Un kit libre pour démarrer une civilisation !

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Dans un récent billet intitulé Open Source Ecology ou la communauté Amish 2.0 nous nous faisions l’écho d’un projet assez extraordinaire consistant à placer sous licence libre les spécifications d’une cinquantaine de machines agricoles permettant théoriquement à un village d’accéder à l’autosuffisance.

Un projet qui méritait bien les honneurs d’une conférence TED que nous avons choisi de vous reproduire ci-dessous.

Soit dit en passant, les conférences Ted, au format court caractéristique et de plus en plus souvent sous-titrées en français, constituent avec le temps une véritable mine d’or pour tout internaute curieux de mieux comprendre et appréhender les enjeux d’aujourd’hui et de demain. Je suggère fortement à tout enseignant d’indiquer cette ressource à leurs étudiants et de leur en montrer quelques unes en classe (les interventions sont placées sous licence Creative Commons By-Nc-Nd).

Leur slogan est  : « des idées qui méritent d’être diffusées ». Celle-ci, comme les autres, le mérite amplement.

PS  : Une ressource signalée par l’excellente revue de presse hebdomadaire d’InternetActu.

—> La vidéo au format webm
—> Le fichier de sous-titres

Transcript

Marcin Jakubowski – Avril 2011 – Open Source Ecology

Marcin Jakubowski : Open-sourced blueprints for civilization

Salut, je m’appelle Marcin, fermier, ingénieur. Je suis né en Pologne, je vis désormais aux États-Unis. J’ai lancé un groupe intitulé « Open Source Ecology » (« Écologie en Accès Libre ») Nous avons identifié les 50 machines les plus importantes qui, selon nous, permettent à la vie moderne d’exister, depuis les tracteurs et les fours à pain aux graveuses de circuits imprimés. Nous avons essayé de créer une version accessible, FLVM, une version « faites-le vous-même » que n’importe qui pourrait construire et entretenir en ne supportant qu’une partie du coût. Nous appelons cela le Kit de Construction du Village Global.

Laissez-moi vous raconter une histoire. J’ai fini à trente ans avec un doctorat en fusion énergétique, et j’ai découvert que j’étais inutile. Je n’avais aucune compétence pratique. Le monde m’a offert des options, et je les ai prises. On pourrait appeler cela un style de vie consumériste. J’ai créé une ferme dans le Missouri et appris les choses en rapport avec l’économie de la ferme. J’ai acheté un tracteur, qui cessa de fonctionner. J’ai payé pour qu’on me le répare, et puis il cessa à nouveau de fonctionner. Alors peu de temps après j’étais moi aussi financièrement incapable de fonctionner.

J’ai réalisé que les outils bon marché, vraiment appropriés, dont j’avais besoin pour établir une ferme durable n’existaient tout simplement pas encore. J’avais besoin d’outils robustes, modulaires, hautement efficaces et optimisés, peu chers, fabriqués à partir de matériaux locaux et recyclés qui dureraient toute une vie, non conçus pour l’obsolescence. Je me suis rendu compte que j’allais devoir les construire moi-même. Et c’est ce que j’ai fait. Je les ai ensuite testés. Et je me suis rendu compte que la productivité industrielle peut être atteinte sur de petites échelles.

Alors j’ai publié les plans en 3D, les schémas, les vidéos d’explication et les budgets sur un wiki. Des participants du monde entier sont apparus, réalisant des prototypes de nouvelles machines à l’occasion de visites de projet dédiées. Jusque-là, nous avons prototypé 8 des 50 machines. Le projet commence à grandir de façon autonome.

Nous savons que l’accès libre a réussi avec les outils de gestion de la connaissance et de la créativité. Le même phénomène est en train de se produire avec le matériel. Nous nous concentrons sur le matériel parce que c’est lui qui peut changer la vie des gens de manière réellement tangible. Si on peut baisser les barrières autour de l’agriculture, de la construction, de la production, nous libèrerons une quantité énorme de potentiel humain.

Cela ne vise pas seulement les pays en développement. Nos outils sont conçus pour le fermier, l’ouvrier, l’entrepreneur ou le producteur des États-Unis. Nous avons vu beaucoup d’intérêt chez ces gens-là, qui peuvent maintenant lancer une société de construction, de fabrication de pièces détachées, d’agriculture bio ou simplement revendre de l’électricité. Notre but est de devenir un répertoire en ligne de plans si clairs, si complets, qu’un simple DVD peut servir de kit de démarrage.

J’ai planté une centaine d’arbres en une journée. J’ai compacté 5000 briques en une journée en utilisant la terre sous mes pieds et j’ai construit un tracteur en six jours. De ce que j’ai vu, ce n’est que le commencement.

Si cette idée est vraiment solide, alors les implications sont considérables. Une meilleure distribution des moyens de production, une chaîne logistique respectueuse de l’environnement, et une nouvelle culture du “faites-le vous-même” pourrait espérer venir à bout d’une rareté artificielle. Nous explorons les limites de ce que nous pourrions faire pour rendre le monde meilleur avec des technologies physiques en accès libre.

Merci.

10 Réponses

  1. lorenzo11

    Il est vrai que ce concept est très bon, très novateur ! J’espère maintenant qu’il y aura de la suite dans les idées…

  2. Démarrer une civilisation ? je pense qu’il serait bien de faire avec l’actuelle et voir comme évoluer ou survivre

    Le secondaire c’est cool mais vous ne donnerez jamais du travail a tout le monde et vous ne réglerez pas le problème

    essayons de dealer avec les problèmes les plus urgents, c’est surement les plus gros levier de mondes

    Hydroponie : 50 euro de matériel et vous produisez assez de nourriture pour vous et votre famille, le problème de nourriture dans le monde et de dépendance est terminé. Construisez vos panneaux solaire : c’est rentabilisé tout de suite, EN UN AN. LA SINGULARITE : C’EST MAINTENANT

    https://singularite.wordpress.com/h

    bien entendu ceci est votre réalité

    hxxps://singularite.wordpress.com/2011/05/05/les-gens-crevent-de-faim-dans-les-pays-riches-la-nourriture-est-le-probleme-et-la-nourriture-est-la-solution/

  3. L’idée est tout simplement excellente, mais qu’en est-il de la propriété intellectuelle?

    Les partisans du « tout pour le business » ne manqueront pas de s’attaquer à ce genre de phénomène si cela vient empiéter sur leurs plates bandes.

    Ils attaquent déjà ceux qui fabrique leur propre insecticide (purin d’orties) ou osent cultiver leurs propres semances (http://www.kokopelli.asso.fr/)

    Ca commence déjà au Portugal ou la licence CC est attaquée… http://www.numerama.com/magazine/18

  4. Depuis le premier billet sur ces ingénieurs-agriculteurs-architectes … le projet m’a vraiment impressionné.

    @Mégwatmwala : Si j’ai bien compris, il ne s’agit pas vraiment de développer le secteur secondaire de l’économie, mais d’abattre les frontières entre les secteurs … de petites structures fabriqueraient et répareraient elles-même les outils qui leurs sont nécessaires pour produire.

    En fouillant un peu, dans un projet aussi vaste, j’ai trouvé aussi des choses qui me plaisaient moins.
    A titre personnel j’aurais du mal à partager par exemple, le soutient au capitalisme qui transparait dans la référence à la libre entreprise ou aux principes libertariens (http://openfarmtech.org/wiki/Nonagg…).
    Mais vu la générosité de la démarche, je mets mes scrupules idéologiques de côté.
    Par contre, l’angle d’attaque hyper-technologique me parait les mener parfois à des réponses aberrantes. Par exemple, quand ils proposent (http://openfarmtech.org/wiki/3D_pri…) de construire des ruches en plastique via une imprimante 3D pour améliorer la situation du milliard de personnes affamées dans le monde, en envisageant évidemment de diffuser massivement les imprimantes 3D de leur conception (RepRap).
    Une critique de ce genre a d’ailleurs déjà été faite sur leur wiki (http://openfarmtech.org/wiki/Critiq…), à propos de leur rotoculteur. Du genre : « Qu’est-ce qui motive vraiment une vos réalisations ? Des besoins fondamentaux ? Ou la volonté de réussir à faire le truc, à relever le défi technique ? « .

    Leur réponse (au moment ou j’écris) attend d’être développée depuis janvier 2009.

    Bref, je suis très attentif à leurs propositions qui dévoilent des possibilités insoupçonnées jusqu’alors mais je reste vigilant pour ne pas tomber dans un culte « techno-Geek » qui empêcherait de voir les solutions plus simples, plus économes de moyens, plus robustes.

    Plutôt jardin partagé qu’hydroponie quoi ;).

  5. Mégwatmwala

    @tala : c’est ce que je dis …

    le but c’est de survivre : ce projet est trop gros et il reste capitaliste

    je veux dire simplement

    meme vous savez dans les projet logiciel, materiel libre

    les gens ( et les entreprises ) ont peur de vraiment viser du libre

    ils se disent, mais je dois manger au final et payé avec de l’argent

    c’est aussi terre a terre :régle le problème une fois pour toute des besoins primaires

    et après nous passerons a une autre société

  6. Mais pour ca : il faut libérer totalement les esprits de cette quette, capitaliste, c’est une guerre de tous contre tous

    vous vous battez pour avoir un bout de pain

    regardez, il y a du pain et ca se multiplie comme on copie un fichier

    vous vous battez pour avoir un bout de pain : et la pyramide grossit toujours plus en haut : on parle de société avec des millard, de millard : ca n’équivaut a plus rien de réel aux yeux d’une être humain

  7. @altruisme:
    je pense que le fait que cela soit opensourced et CC rend tout cela quasiment inattaquable. Y’a bien quelques fous qui vont s’y essayer, comme MS l’a fait en son temps, tout en dénigrant l’opensource, comme SCO, qui revendiquait la propriété d’unix pour attaquer linux, et comme bien d’autres encore qui ont essayé et se sont casser les dents, ratelier et machoire compris.
    Y’aura sans doute quelques avocats tous jeunes, tous neufs et tout juste sorti de l’oeuf qui se sentiront pousser des ailes, de taille à lutter et se voient déjà ériger une statue à leur gloire par les puissants industriels qu’ils représentent, avant de comprendre qu’ils ne feront que gravement entâcher la réputation de ceux-ci et les ruiner en partie. Pas plus mal….
    A moins que demain on apprenne que le président d’Open Source écologie ait lui aussi violé une serveuse noire dans un hôtel de luxe, sous la présence de Ben Laden et son camescope qui en a profité pour agrandir sa collection de porno, tout en se fumant un joint de taille familiale (3 paquets d’ocb), le tout avec la bénédiction d’obama, yes you can !!
    Mais non je délire, on ne vit pas dans un tel monde…..

  8. concomunautre

    Ne pas oublier que toute avancee technique ou technologique(comme c’est le cas ici), ne peut entierement permettre ni l’autosuffisance, ni le bonheur en soi. pour avoir plus de temp pour se « realiser » comme j’ai pu lire plus haut, il faudrait peut etre reflechir plus simplement a un mode de vie moin vorace en obsolescence, axee sur la simplicitee elementaire de prendre le temp qu’il incombe a une activitee. est;ce une avancee que de produire plus en moin de temps? a vouloir toujours plus, on ne changera pas la direction de notre civilisation, l’energie libre n’y fera rien. sans simplicite de vie, aucune chance de depasser le materialisme et nos peurs basiques qui sont le plus gros frein au developpement humain. je ne crois pas au miracle de la machine, mais crois en la force humaine.

  9. pierrre

    Bonjour,
    Du nouveau sur ce projet : ils explosent les objectifs sur KickStarter (http://www.kickstarter.com/projects…) et sont en train de construire l’atelier, avec leur machine à briques « libres »…
    Un projet vraiment enthousiasmant qui mériterait un nouvel article !
    corrdialement,
    Pierrre

  10. Dans l’article, le lien « Open Source Ecology » pointe sur http://openfarmtech.org/, or ce site ne semble plus correspondre, l’adresse : http://opensourceecology.org/ serait plus adaptée.

    ++