Librologie 7 : Le logos de Jamendos

Classé dans : Libr'en Vrac, Librologies | 58

Bien le bonjour, fidèles lecteurs et lectrices du Framablog !

Avec l’épisode d’aujourd’hui, ces chroniques Librologiques adoptent temporairement un format un peu plus développé que précédemment, ainsi qu’une démarche davantage documentaire… sans renoncer à notre regard critique habituel, comme l’article d’aujourd’hui vous le confirmera.

Cette semaine, les Librologies et moi-même vous invitent à (re)visiter une contrée exemplaire de la culture (censément) Libre, où nous découvrirons ensemble certains aspects pittoresques du parler entrepreneurial : bienvenue chez Jamendo™ !

V. Villenave

Librologie 7 : Le logos de Jamendos

Les zones d’intersection entre le mouvement Libre et le monde capitaliste sont nombreuses dans le domaine informatique. Pas une semaine ne se passe sans que je ne découvre de nouvelles entreprises, plus ou moins volumineuses, un peu partout en France ; au niveau international, le succès de grosses entreprises telles que Redhat n’est plus à démontrer et les plus colossaux succès de la décennie précédente (et même plus tôt) ne sauraient s’expliquer sans le logiciel Libre.

La situation est sensiblement différente en ce qui concerne les œuvres culturelles sous licences Libres : l’on aurait du mal à trouver des équivalents aux exemples ci-dessus, en termes de quantité ou d’envergure. (Nous avons d’ailleurs présenté, dans la chronique précédente, quelques facteurs d’explication : un retard d’environ quinze ans du mouvement Libre dans le domaine culturel par rapport à l’informatique, un relatif désintérêt de la communauté Libriste par rapport à ce qui sort du champ de la culture de consommation, et l’opinion répandue que, de façon générale, l’art est d’une moindre utilité que les logiciels.) Et pourtant, quelques entreprises se font jour dans le domaine culturel, qui tentent de transposer, à une échelle réduite, certains business models de l’informatique Libre.

Jamendo_Orange.png

Un exemple parlant, sur lequel je voudrais m’attarder aujourd’hui, est à trouver auprès du site jamendo.com, dont nous tout d’abord allons voir comment il se présente sur sa page Wikipédia au moment où je rédige cette chronique :

Jamendo est un site Web qui propose des albums de musique en téléchargement gratuit. Les artistes, qui autorisent cette gratuité pour les internautes grâce aux licences ouvertes, peuvent, s’il le souhaitent, être rémunérés grâce aux dons des utilisateurs, au partage de 50 % des revenus publicitaires de Jamendo, ou encore grâce à la vente de licences d’utilisation commerciales de leur musique.

Le site Internet Jamendo est l’un des principaux acteurs du mouvement des musiques libres en France, avec un positionnement annoncé comme « le Red Hat de la musique libre ». Jamendo est une start-up, basée au Luxembourg. Elle a été financée fin août 2006 par Mangrove Capital Partners, les investisseurs de Skype. Fin 2008, Jamendo est entré en concurrence avec la SACEM et les éditeurs traditionnels en créant Jamendo Pro, un site annexe basé sur le principe de CC Plus qui propose des licences pour l’utilisation commerciale de la musique à des prix compétitifs.

Pour approximative et maladroite qu’elle soit, cette description — qui a d’ailleurs peut-être été mise à jour depuis que je l’ai relevée — n’en mérite pas moins d’être citée et commentée avec soin.

Jamendo est un site Web qui propose des albums de musique en téléchargement gratuit.

Notons que nulle part dans cette phrase, pas plus que dans la suivante, n’apparaît le mot « Libre ». On parle de gratuité, terme très différent et éventuellement orienté (j’y reviens). Je remarque par ailleurs, ce qui pourrait sembler évident mais ne l’est pas nécessairement, que sur Jamendo l’unité de mesure de la musique est l’album.

Les artistes, qui autorisent cette gratuité pour les internautes grâce aux licences ouvertes, peuvent, s’il le souhaitent, être rémunérés grâce aux dons des utilisateurs, au partage de 50 % des revenus publicitaires de Jamendo, ou encore grâce à la vente de licences d’utilisation commerciales de leur musique.

Avec la gratuité, la « rémunération » : un vrai catalogue des mots interdits de Richard Stallman. Je tique quant à moi sur le terme « artistes », qui est le terme employé à l’envi par une certaine propagande gouvernementale. Comme je l’ai déjà exposé, être « artiste » est un statut social, pas une profession : les termes « musiciens », « auteurs », « interprètes » auraient ici été plus précis et moins orientés.

Le mot « Libre » est encore une fois absent, remplacé par des « licences ouvertes », traduction peu élégante (sinon impropre), du terme open dans l’expression open-source ; en fait, la tournure de cette proposition est tellement maladroite et révélatrice que je vous propose de la lire à nouveau :

Les artistes autorisent cette gratuité pour les internautes grâce aux licences ouvertes.

Nous y sommes : en un mouchoir de poche sont mis en rapport la gratuité et les « internautes » (implicitement désignés comme seuls détenteurs d’une supposée « idéologie du tout-gratuit » que j’ai déjà amplement pourfendue), et la « licence » n’est plus que le moyen qui permet d’autoriser cette mise en rapport.

Sur 62 mots dans ces deux premières phrases, plus de 40 ont été consacrés exclusivement à des aspects monétaires (gratuité et rémunération). Ce champ lexical économique/entrepreneurial se poursuit dans le second paragraphe, avec des termes tels que « positionnement », « start-up », « investisseurs », « concurrence avec la SACEM » (sic !!), « utilisation commerciale à des prix compétitifs ».

funny-pictures-concerto-cat.jpgBref, Jamendo est une entreprise sérieuse et veut que cela se sache. L’influence du modèle Red Hat est revendiquée et effectivement perceptible… Mais peut-être faudrait-il précisément étudier de plus près l’image même dont bénéficie cette dernière société auprès des communautés Libristes. En effet, l’enthousiasme et la confiance du monde Libre vis-à-vis de Red Hat me semble s’expliquer moins par son succès en tant qu’entreprise, que par ses contributions actives au monde du logiciel Libre : Red Hat figure parmi les plus gros contributeurs au noyau Linux, développe une distribution GNU/Linux et quelques outils précieux, et surtout emploie quelques-unes des personnalités prééminentes du logiciel Libre : Lennart Poettering, Adam Jackson, David Airlie, Tom Calloway, Richard Fontana ou Adam Williamson, pour n’en citer que quelques-uns… Avant de qualifier Jamendo de « Red Hat de la musique Libre », il conviendrait donc de chercher d’abord où se trouvent ses contributions au mouvement Libre en général.

C’est ce que nous allons tenter de faire ici, avec une chronique sensiblement plus longue que d’habitude (oui, tout ce qui précède n’était que l’entrée en matière !). Avant d’aller plus loin, je me dois de préciser céans que je n’ai jamais été impliqué dans aucune polémique concernant Jamendo ; je n’ai eu qu’une seule occasion de rencontrer l’un de ses dirigeants, je n’ai contribué qu’à un seul album et n’ai posté qu’un seul message sur le forum — quant à mes propres pratiques musicales, elles se situent à peu près aux antipodes de tout ce que Jamendo peut connaître. Je ne suis pas proche de bloggueurs anti-jamendistes, et j’ai moi-même eu l’occasion de promouvoir des « artistes Jamendo » notamment dans le cadre de mon engagement au Parti Pirate jusqu’en 2010. Comme dans toutes ces chroniques, je ne cherche ici qu’à relater méthodiquement de quelle façon Jamendo m’apparaît aujourd’hui et pourquoi je parviens à ce point de vue.

La figure publique du site est le jeune français Sylvain Zimmer, nommé Jeune Entrepreneur de l’année 2009 au Luxembourg pour le succès de Jamendo. Derrière lui se trouvent les (moins jeunes) entrepreneurs luxembourgeois Pierre Gérard et Laurent Kratz, déjà associés auparavant dans plusieurs start-ups sans aucun rapport — pour autant que je puisse en juger — avec la musique ou les licences alternatives.

S’il ne brille pas par sa transparence, le montage financier derrière Jamendo peut être reconstitué au prix d’une recherche dans le Mémorial C du Grand-Duché. Fondée en novembre 2004, la société éditrice du site se nomme originellement Peermajor, au capital de 12.500€ dont seulement 500€ détenus par M. Zimmer, le reste étant investi par la société N4O, fondée le même jour par MM. Gérard et Kratz, au capital de 50.000€ (laquelle, si je comprends bien, sert également de parapluie pour leurs autres entreprises Neofacto ou Neonline — qu’ils vendront par la suite à New Media Lux). En 2007, M. Zimmer constitue sa propre entreprise, (judicieusement) nommée BestCaseScenario, et rachète un tiers des parts. Quelques semaines plus tard, Peermajor suscite l’intérêt de l’investisseur capital-risque (venture capitals) Mangrove, lequel porte capital de l’entreprise à 21.600€ (dont 1.100€ investis par Bryan Garnier Holdings). Fin 2007 est créée la société Jamendo S.A., au capital de 31.000€ (qui sera porté en 2009 à 38.600€, toujours par Mangrove). L’affaire s’avérant moins rentable qu’espéré, Jamendo est au bord du dépôt de bilan au printemps 2010… lorsqu’elle trouve en la société MusicMatic un investisseur motivé qui, avec 500.000€ euros supplémentaires (sur deux millions initialement demandés !), en prend le contrôle total.

logoMusicMatic.gif

De tout cela, il me semble ressortir plusieurs choses. La première est que M. Zimmer, s’il est la figure publique la plus visible et celui dont la success story est mise en avant, n’a en réalité jamais eu de véritable pouvoir dans le projet. La deuxième est que dès son origine, Jamendo a pour finalité d’être, au moins à moyen terme, financièrement rentable ; et la troisième enfin, que cet objectif n’a cessé, au fil des ans et des investissements, de se faire plus pressant. Cette évolution n’a pas été sans être perçue par les contributeurs au site (chanteurs et musiciens), particulièrement ceux des premiers temps qui avaient initialement cru trouver en Jamendo un projet essentiellement communautaire et en adéquation avec leur éthique.

Ainsi des tentatives de « monétisation » du site, sous des formes plus ou moins voyantes : l’arrivée d’encarts publicitaires sur les pages du site, par exemple, souleva en 2006 des parodies mordantes et critiques enflammées mais non dépourvues de fondement. D’un point de vue juridique tout d’abord, comment concilier cette démarche avec la présence sur Jamendo de nombreuses œuvres sous licences interdisant les usages commerciaux ? Mais la véritable question était d’ordre éthique : difficile pour des contributeurs ayant fait le choix (difficile et ingrat, nous y reviendrons) des licences alternatives, de voir leur travail servir de revenu monétaire à une entreprise en laquelle ils se reconnaissaient de moins en moins. Cette dimension éthique (aussi bien que les subtilités juridiques, d’ailleurs) sembla échapper aux dirigeants : pour citer M. Zimmer dans le texte (ce n’est pas moi qui souligne), « il faut savoir aller jusqu’au bout de ses idées. « libre » ca veut dire que demain SFR prend le CD et le met dans une de ses pubs sans demander l’autorisation. » Euh, pardon ?

En fin de compte, la seule réponse de l’entreprise fut d’ordre ni éthique ni juridique, mais financier : en offrant aux contributeurs la possibilité (sic) de toucher la moitié des revenus publicitaires, Jamendo acheva de montrer quelle était son optique… Tout en s’achetant — littéralement — l’image d’une entreprise agissant « pour les artistes ». (Ce qui n’est d’ailleurs que partiellement vrai, dans la mesure où Jamendo ne redistribue de pourcentage des dons et recettes que lorsque ceux-ci atteignent un certain plafond, excluant donc de fait une large part des contributeurs.)

StopPubJamendo-Banner.png

Bannière apposée en 2006 sur certaines jaquettes
La bannière en question fut enlevée par les administrateurs. Bien joué.

C’est peu dire qu’il existe, dans le milieu Libriste, plusieurs voix de dissension vis-à-vis de Jamendo. Certaines, autant le dire, ne sont pas toujours très élaborées, ou se contentent parfois d’une posture anti-capitaliste, voire d’un brin de nationalisme lorsque l’on suggère qu’il n’est pas innocent que Jamendo ait choisi son pays de résidence hors des frontières de la France natale de M. Zimmer. Je passerai très vite sur cette critique de fort mauvais goût : n’ayant jamais eu le bonheur de m’y rendre, je ne peux douter que le Luxembourg soit une contrée très agréable dont les appas ne sauraient se résumer à son régime fiscal et bancaire notoirement paradisiaque — par une touchante et merveilleuse coïncidence, c’est également ce pays qu’a choisi la firme Apple (dont on connaît trop peu la sensibilité aux charmes des grand-duchés d’Europe), pour y implanter son service iTunes un an avant Jamendo.

D’autres encore se sont concentrés sur le rejet de la publicité, les violations de licences (notamment non-commerciales). Ou encore, la désinvolture des administrateurs vis-à-vis du droit d’auteur, qui n’hésitent pas à modifier la licence d’œuvres sans même en informer leurs auteurs, ou à tenter de censurer des opinions peu favorables à la société (outre l’exemple ci-dessus, nous en verrons un autre plus bas).

D’autres enfin dénoncent, à juste titre, le manque d’information de nombreux « artistes » qui choisissent des licences non-Libres, ou encore s’inscrivent à la fois à la SACEM et sur Jamendo, montrant par là qu’ils voient en ce site comme une simple plateforme de diffusion comme une autre, branchée et « sociale » — quand de fait, tout les y invite. Enfin certaines critiques de Jamendo me semblent mériter une attention particulière, qu’elles se concentrent sur le vocabulaire employé par le site à des fins promotionnelles (comme nous le ferons ici-même) ou fassent feu de tout bois de façon caustique.

S’ils se trompent certainement en considérant que Jamendo a « mal tourné » (nous avons vu que la recherche de profit était inscrite dès le début, comme dirait son PDG actuel, dans l’ADN de Jamendo), il est compréhensible que ces commentateurs aient été frappés par la façon dont le site a évolué au cours des ans :

jamendo.jpg

Jamendo en 2005

capture1-3.png

Jamendo en 2006

capture-2.png

Jamendo en 2008

capture1-4.png

Jamendo en 2009

capture.png

Jamendo en 2011

Coins arrondis, dégradés, gros boutons, évolution des couleurs et du logo : le design se modernise et surtout, pour reprendre le langage des sites d’entreprise, se professionnalise. Ce qui frappe également, c’est la conquête de l’image : les photos, dans un premier temps, se multiplient, puis s’agrandissent. Elles changent également de nature, des jaquettes d’« albums » soumises par les utilisateurs, on passe à quelques jaquettes sélectionnées, puis aujourd’hui à des photos illustratives « de stock » entièrement choisies par les responsables du site. Cependant, pour révélateur qu’il soit, l’habillage importe peu ; le logo de Jamendo m’intéresse moins que son logos, c’est-à-dire le message qu’il propage, volontairement ou non, à travers ses choix terminologiques.

À l’heure où j’écris ces lignes, la première information visible (et mise en avant) sur le site, est le nombre de pistes sonores disponibles : il s’agit là du vertige des grands nombres que nous évoquions récemment, et de cette manie de la quantification des contenus culturels. Le slogan, après cinq ans de Ouvrez grand vos oreilles, a été remplacé par Le meilleur de la musique libre, dans une formulation inspirée par les radios commerciales et les hits-parade en tous genres.

Mais qu’entend-on ici par « libre » ? Comme l’admet volontiers M. Zimmer lui-même, parler de « musique libre » comme l’on parle de « logiciel Libre » n’a « pas beaucoup de sens » à ses yeux : « c’est un débat valide, dit-il — ce qui n’est pas mon avis —, mais peu intéressant. » Est-ce à dire que le site-phare du Libre… se soucie peu de savoir s’il l’est ? Nous y reviendrons dans un instant.

Comme toute entreprise moderne, Jamendo se doit de faire oublier qu’elle est une entreprise : merveilles du branding, l’on ne dira plus (comme dans une interview de M. Zimmer en 2005) « les artistes de Jamendo », « les artistes qui sont sur Jamendo » ou « les artistes présents sur Jamendo »… Mais l’on dira : « les artistes Jamendo », « l’expérience Jamendo », « de la musique Jamendo » et, il fallait s’y attendre, « du contenu Jamendo ». Oubliez l’entreprise : Jamendo est une marque (dépôts 948744 et 4425021 à l’INPI).

Nous avons établi clairement, à ce stade, que Jamendo™ se définit — dès ses origines même — par sa démarche entrepreneuriale, au détriment d’une (re)connaissance des licences Libres et du mouvement qui les sous-tend. Dans l’interview de 2005 déjà mentionnée, M. Zimmer avance les arguments « culturels » classiques (« la musique, c’est avant tout une passion avant d’être une histoire de thunes »), et laisse échapper quelques idéologèmes révélateurs : « La propriété intellectuelle, ça existe. (…) les sanctions (pour téléchargement illégal) ne devraient pas dépasser l’amende pour vol d’un CD à l’étalage » — mais pourquoi diable ? — ou encore « La moitié de l’équipe de Jamendo bosse sous Mac ! iTunes c’est bien, sinon ça ne marcherait pas autant », et enfin l’immanquable « un balayeur est un balayeur, mais un artiste local n’est pas inconnu »euh, comment dire…

55yc1.jpg

En admettant que la recherche du profit n’est pas une idéologie en soi (voire !), il me semble qu’on est amené, lorsque l’on voit Jamendo™ comparé par M. Kratz à un « Wikipédia de la musique », à se demander si ses dirigeants ont véritablement compris les tenants et aboutissants du mouvement Libre. M. Gérard est plus décomplexé sur son blog (où l’on appréciera par ailleurs le jargon entrepreneurial : « deal », « fourniture », « le shop » et j’en passe) : « L’objectif principal pour nous est bien sûr le développement commercial, notre ambition est de mettre en place de meilleurs canaux commerciaux et aussi des flux musicaux d’encore meilleure qualité. Car avant tout ne l’oublions pas, Jamendo c’est de la musique et souvent de la bonne musique en libre téléchargement gratuit et légal pour le grand public ! ».

« Libre téléchargement » étant bien sûr à prendre ici au sens de « libre de droits », expression abusive sur laquelle nous reviendrons. Quant à l’expression « téléchargement gratuit et légal » (adjectifs auxquels s’adjoindra à l’occasion « illimité », voir ci-dessous), elle est simplement calquée sur les argumentaires publicitaires de fournisseurs d’accès ou de sites commerciaux.

Jamendo™ se définit lui-même comme fournisseur de musique (ainsi l’on ne parlera ni de « répertoire » ni de « catalogue », mais d’« offre »), et son « cœur de cible » est moins à chercher parmi les mélomanes que parmi les échoppes et salons de coiffure, où la musique se diffuse au kilomètre et se vend au poids : « des milliers d’heures de musique sans interruption » (ce n’est pas moi qui souligne). On comprend mieux, dès lors, l’intérêt de MusicMatic pour Jamendo™ :

MusicMatic gère et diffuse des flux musicaux et vidéo pour les réseaux de points de ventes (et leur offre) une réelle solution innovante de diffusion de musique et de contenu.(…)

Aujourd’hui la maturité des technologies de transmission de données, un hardware performant et une suite de logiciels propriétaires (sic) ont permis à MusicMatic de concevoir une plateforme unique qui crée, diffuse et gère en temps réel des centaines de programmes.

Revoilà donc l’idéologie du contenu, sur laquelle nous avons déjà dit tout ce qu’il y avait à dire : Jamendo™ est, en définitive, un exemple parmi d’autres de la marchandisation de l’User-Generated Content que nous décrivions il y a peu.

Je dis ici « parmi d’autres » de façon très littérale ; si je devais placer ici une référence à Roland Barthes, je parlerais du motif de l’identification qui consiste à dire qu’après tout, les autres civilisations sont « comme nous ». Étant établi que « iTunes c’est bien », alors de Jamendo™ à Deezer il n’y aura qu’un pas, et l’on essayera même très, très, très, très fort de s’intégrer à Facebook™ :

Vivez à fond l’expérience Jamendo sur Facebook !

Installez l’application Jamendo sur votre profil Facebook et profitez de Jamendo dans un environnement Facebook ! (…)

En outre, vous disposerez d’un onglet Jamendo sur votre profil Facebook sur lequel s’afficheront vos albums favoris. Quoi de mieux pour afficher les perles rares que vous avez découvertes sur Jamendo !

N’attendez plus, installez l’application Jamendo pour Facebook dès aujourd’hui !

(Petit jeu : à votre tour Jamendo™, maîtrisez le branding Facebook™ et apprenez à faire de la publicité Jamendo™ ! En toute simplicité Facebook™, il vous suffit de faire des phrases Jamendo™ normales puis d’adjoindre derrière chaque substantif Facebook™, tantôt le mot Jamendo™, tantôt le mot Facebook™. Étonnant, non ?)

Ce qui me frappe le plus, c’est à quel point cette terminologie est en fait, au mot près, celle du système traditionnel, des majors du disque (auquel M. Zimmer se réfère explicitement, comme en témoigne le nom de sa société Peermajor ou cette charmante expression de « concurrence avec la SACEM » sur la page Wikipédia) au gouvernement en passant par la SACEM et la HADŒPI. Nous avons déjà évoqué le substantif « artistes », l’expression « propriété intellectuelle » ou le « contenu », le jargon publicitaire et entrepreneurial stéréotypé, les procédés de branding et l’emphase constante sur les aspects monétaires et quantifiables ; nous avons vu également que ce logos n’était pas dû à l’évolution du site, mais présent dès son origine.

(Autre petit jeu : parmi les réclames suivantes — bourrées de prénoms — se cachent deux publicités datant de janvier 2005. L’une concerne un site (censément) Libriste, l’autre une action de propagande gouvernementale anti-« piratage ». Saurez-vous trouver lesquelles ?)

JPEG - 30.4 ko JPEG - 15.4 ko JPEG - 33.6 ko
JPEG - 12.3 ko JPEG - 23.6 ko JPEG - 28.3 ko
JPEG -  octets JPEG - 34.5 ko JPEG - 206.3 ko


De fait, Jamendo™ semble entretenir avec la législation un rapport complexe, voire borderline. Au moment de l’élaboration de la loi dite dadvsi en 2006, si de nombreux contributeurs voient naturellement en Jamendo™ un allié « Libre » contre le gouvernement, le site (d’ailleurs de droit luxembourgeois et non français) se montre en fait d’une discrétion remarquable. En 2009, Jamendo™semble vouloir corriger le tir en se « positionnant » contre la loi dite hadopi, qualifiée d’« idiote » (suivant en cela le positionnement d’autres entreprises censément Libres, telle ILV à qui une large part du présent article pourrait d’ailleurs également s’appliquer). Les deux initiatives successivement lancées à cette occasion auront en commun de parodier des actions du gouvernement, et d’aborder la problématique, de nouveau, sous un aspect exclusivement économique.

logoPur-home-nobg.png

Pendant ce temps, le même Jamendo™ s’emploie en fait à cultiver de bonnes relations avec le gouvernement français et la SACEM : par exemple, en 2011 le site se précipitera pour demander une accréditation officielle. S’il n’est pas le seul à entreprendre cette démarche, sa justification quelque peu embarrassée et à teneur enrichie en idéologèmes, vaut le détour :

Nous avons critiqué la loi Hadopi qui, pour nous, est une mauvaise réponse à un vrai problème.

Lequel « vrai problème » n’est pas, comme nous l’aurions naïvement cru, la volonté des puissants d’assujettir les citoyens-internautes, mais… le comportement des « nouvelles générations » ; comportement qu’il n’est d’ailleurs pas dangereux (ou dommageable à la démocratie) de vouloir réprimer, mais simplement « illusoire » :

Il est, à notre sens, illusoire de vouloir imposer aux nouvelles générations des règles de comportements complètement dépassées. De nombreux artistes, des labels et des plate-formes Internet ont également critiqué cette loi et surtout son aspect répressif. L’avenir nous permettra de juger.

La répression n’est donc pas le but de cette loi, mais — comme le gouvernement nous l’a doctement expliqué — seulement un « aspect » ; d’ailleurs pourquoi s’en faire, puisque cette loi ne fonce pas droit dans le mur, mais ouvre un « avenir » — que rien n’empêche d’être radieux… Admirons maintenant la figure de gymnastique rhétorique par laquelle le locuteur aboutit à une conclusion qu’il présente (à ses propres yeux ?) comme logique :

Demander le label Hadopi n’est donc (sic !) pas pour Jamendo un revirement de position. Si nous obtenons ce label cela permettra aux artistes diffusant leur musique sur notre site et aux internautes qui les écoutent, de savoir que cette offre est totalement légale. (…) Être présent aux côtés des plus grands acteurs de la musique comme les Majors et des start-ups les plus dynamiques ne peut que valoriser notre démarche et garantir la diversité de l’offre musicale.

« Diversité » : encore un terme idéologiquement très chargé, emprunté directement au logos gouvernemental. Quant à la « valorisation » évoquée, il faut bien évidemment l’entendre au sens de valeur monétaire et c’est bien là, on est prêt à le croire, la motivation de l’entreprise.

Lorsque l’on ne peut décemment expliquer que tout le monde est en fait d’accord depuis toujours — ce serait un peu gros —, la solution de rechange est ce procédé rhétorique de fausse concession que Barthes décrit sous le nom de « vaccine » (notamment dans son analyse des publicités pour la margarine Astra). En l’occurrence, cela revient à dire aux internautes : « certes, nous avons eu nos divergences par le passé ; mais elles étaient finalement inessentielles, et de toute façon tout cela est derrière nous aujourd’hui. » C’est ainsi que les Assises du piratage proposées par le gouvernement français en janvier 2009, avec les bons soins de l’agence publicitaire Aromates, se sont transformées en assises… de la Réconciliation ! Assises au demeurant sponsorisées par…

(Un dernier petit jeu : parmi les sponsors de ces « assises », se cache une entreprise censément Libre. Saurez-vous trouver où ?)

sponsors-bd950.png

La présente chronique, si longue soit-elle, ne prétend pas à l’exhaustivité. Cependant elle serait certainement incomplète si je n’abordais pas ici le point saillant terminologique qui m’a à l’origine, disons, vivement incité à l’écrire : j’aimerais comprendre ce que PRO veut dire.

Début 2009, alors même que M. Kratz explique doctement que « (son) métier, c’est la désintermédiation d’artistes autoproduits », Jamendo™ lance une nouvelle opération commerciale intitulée (ou brandée) Jamendo Pro. L’activité de cette subdivision, si je comprends bien, se nomme licensing et consiste à vendre des exceptions de licence, réinventant d’ailleurs une pratique du milieu informatique Libre : moyennant finance, le client s’exonère des clauses de la licence de l’œuvre (Libre ou non-Libre, copyleft ou non, non-commerciale ou pas). En d’autres termes, nous ne sommes plus dans le Libre mais dans le libre de droits et c’est d’ailleurs comme cela que le site se présente initialement :

1106231205391323938367184.gif

Ce qui soulève plusieurs questions. Tout d’abord, les artistes sont-ils pleinement informés et conscients de l’exploitation qui sera faite de leur travail ? Pour certains, la réponse est non et la démarche de Jamendo™ confine à l’escroquerie. Une pétition sera même lancée, un mouvement de contestation se fait jour avec le mot d’ordre « No Pro », que Jamendo™tentera, à nouveau, de censurer. D’un point de vue juridique ensuite, rendre une œuvre « libre de tous droits » étant absolument impossible en droit français, il n’est possible de s’en approcher que moyennant un contrat très précis entre le récipiendaire et l’ayant-droit principal (l’auteur, auquel Jamendo™ se substitue ici). Par ailleurs, je reste particulièrement dubitatif quant à la valeur juridique de ces « certificats » de Non-Sacemité que prétend délivrer Jamendo™ : outre qu’ils n’exonèrent pas, par exemple, des redevances dites de rémunération dite « équitable », ils s’ajoutent de façon parfaitement superflue aux licences alternatives déjà appliquées aux œuvres. Certes, nous avons pu voir qu’en matière de licences Libres Jamendo™ n’en est pas à une approximation près…

Enfin d’un point de vue éthique : l’idéologie du mouvement Libre (que j’ai amplement décrite ailleurs) vise à rendre aux auteurs le contrôle et la place dont tout un système d’intermédiaires les avait dépossédés, et ce que fait ici Jamendo™ est… très exactement l’inverse. Cependant, il me semble que toutes ces critiques, si méritées soient-elles, laissent de côté le plus ahurissant, qui à mon sens se trouve dans l’intitulé même : Jamendo Pro.

jamendo-2-30ebf.jpg

La première lecture que j’en fais (au-delà de l’aversion que m’inspire la dichotomie arbitraire amateur/professionnel) est tout simplement que, pour un « artiste », la seule façon d’être « pro » est de renoncer à sa licence Libre. La propagande du gouvernement, des industriels et de la SACEM ne dit pas autre chose : « nous ne reconnaissons pas l’existence de licences alternatives, car nous nous adressons aux vrais professionnels » — je ne compte plus les fois où des interlocuteurs me l’ont affirmé en face.

Deuxième lecture possible, ce vocable « Pro » ne qualifierait pas les auteurs et musiciens eux-même, mais la clientèle potentielle de Jamendo™ : commerçants, restaurateurs, salons de coiffure. En y réfléchissant bien, c’est peut-être encore pire : cela reviendrait à diviser la société en deux. D’un côté, les « professionnels » : ceux qui coiffent, ceux qui tiennent boutique, en un mot ceux qui vendent. Et de l’autre… eh bien de l’autre les « artistes » : comme je l’expliquais au début même de cet article, ce mot-idéologème désigne un statut social, et non une profession.

Enfin, la dernière lecture possible — si elle ne rend guère hommage à l’intelligence et l’intégrité des tenanciers de Jamendo™ — est peut-être la moins dégradante et la plus probable : il s’agirait tout simplement d’une marque, d’un slogan destiné à appâter le chaland de même que l’on ne compte plus les entreprises qui proposent des produits « pro » sans nécessairement définir ce qu’elles entendent par là.

Admettons donc, comme nous l’avons fait depuis le début de cet article, que Jamendo™ n’est qu’une entreprise parmi d’autres, qui tente de survivre et se développer dans l’écosystème capitaliste moderne. De fait, son existence même n’est pas sans présenter quelqu’intérêt : success story édifiante (dont on ne peut que souhaiter qu’elle se perpétue), tentative de définir un modèle alternatif (même si ledit modèle s’avère fortement similaire au système antérieur)… Le site même de Jamendo™, dont nous avons souligné — peu innocemment — l’aspect professionnel, offre à de nombreux musiciens et auteurs, Libristes ou non, un espace prêt-à-l’emploi, d’allure sympathique et à forte visibilité — ce qui constitue d’ailleurs l’argument principal et le moins contestable, pour le meilleur et pour le pire, du projet Jamendo™. Comme je le disais plus haut, il m’est moi-même arrivé d’en faire usage et de le recommander ; si certaines de ses initiatives me laissent indifférent, j’en trouve d’autres originales et brillantes, telle cette page qui permet aux mélomanes de trouver des alternatives « Libres » aux musiciens les plus célèbres, exactement comme il en existe du côté des logiciels (je ne suis pas choqué par l’idée de ne pas considérer les œuvres d’art différemment des logiciels).

Cependant, je suis saisi (comme d’autres avant moi) par l’ambigüité du choix de Jamendo™, ou plutôt de son refus de choisir explicitement, entre « faire des affaires » (comme le père de Prévert), et se faire l’avocat des licences Libres. (Tout particulièrement lorsque ce dernier domaine semble ici si mal maîtrisé.) Cette posture de « Libriste malgré soi », Jamendo™ l’a plus ou moins assumée à ses débuts, porté par un élan de sympathie de la communauté Libriste qu’il n’a ni su, ni voulu, rejeter ; aujourd’hui encore il ne se passe pas un trimestre sans que Jamendo™ soit cité en exemple, par exemple dans le récent dépliant publicitaire de la fondation Creative Commons The Power Of Open (du reste entièrement financé par Google®), ou encore dans des colloques ou salons. J’ai moi-même eu l’occasion de me retrouver à un débat public, seul représentant — légitime ou non — du mouvement Libre dans un traquenard pseudo-« indé » organisé à la gloire de la S.A.C.E.M. et des industries culturelles, au côté de M. Gérard qui faisait ici office d’alibi « alternatif » alors qu’il n’était venu que dans l’espoir très modeste de promouvoir ses produits…

Serait-ce à dire que, délibérément ou non, Jamendo™ jette le discrédit sur la « culture Libre » toute entière ? Ce risque, s’il me semble réel, ne m’inquiète pas outre mesure : l’histoire nous a montré que l’évolution de l’art et de la culture appartient aux auteurs davantage qu’aux intermédiaires. À mon sens, le principal intérêt du site jamendo.com est l’espace de côtoiement qu’il constitue, fortuitement, entre différents modes de pensée et de consommation culturelle, et qui nous a ici permis d’examiner de nombreux points de frictions et de divergences.

Le — relatif — succès commercial et entrepreneurial que représente aujourd’hui Jamendo™ n’est ni une victoire, ni une défaite du Libre : ce sont deux phénomènes indépendants. Quelque sentiment d’agacement l’on puisse ressentir devant le discours de ses responsables (propos inélégants, imprécisions conceptuelles ou terminologies orientées), Jamendo™ ne me semble mériter d’autre antagonisme que celui de ses concurrents, et d’autre enthousiasme que celui de ses actionnaires ; quant à son attitude envers le mouvement Libre, elle témoigne moins d’un mépris que d’une méconnaissance profonde. L’éthique Libre n’est pas indésirable chez Jamendo™ : elle lui demeure seulement, ontologiquement et irréductiblement, étrangère.

58 Réponses

  1. Suis-je réellement capable de commenter un tel article ? :-)
    Allez je me lance.

    -

    Dans cette article, je trouve que tu es un peu trop subjectif. Même si t’en défends dans le 1er paragraphe, il manque peu être un peu le  » Mais Jamendo, c’est quand même ça : … ».
    Tu aurais pû dire à mon avis que c’est quand même une vitrine médiatique pour le mouvement « Libre ». Même si il torture les licences CC pour se faire de beaux $, il reste une porte d’entré aux néophites.

    Après quand tu parles de sa politique avec Facebook, étant moi même un « anti-facebook » cette politique m’horripile mais n’est-ce pas normal pour un web-entreprise/start-up/cash-machine (rayer les mentions inutiles) de se « moderniser » (mdr) ou plutot de ce « rendre banal » (identique a tout le monde) .

    Sinon très bon article, (si tout ce qu’il y a dedans est vrai, je fais confiance a Framablog pour ca) , ça nous ouvre les yeux sur ce qui est encore un bel arnaque s’appuyant sur la « culture libre »

    ps : si tu pouvais faire 3-4 lignes sur ILV car là (même si ils ont édités un livre de F.Lalanne, me paraissent sérieux)

  2. Merci pour cet article, qui m’a entre autres fait découvrir le mot « appas ».

    J’aime beaucoup comment tu illustres ton propos, que ce soit en images ou en liens hypertexte, ce qui est très rébarbatif à faire mais apporte une richesse dans la lecture vraiment intéressante.
    Je partage l’essentiel de ton avis sur Jamendo, même si, je le reconnais, j’ai souvent tendance à présenter Jamendo comme exemple de réussite du modèle libre car c’est le seul que je connaisse qui a une petite chance d’être connu de mon interlocuteur…

    A+ pers ;)

  3. @Zitor: Aucun article n’est interdit au commentaire, et aucun commentateur n’est illégitime — en tout cas, pas chez moi :-)

    Alors pour commencer, mon objectif n’est ici à aucun moment de ne pas être « subjectif » (les gens qui prétendent dénier toute subjectivité ne parviennent en général qu’à un foutage de gueule). Mon point de vue est subjectif, mais (comme je le disais plus haut) ça ne m’empêche pas de tenter d’en rendre compte de façon méthodique.

    Reprenons. « Jamendo c’est quand même »… quand même _quoi_, au juste ? « 300.000 » albums et des brouettes ? « Des milliers d’heures » de musique ? Un (relativement) large site Web ? Bon, admettons. Si l’intérêt ou la qualité doit se mesurer au poids, alors admettons — j’ai d’ailleurs un site très intéressant à vous faire découvrir un de ces jours, c’est pas très connu et ça s’appelle YouTube®…

    Plus sérieusement, « une vitrine médiatique pour le mouvement « Libre », et une porte d’entrée pour les néophytes » : c’est précisément ce que je conteste ici. Jamendo n’est qu’un site de promotion/diffusion/social-2.0-machin parmi beaucoup d’autres, et c’est pure coïcidence que quelques poignées de Libristes francophones, dans les premiers temps, aient voulu y voir un « kopaaain ! ». Aucun des entrepreneurs de Jamendo n’a fait quoi que ce soit pour les détromper (s’il n’ont même sciemment entretenu la confusion), et — plus grave à mon sens — ladite confusion s’est même perpétuée dans l’esprit de gens qu’on pourrait pourtant croire plus instruits et raisonnables (nommément, les tenanciers de la « communauté » Creative Commons francophone).

    Le point de vue auquel j’aboutis, et que j’ai tenté de développer et de documenter ici, est que Jamendo est in fine une vitrine médiatique pour… Jamendo. Alors certes, on va enrober ça dans beaucoup de grands mots — mais la seule chose que mettent en évidence lesdits grands mots, hélas, n’est que l’imprécision conceptuelle de leurs promoteurs : confondre ainsi, dans une grande bouillasse intellectuelle, le Libre et le non-libre, le Libre et le « libre de droits », l’art et le « contenu », le rapport auteur/public et la « distribution » à sens unique… Vraiment, Zitor, vraiment, est-ce là une « porte d’entrée » souhaitable pour les « néophytes » ? Encore une fois, je préfère YouTube dans ce cas-là : même eux ont récemment compris qu’il existait un truc appelé les licences Libres.

    Donc dès l’instant où l’on remet les mots dans le bon ordre, oui, Jamendo est une cash-machine/start-up/tagada (même pas sûr qu’elle soit rentable d’ailleurs), et, oui, de ce fait il est complètement dans l’ordre des choses que Jamendo mise aussi sur Facebook. Comme je l’ai écrit dans l’article, je n’ai pas d’aversion contre Jamendo, je veux juste que les mots aient leur VRAI sens, et pas qu’on bidouille le langage pour lui faire dire n’importe quoi.

    Pour ce qui est d’ILV (merci d’avoir relevé l’allusion), j’ai un point de vue analogue quoi que différent sur certains détails. Mais vu que l’article Jamendo m’a demandé trois semaine de travail, je ne m’en tirerai pas avec « 3-4 lignes » à l’arrach’ sur ILV. Lorsque j’ai des reproches à adresser, je préfère avoir de quoi les étayer solidement.

  4. @Romain: En parlant d’illustrations, il y en a quelques-unes que Dotclear m’a mangé, repasse voir d’ici quelques heures pour la mise à jour…

    Pour « appas » : ça fait partie de ces mots de la langue classique que j’essaye de réintroduire ni-vu-ni-connu. Il y en a quelques autres — et c’est toujours beaucoup plus marrant si on peut les glisser avec une vacherie :-)

    Pour ce qui est de citer Jamendo en exemple, tu peux sans doute retrouver certaines de mes interviews (entre 2006 et 2008) où ça m’est également arrivé. C’est en partie par paresse intellectuelle, par mauvaise foi… mais aussi pour une part sincère : je pense que comme beaucoup d’autres gens, lorsque je parle de Jamendo j’ai tendance à y penser comme ce que je _voudrais_ qu’il soit et non comme ce qu’il _est_ effectivement. Nous autres Libristes, comme tout un chacun et peut-être même davantage, avons besoin de rêve…

  5. Jérôme

    Alceste : « Je sais que vos appas vous suivent en tous lieux ; Mais votre accueil retient ceux qu’attirent vos yeux ; » — Le Misanthrope, Acte II, scène 1, Molière :-)

    C’est pas plus simplement « appât » que tu voulais utiliser ? L’appât est ce qui appâte, c’est couramment employé… Les « appas » désignent les attraits féminins.

    Bravo pour la longueur de l’article – mais qu’est-ce que ça apporte vraiment au libre?

  6. @Jerome
    Qu’est-ce qui apporte quoi ? :D
    Cette article sert juste à faire la part des choses.
    Et Jamendo, à toi de voir …

    @vvilenave
    Non ce n’est peu être pas la meilleure « porte d’entrée » qu’il y ait, et est-elle ne serait-ce qu’une porte d’entrée au monde du libre ? Après, ça le (monde du libre) médiatise quand même un peu ;)

  7. Merci pour cet article détaillé et très bien écrit, vvillenave.

    En plus de tout ça:
    -le site de Jamendo est très lourd
    -cela fait plusieurs années que le P2P ne marche plus pour des tas d’albums
    – pour une entreprise, on attendrait de pouvoir télécharger du FLAC (voyez l’exemple du label indépendant Magnatune qui me semble moins injuste envers ses auteurs et ses clients)

    Jamendo avait l’avantage d’être plus agréable à fouiller que Dogmazic. Depuis Jamendo Pro ça dégoûte et tu as très bien expliqué pourquoi. Je rajouterai que l’interprétation de la licence CC-NC dépend de l’auteur et non de Jamendo ou de moi. Jamendo Pro est une escroquerie qui nous fait croire que n’importe quel commerçant a l’interdiction de passer de la musique NC dans son magasin. On peut dire que la licence NC est sujette à interprétation mais pas qu’elle interdit toute utilisation à qui vend des produits, seulement si on tire un profit direct de la musique. Payer Jamendo Pro ne nous exonère pas de la licence NC et ils ne peuvent pas parler pour les auteurs, c’est là l’escroquerie.

    Il reste que les gens qui font de la musique ne s’intéressent pas toujours à toutes ces questions de licence. La solution à Jamendo serait que les auteurs fichent le camp de ce site si du moins ils ne sont pas prisonniers?

    @Zitor: je ne vois pas comment une entreprise est plus forte si elle va chez Facebook. ÀMHA, les gens qui aiment le libre et la liberté devraient refuser d’aller sur Facebook et sur Twitter (coucou Framablog) et autres Google. Mais cela ne concerne évidemment pas Jamendo qui se fiche bien du Libre.

  8. Brillante analyse de ce qu’est réellement Jamendo. J’y ai moi-même publié autrefois quelques albums (dont un qui apparaît sur ta capture d’écran « Jamendo en 2005″, ce qui ne me rajeunit pas), avant d’en critiquer de plus en plus vigoureusement les pratiques (sous le nom de psychonada), pour finalement participer au blog « jamendouille » que tu as eu le bon goût de citer. C’est dire que j’ai suivi de près l’épopée grand-guignolesques de ces losers que sont Zimmer, Kratz et Gérard. Et pourtant, ton article m’a appris des choses que j’ignorais, notamment à propos du détail de leurs montages financiers.

    Oui, nous nous sommes trompés en considérant que Jamendo avait « mal tourné », car effectivement, Jamendo n’a jamais eu d’autre ambition, comme tu le dis si justement, que de « marchandiser » du « User Generated Content ». Mais il faut dire que, très cyniquement, Jamendo a tout fait pour faire croire aux novices que nous étions en la matière que nous étions bien sur un site communautaire de musique libre. Et même si Jamendo assume désormais de manière beaucoup plus décomplexée son statut d’entreprise capitaliste avide de profits, elle se présente toujours mensongèrement comme « n°1″ ou « leader » de la « musique libre ».

    Petite critique tout de même de l’article : toute la partie qui se fonde sur l’article « Jamendo » de Wikipédia me semble faiblarde, car elle en analyse les termes comme s’ils étaient des éléments de langage propres à Jamendo. Or c’est faux : je suis moi-même l’auteur de certaines formulations (évidemment bien édulcorées depuis), telles « concurrence avec la SACEM », mais je doute que cette manière de présenter « Jamendo Pro » soit revendiquée par le staff de Jamendo. Quant au terme de « licences ouvertes » qui te déplaît, nous avons commencé à l’utiliser précisément parce que certains libristes déniaient à ceux d’entre nous qui adoptaient une licence avec clause « non commercial » le droit de la présenter comme licence libre. Mais bon, personnellement, je veux bien dire que ma musique est diffusée sous licence « ma musique n’est pas une marchandise et ne doit pas servir à la marchandisation ni à quelque dumping social que ce soit au détriment des respectables tâcherons qui vivent en vendant de la musique au mètre » avec une clause « pas de liberté pour les ennemis du peuple ». C’est juste un peu plus long que « licence libre » ou « licence ouverte » avec clause NC, mais sans doute plus juste.

    Sinon, je ne suis pas d’accord avec la conclusion de ton article. Jamendo ne s’est pas érigé en « n°1 de la musique libre » par « méconnaissance profonde » (Zimmer, au moins, connaît bien le libre) mais par cynisme et opportunisme, pour surfer sur une vague qui semblait porteuse. Son (relatif) succès signe bien une certaine défaite du libre, en tout cas de la musique libre, dont les acteurs n’ont su ni s’organiser en collectif ni empêcher cette entreprise nuisible de se faire passer pour le seul porte-parole audible de la musique libre.

  9. Excellente chronique, il y a beaucoup à manger et c’est très équilibré dans l’ensemble. :-)

    J’ai appris pas mal de trucs sur les coulisses de Jamendo, j’ai été choqué par les propos de M. Zimmer sur le libre (et je pense pouvoir être en mesure de prétendre sans me tromper que ce type est un inintelligent fini), et je comprends beaucoup mieux le pétage de plombs de certains artistes qui retirent subitement leurs travaux de Jamendo (http://www.jamendo.com/artist/PhRey…).

    En me basant sur l’aperçu que j’ai de la mentalité de M. Zimmer, et sur l’évolution qu’a connu Jamendo ces dernières années, j’imagine l’avenir proche de la plateforme, et je pense pouvoir dire sans me tromper que ça n’est pas brillant. Mais alors pas du tout.

    Tu dis que Jamendo deviendra un Deezer-like, je pense plutôt qu’il deveindra un Myspace-like. Et l’attitude des artistes partisans du partage qui se vendront à Zimmer sera assimilable à l’attitude des artistes engagés qui se vendent à Murdoch. Écœurant.

    Pourtant je suis (depuis peu) un « shareable-culture evangelist » tout comme je suis un « openformat evangelist » depuis un peu plus longtemps. Je suis peut-être même parfois plus radical en ce qui concerne la culture partageable qu’en ce qui concerne les formats ouverts, parce qu’il me paraît beaucoup plus difficile de refuser de la culture parce qu’elle n’est pas partageable (le fameux credo « If I can’t share it, I don’t take it ») que de refuser une information parce que son format numérique est fermé (« If I can’t read it, I don’t take it » : il faut avouer que c’est beaucoup plus facile à comprendre, même pour un non-libriste).
    Je suis donc de ceux qui pensent que la culture partageable doit se répandre au maximum, se partager aussi bien sinon mieux que la culture non-partageable (paradoxe, hein ? :) ), quitte à faire des compromis comme signer des contrats avec des businessmen peu scrupuleux, du moment que la musique reste partageable et que ça permet de toucher un public plus large.

    Seulement dans le cas qui nous intéresse, on n’est plus dans cette configuration. Le modèle Jamendo est non seulement mauvais pour les artistes, mais aussi pour la culture en général. Les businessmen qui sont derrière ne sont pas seulement vicieux, ils sont aussi incompétents. S’ils ne comprennent pas la philosophie des libristes et des partisans de la culture partageable, ils ne *peuvent pas* faire de l’argent avec. Le modèle Jamendo est voué à se casser la figure (oui, pour cela il faudrait aussi que les libristes arrêtent de se prosterner aveuglément devant Jamendo et se débarassent de toutes leurs idées reçues sur l’art, cf librologie 6, mais j’y reviendrai plus bas).

    Zimmer est de ceux qui croient que pour conquérir la clientèle Michu (à ce stade-là ce ne sont plus des utilisateurs, ce sont bien des clients), il faut faire une plateforme Michu-compliant (c’est-à-dire qu’on met du Facebook, du Twitter, du kikoolol de partout, et ça suffit). Il est de la même trempe que ces FLOSS-evangelists qui nous rabattent les oreilles avec leur « linux-desktop » qui devrait conquérir le monde l’année prochaine si tout va bien et si le temps le permet, et ce depuis des années, tout simplement parce que les interfaces sont mûres, que le nouveau KDGnomeFCE est sexy-beautiful-amazing et peut être utilisé par les imbéciles et les malcomprenants, etc.
    Remettons les pendules à l’heure : si Madame Michu utilise Firefox et VLC, ça n’est pas parce que ces logiciels ont été conçu dans l’optique « plaire à Madame Michu ». Madame Michu n’est pas allé chercher toute seule son Firefox sur mozilla.org avec son Internet Explorer sur un coup de tête. Madame Michu utilise Firefox chez elle parce qu’elle l’utilise dans son entreprise. Pourquoi ? Parce que le sysadmin de l’entreprise a mis Firefox partout. Pourquoi ? Parce que le geek mainstream a dit au sysadmin que Firefox, c’est super. Pourquoi ? Parce que les libristes barbus ont dit au geek mainstream qu’ils utilisaient Firefox. Pourquoi ? Parce que Mozilla a fait un navigateur avant tout pour satisfaire les libristes, pas pour satisfaire Madame Michu. Ça n’est qu’après avoir atteint un certain niveau de succès que Firefox s’est kikoololisé pour devenir Madame-Michu-compliant. Pas avant.
    Du côté du linux desktop, c’est pareil, on a une chaîne : libriste -> geek mainstream -> entreprise -> Michu. (schéma simplifié, en réalité il y a un peu plus d’étapes). Le problème, c’est que le geek mainstream, il veut jouer avec son Linux. Or, il ne peut pas. Pas grave, disent les libristes : Madame Michu n’a pas besoin de jouer. Et voilà pourquoi on n’arrive jamais au bout de la chaîne : on saute un maillon. Voilà pourquoi Madame Michu a adopté VLC mais pas Linux, bien que le second ne soit pas plus difficile à utiliser que le premier.

    Pourquoi je parle de tout ça ?… Ah oui, Jamendo.
    C’est le même genre de modèle. Jamendo voulait plaire aux libristes, maintenant il veut attaquer le grand public, en considérant que son succès actuel est une base suffisante, en prenant le virage beaucoup trop tôt. Et en abandonnant tout ce qui faisait son succès auprès des libristes.
    Que veulent les libristes ? Une plateforme libératrice, respectant un minimum de principes éthiques. Que veut Madame Michu ? Du confort et du kikoolol.
    Que fait Jamendo ? Il ajoute confort et kikoolol à sa plateforme, alors que les libristes n’ont même pas encore parlé de Jamendo à Madame Michu, ni même aux geeks mainstream (sauf un petit peu au sein du PPF, mais il serait bien que Jamendo cesse de voir les choses uniquement du point de vue franco-français/luxembourgeois/européen de l’ouest), et qu’au sein des libristes, le débat culture partageable vs culture propriétaire commence tout juste à poindre ! Il ajoute de la pub, intègre du Facebook, du Twitter, devant fait l’impasse sur le bittorrent, abandonne le format ogg vorbis, revoit sa comm’ pour les rares businessmen intéressé par la culture partageable et ternit son image devant la foule de libristes qui attendaient beaucoup de Jamendo.
    (Un point positif, quand même, c’est le lecteur embarqué : une version javascript cohabite avec la version flash. Je ne sais pas combien de temps ça va durer.)
    Que veulent les artistes ? Une plateforme qui leur permet de proposer facilement la musique aux internautes, qui les soutienne dans leur activité et qui ne les considère pas comme de la viande.
    Même ça, Jamendo est en train de le perdre…

    (Tiens, je viens de me rendre compte d’un truc : « libre » n’évoque rien à Madame Michu, alors on parle de « gratuit » chez Jamendo…Pourquoi ne parle-t-on pas de « partageable », terme parfaitement compréhensible pour l’internaute lambda ? La seule explication que je trouve, c’est que ça parle aux commerciaux. Le « commerce du gratuit », ils connaissent. Le « commerce du partageable », ça ne leur évoque rien. Pire, ça doit les effrayer, puisque ça sous-entend une absence de contrôle central…)

    Bref, Jamendo n’aide ni les artistes (enfin, trop peu), ni les utilisateurs, ni les quelques businessmen qui continueront à y croire avant que celui-ci ne dégringole.

    La solution ? À mon avis elle est dans la concurrence. Et c’est là qu’on touche du doigt la raison pour laquelle Jamendo va se casser la figure.
    Les libristes, comme les artistes, se plaignent de plus en plus de Jamendo : une demande est en train de naître. Une demande pour le moment insatisfaite par la concurrence (Dogmazic, pas agréable à utiliser, ne correspond pas aux attentes), mais qui va, je pense, atteindre bientôt une taille suffisante pour voir apparaître une plateforme concurrente à Jamendo, qui sera respectueuse des libristes (proposera de vrais formats ouverts, du vrai p2p…), et aussi agréable à utiliser que Jamendo (on remarquera que de ce côté-là, Jamendo a bien prévu le coup pour étouffer la concurrence : on ne peut reprendre aucun élément de l’interface, tout est sous copyright).

    Je ne dis pas forcément qu’on va avoir demain un outsider qui deviendra LE RedHat de la musique partageable, et qui saura associer respect du partage et business en étant tout autant plébiscité que Jamendo…
    On peut simplement imaginer une plateforme différente, faite par des gus dans leurs garage avec trois fils et du scotch plutôt que par des commerciaux avec beaucoup de moyens : un site qui se contenterait de construire un index géant de la musique partageable et les métadonnées qu’il y a autour, le partage étant assuré par la communauté elle-même, sur la base de la licence, un peu comme avec freetorrent.fr (où ce ne sont pas forcément les créateurs eux-mêmes qui seedent le contenu).

    ################

    Sur quelques points de l’article, maintenant.

    « Ce champ lexical économique/entrepreneurial se poursuit dans le second paragraphe, avec des termes tels que « positionnement », « start-up », « investisseurs », « concurrence avec la SACEM » (sic !!), « utilisation commerciale à des prix compétitifs ». »

    On peut lire également « libre de droits SACEM » dans la version française, et « royalty-free music » dans la version anglaise. Ça n’est pas incorrect, mais ça montre quel public on cible…

    « s’inscrivent à la fois à la SACEM et sur Jamendo »

    De ce côté là, la situation est en train de changer. Il me semble que face aux critiques Jamendo a finalement supprimé les comptes des artistes irrespectueux des conditions d’utilisation (l’effet PUR ?).
    La SACEM a récemment accepté d’autoriser certaines licences partageables, et comme on pouvait s’y attendre, il s’agit des moins permissives, les CC-BY-NC-ND. Un cadeau empoisonné bien sûr, le but étant de dire aux artistes : « tu peux concilier la vague hype des CC tout en palpant du blé grâce à la SACEM, mais pour ça il faut que tu choisisses la licence la moins libre possible ».
    Et ce que nous dit la SACEM, c’est que ses sociétaires doivent pouvoir utiliser les licences CC-BY-NC-SA, parce que les artistes ont le droit de faire des erreurs de jeunesse, et en espérant qu’ils reviendront par la suite dans le droit chemin de l’utra-capitalisme. C’est aux antipodes de ce que pensent certains libristes, qui considèrent que les artistes encore trop peu familiers avec le monde du libre doivent pouvoir utiliser des licences moins permissives, en espérant qu’un jour ils passeront à des licences entièrement libres…

    « http://kd2.org/r/jamendo-licences« 

    Pourquoi mettre une url courte ?
    http://blogs.kd2.org/bohwaz/?2010/1

    « Quant à l’expression « téléchargement gratuit et légal » (adjectifs auxquels s’adjoindra à l’occasion « illimité », voir ci-dessous), elle est simplement calquée sur les argumentaires publicitaires de fournisseurs d’accès ou de sites commerciaux. »

    Oui, on est au même niveau de communication que la Carte Musique Jeune, les clips HADOPI, Deezer, MySpace, MafiaUpload, RapineChère et toutes ces bêtises : « Hey les djeunz’, vous voulez du fun et du gratos sans vous faire pécho par les keufs ? Venez chez nous ! ». (Je caricature, hein…)

    Mais c’est amusant de se mettre dans la peau du public ciblé, celui qui veut du Britney Spears pas cher à se mettre dans la poche. Ledit public va croire qu’il s’agit d’un site permettant d’accéder à ses désirs sans craindre HADOPI (comme les autres sus-cités), cherchera deux-trois de ses artistes préférés avant de constater qu’il ne les trouve pas, puis va se ruer sur Deezer ou sur MegaFileShare, et y rester. Entre temps, il n’aura pas découvert ni fait connaître d’artistes, il aura simplement constaté que Jamendo, saynul parce que ça ne répond pas à ses besoins, mais aura bouffé suffisamment de pubs au cours de sa recherche pour que cela profite à Jamendo. On est vraiment dans une stratégie économique de court terme.

    Concernant les aspects positifs de Jamendo : il faut l’avouer, il y en a. Peu, mais ceux-ci sont de taille.

    Tu cites les « boutiques », je suppose que Jamendo s’est inspiré du modèle Trent Reznor sur ce coup-là. Il y a même des boutiques de CD, avec des titres disponibles en FLAC (mais j’aimerais bien savoir si ces fichiers lossless sont partageables ou non, avant d’acheter quoi que ce soit…).

    Tu cites la recherche d’alternatives. J’en connais qui sont choqués, parce qu’ils pensent que si on peut remplacer un logiciel par un autre, pour effectuer une tâche donnée, on ne peut pas remplacer un artiste par un autre, ou remplacer une œuvre par une autre. Mais je n’ai moi-même pas d’avis tranché sur la question.
    Ce moteur de recherche d’alternatives est très très mauvais. D’abord parce qu’il ne comptabilise que des artistes très connus, ensuite parce qu’il n’est pas pertinent. Si je clique sur « Rammstein », par exemple, je tombe là-dessus : http://www.jamendo.com/fr/artist/Ra… . Du trash metal et de l’électro-industriel essentiellement. On est très très loin de Rammstein. Le seul qui s’en rapproche un peu, c’est le troisième de la liste : http://www.jamendo.com/fr/track/131… (mais c’est chanté en français, j’aime pas du tout… :( ).
    Pourtant il y en a du metal industriel et du NDH sur Jamendo ! Pas beaucoup, certes, mais en creusant un peu, on trouve des trucs qui ressemblent *vraiment* à Rammstein : http://www.jamendo.com/fr/track/172

    Les grands avantages de Jamendo sont à mon avis l’interface, très agréable, et la quantité de contenu (dont tu critiques la mise en avant). L’interface est très agréable, il est très facile de rechercher par catégorie, par popularité, par tags, par pays, de trouver des albums similaires à celui qu’on écoute, de consulter les profils et les playlists des utilisateurs dont on partage les goûts, etc.

    La quantité d’albums est à mon avis un avantage important : il ne faut pas oublier que en théorie, Jamendo n’est pas là pour fournir du contenu mais pour donner de la visibilité à du contenu en centralisant l’information décrivant ce contenu. En d’autres termes, un artiste pas trop idiot (je sais, ce que je vais dire va discréditer beaucoup d’artistes présents sur Jamendo) décide de publier ses travaux, il les partage sur son site perso, son blog, bittorrent, ou toute autre endroit où il a le contrôle, puis va se créer un compte sur Jamendo pour pouvoir être trouvé facilement. Une base de données centralisée de la culture partageable permet à cette culture partageable de se faire connaître par la recherche ciblée plutôt que par le bouche à oreille.
    Ainsi, si je déconseille fortement à un artiste de compter sur Jamendo pour diffuser son contenu (piège dans lequel tombent 99,99% des artistes qui y sont présents actuellement), je conseillerais à un artiste de compter dessus pour se faire connaître (du moins tant que Jamendo est la plus grande base exclusive de musique partageable sur le net).

    Il y a d’autres avantages à Jamendo, comme la certification que c’est bien l’artiste lui-même qui a uploadé ses travaux sous ces licences. C’est en tout cas ce que j’ai compris du label « SafeCreative » fièrement affiché sur les pages des musiciens sur Jamendo. Mais je n’ai pas creusé plus loin pour savoir comment ça fonctionnait.

  10. @libre-fan :

    « je ne vois pas comment une entreprise est plus forte si elle va chez Facebook. ÀMHA, les gens qui aiment le libre et la liberté devraient refuser d’aller sur Facebook et sur Twitter (coucou Framablog) et autres Google. Mais cela ne concerne évidemment pas Jamendo qui se fiche bien du Libre. »

    C’est très centré sur l’entreprise, comme propos. Il ne faut pas oublier que le but de ce genre de plateforme, c’est de donner de la visibilité aux artistes, ou plutôt de donner aux artistes les outils nécessaires pour obtenir de la visibilité facilement. En cela l’intégration de Facebook et de Twitter me semble appropriée (mais c’est un point de vue très extérieur que je donne là : je n’ai pas de compte Facebook, je bloque tout le javascript qui vient des réseaux sociaux, et quand je parle d’artistes qui partagent leurs travaux, c’est sur d’autres réseaux :-) )

    Bref, pensons avant tout aux artistes. Ils ne sont peut-être pas libristes, ils sont peut-être sots ou aveugles pour faire confiance à Jamendo/MySpace/Deezer/Soundcloud/Bandcamp/etc., mais ils font l’effort de placer leurs travaux sous licence libre, c’est déjà un grand pas en avant. ;-)

    @incaudavenenum :

    « C’est juste un peu plus long que « licence libre » ou « licence ouverte » avec clause NC, mais sans doute plus juste. »

    Pourquoi ne pas parler de licence partageable ? Ce n’est pas beaucoup plus long à dire ou à écrire, et ça me semble juste…

  11. Merci à tous pour ces remarques. Je réponds à la truelle (après une rude journée de boulot) :

    @Jérôme: Si j’avais voulu dire « appâts », j’aurais dit « appâts »… Mais je n’ai à aucun moment sous-entendu que la politique fiscale et banquaire du Luxembourg a pour vocation d' »appâter » les clients, c’est grave ce genre d’insinuations :-)

    @Zitor: D’accord. Porte d’entrée accidentelle, on va dire alors…

    @incauda: J’avais initialement prévu d’ouvrir sur une phrase extraite de Wikipédia pour présenter Jamendo de façon « neutre et objective » avant d’en venir à une critique idéologique. Puis en découvrant la page Wikipédia, j’ai été abasourdi de voir combien elle était formulée de façon maladroite et (involontairement) orientée… et il m’a semblé que cette grossièreté conceptuelle était en fait largement métonymique de la « pensée » de Jamendo lui-même. Il m’a donc paru intéressant de commencer par décortiquer ces deux paragraphes de Wikipédia (le reste de l’article ne vaut d’ailleurs guère mieux). — Pour ce qui est de l’historique de l’article, je l’ai amplement compulsé également :-)

    La clause NC mérite un article à elle toute seule (c’est un article que je rédige depuis 2007 et qui n’est toujours pas prêt).

    Vous remarquerez que je n’ai accusé aucun des tenanciers de Jamendo de « cynisme » ou « opportunisme ». Ce qui se passe (ou pas) dans leurs têtes m’intéresse peu, et ce n’est pas mon propos. Le terme « méconnaissance profonde » n’est pas si indulgent que vous le lisez, cependant : faire tout un foin (et un pseudo-business model) autour du mot « Libre » comme ils l’ont fait depuis 2005, sans avoir pris le soin de savoir ne serait-ce qu’un peu ce dont il s’agit, témoigne pour le moins d’une conception douteuse du professionnalisme. (Je crois que mon article le montre amplement.)

    @gnuzer : Aaah, mon ami gnuzer ; je te devine en forme aujourd’hui, non ? :-)

    Alors, tout d’abord, _merveilleuse_ démonstration sur la chaîne barbu -> mainstream -> michu. Je partage tout à fait cette opinion (qui n’est pas sans m’évoquer, mais de très loin, la façon dont ont progressé dans la société les idées des Lumières au long du XVIIIe siècle).

    Effectivement, le raisonnement tenu par Jamendo est à courte vue et a commis l’erreur (probablement rédhibitoire, l’avenir le dira) de ne pas se mettre en devoir de _mériter_ le respect de ceux qui en savent plus long qu’eux — c’est-à-dire, d’une part les auteurs et d’autre part les Libristes. Et plus cette erreur leur a été démontrée, plus ils ont choisi d’y persister aveuglément. (Ça s’appelle comment ça, déjà ? Ah oui, la stratégie Lefèbvre.)

    S’il te plaît, ami gnuzer, veille à ne point employer l’acronyme malheureux (et de sinistre mémoire) PPF. Le Parti Pirate, c’est le Parti Pirate tout court. (Si tu veux parler de nos amis de l’étranger, tu peux dire Piratenpartei, Piratpartiet ou Partido Pirata. Pour les belges ou les luxembourgeois,… je te laisse te débrouiller.)

    Pensons aux musiciens, aux chanteurs, aux auteurs… (je préfère éviter de parler des « artistes »). Le choix du Libre est courageux (j’en reparlerai un de ces jours), c’est un choix qui souvent passe par des cases semi-ou-pasdutout-Libres (freeware, NC) mais qu’il faut accompagner.

    Bon, là-dessus comme j’avais promis du « à la truelle », je m’arrête pour l’instant.

  12. Article très intéressant et très complet, que j’ai d’ailleurs relayé sur mon blog :)
    Pour compléter, je suis tombé il y a peu de temps sur cet article (une interview de Pierre Gérard). Là il y assume pleinement l’aspect business de Jamendo, les licences Jamendo.PRO qui donnent tous les droits aux clients, et personnellement j’y ai même vue entre les lignes une possible volonté de s’émanciper à terme des licences CC (ce qui a peut-être déjà commencé avec la généralisation, en septembre 2011, d’une certification Jamendo-PRO pour tous, y compris ceux qui ne veulent pas participer aux programmes PRO de Jamendo) : http://www.blogdechefgeorges.fr/art

  13. @chefgeorges: Intéressant. Mais j’en fais une lecture légèrement différente :
    « nous ne nous interdisons pas de faire évoluer l’encadrement des licences » -> autre hypothèse, Pierrot Gégé n’a pas la moindre idée de ce dont il parle et n’a toujours pas compris qu’une licence, c’est une licence — autrement dit, un engagement contractuel **complet** dont il n’a aucune légitimité pour choisir de s’abstraire unilatéralement.
    S’il faut parier entre l’hypothèse du « ils ont un plan® » et celle de l’ignorance pure et simple, je crois que vous avez compris vers laquelle des deux je penche :-)

    (Après, c’est pas comme si cette question nous importait **vraiment**. Alles ist relativ.)

  14. @gnuzer, sur la chaine d’adoption des LL :

    >Remettons les pendules à l’heure : si Madame Michu utilise Firefox et VLC, ça n’est pas parce que ces logiciels ont été conçu dans l’optique « plaire à Madame Michu ». Madame Michu n’est pas allé chercher toute seule son Firefox sur mozilla.org avec son Internet Explorer sur un coup de tête. Madame Michu utilise Firefox chez elle parce qu’elle l’utilise dans son entreprise. Pourquoi ? Parce que le sysadmin de l’entreprise a mis Firefox partout. Pourquoi ? Parce que le geek mainstream a dit au sysadmin que Firefox, c’est super. Pourquoi ? Parce que les libristes barbus ont dit au geek mainstream qu’ils utilisaient Firefox. Pourquoi ? Parce que Mozilla a fait un navigateur avant tout pour satisfaire les libristes, pas pour satisfaire Madame Michu. Ça n’est qu’après avoir atteint un certain niveau de succès que Firefox s’est kikoololisé pour devenir Madame-Michu-compliant. Pas avant.

    J’ai peut-être tort, mais j’ai une tout autre idée de « comment Firefox est arrivé chez Mam’ Michu » :

    Revenons au commencement : Au début était venue la bête, entourée d’un nuage bouillonnant de vengeance… hum, je m’égare déjà! Donc, je disais : Au début, était la Netscape Communications Corporation, éditant le Netscape Navigator, concurrent de NCSA Mozaic et surnommé __Mozilla __ — Mozaic Killa (killer) –. Le projet Firefox commence dès le printemps 2002, sous l’apparence d’une branche expérimentale de la plateforme Mozilla conduite par David Hyatt et Blake Ross14. Ils considéraient alors que le succès du projet Mozilla était compromis, tant par les besoins commerciaux du commanditaire Netscape que par l’expansion incessante des fonctionnalités induite par ses propres développeurs. (src: wikipedia). Un beau jour, le 15 juillet 2003, Time Warner (anciennement AOL Time Warner) dissous Netscape (src: wikipedia). Dans la foulée, la Mozilla Foundation (en français, « Fondation Mozilla »), un organisme à but non lucratif, est établi en juillet 2003 pour gérer le développement et assurer la publicité des logiciels libres issus de la suite Mozilla. Elle succède ainsi à Netscape Communications Corporation en tant qu’entité chapeautant mozilla.org (src: wikipedia).

    Voila pour la naissance. Firefox n’est pas né « from Scratch », d’un produit pensé pour les libristes : « le navigateur de Netscape a été utilisé par plus de 90 % des internautes avant la première guerre des navigateurs. » (src: wikipedia). Il est né de la libération d’un produit mainstream (au sein des utilisateurs de l’époque).
    De plus, depuis le début, Firefox a veillé à être Michu-compliant : « En octobre 2003, le graphiste professionnel Steven Garrity a publié sur son site Web un article décrivant tout ce qu’il considérait comme bancal dans l’image de Mozilla26. […] Peu après, la Mozilla Foundation a invité Garrity à prendre la tête de sa nouvelle équipe d’identité visuelle27. La sortie de Firefox 0.8 en février 2004 a suscité un nouvel effort sur la marque, présentant notamment de nouveaux logos dessinés par Jon Hicks, qui avait travaillé précédemment sur Camino. »(src: wikipedia)

    Donc pour le début de la chaine « Libriste » –> « geek mainstream », la copie est à revoir.

    Ensuite, le maillon « geek mainstream » –> « sysadmin » : c’est peut-être possible, mais ça ne signifie pas –loin de là– que du coup, le sysadmin installe Firefox sur les postes… C’est bien vite oublier que le sysadmin a des chefs qui **adorent** Internet Explorer, le truc qui fait tourner leurs supers applis pro bourées d’activeX et autres techno fermées. J’ai encore des remarques du support informatique au boulot du genre : « Firefox, c’est pas une appli autorisée ça » et de faire semblant d’être sympa avec moi en ne le désinstallant pas.

    Le maillon « entreprise » –> « Mam’ Michu » est aussi criticable… je ne compte pas mes collègues (informaticiens) qui continuent à utiliser majoritairement IE même après avoir installer un __vrai__ navigateur à côté… alors pour Mam’ Michu!

    IMHO, la chaine d’adoption de Firefox ressemble plutôt à :
    Early adopters (les 90% d’internautes utilisateurs de Netscape Navigator étaient à l’époque en quelque sorte des early adopters d’internet) –> geeks mainstream –> Mam’ Michu + entreprise. C’est en utilisant Firefox chez eux que les chefs des sysadmins ont donné leur go pour l’installation dans la boite. Il ne me semble pas que Firefox ait eu à un moment ou un autre une base d’utilisateurs composée majoritairement de libristes.

    PS: ensuite, il est absolument clair que le succès de Firefox reste du à son aspect « Power-User-compliant ». Le maillon central, le geek mainstream, ne serait pas amoureux de Firefox sans ses extensions et son about:config.

  15. > La clause NC mérite un article à elle toute seule (c’est un article que je rédige depuis 2007 et qui n’est toujours pas prêt).

    Voilà un article que je lirai(s) avec le plus grand intérêt et la plus grande attention, car je l’avoue, j’avais été un peu surpris de la voir disparaître du « footer » de framasoft.net. Mon antilibéralisme primaire m’avait d’ailleurs poussé à faire le rapprochement avec l’avènement de l’open source en tant que manière cool de faire du libre tout en se laissant la possibilité de faire du pognon — sans effaroucher l’actionnaire potentiel. C’est dire combien j’ai besoin de vos lumières ;-)

  16. @vvillenave : Pour le week-end à venir, merci, et longue vie aux librologies !

  17. C’est toujours un immense plaisir de te lire Pers !
    Excellent article, que je rejoins parfaitement.
    Tchuss ! ; )

  18. Pierem

    Merci pour cet article (et tout les autres)

    J’ai été contributeur de jamendo entre autres sites et pense faire parti de la multitude qui espère encore qu’internet recel des moyens proches ou futurs de vivre de mes créations.

    j’imagine que d’un point de vue légal, la pratique culturelle amateur bascule en activité professionnel dès qu’il y a perception récurrente de revenus ?
    Quid de la multitude de sites où l’utilisateur est mis à contribution en tant que créateur « travailleur » du gratuit; par exemple pour faire des logos, remixer ou créer de la musique et bien d’autres choses qui sortent du cadre strictement amateur (si on considère cette notion ) et qui vont générer des revenus surtout aux éditeurs, propriétaires des services et pour une part ridicule à un tout petit nombre de contributeurs.
    C’est un modèle qui devient courant, et qui s’accentue avec la précarité économique.
    Beaucoup de gens sont prêts a donner du temps et des compétences contre une façon d’exister et d’espérer un jour mériter une rétribution !

    Il faudra bien qu’un jour des moyens justes ne sont mis en place pour organiser cette rétribution :
    revenu universel, licence globale … ?

  19. @Nehoryn, osef: merci !

    @Pierem: C’est un vaste problème. Si vous avez suivi ces chroniques, vous aurez vu que j’ai déjà tenté de récapituler quelques questions autour de cette distinction amateur/professionnel (épisodes 3 et 6 notamment), dont vous avez tout à fait raison de souligner qu’elle sert souvent à mettre en place une main-d’œuvre non rémunérée mais très rentable pour les tenanciers des sites « 2.0 ». C’est pour cette raison que M. Kratz (ex-patron de Jamendo) me fait sourire lorsqu’il parle de « désintermédiation », alors que des entreprises comme Jamendo ne servent en fait qu’à substituer de **nouveaux** intermédiaires à ceux du passé : si jusque là les éditeurs ou producteurs s’enrichissaient grâce au travail des auteurs, aujourd’hui c’est le tour des web-entrepreneurs.

    Cette évolution, vous avez raison de le remarquer, prend place dans un contexte de mutation sociale, où de plus en plus de gens se désintéressent du modèle capitaliste traditionnel (je bosse pour gagner ma croûte, et je n’existe que par mon travail) : ayant de moins en moins de chances de trouver un travail qui les intéresse (ou, s’ils en ont un, de le garder), beaucoup de citoyens sont prêts à passer du temps à produire des richesses autrement, sans le faire **pour** gagner de l’argent, et souvent sans même s’en rendre compte (par exemple en créant, en partageant ou en commentant des « contenus » sur le Web).

    Je ne dirai pas que ce travail « mérite une rémunération », car ce serait tenter d’appliquer l’ancien modèle sur une nouvelle société qui n’a plus grand chose à voir avec celle d’il y a deux siècles. Je dirai, en revanche, que la question de la répartition des richesses, de la justice sociale, et, oui, d’une « désintermédiation » des rapports sociaux et financiers est une question de plus en plus urgente. L’État peut-il y apporter des réponses ? L’avenir le dira, mais pour l’instant sa seule préoccupation a plutôt été de chercher à ressusciter les modèles capitalistes anciens, c’est-à-dire les robinets à pognon destinés aux industriels (la « licence globale » risquant fort de devenir le n-ième robinet à pognon). Si l’État n’a pas de réponse, alors la réponse viendra des citoyens eux-même : diffusion décentralisée, économie itou, règne du bidouillage et du jeu au chat et à la souris avec les forces de l' »Ordre » (au sens du « Parti de l’Ordre »)… En tout cas une chose est sûre : la vie politique, culturelle et médiatique de ce pays n’est plus l’apanage d’une poignée de puissants, et je suis extrêmement fier d’avoir pu vivre cette époque (dont j’espère bien qu’elle n’est qu’un commencement).

  20. Je reste subjugué par ces déchaînements verbaux à l’encontre de notre site Jamendo. Cet article est bien sûr d’une subjectivité absolue mais plus grave plein d’imprécisions et de contre-vérités. Le sous-entendu présenté sous forme de référence à des propos tenus par des tiers « la démarche de Jamendo confine à l’escroquerie » confine à mon sens à de l’escroquerie intellectuelle comme en témoignent également les points suivants.

    Par exemple, en affirmant que les fondateurs n’avaient lors de la création de Jamendo aucun historique dans le mouvement libre alors que nous avions créé dès l’année 2000 une des premières entreprises promouvant les logiciels libres au Luxembourg, participant régulièrement au Linux Days par exemple et ayant développé de nombres projets basés sur les technologies open-source. Mais nous ne sommes pas à une imprécision près et j’encourage l’auteur à compléter ses recherches.

    Nous contestons aussi vivement toute violation de licences. Jamendo diffuse les oeuvres sous licence Creative Commons et propose un système souvent nommé Dual Licensing qui permet aux créateurs de rejoindre notre programme PRO qui devient alors une extension de la licence CC. Nous avons vendu des dizaines de milliers de licences et n’avons jamais eu de problème majeur remettant en cause notre système.
    Je précise d’ailleurs que quelque soit la licence CC choisie par l’artiste, la démarche d’inscription au service PRO reste toujours volontaire. Nous pourrions par exemple automatiquement intégrer au catalogue PRO les contenus proposés en licence BY (la plus « libre »), ce que nous ne faisons pas.
    Jamendo est d’ailleurs un des sites de référence reconnus par Creative Commons, nous avons également été soutenu à plusieurs reprises par Larry Lessig, fondateur des licences CC.

    Une des raisons d’avoir demandé le label Hadopi était également de « valider » notre contenu, M. Villenave si comme vous le dites «des artistes s’inscrivent à la fois à la SACEM et sur Jamendo », il fallait profiter de la procédure de labellisation Hadopi de Jamendo pour le notifier et ne pas l’écrire dans cet article sans aucune preuve.

    Oui Jamendo est une entreprise commerciale, employant une quinzaine de personnes, rémunérant régulièrement plusieurs centaines d’artistes et proposant un service d’hébergement, de promotion et de diffusion gratuit à des milliers d’artistes.
    Reconnaissez-nous au moins notre liberté (ce mot vous semble si cher) d’entreprendre et la liberté des artistes de nous rejoindre. Il y a 40.000 artistes inscrits sur Jamendo proposant 330.000 titres avec plus d’un million d’écoutes par jour et tout ceci librement et gratuitement. C’est aussi ça notre contribution au libre.

    5500 artistes ont rejoint notre service PRO avec qui nous partageons 50% de leur revenu, un des ratios les plus élevés aujourd’hui sur le web.

    Nous n’obligeons personne à utiliser Jamendo, nous ne sommes pas exclusifs et les artistes peuvent se désinscrire à tout moment. C’est aussi ça la liberté.

  21. Pourquoi l’obligation d’être inscrit dans le programme Pro pour toucher des dons ?
    Pourquoi ne pas donner la possibilité aux auteurs/musiciens d’être contacté directement sans passer par Jamendo Pro ?
    La Sacem est constituée d’auteurs, compositeurs et éditeurs, et Jamendo ?
    Que fait Jamendo pour promouvoir les artistes ? (sorry V., trop long auteurs/musiciens/interprétes/compositeurs/ingé son etc., et pis, nous sommes tous des artistes;) )
    Tant qu’à donner des chiffres, combien touchent les plus chanceux sur Jamendo ? Combien sont-ils ?

    À part ça, c’est bien connu, les artistes sont des juristes avertis… Merci pour cette phrase fort éclairante : « une des raisons d’avoir demandé le label Hadopi était également de « valider » notre contenu » . Quel mépris !

  22. Très cher Pierre G.
    C’est toujours avec amusement que je vous lis. A chaque lecture je suis un peu plus persuader qu’on ne parle pas la même langue et que tout simplement vous n’avez vraiment pas compris l’éthique et les valeurs des libristes et encore moins les désidératas profonds des auteurs-compositeurs en général.
    Vous dites : « Le sous-entendu présenté sous forme de référence à des propos tenus par des tiers »…. hmhm, vous parlez de qui exactement ?

    Autre point : « en affirmant que les fondateurs n’avaient lors de la création de Jamendo aucun historique dans le mouvement libre alors que nous avions créé dès l’année 2000 une des premières entreprises promouvant les logiciels libres au Luxembourg ». Intéressant votre raccourcis « mouvement du libre » = « entreprise promouvant les logiciels libres au Luxembourg » = « open-source ». Je suis persuader que même chez Apple ça doit bien faire rire :D

    Concernant les sujets que je maitrise plus : « Nous contestons aussi vivement toute violation de licences ». Forcément vu que le dual-licensing est « légal », vu que les Législateurs Européens (entres autres) n’ont pas encore intégrer complètement (ni compris) les licences libres et plus généralement tout ce qui diffère des vieux systèmes de collecte des droits d’auteurs. Donc Jamendo utilise un espace de flou juridique. C’est « légal » certes, mais éthiquement parlant…

    Vous êtes également très « versatile », car vous dites : « permet aux créateurs de rejoindre notre programme PRO qui devient alors une extension de la licence CC » alors que dans une autre article vous êtes capable de dire : « En ce qui concerne notre licence Jamendo Pro, c’est une licence commerciale, qui n‘est plus dans le cadre des CC ». Amusant, non ? lol. D’autant que Laurent Kratz a lui-même confirmé récemment que les licences PRO sont des licences Spécifiques, créées par Jamendo pour son propre usage, et qu’elles ne sont pas des licences CC.

    « Nous avons vendu des dizaines de milliers de licences et n’avons jamais eu de problème majeur remettant en cause notre système » Nooon, juste des groupes qui claquent la porte, des plaintes et des coup de gueules qui s’accumulent sur les forums, des broutilles…

    « Je précise d’ailleurs que quelque soit la licence CC choisie par l’artiste, la démarche d’inscription au service PRO reste toujours volontaire » Oui sauf que depuis septembre 2011 une certification PRO est OBLIGATOIRE pour tout album présent sur Jamendo. C’est sur votre Facebook.

    « Nous pourrions par exemple automatiquement intégrer au catalogue PRO les contenus proposés en licence BY (la plus « libre »), ce que nous ne faisons pas. » Franchement là, je me suis bien marré :D un grand merci ! Vive la démago ! Comme si… non mais franchement vous avez pas honte un peu de ce genre « d’arguments » façon cours de récré…

    « Reconnaissez-nous au moins notre liberté (ce mot vous semble si cher) d’entreprendre et la liberté des artistes de nous rejoindre. » Le problème (fondamental !) cher Pierre, c’est que l’usage d’une liberté légitime n’a de sens que si elle est comprise. Hors, Jamendo se cache bien d’expliquer en détail son fonctionnement. Vous êtes une entreprise, qui apparemment assume complètement son fonds de commerce de ventes de licences. Sauf que beaucoup d’artistes (notamment « amateurs ») qui rejoignent le site n’ont pas du coup une pleine et entière connaissance de votre politique. (D’ailleurs une majorité ne sont pas au courant qu’une fois sur PRO, toutes les clauses de leurs licences CC sautent, puisque les licences PRO permettent aux clients de s’en séparer. Si je mens, et bien faites une newsletter à tous vos artistes, on verra bien ce qu’ils en penseront, non ?) Jamendo ne défend ni ne promeut le libre, ça c’est la vérité ! citez-nous la dernière campagne de Jamendo dans ce sens ?…
    Et ceux qui savent très bien à quoi s’en tenir, vous « utilisent » en tout connaissance de cause, se gardant bien d’adhérer la plupart du temps aux programmes PRO.

    « avec qui nous partageons 50% de leur revenu, un des ratios les plus élevés aujourd’hui sur le web » Vous voyez, vous aussi vous faites de la demi-vérité. Dans le dogme Jamendien du 50/50, beaucoup comprennent 50% pour Jamendo et 50% pour l’artiste… sauf que vous vous gardez bien d’expliquer que si les 50% de Jamendo sont fixes, les 50% restant sont PARTAGÉS ENTRE LES ARTISTES ! Et ça change tout ! ce qui explique que la plupart du temps on ne récolte que des miettes !

    « nous ne sommes pas exclusifs et les artistes peuvent se désinscrire à tout moment. C’est aussi ça la liberté. » Au-delà de la teneur de tel propos, qui personnellement me rappelle des discours d’une autre époque qui me dégoute, je me permets de vous signaler que « non-exclusif » veut dire aussi que les artistes peuvent adhérer à d’autres plateforme, y compris pour la rémunération de leurs œuvres. Ce que pourtant Jamendo INTERDIT à ses artistes !

  23. M. Gérard, quel heureuse coïncidence de vous retrouver ici. Je n’escomptais point que mes modestes écrits eussent l’heur d’attirer votre inestimable attention — et ce n’était, de fait, point à vous qu’ils s’adressaient.

    Mais permettez-moi tout d’abord de vous féliciter d’avoir enfin trouvé le chemin des commentaires, et par là du débat public : vous conviendrez, j’espère, que c’est là un procédé plus élégant et plus naturel que les courriers de votre juriste-maison — pardon, de votre « legal advisor », pour employer votre _logos_ si particulier qui a ici fait les délices de nos lecteurs. Logos dont votre commentaire lui-même fourmille d’exemples ; il n’en est d’ailleurs que plus piquant que vous _me_ reprochiez maintes « imprécisions et contrevérités » — dont je ne pourrais évidemment que regretter l’existence, si elle était avérée. Il n’en est, hélas, que plus regrettable que vous répondiez, une fois de plus, à côté des questions de fond.

    Je comprends fort bien que l’existence de voix discordantes à l’idéal Jamendo™, vous chagrine ; quel que puisse être mon désir de vous agréer, il ne m’était pourtant pas possible d’occulter cette réalité incommodante, que je me suis borné à documenter avec toute la distance possible. Dans ce même souci de ne point vous importuner, je me suis bien gardé de laisser entrevoir que Jamendo™ puisse ne pas être « la » référence unanimement reconnue que vous dites y voir, y compris du côté de la fondation Creative Commons et son chapitre francophone. Ce sujet vous tient manifestement à cœur ; restons-en là.

    De même, je comprends tout à fait que les questions de licences soient complexes à vos yeux et qu’il vous soit souvent difficile de trouver des moyens, sinon acceptables, au moins efficaces, de les contourner. C’est pourquoi je me suis fait un devoir de ne pas m’attarder sur ce point, le fond de mon propos étant d’ordre sémiologique et idéologique — précisément le domaine que vous n’avez pas abordé dans votre commentaire, et c’est là à mon tour de me sentir peiné.

    J’aurais été ravi de pouvoir tenir avec vous une discussion enrichissante, par exemple, sur cette persistance (que votre commentaire confirme encore une fois) à confondre « libre » et « gratuit », « liberté » et « liberté d’entreprise », et autre mots tout aussi subtils à conceptualiser. Ou encore, sur votre obsession du chiffre (rien que dans votre commentaire : « 40.000 artistes » « 330.000 titres », « 5500 artistes » « 50% » etc.). Naturellement, nous aurions touché là à une finesse d’analyse qui vous aurait peut-être contraint à lire plus attentivement l’humble texte ci-dessus ainsi que mes modestes écrits précédents — suggestion que je rougis moi-même d’émettre, tant nous savons que votre temps est précieux. Personne ne vous fera l’insulte de soupçonner que ces lacunes puissent être imputées à un défaut d’attention, ou de compréhension — ni, encore moins, à une mauvaise volonté de votre part : la seule explication à laquelle je dois me résoudre est donc que vos priorités et votre logique sont irréductiblement différentes des miennes (et de celles de mon lectorat, si j’en juge par les commentaires précédents).

    Une différence éthique et ontologique : nous retrouvons alors, précisément, la thèse que je défendais dans mon article ; merci d’en avoir illustré la pertinence de façon si éclatante. Somme toute, votre commentaire ci-dessus est à l’image de votre site : très en-deçà de ce que beaucoup auraient, à tort ou à raison, pu en attendre. À commencer par votre serviteur.

  24. @Pierre GERARD :

    « Il y a 40.000 artistes inscrits sur Jamendo proposant 330.000 titres avec plus d’un million d’écoutes par jour et tout ceci librement et gratuitement. »

    Ah oui ? Moi pour écouter des pistes téléchargées depuis Jamendo, je dois installer un logiciel qui viole des brevets…

     » C’est aussi ça notre contribution au libre. »

    Supprimer l’ogg vorbis q7 de votre site, n’assurer aucune pérennité des torrents, c’est aussi votre contribution au libre ?

  25. Tiens, depuis la publication de cet article (libre, n’en déplaise à certains), « Le blog http://www.crise-de-foi.com a été suspendu suite à un signalement d’abus. » Il va de soi que je ne soupçonne personne en particulier.

  26. @osef : si ça peut t’aider, voici un lien intéressant pour les bloggeurs, une décision de la Cour de Cassation : http://www.rue89.com/2011/10/07/cou

  27. @chefgeorges : Désolé pour le quiproquo, je ne suis pas du tout le mainteneur de ce blog. Reste que sa très récente « suspension » est une curieuse coïncidence, car j’imagine que V. Villenave a vérifié la validité de ses liens avant de publier. D’autres sources sont peut-être également concernées, d’ailleurs.

    > Le sous-entendu présenté sous forme de référence à des propos tenus par des tiers « la démarche de Jamendo confine à l’escroquerie » […]

  28. @osef: je m’en doutais, ayant été sur le cache du blog suspendu ;)
    Du coup je n’ai pas eu l’occasion de lire cet article :/
    En tout cas, oui effectivement on peut légitimement s’interroger sur la coïncidence. Perso j’ai été menacé de suppression de comptes sur Jamendo manu militari, ainsi que d’autres, pour avoir simplement voulu mettre une bannière sur mes albums précisant que je n’adhérais pas à Jamendo.PRO mais privilégiais les CC et la négociation en direct pour les usages commerciaux. Donc je ne serai pas surpris que les soupçons soient fondés. D’autant qu’un autre internaute (de torrentnews) avait reçu un avertissement de youtube suite à un signalement de Jamendo à cause d’une vidéo dans laquelle il parlait justement des menaces de bannissements de Jamendo.
    Une bien belle entreprise, aux valeurs sûres…

  29. @chefgeorges : En fait j’ai l’impression que l’article en question traitait des effets Flamby et Streisand en général, alors il s’agit peut-être effectivement d’une coïncidence. À moins que le « legal advisor » de Jamendo™ ne s’en prenne à toutes les « ressources web » de l’article de V. Villenave, ce qui serait particulièrement crétin…

  30. C’est bien l’article « effet Flamby effet Streisand » qui portait sur la conférence du même nom de B. Bayart à Pas Sage en Seine. Il date de juin, et le dernier article sur ce blog date de juillet, de même que le dernier commentaire. Ils en ont mis du temps…
    http://www.iimmgg.com/image/3b07769

  31. D’autres infos : Trisacatrinei a fait une pause sur son blog (officiellement du moins), et celui-ci semble être suspendu depuis le 28 aout 2011 : http://filedanstachambre.org/centra
    Qui a signalé ce blog, ça on ne sait pas :( maintenant il est étrange que Pierre G. en ait pris connaissance au moment d’écrire son com’ où alors il en avait connaissance depuis plus longtemps ? On a pourtant l’impression qu’il découvrait ça en lisant l’article, non ?
    J’avoue que je suis perdu avec ces nouvelles infos…

  32. En fait je me demande si P.G. ne fait pas référence à… moi, lol :D
    En effet, j’ai bien relu le texte et à « confine à l’escroquerie » le lien renvoi sur la rubrique « Les scandales de JamPRO » sur mon blog :)
    Peut-être pensait-il à ceux-ci (entres autres) : http://www.blogdechefgeorges.fr/art… ou http://www.blogdechefgeorges.fr/art:)
    Maintenant dois-je me soucier d’un futur hypothétique signalement ? ;)

  33. @bouts,chefgeorges : Ok, j’ai mal cherché, fait du hors-sujet et convoqué la théorie du complot… saymal. Et V. Villenave n’a pas vérifié la validité de ses liens avant de publier… saymal aussi. Mais merci à vous de m’avoir aidé à recoller les morceaux.

    En résumé, l’article pointé par « joué » a été publié sur « Le blog de Tris » en juin 2011 sous le titre « Effet Streisand et effet Flamby ». Ce blog a été « suspendu » en août 2011. Le cache de Google (ne) semble contenir (que) huit de ses articles, mais pas celui qui nous intéresse ici. Dans sa « blogroll » figurait celui de Paul Da Silva !

    Quant au « blog de ChefGeorges », oui, il y a urgence à monter des autoblogs ;)

  34. Bonjour tout le monde,
    Alors, pour cette histoire d’effet Flamby : oui, cet article était encore en ligne il y a quelques jours. Oui, il ne l’est plus. Non, je n’ai pas d’explication et il peut s’agir d’une pure coïncidence. Je remarque tout au plus que, de tous les liens que j’ai donnés dans cet article (et il y en a un paquet), c’est le seul qui soit hébergé sur une plateforme de type overblog, où nous savons combien il peut s’avérer ridiculement facile de faire fermer un blog sans avancer la moindre once de raison juridique valable.

    Je regrette fort que cet article ne soit plus accessible nulle part, car j’en avais apprécié la clarté. Je sais qu’une page « effet Flamby » a été ouverte sur Wikipédia (elle n’existait pas à l’époque où j’ai rédigé l’article), mais je doute qu’elle y reste bien longtemps — en tout cas si c’était moi je proposerais sa suppression. Je trouve le concept adorable et très pertinent, mais encore un peu jeune pour prétendre à une légitimité encyclopédique.

    Au demeurant, si c’est le seul lien mort de l’article ça me paraît assez mineur. La documentation (fournie et, j’ose le croire, rigoureuse) de mon propos repose sur beaucoup d’autres sources (même s’il en est un certain nombre que j’ai dû aller déterrer sur archive.org). Et quand bien même tout cela viendrait à disaparaître, la source irremplaçable et intarissable des caricatures les plus éloquentes, et hilarantes, reste bien évidemment… les publications officielles du site Jamendo™ lui-même.

    À bon entendeur.

  35. osef (mais si)

    @vvillenave : Il est vrai que votre prose modeste et géniale se suffit à elle-même, le web peut bien s’écrouler autour du Framablog. Le « bon entendeur » a bien entendu et prendra soin de vous lire dans un silence recueilli.

  36. @vvillenave: on s’est surement un peu emballé autour de la suspension de ce blog…
    L’essentiel est effectivement ailleurs, et je constate que Pierrot n’a pas non plus daigné expliciter son propos. Comme toujours j’ai envie de dire.
    De toute façon, il est claire que cette article très complet et documenté permet incontestablement à chacun de faire une analyse personnelle et honnête de la politique de Jamendo et donc de sa position par rapport à Jam’. Et c’est déjà pas mal ;)

  37. @osef: Euh, pardon ? Vous avez dû mal comprendre. Mon « à bon entendeur » est à mettre en rapport avec la phrase qui le précède, sur les « publications officielles du site Jamendo™ », puisque j’ai cru comprendre que nous avions l’incommensurable honneur de compter parmi notre lectorat certains des responsables dudit site et desdites publications (Pierrot Gégé pour ne pas le nommer).
    Faut pas être si susceptible, qu’est-ce que ça serait si vous étiez nommé « legal advisor »… :-)

  38. @vvillenave: Tout va bien alors, au plaisir de vous lire ;-)

  39. Salud !

    Je me permets d’apporter ma petite pierre. Par manque de temps je commence par un copier/coller d’une réponse que j’avais faite sur un autre blog…

    JamPro n’existe que sur cette idée que les artistes libres n’ont pas à vivre de leurs oeuvres. Quelques secondes diffusées sur les chaînes de grande écoute rapporteraient quelques milliers d’euros de royalties à un artiste sacémisé. Chez JamPro, il ne gagnerait qu’une poignée d’euros. Pourtant, contrairement à la SACEM, l’artiste CC n’est pas payé au nombre de diffusions, logiquement, il devrait gagner beaucoup plus…

    Mais tout le monde se contente de ce système “mieux que rien”. Plusieurs cas ont été rapportés où le droit moral n’était pas respecté (le nom de l’artiste pas cité), qu’a fait Jamendo ? Rien. Ils vendent des musiques d’accueil téléphoniques, je leur ai demandé de savoir comment ils faisaient pour citer les artistes, réponse ? Rien. Le Luxembourg est signataire de la convention de Berne, non ?

    C’est une société qui a le beurre et l’argent du beurre et qui base son business auprès de clients qui ne sont pas près à mettre le prix pour de la musique. De nos jours hein, manquerait plus que çà que de faire un gros chèque pour l’exploitation d’un pauvre mp3 ! Donc elle peut vendre au rabais tant qu’elle veut, elle n’a pas déboursé un seul centime dans la réalisation des oeuvres. Bref, on est loin de la sympathique plateforme qui était principalement gérée par des bénévoles, ceux-ci ont été dégagés depuis bien longtemps, l’actionnaire de Skype est arrivé et maintenant c’est business, business et business.

    (fin de citation)

    Si la licence Pro est une extension de la licence CC+, comment se fait-il qu’elle n’apparaisse nulle part sur le site pro.jamendo.com ? (Aucun logo CC, l’affichage est pourtant obligatoire, non ?) Quel est et où est le contrat entre jamendo et l’artiste qui stipule que ce dernier renonce à ses droits moraux au profit de la Sté Peermajor ? Alors peut-être que le « dual licensing » (des termes cools et anglophones, attention, on voit tout de suite qu’on a affaire à des pros !) marchent très bien aux USA, mais en Europe je doute fort…

    Bref, comme le disait l’ami Pers (Valentin), l’objet de son article était surtout idéologique, et il faudrait en effet un gros dossier pour traiter le cas des licences. J’ai voulu agir là-dessus en tant qu’ancien « artiste jamendo », qui s’est cassé en regrettant amèrement la politique nauséabonde de cette société qui n’a fait que réinventer la roue du capitalisme. Car, et oui, le monde des licences est avant tout un univers alternatif, alter-tout-court, une idéologie à part… C’est pourquoi j’ai lu avec un très grand plaisir la réponse fournie par notre serviteur au Pdg de cette boîte : jouissif :-)

    Kenavo =)

  40. @Nehoryn: Merci pour cette petite pierre (… gérard, je présume ? uhuhuh).

    Je ne suis pas certain que la question financière soit le meilleur terrain sur lequel se placer pour critiquer Jamendo™. La Sacem est (à mon avis, qui comme chacun sait, n’est rien sauf humble) un vaste miroir aux alouettes dont ne bénéficient véritablement qu’une petite frange de gens, outre les divergences idéologiques patentes que je n’ai pas besoin de récapituler ici (et que Jamendo™ s’est fait un devoir de reproduire, comme tu le soulignes).

    Alors après, étant donné cette orientation à but lucratif, que la société en question ne soit plus « principalement gérée par des bénévoles », ça ne me paraît que normal et légitime (on ne peut pas en dire autant, hélas, de la main d’œuvre sur laquelle repose en dernière analyse le site, laquelle demeure très largement non-rémunérée quoiqu’ils s’en défendent à grands cris).

    Ce que vend Jamendo™ n’est pas du « dual licensing », mais des exceptions de licence auxquelles consentent les auteurs dès qu’ils acceptent de joindre le programme « pro » (sinon même, dès qu’ils acceptent tacitement les termes et conditions du site, qui comportent quelques clauses assez croquignolettes). Exception de licence, cela veut dire qu’on **oublie** entièrement la licence, qui n’a plus lieu d’être. Toute la question est de savoir si les auteurs, au moment où ils acceptent ces termes, sont suffisamment informés des conséquences et notamment de ce renoncement à leur licence ; j’aurais tendance à penser qu’ils ne le sont pas. Mais encore une fois, c’est une question purement juridique et si l’on en est à compter les virgules ou à peser ses mots pour éviter les foudres du « legal advisor », c’est qu’il y a déjà un problème de fond, idéologique et éthique. Tel est le problème que j’ai voulu mettre en lumière ci-dessus.

  41. @vvillenave Pour les bénévoles, c’était en 2004 jusqu’à 2007. J’en connaissais personnellement, ils ont été alpagués sur des channels irc linuxiens, libristes, et certains ont été absolument ravis de contribuer au projet. Bon Jamendo n’avait rien inventé, l’association Musique Libre existait déjà, mais tout s’est joué sur une histoire de com’. Je me rappelle encore de Zimmer faire son discours tout hésitant dans un campus pour présenter son projet Jamendo aux étudiants, ça sentait le carton et le bout de ficelle, mais finalement, c’est ça qui plaisait…

    Fimagina administrait tous les forums ainsi que les albums (elle et une autre personne). Il y avait aussi un certain David (un stagiaire) qui s’occupait de contacter des groupes pour leur expliquer ce qu’était les licences libres et de leur dire d’aller sur Internet (la grande aventure !) Lorsque le premier actionnaire s’est pointé, le site a été refait et plus personne n’a eu accès à son backoffice. Pas un seul merci. Quand je vois à tel point les licences ainsi que l’idéologie qui va avec sont aujourd’hui matraités, parler d’opportunisme ne me parait pas si fort que çà.

    Derrière mon ton sarcastique dans mon précédent post, je soulignais bien le fait que Jam’ c’était d’abord de la com’ (et qui dit com’, dit concepts, dit idéologies, dit pas mal de choses en fait) et ça reste de la com’. Leurs termes « dual licensing » (qui n’est en effet pas du tout approprié), « legal advisor », leur « get help satisfaction » (qui me fait marrer en fait), sont juste de la com’ conçues de toute pièce pour mettre en avant un business. Un business qui est, selon moi, bancale à la racine pour des raisons juridiques. Pour avoir été un « artiste jamendo » (mouarf), je peux t’assurer qu’il n’y a aucun contrat stipulant que les artistes renoncent à leurs droits moraux (et ce n’est pas la licence CC qui va contre le droit moral, bien au contraire). Quelques menaces de plaintes à droite et à gauche, mais qu’ont-ils à craindre d’artistes gauchistes-smicards/rsacisés-idéalistes-et-alter ?

    Et puis, comme tu l’as démontré, ce business est bancale (voire complètement foireux) pour des raisons purement idéologiques; c’est pas en refaisant du capitalisme en exploitant les artistes (tout comme le fait Leclerc avec ses caissières) – des artistes qui n’ont ni syndicat, ni représentant légal, ni statut particulier (si ce n’est quelques accords virtuels tacites franchement opaques) – qu’on va redorer le blason du « libre ». Franchement, la situation est pire qu’en Chine lol Le PDG le dit lui-même, « t’es pas content bah t’es libre de te casser » ; heu je connais point le Luxembourg, mais en France un salarié peut aller au Prud’hommes hein… Alors vi, l’artiste n’est pas vraiment un salarié chez JamPro, sauf qu’à côté JamPro sous-traite avec eux pour satisfaire les supermarchés St Maclou, voyez le malaise…

    Une des premières fois que Jamendo mettait partout qu’ils vendaient de la musique libre de droit (c’est d’une absurdité incommensurable), j’ai du jour au lendemain vu une de mes musiques sur le web d’un site-vitrine commercial italien. Je leur ai demandé de la supprimer, et ils m’ont répondu qu’ils l’aimaient et qu’ils l’avaient trouvée sur un site de musique libre (erf). Je fais part à Jamendo de mon mécontentement, et ils m’ont répondu de voir çà avec l’association Creative Commons (si si), qui a déjà réglé plein de problèmes juridiques. (ils s’avèrent que c’était de l’intox). Bienvenue chez Jamendo !

    Comment l’expliquer… J’ai l’impression que ce site vit sur une autre planète, une réalité parallèle ou sur-réaliste. Des discours tapent-dedans mais qui sont incohérents, des systèmes économiques-alternatifs-je-concurrence-la-sacem (mais pour çà faut peut-être commencer par monter une société civile et être reconnu par le ministère de la culture en France, c’est dans le CPI) ; des propos à la con franchement à côté de la plaque, tout çà pour un service qui discrédite l’univers Creative Commons, qui enfonce les artistes adhérants, les artistes non-adhérants à cause de leur com’, et qui essaie de se faire une place entre myspace et facebook tout en faisant un doigt au libre…

    Ca me ferait bien marrer si on m’apprenait que Jam’ fait partie de ces 90% de ces sociétés qui sont au MEDEF (lol)

  42. Salut,

    Tout d’abord merci Valentin pour cet article. Je suis souvent tes écrits par blogs interposés. Moi-même, je tiens un blog sur les cultures libres depuis un bon moment, surtout depuis que j’ai quitté Jamendo.

    Bref, j’ai beaucoup, beaucoup écrit sur ce sujet, sur les abus, sur les discours, sur les intentions, les décisions et les actes de cette entreprise peu recommandable pour les artistes à mon sens. Donc en tout cas, merci pour cet article qui retrace une bonne partie de l’histoire de ceux qui s’indignent qu’un tel site puisse s’afficher avec une telle véhémence marketing au mépris de toutes les valeurs éthiques du libre et des artistes.

  43. Bonjour Aisyk,
    (je n’avais pas répondu à Nehoryn, d’une part parce que sa dernière intervention n’appelait pas vraiment de réponse, d’autre part parce qu’on était arrivés à 42 commentaires et que je m’en serais voulu de briser ce nombre :-).

    J’avais effectivement consulté quelques-uns de vos articles (surtout datés de 2007) en préparant cette chronique, mais merci de nous donner une occasion de revenir sur votre blog (sous licence CC by-nc-sa), qui me parait soulever des questions judicieuses (ce qui est déjà bien) de façon pertinente (ce qui est encore mieux) !

  44. Je reviens sur cet article pour y apporter un complément que je pense assez intéressant. Récemment Jamendo a adopté un nouveau slogan : « Découvrez la vraie valeur de la musique libre ».
    Ça me parait bien compléter l’article, ça mériterait presque d’ailleurs un article à lui tout seul, tellement cette accroche en dit long.
    J’en parle un peu sur mon blog : http://www.blogdechefgeorges.fr/art

  45. @chefgeorges : Bof, on est toujours dans cette confusion entre « gratuit » et « Libre », rien de bien nouveau ni scandaleux (à part cette inculture profonde que nous avons été nombreux à documenter et dont c’est un indice de plus).
    À propos de votre blog, je me suis récemment installé l’extension Ghostery qui indique tous les petits mouchards inclus sur une page Web, et en visitant votre blog j’en vois un paquet : Facebook connect, Facebook social, Google Analytics (comme sur le Framablog), Google +1, LinkedIn widgets et Twitter. (Ce n’est pas un reproche adressé à votre blog en particulier, c’est surtout un signe des temps, j’imagine.)

  46. Oui cette question des « mouchards » twitter, facebook and Co. m’interpelle aussi, mais le paradoxe c’est que ce sont également des « outils » de communication qui ont été rendu presque indispensable par leur popularisation auprès du grand public. Votre remarque ma permis d’aller refaire un tour dans les options. J’ai donc « limité » ceci à défaut de corriger complètement le problème pour le moment.

  47. J’ai fais un court passage sur jamendo jusqu’au jours (trés rapidement) ou ils occultaient mes mp3 waz 701 pour la simple raison que je n’avais pas signé un truc vaseux avec eux. De plus il est clair que ceux-ci ne font absoluement pas de promotion de quoi que ce sois si ce n’est de leurs sites et offres commerciales.

    Ils cherchent juste des gens suffisamment stupides pour leur offrir un contenus sans la moindre marque de respect en retour. Je ne pense pas que quelqu’un est gagné des millions d’euros avec ce machin qu’est jamendo.

    http://www.dogmazic.org

    sans probs.

  48. Que « quelqu’un » ait gagné des millions d’euros, ça me paraît absolument certain — vu les chiffres évoqués dans l’article, et vu qu’au moment même où j’écris ces lignes l’entreprise Jamendo™ s’est offert une discothèque branchée de Cannes pour participer à je ne sais quel festival non moins branché : http://tinyurl.com/preneznouspourde

    Que les « artistes » quels qu’ils soient, en revanche, aient gagné davantage qu’un vague lot de consolation, ça me paraît effectivement douteux. Mais c’est là le point commun entre Jamendo™, la Sacem, et la plupart des maisons de disques : si elles étaient au service des musiciens, nous l’aurions remarqué.

  49. Personne

    Dogmazic.net le premier (chronlogiquement) site de diffusion de musique libre francophone, après l’élection il y a un an d’un nouveau bureau pour l’association loi 1901 qui l’édite, a revu son propre logos durant la nuit.

  50. Euh, je vois qu’un nouveau site est en construction pour Dogmazic, tant mieux pour eux. (Je ne suis pas sûr de saisir le lien avec l’article ci-dessus, au demeurant…)

  51. Tiens, une petite anecdote amusante : lors d’une récente intervention publique d’un ponte de la SACEM, je me suis rendu compte que les tenanciers de cette estimable société de droits «d’auteur» s’amusent à répandre (en toute bonne foi, je n’en doute pas) la rumeur suivante : le business de Jamendo consiste à engager à bas-pris des musiciens dans des pays de l’Est (car tout ce qui vient des pays de l’Est est illégal et frelaté, c’est bien connu) pour réaliser des « clones » sous licence Libre, des musiques à succès du catalogue traditionnel.

    Je pense que ce qui a donné naissance à cette rumeur (ridicule, borderline xénophobe et, pour autant que je sache, infondée) est la page «d’équivalence» dont je parle dans l’article ci-dessus — et que je ne parviens pas à retrouver sur le site actuel qui s’est déguisé en Deezer. Mais il est quand même intéressant de voir à quoi s’amuse la SACEM (nonobstant sa récente politique «d’ouverture» aux licences Creative-Commons-Canada-Dry, politique dont le ponte en question a revendiqué sans ambages que c’était «juste un coup de pub») : ni vu ni connu, on introduit l’idée que Libre = Jamendo = contrefaçon = Roumanie = caca = illégalité. Classe, non ?

  52. Tiens, je vois aujourd’hui dans un mail envoyé par Jamendo™ à tous ses utilisateurs la phrase suivante :
    « Les termes des Conditions Générales d’Utilisation ont évolués, la nouvelle version entrera en vigueur à compter du 8 mars 2013. En continuant d’utiliser les services Jamendo, vous déclarez l’accepter. »
    Je n’ai pas été voir l’«évolution» en question, mais en elle-même la dernière phrase me paraît collector d’un point de vue foutage-de-gueule décomplexé. Décidément, on n’a jamais atteint le fond.

    (… et à ce propos, faudrait peut-être que j’arrête d’alimenter tout seul les commentaires de mon propre article, c’est quand même assez pathétique.)

  53. J’ai eu à revenir sur cet excellent article pour rechercher des informations, et j’ai vu le dernier commentaire :)

    Cette modification des CGU est passée comme une lettre à la poste pour bon nombre de membre de ce site. Pourtant, il y avait de quoi tiquer en lisant certains articles, morceaux choisies :

    « 3.1.3 – Droits concédés à JAMENDO
    L’Artiste concède à JAMENDO à titre gratuit, de manière non-exclusive, pour le monde entier, et pour la durée de la mise en ligne des Œuvres, les droits de :
    > reproduire et faire reproduire, fixer et faire fixer sur tout support, publier et faire publier, diffuser et faire diffuser, distribuer et faire distribuer ou transférer sous tout format les Œuvres et le Matériel remis par l’Artiste;
    > adapter les Œuvres et le Matériel en tout format que ce soit pour les besoins de JAMENDO ou de ses partenaires ;
    > utiliser les Œuvres et le Matériel sur tout support afin de promouvoir l’Artiste et JAMENDO ;
    > monétiser les services JAMENDO par l’insertion de publicités pouvant ouvrir droit ou non à une rémunération pour les Artistes. »
    ———–
    Article 3.1.1:
    « L’Artiste a la possibilité de retirer l’ensemble ou une partie de ses Œuvres à tout moment via son Compte Artiste.
    En tout état de cause, l’Artiste déclare être informé et accepte que les Œuvres ayant été téléchargées par les Utilisateurs ou tout tiers autorisé par JAMENDO avant leur retrait du Service seront susceptibles, après sa demande de retrait, d’être diffusées, échangées et reproduites par tout moyen. L’Artiste déclare garantir JAMENDO contre tout recours de tout tiers à ce titre. »
    (Perso j’ai jamais eu de réponse à la question : qui sont les « tiers autorisés par Jamendo » ?)
    ————
    Article 3.1.4 :
    « L’Artiste s’engage à ne pas promouvoir de services concurrents de JAMENDO ou JAMENDO PRO sur les Services proposés et notamment, sans que cette liste soit exhaustive, les profils des Artistes, les pages consacrées à un Album ou à une Œuvre, les forums, les espaces de discussion, et les pages consacrées à JAMENDO ou JAMENDO PRO sur des services tiers (notamment réseaux sociaux). »

    J’ai aussi consacré un petit article à la bien étrange notion de « usage privé » que Jamendo a ajouté au téléchargement d’albums (http://www.blogdechefgeorges.fr/art…)

    ;)

  54. franck le cantalou

    Bonsoir, merci chef d’avoir fait encore un commentaire cela ma permie de découvrire cet article .
    ma question est la suivante comment ce fait t’il que sur http://framazic.org/ecouter/ on peut voir jamendo ?
    Vvillenave qu’elles talent d’écriture, je suis jaloux , pouvoir écrire ce que l’on pense comme tu le fais .

  55. vvillenave

    +1 pour remercier chefgeorges, c’est bien que certains se dévouent pour rester vigilants (j’avoue avoir décroché un peu, ma jauge à bullshit étant dangereusement pleine ces derniers temps — et pas seulement à cause des pseudo-Libristes).

    En ce qui concerne la présence de Jamendo™ sur le site officiel framazic, je ne suis pas dans le secret des Dieux mais je pense que c’est par volonté d’inclusion et de tolérance bienveillante — ce qui n’est d’ailleurs pas nécessairement une mauvaise chose, après tout : beaucoup de musiciens présents sur Jamendo™ le sont en toute bonne foi et en (croyant se trouver en) adéquation avec les idéaux du mouvement Libre (quand bien même les termes d’utilisation du service eux-même, comme nous avons été plusieurs à le relever, reviennent à renoncer à sa propre licence).

  56. J’ai retrouvé l’un de mes rares commentaires sur la toile (peut être le seul lol voir plus haut) C’étais donc en 2012.

    Pourquoi pas un retour d’éxpérience ?

    Cela se résume a un grand nettoyage en fait. et un simple support en duo bandcamp reverbnation (et des choses qui trainent ici et la que je supprime lorsque je tombe dessus).

    Reverbnation pour l’aspect dialogue-découverte, et bandcamp pour un tout en un trés fun et auto-suffisant. et je pense que la limite du net est atteinte.

    Pour ce qui est de l’auto-prod … « gardez vos sous ».

    voila ! trés court puisque pas grand chose de plus en somme. A une époque ou google transforme et impose son moteur de recherche pour autre chose que ce qui a fais son succés, il faut savoir être raisonnable et ne pas trop en attendre.

  57. Félicitation pour cet excellent article, l’un des rares pour lesquels j’ai également lu tous les commentaires tant le sujet m’a passionné.

    Je suis loin d’être aussi expert que vous ou les autres contributeurs, qui ont d’ailleurs déjà bien développé le sujet dans leurs propres commentaires, aussi je me garderai de faire une explication de texte détaillée. J’en ressort néanmoins assez dégoûté par l’attitude de cette entreprise qui profite cyniquement d’un vide juridique et que je prenais encore il y a quelques heures pour l’un des rares étendards du libre triomphants. Je suis tombé sur cet article après avoir été étonné de voir que malgré le fait que certains artistes partageaient leurs œuvres en autorisant les créations dérivées, Jamendo exigeait l’achat d’une licence pour l’utilisation de musiques dans un projet multimédia, même ceux non commerciaux. Votre article démontre que l’entreprise n’est pas à une approximation près. À mesure que j’en apprends sur le web, celui-ci me fait de plus en plus penser à un far-west où des individus peu scrupuleux profiteraient de l’absence de lois dans un territoire encore en cours de colonisation, le temps que la société s’adapte et régule ce monde nouveau (en bien, j’espère).

    Ma seule demande serait le point de vue d’un défenseur de Jamendo, certainement moins impartial qu’un de ses propres dirigeants ou un jamendistes extrêmes (encore qu’avec l’anonymité du web, j’ai tendance à penser que c’était plutôt un second se faisant passer pour le premier), afin d’essayer de me faire un point de vue équilibré.