, surtout en période de révolution conservatrice…)

    Et il est évident que la division des tâches à l’échelle planétaire (et même localement) n’est pas très équitable. Les hackers n’en sont peut-être pas la cause, mais ils en sont aussi le produit. Je pense que de "libérer" notre mode de vie de la mainmise des multinationales ne suffira pas (si ça devait jamais arriver).
    Je vais essayer de dire au mec qui joue du marteau-piqueur depuis 07h30 dans l’immeuble voisin qu’il pourrait penser faire ce qui lui plaît, à l’heure ou ça lui chante, par passion et envie de partage, non sans oublier son profit.

    Personnellement, je trouve à la fois dans les idées du "monde libre" et dans celles des rêveurs "anti-technologiques" (qui parfois ne sont pas des rêveurs : http://www.framablog.org/index.php/… ), de quoi voir le monde dans lequel je vis autrement. Et ce serait dommage de se limiter à ces deux univers de pensées là.

    Je suis content de pouvoir utiliser (et apprendre à le faire) des outils "libres" et j’éprouve de la gratitude pour les communautés qui l’ont rendu possible et qui continuent de le faire. Je suis un petit peu plus mal à l’aise de savoir que mon mode de vie dépend aussi de multitudes de personnes exploitées, si ce n’est asservies.

    Ce texte est peut-être "extrême", voire caricatural, mais, surtout au vu des réactions qu’il induit, n’est pas dénué de pertinence.

  12. Concernant l’article … que dire sinon que c’est affligeant, on dirait un texte d’une secte radicale. Faut être complètement crétin pour ne pas comprendre que la technique est amorale et que ce qui lui donnera un sens "bon" ou "mal", c’est l’utilisation qui en sera faite.

    Kalenx a pointé suffisamment d’aberrations dans le texte pour qu’il ne soit pas nécessaire d’en rajouter.

    Cette publication sur Framablog a au moins le mérite de nous faire rire un peu. On y retrouve toujours cette violence à l’égard des choses qu’on ne comprend pas et vis-à-vis des personnes qui, au contraire, se les sont appropriées.

    @DePassage

    Rien que votre "[…] une personne qui passe du temps sur des objets technologeek ou qui détourne certains usages de ces marchandises pour un coté lud(d ?)ique en quelque chose de beau et de fantasmer les pensées qui les animent en une éthique, je trouve ça très malsain et à coté de la plaque." prouve que vous n’avez absolument aucune idée de ce qu’est un hacker ni des enjeux, entre autres choses, de la maîtrise de ses propres données (donc travail et création).

  13. Logorrhée pseudo-intellectuelle de sociologue du dimanche qui illustre très bien les dérives actuelles de frama(soft/blog/etc..) :
    – intolérance
    – sectarisme
    – textes pseudo-intellectuels écrits par des idéologues n’ayant que peu à voir avec le monde réel des utilisateurs et créateurs de logiciels libres
    Depuis des mois, framablog donne une image lamentable et absolument pas représentative de ce qu’est réellement l’informatique libre en France.

  14. modagoose

    J’ai lu l’article, y cherchant une critique pertinente du bouquin d’Himanen et ne trouvant au final que l’irritation oculaire et le mal de crâne. Non pas que les notion avancées par l’auteur soient complexes, non, mais plutôt que leur mise en forme ne prête pas à l’accroche. On glisse sur les phrases et on se surprend à penser à autre chose, ou bien à regarder les moineaux picorer sur le balcon…Ce qui oblige à relire plusieurs fois pour tenter d’y trouver un sens.

    J’ai eu envie de réagir à l’article de suite, mais après plusieurs tentatives, je me suis rendu compte que ce n’était pas possible. Il y a tout et son contraire là-dedans, si bien qu’il faudrait tout prendre point par point, une synthèse n’étant pas possible. Ce qu’il me reste après avoir laissé passer l’envie de réagir, c’est l’impression que c’est moins un pamphlet anti-hacker qu’un hymne à la propriété intellectuelle et au conservatisme. De deux choses l’une, soit l’auteur est d’extrème-droite et son texte vise à décrédibiliser toute réflexion sérieuse sur la décroissance en faisant passer ce mouvement pour une réunion de débiles profonds contestataires, immatures, et ne maîtrisant pas leur sujet. C’est devenu un sport chez les groupes fascistes, une nouvelle façon de faire passer leurs idées en tuant toute possibilité pour les autres de trouver un lectorat pour les leurs. Soit les décroissants sont définitivement des abrutis ne maîtrisant pas les sujets qu’ils abordent. Les amis de Ludd s’inscrivent dans la mouvance de la Décroissance et font partis du mouvement anti-industriel.
    Si le mouvement anti-industriel a du sens, car aujourd’hui chacun peut constater les fruits pourris de la révolution industrielle sur le pas de sa porte, et plus généralement via les media, considérer les hackers comme des enfants de cette révolution industrielle c’est se tromper. Les hackers sont les enfants d’une révolution qui détruit la révolution industrielle. La révolution industrielle est un asservissement du corps et de l’esprit du travailleur, faisant de ce dernier, un outil manipulant l’outil qui au final le détruit, lui et son environnement.
    Le hacker est né dans un monde post-industriel, il a appris à en maîtriser les outils par un processus de destruction/reconstruction de ce dernier afin de le comprendre, pour non pas en être asservit à l’outil mais le concepteur d’une excroissance de lui-même, une sorte de prothèse de son esprit créatif. Les hackers sont donc potentiellement des anarchistes tout comme les anti-industriels.
    Ils prônent le travail librement choisi, non assujetti au salariat-ils sont farouchement indépendants, les horaires flexibles-ils ne travaillent que quand ils le désirent, le plaisir dans l’activité-la notion de créativité est très importante pour eux, la collaboration-le partage est la seule solution pour aboutir à un résultat stimulant et libérer la créativité, la défense de la liberté individuelle-seule garantie de leur autonomie.

    L’individualiseme n’est pas synonyme d’égoïsme ( L’individualisme est une conception politique, sociale et morale qui tend à privilégier les droits, les intérêts et la valeur des individus par rapport à ceux du groupe. Il prône l’autonomie individuelle face aux diverses institutions sociales et politiques-la famille, le clan, la corporation, la caste-qui exercent sur lui certaines règles. Il s’oppose ainsi à l’obligation du groupe envers lequel l’individu a des devoirs. Il ne faut cependant pas confondre individualisme et égoïsme à courte vue. Car si l’égoïste ne considère que ses intérêts personnels, l’individualiste considère l’intérêt des individus et non le sien uniquement. Par exemple, faire partie d’une organisation n’est pas incompatible avec le principe d’individualisme-dixit Wikipedia ).

    Les hackers prônent la débrouille par le recyclage de la technologie, ainsi les ramener à de simples technophiles est une erreur, les hackers ne sont pas des fétichistes de la technologie. Ils l’utilisent mais ne la consomme pas nécessairement, ils la recyclent beaucoup.
    Est-ce qu’un passionné de mécanique automobile passe son temps à bidouiller sa voiture d’occasion ou bien à s’acheter des voiture dernier cri ou à se masturber sur des magazines de tuning ?

    Nous n’avons pas créé la technologie qui nous entoure, nous ne l’avons même pas souhaité, elle nous a été imposé et on nous l’a rendue indispensable pour les actes les plus banals de la vie quotidiennes. Ne pas avoir accés à Internet sera une question de survie sociale dans très peu de temps et un moyen d’exclusion supplémentaire. Les hackers sont donc une réponse naturelle à un environnement. L’adaptation d’une espèce pour la survie. Cette sorte d’individu pourrait se contenter de garder ce qu’elle sait pour son profit, ce serait très facile pour elle. Mais l’information ouverte ne favorise pas la rétention d’information et le secret, principes sur lesquels sont fondés la révolution industrielle. C’est en ça que le hacker est un ennemi du système et non un allié ou son prosélyte.

    Bref, commenter ce texte bloc par bloc reviendrait à lui conférer une certaine légitimité, ou à faire penser qu’il contiendrait une seule idée pertinente.
    Je vais juste commenter l’idée absurde que les hackers seraient contre le droit d’auteur alors qu’ils sont contre le copyright, deux notions très différentes. Les licences libres sont fondée sur la notion de paternité et donc de renforcement du droit des auteurs ( droit des personnes physiques ) contre le copyright, le plus souvent détenu par des personnes morales.

  15. Pour faire court, Kalenx en a déjà dit beaucoup. On voit bien que l’auteur n’y connait finalement rien.

    C’est ce que j’appelle une critique destructive, donc qui n’apporte pas grand chose et se permet en plus d’insulter (mais avec des mots polis / intellectuels).
    Je préfère lire des critiques constructives, au moins on peut arriver à avancer à partir de ça, trouver ce qui ne va pas et améliorer les choses.

    Enfin l’auteur de la critique oublie de l’éthique hacker pourrait être étendue à tous les domaines, car le but n’est-il pas de collectivement améliorer les choses pour la bidouille ? Les hacker me paraissent ici réduit à de simples bidouilleurs de technologie qui ont des oeillères et ne voient pas le reste du monde. C’est loin d’être vrai, ils sont bien plus ouvert que ça.

  16. Je remercie Framasoft pour cette ouverture d’esprit.
    Cependant, il aurait peut-être été nécessaire de plus contextualiser le propos. Le(s)auteur(s) du texte sont adeptes de la décroissance il me semble : "En 2005, en Espagne, est né l’explicite Los Amigos del Ludd (« Les Amis de Ludd »), bulletin d’information anti-industriel.".
    Or, la pensée dite "luddite" a une "démarche qui ne vise pas à obtenir de meilleures conditions de travail à l’intérieur du système de production industriel, mais bien plutôt à s’en extraire". Les LL auraient plutôt tendance à vouloir s’approprier les outils afin de préserver leurs libertés individuelles (c’est une pensée raccourcie pour le propos).
    De ce fait, ils sont dans leur logique et n’ont pas entièrement tort sur une partie de leur pensée.
    Toutefois, le texte pêche par méconnaissance du sujet (NB: j’écris cela sans avoir lu le texte d’Himanen en cause). Résultat, il tape à côté et se noie dans les contradictions.
    Au final, je garde juste à l’esprit qu’il est bon de lire des pensées différentes, permettant ainsi de mettre ses propres pensées en perspective, de se remettre en question et de ne pas s’enfermer dans un schéma.

  17. Sébastien

    @ Fred

    Je ne suis pas d’accord avec l’idée d’amoralité ou de neutralité de la technique, et c’est justement un des côtés intéressants de la critique écologiste que de mettre ce point en avant. Certaines techniques encapsulent certaines finalités sociales, ou impliquent certains mode d’organisation de la vie collective. Par exemple, les technique industrielles ayant permis l’essor du travail à la chaîne ne sont pas neutres : elles impliquent la division taylorienne du travail entre concepteurs et exécutants, et sont à proprement parler des techniques capitalistes. Ce fut justement une des erreurs du marxisme productiviste (erreur mise en lumière par la critique écologiste) de penser qu’il suffisait d’une appropriation collective de ces moyens de production (sans changer ces moyens eux-mêmes) pour sortir de l’aliénation caractéristique du mode de production capitaliste.

    @ Jeff

    Je suis d’accord qu’il y a souvent un refus de traiter la question sociale dans la mouvance hacker (et ntoamment chez Himanen) qui est extrêmement embêtant. Quand Himanen écrit par exemple que l’éthique hacker est "universelle" (p. 26), soit son propos s’assume comme utopique, soit il émane de qqn complètement déconnecté des réalités sociales. Comment peut-on en effet penser que tous les types d’emplois soient susceptibles d’engendrer un rapport passionné au travail. Il existe pleins d’emplois socialement indispensables, dont on voit mal comment ils pourraient engendrer de telles attitudes. Himanen généralise donc indûment un privilège réservé à une partie seulement de la main d’oeuvre.

    @ DePassage

    Que la séparation entre sphère privée et sphère publique puisse être instrumentalisée pour promouvoir des régulations juridiques et politiques favorables aux possédants est une chose. Faire comme si cette séparation était fondamentalement "bourgeoise" et ne pouvait se comprendre que dans le cadre d’une économie capitaliste libérale en est une autre, et c’est absurde.

    Je ne suis pas un ravi de la mondialisation libérale, et pourtant j’estime que les droits individuels fondamentaux (liberté de conscience, liberté d’expression, liberté de pensée, etc.) doivent être inconditionnellement défendus par le pouvoir politique et judiciaire. Ils sont à la base de la liberté laissée à chacun de définir ses propres normes et valeurs, et de poursuivre des fins propres. Une telle défense de la sphère privée n’est en rien contradictoire avec l’existence d’un pouvoir politique démocratique fort, à même de promulguer des lois pour réguler la vie économique, redistribuer les richesses, etc.

  18. Tout ceci est si mauvais et charge de mauvaise foi que je n’ai meme pas la force de le lire jusqu’au bout, et encore moins de commenter constructivement.

    Franchement Aka, tu me decois beaucoup. N’aurais-tu pas pu trouver d’article plus profond que de nous envoyer un troll velu tout cuit dans le bec?

  19. damien78

    C’est un texte étrange et original parce que d’habitude, c’est à l’intérieur d’Internet et des nouvelles technologies que l’on a l’habitude de se "battre" pour défendre les libertés et penser le progrès. Perso, j’aime bien que le Framablog nous surprenne comme ça de temps en temps.

    Après, ça fait un peu théorie du complot. La techno c’est le complot et le mal et donc tout ce qui tente de faire le bien à l’intérieur du mal ne sert à rien. Un peu basique quand même.

    La conclusion est pas mal en revanche. Oui, mettre sur le même plan les défenseurs du libre informatique et ceux qui se battent pour les semences et les médicaments non brevetés, c’est pas tout à fait la même chose. Parce que contrairement aux seconds, les premiers restent tranquillement le cul assis sur leur chaise.

  20. DePassage

    @Fred
    Ce sujet ne me préoccupe pas (pas plus normalement que les attaques ad nominem), de savoir ce qu’est un hacker, ce qu’il est censé faire, de savoir ce qu’il est sensé penser, manger ou autre. Construire l’archétype même d’un hacker auquel une personne qui aurait des activités et/ou idées similaires devrait s’identifier pour mieux épouser ce cadre préformaté ou pour aider à ranger dans des petites cases plus faciles à cibler est pour moi une activité dont l’oligopole, voire le cartel, est détenu par les statisticiens, les sociologues et l’État. Très peu pour moi.
    J’ai mes propre activités, mes propre pensées, tout ceci fait de moi ce que je suis. Que certains me disent que je suis un toto, un abruti ou à l’occasion une personne qui ne sait pas ce qu’est un hacker, je m’en fiche éperdument et ne fera pas avancer le combat de leurs plus glorieux représentants. 😉

    @modagoose
    J’ai plus l’impression que c’est une critique du hacker selon himanen et ceux qui s’en réclamerait plutôt de ceux qui peuvent bien admettre être identifié à ça sans pour autant cautionner ce romantisme fumeux tout autour.

    @Sebastien
    Justement, je me disais : de quels outils la bourgeoisie dispose pour préserver au maximum sa position dominante et sa propriété face à ceux qui seraient disposé à remettre en cause cet état de fait ? Le pire dans cette histoire que je me forge de manière dézoomée, c’est que l’outil principal qui permet de maintenir ce que les non-possédants revendiquent est le même qu’ils légitiment régulièrement.

  21. Drôle. Ce site passe son temps à dresser des statues aux hackers et quand il se permet tout d’un coup de déboulonner l’idole, c’est un crime de lèse-majesté.

    Soyez quand-même un peu honnêtes. Imaginez que vous obteniez tout, absolument tout ce que vous voulez : logiciels libres partout, neutralité du net, droits d’auteurs et brevets révisés aux profits des gens et non des multinationales, loppsi et acta abrogés, licences globales, culture libre épanouie, etc. Pensez-vous un seul instant que le monde aura fondamentalement changé ?

  22. Oui dur à lire, je viens d’y consacrer ma pause déjeuner :-) ! Je n’ai pas vraiment compris les idées développées, juste vu une critique de la technologie et du Net. Pour moi, un outils ne vaut que par ce que l’on en fait. Le net peut-être la meilleure des choses qui nous soient arrivée comme le pire des cauchemars. Tout dépendra de que l’on en fait. Mais vu la façon dont nos institutions cherchent à tout prix à le brider, il doivent y avoir vu un danger pour leur existence.

  23. Mouais. Il y a des idées intéressantes chez les décroissants mais faut qu’ils arrêtent de taper sur la technologie avec pour seul argument que ça "consomme de l’énergie".

    Par contre, il y a quelques vérités qui sont intéressantes de rappelées même si je ne cautionne pas l’utilisation idéologique qui en est fait.

    Le Hacker se construit de manière relativement insouciante du fait de son niveau d’éducation relativement élevé et son intégration facile dans l’économie capitaliste. Sans vouloir généraliser, il s’agit d’une certaine réalité. Je pense que les "hackers" proviennent le plus souvent de la classe moyenne. La classe moyenne est en voie de paupérisation dans les pays riches ce qui la pousse à développer des idéologies de contestation du modèle dominant. La remise en cause de la propriété intellectuelle telle que revendiqué par le mouvement du libre et les hackers est un moyen de lutte comme un autre.

    ST pose une question qui mérite réflexion tout de même. Il faut bien l’avouer l’informationnalisme n’a pas réponse à tout. Et si notre schéma de pensée est sans doute d’excellente facture pour conserver une démocratie vivace et un accès à la culture démocratisé, je doute qu’il puisse régler tous les maux du monde (notamment matériel). Ceci étant, je pense que le combat est tout de même primordial surtout en ces temps de régression démocratique et de dérives xénophobes.

    Je ne crois absolument pas que la société puisse se pacifier et décroitre dans un même temps sans internet. Au mieux les gens resteront dans leur petit coin, au pire cela génèrera des guerres.

  24. Pas d’accord du tout mais sans rejeter l’article qui se positionne par rapport à sa propre idéologie, ce qui est tout à fait respectable.

    Oui, si un jour le logiciel libre devient dominant en informatique, ça ne changera pas grand chose fondamentalement. Par contre on voit bien qu’il est une source d’inspiration pour contrarier des modèles dominantes qui sont responsables de la situation actuelle. Ce n’est pas un hasard si l’on explore actuellement d’autres cultures (non contrôlés par les industries et leurs droits d’auteur), d’autres manière de produire des objets (hardware libre, imprimante 3d…), d’autres façons d’organiser la monnaie, les banques et surtout le travail (compétition, consommation et individualisme contre coopération, consommaction et collaboration).

    Y’a quand même matière à être optimiste :-)

  25. wallyGator

    Je ne suis pas d’accord pour l’essentiel avec l’auteur parce qu’il s’acharne à tout détruire pour des raisons qui m’échappent mais je trouve qu’il développe des idées intéressantes notamment sur le fait que le hacker a une vie de bourgeois: Il est vrai qu’il n’y a guère qu’un étudiant ou un rentier qui puisse s’occuper de développer/hacker pour la communauté lorsque ça reste non lucratif surtout quand on sait a quel point l’activité est chronophage! Même si certaines sociétés on trouvé un modèle qui permette de joindre les deux bouts, il s’agit quand même pour elle d’être lucratives et le hacker qui y travaille devient vulgaire salarié dans un système qu’il combat…
    Bref je rejoins le même avis que Jeff 😉 et il faudra que le hacker se mette à jour de ses idéaux (si je puis dire :p) s’il veux être plus entendu.

  26. Enfin un vrai texte .

    Il a fallu attendre un bon bout de temps pour cela
    afin de se rendre compte de l imposture technicienne et techniciste .

    Bravo .

  27. […] dans les années 1980, 1990, *se* sont développées des technologies qui ont débordé du cadre traditionnel de leur appropriation capitaliste […]

    Ne serait-ce point un *ce* ?

  28. Non, sauf erreur de ma part, c’est bien un "se". Il s’agit du verbe "se développer", avec un pronom personnel (ou un truc du genre … l’école, c’était il y a longtemps).

  29. @Eric : "Depuis des mois, Framablog donne une image lamentable et absolument pas représentative de ce qu’est réellement l’informatique libre en France."

    Je puis tout à fait comprendre que l’on trouve cet article nul et non avenu (et que sa présence déçoive certains lecteurs comme Etenil par exemple).

    Par contre je m’inscris en faux avec ton cinglant jugement.

    On a ainsi annoncé un partenariat avec l’April sur l’accessibilité :
    http://www.framablog.org/index.php/

    En éducation aussi, on tente :
    – de mettre en avant des profs qui avancent (ok, c’est vrai, ça vient des US) :
    http://www.framablog.org/index.php/
    – d’expliquer en quoi l’étude du droit dans les écoles de chez nous ferait avancer le schmilblick
    http://www.framablog.org/index.php/
    – d’être source de proposition ici et maintenant dans nos lycées :
    http://www.framablog.org/index.php/

    Et tout récemment encore on met en avant Hackables:Devices :
    http://www.framablog.org/index.php/

    Ceci dit on peut effectivement se poser la question de l’état de santé de l’informatique libre en France. Va-t-il se bien que cela ? Se confond-t-il avec l’état de santé de l’open source en entreprise française ? Les "années Sarkozy" lui ont-il fait du bien ? etc.

  30. modagoose

    A Thétis :
    Non, il s’agit bien d’un "se"
    Je me suis, tu t’ es, il s’est, nous nous sommes, vous vous êtes, ils se sont.

    A Wallygator :
    >>>…il développe des idées intéressantes notamment sur le fait que le hacker a une vie de bourgeois: Il est vrai qu’il n’y a guère qu’un étudiant ou un rentier qui puisse s’occuper de développer/hacker pour la communauté lorsque ça reste non lucratif surtout quand on sait a quel point l’activité est chronophage!<<<

    Je ne sais pas sur quoi se base cette idée. chronophage ? Le travail en collaboration permet justement de s’aménager des plages de libertés que n’ont pas les gens qui travaillent dans le développement de logiciels pour une entreprise. Etudiant, rentier ? Dans les Gull que j’ai fréquenté, il y avait des étudiants en informatique, des artistes au RSA, des gens en contrats précaires, des gens avec un boulot alimentaire qui développaient des sites sous SPIP pendant leur temps libre, ou leur temps de travail. Etre Hacker ce n’est pas nécessairement être un étudiant en informatique et coder toute la journée. Un bidouilleur est une personne atypique qui peut avoir 15 ans comme 60 ou plus, qui a la bosse de l’informatique, mais qui peut aussi être radio-amateur, électronicien, acousticien, ingé-son, mécanicien auto, moto, modeliste, aéronaute, ayant des connaissances en réseau de communication téléphonique, etc, etc, etc…

    Les gens qui veulent décridibiliser le logiciel libre développent cette idée comme quoi pour donner il faut avoir une fortune personnelle. Seulement c’est faux, on peut être un hacker autodidacte et sans le sous, par nécessité ou par passion, l’un n’empêchant pas l’autre. Etre hacker n’empêche pas d’avoir une vie sociale réelle, une femme, des enfants, des amis, et une vie de famille. N’importe quel être humain, sans discrimination peut bidouiller, adapter, fabriquer son outil. Il y a des hackers en Inde, en Chine, en Afrique, des gens pour qui la débrouille est une seconde nature. Le logiciel libre est très prisé dans les pays en voie de développement.

  31. Je n’ai pas tout lu, je trouve ça long, chiant et compliqué. J’ai quand même tenu quelques paragraphes, le temps de voir apparaître un type brandissant sa religion emmitouflée dans un texte long et chiant pour taper sur la tête d’un autre type qui a écrit un texte sur les hackers sans y intégrer la vision religieuse de l’auteur du pamphlet.

    Sachant qu’un hacker ne se limite pas au domaine de l’informatique ou de l’électronique, que c’est par essence un personne qui va aller plus loin dans la technique, la compréhension et/ou la pratique que le vulgus pecum, il est assez difficile de les mettre dans le même panier afin de les traiter d’une manière commune.

  32. Et si la Technique n’ était autre qu ‘ une autre Religion essentielle, voire essentialiste ?
    une remplaçante au catholicisme défaillant ?

  33. modagoose

    Pas la Technique mais la Science, oui.
    Pour certains scientifiques, la Science donnera les réponses que la religion n’a pas donné.
    C’est une forme de religion déguisée en agnostiscisme.
    Un article intéressant sur le sujet :
    http://www.slate.fr/story/24857/man

    Mais pourquoi généralisé ?
    Ce n’est pas parce que certains gourous du hight tech sont d’anciens hackers convertis à l’économie de marché ou se font passer pour des hackers, et que des pseudo-scientifiques à qui l’on donne la parole sur les media de masse affirment que la science résoudra tous nos problèmes que les hackers croient en la technologie comme d’autres croient en Dieu.

    Juste pour mon éducation personnelle, je ne comprends pas bien ce que vous voulez dire par religion essentialiste. Voudriez-vous préciser ?
    Voilà, la définition de l’essentialisme :
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Essent

    >>>En philosophie, l’essentialisme est le nom de la conception de l’homme qui s’oppose à l’existentialisme. L’essentialisme philosophique vise à accorder le primat à l’essence sur l’existence, et ne suppose pas de libre arbitre de l’individu, alors considéré comme produit de déterminismes qui le définissent et dont il ne peut s’extraire. L’essentialisme tend à réactualiser un débat opposant la nature et la culture.<<<

  34. Qu’est-ce que la Technique ? Apprendre à tailler un silex pour en faire un couteau ou la vente de plus de gadgets inutiles au prétexte que la dernière version du gadget comble un besoin fraîchement créé ?

    J’ai déjà eu une discussion avec un décroissant théologien, Deun pour ne pas le citer. Ce fût une belle expérience d’un discours intellectualisant farcie de mauvaise foi : Le polisson avait cru que je n’irai pas vérifier toute ces sources et que je ne découvrirai pas que la prétendue citation d’un Technicien qui lui servait de fondement à son argumentation, pour enfoncer le pauvre bougre de décroissant technicien non-croyant que je suis, n’était qu’un habile découpage de deux citations de personnes se contredisant. Puis après une cuisson longue, le polisson expliqua la raison de son dégoût de la « Technique » et du pourquoi il la sacralise afin de mieux cracher dessus.

    La technique, qu’elle serve à permettre à un ostéopathe de faire passer plus d’énergie dans une charpente humaine ou qu’elle serve à permettre de torturer un homme pendant des semaines en ne le faisant mourir que très lentement, est neutre en soi. Ce qui est moins neutre est le cadre dans lequel on se trouve, conditionnement qui nous permet de faire et de dire tout et n’importe quoi afin que cela puisse justifier notre comportement.

  35. wallyGator

    @modagoose
    On n’a pas la même conception du hacker. La personne qui consacre une partie de sont temps libre à sa passion qui passe après son boulot, sa femme, sa famille, ses gosses et son sport N’EST PAS un hacker. C’est juste un passionné et là je rejoins tes idées. Mais pour être suffisamment fort dans un domaine pour être appelé hacker, soit c’est son job et on en bouffe toute la journée, soit une fois le boulot terminé on met de coté sa vie sociale et on y passe tout le reste de son temps libre! Donc hacker est TRÈS chronophage.
    De toute façon, loin de moi l’idée de jeter la pierre au hacker rentier :p au contraire! Il faut des philanthropes comme ca pour partager l’information et le savoir notamment pour que la technique puisse au moins être utilisé par tous et au mieux comprise et maitrisée par le plus grand nombre.

  36. tuxicomane

    bonjour,
    j’ai pas le temps de tout lire, mais je suis tombé sur un point qui mérite une conférence…

    "Au passage, Himanen commet l’erreur grossière d’attribuer à la technologie une qualité qui lui est absolument étrangère, celle d’avoir des effets bénéfiques sur la diffusion et le développement des connaissances, alors que l’inverse est notoire : l’augmentation des moyens technologiques s’est en réalité traduite par une chute abyssale du niveau des connaissances, "

    La conférence de Michel Serres sur ce sujet est très instructive …
    http://interstices.info/jcms/c_3303

  37. Après réflexion, j’ai décidé de revenir sur ce texte.

    Il m’apparait que l’auteur du texte ne comprend pas ce qu’est un hacker. Un hacker est quelqu’un de doué en programmation et particulièrement enthousiaste sur ce sujet. C’est aussi quelqu’un de naturellement curieux ayant soif d’apprendre et aimant le travail bien fait.

    En quoi programmer (cela reste de la logique et des maths) a quoi que ce soit à voir avec un quelconque modèle économique? On peut être hacker et capitaliste ou communiste ou anarchiste, ça n’est pas incompatible.

    De la même manière, et comme le précise parfois Richard Stallman, Il y a des tas d’autres choses à faire dans le monde, mais programmer est ce que nous savons faire, alors allons-y. Je connais aussi des hackers qui soutiennent causes et associations qui aident à résoudre les autres problèmes de notre Monde. Ils ne sont donc pas aussi autistes que ce qu’on veut nous faire croire.

    D’autre part, j’ai le sentiment qu’il y a confusion entre le hacker (qui a peu changé depuis les premiers dans les années 50/60) et le néo-geek qui n’a plus rien d’un geek et passe son temps à acheter le dernier smartphone à la mode et à jouer aux jeux vidéos. C’est le néo-geek qui n’est qu’un consommateur improductif qui ne fait que générer de la pollution.

    La soi-disant division sociale des hackers me fait sourire. On est aussi bien reçu dans la communauté quelle que soit son origine ou son statut social. Vous pensez peut être que le hacker de Red Flag Linux qui dort au bureau gagne beaucoup d’argent? Pourtant il contribue bel et bien au Libre… Et quid des hackers dans les autres pays en voie développement?

  38. Wikipedia :

    Critiques de l’essentialisme :

    Selon ses détracteurs, l’essentialisme biologique servirait de base idéologique au ségrégationnisme, en considérant des différences établies pour la commodité pratique comme différences de "nature" entre les hommes.

    " Religion Essentialiste " separerait les Techniciens-savants des non-croyants en la Technique .

    La Technique, dépassant et englobant la Science, pourrait être elle-même un objet ( quasi ) – indépendant avec sa logique propre et entraînant la société même grâce à des zélateurs . ( Il faut croire en l " efficacité " du couteau … )

    Elle serait d’ essence donc an( ti ) – humaniste ou au moins non-instrumentable, laissant
    penser le contraire d’ où sa fascination envers certaines catégories d humains .

    Le Capitalisme ne serait qu’ une brique de la Technique et non l’ inverse .

  39. Kurokame

    @Thetis
    Justement, si la technique permet maintenant de pouvoir torturer plus efficacement qu’avant, d’être plus efficace pour extraire des aveux, ou d’être plus efficace qu’un alitement forcé pour se rétablir plus vite, en ce sens elle en appelle à elle même : la recherche de moyens de résistance à la torture ou encore de créer des écoles d’ostéopathes agréés, à ce stade, elle n’est plus neutre du tout.
    On peut être plus réceptif à un gorgias dans bien des cas et s’en satisfaire, c’est affaire de goûts, de sensibilité et de vécu, mais personnellement, j’ai eu beaucoup plus de biscuit en m’intéressant à ellul. Question de positionnement politique aussi. 😉
    Bref, être aussi affirmatif face à de doctes personnes qui énoncent le contraire, me parait au mieux un individu pressé d’en finir, au pire le chantre d’un dogme techniciste.

  40. > si la technique permet maintenant de pouvoir torturer plus efficacement qu’avant

    Qui a écrit que ceux qui maîtrisaient ces techniques de torture vivaient actuellement ? Cela date de plusieurs siècles. Des histoires racontent que les bourreaux étaient eux aussi torturés si la personne mourrait trop rapidement.

    Un des problème avec la « Technique », terme aussi creux que la « Technologie », le « Progrès » ou l’ « Innovation » – autre temps, autres mœurs – est qu’on considère que notre société est devenue technique que depuis quelques décennies. Qui d’entre nous maîtrise la technique pour filer le lin pour faire ses propres vêtement ou la technique pour faire des bougies que l’on puisse vraiment appeler bougies, voire simplement faire des nœuds (de cabestan, de chaise, français, jambe de chien…) parce que c’est très utile de savoir faire des nœuds ?

    Mettons n’importe quel théoricien qui conspire contre la « Technique » dans la nature sauvage. Il va vite se rendre compte que, si il n’a pas envie que son cadavre serve bientôt de nourriture pour les bêtes, il va devoir utiliser la « Technique » en commençant par maîtriser l’outil dont nous sommes équipés à la naissance : la main.

    Je me moque bien de ces intellectuels décroissants si loquaces qui peuplent les villes et les salons car je n’en ai jamais vu un seul sur le terrain. Quant aux personnes qui vivent dans la forêt à proximité de mon habitation, je ne les ai jamais entendu tenir de tels discours.

    Peut-être ai-je loupé les cas les plus intéressants ?

  41. Pour ma part, je dirais que le texte m’a fait mal à la tête pour plusieurs raisons.
    D’abord, j’ai la furieuse impression que cette personne ne sait pas réellement quelle est la vie au quotidien dans un laboratoire de recherche. Certaines choses dites ne sont pas fausses mais la (grande?) majorité sont erronées et même l’opposé de la vie réelle.

    Pour de nombreuses conclusions, ces seuls arguments sont ces grandes paroles, sans réelle argumentaire.

    Beaucoup de raccourci, tellement raccourci que çà en devient faux. Je l’invite cordialement à se perfectionner sur ce point. (manger beaucoup rend gros, être trop gros tue donc manger tue; oui mais non, faut mettre les notions pour garder la véracité de ces propos)

    Je comprend assez mal le choix de cette article. Je trouve qu’il ridiculise les milieux opposés aux hackers. Ceci dit, quelques passages m’ont paru intéressant mais tombant vite dans les travers, raccourcis, absences d’argumentaire, méconnaissance ou autres, ils perdent en valeur. Dommage

    Pour finir, je dirais qu’une personne plaidant pour la décroissance mais se servant d’internet pour passer son message, je trouve çà assez curieux, pour pas dire risible.

  42. > Pour finir, je dirais qu’une personne plaidant pour la décroissance mais se servant d’internet pour passer son message, je trouve çà assez curieux, pour pas dire risible.

    Être décroissant ne signifie pas vivre sans rien, éclairé avec une mèche trempée dans l’huile au fond d’un abris constitué d’un arbre abattu. En fait c’est même assez simple de l’être dans cette société prônant la sur-consommation : il suffit de ne pas consommer plus qu’on le fait déjà.

    Dans une société qui tend vers la croissance infinie, arrêter d’augmenter sa consommation est déjà être décroissant. Bien sûr cela n’est pas la solution optimale au problème mais c’est un geste minimal qui ne coûte rien.

    Il y a bien des personnes qui veulent faire passer la décroissance pour une hérésie qui fera basculer vers une société avec des milliards de chômeurs. Extrait d’un homme politique bien connu : « Comment vous faîtes ? Y a 9 % de chômeurs en France ! Si on leur dit que c’est la décroissance faut bien qu’ils aillent travailler les gens. Faut bien qu’ils aient un boulot, un salaire. En Inde y a 600 millions de gens qui sont dans la pauvreté. Si on explique que notre but c’est la décroissance, où est-ce qu’on va ? C’est un raisonnement d’égoïstes, ça. »

    Inutile de le citer, on reconnaîtra tous le style.

  43. Si être décroissant, c’est "juste" ne pas consommer plus, je dis oui.
    Par contre, l’auteur est clairement contre les avancés et la fuite en avant de la technologie, chose qui se comprend, mais il utilise des technologies issues de mécanisme qu’il semble haïr, et c’est celà que je trouve hypocrite.

  44. modagoose

    Thétis a écrit :
    >>>…voire simplement faire des nœuds (de cabestan, de chaise, français, jambe de chien…) parce que c’est très utile de savoir faire des nœuds ?<<<

    Moi !!! ^^

    Et je confirme, dans la vie de tous les jours, savoir faire des noeuds, mais aussi empaqueter des objets avec des morceaux de tissus ( furoshiki ), c’est très utile.

    ===>>

  45. Il est évident que ne pas consommer plus n’est pas être réellement décroissant, il faut aller plus loin, par exemple recycler les matières qui peuvent l’être (papier, matière organique) afin de soulager sa poubelle. Il y a tout un tas de solutions qui ne sont pas forcément évidentes à mettre en place en fonction du lieu où l’on habite ou des moyens dont on dispose (temps, monnaie). Arrêter de consommer plus est un premier pas facile à mettre en œuvre.

    Le problème avec les décroissants de salons c’est qu’il y a du discours avec beaucoup de rhétorique mais derrière ces idées pompeuses et cette théologie anti-Technique, il n’y a pas grand chose de concret¹. Ceux que j’ai croisé vivaient en ville et connaissaient peu la nature (incapacité de reconnaître quelques plantes sauvages pour se faire des infusions ou pour agrémenter quelques plats ou quelques ballades). Ils se rencontraient, parlaient de leurs grandes idées, vivaient leur vie de petits décroissants dans leur studio, puis se rencontraient, parlaient de leurs grandes idées, vivaient leur vie de petits décroissants dans leur studio et, de temps en temps, lançaient une grande critiques contre les « techniciens ».

    Ils me rappellent les végétariens intolérants que je rencontre parfois. La plupart du temps la cause de leur état et de leur intolérance est liée à une expérience émotionnelle traumatisante. Lorsqu’on comprends la cause, la structure rationnelle du discours se délie et laisse apparaître la raison des paradoxes.

    Pour conclure sur un truc amusant, je pointais du doigt le fait qu’un végétarien intolérant mangeait du poisson, donc de la viande, il m’a répondu que ça ne comptait pas car ce n’est pas le même règne animal. Les fruits de mer, c’est bien connu.

    1 Pour reprendre Non_2 : « Le Capitalisme ne serait qu’ une brique de la Technique et non l’ inverse. », on appelle ça globalement du FUD.

  46. doctor madness

    @Jeff : quel schéma mental arrive à vous faire croire que les hackers sont forcément "blanc, urbain, classe moyenne supérieure" ?

    Pour en revenir au texte, et sans vouloir présumer que j’ai tout compris de cette prose, j’y vois pourtant plusieurs travers, autant intellectuels que factuels.
    Mettre "les hackers" dans une espèce de case prédéfinie, que je simplifierai comme cela :
    -Gamin, ou adulte attardé : car incapable de voir ce qu’il est réellement, ce que ses actes et ses pensées impliquent
    -Victime consentante : car entretenant sa propre dépendance à la société capitaliste
    -Complice de par sa simple pensée

    C’est déjà commettre la première des idioties, qui est de confondre le préjugé que l’on a d’un groupe indéfinissable de gens dont la plupart sont totalement inconnus, et chacun de ses membres.

    Le passage sur les droits d’auteur ne montre qu’une profonde ignorance, si ce n’est un mensonge, sur les revendications émises par beaucoup de gens du LL.
    Le passage concernant la lutte contre la brevetabilité du vivant montre un mensonge éhonté, ni plus ni moins, concernant la chronologie des évènements. La lutte contre les OGM et contre la brevetabilité du vivant étant plus récente que les revendications sur le domaine de la propriété intellectuelle. Et le mélange entre les groupes du LL (les hackers ces parasites) et les groupes qui luttent contre la brevetabilité du vivant n’est pas démontré un seul instant.
    Quant aux accusations à tout va "parasite, gauchiste, petit bourgeois…" on dirait un amalgame de ce qui constitue la peur primaire de plusieurs camps politiques, ce qui m’amène à penser que cet argumentaire est soit le fruit de plusieurs personnes, soit celui d’un esprit qui cherche à s’attirer la sympathie du lecteur, tentant grossièrement de passer de l’argumentation "gauchistes, enfants gatés, parasites" à celle de "petit bourgeois, capitaliste, libérale…"

    J’ai l’impression que le raisonnement est parti de la conclusion, et que pour arriver à la conclusion, assez hilarante en tant que telle, il fallait un paquet d’invraisemblances, de déclarations a l’emporte pièce et d’auto-masturbation intellectuelle pour arriver à ce résultat.

    BHL n’à qu’a bien se tenir !

  47. moo adib

    Thétis, y a une différence entre savoir se débrouiller seul dans son milieu naturel (j’imagine bien n’importe quel décroissant d’ici devoir se débrouiller sur la banquise) ou artificiel et réaliser l’incidence de l’usage de ses outils au niveau d’une société, d’après ce que j’ai compris du schmilblick.
    Moi j’ai juste appris une chose : discuter avec des théologiens ou des praticiens, c’est du pareil au même, l’un conceptualise, l’autre s’enferme, les deux se sentent soulagés.

  48. Bon, il y a beaucoup de choses à dire sur le texte des « Amis de
    Ludd » et sur les commentaires qui ont suivi. Trop de choses pour un
    seul commentaire donc je vais prendre mon temps et parler d’une chose
    après l’autre.

    Le plus important message pour les gens qui ne connaissent pas du
    tout le monde de la « décroissance » : le texte des « amis de Ludd »,
    long, verbeux, horriblement prétentieux et plein d’erreurs n’est pas du tout
    représentatif de tous les « décroissants ». C’est un monde vaste et
    pluriel et tous ne suivent pas ce genre de délires. Si vous êtes un
    fana de la technologie et que le texte des « amis de Ludd » vous a
    horripilé, ne jetez pas le bébé avec l’eau du bain, prenez le temps de
    lire des textes plus sérieux. Spécial parano : on peut se demander si
    le choix de ce texte abradacabrant par Framablog ne fait pas partie
    d’un complot contre les décroissants :-)

    Après tout, ce n’est pas parce qu’un fana des logiciels libres produit
    un texte médiocre et béatement pro-technologie qu’on va considérer que
    tous les « hackers » partagent ce point de vue. Donc, ici aussi, place
    au pluralisme.

    Donc, quelques lectures possibles :

    – pour l’histoire; le livre de François Jarrige, « Face au monstre
    mécanique » (voir par exemple
    http://www.bortzmeyer.org/face-mons… )

    – pour les débats, le site pluraliste http://www.decroissance.info/
    qui rassemble de nombreux textes comme par exemple (pour répondre au
    commentaire de roger sur l’utilisation de l’Internet par des
    anti-technologie)
    http://www.decroissance.info/Pourqu… ou,
    pour une vision bien différente des logiciels libres,
    http://www.decroissance.info/Des-pi

    (Merci à Marianne pour ses idées de textes à faire lire.)