Exercice de la citoyenneté et culture informatique

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Jim Sneddon - CC byUn enseignement de spécialité optionnel « Informatique et Sciences du numérique » en Terminale S a donc été créé pour la rentrée 2012. Le programme a été publié dans le BOEN spécial du 13 octobre 2011[1]. Ce premier pas qui en appelle d’autres est en phase avec l’opinion des Français. En effet, l’INRIA a réalisé une enquête intitulée « Quelle compréhension les Français ont-ils du monde numérique ? », dans laquelle on apprend notamment que 80 % d’entre eux estiment qu’il serait intéressant et nécessaire de faire une place aux sciences du numérique à l’Ecole, au même titre que la chimie ou la physique ».

Le (bon) choix d’une discipline informatique en tant que telle a été fait. Il constitue un nouveau paradigme éducatif. Il entérine le caractère erroné de l’approche pédagogique selon laquelle les apprentissages doivent se faire exclusivement à travers les usages de l’outil informatique dans les différentes disciplines existantes. Le B2i, sa traduction institutionnelle s’est révélé être un échec : c’est ce que montre l’expérience de ces dernières années[2].

L’informatique étant partout, elle doit être quelque part en particulier, à un moment donné, sous la forme d’une discipline scolaire en tant que telle. L’utilisation d’un outil, matériel ou conceptuel, ne suffit pas pour le maîtriser.

Le colloque Didapro4-Dida&STIC a souligné que, d’évidence, la (re)création d’un enseignement de l’informatique au lycée allait donner un souffle nouveau à la didactique de la discipline. La préparation de l’enseignement « Informatique et Sciences du numérique » est entrée dans sa phase opérationnelle dans l’année scolaire 2010-2011. Elle est l’occasion de préciser des aspects de la relation entre la discipline informatique et sa pédagogie, par exemple pour la formation du citoyen.

Pourquoi un enseignement de l’informatique ?

Un tel enseignement se fonde sur les trois missions traditionnelles de l’Ecole, former l’homme, le travailleur et le citoyen. Il s’agit, au delà de la formation de spécialistes évidemment indispensable et, pour reprendre la formule consacrée, de former l’« honnête homme du 21ème siècle ». Ce sont des objectifs très généraux. Se pose ensuite la question de la contribution des différentes composantes de la connaissance et de la culture à ces objectifs, en particulier la contribution des sciences et des techniques. La culture générale scolaire évolue. Ainsi, en son temps, les sciences physiques sont-elles devenues discipline scolaire car elles sous-tendaient les réalisations de la société industrielle. Or aujourd’hui le monde devient numérique… Enfin, il faut traduire les savoirs savants en savoirs didactisés qui constituent les disciplines scolaires. Par exemple, en mathématiques on étudie des fonctions, en sciences physiques la notion de force, en SVT celle de cellule, en chimie les atomes et les molécules. Et le programme de l’enseignement de l’informatique en Terminale S porte sur les quatre grands domaines de la science et technique informatique : la notion d’information, l’algorithmique, la programmation, l’architecture des machines et des réseaux.

La contribution des sciences en tant que telles à la formation du citoyen et l’exercice de la citoyenneté

La contribution des sciences à la formation du citoyen et à l’exercice de la citoyenneté, spécifique et intrinsèque, est une question essentielle. Essayons de la préciser.

L’informatique et les réseaux

2009 a vu le vote de la loi « Création et Internet » dite loi Hadopi. En 2006, la transposition de la directive européenne sur les Droits d’auteur et les droits voisins dans la société de l’information (DADVSI) par le Parlement avait été l’occasion de débats complexes où exercice de la citoyenneté rimait avec technicité et culture scientifique. En effet, s’il fut abondamment question de copie privée, de propriété intellectuelle, de modèles économiques…, ce fut sur fond d’interopérabilité, de DRM, de code source, de logiciels en tant que tels. Dans un cas comme dans l’autre on n’a pu que constater un sérieux déficit global de culture informatique largement partagé. La question se pose bien de savoir quelles sont les représentations mentales opérationnelles, les connaissances scientifiques et techniques qui permettent à tout un chacun d’exercer pleinement sa citoyenneté. Sans risque de se tromper, on peut affirmer que « cliquer sur une souris » et utiliser les fonctions simples d’un logiciel ne suffisent pas à les acquérir, loin de là.

Les débats de société à la fois durent et se succèdent. Est venu sur le devant de la scène, celui, complexe et essentiel, de la neutralité du Net. Internet est une plate-forme qui semble mettre les internautes en relation directe, ce qu’elle n’est pas. Il y a le coeur du réseau, à savoir les réseaux d’accès avec la boucle locale (dédiée à une habitation ou à une entreprise) en cuivre ou en fibre optique, les opérateurs étant les fournisseurs d’accès à internet. Les points d’interconnexion assurent l’ouverture sur les autres réseaux d’accès par l’intermédiaire des backbones, épine dorsale du réseau mondial. Concernant les tuyaux et les flux de données, il y a donc les fournisseurs d’accès au client final, les opérateurs de transit au niveau du backbone, les hébergeurs qui stockent les données (dans des serveurs, les data center), les fournisseurs de cache… et plein de choses encore. Comment participer aux débats sans une représentation mentale de l’architecture du réseau des réseaux ?

Des exemples du côté des mathématiques et des sciences expérimentales

L’actualité fait que le citoyen doit pouvoir se faire son opinion sur les causes de la crise financière. Vaste problème ! Dans une interview au journal Le Monde, le 19 octobre 2009, Benoît Mandelbrot, père de la théorie des fractales, indiquait déjà qu’«il était inévitable que des choses très graves se produisent ». Dès 1964, il avait perçu que les modèles mathématiques utilisés par les financiers étaient erronés et avait tenté d’alerter sur leurs dangers. « Les gens ont pris une théorie inapplicable… Elle ne prend pas en compte les changements de prix instantanés qui sont pourtant la règle en économie. Elle met des informations essentielles sous le tapis. Ce qui fausse gravement les moyennes. Cette théorie affirme donc qu’elle ne fait prendre que des risques infimes, ce qui est faux… » S’il est difficile au citoyen lambda de discuter sur le fond ce point de vue, il doit néanmoins comprendre la problématique posée, se faire son opinion dans un débat contradictoire. B. Mandelbrot ajoute que « les catastrophes financières sont souvent dues à des phénomènes très visibles mais que les experts n’ont pas voulu voir ». Savoir pourquoi est une question intéressante qui concerne aussi les financiers eux-mêmes. Un certain niveau de culture mathématique constitue d’évidence une condition d’exercice de la citoyenneté. Il vaut mieux par exemple avoir appris à étudier des fonctions à l’Ecole que de ne point l’avoir fait. Il ne s’agit bien évidemment pas pour le citoyen lambda d’être en mesure de mener un débat contradictoire avec des spécialistes de haut niveau. Mais de percevoir de quoi on parle, d’avoir des « sensations » et de pouvoir se faire une opinion dans le cadre d’un débat pluraliste. Plus on en sait mieux ça vaut. Et rappelons que la démocratie est le gouvernement des affaires de la cité par des « ignorants » !

Le citoyen éclairé participe aux débats de société sur le nucléaire ou les OGM. Pour cela, il dispose d’un appareillage conceptuel que les enseignements des sciences physiques et des sciences de la vie et de la terre lui ont donné.

Impostures intellectuelles

Il arrive que l’on oublie la difficulté d’exercices que l’on pratique quotidiennement et le temps qu’il a fallu passer, de longues années, pour accéder à une indéniable compétence. Ainsi la lecture et l’interprétation d’une courbe ou la compréhension d’un texte. Et certains ont parfois du mal à imaginer la situation dans laquelle se trouvent ceux qui n’ont qu’une connaissance très limitée d’un domaine donné.

A fin d’illustration, l’enjeu étant fondamental pour la citoyenneté, tournons-nous vers l’ouvrage très éclairant de deux physiciens Alan Sokal et Jean Bricmont Impostures intellectuelles qui a provoqué en son temps un certain émoi[3]. Les auteurs s’étonnent de la manière avec laquelle quelques grands noms des sciences humaines (Jacques Lacan, Julia Kristeva, et d’autres) « empruntent » dans certains de leurs travaux des concepts aux mathématiques et aux sciences physiques. Ainsi J. Lacan a-t-il vu des relations entre des objets topologiques (tore, bouteille de Klein) et la structure des maladies mentales (et l’érection d’un certain organe). Tentant de construire une théorie formelle du langage poétique, J. Kristeva a fait appel à des mathématiques savantes, invoquant l’indécidabilité de l’hypothèse du continu. Comme par ailleurs elle semble confondre les ensembles {0,1} et 0,1, on peut avoir quelques doutes sur la solidité de l’édifice.

A. Sokal et J. Bricmont font deux reproches essentiels à ces intellectuels :

  • ne pas maîtriser les concepts sollicités (qu’un élève de terminale scientifique ou un étudiant de DEUG connaissent), ce qui provoque un certain malaise. Ansi J. Lacan donne-t-il des définitions fausses des ensembles ouverts et confond nombres irrationnels et nombres imaginaires (programme de terminale scientifique) ;
  • ne pas dire en quoi l’emprunt, le transfert d’un champ de la connaissance à un autre sont légitimes, les spécialistes des sciences humaines en question précisant qu’en la circonstance ils ne filent pas la métaphore. S’appuyer sur un concept de physique nucléaire pour faire comprendre à un physicien une problématique en psychologie a un sens. Par contre, utiliser un concept mathématique qu’il ignore pour convaincre un sociologue de la pertinence d’une théorie sociologique n’en a pas. Si, en plus, on ne prouve pas en quoi est légitime l’importation d’un concept dans un autre champ de la connaissance, on frise l’argument d’autorité.

Les exemples ici rapportés illustrent les conséquences du manque de culture scientifique du (et pour le) grand public, qui s’étendent d’erreurs factuelles, dues à la mauvaise compréhension de notions élémentaires, jusqu’à l’invocation quasi-magique de résultats difficiles, censés étayer une construction fragile. Or ils sont légion les débats qui mêlent enjeux de société et sciences sans que l’on sache toujours explicitement ce qui est métaphore et ce qui ne l’est pas. Il faut donc prendre garde à ce que les élèves d’aujourd’hui, citoyens de demain, ne se retrouvent pas dans pareilles inconfortables situations où on les entretient d’enjeux économiques, d’enjeux de société, en faisant référence à des notions qu’ils ignorent. On ne peut imaginer un instant que l’on puisse débattre sereinement, sur un pied d’égalité si l’on n’a pas de solides connaissances scientifiques, en général et en particulier en informatique. Il faut écarter le risque bien réel d’avoir des citoyens de seconde zone, car citoyens de seconde zone en matière d’informatique (au même titre que l’on est citoyen de seconde zone lorsque l’on ne maîtrise pas la lecture, l’écriture ou le calcul). Pour conjurer ce danger pour la démocratie, le rôle de l’École, le seul endroit où les enfants rencontrent le savoir d’une manière organisée et structurée, est fondamental.

Contenus scientifiques et pédagogie

Cela étant, le programme de l’enseignement « Informatique et Sciences du numérique » fait une petite place à des questions sociétales. Pourquoi pas dans la mesure où la place est réduite et où ces questions sont ancrées dans les notions scientifiques apprises par les élèves. Dans la mesure aussi où la fabrication des produits informatiques s’accompagne d’une interaction importante avec les utilisateurs dans une « entreprise » étendue » permise par les réseaux. On pourra ainsi traiter la distinction entre les licences logicielles libres et propriétaires, qui prendra alors tout son sens, quand les élèves auront écrit du code source. Cela permet d’éviter l’écueil « Café du commerce ». Autre écueil, demander à l’Ecole des choses qu’elle ne peut pas faire. Ainsi, dans les années 1990, en Amérique du Sud, des formations universitaires étaient étroitement liées à l’étude des problèmes sociaux : la justice sociale, l’instauration de la paix, la protection de l’environnement, la santé publique, le développement économique, le respect des droits humains… Il faut éviter de subordonner à l’acuité de problèmes sociaux non résolus la formation intellectuelle aux savoirs théoriques : acquisition de connaissances, aptitude au raisonnement et maîtrise d’outils conceptuels permettant de comprendre le monde et d’avoir prise sur la réalité. Sans oublier que ces questions sociales font partie intégrante des objets des sciences humaines, l’Histoire, la Philosophie. Enfin, on peut noter que les questions sociétales et citoyennes ne figurent pas dans les programmes de chimie. Ce qui n’empêche pas qu’il y a des choses à dire sur les pratiques de secret et de commercialisation de produits dont la nocivité est connue des industriels mais cachée au public (pyralène, amiante, pesticides, herbicides, certains médicaments…).

Chaque enseignant sait s’appuyer sur les connaissances des élèves, leurs centres d’intérêt, leurs pratiques, leurs motivations pour « justifier » l’étude des notions du programme de sa discipline. Il part des élèves tels qu’ils sont pour les emmener plus loin, au-delà de leur quotidien. C’est l’ABC de la pédagogie. L’activité de projet est l’une des caractéristiques de la didactique de l’informatique : le choix des projets a tout à gagner à s’opérer en tenant compte du vécu des élèves en matière d’usages des TIC. C’est aussi pourquoi nous pensons que la prise en compte des implications et problématiques citoyennes de l’informatique relève fondamentalement de la pratique pédagogique de l’enseignant de la discipline scientifique et technique qu’est l’informatique.

Reprenant la matrice d’une célèbre formule de Jean Jaurès, on peut dire que « peu d’informatique éloigne de la citoyenneté mais que beaucoup y amène ». La contribution des sciences en tant que telles est incontournable pour la formation du citoyen, comme celles des humanités et des sciences humaines. Mais leurs contributions doivent être spécifiques et à part entière.

Jean-Pierre Archambault
Président de l’EPI

Crédit photo : Jim Sneddon (Creative Commons By)

17 Réponses

  1. morandim

    Dommage que l’on ne forme que le citoyen issu de la TS et encore de façon optionnelle.
    Quid de tous les autres ?

  2. Ne pas oublier que si les terminal S on cette formation, il y a bien des formations qu’ils n’ont pas, mais il vrai qu’un peu de cet enseignement ne ferai pas de mal aux autres

  3. tuxmouraille

    Bonsoir,
    Je commente avant d’avoir tout lus.
    Je me suis procuré le manuel pour les enseignants. Je me demande si d’autres enseignants que ceux en mathématiques pourrons/sauront comprendre les notions mathématiques de ce manuel. Force est de constaté que mes notions de mathématiques sont rouillés.
    Cette discipline est une bonne idée, cependant qu’en est il de la maîtrise de l’outil? On demande aujourd’hui aux étudiants de rendre leur rapports dactylographié mais jamais cette discipline ne leur a été enseigné. Est ce parcequ’elle est bien trop facile à acquérir?
    Est ce encore normale de voir aujourd’hui des étudiants et pire encore des chercheurs taper leur rapports à deux doigts à deux l’heure?

  4. Je n’ai parcouru l’article qu’en diagonale, l’écran d’ordinateur n’étant définitivement pas fait pour de la lecture longue.

    Comme dit dans le commentaire ci-dessus, si ces élèves reçoivent cet enseignement, c’est un autre enseignement qu’ils ne reçoivent pas. Et je ne suis pas vraiment persuadé que ce soit la catégorie d’individus qui a le plus besoin de cette instruction; je n’en dirai pas autant pour leurs parents…

    Ils savent très bien se servir de l’outil informatique. Pour ce qui est des logiciels type Excel, l’école n’est pas le lieu pour apprendre à les utiliser. Il resterait peut-être à instruire sur Internet, cet outil devenu très hostile. Mais est-ce à l’école de le faire ? Dans un cursus si générale (S – là où on doit trouver le plus de geeks en plus) ? D’autant plus sur un outil si jeune ? (du moins, jeune dans sa diffusion)

    Avant l’outil informatique, il serait plus important de former à la société de l’information et de la désinformation, à la société de l’image, aux idéologies politiques/économiques/démographiques.

    C’est qu’il faudrait quand même leur apporter un peu de conscience à ces futurs scientifiques.

  5. khady’s status on Monday, 28-Nov-11 10:26:50 UTC

    Exercice de la citoyenneté et culture informatique http://www.framablog.org/index.php/post/2011/11/27/citoyennete-culture-informatique

  6. @Taneleo:
    « Comme dit dans le commentaire ci-dessus, si ces élèves reçoivent cet enseignement, c’est un autre enseignement qu’ils ne reçoivent pas. Et je ne suis pas vraiment persuadé que ce soit la catégorie d’individus qui a le plus besoin de cette instruction; je n’en dirai pas autant pour leurs parents… »

    Oh, cher ami, tu en tomberais violemment sur le cul si tu savais quel niveau réel ont les jeunes d’aujourd’hui en informatique. Il y a deux catégories : ceux qui sont vraiment doués, et ceux qui savent double-cliquer sur crack_diablo3.exe et sur le truc bleu qui permet d’aller sur facebook. Un jour, j’ai vu un jeune universitaire utilisant régulièrement un ordinateur depuis une douzaine d’années compter les pages d’un document Word pour inscrire … les numéros de pages dans la table des matières ! Hélas, si c’est l’exemple le plus frappant, c’est loin d’en être le seul. Tu sais, être constamment devant un ordinateur ne veut pas dire savoir l’utiliser.

    « Pour ce qui est des logiciels type Excel, l’école n’est pas le lieu pour apprendre à les utiliser. »
    Développe ta pensée, et explique-moi donc pourquoi, car j’ai beau chercher, j’ai du mal à voir une raison pour laquelle l’école devrait éviter d’enseigner aux jeunes à utiliser des outils qui leurs seront utiles dans tant de métiers différents. Mes oreilles palpitent déjà en se réjouissant. Enfin, façon d’parler, hein.

    « Avant l’outil informatique, il serait plus important de former à la société de l’information et de la désinformation, à la société de l’image, aux idéologies politiques/économiques/démographiques. C’est qu’il faudrait quand même leur apporter un peu de conscience à ces futurs scientifiques. »
    Si j’ai bien saisi ton raisonnement, tu dis qu’on n’a pas le temps de former les jeunes à l’outil informatique, que même s’ils vont l’utiliser toute leur vie c’est pas important, et que si on les y formait, il faudrait arrêter certains cours. Et tu rebondis ensuite sur le fait que ce sont tous des inconscients, et qu’il faudrait leur donner des cours supplémentaires ?!

    Eh ben ! Je savais que les littéraires ne se prennent pas pour de la merde (désolé pour l’expression, mais c’est ce qui convient de mieux), mais là, je trouve que tu vas un peu loin dans ce sens. Je t’invite à écrire une dissertation à ce sujet, avec plein de jolies phrases dénuées de sens :)

  7. @Taneleo: le moins que l’on puisse dire, c’est que tu as effectivement lu cet article « en diagonale ». Il n’est nullement question de former les élèves à l’utilisation d’excel!
    Je cite l’article: « le programme de l’enseignement de l’informatique en Terminale S porte sur les quatre grands domaines de la science et technique informatique : la notion d’information, l’algorithmique, la programmation, l’architecture des machines et des réseaux. »
    Rien à voir avec la simple utilisation d’un logiciel quelconque donc…

  8. Le débat continue !

    Petit historique des épisodes précédents (de mon point de vue) :
    http://www.weka.fr/actualite/educat… => Entretien avec Jean-Pierre Archambault sur l’échec du B2i (oui, je sais, il est déjà en footnote de l’article, mais j’en remet une couche, sa lecture est un bon prélude à la tribune ci-dessus).
    http://owni.fr/2011/11/08/inria-tns… => le côté « owni » de l’enquête citée par Jean-Pierre Archambault en premier lien (et où j’ai dropé quelques commentaires).

    Pour rebondir sur les commentaires précédents (tuxmouraille, Taneleo), ce serait bien de lire l’article au lieu de balancer des commentaires non-pertinents ! (Et d’en profiter pour lire le premier lien que j’ai indiqué ci-dessus).

    De nouveau, (et comme morandim ci-dessus), je me pose la question de la pertinence d’une __option en terminale S__ (par opposition à __des cours en tronc commun depuis le collège__) pour répondre à un enjeu tel que  » les trois missions traditionnelles de l’Ecole, former l’homme, le travailleur et le citoyen » et j’espère que ceci n’est bien que le premier pas… qu’on ne s’arrêtera pas là.

    Enfin, quelques questions à Jean-Pierre Archambault (s’il a l’heur de parcourir ces commentaires) :
    – quelle est votre position dans le processus de décision en cours sur ce sujet ? En êtes-vous partie prenante ? Jusqu’à quel point pouvez-vous l’influencer ?
    – quel sont les prochaines étapes de ce processus ?

    Dans tous les cas, merci au framablog et à Jean-Pierre Archambault pour cette tribune !

  9. « le programme de l’enseignement de l’informatique en Terminale S porte sur les quatre grands domaines de la science et technique informatique : la notion d’information, l’algorithmique, la programmation, l’architecture des machines et des réseaux »
    c’est quand même bcp dans un enseignement général, S ou autre, quand on sait toutes les matières qu’il y a déjà à côté

  10. @ Incontinentia Buttocks
    « Développe ta pensée, et explique-moi donc pourquoi, car j’ai beau chercher, j’ai du mal à voir une raison pour laquelle l’école devrait éviter d’enseigner aux jeunes à utiliser des outils qui leurs seront utiles dans tant de métiers différents. Mes oreilles palpitent déjà en se réjouissant. Enfin, façon d’parler, hein. »

    Pour illustrer son cours de math, mon prof de math en 3ième nous avait fait venir en salle
    de documentation ou existait une calculatrice programmable (avec des digits formés par les filaments oranges à incandescence) ! Depuis, de cette machine jusqu’à ma tablette, j’ai du utiliser une vingtaine de produits et d’interfaces différentes pour faire des additions et des multiplications, en passant de mémoire par les TI54, HP34C , HP 41CV (très chère) , multiplan, Excel , Calc etc … J’ai fait depuis l’acquisition de machines à calculer mécaniques Monroe aussi très belles pour la déco !
    Heureusement que l’enseignement des mathématiques ne s’est pas fait sur cette superbe machine
    dont tout le monde disait que c’était les mathématiques de demain …

    Bref, de quels outils nous parles tu ? « Développe ta pensée, Mes oreilles palpitent déjà en se réjouissant « 

    PS : J’ai aussi de très anciennes disquettes 5″ de Word 2.0 pour Sco Unix : le nom du produit n’a pas changé !

  11. UnChercheurEnSciencesDures

    M. Archambault, je soutiens le principe de l’enseignement de l’informatique (comme science et technologie) dans les etudes secondaires. Par contre, je n’adhere pas du tout a ce que vous ecrivez dans une bonne partie de l’article et qui me semble, au mieux, naif.

    En particulier, il me parait inutile d’utiliser Mandelbrot, connu pour un esprit polemique pas toujours de bonne fois, pour justifier la necessite d’un enseignement scientifique permettant de se faire, pretendument, un avis sur tel ou tel discours. Secundo, l’interpretation de Sokal et Bricmont que vous donnez me fait bien rire : vous etes-vous pose la question de la culture dans le sens inverse ? C-a-d pourquoi Sokal et Bricmont ne sont pas alles *etudier* les auteurs qu’ils critiquaient au lieu de poser un jugement base sur une vision caricaturale du savoir qui ne consisterait qu’en un corpus soi-disant objectif (sur ce point, je vous suggere de lire Bourdieu et Bruno Latour), fait de definitions qui n’appartiendraient qu’aux mathematiciens.

    Secundo, qu’y a-t-il derriere des chercheurs « durs » qui rejettentx de disciplines qui essaient de toucher du doigt une verite qui n’est pas de l’ordre de l’exactitude (qui, elle, precisement est la verite des sciences dures) ? Un rapport de force, peut-etre… quelque chose que la sociologie, ou la psychologie, pourraient nous aider a penser… Ah mince, c’est interdit par Sokal et Bricmont, il n’y a la-dedans que des imposteurs (au passage, quand on ne sait pas que le phallus n’est pas en psychanalyse l’organe male mais un signifiant, grosso modo au sens du structuralisme, on dit forcement des aneries et, c’est bon, vous y etes parvenu : tiens, comme Kristeva qui ne sait pas ce qu’est un ensemble mais qui, elle, essaie de penser la poesie…).

    Bref, foin du scientisme et des oeilleres de certains scientifiques « durs » ! Pas besoin de ca pour defendre l’enseignement de l’informatique pour former des honnetes hommes.

    Un chercheur en sciences dures

  12. Et une question qui reste en suspens : Quand verra-t-on enfin à l’éducation nationale une discipline informatique dispensée par des enseignants en informatique et non des professeurs autodidactes ?

    A l’heure actuelle, les quelques professeurs d’informatique sont regroupés dans des filières comme l’économie-gestion ou l’électronique et électrotechnique. Cela est tout bonnement scandaleux, d’autant plus lorsque l’on observe le contenu des concours d’accès (CAPET, Agrégation) essentiellement basé sur de l’économie ou de l’électronique.

    C’est honteux ! Je fais parti de ceux qui militent pour que l’informatique soit une discipline à part entière et non une sous-option comme c’est le cas actuellement.

    L’éducation nationale ferait bien de s’inspirer de l’enseignement agricole qui s’est doté d’enseignants en informatique (Technologies informatiques et Multimédia) depuis 2000. Bref à méditer !

  13. @QUnTux :

    C’est quand même dingue : faudrait comparer les contributions de l’électronique, l’électrotechnique et de l’informatique dans l’économie française… quelque chose me dit que l’informatique aurait une part plus grosse que les deux autres domaines. Et pourtant, ils ont des filières dans l’EN, et pas l’informatique.

    Sans verser dans la théorie du complot, la volonté politique anti-informatique française doit avoir des racines sacrément profondes pour que pendant 20 ans l’EN tout entière (ou du moins la majorité des étages supérieurs) ait fait mine de l’ignorer (bon d’accord, ils ont feinté pendant 10 ans avec le B2i et le « numérique », mais ça ne fait que renforcer cette impression qu’il y a une « volonté politique anti-informatique française »).

  14. Bonjour,

    L’article de M. Archambault me semble tout à fait pertinent mais comme le dit très justement « Unchercheurensciencesdures » (y en a des molles?) l’emploi de la sempiternelle affaire Sokal et Bricmont est quelque peu surfaite. Si ces deux auteurs ont visé à peu près juste, il n’en reste pas moins que « Impostures Intellectuelles » repose lui-même sur des approximations. L’essentiel étant de retenir que la science n’est jamais affaire de vérité mais seulement un doute perpétuel.
    C’est assez amusant de constater que finalement l’informatique ne sera enseignée qu’en TS et en option : comme si quelque part « on » hésitait. J’ai affaire assez régulièrement à des étudiants issus d’autres filières que TS, et je dois constater que le B2i a effectivement fait de grands tords : c’est très visible lorsqu’on apprend aux étudiants à se servir d’un logiciel de gestion bibliographique, par exemple.
    Une question que je soumets ici à ceux qui ont l’expérience des deux dernières décennies du collège/lycée :
    – à la grande époque de l’Informatique Pour tous (visant notamment à soutenir l’industrie française et former les élèves à l’informatique », le problème de la formation des enseignants s’était déjà posée. En effet, peu étaient prêts à enseigner l’informatique, et ces cours étaient généralement effectués en classe d’EMT (Education Manuelle et Technique). On y apprenait le BASIC, le Pascal, de manière souvent ludique (ha!quelle satisfaction en utilisant INPUT, GOTO et SCREEN, de réaliser le jeu de l’Age du Capitaine!).
    – cette formation a permis à de nombreux élèves, dont moi, à ne pas se sentir idiot devant une machine, même sans vraiment savoir programmer. Puis, elle s’est perdue, pour des raisons que j’ignore, remplacée plus tard par le fameux B2i. Résultat : selon moi un Gap entre le niveau de compréhension d’une machine par les élèves qui comme moi ont croisé le Plan Informatique Pour tous, et les autres qui sont venus plus tard et ont seulement appris à cliquer aux bons endroits.
    – Alors pourquoi, dans la mesure où tous mes camarades de classe du CM1 à la fin du collège, ont eu droit à des séances de programmation, on devrait restreindre cet enseignement à une option en TS ?? Vraiment, qu’est-ce qui justifie une telle restriction ?
    – et aussi : pourquoi ne pas enseigner la logique informatique en classe de mathématiques ? De ce que je m’en souviens, les maths en TS s’apparentaient plus à un entraînement de singes savants (répétitions inintéressantes d’exercices « type bac », toujours les mêmes) que d’un véritable apprentissage des mathématiques (sous-entendu : même la jeune et jolie prof. de sport pouvait remplacer la mère Gaspard :) ). Je ne sais pas si cela a changé, mais ce qui est sûr, c’est qu’on peut faire de l’informatique avec un crayon et un papier, sans avoir besoin d’investir des millions dans un parc de machines et de salles spécialement dédiées…

  15. Comment peut-on encore confondre l’utilisation de logiciels ou de matériels et l’informatique !?

    Juste en regardant l’article « Informatique » de wikipedia, on trouve une joli citation d’un lauréat du prix Turing, Edsger Dijkstra :
    « La science informatique n’est pas plus la science des ordinateurs que l’astronomie n’est celle des télescopes. »

    Il y a tant d’autres choses à apprendre de plus fondamental que de mettre en forme un texte ou tout autre choses qui ne prend qu’une ou deux heures avec un bon manuel, un bon prof, voire une section d’aide en ligne claire (chose rare, s’il en est) .

    Pas besoin d’ordinateur pour programmer, juste pour compiler.

    Il a été montré qu’il était indispensable d’inclure des notions de mécanique (très basiques) dans l’obtention du permis de conduire.
    Pourquoi n’en serait-il pas autant avec un autre outil qui gère déjà toute notre vie.
    Qu’est ce qu’une base de donnée ? , qu’est-ce qu’un réseau ? , comment est fait un ordinateur ? , qu’est-ce qu’un algorithme ? , comment faire de petits programmes ? , … tout ces sujets ne demandent pas plus qu’un seul vieux clou récupéré (et encore, on peut passer par des photos de nos jours) et démonté pour commencer à lui soulever le capot.
    C’est bien connu que les choses les plus intéressantes se trouvent sous les apparences.

    Savoir, c’est pouvoir. Ne pas diffuser le savoir, c’est vouloir garder le pouvoir et ainsi garder sous sa coupe le vulgum pecus pour faire un profit facile dû à sa dépendance.
    C’est directement l’inverse de l’esprit de liberté informatique qui nous anime ici.

  16. ‘C’est donc bien un renseignement technologique et non humain qui est à l’origine de cette élimination physique’.

    http://www.maghrebemergent.com/actu

    ‘La vague de protestations survenue dans plusieurs pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient a été l’événement le plus important pour le monde au cours de l’année 2011. La réplique immédiate de l’occident pour tenter de maintenir le contrôle de cette région stratégique doit être étudiée et analysée avec soin. L’utilisation des technologies les plus en pointe en fonction de la guerre menée doit être aussi étudiée en profondeur. Le défi des pays du tiers-monde est de tirer la leçon de ces faits et de définir des stratégies avant qu’il y ait des risques possibles.’

    http://www.legrandsoir.info/telepho

  17. Comment peut-on encore confondre l’utilisation de logiciels ou de matériels et l’informatique : toutes les formations niveau bts font encore et toujours cette confusion, en commencant par l’intitule de la formation et du diplome !

    perso, quand j’ai entendu les termes « gestion informatique » je pensais plus a gestion comptabilite avec les logiciels qu’a traitement de l’information avec des ordinateurs; et en pratique j’ai su apres que ca voulait dire gestion de parcs d’ordinateurs et support maintenance du poste client (dans un reseau ou sur poste fixe) !

    et maintenance de service informatique, vous comprenez quoi dedans ? qu’il s’agit de traitement de l’information , ou de service de depannage ? ben non il s’agit plutot d’un poste technique dans le sav d’un assembleur/vendeur/conseil…

    non non la designation des formations et des diplomes sont deja un probleme avant meme leur contenu, alors pensez a l’ecole …

    avez-vous vu la vraie appellation : technicien mecanographe ? moi oui c’etait dans les annees 70 a l’ere des unix et des ingenieurs qui buvaient du langage machine comme du lait … :D