L’open data favorise-t-il nécessairement l’open source ?

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Voici une question simple posée, excusez du peu, sur un des blogs du site de la Commission européenne.

On vous la pose donc à notre tour et vous attend dans les commentaires :)

A priori la réponse semble évidemment positive mais c’est peut-être plus compliqué que cela sur le terrain…

OpenSourceWay - CC by-sa

« Les gouvernements qui adoptent l’open data vont également adopter l’open source »

Governments that embrace open data will also switch to open source

Gijs Hillenius – 30 juin 2012 – Euopean Commission
(Traduction Framalang : Goofy, Antoine)

Les experts de l’open data s’accordent à dire que les administrations publiques qui comprennent les bénéfices qu’elles peuvent tirer de rendre publiques leurs données vont également plus utiliser du libre et de l’open source. L’open data et l’open source sont en effet souvent confrontés aux mêmes résistances : un manque de formation initiale et une crainte de l’effet qu’ils peuvent avoir sur l’organisation.

« Utiliser des logiciels propriétaires pour l’open data n’est pas aussi utile et pertinent que d’utiliser des logiciels libres », indique Jeanne Holm, l’évangéliste de data.gov, l’initiative open data du gouvernement Américain. « Il est plus facile pour les organisations, mêmes celles qui ont peu de moyens, de commencer à travailler sur des séries de données publiques avec des logiciels open source. Ce type de logiciels réunit le savoir de toute la communauté ».

Holm a été une des oratrices de la conférence sur l’interopérabilité sémantique qui a eu lieu à Bruxelles le 18 juin 2012. « Je suis une fervente avocate de l’open source, je ne suis donc pas impartiale. Cependant, ces logiciels fournissent aux gouvernements un moyen de moderniser leurs systèmes informatiques sans devenir aussi rapidement obsolète qu’avec des solutions propriétaires ».

Pour Holms, les administrations publiques ne devraient plus considérer l’open source comme controversé. « Toutes n’en voient pas encore les bénéfices car l’open source les éloigne parfois de leur situation confortable ».

Une explication similaire est donnée par Julia Glidden, une experte du e-gouvernement et la directrice générale de la société britannique 21c Consultancy. Les services IT peuvent avoir des millions de prétextes pour ne pas utiliser l’open source, selon elle. « Ils peuvent montrer du doigt le manque d’ergonomie, de robustesse, de sécurité et d’autres limitations techniques ».

De grands dépensiers

Glidden déclare que la migration en faveur de l’open source est largement une affaire de gestion du changement. L’open source menacerait la carrière des responsables informatiques. Cela change la relation qu’ils ont avec les gros vendeurs d’informatique et impacte négativement les budgets importants qui leurs sont alloués. « Ils considèrent l’open source comme une menace pour leur carrière et leur position acquise au sein de l’organisation. ». Pour elle, il en va de même pour l’open data. « Ils craignent, par exemple, de perdre leur emploi en cas d’utilisation abusive de ces données ».

De manière plus positive, les administrations publiques peuvent maintenant obtenir de l’aide sur le marché pour utiliser de l’open source dit-elle. On a atteint un seuil d’acceptation critique. « Il y a des vendeurs, des prestataires de service. Ce n’est pas le cas pour l’open data. Il y a besoin de consultants pour les aider à changer d’approche avec ce genre de partage de l’information ».

D’après Glidden, l’open data et l’open source se renforcent mutuellement. « La gouvernance fermée est morte, c’est juste une question de temps. Ils vont migrer vers de l’open source, ils feront de même pour l’open data ».

La philosophie du gouvernement

Katleen Janssen, une chercheuse au centre interdisciplinaire pour le droit et les TIC à l’Université catholique de Louvain est moins convaincue de l’existence d’un lien direct entre open data et open source. « Si l’open data fait partie de la philosophie des administrations publiques, elles vont également migrer vers de l’open source. Cependant, si elles pratiquent l’open data parce que tout le monde le fait ou parce qu’elles y sont contraintes, l’effet sera plus restreint ».

Crédit photo : OpenSourceWay (Creative Commons By-Sa)

6 Réponses

  1. L’intérêt de l’open source c’est que l’accessibilité du code permet de multiplier les vérifications, le suivi des anomalies, des failles de sécurité, et de faciliter les améliorations, les évolutions du logiciel.

    L’intérêt de l’open data peut être du même ordre : la mise à disposition de l’information institutionnelle permet aux citoyens de se saisir de problématiques qui les touchent, pour leur permettre de proposer une analyse, une qualité d’audit, des solutions auxquelles les décideurs peuvent ne pas avoir pensé du fait de leur point de vue.

    Il faut faire voir l’intérêt de travailler en open-data, et pour que ça fonctionne, montrer à ces décideurs l’intérêt politique qu’ils peuvent en retirer, promotion d’une véritable transparence, meilleure prise en compte de l’opinion des votants et de leurs compétences, garantie d’une efficacité accrue.

    L’avantage c’est que ça vient en plus du système existant, pas besoin de révolution pour faire ça.

    L’inconvénient, c’est durant des millénaires d’histoire la possession de l’information a été le pouvoir, tandis que demain, c’est la qualité de sa diffusion, les compétences liées celle-ci, la perception de cette forme de richesse qui garantit une position sociale par exemple.

    Il faut changer de paradigme, c’est en train de se faire (d’où mon présent de l’indicatif plus haut), mais la « vieille garde » risque d’avoir du mal : je rejoins totalement Holm et Glidden sur ce point. D’autant que les cycles d’innovation sont beaucoup plus courts dans ce modèle.

    Mais face aux défis économiques, énergétiques, écologiques, on ne peut plus se permettre de faire de la rétention d’information :)

  2. On peut arguer que l’open data, dans son format ouvert, favorise la concurrence, qu’elle soit de l’open source ou du propriétaire, contrairement aux formats fermés qui donnent un monopole aux seuls acteurs qui connaissent le format. Cette lecture s’applique principalement sur le format des données, mais c’est de même pour l’accès aux données. On peut donc conclure que si c’est l’open source qui tire parti de l’open data, c’est probablement parce que l’open source est plus concurrentiel.

    Il faut rappeler que l’amélioration de l’aspect concurrentiel est bon pour l’économie locale européenne, les grands groupes pseudo-monopolistiques étant non-européens.

    Concernant les directeurs IT, cette crainte se comprend ainsi : il semble normal de payer des millions pour équiper des postes informatiques en suites logicielles propriétaires ; par contre il apparaît malheureusement toujours douteux d’engager une SSLL pour quelques milliers d’euros pour gérer l’infrastructure ou le parc informatique, et le directeur IT perd de son intérêt perçu.

  3. Travaux PUBLICS

    Dans la pratique je ne vois pas de liens automatiques. Combien de fichiers en format libre sur les sites d’open data? Par endroit le logiciel libre ou open source s’impose, mais je pense plus par nécessité qu’adhesion à la démarche.
    L’esprit d’ouverture du code « administration 1.0″ reste encore largement à construire, c’est plus qu’une question de temps, le mouvement peut être réversible. En la matière rien n’est acquis.
    La confrérie des DSI reste une réalité comme la paranoïa de nombreux « informaticiens ». Parmi eux, un qui a quitté le métier me disais que l’emmerdeur en informatique n’est pas le code mais l’utilisateur. C’est aussi ce que me dit mon garagiste. Si on veut faire avancer les choses il faut rééquilibrer les points de vue : faire que le langage des collectivités ne soit plus seulement celui des SI.

  4. Déjà en regardant ce qui se passe dans les collectivités qui se sont lancée dans l’opendata, il n’y a absolument rien d’automatique. Des collectivités peuvent s’impliquer dans l’opendata et ne rien faire ou pas grand chose en opensource.
    Je pense que les enjeux sont différents et en pensant au célèbre dicton «À qui profite le crime ?» on peut avoir quelques pistes.
    Dans le cas de l’open data, des sociétés vont pouvoir développer des services à partir de données acquises à moindre frais;
    Dans le cas de l’utilisation de logiciels libres, opensource, à qui ça profite ?
    aux contribuables ? pas si sûr, les économies peuvent être noyées au milieu d’autres lignes budgétaires,
    aux citoyens ? en ayant des logiciels adaptés à leurs besoins même quand ça rapporte à personne ? …… :-)
    J’ai écrit deux articles à ce sujet il y a quelques mois : open data nouveau cheval de Troie ? et À qui ça coûte, à qui ça rapporte ?
    http://danactu-resistance.over-blog
    http://danactu-resistance.over-blog

  5. L’open-source et l’open-data partage un même philosophie. Celle du partage, de la transparence et de la collaboration.

    Malgré cela, les deux n’ont rien en commun. L’un est sur un plan purement artisanal (conception et développement logiciel), l’autre relève plus de la communication (choix de publication des données). Même au sein des systèmes d’informations, logiciels et données sont généralement physiquement séparé, les bases de données et les applications les consultant étant souvent sur des machines différentes.

    Il est parfaitement possible de faire de l’open-source sans partager les données (model courant) et partager les données avec un code source propriétaire.
    Et il n’y a aucune contrainte technique à cela.

    Alors l’un vas il favoriser l’autre ?
    Peut être… Mais pas automatiquement. Cela ce jouera sur le plan idéologique.

  6. Creative. Thank you for writing that. I will definitely return here to see what’s new and tell my people about this website.