Mobilisons-nous ! Pas de DRM dans le HTML5 et les standards W3C

La question de savoir si oui ou non il y a aura des DRM dans le HTML5 est absolument fondamentale pour le Web de demain. Ce n’est pas une question tehnique, c’est une question de partage (ou pas).

C’est pourquoi nous vous avions proposé la cinglante réponse de Cory Doctorow à Tim Berners-Lee. C’est pourquoi aussi nous avons traduit cet article très clair de l’Electronic Frontier Foundation qui en appelle à se mobiliser, par exemple en signant la pétition lancée par la Free Software Foundation.

Stop DRM en HTML5

Défense du web ouvert : pas de DRM dans les standards W3C

Defend the Open Web: Keep DRM Out of W3C Standards

Peter Eckersley et Seth Schoen – 20 mars 2013 – EFF.org
(Traduction : tcit, ZeHiro, audionuma, goofy, audionuma, Asta)

Un nouveau front est ouvert dans la bataille contre les DRM. Ces technologies, qui sont censées permettre le respect du copyright, n’ont jamais permis de rémunérer les créateurs. Par contre, que ce soit volontairement ou par accident, leur véritable effet est d’interférer avec l’innovation, l’usage légitime, la concurrence, l’interopérabilité et notre droit légitime à posséder nos biens.

C’est pourquoi nous avons été consternés d’apprendre qu’une proposition est actuellement à l’étude au sein du groupe de travail HTML5 du World Wide Web Consortium (W3C) pour intégrer les DRM dans la prochaine génération de standards fondamentaux du Web. Cette proposition est dénommée Encrypted Media Extensions (Extensions pour les médias chiffrés, EME). Son adoption représenterait une évolution catastrophique et doit être stoppée.

Durant les deux dernières décennies, il y a eu un combat continu entre deux visions de la manière dont les technologies d’Internet doivent fonctionner. L’une des philosophies est que le Web doit être un écosystème universel basé sur des standards ouverts et que quiconque peut implémenter sur un pied d’égalité, n’importe où, n’importe quand, sans permissions ni négociations. C’est cette tradition technologique qui a produit HTML et HTTP pour commencer, et des innovations qui ont marqué leur époque comme les wikis, les moteurs de recherche, les blogs, les messageries sur le Web, les applications écrites en JavaScript, les cartes en ligne réutilisables, et une centaine de millions de sites Web que ce paragraphe serait trop court pour énumérer.

L’autre vision est incarnée par les entreprises qui ont essayé de s’approprier le contrôle du Web avec leurs propres extensions propriétaires. Cela s’est manifesté avec des technologies comme Flash d’Adobe, Silverlight de Microsoft, et des pressions venant d’Apple, des fabricants de téléphonie, et d’autres, en faveur de plateformes hautement restrictives. Ces technologies sont conçues pour n’être disponibles qu’auprès d’une seule source ou nécessiter une autorisation pour toute nouvelle implémentation. À chaque fois que ces techniques sont devenues populaires, elles ont infligé des dommages aux écosystèmes ouverts qui les entourent. Les sites Web qui utilisent Flash ou Silverlight ne peuvent en général pas être référencés correctement, ne peuvent pas être indexés, ne peuvent être traduits automatiquement, ne peuvent être consultés par les personnes en situation de handicap, ne fonctionnent pas sur tous les terminaux de consultation, et posent des problèmes de sécurité et de protection de la vie privée à leurs utilisateurs. Les plateformes et les équipements qui restreignent la liberté de l’utilisateur freinent inévitablement des innovations importantes et entravent les compétitions sur le marché.

La proposition EME est entachée par plusieurs de ces problèmes car elle abandonne explicitement la responsabilité de la question de l’interopérabilité et permet aux sites Web de requérir des logiciels propriétaires de tierces-parties, voire du matériel ou un système d’exploitation spécifiques (tout cela mentionné sous le nom générique de « content decryption modules » (« modules de déchiffrage du contenu », CDM), dont aucun n’est spécifié par EME). Les auteurs d’EME soutiennent que les CDM, ce qu’ils font et d’où ils viennent, est totalement hors du champ d’EME, et qu’EME ne peut être considéré comme un DRM puisque tous les CDM ne sont pas des DRM. Néanmoins, si l’application client ne peut prouver qu’elle exécute le module propriétaire spécifique que le site réclame, et n’a donc pas de CDM qualifié, elle ne peut afficher le contenu du site. De manière perverse, c’est exactement à l’opposé des raisons qui font que le W3C existe. Le W3C est là pour créer des standards lisibles, qui soient implémentables par le public et qui garantissent l’interopérabilité, et non pas pour favoriser une explosion de nouveaux logiciels mutuellement incompatibles et de sites et services qui ne sont accessibles qu’à certains équipements ou applications. Mais la proposition EME va justement apporter cette dynamique anti-fonctionelle dans HTML5, risquant même un retour au « bon vieux temps d’avant le Web » où l’interopérabilité était volontairement restreinte.

Étant donné l’extrême méfiance de la communauté des standards ouverts à l’encontre des DRM et de leurs conséquences sur l’interopérabilité, la proposition de Google, Microsoft et Netflix affirme que « aucun DRM n’est ajouté à la spécification HTML5 » par EME. C’est un peu comme dire « nous ne sommes pas des vampires, mais nous allons les inviter chez vous ».

Les promoteurs d’EME semblent affirmer que ce n’est pas un modèle de DRM. Mais l’auteur de la spécification Mark Watson a admis que « effectivement, nous nous intéressons aux cas d’utilisation que la plupart des gens appellent DRM » et que les implémentations nécessiteront par nature des aspects secrets qui sont hors du champ de la spécification. Il est difficile de soutenir que EME n’a rien à voir avec les DRM.

Les propositions sur les DRM au W3C sont là pour une raison simple : il s’agit d’une tentative d’apaiser Hollywood, qui est irrité par Internet au moins depuis que le Web existe, et a toujours réclamé qu’une infrastructure technique avancée permette de contrôler ce qui se passe sur l’ordinateur du public. Le sentiment est que Hollywood ne permettra jamais la distribution des films sur le Web s’il n’est pas possible de les accompagner de DRM. Mais la crainte que Hollywood puisse récupérer ses billes et quitter le Web est illusoire. Chaque film que Hollywood distribue est déjà disponible pour ceux qui veulent réellement pirater une copie. Une énorme quantité de musique est vendue par iTunes, Amazon, Magnatunes et des dizaines d’autres sites sans qu’il n’y ait besoin de DRM. Les services de streaming comme Netflix et Spotify ont réussi parce qu’ils proposent une expérience plus pratique que le piratage, pas parce que les DRM favorisent leur modèle économique. La seule explication raisonnable pour que Hollywood réclame des DRM est que les producteurs de films veulent contrôler comment les technologies grand public sont conçues. Les producteurs de films ont utilisé les DRM pour faire respecter des restrictions arbitraires sur leurs produits, comme l’interdiction de l’avance rapide ou des restrictions géographiques, et ont créé un système complexe et onéreux de « mise en conformité » pour les entreprises technologiques qui donnent à un petit groupe de producteurs de contenu et aux grandes sociétés du secteur des technologies un droit de veto sur l’innovation.

Trop souvent, les entreprises technologiques se sont lancées dans une course l’une contre l’autre pour bâtir un fouillis logiciel qui corresponde aux caprices de Hollywood, abandonnant leurs utilisateurs dans cette course. Mais les standards ouverts du Web sont un antidote à cette dynamique, et ce serait une terrible erreur pour la communauté du Web de laisser la porte ouverte à la gangrène anti-technologique de Hollywood dans les standards W3C. Cela minerait l’objectif principal de HTML5 : créer un éco-système ouvert alternatif à toutes les fonctionalités qui manquaient dans les standards Web précédents, sans les problèmes de limitations des équipements, d’incompatibilité entre plateformes et l’absence de transparence qui fut créée par des plateformes comme Flash. HTML5 était censé être mieux que Flash, et en exclure les DRM est exactement ce qui le rendrait meilleur.

6 Réponses

  1. André Cotte

    Y a-t-il un mouvement mondial de protestation comme une pétition monstre?

  2. Les liens correspondants :
    https://www.fsf.org/ – La Free Software Foundation

    http://www.defectivebydesign.org/no… – La pétition

  3. Comment expliquer le danger de ce projet à ceux qui ne comprennent pas le problème? Voici en gros ce que je leur dis:

    Les DRM c’est les moyens techniques de protection qui t’empêchent de lire tes fichiers comme tu veux; par exemple tu achètes des chansons en téléchargement légal. Tu te dis que c’est comme si tu achetais le disque. Eh ben non, parce que tu ne peux pas les écouter dans ta voiture ni dans ton salon ni les prêter à tes copains: tout est verrouillé. Si ton ordi crashe par exemple, toutes tes chansons sont détruites et tu dois racheter toute ta discothèque au prix fort une deuxième fois

    Ça fait longtemps que les éditeurs de musique et de video essaient de les imposer pour contrôler la circulation des données et pour l’instant des militants ont réussi à bloquer la généralisation de ce système qui est très dangereux puisqu’il va à l’encontre de la circulation libre de l’information: on conçoit des fichiers qui sont volontairement défectueux pour empêcher les gens de faire circuler l’info.

    Le w3c est un organisme international qui définit la syntaxe des pages web: cette syntaxe est universelle ce qui permet à toute personne d’être sûre que les pages web qu’elle rédige seront lisibles dans le monde entier, par toutes les machines, tous les systèmes d’exploitation et tous les navigateurs. C’est un code ouvert, simple et parfaitement lisible par tout le monde.

    Et donc les éditeurs d’Hollywood veulent pousser le w3c à inclure des DRM dans ce code pour verrouiller la lecture de certains contenus. Un peu comme si on obligeait les imprimeurs à publier des livres qui ne seraient lisibles que par les lecteurs qui auraient acheté des lunettes spéciales très chères, ou des livres qui ne seraient lisibles qu’une fois et qui s’auto-détruiraient après, etc. C’est donc une grave attaque des milliardaires du show-biz contre la liberté d’expression et d’information et contre l’existence même d’un internet libre.

    Voilà pourquoi je crois qu’il faut signer.

  4. « Un peu comme si on obligeait les imprimeurs à publier des livres qui ne seraient lisibles que par les lecteurs qui auraient acheté des lunettes spéciales très chères »

    Je ne suis pas sur d’avoir tout saisi, w3c proposerait des standards pour DRM, certes, mais les developeurs seraient loins d’etre obliges d’utiliser ces nouvelles fonctions ? Me trompe-je ?

    On donne certes la possibilite technique aux imprimeurs d’imprimer des livres limites, mais je vois pas en quoi on les « oblige » a le faire.

    Etant un vilain pirate, avoir des DRM m’empecherait de telecharger illegalement et ca me contrarierait enormement, mais en dehors du cadre illegal, je saisis mal en quoi cela changerait ma vie de tous les jours…

  5. Kazlu

    Anon : je vois plein d’exemples : Google pourrait limiter/bloquer l’accès de Youtube aux utilisateurs de navigateurs autres que Google Chrome, Microsoft pourrait réserver ses services (Skydrive, pages en lien avec Skype…) aux seuls utilisateurs d’IE (et donc de Windows)… Il ne s’agit pas que de proposer une « nouvelle option » aux hébergeurs de nouveaux contenus, mais également de leur permettre de modifier la manière de fonctionner de ce qui existe déjà.

  6. Nounours18200

    Je suis écoeuré de voir que nos députés et gouvernants ne font pas pression pour interdire de tels agissements qui ne servent évidemment pas l’intérêt général ! Comment le W3C peut-il même envisager de céder à ces pressions ??? Corruption des politiques et du W3C ?
    En tout cas si Google interdit l’accès à Youtube aux utilisateurs n’utilisant pas Google Chrome, je rajouterai un DRM dans mon site pour en interdire l’accès à ceux utilisant Google Chrome !
    Quelle déchéance ….