Ce que pense Jimmy Wales des App Stores et de la Neutralité du Net

Joi Ito - CC byVoici une courte traduction qui fait en quelque sorte la jonction entre les 10 ans de Wikipédia et notre récent billet évoquant la difficile cohabitation entre l’App Store d’Apple et les logiciels libres.

Il n’y pas que les libristes qui critiquent ces plateformes et qui y voient un possible « nœud d’étranglement », il y a aussi le fondateur de Wikipédia[1].

Pour ce qui concerne la neutralité du Net, il se montre plus prudent en ne partageant pas l’alarmisme de certains, mais il reconnaît que son avis est « fluctuant » sur le sujet.

Jimmy Wales, de Wikipédia  : les App stores, une menace claire et actuelle

Wikipedia’s Jimmy Wales : App stores a clear and present danger

John Lister – 13 janvier 2011 – Tech.Blorge
(Traduction Framalang  : Olivier Rosseler)

Le modèle des plateforme de téléchargement d’application (NdT  : ou App Stores, du nom de la plus célèbres d’entre elles, celle d’Apple) est une menace plus immédiate pour la liberté d’Internet que les entorses à la neutralité du Net. C’est l’opinion de Jimmy Wales, le boss de Wikipédia.

D’après Wales, qui a clairement insisté sur le fait qu’il parlait en son nom propre, les plateformes de téléchargement d’applications, comme l’App Store d’iTunes, peuvent devenir des « nœuds d’étranglements très dangereux. » D’après lui, il est temps d’évaluer si ce modèle est « une menace pour la variété et l’ouverture des écosystèmes » en avançant que « lorsque nous achetons un appareil, nous devrions en avoir le contrôle. »

Wales s’exprimait lors d’un évènement à Bristol, en Angleterre, à l’occasion de l’anniversaire des 10 ans de Wikipédia. Pour lui, les inquiétudes exprimées sur la neutralité du Net ne sont souvent qu’hypothétiques et ne représentent pas un danger immédiat. Il reconnaît cependant que le sujet est complexe et que sa propre opinion est « sujette aux fluctuations » (ce qui signifie apparemment qu’il ne suivrait pas aveuglément un principe strict quelle que soit la situation). Il trouve que les arguments de la campagne pour la neutralité du Net sont « largement alarmistes » et plus centrés sur des craintes que sur des faits.

Wales s’est livré à une session de questions/réponses après une présentation sur le passé, le présent et le futur de Wikipédia. Il y cite notamment le tweet d’un enseignant qui disait  : « Hier, j’ai demandé à une de mes étudiantes si elle savait ce qu’est une encyclopédie et elle m’a répondu « Quelque chose comme Wikipédia  ? ». » D’après Wales, de tels exemples montrent que « la qualité de Wikipédia est un enjeu culturel majeur. » Mais il insiste sur le fait que les étudiants ne devraient pas citer WIkipédia dans leurs essais ou leurs dissertations, ni aucune autre encyclopédie d’ailleurs.

Partant du constat que 87 % des contributeurs de Wikipédia sont des hommes, d’âge moyen 26 ans, et que les docteurs sont deux fois plus représentés que dans la population globale, l’un des plus grands défis du site est, selon lui, de s’ouvrir à une population plus diverse de contributeurs. Une solution serait de simplifier le système d’édition, éliminer autant que possible tout ce qui fait appel aux codes. Il reconnaît en particulier que la création de tableaux est un véritable « cauchemar ».

Mais il insiste également sur le fait que Wikipédia ne déviera pas de son but premier. S’il concède que l’ajout de fonctionnalités comme les e-mails ou le chat pourrait attirer plus de visiteurs, ce qui est l’objectif de services commerciaux, cela ne profiterait pas nécessairement à la qualité du contenu de Wikipédia, qui, d’après lui, devrait « égaler celle de l’encyclopédie Britannica, voire faire mieux. »

Notes

[1] Crédit photo  : Joi Ito (Creative Commons By)

6 Réponses

  1. La création de tableaux est un véritable « cauchemar ».
    Il manque un petit d à la fin du cauchemard :)

  2. La distinction entre « neutralité du Net » et « app store » est selon moi purement symbolique. En effet, quel est la différence pour un utilisateur si Internet est contrôlé au niveau des tuyaux par son FAI qui filtre un protocole ou en modifie le contenu ou si Internet est contrôlé au niveau de l’application qui ne peut être obtenue que par un Store qui peut lui-même très bien refuser les applications utilisant un protocole ou n’accepter que des applications qui modifie le contenu avant l’affichage sur l’interface utilisateur ?
    Est-ce que qlq’un a un exemple théorique de violation de la neutralité du Net qui peut être faite au niveau du FAI mais ne peut pas être faite au niveau du gestionnaire du Store ?

  3. cauchemard (cauchemar)
    http://fr.wikipedia.org/wiki/Wikip%

  4. j-c : je ne m’y risquerais pas, n’était pas renseigné à fond dans le domaine, toutefois il me semble que tu peux toujours choisir plus aisément tes applications que ton réseau. Sauf dans le cas d’un iPhone que tu ne peux modifier, mais ce n’est pas la faute à son App Store.

    Parlant de « stores », si on les critique aisément s’agissant des logiciels classiques qui s’y trouvent, je trouve leurs reproches plus difficiles à adresser s’agissant des jeux vidéo. Des temples du DRM comme Steam se sont imposés un peu par al force force, au départ (les jeux Valve vendus en magasin depuis 2004 n’étant guère plus que des des tickets de téléchargement Steam), mais ont recueilli l’approbation des gamers parce qu’on s’y sent à l’aise (réseau social et interface de classement de ses jeux, notamment), que les prix pratiqués séduisent et surtout parce qu’il endosse le costume du chevalier blanc de l’anti-piratage, qui fait basculer les assassins du marché PC grâce à ses soldes merveilleuses. Voyez l’article récent de Kotaku à ce sujet (en cherchant « pirate » ou « steam »).

    Si je me permets cette digression, c’est parce que le modèle tant adulé de Steam, et par extension des « app stores », n’est autre que celui de la console vidéo, un engin bien placé pour prendre la place des PC sur de nombreux secteurs dans les années à venir. La nuance consistant au choix toujours ouvert sur PC de ne pas acheter ses jeux sur Steam et de préférer des offres sans DRM, comme GOG.com ou l’Humble Bundle – qui restent toutefois des offres très particulières. Tout ça pour dire que je m’inquiète un peu de ce mouvement auquel je ne connais pas d’alternative sans DRM à la fiabilité éprouvée. Comment vendre un JV sans appstore, de nos jours ?

  5. Ptigrouick

    Oui les arguments de la campagne pour la neutralité du net sont peut-être alarmistes, mais malheureusement avec certains acteurs du net comme Apple, Microsoft ou Facebook les craintes d’aujourd’hui sont bien parties pour devenir les faits de demain… S’alarmer c’est la première phase du combat qui permettra d’y échapper !

  6. @Hell Pé
    Tant qu’on aura « l’embarras du choix » de l’app store sur laquelle acheter, il n’y aura pas de problème. Le problème d’Apple et son App Store réside dans le fait qu’on a « le choix de l’embarras », il n’y a pas d’alternative accessible sans effectuer de jailbreak.

    Avec Steam (que j’utilise régulièrement), il y a des alternatives qui commencent à aussi avoir pas mal de succès, comme direct2drive (que j’utilise aussi) pour ne citer qu’eux. Il y en a d’autres dont j’ai oublié les noms.
    Le seul vrai compromis à faire dans un système comme Steam arrive quand la question se pose de savoir ce que vont devenir les achats le jour où Steam pour une raison ou une autre arrête son service. C’est un risque à prendre en compte, de la même manière qu’en choisissant iOS on prend le risque de ne pas avoir l’application que l’on désire, sans alternative viable.

    Concernant les jeux vidéos, le Humble Indie Bundle est un bon exemple de vente « hors système ». Et rien n’interdit de monter son propre « *Store » pour y vendre ses jeux, DRM présents ou pas.