20 ans que sans concurrence Microsoft équipe l’Europe !

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Sébastien Bertrand - CC byLes institutions européennes, toujours promptes à donner la leçon, ont peut-être d’autres chats à fouetter actuellement mais il nous semble bon de leur rappeler un passé peu glorieux et un présent scandaleux[1].

Cela fait en effet près de 20 ans que l’on déroule le tapis rouge à la société non européenne Microsoft sans jamais prendre la peine d’évaluer les autres solutions, parmi lesquelles, évidemment, figure le logiciel libre.

Peut-être qu’en 1992, il était hasardeux de choisir autre chose que Windows pour ses postes clients. Mais pourquoi avoir systématiquement reconduit cette forme de partenariat exclusif jusqu’à aujourd’hui alors que parallèlement de réelles et crédibles alternatives voyaient le jour ?

Il est grand temps d’opposer au lobbying un certain bon sens citoyen. Je le dirai à mon député européen la prochaine fois que je le croiserai :)

Depuis 20 ans la Commission européenne achète du Microsoft sans concurrence

European Commission buys Microsoft for 20 years without competition

Mark Ballard – 15 août 2011 – ComputerWeekly.com
(Traduction Framalang : Goofy, ZeHiro, Pandark, Lolo le 13)

La Commission européenne achète des produits Microsoft depuis 1993 sans appel d’offre ouvert à la concurrence qui aurait pu proposer des alternatives, selon des documents transmis au magazine Computer Weekly.

Ces documents transmis au magazine Computer Weekly soulevent des questions quant à une politique d’achat qui a permis à un fournisseur unique de régner en maître pendant si longtemps en s’appuyant sur des exceptions législatives habituellement réservées à des circonstances extraordinaires.

Ils soulevent aussi des interrogations quant à la validité des explications officielles fournies par la Commission pour sécuriser ses accords commerciaux avec Microsoft, appelés « procédures négociées ». Le dernier en date, concerne l’acquisition pour environ 50 millions d’euros de licences logicielles pour les 36 000 PC et les infrastructures associées que comptent les 42 institutions européennes, y compris le Parlement Européen et la Cour de Justice.

Karsten Gerloff, président de la Free Software Foundation Europe, a dit que l’accord en cours avec Microsoft était une « honte » pour la Commission Européenne. « Il est effarant de constater que tous les accords passés entre la Commission et Microsoft depuis 1993 ont été conclus sans aucun appel d’offre public » a-t-il déclaré. « Il en résulte que la Commission Européenne est totalement dépendante d’un seul et unique fournisseur de logiciels pour ses outils de bureautique. Il est clair que les lois régulant les procédures d’achat de l’Europe doivent être rapidement mises à jour. Actuellement, celles-ci laissent bien trop de place aux accords négociés et anticoncurrentiels. »

« Ceci montre bien que le marché n’est ni juste ni égal », renchérit Paul Holt, directeur des ventes chez Canonical (NdT : Ceux qui distribuent Ubuntu). Il a ajouté que les accords que Microsoft a signé avec les institutions européennes empêchent celles-ci d’utiliser des standards ouverts qui permettraient de promouvoir la concurrence. Ainsi, Microsoft a pu imposer aux institutions européennes ses propres spécificités techniques.

Un porte-parole de Microsoft a affirmé que l’entreprise ne ferait pas de commentaires. « La Commission est le contractant et eux seuls décident de leur procédure d’achat » a-t-il dit.

Computer Weekly comprend toutefois que Microsoft s’appuie sur la ligne adoptée par le Directoire pour l’Informatique de la Commission Européenne (DIGIT) en réponse aux récentes questions des députés européens à propos de leurs contrats.

Maroš Šef?ovi?, le vice-président de la Commission et commissaire pour l’administration et les relations inter-institutionnelles, qui mène une réforme majeure des Technologies de l’Information et de la Communication dans la Commission Européenne, a déclaré aux députés européens que la Commission s’engageait dans la « promotion de l’interopérabilité » en utilisant des standards. Mais il a indiqué que ces standards pouvaient inclure ceux implémentés par les vendeurs de logiciels commerciaux. Il a démenti que la Commission ait été contrainte de se procurer des produits chez un unique fournisseur.

Le DIGIT affirma en 1992 qu’il était obligé de signer un arrangement privé avec Microsoft parce qu’aucune autre entreprise ne pouvait fournir le logiciel adéquat. Mais la justification officielle de la Commission pour cet arrangement demeure vague. Des procédures similairesen 1996 et 1999 confirment la position de Microsoft comme étant le seul fournisseur de systèmes d’exploitation et d’applications de bureautique pour la Commission.

Depuis 2003 cependant, la justification officielle de la Commission a évolué. La raison invoquée ici est qu’un logiciel alternatif impliquerait une incompatibilité technique et des migrations trop lourdes. Aiinsi il n’y a pas d’autre choix que de continuer à acheter du Microsoft.

La Commission a utilisé la même excuse d’incompatibilité pour justifier des achats sans concurrence avec Microsoft en 2007 et 2011. La justification contredit apparemment le discours de Šef?ovi? qui prétend que la Commission n’est pas pieds et poings liés à Microsoft, et qu’elle s’était engagée résolument dans la voie des standards interopérables.

Un porte-parole du DIGIT a déclaré que les directives concernant les achats de l’Union Européenne avaient changé plusieurs fois ces vingt dernières années, mais que les fournisseurs ont été choisis après une analyse approfondie du marché, des besoins des utilisateurs et du coût des achats.

« Il existe un grand nombre de procédures pour l’achat de biens et de services et tout choix particulier est dûment motivé et explicité. Il résulte d’une analyse poussée de la situation du marché, des besoins des utilisateurs et du coût total de l’acquisition. L’ensemble est mené dans un cadre qui a fait ses preuves, celui de la procédure Gestion des Technologies », a-t-il indiqué dans une déclaration écrite. Les décisions prises ont été soumises à un contrôle interne et sont conformes à la législation européenne.

Il a affirmé avec insistance que la Commission n’était pas contrainte à acheter des produits Microsoft : « Nous avons toujours dit clairement que ce n’était pas le cas, et que nous analysons en permanence les options offertes par le marché ».

Le dernier accord conclu en mai a assuré l’achat de licences pour que l’administration européenne puisse continuer à utiliser une gamme complète de logiciels Microsoft. Elle comprend les systèmes d’exploitation, la suite Office, le logiciel de gestion de base de données SQL Server Entreprise, des outils pour collaborer et gérer des projets ainsi qu’un volet sur la sécurité et le courrier électronique.

Mais Šef?ovi? a créé plusieurs comités de gestion des TIC qui n’ont toujours pas décidé si la Commission devait continuer à utiliser exclusivement des logiciels Microsoft. Ainsi on attend toujours la décision à prendre concernant la mise à niveau vers le système d’exploitation Windows 7, et ce neuf mois après avoir été soumise aux équipes dirigeantes.

Graham Taylor, directeur général d’Open Forum Europe, un groupe de pression activé par Google, IBM, Oracle et Red Hat, a déclaré qu’ils avaient abordé la procédure négociée avec « la plus extrême prudence », sans comprendre pourquoi la Commission l’avait utilisée pour empêcher la concurrence sur le marché du logiciel pour ordinateur de bureau.

Notes

[1] Crédit photo : Sébastien Bertrand (Creative Commons By)

20 Réponses

  1. L’Union Européenne, attends, laisse-moi voir… C’est pas ce machin qui il y a quelques années nous rebattait les oreilles pour inscrire dans sa constitution la « concurrence libre et non-faussée » ?

  2. (… Et sauf erreur de ma part, en 1992 il y avait OS/2 qui fonctionnait très bien, plus une foultitude d’autres. Donc bon : « en 1992, il était hasardeux de choisir autre chose que Windows », et ta mémé ?)

  3. laflibuste

    Mais l’Europe est riche à Milliards et l’argent coule à flot ! Alors , on peut bien en donner aux américains qui croulent sous la dette … Nos entreprises n’ont pas besoins de ces marchés et les députés Européens ont d’autres chats à fouetter que la richesse de leurs concitoyens ! Et puis Microsoft est une entreprise riche (avec nos impôts) et sait récompenser ceux qui lui veulent du bien !

  4. un souci avec le c papillon tchèque ?
    à copier coller ici : ?

    comme la page est encoder en UTF-8, ça devrait fonctionner ;)

  5. hmmm… j’avais bien collé un « c papillon » dans mon commentaire précédent…
    Il semble que ça soit le CMS ou le moteur de blog utilisé qui le vire en le remplaçant par un « ? »

    Ironie de tomber sur une petit problème d’interopérabilité dans un tel article… ?

  6. Merci pour la traduction.

    Il y a un ainsi écris avec deux « i » : aiinsi. Et bien sûr l’erreur d’encodage mentionnée plus haut.

  7. Tiens, avec la rentrée, Aka reparle de Microsoft peut être que sa visite du….

    « Mais que diable va-t-il donc faire dans cette galère ? De passage à Paris, je me rendrai au siège de Microsoft France à Issy-les-Moulineaux, le 4 mars prochain, sur invitation de Thierry de Vulpillieres, directeur des partenariats éducation »

    Framasoft en visite chez Microsoft ou le rendez-vous en terre inconnue

    va lui revenir…

    « Désolé pour le délai. Vais essayer de pondre mon petit compte-rendu dans la semaine. »

    aKa qui disait le 27 mar. 2011

  8. C’est peut-être parce qu’à la base ça n’a jamais été conçu pour être démocratique puisque la Commission de Bruxelles qui n’est pas élue prend les décisions tandis que le Parlement Européen qui est élu n’a qu’un rôle secondaire de conseil.
    Une aubaine pour Microsoft !

  9. Je me permets de plussoyer Yaka, même s’il insiste un peu lourdement… ;-)
    Je crois qu’il n’est pas le seul à attendre avec impatience ce fameux compte-rendu (moi j’en suis en tout cas)…

  10. … ou alors au moins un petit mot d’aKa (ne fût-ce qu’en commentaire) pour nous expliquer pourquoi il n’y aura jamais de compte-rendu…

  11. Allez… je vais t’aider une peu:

    Il n’y aura pas de compte-rendu parce que:

    [ ] Je ne suis finalement pas venu, car je me suis rendu compte que j’avais piscine
    [ ] Je suis venu, mais leur discours était tellement inconsistant que je n’ai rien trouvé d’intéressant à écrire
    [ ] Ils ont menacé de s’en prendre à ma famille si je dévoilais quoi que ce soit
    [ ] J’ai été nommé nouveau CEO de Microsoft, et je veux être le maitre du Mooonde! Mouarh!

  12. Épios Bettems

    YaKa++;
    untel++;
    untel.AffirmationSurLeFaitQueYakaInsisteTropLourdement.ContreArgument(« On est en septembre, quand-même ! »);
    aKa.ChosesAFaire_stack.push(« Écrire ce p*t**n de compte-rendu que j’ai promis le 27 Mars. »);
    aKa.Reveil.Sonner();
    aKa.SeReveiller();
    aka.pop(ChosesAFaire_stack);
    this->PseudoCode.Is(« m*rdique »);
    this->Set(« Quand-même PTDR »);

  13. Coqhardi

    Et alors, trouvez-mieux que Microsoft et qui fonctionne bien. Linux ??? Google ???

  14. @yagraph
    la page est « encoder » ça ne peut pas fonctionner ! « encodée » serait plus approprié.
    yagraph et orthographe ne font pas bon ménage

  15. lemmings

    Je tiens à ajouter à cet article que 90-95% des serveurs de la commission tournent avec linux ou unix. Les seuls serveurs microsoft présents sont pour sharepoint et exchange.

  16. @villenave (a dit)
    (… Et sauf erreur de ma part, en 1992 il y avait OS/2 qui fonctionnait très bien, plus une foultitude d’autres. Donc bon : « en 1992, il était hasardeux de choisir autre chose que Windows », et ta mémé ?)

    Voici ce que l’on peut lire sur la wiki:
    « L’interface OS/2 fut discréditée3 comme « trop compliquée » par rapport à celle de Windows 3.1. En fait, cette interface ressemblait beaucoup à celle de Windows 95 – et pour cause puisque, là aussi, c’était Microsoft qui avait conçu en grande partie cette interface »

    et aussi
    « IBM a annoncé (voir cette page en anglais) l’arrêt définitif d’OS/2, prévu pour le 23 décembre 2005. Le support a été stoppé en décembre 2006. Une ouverture (et publication) du code, demandée par plusieurs utilisateurs et notamment les fidèles d’os2world.com n’a pu porter ses fruits, notamment à cause des origines d’OS/2 : une importante partie du code avait en effet été développée par Microsoft et il aurait été extrêmement coûteux de chercher à la repérer et à l’extraire »

    alors, IBM OS/2 meilleur ou pas que MS WIN, c’est comique, comme question.

    Du reste, OS/2 fonctionnait peut-être bien, mais pour le commun des mortels qui avait Windows 95 à côté, le choix était vite fait, et Linux en était à ses débuts.
    Je pense que c’est ce que voulait dire AKA, parce que si on veut parler tech, Unix reste encore le meilleur, OS/2 on s’en torche.

    et la « foultitude » d’autres c’était quoi au juste ?

    En 2011, que vaut OS/2, le seul concurrent MS valable sur station de travail ou serveur, c’est Linux (et toutes les déclinaisons) et les dérivés d’Unix, FreeBSD, NetBSD, OpenBSD (Solaris semble mort)

    à mes yeux le seul truc qu’IBM avait fait de bien, c’était SmartSuite, ces cons l’ont laissé tomber
    c’était vraiment une balle qui n’a pas évolué depuis 94/95 (ex: Lotus 1-2-3 r5)
    Ils ont fait ensuite une merde, Symphony qui a fait long feu, évidemment.

  17. Apple….
    Mac….
    Non, ça n’existe pas!!
    Surtout pas depuis le début des années 80, avec une interface canon et une stabilité dont Windaube ne peut que rêver.
    Mais bien évidemment, ce n’est pas un « concurrent valable ».

    Salutations à …pop…couac…

  18. L’Europe et ses contradictions…
    L’Europe a, au nom du principe de «concurrence libre et non faussée», contraint la France à dégommer plusieurs de ses services publics : la SNCF, la Poste…
    Et curieusement, pour Microsoft, l’Europe ne fait pas jouer ce principe !
    Il y a bien longtemps que je ne cherche plus à comprendre…

  19. @jiji (a dit)
    « Surtout pas depuis le début des années 80, avec une interface canon et une stabilité dont Windaube ne peut que rêver. »
    mwouahahahahahahahahahahahahahahah!!!!!!!!!!!!
    voilà l’interface de rêve de system 6 : http://en.wikipedia.org/wiki/File:S
    qui rappelons le date de 1988
    Pour ce qui est de la stabilité, je ne dirai rien pour ne pas l’avoir eu entre les mains mais si c’est du même genre que la première affirmation pouetpouet…
    Du reste MacOSX n’est rien d’autres qu’un FreeBSD retouché
    mwouarfffff!!
    Salutations à jiji pouet-pouet

  20. @popart
    « system 6 … date de 1988″, ce qui fait toujours deux ans avant windaube 3, première version « utilisable » de windaube.
    Stabilité: redoutable de tout temps.
    C’est vrai que OS X a une base Unix, et tant mieux!!

    Ceci mis à part, il me semblait avant tout important de citer les systèmes d’exploitation d’Apple qui manquaient dans ton article du 16.9, histoire d’étoffer la foultitude.

    Finalement, on reste loin d’une solution libre à large diffusion et utilisable aisément par tout le monde.