Richard Stallman : Arrive-t-il parfois qu’utiliser un programme non libre soit une bonne chose ?

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Arrive-t-il parfois qu’utiliser un programme non libre soit une bonne chose ?

Is It Ever a Good Thing to Use a Nonfree Program?

Richard Stallman – Version du 21 mai 2013 – CC By-Nd
Traduction : Framalang (Eijebong, Jtanguy, Penguin, GPif, Smonff, Melchisedech, igor_d, Thérèse, Asta, satbadkd)

Si vous faites fonctionner un programme non libre sur votre ordinateur, il vous prive de votre liberté ; c’est vous qui en êtes la victime principale. Le fait que vous l’utilisiez peut affecter les autres indirectement, car cela encourage le développement de ce programme non libre. Si vous faites la promesse de ne pas redistribuer le programme aux autres, vous faites une erreur, car rompre une telle promesse est mal et la tenir est encore pire. Ici encore, c’est vous la victime principale.

C’est encore pire si vous recommandez à d’autres d’exécuter ce programme non libre, ou si vous les y incitez. Quand vous le faites, vous les incitez à abandonner leur liberté. Par conséquent, ce qu’on doit éviter absolument c’est d’entraîner ou d’inciter autrui à exécuter des logiciels non libres (quand le programme utilise un protocole secret pour communiquer, comme c’est le cas pour Skype, le fait de l’utiliser entraîne les autres à le faire aussi, il est donc extrêmement important de rejeter tout usage de ce genre de programme).

Mais il existe un cas particulier où l’utilisation d’un logiciel non libre, voire le fait d’exhorter les autres à faire de même, peut être une chose positive. Il s’agit du cas où l’utilisation du logiciel non libre vise directement à mettre fin à l’utilisation de ce même logiciel.

En 1983, j’ai décidé de développer le système d’exploitation GNU, en tant que remplacement libre d’Unix. La manière pragmatique de le faire était d’écrire et de tester les composants un à un sur Unix. Mais était-ce légitime d’utiliser Unix pour cela ? Était-ce légitime de demander à d’autres d’utiliser Unix pour cela, étant donné qu’Unix était un logiciel privateur[1] ? Bien entendu, s’il n’avait pas été privateur, il n’y aurait pas eu besoin de le remplacer.

Je suis arrivé à la conclusion qu’utiliser Unix pour mettre fin à l’utilisation d’Unix était légitime. J’y ai vu une sorte de participation minimale à une entreprise malfaisante, gang criminel ou campagne politique malhonnête par exemple, dans le but de l’exposer au grand jour et d’y mettre fin. Bien que participer à une telle activité soit mal en soi, y mettre fin excuse une participation périphérique mineure, comparable à la simple utilisation d’Unix. Cet argument ne justifierait pas d’être chef de bande, mais j’envisageais seulement d’utiliser Unix, pas de travailler pour son équipe de développement.

Le remplacement d’Unix a été achevé quand le dernier élément essentiel a été remplacé par Linux, le noyau créé par Linus Torvalds en 1991. Nous continuons à ajouter des composants au système GNU/Linux, mais cela ne requiert pas l’utilisation d’Unix, donc cela ne la justifie pas – plus maintenant. Par conséquent, quand vous utilisez un programme non libre pour ce genre de raison, vous devriez vous demander de temps en temps si le besoin existe toujours.

Cela dit, il reste d’autres programmes privateurs qui ont besoin d’être remplacés, et des questions analogues se posent souvent. Faut-il que vous fassiez tourner le pilote privateur d’un périphérique pour vous aider à développer un pilote de remplacement ? Oui, sans hésiter. Est-il acceptable d’exécuter le JavaScript non libre d’un site web afin de faire une réclamation contre ce même code JavaScript non libre ? Bien sûr – mais pour le reste vous devriez faire en sorte que LibreJS le bloque pour vous.

Toutefois cette justification ne s’étendra pas à d’autres situations. Les personnes qui développent des logiciels non libres, même des logiciels avec des fonctionnalités malveillantes, donnent souvent comme excuse le fait qu’elles financent d’une manière ou d’une autre le développement de logiciel libre. Cependant, une entreprise qui est fondamentalement dans l’erreur ne peut pas se dédouaner en dépensant une partie de ses bénéfices pour une noble cause. Par exemple, une partie des activités de la Fondation Gates est louable (pas toutes), mais cela n’excuse pas la carrière de Bill Gates, ni Microsoft. Si une entreprise travaille directement contre la noble cause grâce à laquelle elle essaye de se légitimer, elle se contredit et cela mine ladite cause.

Il vaut même mieux en principe éviter d’utiliser un programme non libre pour développer du logiciel libre. Par exemple, on ne devrait pas demander aux gens d’exécuter Windows ou MacOS dans le but de porter des applications libres sur ces plateformes. En tant que développeur d’Emacs et GCC, j’ai accepté des modifications qui leur permettent de fonctionner sur des systèmes non libres tels que VMS, Windows et MacOS. Il n’y avait aucune raison de rejeter ce code, mais je n’avais pas demandé aux gens de faire tourner des systèmes non libres pour le développer. Ces modifications provenaient de personnes qui utilisaient de toute manière ces systèmes.

L’exception « développer sa propre alternative » est valide dans certaines limites, et cruciale pour la progression du logiciel libre, mais nous devons éviter que cette pratique ne se banalise, de peur qu’elle ne se transforme en une excuse universelle justifiant n’importe quelle activité lucrative impliquant des logiciels non libres.

Notes

[1] Autre traduction de proprietary : propriétaire.

9 Réponses

  1. « noble cause » : Je trouve qu’il fait un peu gourou de secte (sans troller). Sérieusement, il existe des applications (style des logiciels pro ultraspécifique) auquel développer une version libre couterai ultra chère ou donnerai un résultat médiocre. Après, quand on voit les efforts du gouvernement UK (cf article précédent), on voit qu’on est dans la bonne voie, en même temps des changements de mentalités (des licences de + en + permissives). Donc avec le temps, on y arrivera, mais le « tout libre maintenant tout de suite », n’est pas un bon plan si on veut de la qualité.
    Sinon, première fois que je vois Stallman fait des concessions. Son propos méritait d’être nuancé, et voici un premier pas.
    (ouch, je sens que je vais me faire incendier dans les commentaires)

  2. Stallman, ou l’ayatolla du logiciel libre. Vous vous casser le cul à imaginer un business plan viable qui vous permet de gagner votre vie et de produire du logiciel libre, mais vous produisez aussi une partie de code proprio ? Alors vous ne valez pas mieux que Bill Gates, vous feriez mieux de ne rien faire.

    Arrive-t-il parfois qu’arrêter de parler du libre soit une bonne chose ?
    Pour ce vieux Stallman, la réponse est oui.

  3. Internet notre ennemi

    Bien sûr qu’utiliser des logiciels non libres peut-être une bonne chose, surtout quand :

    – vous avez besoin d’être productif
    – vous avez besoin de travailler
    – vous n’avez pas de temps à perdre
    – vous avez passé l’âge de passer le temps à bidouiller votre linux
    – vous avez besoin de solutions pour la mobilité
    – vous avez besoin d’un système réactif (Windows 7 est bien plus réactif et léger qu’Ubuntu)
    – vous avez besoin des dernières technologies

    J’ai bien essayé un temps de faire avancer la cause linux, mais comme la communauté du libre est anti-démocratique et prône le fascisme technocratique ce n’était pas simple (dans le libre, c’est celui qui fait qui a droit de causer ; et comme pour faire il faut 15 ans de programmation…). Ajouter à cela une communauté qui s’enferme dans la caricature, et vous obtenez la fuite des gens qui avaient des choses à proposer.

    Maintenant, le libre je lui fais un bon gros bras d’honneur pour le temps perdu, les humiliations vécus et toutes les frustrations créées.

  4. Bon’soir/jour tout l’monde,

    @Louis-Rémi, le business plan du Logiciel Libre, c’est le service (cours, apprentissage,…), la maintenance (installation, suivi, réseau, administration (école, collège, lycée, université, commerce, PME, PMI,…)), la réalisation de logiciels spécifiques (CAO, DAO, MAO…) et non la vente d’un OS et des logiciels de base (LibreOffice, navigateur Internet, Messagerie (instantané ou pas),…)

    Et vous savez quoi, les logiciels privateur, en plus de forcer la vente de leur OS avec les pc, tablettes et autres smartphones, ils vous font payer les Logiciels de base et en plus vous surveillent pour savoir ce que vous en faites, elle est pas belle la vie.

    Pour nuancer, je dirai que pour le grand public, il est important que les Logiciels Libre de base puissent fonctionner sur les OS privateur (vu que 99% des gens utilisent l’OS qui est fourni avec leur machine…).

    Il y a toujours un moment d’adaptation (plus ou moins long), mais les wind0w$iens arriveront tôt ou tard sous KDE et les Fanb0y$ sous Gnome, bien sûr pas avec Ubuntu, qui part en vrille de plus en plus, alors qu’en installant la derniére Debian (KDE ou Gnome), Mageia 3, etc… Il n’y pas photo.

    @Internet notre ennemi,

    « Bien sûr qu’utiliser des logiciels non libres peut-être une bonne chose, surtout quand :

    – vous avez besoin d’être productif
    – vous avez besoin de travailler

    Bien sûr qu’il faut savoir utiliser les environnements de Wind0w$ et d’Appl€, parce que les entreprises, particuliers utilisent ce qu’ils ont sous la main, mais ça va changer, parce que les coûts deviennent de plus en plus exorbitant (maintenance, logiciels, anti-virus…)

    – vous n’avez pas de temps à perdre

    J’utilise Wind0w$, O$X, GNU/Linux, et le plus lent de tous, c’est Wind0w$, aussi bien à l’installation, mise à jour, qu’au démarrage/arrêt.

    – vous avez passé l’âge de passer le temps à bidouiller votre linux

    C’est pour cela que ce qui ont le temps, les connaissances, doivent le faire pour ceux qui ne savent pas et non pas le temps.

    – vous avez besoin de solutions pour la mobilité

    Les solutions Libre sont aussi mobile voir plus que les privateurs.

    – vous avez besoin d’un système réactif (Windows 7 est bien plus réactif et léger qu’Ubuntu)

    FAUX ! sauf évidemment votre exemple, mais Ubuntu fera bientôt parti du passé et des erreurs à ne plus commettre pour le Logiciel Libre.

    – vous avez besoin des dernières technologies

    Quelles sont ces dernières technologies indispensable qui ne fonctionnent pas sous un environnement Libre ?

    « J’ai bien essayé un temps de faire avancer la cause linux, mais comme la communauté du libre est anti-démocratique et prône le fascisme technocratique ce n’était pas simple (dans le libre, c’est celui qui fait qui a droit de causer ; et comme pour faire il faut 15 ans de programmation…). Ajouter à cela une communauté qui s’enferme dans la caricature, et vous obtenez la fuite des gens qui avaient des choses à proposer.

    Maintenant, le libre je lui fais un bon gros bras d’honneur pour le temps perdu, les humiliations vécus et toutes les frustrations créées. »

    Des cons, il y en a partout aussi bien dans le Libre que dans le privateur, et si vous étiez sur Ubuntu, je vous comprend, mais il y a plein d’autres Distribution avec des communautés différentes, il n’y a que l’embarras du choix dans le Logiciel Libre à la différence du privateur 😉

    http://distrowatch.com/

  5. Je soutien tout ce que @Jaz a dit et je confirme aussi pour ubuntu (que se soit le forum ou l’irc sont pas tous sympatique , il ne faux pas arreté linux juste a cause de cela , changer de distrios comme le dit si bien @Jaz il y en des centaines diferente.

    Ce que je n’accepte pas , c’est de devoir utilisé skype quand on veut travaillé avec une entreprise (pour des visio conference.)

    il n’y a peut etre pas (trop) de bonne alternative a skype sous linux et skype sous linux c’est de la m****

    Mais c’est vrai le jour viendra ou il y aura des alternative a tout ce qui est privateur logiciel , materiel) mais pour le moment c’est une utopie

  6. Popol

    « Windows 7 est bien plus réactif et léger qu’Ubuntu »

    Mais oui, bien sûr… Faudra m’expliquer pourquoi GNU/Linux occupe 5,5 Go avec noyau + mises à jour + logiciels quand les derniers os de redmont occupent 40 Go pour le seul noyau et les mises à jour. Faudra aussi m’expliquer pourquoi GNU/Linux continue de se passer d’antivirus en 2013, et pourquoi je peux ouvrir 20 programmes en gardant toute la réactivité de ma machine, quand windows rend les armes avec seulement 5 applications, et ce sur des machines dernier cri, quand la mienne arrive à sa 3ème année…

    Non franchement : si vous voulez jouer au troll, faites le au moins de manière crédible svp.

    Pour le reste, je comprends la vision de RMS, et quelque part, il a raison. Mais tant que la vente liée permettra de cacher aux gens que le voisin GNU/Linux est aujourd’hui bien foutu et meilleur que microsoft et apple sur de nombreux points, je ne m’attends pas à une prise de conscience des moutons et des chèvres qui se vautrent dans la paresse intellectuelle, et préfèrent frimer avec leurs jouets d’un jour, en tuant quelques chinois au travail, tout en enrichissant les fonds de pension américains, plutôt que de consommer un peu plus responsable, en faisant bosser nos ingénieurs et techniciens, et en créant des emplois en france – et ce ne sont pas les sociétés qui manquent à ce niveau là…

    Tant que la corruption politique ambiante permettra cette concurrence déloyale de fait, on en sortira pas.

  7. Linux7

    Le non libre reste rempli de dangers innombrables et quasi-indomptables …

    Le libre reste rempli d’une foule de choses non homogènes …
    Des langages de script innombrables Tcl, Ruby, Python …
    Des toolkits suivant chacun leur route … Qt pour KDE, GTK+ pour GNOME, etc

    Seul l’unification rendra le libre incontournable.

  8. dormomuso

    Il faut toujours se méfier d’un message qui commence par « j’aime beaucoup » 😉
    J’aime beaucoup Richard Stallman. Mais si je suis croyant, je ne suis pas pratiquant.
    La méditation doit se faire sans attente. Parce que le chemin est le but.
    Alors éveillons-nous doucement.
    Je n’ai pas envie de finir comme ce pauvre « Internet notre ennemi ».
    Hihihi :-)