Promouvoir le logiciel libre dès la maternelle

Classé dans : Éducation, Libr'en Vrac | 14

Michelle Adcock - CC by-sa Il y a quelques temps nous recevions une question fort pertinente via le formulaire de contact du Framablog. Une question du genre de celles dont on n’improvise pas la réponse dans la foulée, et il arrive alors que les réponses se fassent attendre un moment. Toutefois, les réponses une fois construites peuvent valoir le coup d’être partagées… [1]

Le plus facile, en matière de réponses, est de demander à ceux qui savent. Et les forums sont là pour ça. Mais pour aider dans le processus, la piqûre de rappel est un instrument qui se révèle efficace, et ainsi, le jeune père d’élève dont émanait la question, croisé samedi dernier au cours de l’une des nombreuses manifestations d’opposition à la LOPPSI qui animèrent le pays, en usa avec talent…

Pour la petite histoire, c’est un candidat aux élections de parents d’élèves de son école qui posa la question et c’est entre autre à un élu que s’adresse cette réponse, avec toutes nos félicitations et nos encouragements.

La question se présentait de la manière suivante :

Bonjour

Je vais me présenter aux élections de parents d’élève pour ma fille de 3 ans, en maternelle des petits. J’ai souvent lu des articles très intéressants sur le libre à l’école dans le Framablog et je suis moi même pirate et libriste. Je me demande si vous pourriez me conseiller sur, au niveau maternelle des petits, quels sont les actions que je pourrais tenter et sensibilisations que je pourrais entreprendre au niveau de l’école et de la municipalité, depuis ce poste de représentant des parents d’élèves. […]

La réponse que nous avons à lui fournir, dans la droite lignée de la catégorie Éducation de ce blog, émane d’un directeur d’école et animateur TICE. Il l’a découpée en quatre volets que voici.

Des difficultés

À l’école, l’informatique pour les élèves ce sont les TICE (Technologie de l’Information et de la Communication à l’École) parfois appelées TUIC (« U » pour « usuelle »).

Eh bien les TICE, le matériel informatique, ne sont plus mentionnés pour le cycle maternel dans les programmes 2008 de l’Éducation Nationale. Pas interdits, mais pas mentionnés : même pas comme exemple de support d’écrit.

Le niveau de maîtrise de l’outil informatique est très inégal parmi les enseignant(e)s de maternelle.

La dotation en matériel, pour les écoles maternelles et élémentaires, est du ressort de la municipalité. Les écoles maternelles sont souvent les parents pauvres en matière d’équipement informatique : souvent un poste pour la direction d’école… et c’est tout. Les parents d’élèves peuvent apporter leur concours en trouvant du matériel de récupération.

Des aides

Une remarque préalable : les enseignant(e)s sont responsables de leur pédagogie. On peut les aider, voire les inciter, mais en aucun cas les contraindre à faire utiliser l’outil informatique par les élèves.

Le mode de fonctionnement de la plupart des classes maternelles (en ateliers à certains moments) est favorable à l’utilisation de postes, par petits groupes, parmi d’autres activités. Il est nécessaire que le matériel soit fiable, et que les logiciels soient adaptés pour permettre rapidement une autonomie des élèves à cet atelier.

Dans de nombreuses circonscriptions, il existe un animateur TICE : un enseignant partiellement détaché. Parmi ces missions, il doit apporter son concours aux enseignants désirant mettre en œuvre une pédagogie utilisant les TICE. Il serait judicieux de se rapprocher de lui.

Il existe des packs logiciels (regroupant système d’exploitation et logiciels ludo-éducatifs) très bien conçus, et utilisables dès la maternelle à l’école ou à la maison. Ils se présentent sous forme de live-CD (on fait démarrer la machine sur le lecteur de cédérom) et on est assuré que les données contenues sur le disque dur ne risquent rien. Pratique pour l’ordinateur familial. On peut aussi les copier sur une clé USB, et la rendre amorçable [2]. On peut enfin les copier sur le disque dur à la place du système d’exploitation déjà existant (intéressant dans le cas d’une vieille machine un peu à bout de souffle).

Des réalisations très intéressantes

Il existe aussi la version monoposte d’AbulEdu (notice Framasoft), l’excellent FramaDVD École (page projet) et enfin de très nombreuses applications pédagogiques libres fonctionnant sous Windows.

Une remarque pour finir

Il me semble très maladroit de se présenter comme «  pirate et libriste ». Ça ne peut que renforcer la confusion dans l’esprit de certains, qui assimilent les deux termes. Ça ne peut que rendre plus difficile votre démarche d’aide aux équipes enseignantes.

Soyons clairs : le piratage à l’école… on n’en veut pas.

Pour des raisons éthiques : nous avons une mission d’éducation civique et morale. Tricher, voler, utiliser des logiciels piratés est en contradiction totale avec une démarche éducative.

Item 2.3 du Brevet Informatique et Internet (B2i)
Si je souhaite récupérer un document, je vérifie que j’ai le droit de l’utiliser et à quelles conditions.

Pour des raisons militantes : on sait bien que les pirates de logiciels font le jeu des maisons d’édition en renforçant la présence de leurs produits, en les rendant plus utilisés, donc plus désirables.

Soyons fiers des logiciels libres !

Notes

[1] Crédit photo : Michelle Adcock Creative Commons By-Sa

[2] On devrait même dire : « amorçante »

14 Réponses

  1. Tairusu

    Je pense que pour cette personne, pirate prend la même définition qu’au partie pirate. Quelqu’un qui milite pour la liberté de circulation des connaissances, pas pour défoncé la protection de windows.

  2. Très bonne initiative de la part de ce père d’élève, espérons que cela fasse office de précédent. Nos petits découvrent de plus en plus jeunes les joies de l’informatique. Tout comme nous leur inculquons les principes du port de la ceinture de sécurité ou du casque, il convient de les sensibiliser (sans faire de propagande non plus) au plus tôt à l’utilisation du logiciel libre et aux règles de sécurité à observer sur Internet.

    Peu malin en revanche de se présenter comme pirate dans sa lettre. Bien que je rejoigne Taisuru en pensant qu’il utilise ce mot au sens politique du terme, l’amalgame est trop facile à faire pour une personne mal informée. « Libriste » se suffisait à lui-même.

  3. Je suis d’accord avec @Tairusu, je l’ai vu de cette manière également.

  4. Ok, c’est une bonne initiative (pour le logiciel libre).
    Mais doit-on introduire des ordinateurs pourvu ou non en logiciel libre dans « nos » écoles dès la maternelle ?
    Un enfant de 2 ans ( DoudouLinux / ASRI ) alors qu’il n’a encore rien vue du Monde doit-il être initier au numérique ?
    Ca me fait (étrangement) penser au débat « Chaînes de TV pour bébé ».

    ——–

    Après, vu que je ne vais pas à la maternelle tous les jours. J’ai un avis très distant et surtout externe au problème. (Dans mon enfance, il y avait peu d’ordinateurs et jamais dans les écoles maternelles ^^)
    En tout cas, si il doit y a des ordinateurs, autant qu’il tourne sous OS/Logiciels Libres.

    Librement.

  5. Voici une autre maigre contribution dans la lignée de ce qui est décrit dans cet article…
    Totalement bénévole et grâce au bon vouloir de l’enseignante de mon fils.
    -> http://www.tice.ac-versailles.fr/lo

  6. Doudou Linux a un avantage : un contrôle du net intégré (via dansgardian) et un (gros) inconvénient : une offre logicielle pauvre, voire inadaptée à l’âge des enfants, comme aucun traitement de textes alors qu’OOo4kids existe, empathy pour lire son courriel (sic), très peu de logiciels éducatifs (tout le terrier serait bien, par exemple), etc. En gros, le navigateur est au centre de l’offre, reste à trouver les sites (poisson rouge, lutin malin, et j’en passe, mais ce n’est pas du libre).
    ASRI Education reste la seule distribution sérieuse (manque le contrôle parental) sur ce créneau, car Abuledulive date un peu, hélas.
    Pour le reste, pas mieux dans l’argumentaire, si ce n’est qu’à l’école, on trouve aussi des enseignants allergiques à l’informatique (que l’âge des enfants le justifie ou pas, c’est un autre débat).

  7. morandim

    Bonjour,

    Rectificatif :
    B2i mourant  » Lorsque j’utilise ou transmets des documents, je vérifie que j’en ai le droit. »

    Livret de compétences en croissance : « Connaitre et respecter les règles élémentaires du droit relatif à sa pratique  » (sa… informatique)

    Amicalement

  8. Je confirme la rédaction de l’item 2.3 du B2i niveau école :
    2.3) Si je souhaite récupérer un document, je vérifie que j’ai le droit de l’utiliser et à quelles
    conditions
    L’intitulé cité par morandim concerne peut-être le B2i collège ?
    Quant à savoir s’il est mourant…
    Il est toujours mentionné dans les programmes 2008.
    Il figure toujours dans les documents devant être transmis au collège dans les réunions CM2-6ème.
    Et il fait l’objet d’une comptabilisation spécifique (nombre de B2i attribués par école) dans le « tableau de bord » des circonscriptions.

  9. Cyrille L.

    @ersatz
    Pour info, la dernière version d’AbulÉdu Live est sortie début janvier, mais elle est pour le moment réservée aux membres de l’association.
    http://abuledu.org/abuledu/monopost

  10. UnPirate

    Ah, vous ne téléchargez jamais d’oeuvres copyrightées, films, musique ? Quel dommage. Félicitations au parent d’élève qui ne s’en cache pas.

  11. @UnPirate

    > Félicitations au parent d’élève qui ne s’en cache pas.

    Là n’est pas la question, relisez la dernière partie. Il s’agissait de logiciels. Or apprendre sur des logiciels propriétaires (et déplombés) enferme ensuite dans l’illégalité ou l’emprise commerciale.

    Ensuite, les pirates, ce sont des gens qui prennent le contrôle d’un bateau par la force, et je ne trouve pas sain de faire un drapeau d’un amalgame journalistique.

    Enfin, l’expression « œuvre copyrightée » est impropre. En France, le droit moral associé à une œuvre est inaliénable et seuls les droits patrimoniaux peuvent être éventuellement cédés. Donc toute œuvre est au moins « partiellement copyrightées »…

    Internet est un formidable réseau d’échange, qui permet de partager des fichiers et de la culture. Je vous rejoins donc bien là, il serait dommage de laisser détruire cette capacité, au profit d’une illusion de contrôle sur de la diffusion.

  12. balkésir

    Tout à fait d’accord avec la remarque de fin. En plus les pirates sont financés par les compagnies contre lesquelles ils prétendent lutter.

  13. UnPirateLibre

    @Siltaär,
    Je réponds avec 3 plombes de retard, donc probablement dans le vent, mais tant pis.
    Je reformule donc, « ah, vous ne téléchargez jamais _illégalement_ d’oeuvres copyrightées ? », ou, s’il faut tout de même préciser de quel sous-ensemble on parle, « parmi celles qui ne sont pas librement diffusables ».
    Framasoft se restreint effectivement dans cet article à ne parler que de piratage de logiciels et non de culture. Je parle pour ma part bien sûr volontairement des 2, d’autant que les propos du parent d’élève sont imprécis.
    Pourquoi « enfermé dans l’illégalité » ? Il est diablement recommandé d’être dans l’illégalité, vous avouez seulement à demi-mot que vous l’êtes vous-mêmes. L’illégalité c’est l’ouverture des possibles, et cela ne me rendra pas inconscient du pouvoir cloisonnant que peuvent avoir les logiciels.

  14. alain

    Bonjour
    Juste une information concernant l’Asri

    un an après cet article , il est maintenant possible d’avoir un controle parental sur la dernière version (asri 300)
    voir ce fil
    http://forum.asri.edu.tuxfamily.org
    Toute la méthode d’installation est dans le deuxième post
    Après téléchargement cela se fait en moins d’une minute.
    Alain