Ne dites plus Copyright mais Monopole du Copyright !

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taxbrackets.org - CC byLes mots ont un sens, et ce n’est pas notre librologue Valentin Villenave qui nous contredira.

De la même manière qu’on critique Stallman lorsqu’un logiciel non libre devient un logiciel « privateur », on reproche à Rick Falkvinge d’accoler systématiquement « monopole » à « copyright ».

Il a choisi de s’en expliquer ci-dessous[1].

On notera que ce billet est publié dans le triste contexte européen du prolongement de la protection des droits des interprètes musicaux pendant 70 ans. Vous appelez cela comment vous  ?

Rick Falkvinge est le fondateur du Parti pirate suédois et a déjà fait l’objet de billets sur ce blog (ici et ).

Si le sujet vous intéresse, nous rappelons l’existence de notre framabook un brin provocateur qui se propose de carrément supprimer le copyright.

Pourquoi je persiste à parler de « Monopole du Copyright »

Why I Insist On Saying “The Copyright Monopoly”

Rick Falkvinge – 12 septembre 201 – Site personnel
(Traduction Framalang  : Don Rico)

Certains se demandent pourquoi j’emploie toujours le terme de « monopole du copyright » plutôt qu’utiliser simplement le mot « copyright ». « N’est-ce pas de la rhétorique de bas étage  ? », m’interroge-t-on. Cette formule n’est ni médiocre, ni un effet de rhétorique. Comme je tente souvent de la faire, j’ai choisi ces mots avec soin pour mettre en lumière un problème important.

Dans une salle d’audience, on n’entend jamais les avocats du copyright utiliser l’expression courante « Nous possédons les droits de ce film ». Ils préfèrent employer la formule juridique « Nous détenons les droits exclusifs de ce film ».

Le vocabulaire et le jargon juridiques sont parfois complexes, et nous avons tous le devoir d’expliquer au public les complexités du monopole du copyright dans les termes les plus compréhensibles possible.

Pour beaucoup, un droit exclusif reste une notion théorique et mystérieuse. C’est pourquoi je préfère de loin le terme monopole, sémantiquement identique.

On notera que j’emploie là le vocabulaire même de l’industrie du copyright et me contente de remplacer un mot par un synonyme compris du plus grand nombre.

Il existe une autre motivation à mon choix. En parlant de « monopole du copyright » plutôt que de « copyright », on insiste sur la nature de la législation, sur le fait qu’il s’agit d’un droit exclusif, ou… monopole, lequel est en opposition aux droits de la propriété, et n’en est justement pas un. Le simple fait d’employer des termes précis et transparents permettra de mettre en lumière cet abus de langage.

J’ai pu discuter avec deux professeurs de droit qui n’éprouvaient aucune difficulté à recourir au terme « monopole » pour débattre de la législation, ce mot étant tout à fait correct. (Toutefois, lorsqu’un troisième juriste m’a demandé de m’expliquer, j’ai précisé que je parle d’une monopole statutaire (de jure), et non d’une position commerciale dominante abusive (de facto). Chacun a été satisfait, et la conversation s’est poursuivie.)


Pour finir, si l’industrie du copyright ne supporte pas que j’utilise l’expression « monopole du copyright », c’est pour la simple raison qu’elle énonce clairement la nature de la législation à ceux qui n’ont pas encore pris la peine de se pencher sur la question. Le terme monopole a une connotation négative, certes, mais pour une bonne raison. Si certains réagissent mal lorsque j’emploie des mots corrects et faciles à comprendre pour illustrer la situation, c’est à cause de la situation elle-même.

Voilà pourquoi j’aimerais que d’autres que moi parlent systématiquement de « monopole du copyright ». Nous sommes chargés d’une mission, celle d’éduquer le grand public à la nature véritable de cette législation.

Notes

[1] Crédit photo  : taxbrackets.org (Creative Commons By (image sur Flickr))

9 Réponses

  1. C’est amusant, je me faisais la même réflexion il y a quelques jours. Je trouve les termes « copyright » — littéralement, droit de copie — et « droit d’auteur » très inappropriés parce qu’ils donnent l’impression que ces systèmes accordent des droits. Or c’est précisément l’inverse : le système de droit d’auteur interdit tout, et laisse à l’auteur le soin d’autoriser ce qu’il souhaite au cas par cas.

    Parler de « monopole d’exploitation » me semble donc préférable, parce que c’est simple à comprendre et dénué de toute ambiguïté.

  2. C’est tout à l’honneur de Rick Falkvinge que de faire preuve ***tousse**pourunefois***tousse*** de rigueur quant aux mots qu’il emploie. Le copyright (convention de Paris) est aussi et avant tout la seule chose qui permet à quiconque de pouvoir déterminer d’où viennent les œuvres, et c’est le fondement indispensable de toutes les licences (Libres ou non).

    @Elessar: parler d' »exploitation » serait s’abstraire des problématiques du droit moral ; c’est valable pour la plupart des pays non-latins mais personnellement je le déconseillerais dans l’absolu. En ce qui concerne le droit (prétendument) «d’auteur», il s’agit certainement d’un droit mais tout est de savoir s’il bénéficie vraiment aux auteurs… de même que le « droit de chasser » n’est guère avantageux pour le gibier.

    Au fond, c’est l’un des avantage du terme « copyright » pour nous autres francophones : c’est un terme tellement vide de sens à nos oreilles (sérieusement, quand on dit « copyright » qui d’entre nous entend « droit de copie » ?) qu’il permet d’envisager les questions d’un point de vue relativement neutre. Avec un peu de chance.

  3. Encore une idiotie de plus.

    On reconnait bien là tous ces penseurs à la noix qui ont du temps à perdre.

    Quand à librologie, son auteur ferait bien de respecter les droits d’auteurs, parce que pomper le boulot des autres ce n’est pas bien (une plainte a été déposée).

  4. Bonjour zoltan,
    Nous aussi, on t’aime…
    Pourrait-on savoir sur quoi porte exactement la plainte en question?

  5. Alain Fertas

    Un lien vers une récente émission de France-Culture sur la copie numérique dans le monde de l’Edition en l’occurrence « Google – la Martinière » :
    http://www.franceculture.com/emissi

  6. @untel

    Apple a un community design sur la phrase, et ont porté plainte pour l’utilisation de leur propriété intellectuelle dans les librologies, avec pour demande d’interdire le framablog dans toute l’Europe.

  7. Merde, moi qui avais pourtant fait attention à n’enfreindre *que* des brevets…

  8. pietroalan

    Le copiraïte pour franciser est bien plus qu’un monopole il octroi des droits qui ne sont pas forcément justifiable pour exemple la pomme croquée d’apple bien des gens ont croqués dans des pommes avant que le logo n’existe de quel droit se l’approprient-ils de même que le mot Apple.

    J’imagine dans quelle misère se trouverai l’humanité si le copiraïte avait existé dès l’invention de la roue, plus qu’un monopole il s’agit de l’expropriation de la pensée, « vu que j’y ai pensé en premier c’est à moi » j’ai un exemple de deux personnes résident à 900Km l’une de l’autre qui ont eus exactement la même idée pour un logo sans pourtant ne s’être jamais rencontrées et les deux logos étaient rigoureusement identiques. J’ai parfaitement le droit d’avoir la même idée ou imaginer la même chose qu’une autre personne sans pour autant être traité de voleur ou de pirate.

  9. «Si certains réagissent mal lorsque j’emploie des mots corrects et faciles à comprendre pour illustrer la situation, c’est à cause de la situation elle-même.»
    Bon Diable ! ça arrive tellement souvent !
    «- Qu’est-ce-que c’est violent, quand tu parles de violence !»
    «- C’est sûr, quand quelqu’un se fait tuer, c’est plus discret.»

    @Zoltan :
    Quelle sorte d’humain es-tu qui n’a pas de temps à perdre à réfléchir ?

    @Kalenx :
    Apple a Quoi ? ! un commnunity design quoi ? ! ils se plaignent parce qu’on utilise quoi ? !