Madame, Monsieur le Député, pourquoi il est important de faire le choix du Libre

Classé dans : Libres Logiciels | 21

Signal fort et beau symbole, en 2007 il avait été décidé de passer les postes des députés sous GNU/Linux Ubuntu et OpenOffice.org (cf ces témoignages). Arrive aujourd’hui le temps du renouvellement et les députés, fraîchement élu(e)s ou réélu(e)s, ont le choix du choix, avec Windows ou Ubuntu et Microsoft Office ou LibreOffice.

François Revol est un acteur bien connu de la communauté francophone du logiciel libre. Il fait ici acte de citoyenneté en prenant le temps d’adresser une lettre détaillée et personnalisée à son député sur ce sujet à ses yeux bien plus important qu’il n’y paraît. Nous vous invitons à vous en inspirer pour en faire de même, si vous partagez ses arguments et sa préoccupation.

Nous ne souhaitons pas qu’une assemblée nationale plus rose devienne moins libre.

Takato Marui - CC by-sa

Objet : Système d’exploitation de votre ordinateur

Madame, Monsieur le Député,

Si ce n’est déjà fait, et que personne n’a choisi à votre place, vous allez devoir prendre une décision très importante, que vous pourrez considérer comme anodine mais qui pourtant est cruciale.

Pour cette législature, conformément à la demande de la questure, vous avez le choix du système d’exploitation (SE) qui sera utilisé sur votre ordinateur. La législature précédente avait permis un énorme progrès par l’installation de GNU/Linux[1] sur toutes les machines des députés auparavant sous Windows, mettant ainsi à leur disposition un système plus éthique, plus économique, plus flexible, et participant à restaurer une certaine indépendance européenne dans le secteur du logiciel. Il semble au contraire pour cette législature, pour certaines raisons obscures et surtout exprimées bien tardivement, qu’il ait été décidé de vous laisser le choix. L’histoire dira, et surtout votre choix, si c’est un recul ou un progrès, et si vous avez usé sagement de ce qui pour beaucoup d’entre nous est encore un luxe, puisque précieux mais trop peu répandu.

En effet, malgré l’interdiction par la loi de la vente liée[2], le choix du système d’exploitation lors de l’achat d’un ordinateur par un particulier relève encore du plus rare des luxes, réservé aux seules entreprises. Si l’on en croit les revendeurs et fabricants, le particulier est simplement trop stupide pour faire un choix éclairé. L’excuse d’une complexité accrue de production est également caduque, les offres existantes pour les entreprises montrant la viabilité de proposition du choix. En fait il s’agit surtout de préserver des monopoles établis, ceux d’une entreprise américaine bien connue pour avoir été sanctionnée par la Commission européenne pour cette même raison.

Pourtant le choix du système d’exploitation est important à plusieurs titres, même en laissant l’éthique de côté, ayant même des conséquences sur la relocalisation d’emplois.

Ainsi par exemple le choix d’un SE libre permet, en plus de répondre aux questions d’indépendance, d’interopérabilité, et d’adaptabilité, de générer une activité de développement logiciel locale nécessaire à une adaptation au plus près des besoins, adaptation impossible avec du logiciel propriétaire qui dépend entièrement du bon vouloir de l’éditeur. En effet, le logiciel libre, par essence, est distribué avec son code source et la liberté de modification, permettant ainsi la création et la mise en concurrence d’expertises non subordonnées à l’éditeur original. La mutualisation des coûts de production des logiciels libres participe aussi de la création de biens communs. Comme nombre de sujets connexes liés au numérique, le logiciel libre transcende donc le bipartisme.

Certains d’entre vous ont d’ailleurs signé le Pacte Logiciel Libre lors de la campagne, d’autres lors de précédentes législatures ont voté pour ou contre certains projets de loi dommageables au logiciel libre, comme DADVSI ou HADOPI, créant ainsi du tracas y compris à des universitaires français, comme les auteurs du logiciel de lecture vidéo VLC, obligés de demander à la HADOPI comment contourner les DRM[3] du BluRay. La HADOPI n’a d’ailleurs pas été d’une grande utilité pour résoudre la violation de la licence de FFmpeg/LibAV, logiciel libre auquel j’ai modestement contribué, commise par un sous-traitant d’Orange4 pendant plus d’un an. Il s’agit pourtant ici également de protection des auteurs. Il est intéressant de plus de noter qu’Orange comptait parmi les fiers sponsors officiels de l’inutile sommet « eG8 » où la question de la protection des auteurs a été abordée. La Commission européenne n’étant d’ailleurs pas en reste, tant par sa tentative de faire adopter le traité ACTA[4] que la directive sur le brevet unitaire qui bien qu’utile sur le principe laisse entrer le logiciel dans le champ de la brevetabilité, ce qui ne saurait être plus grotesque puisque le logiciel est une expression de la pensée humaine et donc naturellement sous le régime du droit d’auteur.

Tous ces problèmes ont en commun le manque de considération des « acteurs », entreprises – pourtant grandes utilisatrices de logiciel libre – comme législateur. Ceci vient autant de la perception erronée de l’informatique comme un sujet purement technique et économique, que des effets de la vente liée, effets devenant rétroactivement causes de renforcement des monopoles. Le grand public est en effet gardé dans l’ignorance, croyant que le choix qui est fait pour lui est dans son intérêt, que « ça marche comme ça », et que « Linux ça marche pas », ce qui dans la plupart des cas est dû au manque de support matériel, lui-même résultant de l’indisponibilité des spécifications techniques du matériel, puisque bien sûr les fabricants préfèrent distribuer plutôt des pilotes pour Windows que les spécifications, qui sont pourtant le « manuel utilisateur » du matériel par le logiciel et devraient être publiques, ceci étant justement la conséquence du monopole déjà évoqué.

L’ironie de la situation étant que même Microsoft a été victime de cet état de fait, puisque lors de la sortie de Windows Vista, certains périphériques fournis uniquement avec des pilotes pour les versions précédentes de Windows n’étaient plus utilisables, mettant ainsi en colère les utilisateurs devant néanmoins acheter Windows Vista avec leur nouvelle machine, sans toutefois pouvoir utiliser certains périphériques pourtant neufs mais dont le fabricant refusait de fournir un pilote mis à jour.

Quand aux très rares matériels « certifiés Linux » disponibles, ils sont généralement seulement sommairement testés une fois pour toute certification, et de plus vraiment un « luxe » au vu des prix pratiqués.

Malgré des campagnes d’information au public de la part d’associations de promotion du logiciel libre comme l’April ou l’AFUL, ainsi que plusieurs procès gagnés par des particuliers, l’inaction de la DGCCRF est manifeste, et le status quo demeure depuis maintenant plus d’une décennie.

En effet, le problème de la vente liée, loin d’être récent, est par exemple une des causes majeures de la fermeture en 2001 de Be, Inc., éditeur du système d’exploitation BeOS, que j’ai utilisé pendant 10 ans. Déjà à l’époque Microsoft s’imposait sur les ordinateurs PC par le verrouillage du processus de démarrage, et en interdisant aux revendeurs par des contrats secrets d’installer un autre SE, la seule tentative de Be, Inc. de fournir des ordinateurs pré-installés avec son système ayant été torpillée, Hitachi se contentant alors de laisser BeOS sur le disque dur mais sans le rendre disponible au démarrage, ni même documenté et donc de facto inaccessible.

Plus tard, un éditeur de logiciel allemand ayant tenté de reprendre le développement de ce même système a également dû fermer, toujours par manque de ventes et à cause du monopole de fait de Microsoft sur le marché, me causant au passage un licenciement économique.

C’est d’ailleurs l’échec commercial de BeOS qui a conduit à la création du système d’exploitation libre Haiku auquel je contribue actuellement, dans l’idée de perpétuer son originalité, comme on tenterait de préserver une espèce nécessaire à la technodiversité. Pourtant, même si c’est un projet plus ludique que commercial à l’heure actuelle, la vente liée nous pose problème tout comme aux auteurs de Linux. En effet, la non disponibilité des spécifications matérielles chez certains fabricants et de nombreux constructeurs rend impossible l’écriture des pilotes de périphériques pourtant nécessaire à leur utilisation.

Cet état de fait est d’ailleurs une régression. En effet à une certaine époque la plupart des machines électroniques (téléviseurs, électrophones, mais aussi ordinateurs) étaient livrées avec les schémas complets. J’ai ainsi par exemple, dans le manuel utilisateur de mon premier ordinateur (un ORIC Atmos), la description de son fonctionnement interne et toute la documentation permettant d’interfacer du matériel, et l’importateur avait même publié les plans. L’obsolescence programmée a pris le pas depuis lors.

Ce luxe donc, auquel vous avez droit, m’a été refusé à l’achat de mon dernier ordinateur portable. Non seulement le fabricant refuse de rembourser la licence de Windows 7 que je n’ai jamais demandée, mais il ne m’a toujours pas communiqué les spécifications nécessaires à l’adaptation du système que je désire utiliser et auquel je contribue. J’en suis donc réduit lorsque je tente de l’utiliser actuellement à une résolution graphique inférieure à ce que l’écran permet et sans aucune accélération matérielle, pas de connexion réseau, et l’impossibilité de produire du son, sans parler des fonctions moins essentielles, que pourtant j’ai payées. Pourtant, ainsi que je l’ai dit, ces spécifications constituent le « manuel utilisateur » du matériel par le logiciel, et forment donc en ce qui me concerne, des «caractéristiques essentielles »[5]. D’ailleurs, cette même machine avec GNU/Linux que j’utilise également cause régulièrement des problèmes pour la même raison, à savoir la non disponibilité des spécifications qui empêche la correction d’un bogue du pilote vidéo pourtant documenté depuis plus d’un an.

La vente liée cause du tort également à des éditeurs français, comme Mandriva, qui publiait une distribution de GNU/Linux depuis 1998, initialement appelée « Mandrake Linux », que j’ai d’ailleurs un temps utilisée, mais n’a pas réussi à s’imposer et a donc disparu récemment. On ne peu que déplorer le résultat de cette concurrence pas vraiment libre et certainement faussée.

Et pourtant le logiciel libre permet de développer de nombreux [modèles économiques différents|http://www.april.org/livre-blanc-des-modele-economiques-du-logiciel-libre], ouvrant des perspectives d’emploi pour des PME innovantes, si la loi ne le défavorise pas.

Par ces temps de crise, il ne serait d’ailleurs pas inutile de s’intéresser aux optimisations fiscales, pour ne pas parler d’évasion, que certaines entreprises multinationales pratiquent, Microsoft en premier mais également Apple. L’absence de détail des prix lors de la vente liée pose d’ailleurs des questions légitimes quand à la répartition de la TVA.

La pratique par Microsoft du verrouillage du processus de démarrage, que j’évoquais plus haut à propos des PC, est d’ailleurs toujours d’actualité puisque bien évidemment les prochaines tablettes « compatibles Windows 8 » devront implémenter obligatoirement le mécanisme dit « SecureBoot », qui au prétexte de limiter les virus rendra totalement impossible l’installation d’un système libre. Et donc alors même que le combat contre la vente liée s’éternise sur les PC, il est presque déjà perdu sur les machines qui les remplaceront bientôt, alors même que ce sont toujours des ordinateurs malgré tout, dont l’utilisateur devrait garder le contrôle, contrôle qui s’exprime en premier sur le choix des logiciels qu’il voudra pouvoir utiliser ou non.

Le choix d’installer Windows s’apparente ainsi plus au non-choix, à un blanc-seing laissé à Microsoft quand au contrôle de votre machine, avec la sécurité qu’on lui connaît. C’est aussi un choix de facilité, au vu de la situation actuelle, mais également la caution d’une situation inacceptable.

Le choix d’installer GNU/Linux, sur une machine de bureau, est avant tout moral et éthique avant d’être pragmatique, alors que sur un serveur il s’impose plus logiquement. C’est pourtant tout autant un choix de sécurité, puisque le code source ouvert garantit le contrôle que l’on a sur le système, comme l’absence de porte dérobée. C’est aussi un choix courageux et téméraire, par l’entrée dans ce qui reste encore une minorité technologiquement discriminée. Mais ce serait aussi un signal fort envers les développeurs qui créent ces logiciels, les utilisateurs confortés dans leur choix difficile, et enfin les fabricants de matériels qui pour certains encore n’ont pas compris qu’il était de leur devoir et de leur intérêt de considérer tous les utilisateurs.

Ne vous y trompez pas, la majorité des problèmes qui pourraient survenir lors de l’utilisation de GNU/Linux ne sont pas de son fait ou des développeurs qui l’ont écrit, mais bien de Microsoft, Apple, et d’autres éditeurs, qui par leur politique de fermeture compliquent inutilement l’interopérabilité entre leur système et les autres, à dessein bien sûr, puisque leur but est le monopole. D’ailleurs il est à prévoir des incompatibilités entre GNU/Linux et l’infrastructure choisie par la questure pour la gestion des courriels, à savoir Microsoft Exchange, bien connu pour ne respecter aucun standard hormis le sien, c’est à dire donc aucun, puisque les formats et protocoles d’Exchange ne sont en rien normalisés ni donc standard (de jure). Alors même que les logiciels de courriel de GNU/Linux respectent de nombreux standards et normes. Pour résumer, dire que GNU/Linux pose problème serait simplement inverser la situation causée par ces monopoles.

Une métaphore que j’utilise depuis des années sans succès, mais pourtant découverte aussi récemment par un juge, s’énonce ainsi :

« La vente liée d’un système d’exploitation avec un ordinateur revient à l’obligation d’embauche d’un chauffeur à l’achat d’une voiture. »

Ceci vous semble absurde ? À moi aussi. C’est pourtant la pratique actuelle.

En tant qu’ingénieur, auteur de logiciels libres, citoyen et électeur, ce sujet me tient à cœur, et il me semble nécessaire qu’au moins la législation actuelle soit appliquée, à défaut d’évoluer. J’espère vous avoir éclairé sur ce choix important qui vous incombe, non dénué de symbole, et qui je le rappelle est un luxe pour le particulier même informé. Je reste à votre disposition pour toute discussion.

Je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur le Député, l’expression de ma considération la plus distinguée.

François Revol

Crédit photo : Takato Marui (Creative Commons By-Sa)

Notes

[1] Le système libre GNU fonctionnant sur le noyau Linux, lui aussi libre.

[2] Article L.122-1 du code de la consommation

[3] Digital Rights Management, en français MTP pour « Méthodes Techniques de Protection »

[4] Anti-Counterfeiting Trade Agreement, ou Accord commercial anti-contrefaçon (ACAC)

[5] Au titre de l’article L-111-1 I. du code de la consommation.

21 Réponses

  1. Au-delà de l’aspect « lettre ouverte », je suis sceptique quant à l’efficacité de ce genre de missives. (Trop nombreuses, souvent trop longues, et ce quels que soient les efforts de pédagogie qui y sont déployés.) D’autant qu' »en face », il n’en sont plus aux bafouilles mais plutôt au démarcheurs en direct munis de leurs petites valises (contenant des ordinateurs de démonstration, qu’allez-vous imaginer là ?)…
    Sinon, ça me donne l’occasion de signaler que Haiku est désormais mon système d’exploitation principal. (En gcc4 pur… sur un Cr-48.)

  2. Omikron

    Il résume parfaitement la situation. Je serais curieux de savoir combien de députés adopteront ou ont adopté GNU/Linux…

  3. Comme Valentin, je suis sceptique sur l’efficacité d’une telle lettre. L’effort est louable mais il faut avouer qu’elle est trop longue et n’évite pas la technique. combien de députés vont la lire jusqu’au bout et en tirer des conclusions ?
    C’est vrai qu’on n’a pas les mêmes moyens qu’en face, mais il serait plus efficace d’avoir l’opportunité de faire des mini-conférences devant des députés avec la possibilité qu’ils posent des questions, cela devrait pouvoir lever beaucoup d’ambiguïtés…

  4. Babdu89

    Bonjour…

    Tant que le problème de la vente liée ne sera pas « éradiqué » (par le législateur et les juges)…

    Tant qu’on laissera croire au consommateur, par manque d’information, que les logiciels d’exploitation pré-installés  » sont gratuit », puisque « contenus » dans les machines… (Nos élus sont aussi des consommateurs)…

    Nous n’en sortirons pas…

    Pour que çà change, il faudrait…
    Que l’on trouve dans les étales ,les machines avec les prix correctement indiqués… ( dixit la loi ) …

    À part sur les étiquettes …
    Prix de la machine « nue »…
    Prix du système d’exploitation pré-installé… Et des autres logiciels pré-installés…
    Montant et procédure de remboursement ,des systèmes pré-installés
    Plus, l’information énoncée sur les étiquettes ,de la possibilité d’installer des système alternatifs « libre » et gratuits, pour la plus-part …

    L’idéal serait de voir dans les étales…
    Machine « nue »… Avec son prix… (donc,plus de machines pré-installées) …
    Boite avec média d’installation de système d’exploitation propriétaire payant, donc prix indiqué…
    Boite avec média d’installation de système d’exploitation libre alternatif, genre Linux … Payants où gratuits … Donc prix indiqués dans ce cas…

    Et que l’on laisserait le choix au consommateur, d’utiliser ce qui lui convient…

    Là je pense que l’on s’approcherait plus de la « concurrence libre et non faussée »…
    Comme elle est édictée dans les lois et traités Européens …

    Mais bon ,je /nous pouvons toujours rêver …

    Les systèmes propriétaires ont encore de beaux jours devant eux, tant que le législateur n’y mettra pas bon ordre… Pour que les juges puissent suivre en cas de problèmes, en s’appuyant sur des textes de loi sans ambiguïté…

    Pour faire avancer les choses, à mon avis il faut « pousser » le législateur à aller dans le bon sens…

    Oui,je sais, à Bruxelles, je/nous n’avons pas de bureau de lobbying face au parlement Européen…
    Dommage…

    @+. Babdu89 .

  5. Vous espérez vraiment qu’un député lira une lettre aussi longue ?

  6. mmu_man

    > Vous espérez vraiment qu’un député lira une lettre aussi longue ?
    Ben oui, ils lisent bien des quotidiens en séance 😀

  7. Ludivine

    Bonjour Monsieur Revol,

    je vous félicite pour cette lettre ouverte qui a le mérite d’exposer clairement la situation actuelle. J’apprécie le caractère explicite de vos exemples qui s’appuient sur la réalité de vos expériences personnelles de terrain. Vous avez tout à fait raison de souligner un fait révoltant : les monopoles établis ont assez duré. D’autant qu’aujourd’hui les offres libres existantes sont suffisamment nombreuses et performantes pour sonner le glas aux pratiques commerciales douteuses. A cet égard, votre métaphore illustrant ces pratiques est particulièrement bien choisie. En effet personne ne saurait tolérer l' »obligation d’embauche d’un chauffeur à l’achat d’une voiture », or tous acceptent de se voir imposer le choix des logiciels à l’achat d’un ordinateur.

    Je vous soutiens dans ce combat comme je soutiens tous les combats ayant trait à la démocratisation du Logiciel Libre dans la société. Le fait est que chacun doit pouvoir comprendre les enjeux qui se cachent derrière cette notion. Vous rappelez notamment les avantages du Libre en termes d’économie, de flexibilité, d’éthique et d’indépendance. J’aimerais apporter un complément d’information éclairant un autre aspect important du Logiciel Libre qui est celui de la nécessité de produire des biens communs immatériels. Aussi je vous renvoie à cet « Appel à produire des biens communs immatériels » lancé dernièrement par Bastien Sibille (Coordinateur de l’AI2L <http://ai2l.org/spip/&gt; et Fondateur de TALA <www.tala.coop>) à l’attention de tous les acteurs de l’économie Sociale.

    http://www.tala.coop/page/produire-

    Bonne continuation à vous.

    Cordialement,

    Ludivine.

  8. Aucune Importance

    Cette lettre, bien trop longue et trop technique, ne s’attaque malheureusement pas aux rasions profondes du « retour en arrière » possible: de GROSSES difficultés techniques à gérer un parc aussi grand de système linux/ubuntu

    Cet aspect ayant déjà été discuté très profondément et en détail en d’autres lieux…
    http://www.pcinpact.com/news/71622-

    Dans une entité aussi importante, imposante, il est important que « ça marche ».
    Les grands principes ne sont pas des consolations lorsque « ça part en vrille »…

  9. Julien NICOLAS

    Partir défaitiste sur la lecture ou non de cette lettre est un débat inutile.
    Il faut réagir, c’est ce qui compte. J’ai personnellement aussi envoyé une lettre, plus sommaire mais j’avais déjà rencontré le député de ma région sur une manifestation Libre en fête que j’avais organisé. Je l’ai donc interpellé sur l’intérêt qu’il semblait porter au principe.
    J’ai aussi ajouté un lien vers cette lettre qui me semble donner beaucoup de pistes de réflexion.

    Pour ceux qui arguent du fait que l’infrastructure est difficile à mettre en place, cela semble relativement hors sujet. En effet, la gendarmerie migre actuellement vers du tout GNU/Linux.
    De plus, les coûts sur ce genre d’opération ne sont pas à prendre en compte sur du court/moyen terme mais bel et bien sur du long terme. Ne jamais s’y atteler ne fera pas avancer le projet. Et les coûts de licence sur plusieurs années sont très certainement supérieurs. Quant aux coûts de maintenance, ils seront sensiblement les mêmes quelque soit le système choisi.

    Pour ce qui est des moments où « ça part en vrille », ça arrive aussi avec des systèmes privateur !

    Mobilisons-nous, ne lâchons rien !

  10. Kalenx

    @Aucune importance

    Deux choses :

    1) Il faut être très peu versé dans la gestion de parc informatique pour ne pas s’imaginer que la transition d’un système à un autre se fera sans aucune difficulté. Rien que changer de version de Windows est déjà une sinécure dans certaines organisations : demander à Linux de s’adapter automatiquement à tous les besoins existants est simplement être de mauvaise foi.

    2) Il faut quelqu’un pour lancer le mouvement, et c’est là que les grands principes entrent en ligne de compte. Les gouvernements, et plus généralement les secteurs publics et parapublics, sont des lieux de choix pour démarrer un transfert vers le L.L. et les standards ouverts. Au final, tout le monde en bénéficie.

    3) Finalement, si on va lire les « autres lieux où on a discuté des GROSSES difficultés techniques », on se retrouve avec le blabla habituel :

    « Je suis équipé avec Windows dans mon entreprise, nous avons toujours eu une parfaite portabilité ! » dixit le responsable du transfert

    « Les secrétaires avaient par exemple des problèmes pour gérer la prise de rendez-vous. Nous avons pourtant essayé d’autres solutions, acheté des logiciels complémentaires… »

    Ce qui n’est pas dit ici, c’est qu’ils avaient des problèmes pour gérer la prise de rendez-vous _avec Exchange_. Pas étonnant…
    Il pointe un problème réel, mais au lieu de réfléchir de façon objective, c’est Ubuntu qui devient un « problème » parce que vous voyez ma bonne dame, on ne peut même pas se connecter correctement à Exchange…

    Bref, c’est tellement cliché comme argumentation que ça en devient fatigant. Et, bien que cela puisse potentiellement me faire classer dans la catégorie des « étroits d’esprit », ces deux phrases sont du même acabit, d’une mauvaise foi, pardonnez-moi le terme, crasse :

    « Dans une entité aussi importante, imposante, il est important que « ça marche ».
    Les grands principes ne sont pas des consolations lorsque « ça part en vrille »… »

  11. Claudine

    très bonne idée cette lettre aux députés. Il y a avait d’autres moyens de la difficuser en passant par un site de type pétition ou chaque député recevait sa lettre de son concitoyen et qui permettait de voir combien de députés allaient répondre. C’est aussi un modèle de citoyenneté de nous tous car nous faisons la démarche. Un autre moment est de soulever ce courrier peut être un peu apuré et pourquoi pas aidé à apurer qu’il soit plus conscis sur nosdéputés.com et qu(elle soit soumise en question à l’Assemblée Nationale et au Sénat.

  12. @Kalenx : d’accord sur les « deux choses » qui sont finalement trois, sauf peut-être sur l’emploi du mot « sinécure » — contresens ?

  13. Kalenx

    @osef

    Oui, effectivement, je voulais écrire :
    « changer de version de Windows N’est déjà PAS une sinécure dans certaines organisations »

    Merci de l’avoir fait remarquer (même chose pour les 2-3 choses). J’ai tendance à poster un peu trop rapidement lorsque je lis un message avec lequel je suis en désaccord total.
    Dans ce cas-ci, un autre élément « aggravant » provient du fait que j’ai vécu un cas similaire, où une migration qui marchait très bien et satisfaisait déjà 95% des besoins après quelques semaines a été brutalement interrompue sous prétexte que « ça ne marche pas, on va retourner à des produits sérieux » (je cite de manière textuelle pour ce qui est de la référence aux « produits sérieux », comprendre Windows + Office).

  14. @Kalenx : argh, comme je te comprends… il m’arrive (dans un tout autre domaine) d’avoir à lutter contre la mauvaise foi et la malhonnêteté intellectuelle. Difficile de rester calme, si quelqu’un connaît un truc, je suis preneur 😉

  15. Guenillon

    Bonjour,

    Je viens d’écrire personnellement à mon député pour le pousser dans le choix du logiciel libre.
    Il y a 2 ans, j’ai réussi a l’amener dans la voie du libre pour équiper sa permanence.

    Oh surprise, il me répond qu’il a déjà fait son choix et que c’est le bon !!
    Par contre, mauvaise nouvelle, il semble apparemment que ce soit l’un des rares et que la grande majorité a opté pour Windows 7.

    Je pense qu’il est de notre devoir commun d’informer nos élus sur le sujet. D’argumenter plus sur le plan politique que technique : Indépendance vis à vis d’une entreprise d’un autre pays, maîtrise des coûts, des investissements et de la sécurité.

    A mon avis, le logiciel libre défend des valeurs qu’il faut énoncer et expliquer à nos représentant. Ceci pour leur démontrer que leur choix est révélateur de leur adhésion ou non à ces valeurs. Le choix technique à ce niveau n’est que secondaire.

  16. Aucune Importance

    Plutôt que de sans cesse attribuer aux autres la mauvaise foi « crasse » et la malhonnêteté intellectuelle pourquoi ne pas envisager qu’il puisse effectivement y avoir de vrais problèmes… ?
    (on en voit déjà certains avec une vingtaines d’utilisateurs donc avec plus de 500…)

    Dans le lien donné, les difficultés sont examinées en détail (et pas seulement la prise de rendez-vous exchange qui devient ici une véritable tarte à la crême qui cache la forêt)…
    Les difficultés évoquées concernent plutôt la gestion très fine de grand parc de machine avec des usagers aux profils (tiens,tiens) différents

    et sauf erreur, PERSONNE ne propose de véritable solution, donc on fait quoi ?

    Donc vous pouvez discréditer gratuitement autant que vous le voulez les décideurs concernés, cela ne changera RIEN au problème.
    Agiter les grands principes, avec lesquels nous sommes d’accord, pour choisir un système qui marche moi bien qu’un autre, ça ne marchera pas.
    Il faut fournir un système qui marche.

    NB : un des problèmes « source » évoqués n’est pas la compatibilité exchange mais simplement la compatibilité iphone et cie… !!

  17. Kalenx

    @Aucune Importance

    Mais bien sûr qu’il y a de vrais problèmes! La question est de savoir si ces problèmes sont assez graves et/ou incontournables pour que l’on puisse dire que GNU/Linux n’est pas adapté à tel marché. Et selon moi la réponse est non. N’oublions pas qu’avec Windows aussi, il y a des « vrais problèmes »…

    Tout ce que j’essaie de dire, c’est que j’ai entendu à de trop nombreuses reprises des gens rejeter Linux pour un prétexte futile, soit par mauvaise foi, soit parce qu’ils prennent le problème à l’envers (je laisse le bénéfice du doute).

    Je donne un exemple que je trouve parlant, d’autant plus qu’il est celui qui m’a fait rager et que j’évoque dans mon précédent message : dans une institution d’enseignement supérieur (pas besoin de la nommer, je ne suis pas ici pour régler mes comptes), on décide de faire passer tous les postes vers du libre (Ubuntu 10.04 + OpenOffice). La plupart des applications spécialisées sont vieilles et fonctionnent bien sur Wine (voire sur DosBox (!!)), et rien ne semble vraiment poser problème. À ce stade, tout semble ok, mais il faut maintenant parler un peu du système qu’utilisent les professeurs pour rendre leurs notes : il s’agit d’une macro Excel (!), qui se connecte à un serveur hardcodé (!), et qui transmet les résultats à partir des données du classeur. Inutile de dire que les antivirus et firewall deviennent fous en voyant ça, et que cette macro nécessite une maintenance continuelle (rien qu’à chaque fois que le nom du serveur change, il faut renvoyer une nouvelle version…). On se rend alors compte que (évidemment), ça ne fonctionne pas sous Linux.

    Récapitulons, le service IT avait ici deux choix :
    1) Changer ce système idiot qui date de 10 ans et qui n’est _absolument pas_ adapté aux besoins de l’institution (ça plante une fois sur 2, lorsqu’un enseignant l’installe sur un ordinateur personnel ça ne marche jamais à cause de restrictions de sécurité, et il est impossible pour les enseignants de corriger une éventuelle erreur, pour ne citer que ces problèmes).
    2) Crier sur tous les toits que « Linux ça ne fonctionne pas, on va retourner à des produits sérieux ».

    C’est le choix #2 qui a été sélectionné. Bam.

    Alors, si on analyse cela, je ne dénie pas le fait qu’il y avait un « vrai problème », comme vous dites. C’est clair que les enseignants doivent pouvoir envoyer leurs résultats.
    Mais au lieu de chercher une « vraie » solution, on a pris le problème à l’envers : qu’est-ce qu’on a changé en dernier? Linux? Alors c’est forcément ça qui foire. On retourne sur Windows.

    Et c’est exactement ÇA qui m’horripile. Pas le fait que la solution libre ait « perdu ». Le fait qu’elle n’ait même pas pu se battre.

    Dans votre message vous évoquez un argument du même genre :
    «  » » »
    NB : un des problèmes « source » évoqués n’est pas la compatibilité exchange mais simplement la compatibilité iphone et cie… !!
    «  » » »

    Et la seule conclusion que vous en tirez est « PERSONNE ne propose de véritable solution ». J’en ai une moi : balancez moi ces iBidules à la poubelle, et équipez vous en Android. Il y a des dizaines de modèles de tablettes et de téléphones tout aussi agréables d’utilisation, et qui seraient compatibles sans problème.
    Est-ce que le fait qu’Apple refuse de permettre l’interopérabilité avec ses périphériques (ou, autrement dit, refuse d’accorder le choix à l’utilisateur) devrait être une raison pour retirer le système qui accorde le plus de liberté à ce même utilisateur? C’est le monde à l’envers!

    Je discrédite les décideurs, comme vous dites, parce qu’ils prennent des décisions qui ont lieu d’être discréditées. Dans le lien que vous avez donné, je ne lis pas beaucoup d’arguments raisonnables ou de difficultés « examinées en détail » :

    « Cela fait cinq ans que Microsoft essaye de revenir, l’éditeur a fait un gros effort sur le prix des licences… »
    « [il y a eu] des problèmes techniques avec l’ancienne solution, mais clairement, le choix est politique »
    « Je suis équipé avec Windows dans mon entreprise, nous avons toujours eu une parfaite portabilité ! Nous avons donc laissé les deux systèmes côte à côte, en optant pour l’un des acteurs majors du marché. « 
    « Un vrai système, il faut qu’il marche ! »

    Oui, la « portabilité » avec les solutions propriétaires pose problème. Mais c’est _justement_ pour ça qu’il faut que quelqu’un lance le mouvement et fasse comprendre qu’un constructeur ne peut plus se réfugier derrière le secret industriel et le droit des brevets et de la P.I. pour refuser l’interopérabilité. C’est ça le grand principe.

    Et lorsque l’on lit des témoignages comme ceux ci (http://www.framablog.org/index.php/… et tous les liens qui sont à la fin de cet article), on s’aperçoit que oui, le système marche, quoi que vous puissiez en dire. Il y aura toujours des problèmes, c’est évident, mais si on veut les résoudre de façon pérenne, il faudra faire plus que de repasser sur un OS propriétaire.

  18. ideeaugram

    Bonjour à tous !
    En tant que Linuxien Ubuntiste, je ne peux qu’être évidement d’accord, mais il est vrai que la lettre est trop longue !
    Un entretien avec notre élu(e) aurait à mon avis plus d’impact. Avec des questions-réponses il serait plus facile d’expliquer à l’élu(e) ce qu’est un système d’exploitation, en effet beaucoup ignorent tout du monde informatique, évitez donc de parler en terme technique.
    De toute manière, tôt ou tard nous serons tous sur Linux (souhait).
    Bon courage !
    jl

  19. @Guenillon : quelle est votre circonscription ? (Juste par curiosité…)

  20. Bonjour à tous,

    Très bon article sur lequel je me suis permis de mettre un lien depuis une pétition contre la sortie des logiciels libres de l’Assemblée Nationale.

    Je pense que si ce sujet arrive à de multiples reprises aux oreilles (ou aux yeux 😉 ) de nos députés quelque chose bougera… qui ne tente rien…

    Adresse de la pétition :
    http://www.avaaz.org/fr/petition/Coariège sortie

    Bonne journée.

  21. Fernando

    Bonjour,

    deux ans plus tard, où en est on ?
    Est-ce qu’il y a quelque part des informations sur le choix fait par chacun de nos parlementaires ?