7 qualités de l’Open Source, entre mythes et réalités

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UGArdener - CC by-nc« Nous avons tous intérêt à défendre l’Open Source contre les forces qui l’affaiblissent », nous affirme ici Matthew But­t­er­ick, juriste et passionné de typographie[1].

Constatant que de nombreux projets se disent open source alors qu’ils n’en possèdent pas les caractéristiques, il nous propose ici de le définir en sept points, distinguant la réalité de ce qu’il appelle sa dilution.

Vous ne serez pas forcément d’accord, surtout si vous êtes plus « logiciel libre » (version canal historique Richard Stallman) que « Open Source ». Mais on devrait pouvoir en discuter sereinement dans les commentaires :)


Sept qualités essentielles à l’Open Source

Seven essential qualities of open source

Matthew But­t­er­ick – Janvier 2012 – TypographyForLawyers.com
(Traduction Framalang : Goofy, OranginaRouge, antistress)


Les citations tronquées déforment les propos. Beaucoup connaissent la fameuse citation de Stew­art Brand selon laquelle « l’information veut être gratuite » (NdT : « infor­ma­tion wants to be free. »). Cette phrase, prise isolément, est souvent citée à l’appui de thèses selon lesquelles toute contrainte sur l’information numérique est futile ou immorale.

Mais peu ont entendu la deuxième partie du propos, rarement citée, qui prend le contrepied de la première partie : « l’information veut être hautement valorisée » (NdT : « infor­ma­tion wants to be expen­sive. »). Lorsque l’on reconstitue le propos dans son entier, il apparait que Brand veut illustrer la tension centrale de l’économie de l’information. Lorsque le propos est tronqué, sa signification en est changée.

Les citations tronquées ont aussi déformé le sens de « Open Source ». Au fur et à mesure que le monde de l’Open Source prenait de l’ampleur, il a attiré davantage de participants, depuis les programmeurs individuels jusqu’aux grandes entreprises. C’était prévisible. Tous ces participants ne sont pas d’accord sur le sens donné à l’Open Source. Ça aussi c’était prévisible. Certains participants influents ont tenté de diluer l’idée de l’Open Source, usant d’un raccourci réducteur pour décrire une démarche méthodique. Ça aussi, on pouvait s’y attendre.

Mais même si cela était à prévoir, il est toujours payant de combattre cette dilution. Sur le long terme, cela est néfaste à l’Open Source. Et pas seulement pour des raisons éthiques ou morales mais aussi pour des raisons pratiques et de viabilité. Si on laisse l’Open Source se diluer en acceptant de revoir à la baisse les attentes, ceux d’entre nous qui jouissent des avantages de l’Open Source seront perdants à terme. De la même façon, ceux qui contribuent à des projets pseudo-Open Source risquent de dépenser leur énergie au profit de causes douteuses. C’est pourquoi nous avons tous intérêt à défendre l’Open Source contre les forces qui l’affaiblissent.

Dans le même esprit, voici sept qualités que je considère comme essentielles pour définir l’identité de l’Open Source, par opposition aux formes diluées que revêt généralement ce mouvement. L’objectif de cet exercice n’est pas d’offrir une caractérisation univoque de l’Open Source. Ce serait à la fois présomptueux et impossible. L’Open Source est hétérogène par essence, comme tout ce qui apparaît sur la place publique.

Pourtant, le fait que nous puissions parler de l’Open Source en général signifie qu’il doit y avoir des caractéristiques irréductibles. Des gens raisonnables, par exemple, peuvent avoir des conceptions différentes de l’art. Mais qui irait contester la qualité de Mona Lisa ? De la même façon, s’il n’est pas raisonnable de parler de l’Open Source comme d’un bloc monolithique, il est tout aussi déraisonnable de prétendre que c’est un concept complètement subjectif. L’Open Source doit pouvoir être défini sinon le terme lui-même n’a pas de sens.

Pourquoi rédiger un essai sur l’Open Source sur un site Web traitant de typographie ? Premièrement parce que les outils open source prennent une part de plus en plus importante dans la conception des polices (citons par exemple Robo­Fab). Deuxièmement parce que des polices soi-disant open source sont en train d’être produites à une cadence accélérée. Troisièmement parce que l’approche utilisée pour l’Open Source est de plus en plus appliquée aux projets issus des domaines du design ou du droit. Quatrièmement parce que je m’intéresse personnellement de longue date à l’Open Source, ayant par exemple travaillé pour Red Hat (ajoutons que ce site tourne avec Word­Press, un moteur de blog open source).

Qualité essentielle n°1

  • Dilution : L’Open Source émane d’un esprit de liberté et de coopération.
  • Réalité : L’Open Source émane d’un esprit de compétition capitaliste.

L’Open Source, en tant que méthode de conception d’un logiciel, permet l’émergence de produits compétitifs sans les besoins en capitaux et main-d’œuvre inhérents aux méthodes traditionnelles de développement des logiciels propriétaires. La plupart des projets open source à succès sont conçus comme des substituts de logiciels propriétaires à succès. Il n’y a pas de coïncidence. La demande en logiciels propriétaires est aussi ce qui créée la demande pour des alternatives open source.

De plus, le succès d’un projet open source dépend de sa capacité à rivaliser avec l’alternative propriétaire. Le temps, c’est de l’argent. Les logiciels open source qui ne remplissent pas leur office ne font pas des bonnes affaires au final. Bien que certains choisiront le logiciel open source pour des raisons purement politiques, les clients rationnels se prononceront sur la base d’un bilan coûts/avantages.

Qualité essentielle n°2

  • Dilution : Les développeurs de logiciels open source travaillent gratuitement.
  • Réalité : Les développeurs de logiciels open source sont rémunérés.

Personne ne travaille sur des projets open source gratuitement. Peut-être un petit groupe de développeurs contribue t-il à des projets open source pour se distraire au lieu de collectionner des timbres par exemple. Il s’agit là d’une minorité. La plupart du travail open source est réalisé par des développeurs professionnels qui sont rémunérés à un tarif professionnel.

C’est forcément vrai, et ce pour deux raisons.

Premièrement, les développeurs ne sont pas altruistes. Comme n’importe qui d’autre sur le marché du travail, ce sont des acteurs rationnels, et bien payés avec ça. Il n’y a aucune raison pour que ces développeurs se consacrent au développement de logiciels open source moyennant un salaire de misère alors qu’il existe plein d’entreprises qui accepteraient de les payer pour le même travail.

Deuxièmement, ainsi que nous l’avons déjà mentionné, le logiciel open source ne peut réussir que s’il a les moyens de rivaliser avec les alternatives propriétaires. Et il ne peut rivaliser avec les logiciels propriétaires que s’il parvient à attirer des développeurs de même niveau. Et la seule façon d’attirer ces développeurs est de les rémunérer au prix du marché. De la même façon qu’il n’y a pas de déjeuner gratuit, il n’y a pas d’avantage de logiciel gratuit.

Qualité essentielle n°3

  • Dilution : L’Open Source rend les choses gratuites.
  • Réalité : L’Open Source redéfinit ce qui a de la valeur.

Les développeurs de logiciels open source ne travaillent pas gratuitement, mais il existe un corollaire à cette affirmation : les projets open source bénéficient, pour une valeur équivalente, à ceux qui financent ce travail de développement — habituellement les employeurs des développeurs.

Si vous croyez que les entreprises de technologies sont des acteurs rationnels de l’économie, vous avez certainement raison. Une société investira son capital dans les activités les plus rentables qu’elle pourra trouver. Si une entreprise finance des projets open source, elle en espère un retour sur investissement supérieur aux autres options.

Alors que les défenseurs des logiciels libres ou open source tentent parfois d’en illustrer l’idée avec ces comparaisons : libre comme dans « entrée libre » ou comme dans « expression libre » (NdT : « free as in beer » et « free as in speech », deux images souvent utilisées en anglais pour distinguer les deux sens du mot « free », respectivement gratuit et libre), un ingénieur de Red Hat me l’a un jour plus exactement décrit de cette façon : « gratuit comme un chiot ». Certes vous ne payez pas les logiciels open source. Mais vous ne bénéficiez pas des avantages habituels des logiciels propriétaires : facilité d’installation, support d’utilisation, documentation, etc. Soit vous payez avec votre temps, soit vous payez quelqu’un pour ces services. Le résultat est que le coût des services liés au logiciel est déplacé à l’extérieur du logiciel lui-même au lieu d’être inclus dans son prix. Mais ce coût est seulement déplacé, et non supprimé.

Qualité essentielle n°4

  • Dilution : Il n’y a pas de barrière pour participer à l’Open Source.
  • Réalité : L’Open Source s’appuie sur la méritocratie.

L’Open Source ne pourrait pas fonctionner sans un filtrage méritocratique. Ce principe découle de l’idée que l’Open Source est une méthode pour créer des produits compétitifs. Pour obtenir des résultats de haute qualité, les projets open source doivent mettre l’accent sur les contributions de haute qualité, et rejeter le reste. Les projets open source sont ouverts à tous dans le sens où n’importe qui peut suggérer des changements dans le code source. Mais ces changements peuvent toujours être rejetés ou annulés.

L’idée de l’Open Source est mal employée quand elle est appliquée à des projets qui n’ont pas ce filtrage méritocratique et auxquels n’importe qui peut contribuer. Ces projets sont plutôt décrit comme du « partage de fichiers ». Ce qui distingue la méthode open source est son appui sur une communauté de développeurs pour trouver les meilleures idées. Cela signifie donc que la plupart des idées sont rejetées.

Qualité essentielle n°5

  • Dilution : L’Open Source est démocratique.
  • Réalité : L’Open Source s’appuie sur des dictateurs bienveillants.

Les projets open source sont menés par des développeurs qui sont parfois appelés des « dictateurs bienveillants ». Habituellement il s’agit de ceux qui ont démarré le projet et qui sont considérés comme détenant la vision de l’avenir du projet.

Ils ne sont pas élus mais, d’un autre côté, il ne sont autorisés à rester au pouvoir que tant que les autres participants y consentent. C’est le principe de l’Open Source : n’importe qui peut récupérer le code source et l’utiliser pour démarrer un nouveau projet (cette pratique a pour nom le « forking »).

Cela arrive rarement. En fin de compte, les participants à un projet open source ont davantage à gagner à conserver le projet intact sous la direction d’un dictateur bienveillant plutôt que le fragmenter en de multiples projets. (notons ici encore l’influence des incitations rationnelles). De même, le dictateur a intérêt à rester bienveillant puisque le projet pourrait à tout moment se dérober sous ses pieds.

Qualité essentielle n°6

  • Dilution : Un projet open source peut n’avoir qu’un développeur.
  • Réalité : Un projet open source nécessite plusieurs développeurs.

Cette exigence découle de l’idée que l’Open Source est une méritocratie. Il ne peut y avoir de filtrage méritocratique si toutes les contributions viennent d’une seule personne. Parfois certains publieront leur projet personnel et annonceront « Hé, c’est maintenant open source ».

Cela ne le rend pas pour autant open source, pas plus qu’acheter un pack de bières et des chips suffisent à faire une soirée. Vous aurez toujours besoin d’invités. De même pour créer une pression méritocratique, les projets open source ont besoin de plusieurs développeurs (pour créer une émulsion d’idées) et d’un dictateur éclairé (pour choisir parmi ces idées). Sans cette pression, on a affaire à du partage de fichiers, pas de l’Open Source.

Qualité essentielle n°7

  • Dilution : Un projet logiciel peut devenir open source à tout moment.
  • Réalité : L’Open Source est inscrit dans l’ADN du projet ou ne l’est pas.

Comme l’Open Source rencontre un succès grandissant, de plus en plus de projets de logiciels propriétaires ont été « convertis » en logiciels open source. Cela revient à greffer des ailes à un éléphant dans l’espoir qu’il volera.

L’Open Source est une manière de produire des logiciels (entre autres). Cela inclut certaines valeurs et en exclut d’autres. Cela n’est ni intrinsèquement meilleur que le développement de logiciels propriétaires ni applicable à tous les projets. Mais la décision de développer un projet open source n’a du sens qu’au démarrage du projet. De cette manière, le dirigeant, la communauté des développeurs et le code pourront évoluer autour des ces principes.

Un projet propriétaire démarre avec des principes radicalement différents et évolue autour de ces principes. Et il ne pourra pas devenir plus tard un projet open source, pas plus qu’un éléphant ne peut devenir un aigle. Néanmoins, ceux qui convertissent des projets propriétaires en projets open source suggèrent le plus souvent que cela offre le meilleur des deux mondes : une manière de partager les bénéfices d’un développement propriétaire avec une communauté open source.

Mais cela offre presque toujours le pire des deux mondes : l’ouverture des sources n’est qu’une manière cynique d’exporter les problèmes d’un projet propriétaire. Malheureusement c’est ce qui se produit la plupart du temps car des projets propriétaires qui fonctionnent n’ont rien à gagner à devenir open source. Les développeurs n’adoptent pas votre technologie propriétaire ? Ramenez son prix à zéro et renommez le « Open Source ». Votre logiciel propriétaire est rempli de mystérieux bogues insolubles ? Rendez le « Open Source » et peut-être que quelqu’un d’autre résoudra ces problèmes. Votre technologie est sur le point de devenir obsolète car vous avez été trop lent à la mettre à jour ? Peut-être que la rendre open source allongera sa durée de vie. Les entreprises refourguent leurs logiciels à la communauté open source quand elles n’ont plus rien à perdre.

Cependant cette technique n’a jamais payé. Les projets open source qui fonctionnent ont appliqué cette méthodologie très tôt et s’y sont tenu. Le simple engagement en faveur de l’open source n’est pas un gage de succès bien qu’il soit nécessaire.


La plupart de mes explications ci-dessus ont été formulées en termes de développement logiciel. Mais ce message a une portée qui va au delà du simple logiciel. Je pense que « l’Open Source » vient du monde du logiciel, et restera certainement plutôt adapté à ce type de projet, mais il n’y a aucune raison à ce qu’il ne convienne pas à d’autres types de projets. C’est déjà ce qui se passe.

La principale difficulté est d’appliquer de façon méticuleuse et réfléchie le modèle open source. Au fur et à mesure que l’Open Source s’étend et s’éloigne de ses racines traditionnelles, il va devoir faire face à un risque grandissant de dilution. Encore une fois, je ne prêche pas une définition canonique de l’Open Source. Peut-être que le meilleur que nous pouvons espérer est que ceux qui souhaitent qualifier leur projet d’open source apprendront d’eux-mêmes les caractéristiques qui font le succès de ce type de projet. Si vous n’aimez pas mon résumé de ces qualités essentielles, alors apprenez-en suffisamment à propos de l’Open Source pour venir avec le vôtre. Et ne vous sentez pas obligé, ne prenez pas cela comme un devoir à la maison — faites cela dans votre propre intérêt.

Ça ne peut pas faire de mal de se pencher sur les autres projets open source pour comprendre comment ils ont réussi. Une fois cet examen réalisé, si vous voulez modifier les grands principes pour votre propre projet, allez-y ! Je ne m’en plaindrai pas.

Et accordez-moi une faveur : n’appelez pas cela Open Source.

Notes

[1] Crédit photo : UGArdener (Creative Commons By-Sa)

16 Réponses

  1. Pas vraiment de quoi être en désaccord (nous n’avons simplement pas les mêmes valeurs) à partir du moment où on a compris que « projet » est un vilain mot (utilisé 43 fois quand même ! ) : http://www.scoplepave.org/ledico/de

  2. …Et il dit avoir travaillé pour Red Hat ? Eeeh bien, n’est pas Richard Fontana qui veut…

    On se trouve ici dans une rhétorique de style E. Zemmour : l’auteur commence par nous expliquer que, attention attention, il va nous asséner des révélations courageuses et démolir certains mythes de la bien-pensance angéliste… Et il s’emploie ensuite à enfoncer consciencieusement les portes déjà grandes ouvertes de la doxa néo-capitaliste. (Et le pire, c’est que je ne doute pas qu’il soit réellement sincèrement convaincu d’avoir réinventé la roue néo-libérale.)

    Alors, que le monde du Logiciel Libre (il faudrait plutôt dire « les » mondes, car il y a des situations diverses et souvent contradictoires) mérite d’être critiqué, c’est certain — et de nombreuses personnes s’y emploient. Que, sous couvert d’«analyse» on se contente juste de ressasser les évidences (parfois justes, souvent fausses) de l’idéologie dominante, c’est juste le degré zéro de la pensée de comptoir de bar.

  3. Bizarrement, l’auteur fait une opposition entre « motif politique » et « rationalité ». Comme si les normes de la rationalité (car en l’occurence il s’agit d’une rationalité de type économique) n’étaient pas politiques …

  4. @JosephK
    Pour votre information, mon bon monsieur, il s’agit d’un texte traduit. Dans d’autres langues, les répétitions ne sont pas forcément aussi mal vues qu’en français. De plus, dans les publications scientifiques, il est de bon ton d’utiliser un terme par concept, afin d’en faciliter la lecture aux personnes ne maîtrisant pas parfaitement la langue. Attaquer l’auteur sur un défaut hypothétique du style de son texte, cela me semble bien petit.

    Pour ma part, je trouve cet article bien sympa, je le recommanderais à mes amis, si j’en avais.

  5. Il s’agit d’un post clairement jusnaturaliste sur le fond.

    Le jusnaturalisme suppose que la propriété est première que les individus ne sont pas altruistes, et que la liberté ne se définit qu’en raison de ces deux axiomes de base.

    Or le libéralisme véritable, celui qui est cohérent avec Liberté Egalité Fraternité, lui, place la liberté comme première, la fraternité et l’égalité comme consubstanciels à la liberté, et donc définit une ?propriété comme ne pouvant exister que de façon compatible avec ces axiomes là.

    http://www.creationmonetaire.info/2

    Dans le premier cas on construit une géométrie rigide, euclidienne, limitée et dogmatique, dans le deuxième on comprend la signification de la géométrie différentielle où deux droites parallèles peuvent se couper selon la courbure de l’espace.

    http://www.creationmonetaire.info/2

    C’est bien un post qui propose une vision jusnaturaliste des logiciels libres, et typiquement le glissement sémantique que combat Richard Stallman depuis longtemps, car lui a parfaitement perçu ce que signifiait l’abandon du terme « libre » pour celui « d’Open Source ».

    Sachons donc repérer les changements de repères sémantiques quand leurs chiens de garde viennent tenter de nous les imposer !

  6. xaccrocheur

    @galuel Bien vu, et merci pour la lecture. Par ailleurs, sur le second point formulé, la notion de glissement sémantique, IMO c’est clairement un moyen puissant, sinon le plus puissant, pour réduire la liberté des gens (en particulier), et plier le monde à un agenda politique (en général), ça, faire doucement changer le sens des mots.

    J’ai eu la chance de discuter avec Richard Stallman (ouais !) et avant/pendant toute discussion sérieuse, au risque d’une redondance, ce dernier pose sur la table tous les termes potentiels de la discussion pour qu’on se mette d’accord sur leur définition. Ordinateur, programme, liberté, égalité, fraternité, humain, machine, tout y passe. Ça prend du temps, disons 30mn sur une discussion de 3 heures. Et ça recommence à chaque nouvel interlocuteur.

    L’attitude contraire existe, elle consiste à laisser planer l’implicite, cet ennemi mortel du sens, et de combattre l’explicite avec des phrases et des mimiques, tout un langage global qui dit « oh ça va la prise de tète, faisons simple ».

    Une tendance lourde dans les commentaires sur internet est la réponse du style « oh la leçon de morale bla bla tu te crois plus intelligent que tout le monde bla bla » qui permet d’abord d’éviter le fond pour parler de la forme (qui, oui c’est vrai, n’est pas toujours très soignée, car chez les gens qui pensent, ce qui est dit est infiniment plus important que la façon de le dire) <= Ben tien voilà, exemple au hasard d’une phrase qui peut facilement être qualifiée de « pédante ».

    Transformer « intellectuel » en insulte a été une grande victoire dans ce sens.

    Je suis un peu sorti du sujet. Open-Source != libre, c’est clair. Incidemment, si on lit cet article légèrement, on peut ne retenir que « si toi utiliser open-source toi donner quand même argent » or c’est ce que je dis à mes employeurs toute la journée, en substance ;)

  7. Je ne suis pas tellement d’accord avec cet article, dont pas mal de points me semblent approximatifs voire totalement erronés :
    Point 1 : par exemple, vlc ne concurrence rien, il est arrivé parce qu’il n’y avait pas de solution satisfaisante pour la lecture de médias sous Windows. En sortant un peu du logiciel, on peut aussi citer wikipedia qui n’est pas (à mon avis) une tentative de concurrencer les autres encyclopédies, mais une tentative de créer différemment une base de savoir.
    Point 2 : ça dépend des logiciels et de leurs objectifs. Il y a des exemples de logiciels dans lesquels les développeurs (ou au moins une partie) ne sont pas rémunérés. Et c’est oublier que pour certains, il y a un RoI en expérience voire en quelque chose de valorisable pour un recrutement.
    Quant au free lunch, je ne comprends pas du tout ce qu’il fiche ici.
    Point 3 : même le LL est d’accord, il faut juste éviter de confondre free beer et free speech.
    Point 4 : oui mais encore faut-il savoir ce qu’est le mérite. Faut-il être un dieu de la prog ? Non, on peut apprendre ou simplement proposer des compétences dans la traduction, proposer des idées intéressantes, etc. Donc ça reste très ouvert et ça va dépendre de l’équipe qui se forme autour d’un projet.
    Point 5 : le fait que le « dictateur » doive prendre en compte les autres sous peine de saborder son soft fait des autres un contre-pouvoir donc détruit de facto l’existence de cette dictature.
    Point 6 : là je suis assez d’accord, même si on peut faire son petit soft dans son coin et le publier, si personne d’autre ne s’y implique, c’est soit qu’il est parfait (haha …), soit qu’il n’intéresse personne et qu’il aurait pu rester fermé.
    Point 7 : relativement d’accord, même si c’est plutôt dans la gestion de la communauté d’un projet open source qu’on observe cette adéquation ou non à l’open source.

  8. Cool! J’attends un article équivalent pour le logiciel libre! :-)

  9. @Incontinentia Buttocks : Je « n’attaque » pas le style mais bien la sémantique utilisée… « project » (puisqu’il faut prendre le terme utilisé en VO… ben ça alors ! Incroyable, ça en fait toujours une bonne quarantaine ! ) est un concept issu du management sur lequel on en apprend davantage en lisant la définition du Pavé (lien donné plus haut).

    Pour paraphraser : « Développer des logiciels libres/open source par projets c’est concevoir à court terme, et renoncer aux *idéaux* qui structurent une vie, une personne, un groupe social. »
    Et résumer ceux qui peuvent avoir un autre idéal que de simplement créer des « produits open source » à des gens qui ne font que « partager des fichiers » je trouve ça très insultant.

    Parler d’open source est un choix comme le rappelle très bien Galuel ; parler de projet en est un également. Maintenant peut-être que l’auteur ne se rend pas compte de ce que ça implique d’utiliser tel terme plutôt qu’un autre mais bon… on est là pour critiquer non ?

  10. Open source, open source, open source… On nous ressasse tellement le mot dans l’article que ça en devient indigeste. Il faudra que je pense à faire un script greasemonkey pour la prochaine fois.

    Cela mis à part, les comparaisons mythe/réalité de l’article ne sont guère surprenantes, et plusieurs d’entre elles sont fausses ou ne s’appliquent qu’aux plus gros projets libres (et encore… Je pense notemment au dictateur bienveillant, ce qui revient à oublier Debian et une pléthore de projets gouvernés en groupe, ainsi qu’au fait que la grande majorité des projets libres n’ont qu’un seul mainteneur.)

  11. « Qualité essentielle n°1
    * Dilution : L’Open Source émane d’un esprit de liberté et de coopération.
    * Réalité : L’Open Source émane d’un esprit de compétition capitaliste. »

    Holy shit !#@ Je pensais bien être un peu bousculé mais pas autant et pas dès le premier point… (et j’ai pas encore lu la suite).

  12. Pour moi, c’est un article intéressant, même si, comme cela a été dit, il parle principalement des gros projets. C’est vrai qu’il existe beaucoup de petits projets excellents, mais pour évoluer et être pérennes, ils auraient besoin d’autres contributeurs et d’organisation.

    N’étant pas moi-même un spécialiste du logiciel libre et de l’open source, je m’étonne toujours de la passion, voire de la violence, dans les propos liés à ces sujets. Mais je crois qu’il faut que je m’y fasse. D’ailleurs l’article est écrit dans ce but.

    Actuellement, je démarre une série d’articles sur le stockage et le partage de nos fichiers sur le web. Les logiciels open source me paraissent être une bonne solution, dans ce domaine.

  13. @JosephK: Pardon de dévier un peu du sujet de l’article. Mais je voudrais revenir sur la signification de « projet » décrite dans le lien que tu donnes.
    Je suis bien d’accord avec toi, le sens que revêt le mot projet dans cet article du framablog a tendance a donner raison à la définition que tu as donné en lien.
    Par contre, cette définition est excessive, car réductrice. Elle critique, à juste titre selon moi la dérive techiniste du projet. l’omniprésence du management par projet (auquel j’ai été formé) est tout à fait critiquable.
    Mais j’aimerais te renvoyer vers les livre de JP Boutinet, (Psychologies des conduites à projet, et anthropologie du projet) qui donne à la notion de projet une signification différence qui ne renie pas le long terme (comme l’explique ton lien) mais propose plutot le projet comme une sorte « de relecture » du passé et de l’avenir permettant à une personne (ou un collectif) de «  » » » »se structurer » » » » (je mets pleins de guillemets car le terme est très vague et meme réducteur). Choisir un idéal et s’y tenir sur le long terme, n’est pas selon moi contraire à la notion de projet, spécialement lorsqu’il s’agit de la vie d’un individu.
    Donc je suis d’accord avec ta définition, mais pour partie seulement!

  14. Quand on pose dès le départ un axiome faux (les humains ne travaillent que s’ils sont rémunérés – et grassement), forcément on raconte un peu n’importe quoi derrière ! En France je crois qu’on est 2 millions de personnes à travailler bénévolement dans des associations… Ah zut il fallait discuter sereinement dans les commentaires ;).

  15. Baronsed

    Rarement vu autant de n’importe quoi. Conséquence intéressante, cela a permis à pas mal de gens de reformuler leurs idées. Les commentaires sont bien mieux que l’article :’-)

  16. ce qui est le plus navrant concernant cet article c’est que l’auteur ne prend pas la peine de citer la moindre référence… pourtant l’open source est (depuis peu c’est vrai) un sujet d’étude à la fois au niveau logiciel et social. la question des motivations et du fonctionnement technique et gouvernance des projets commence à être étudié abondamment dans la littérature.

    je ne dis pas que l’ensemble des points soulevés soient faux, seulement pour aborder ce débat il convient qd même de faire passer le matériau d’analyse et d’étude avant le point de vue ou le parti pris.

    – pour commencer ce travail, les articles suivants m’ont paru éclairants:
    Baytiyeh, H. & Pfaffman, J., 2010. Open source software: A community of altruists. Computers in Human Behavior, 26(6), p.1345-1354.
    Oreg, S. & Nov, O., 2008. Exploring motivations for contributing to open source initiatives: The roles of contribution context and personal values. Computers in Human Behavior, 24(5), p.2055–2073.
    Osterloh, M. & Rota, S., 2007. Open source software development–Just another case of collective invention? Research Policy, 36(2), p.157–171