L’hindouisme : la plus libre des religions ?

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Jean-Pierre Dalbéra - CC byL’hindouisme serait-elle la plus libre des religions au sens du… logiciel libre  ?

Telle est l’hypothèse originale de Josh Schrei qui y voit des caractéristiques d’ouverture et un processus de développement que ne posséderaient pas les religions monothéistes[1].

Remarque  : Cette traduction a été proposée sur Twitter/Identica et gentiment relayée par certains grands comptes a été bouclée collectivement dans la joie et la bonne humeur. Si vous souhaitez participer et être au courant des prochaines translations parties follow me :)

Le Projet Divin  : l’Hindouisme comme croyance open source

The God Project : Hinduism as Open-Source Faith

Josh Schrei – 4 mars 2010 – Huffington Post
(Traduction Framalang/Twitter  : Aa, Jeff, Petit, Greg, Goofy, Lapetite, Petit, Zdeubeu, 0gust1, Gatitac, Spartition, Albahtaar, Luc)

Tenter d’expliquer les croyances qui sont au cœur de l’hindouisme à un observateur intéressé représente, pour le moins, un vrai défi. On dit souvent que le terme hindouisme lui-même est totalement impropre, car il ne fait qu’agglomérer fondamentalement les pensées et pratiques religieuses qui ont pris place sur le sous-continent indien au cours des 5 000 dernières années. Et l’on peut dire que ces 5 000 années ont été plutôt actives.

La masse de littérature spirituelle, de doctrine, la quantité de dieux distincts qui sont adorés (plus de 30 millions, suivant certaines sources), l’éventail de philosophies et de pratiques distinctes ayant émergé, et la transformation totale au cours du temps de nombre d’enseignements et apprentissages hindous fondamentaux peuvent être déconcertants pour ceux qui ont été élevés au sein d’une culture monothéiste, dans la mesure où nous sommes habitués à ce que chaque foi comporte un jeu de croyances bien définies qui, à l’exception de certains schismes confessionnels au cours des siècles, restent assez cohérentes avec le temps. Cependant, la différence fondamentale entre l’hindouisme et les autres fois n’est pas le polythéisme/monothéisme. La différence clé est que l’hindouisme est open source alors que la plupart des autres fois ont des sources fermées (NdT  : Closed Source).

«  L’open source est une approche de la conception, du développement et de la distribution de logiciels offrant un accès au code source.  »

Si nous considérons Dieu, le concept de dieu, les pratiques qui amènent quelqu’un à Dieu, et les idées, pensées et philosophies autour de la nature de l’humain comme étant le code source, alors l’Inde fut l’endroit où les portes ont été grandes ouvertes et où on a donné aux développeurs la liberté de s’en occuper, de les inventer, réinventer, redéfinir, imaginer et réimaginer au point que chaque variété de l’expérience spirituelle et cognitive a été précisément explorée, célébrée et documentée.

Les athées et ceux qui vénèrent des déesses, les hérétiques qui ont cherché Dieu dans l’alcool, le sexe et la consommation de viande, les ermites couverts de cendre, les dualistes et les non-dualistes, les nihilistes et les hédonistes, les poètes et les chanteurs, les étudiants et les saints, les enfants et les parias… tous ont apporté leurs lignes de code à l’ensemble de la spiritualité hindoue.

Les résultats du Projet Divin indien, c’est ainsi que j’aime qualifier l’hindouisme, ont été absolument stupéfiants. Le corpus de connaissances (scientifiques, spirituelles et empiriques) qui a été accumulé sur la nature de l’esprit, la conscience et le comportement humain, ainsi que le nombre d’applications pratiques, spécifiquement identifiées pour travailler sur l’esprit, est sans égal. La langue sanskrite, elle même, comporte un nombre important de mots, bien plus que n’importe quelle langue ancienne ou moderne, qui se rapportent spécifiquement aux états mentaux de la cognition, de la perception, de la conscience et de la psychologie du comportement.

Les Vedas sont au cœur du code source hindou, qui établit immédiatement la primauté du questionnement dans la pensée hindoue. Dans le Rig-Véda, le plus ancien de tous les textes hindous (peut-être le plus ancien de tous les textes religieux sur la planète), Dieu, ou Prajapati, se résume en une grande et mystérieuse question, nous les hommes étants invités à y répondre  ;

«  Qui sait vraiment  ?
Qui ici le proclamera  ?
D’où cela a été produit  ?
D’où vient cette création  ?
Les dieux sont venus après, avec la création de cet univers.
Alors qui sait d’où cela a surgi  ?  »

Pendant que le dieu de l’Ancien Testament dictait ses commande(ment)s, Prajapati demandait  : «  Qui suis-je  ?  »

Depuis l’ouverture des vannes sur la question divine, la pensée hindoue a suivi une glorieuse évolution depuis le chamanisme, le culte de la nature et le sacrifice jusqu’à des théories sublimes et complexes sur la cognition mentale, la nature de la conscience et la physique quantique.

En retraçant les relations du sous-continent avec les divinités des Vedas, on peut suivre le cours de la pensée hindoue à travers les siècles. Une des premières choses que l’on remarque est que non seulement la relation des gens à dieu change au cours des siècles, mais que les dieux eux-mêmes changent. Par exemple, Shiva apparaît dans les Vedas en tant que Rudra, le hurleur, dieu des tempêtes, bref une sorte de divinité mineure. Réapparaissant au fil des siècles comme Bhairava, celui qui inspire la crainte, Pashupati, seigneur des bêtes, le dieu des yogis, et le destructeur, Shiva obtient enfin, vers le IXème siècle au Cachemire, le statut de bloc de construction énergétique fondamental de l’univers entier. Astuce élégante.

Mais, au fur et à mesure que les dieux changent et que l’évolution de la pensée hindoue nous amène à une vision moderne puis post-moderne de la nature de la réalité, les vieux codes Védique restent toujours centraux et fondamentaux. Une caractéristique déterminante de l’hindouisme est que la vision ancienne de Dieu, la dévotion à la nature et le chamanisme ont perduré  ; ainsi la divinité telle que vénérée actuellement existe simultanément, comme symbole ou archétype, et comme incarnation. Le fait que Shiva, par exemple, puisse simultanément être la lumière de la conscience ultime et un illuminé couvert de cendre qui fréquente les sites de crémation est un délice pour nous, anarchistes spirituels, tandis que cela ennuie profondément la plupart des théologiens occidentaux.

Les confessions monothéistes de l’Occident et du Moyen-Orient n’ont tout simplement pas permis une interprétation aussi libre de leur Dieu. Elles continuent d’exister en tant que systèmes à source fermée.

«  Généralement, source fermée signifie que seuls les exécutables d’un programme d’ordinateur sont distribués et que la licence n’autorise aucun accès au code source du programme. Le code source de tels programmes peut être considéré comme un secret industriel appartenant à l’entreprise.  »

Un des facteurs déterminants de l’histoire chrétienne est que l’accès à Dieu a été vu, tout comme dans la plupart des systèmes à sources fermées, comme un secret industriel. La capacité de réinterprêter la Bible, ou les enseignements du Christ, ou l’Ancien Testament, ou de contester l’autorité basique et fondamentale de l’Église a été inexistante pour la majorité de l’histoire de l’Église. Ceux qui ont osé le faire ont très souvent été tués.

Dans la pensée hindoue, il n’y a aucun secret industriel. La base du yoga est que la clé vers Dieu, ou le macrocosme, ou l’Absolu… réside dans l’individu et peut être atteinte à travers un certain nombre de pratiques. C’est un concept magnifiquement simple mais finalement profond qui a été autorisé à se développer sans contrôle depuis des millénaires. Le processus de découverte et de réinvention du divin est entre vos mains. Le Projet Divin.

Notes

[1] Crédit photo  : Jean-Pierre Dalbéra (Creative Commons By)

15 Responses

  1. Gage

    Ouais enfin fondamentalement ça reste une religion. C’est-à-dire un système de pensée qui postule, sans jamais le prouver (ce qui serait au demeurant impossible puisqu’on ne peut prouver que ce qui est vrai), qu’il existe quelque chose au-dessus des humains, dont il faut suivre les directives. La religion ne m’apparaît pas comme quelque chose qui peut libérer les hommes, et historiquement, toutes les grandes entreprises de progrès scientifique ou démocratique se sont faites malgré ou contre la religion.

    À noter d’ailleurs que cet article ne parle pas du racisme instutionnalisé que représente le système de castes, officiellement interdit en Inde mais en pratique encore bien présent.

  2. Goofy

    +1 merci Gage qui m’évite de développer les mêmes réticences. Je ne vois pas très bien pourquoi le bric-à-brac hindouiste mériterait plus d’attention qu’une autre croyance religieuse.

  3. o mann

    > « Un des facteurs déterminants de l’histoire chrétienne est que l’accès à Dieu a été vu, tout comme dans la plupart des systèmes à sources fermées, comme un secret industriel. »
    Un secret industriel… quand je me souvient qu’on m’a dit que je peux parler à Dieu n’importe quand, n’importe où dans n’importe quelle conditions, et qu’il portera toujours sa beinveillance sur tout être humain je ne vois pas où est le secret industriel.

    > « La capacité de réinterprêter la Bible, ou les enseignements du Christ, ou l’Ancien Testament, ou de contester l’autorité basique et fondamentale de l’Église a été inexistante pour la majorité de l’histoire de l’Église. Ceux qui ont osé le faire ont très souvent été tués. »
    La « capacité de réinterpréter la Bible » : tout le monde est invité à méditer sur la Bible, simplement l’Église donne des pistes et des dogmes (quelque chose qui est un sécurité, on peut s’y accrocher, c’est du solide, et qui est garanti par nos prédecesseurs).
    À certaines époques le politique se mélait du religieux et utilisait souvent ceci pour se justifier des actions dont certaines étaient mauvaises, nénamoins chacun pouvait tout de même mener sa réflexion personnelle, les croyants sont mêmes invités à le faire (d’ailleurs un croyent se pose toutes les questions que se pose un non croyant, et bien plus encore).

    Franchement pour le troll je dit chapeau, ça se voit de loin et il fallait vraiment oser (pour écrire un texte sur un sujet auquel on ne comprend rien du tout…).

  4. Gamma

    Je pulsoie les commentaires précédents.

    Si on veux s’en sortir, il va peut-être falloir arrêter de croire qu’une (ou des) divinités chapeautes nos vies.
    Stop aux croyances infantiles et prenons nos responsabilités en mains.

    Je me demande même ce que fait un tel article sur le Framablog. C’est tiré par les cheveux cette histoire de « l’hindouisme c’est free software compatible ».

  5. totopipo

    En effet I.Buttocks.
    La croyance continue quand l’individu croit encore au progrès ou au primitivisme, à la démocratie ou à l’acratie, à la main invisible ou au troc, au bonheur ou aux catastrophes, au libre ou aux brevets, au psg ou à l’om, etc. Ou que son action s’inscrit dans ce cadre pour en faire bénéficier les autres. Ce n’est certe pas du polythéisme, c’est juste que s’accrocher à un espoir, censé faire vivre, quand on s’aperçoit que tout ne va pas si bien, ça évite de penser à l’inéluctabilité de son « enveloppe » physique : la mort.

    Bref. Ça occupe, et tant que ça ne nuit pas aux autres, je n’y verai aucun inconvénient. Malheureusement, ce n’est jamais le cas. Car bien souvent, on ne souhaite pas partir seul. 🙂

  6. osef.michu

    Ma doue benniget (mon dieu béni), quelle bouillie ! Et tant qu’à toujours tout ramener au Libre, il est un petit peu dommage de ne même pas mentionner un fork de l’hindouisme pourtant très en vogue chez les bobos « modernes » : le bouddhisme…

  7. Hybrid Son Of Oxayotl

    Je trouve qu’effectivement, le terme de Stallman qu’est privateur s’applique particulièrement bien aux religions qu’on trouve de par chez nous, tout particulièrement au judaïsme et à l’islam, avec leur cortèges de règles aberrantes et castratrices (même si certaines branches du christianisme sont très forte pour cela aussi, je pense que rien ne peut battre un juif orthodoxe entre vendredi et samedi soir !).
    Enfin, je souhaiterais appeler que, bien qu’on l’oublie trop souvent, la troisième religion monothéiste en terme d’adeptes se rapproche beaucoup de l’hindouisme et de la spiritualité soufie (mais ils ont eu le bon goût de laisser tomber les règles divines absolue intransigeables du Coran et le prophète chef de guerre esclavagiste qui va avec, ainsi que les joyeusetés déjà présente dans l’ancien testament, comme l’appel à la tolérance religieuse qu’est l’épisode du veau d’Or).

  8. Ginko

    @Incontinentia Buttocks,

    À noter que l’auteur ne parle pas de libre mais d’open source.

  9. Benoît

    Bonjour,
    C’est amusant comme comparaison. Et encore plus amusant de voir tous les athées pousser leurs cris d’Onfray (facile). Ils n’ont pas compris que c’est un raisonnement et que ça ne veut pas dire qu’il y a un fondement à l’hindouisme.

    J’aime bien l’exercice. Le prochain texte est : Le capitalisme est-il une théorie plus open source que le socialisme ? Les animaux sont-ils GPL et les minéraux CC-by-sa ?

    Concernant la comparaison elle-même, je n’adhère pas complétement :
    Si on parle de sciences, on peut dire que la physique aussi est ouverte : tout ce qui est connu est écrit et chacun peut compléter avec sa théorie.
    Mais ça ne viendrait à l’idée d’aucun physicien de faire une étude contredisant le premier principe de la thermodynamique ou les équations de Maxwell. Ou alors en créant la théorie qui va avec.
    Pour les religions de la Bible, c’est pareil : on peut étudier librement les textes mais il y a des thèses reconnues sur lesquelles s’appuyer. Et les remettre en cause nécessite un gros boulot pour recréer la logique d’ensemble.

    Il y a pas mal de phrases à relever. En voici une : « les hérétiques qui ont cherché Dieu dans l’alcool, le sexe » : il y en a eu à Jérusalem, à la Mecque et à Rome. Mais on n’a pas trouvé que c’était très efficace. Alors on n’en parle plus vraiment dans les religions monothéistes. On laisse ça aux hindous :o)

    Merci à l’auteur pour son texte, merci à Framablog pour la traduction : j’ai souri. Mais je ne sais pas très bien ce que l’hindouisme apporte au monde. Alors un truc libre qui ne me sert à rien, je ne l’installe pas sur mon ordinateur.

    Benoît

  10. pierrre

    Quitte à troller, trollons… Et tant qu’à oxymorer (« Religion / Libre »), allons jusqu’au bout avec un nouveau sujet de discussion « Windows : la plus libre des solutions propriétaires ? »
    bises à tou-te-s, et merde aux autres,
    bonne année,
    Pierrre

  11. Hybrid Son Of Oxayotl

    Benoît, si tu te demandes ce que l’hindouisme apporte au monde, je peux te répondre facilement : la même chose que les autres religions. Peut-être en légèrement moins pire.

  12. Picapac

    Quoi de plus libre que la Wicca dont la base fondamentale est: « fais ce que tu veux mais sans nuire à autrui » ?