Réinventer la cantine populaire ?

Et si dans notre société qui tangue dangereusement, nous retrouvions les voies du collectif solidaire pour un besoin élémentaire, ou plutôt alimentaire ?

Dans cet article, Rebecca May Johnson nous parle d’une époque où la nécessité de solidarité était mère d’inventivité. Du très actuel barbeuc de rond-point à la soupe populaire à République, en passant par les Restaurants du Cœur, partageons nos repas pour mieux nous entraider. Mais si, comme dans l’après-guerre à Londres, la cantine populaire redevenait une institution et même un service public ?

Article original : I dream of Canteens

Traduction Framalang : Damien, Lumibd, goofy, lamessen, Bengo, damio, Serici, Lois, Mannik, MO

Je rêve de cantines

par Rebecca May Johnson

Hospitalité, opulence et apport calorique

De l’espace

Il y a de l’espace pour tout le monde. De l’espace, un verre d’eau et une prise électrique. Des chaises, des tables et des toilettes propres. Tellement de chaises que personne n’en est privé. Assez de serviettes pour se moucher ou s’essuyer la bouche. Les chaises ont de multiples formes et certaines sont placées dans des endroits déterminés (une praxis de la discrimination positive). Il y a des chaises hautes et des chaises basses qui créent un paysage varié et permettent d’éviter le contact visuel si souhaité (une question de vie privée), des chaises basses en plastique de couleurs vives et des chaises à bonne hauteur pour les enfants. Il y a aussi une zone réservée pour les femmes qui veulent allaiter sans avoir à gérer les regards gênants d’hommes gênants si elles ne le veulent pas. Un comptoir bien équipé permet de réchauffer la nourriture pour bébés ou les plats faits maison, ce qui constitue une forme de reconnaissance que les bébés existent, que les gens apportant leur propre nourriture existent, et que ces personnes ont besoin d’un espace pour manger. Des plateaux empilés, propres et prêts à servir, sont placés au début de la file d’attente pour la nourriture. Certains sont placés sur des sortes de déambulateurs adaptés avec des étagères pour poser des plateaux afin que les personnes à mobilité réduite, ou accompagnées d’enfants ou encore ayant besoin de plusieurs assiettes puissent s’y appuyer quand elles font la queue et y placer la nourriture sans avoir à porter leur plateau.

La nourriture est bon marché. Je peux me permettre de l’acheter et chacun ici peut l’acheter pour soi-même et ses enfants sans inquiétude. On ne ressent pas l’angoisse de ceux qui n’ont pas d’argent pour s’acheter à manger alors qu’ils ont faim dans un endroit où l’on sert à manger. Pour ceux qui ont de l’argent, le prix est une bonne surprise. Pour ceux qui en ont moins, les prix sont une véritable bénédiction qui leur permet de manger. La nourriture est aussi bon marché que dans les fast-foods de poulets frits et assez riche en calories pour rassasier un enfant ou un adulte pour un bon moment.

FOLKEKØKKEN og debat, Kommunalvalg 2013 par BLÅGÅRDEN – Blågårdens Bibliotek, Støberiet og Korsgadehallen licence CC BY 2.0

La plupart des gens déposent leurs plateaux couverts de miettes et d’assiettes utilisées dans un endroit prévu à cet effet et ramassent leurs serviettes sales. Ils ne laissent pas de restes sur les tables, même si aucune signalétique ne le leur rappelle. De plus, il y a suffisamment de personnel pour que les déchets ne s’accumulent pas, et le personnel n’est pas débordé, stressé ni épuisé.

Du temps

Il y a aussi du temps pour tout le monde. Personne n’est invité à quitter les lieux et personne ne s’inquiète de ne pas être le bienvenu. Bien entendu, les gens partent, mais rester un certain temps n’est pas mal vu. Il n’y a pas d’affiches placardées sur les tables et les murs qui vous enjoignent de partir, de rester, de manger la nourriture achetée sur place ou quoi que ce soit d’autre. En fait, dans la belle tradition d’hospitalité occidentale qui remonte à l’épopée d’Homère (cf. Xénia 1) aucune personne accueillie ici ne sera invitée à partir, et tout le monde aura sans conteste de quoi boire, se nourrir et se laver. Aucun corps ne devient répugnant en restant et en franchissant une limite temporelle et spatiale, ambiguë mais clairement définie (du moins pas pendant les horaires d’ouverture). Une telle disposition offre une intimité en public, si celle-ci est définie comme la possibilité d’être là sans être soupçonné de quoi que ce soit. Les raisons pour lesquelles on peut se sentir suspect à Londres, en 2019, sont principalement, le fait de ne pas avoir d’argent, ou encore l’évolution constante des bio-politiques qui s’entremêlent, transformant la couleur de peau, le sexe et la religion en sources d’angoisse en public.

Contrairement à l’Odyssée d’Homère, il n’y aura pas de massacre si les gens restent plus longtemps qu’ils ne devraient, ou s’ils prennent plus d’échantillons gratuits que ce qui est prévu. Après tout, certaines personnes ne prennent pas d’échantillons du tout. Dans d’autres endroits, par exemple des petits cafés indépendants, certes charmants, mais peu rentables et coûteux, où le loyer est si élevé qu’il faut y passer peu de temps et dépenser beaucoup, il existe une limite de temps implicite mais clairement définie qui provoque l’inquiétude chez tout le monde (propriétaire, employés, clients). Cette limite existe même si les salaires sont bas et que les saisonniers sont renvoyés chez eux pendant la saison basse. Par ailleurs, rester trop longtemps sur la place grise et propre située devant King’s Cross, suscitera à coup sûr le regard suspicieux d’un agent de sécurité privée : quelles sont les raisons de rester immobile ou assis, si ce n’est pas pour dépenser ? Or, c’est ce qu’on ressent parfois. Dans ces endroits et dans la plupart des endroits de nos jours, le corps commence à passer dans un état de manque, d’autant plus important que le temps passé depuis la dernière dépense est long.

Du plaisir

J’ai commencé par décrire certaines caractéristiques des cantines de magasins IKEA situés à l’extérieur de la ville et d’une de banlieues que j’ai récemment visitées à Reading et Croydon. Je n’ai aucune illusion sur la raison pour laquelle IKEA a des cantines dans ses magasins : ces derniers sont énormes et épuisants à arpenter. Fournir un certain confort et une alimentation abordable rend la visite supportable, voire très amusante. Ils utilisent leurs cantines pour montrer à quel point ils sont généreux, hospitaliers et socialement bienveillants : une vision vivante de ce qu’ils vous vendent. Dans les cantines IKEA, j’ai éprouvé énormément de plaisir en mangeant et m’asseyant, et j’ai remarqué que beaucoup d’autres personnes semblaient ressentir la même chose. J’ai essayé différents plats à trois occasions différentes : des boulettes de viande avec des frites et diverses sauces, une tarte sucrée, une salade de crevettes, des boulettes végétariennes avec du boulgour pilaf, un yaourt, quelques tranches de pain à l’ail, du cheesecake, du café, du sirop de fleurs de sureau, des bonbons acidulés. J’ai tout mangé et tout aimé, et j’aurais bien voulu goûter aussi certains plats du petit menu. Si un tel endroit existait en ville, j’irais tous les jours. C’est révélateur : bien qu’il n’y ait aucune cantine publique en ville (quel conseil municipal pourrait en effet se permettre de conserver une telle quantité d’immobilier après les coupes budgétaires ?), les Chambres du Parlement, elles, disposent de dix cantines.

L’idée que la restauration collective doive être dépourvue de plaisir est fausse. Le plaisir issu de la consommation d’un repas ou d’une boisson sans l’angoisse due à la restriction du temps, de l’espace et de l’argent peut avoir un immense effet bénéfique. Le plaisir issu d’une nourriture préparée à partir de boîtes de conserve et d’ingrédients surgelés peut aussi avoir un grand effet. Dans son livre How to Cook a Wolf (Comment cuisiner un loup), l’auteur de recettes américain du milieu du XXe siècle MFK Fisher aborde les vertus des légumes en conserve et surgelés et conçoit une recette de petits pois à la française avec des petits pois surgelés. De même, dans son livre The Food of Italy (La Cuisine d’Italie), Claudia Roden avoue toujours acheter ses cœurs d’artichauts surgelés pour ses recettes qui en utilisent, et Ruth Rogers, co-fondatrice de The River Café, prépare une sauce tomate pour ses invités en utilisant une conserve de tomates à partir d’une recette de Marcella Hazan. De la même façon, dans les cantines d’IKEA et dans beaucoup d’autres lieux dont j’aime la nourriture, les repas servis utilisent les avantages des innovations telles que la surgélation et la conserve pour en offrir un grand volume avec peu de gaspillage. Les légumes surgelés et en conserve sont récoltés au meilleur de leur saison, lorsqu’ils sont abondants et peu onéreux. On ne peut pas dire la même chose des fruits et légumes importés, qui restent verts des semaines après avoir été cueillis et pourrissent souvent sans jamais mûrir assez pour être comestibles. Comparez une tomate fraîche crue en janvier et une conserve de tomates cuites récoltées en août en Italie. Les tomates de la boîte sont moins chères, plus sucrées et délicieuses.

Se cacher

Durant la majeure partie de mon séjour à Londres ces dix dernières années, j’ai beaucoup rêvé d’une telle opulence et d’une telle hospitalité bien maîtrisées, et de cette générosité abordable et attirante, riche en calories que j’ai connue dans les cantines IKEA et dans certains autres endroits, tels que la cantine de l’auberge de jeunesse indienne, à Fitzrovia, la cantine du Muslim World League, rue Charlotte, les McDonald’s où qu’ils soient, les funérailles tamoules et leur repas fourni par un traiteur pouvant servir de « 10 à 10 000 » personnes, ou les cantines universitaires. Par exemple, j’ai aspiré à l’hospitalité d’une cantine chaleureuse les centaines de fois où j’étais assise sur le sol glacial de la British Library pour manger mon repas fait maison avec des couverts en plastique volés, ou quand j’ai rassemblé tout mon courage pour acheter un thé et oser manger, pleine de honte, ma propre nourriture dans le restaurant de la bibliothèque, assise sous le panneau indiquant clairement que les sièges sont réservés aux usagers de la bibliothèque.

La dissimulation de son corps et de sa pauvreté est devenue une composante de la survie londonienne. J’ai caché des sandwiches ou me suis moi-même cachée là où j’aurais dû consommer pour avoir le droit de m’asseoir, et ce, partout dans la ville. Pas vous ? L’été dernier, une femme s’est approchée de moi nerveusement alors que j’étais en train de manger un cheeseburger au McDonald situé près de la British Library, pour me demander les jetons de ma tasse de café et en avoir un gratuit. Je l’ai alors vue y vider de nombreux sachets de sucre gratuits, geste nécessaire pour compléter un apport calorique suffisant pour la maintenir en vie un jour de plus : un marché noir de sachets de sucre, qui ternit l’image de Londres en tant que destination gastronomique. J’ai vu des queues à l’entrée des banques alimentaires et l’arrivée des boîtes de dons de nourriture à la sortie des supermarchés. Le gouvernement permet à une réelle famine de se répandre sans lever le petit doigt. Les rues de la ville ne reconnaissent plus le fonctionnement perpétuel du ventre et de la vessie comme faisant partie intégrante de la vie de chaque humain. Les Victoriens y faisaient attention, alors même qu’ils ne reconnaissaient pas le droit de vote des femmes, et leurs toilettes souterraines sont devenues des cafés sans sanitaires. J’ai vécu récemment un émouvant moment d’hospitalité (Xenia) après avoir frappé à la porte d’un préposé au nettoyage de toilettes publiques à Peterborough : il m’a laissé passer sans me poser aucune question, alors même que je n’avais pas les 20 pence demandés. De tels moments de résistance sont rassurants et montrent une volonté de trouver une alternative au délabrement de l’hospitalité municipale qui définit de plus en plus l’espace public.

Les « Restaurants britanniques »

En voyant un livre que j’avais en main, mais que je n’avais pas encore lu, intitulé Tranche de vie, la façon de manger britannique depuis 1945, une agente de sécurité de la British Library m’a expliqué qu’elle connaissait l’hospitalité populaire et les cantines pour tous – à l’inverse de celle où elle travaillait actuellement. « Ce livre doit donc parler des Restaurants britanniques », a-t-elle dit. Je lui ai répondu « Qu’est-ce que c’est ? ». Elle m’a répondu que pendant et après la guerre, avec le manque de nourriture dû au rationnement, le gouvernement avait mis en place des « Restaurants britanniques » pour servir un plat chaud à prix bas pour chacun, afin que les gens puissent manger des choses comme de la semoule ou du ragoût dont elle ne se souvenait que de l’odeur. C’était dans les années 50 ou 60. Ces restaurants étaient destinés aux travailleurs, aux gens ordinaires et aux enfants, a-t-elle ajouté. Elle y allait souvent quand elle était à l’école à Red Hill, dans le Surrey. Puis ils ont disparu avant qu’elle n’aille au lycée.

Elle confirma que la nourriture n’était pas mauvaise et qu’elle était vraiment très abordable. Elle était très enthousiaste en me parlant des « Restaurants britanniques » ; elle en avait conservé un souvenir ému.

J’ai essayé d’imaginer un restaurant britannique aujourd’hui, un programme soutenu par le gouvernement pour s’assurer que chaque bénéficiaire puisse être nourri, comme s’il s’agissait d’une grande cause nationale. Je n’ai pas pu. Quand j’ai parlé à l’agente de sécurité, j’ai découvert que si le restaurant de la British Library continue à servir du café filtre, son offre la moins chère, le nouveau fournisseur (le troisième en dix ans, car aucune entreprise privée ne s’en sort) n’en fait plus la publicité et se contente d’afficher le prix des cafés les plus chers, à côté des 17 livres (environ 20 euros) pour les plats chauds et des 5 livres (environ 5,60 euros) pour les gâteaux. Le café filtre a disparu depuis.

Puis j’ai regardé dans mon livre et découvert que les « Restaurants britanniques » servaient des repas équilibrés (conformément aux connaissances scientifiques de l’époque) et avaient des bibliothèques, des fleurs fraîches sur les tables, des gramophones et des pianos. J’avais l’impression de découvrir une vision utopique du futur, un peu comme dans un film de science-fiction. Des recherches dans les archives du Mass Observation montrent de nombreux entretiens avec des personnes ravies d’être rassasiées par des plats chauds. En 1950, 50 millions de repas étaient servis chaque semaine. Lord Woolton, le ministre conservateur de l’alimentation, qui avait demandé à un de ses amis socialistes de concevoir des cantines subventionnées par l’État, les a considérées comme « l’une des plus grandes révolutions sociales dans l’industrie du pays ». Des discussions ont eu lieu au Parlement sur la façon dont ces cantines produisaient une étonnante amélioration du bien-être des travailleurs.

Après la guerre, les conservateurs les ont closes parce qu’elles n’étaient pas rentables. Les cantines ont périclité, puis ont fini par disparaître. Aujourd’hui, les déserts alimentaires et les banques alimentaires prolifèrent, et les gens ne peuvent plus se nourrir suffisamment pour vivre. C’est une étrange situation : alors que la pauvreté alimentaire apparaît, nous oublions que par le passé nous faisions des cantines populaires. Le souvenir de la guerre que l’on entretient est celui du rationnement, du manque alors que pour beaucoup de gens, il n’y avait jamais eu autant de nourriture chaude et rassasiante.

Un siège, une table, un verre d’eau, une assiette de nourriture qui tient au corps pour un bon moment ; l’espace et le temps dans lequel s’épanouir.

Je rêve de cantines.

 




Nous sommes déjà des cyborgs mais nous pouvons reprendre le contrôle

Avec un certain sens de la formule, Aral Balkan allie la sévérité des critiques et l’audace des propositions. Selon lui nos corps « augmentés » depuis longtemps font de nous des sujets de la surveillance généralisée maintenant que nos vies sont sous l’emprise démultipliée du numérique.

Selon lui, il nous reste cependant des perspectives et des pistes pour retrouver la maîtrise de notre « soi », mais elles impliquent, comme on le devine bien, une remise en cause politique de nos rapports aux GAFAM, une tout autre stratégie d’incitation aux entreprises du numérique de la part de la Communauté européenne, le financement d’alternatives éthiques, etc.

Ce qui suit est la version française d’un article qu’a écrit Aral pour le numéro 32 du magazine de la Kulturstiftung des Bundes (Fondation pour la culture de la République fédérale d’Allemagne). Vous pouvez également lire la version allemande.

Article original en anglais : Slavery 2.0 and how to avoid it : a practical guide for cyborgs

Traduction Framalang : goofy, jums, Fifi, MO, FranBAG, Radical Mass

L’esclavage 2.0 et comment y échapper : guide pratique pour les cyborgs.

par Aral Balkan

Il est très probable que vous soyez un cyborg et que vous ne le sachiez même pas.

Vous avez un smartphone ?
Vous êtes un cyborg.
Vous utilisez un ordinateur ? Ou le Web ?
Cyborg !

En règle générale, si vous utilisez une technologie numérique et connectée aujourd’hui, vous êtes un cyborg. Pas besoin de vous faire greffer des microprocesseurs, ni de ressembler à Robocop. Vous êtes un cyborg parce qu’en utilisant des technologies vous augmentez vos capacités biologiques.

À la lecture de cette définition, vous pourriez marquer un temps d’arrêt : « Mais attendez, les êtres humains font ça depuis bien avant l’arrivée des technologies numériques ». Et vous auriez raison.

Nous étions des cyborgs bien avant que le premier bug ne vienne se glisser dans le premier tube électronique à vide du premier ordinateur central.

Galilée et sa lunette, tableau de Justus Sustermans, image via Wikimedia Commons (Public Domain]

L’homme des cavernes qui brandissait une lance et allumait un feu était le cyborg originel. Galilée contemplant les cieux avec son télescope était à la fois un homme de la Renaissance et un cyborg. Lorsque vous mettez vos lentilles de contact le matin, vous êtes un cyborg.

Tout au long de notre histoire en tant qu’espèce, la technologie a amélioré nos sens. Elle nous a permis une meilleure maîtrise et un meilleur contrôle sur nos propres vies et sur le monde qui nous entoure. Mais la technologie a tout autant été utilisée pour nous opprimer et nous exploiter, comme peut en témoigner quiconque a vu un jour de près le canon du fusil de l’oppresseur.

« La technologie », d’après la première loi de la technologie de Melvin Kranzberg, « n’est ni bonne ni mauvaise, mais elle n’est pas neutre non plus. »

Qu’est-ce qui détermine alors si la technologie améliore notre bien-être, les droits humains et la démocratie ou bien les dégrade ? Qu’est-ce qui distingue les bonnes technologies des mauvaises ? Et, tant qu’on y est, qu’est-ce qui différencie la lunette de Galilée et vos lentilles de contact Google et Facebook ? Et en quoi est-ce important de se considérer ou non comme des cyborgs ?

Nous devons tous essayer de bien appréhender les réponses à ces questions. Sinon, le prix à payer pourrait être très élevé. Il ne s’agit pas de simples questions technologiques. Il s’agit de questions cruciales sur ce que signifie être une personne à l’ère du numérique et des réseaux. La façon dont nous choisirons d’y répondre aura un impact fondamental sur notre bien-être, tant individuellement que collectivement. Les réponses que nous choisirons détermineront la nature de nos sociétés, et à long terme pourraient influencer la survie de notre espèce.

Propriété et maîtrise du « soi » à l’ère numérique et connectée

Imaginez : vous êtes dans un monde où on vous attribue dès la naissance un appareil qui vous observe, vous écoute et vous suit dès cet instant. Et qui peut aussi lire vos pensées.

Au fil des ans, cet appareil enregistre la moindre de vos réflexions, chaque mot, chaque mouvement et chaque échange. Il envoie toutes ces informations vous concernant à un puissant ordinateur central appartenant à une multinationale. À partir de là, les multiples facettes de votre personnalité sont collectionnées par des algorithmes pour créer un avatar numérique de votre personne. La multinationale utilise votre avatar comme substitut numérique pour manipuler votre comportement.

Votre avatar numérique a une valeur inestimable. C’est tout ce qui fait de vous qui vous êtes (à l’exception de votre corps de chair et d’os). La multinationale se rend compte qu’elle n’a pas besoin de disposer de votre corps pour vous posséder. Les esprits critiques appellent ce système l’Esclavage 2.0.

À longueur de journée, la multinationale fait subir des tests à votre avatar. Qu’est-ce que vous aimez ? Qu’est-ce qui vous rend heureux ? Ou triste ? Qu’est-ce qui vous fait peur ? Qui aimez-vous ? Qu’allez-vous faire cet après-midi ? Elle utilise les déductions de ces tests pour vous amener à faire ce qu’elle veut. Par exemple, acheter cette nouvelle robe ou alors voter pour telle personnalité politique.

La multinationale a une politique. Elle doit continuer à survivre, croître et prospérer. Elle ne peut pas être gênée par des lois. Elle doit influencer le débat politique. Heureusement, chacun des politiciens actuels a reçu le même appareil que vous à la naissance. Ainsi, la multinationale dispose aussi de leur avatar numérique, ce qui l’aide beaucoup à parvenir à ses fins.

Ceci étant dit, la multinationale n’est pas infaillible. Elle peut toujours faire des erreurs. Elle pourrait de façon erronée déduire, d’après vos pensées, paroles et actions, que vous êtes un terroriste alors que ce n’est pas le cas. Quand la multinationale tombe juste, votre avatar numérique est un outil d’une valeur incalculable pour influencer votre comportement. Et quand elle se plante, ça peut vous valoir la prison.
Dans les deux cas, c’est vous qui perdez !

Ça ressemble à de la science-fiction cyberpunk dystopique, non ?

Remplacez « multinationale » par « Silicon Valley ». Remplacez « puissant ordinateur central » par « cloud ». Remplacez « appareil » par « votre smartphone, l’assistant de votre smart home, votre smart city et votre smart ceci-cela, etc. ».

Bienvenue sur Terre, de nos jours ou à peu près.

Le capitalisme de surveillance

Nous vivons dans un monde où une poignée de multinationales ont un accès illimité et continu aux détails les plus intimes de nos vies. Leurs appareils, qui nous observent, nous écoutent et nous pistent, que nous portons sur nous, dans nos maisons, sur le Web et (de plus en plus) sur nos trottoirs et dans nos rues. Ce ne sont pas des outils dont nous sommes maîtres. Ce sont les yeux et les oreilles d’un système socio-techno-économique que Shoshana Zuboff appelle « le capitalisme de surveillance ».

Tout comme dans notre fiction cyberpunk dystopique, les barons voleurs de la Silicon Valley ne se contentent pas de regarder et d’écouter. Par exemple, Facebook a annoncé à sa conférence de développeurs en 2017 qu’ils avaient attelé 60 ingénieurs à littéralement lire dans votre esprit2.

J’ai demandé plus haut ce qui sépare la lunette de Galilée de vos lentilles de contact produites par Facebook, Google ou d’autres capitalistes de surveillance. Comprendre la réponse à cette question est crucial pour saisir à quel point le concept même de personnalité est menacé par le capitalisme de surveillance.

Lorsque Galilée utilisait son télescope, lui seul voyait ce qu’il voyait et lui seul savait ce qu’il regardait. Il en va de même lorsque vous portez vos lentilles de contact. Si Galilée avait acheté son télescope chez Facebook, Facebook Inc. aurait enregistré tout ce qu’il voyait. De manière analogue, si vous allez achetez vos lentilles de contact chez Google, des caméras y seront intégrées et Alphabet Inc. verra tout ce que vous voyez. (Google ne fabrique pas encore de telles lentilles, mais a déposé un brevet3 pour les protéger. En attendant, si vous êtes impatient, Snapchat fait des lunettes à caméras intégrées.)

Lorsque vous rédigez votre journal intime au crayon, ni le crayon ni votre journal ne savent ce que vous avez écrit. Lorsque vous écrivez vos réflexions dans des Google Docs, Google en connaît chaque mot.

Quand vous envoyez une lettre à un ami par courrier postal, la Poste ne sait pas ce que vous avez écrit. C’est un délit pour un tiers d’ouvrir votre enveloppe. Quand vous postez un message instantané sur Facebook Messenger, Facebook en connaît chaque mot.

Si vous vous identifiez sur Google Play avec votre smartphone Android, chacun de vos mouvements et de vos échanges sera méticuleusement répertorié, envoyé à Google, enregistré pour toujours, analysé et utilisé contre vous au tribunal du capitalisme de surveillance.

On avait l’habitude de lire les journaux. Aujourd’hui, ce sont eux qui nous lisent. Quand vous regardez YouTube, YouTube vous regarde aussi.

Vous voyez l’idée.

À moins que nous (en tant qu’individus) n’ayons notre technologie sous contrôle, alors « smart » n’est qu’un euphémisme pour « surveillance ». Un smartphone est un mouchard, une maison intelligente est une salle d’interrogatoire et une ville intelligente est un dispositif panoptique.

Google, Facebook et les autres capitalistes de surveillance sont des fermes industrielles pour êtres humains. Ils gagnent des milliards en vous mettant en batterie pour vous faire pondre des données et exploitent cette connaissance de votre intimité pour vous manipuler votre comportement.

Ce sont des scanners d’être humains. Ils ont pour vocation de vous numériser, de conserver cette copie numérique et de l’utiliser comme avatar pour gagner encore plus en taille et en puissance.

Nous devons comprendre que ces multinationales ne sont pas des anomalies. Elles sont la norme. Elles sont le courant dominant. Le courant dominant de la technologie aujourd’hui est un débordement toxique du capitalisme américain de connivence qui menace d’engloutir toute la planète. Nous ne sommes pas vraiment à l’abri de ses retombées ici en Europe.

Nos politiciens se laissent facilement envoûter par les millions dépensés par ces multinationales pour abreuver les lobbies de Bruxelles. Ils sont charmés par la sagesse de la Singularity University (qui n’est pas une université). Et pendant ce temps-là, nos écoles entassent des Chromebooks pour nos enfants. On baisse nos taxes, pour ne pas handicaper indûment les capitalistes de surveillance, au cas où ils voudraient se commander une autre Guinness. Et les penseurs de nos politiques, institutionnellement corrompus, sont trop occupés à organiser des conférences sur la protection des données – dont les allocutions sont rédigées par Google et Facebook – pour protéger nos intérêts. Je le sais car j’ai participé à l’une d’elles l’an passé. L’orateur de Facebook quittait tout juste son boulot à la CNIL, la commission française chargée de la protection des données, réputée pour la beauté et l’efficacité de ses chaises musicales.

Il faut que ça change.

Je suis de plus en plus convaincu que si un changement doit venir, il viendra de l’Europe.

La Silicon Valley ne va pas résoudre le problème qu’elle a créé. Principalement parce que des entreprises comme Google ou Facebook ne voient pas leurs milliards de bénéfices comme un problème. Le capitalisme de surveillance n’est pas déstabilisé par ses propres critères de succès. Ça va comme sur des roulettes pour les entreprises comme Google et Facebook. Elles se marrent bien en allant à la banque, riant au visage des législateurs, dont les amendes cocasses excèdent à peine un jour ou deux de leur revenu. D’aucuns diraient que « passible d’amende » signifie « légal pour les riches ». C’est peu de le dire lorsqu’il s’agit de réglementer des multinationales qui brassent des milliers de milliards de dollars.

De manière analogue, le capital-risque ne va pas investir dans des solutions qui mettraient à mal le business immensément lucratif qu’il a contribué à financer.

Alors quand vous voyez passer des projets comme le soi-disant Center for Humane Technology, avec des investisseurs-risques et des ex-employés de Google aux commandes, posez-vous quelques questions. Et gardez-en quelques-unes pour les organisations qui prétendent créer des alternatives éthiques alors qu’elles sont financées par les acteurs du capitalisme de surveillance. Mozilla, par exemple, accepte chaque année des centaines de millions de dollars de Google4. Au total, elle les a délestés de plus d’un milliard de dollars. Vous êtes content de lui confier la réalisation d’alternatives éthiques ?

Si nous voulons tracer une autre voie en Europe, il faut financer et bâtir notre technologie autrement. Ayons le courage de nous éloigner de nos amis d’outre-Atlantique. Ayons l’aplomb de dire à la Silicon Valley et à ses lobbyistes que nous n’achetons pas ce qu’ils vendent.

Et nous devons asseoir tout ceci sur de solides fondations légales en matière de droits de l’homme. J’ai dit « droits de l’homme » ? Je voulais dire droits des cyborgs.

Les droits des cyborgs sont des droits de l’homme

La crise juridique des droits de l’homme que nous rencontrons nous ramène au fond à ce que nous appelons « humain ».

Traditionnellement, on trace les limites de la personne humaine à nos frontières biologiques. En outre, notre système légal et judiciaire tend à protéger l’intégrité de ces frontières et, par là, la dignité de la personne. Nous appelons ce système le droit international des droits de l’Homme.

Malheureusement, la définition de la personne n’est plus adaptée pour nous protéger complètement à l’ère du numérique et des réseaux.

Dans cette nouvelle ère, nous étendons nos capacités biologiques par des technologies numériques et en réseau. Nous prolongeons nos intellects et nos personnes par la technologie moderne. C’est pour ça que nous devons étendre notre concept des limites de la personne jusqu’à inclure les technologies qui nous prolongent. En étendant la définition de la personne, on s’assure que les droits de l’homme couvrent et donc protègent la personne dans son ensemble à l’ère du numérique et des réseaux.

« Cyborg-gal-avi » par Pandora Popstar/Lainy Voom, licence CC BY-NC-SA 2.0

En tant que cyborgs, nous sommes des êtres fragmentaires. Des parties de nous vivent dans nos téléphones, d’autres quelque part sur un serveur, d’autres dans un PC portable. C’est la somme totale de tous ces fragments qui compose l’intégralité de la personne à l’ère du numérique et des réseaux.

Les droits des cyborgs sont donc les droits de l’homme tels qu’appliqués à la personne cybernétique. Ce dont nous n’avons pas besoin, c’est d’un ensemble de « droits numériques » – probablement revus à la baisse. C’est pourquoi, la Déclaration universelle des droits cybernétiques n’est pas un document autonome, mais un addendum à la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

La protection constitutionnelle des droits cybernétiques étant un but à long terme, il ne faut pas attendre un changement constitutionnel pour agir. Nous pouvons et devons commencer à nous protéger en créant des alternatives éthiques aux technologies grand public.

Pour des technologies éthiques

Une technologie éthique est un outil que vous possédez et que vous contrôlez. C’est un outil conçu pour vous rendre la vie plus facile et plus clémente. C’est un outil qui renforce vos capacités et améliore votre vie. C’est un outil qui agit dans votre intérêt – et jamais à votre détriment.

Une technologie non éthique est au contraire un outil aux mains de multinationales et de gouvernements. Elle sert leurs intérêts aux dépens des vôtres. C’est un miroir aux alouettes conçu pour capter votre attention, vous rendre dépendant, pister chacun de vos mouvements et vous profiler. C’est une ferme industrielle déguisée en parc récréatif.

La technologie non éthique est nuisible pour les êtres humains, le bien-être et la démocratie.

Semer de meilleures graines

La technologie éthique ne pousse pas sur des arbres, il faut la financer. La façon de la financer a de l’importance.
La technologie non éthique est financée par le capital risque. Le capital risque n’investit pas dans une entreprise, il investit dans la vente de l’entreprise. Il investit aussi dans des affaires très risquées. Un investisseur risque de la Silicon Valley va investir, disons, 5 millions de dollars dans 10 start-ups différentes, en sachant que 9 d’entre elles vont capoter. Alors il (c’est habituellement un « lui/il ») a besoin que la 10e soit une licorne à un milliard de dollars pour que ça lui rapporte 5 à 10 fois l’argent investi (Ce n’est même pas son argent, mais celui de ses clients.). Le seul modèle d’affaires que nous connaissions dans les nouvelles technologies qui atteigne une croissance pareille est la mise en batterie des gens. L’esclavage a bien payé.
L’esclavage 2.0 paie bien aussi.

Pas étonnant qu’un système qui attache autant de valeur à un mode de croissance de type prolifération cancéreuse ait engendré des tumeurs telles que Google et Facebook. Ce qui est stupéfiant, c’est que nous semblions célébrer ces tumeurs au lieu de soigner le patient. Et plus déconcertant encore, nous nous montrons obstinément déterminés à nous inoculer la même maladie ici en Europe.

Changeons de direction.

Finançons des alternatives éthiques

À partir des biens communs

Pour le bien commun.

Oui, cela signifie avec nos impôts. C’est en quelque sorte ce pour quoi ils existent (pour mettre en place des infrastructures partagées et destinées au bien commun qui font progresser le bien-être de nos populations et nos sociétés). Si le mot « impôt » vous effraie ou sonne trop vieux jeu, remplacez-le simplement par « financement participatif obligatoire » ou « philanthropie démocratisée ».

Financer une technologie éthique à partir des biens communs ne signifie pas que nous laissions aux gouvernements le pouvoir de concevoir, posséder ou contrôler nos technologies. Pas plus que de nationaliser des entreprises comme Google et Facebook. Démantelons-les ! Bien sûr. Régulons-les ! Évidemment. Mettons en œuvre absolument tout ce qui est susceptible de limiter autant que possible leurs abus.

Ne remplaçons pas un Big Brother par un autre.

À l’inverse, investissons dans de nombreuses et petites organisations, indépendantes et sans but lucratif, et chargeons-les de concevoir les alternatives éthiques. Dans le même temps, mettons-les en compétition les unes avec les autres. Prenons ce que nous savons qui fonctionne dans la Silicon Valley (de petites organisations travaillant de manière itérative, entrant en compétition, et qui échouent rapidement) et retirons ce qui y est toxique : le capital risque, la croissance exponentielle, et les sorties de capitaux.

À la place des startups, lançons des entreprises durables, des stayups en Europe.

À la place de sociétés qui n’ont comme possibilités que d’échouer vite ou devenir des tumeurs malignes, finançons des organisations qui ne pourront qu’échouer vite ou devenir des fournisseurs durables de bien social.

Lorsque j’ai fait part de ce projet au Parlement européen, il y a plusieurs années, celui-ci a fait la sourde oreille. Il n’est pas encore trop tard pour s’y mettre. Mais à chaque fois que nous repoussons l’échéance, le capitalisme de surveillance s’enchevêtre plus profondément encore dans le tissu de nos vies.

Nous devons surmonter ce manque d’imagination et fonder notre infrastructure technologique sur les meilleurs principes que l’humanité ait établis : les droits de l’homme, la justice sociale et la démocratie.

Aujourd’hui, l’UE se comporte comme un département de recherche et développement bénévole pour la Silicon Valley. Nous finançons des startups qui, si elles sont performantes, seront vendues à des sociétés de la Silicon Valley. Si elles échouent, le contribuable européen réglera la note. C’est de la folie.

La Communauté Européenne doit mettre fin au financement des startups et au contraire investir dans les stayups. Qu’elle investisse 5 millions d’euros dans dix entreprises durables pour chaque secteur où nous voulons des alternatives éthiques. À la différence des startups, lorsque les entreprises durables sont performantes, elles ne nous échappent pas. Elles ne peuvent être achetées par Google ou Facebook. Elles restent des entités non lucratives, soutenables, européennes, œuvrant à produire de la technologie en tant que bien social.

En outre, le financement d’une entreprise durable doit être soumis à une spécification stricte sur la nature de la technologie qu’elle va concevoir. Les biens produits grâce aux financements publics doivent être des biens publics. La Free Software Foundation Europe sensibilise actuellement l’opinion sur ces problématiques à travers sa campagne « argent public, code public ». Cependant, nous devons aller au-delà de  l’open source pour stipuler que la technologie créée par des entreprises durables doit être non seulement dans le domaine public, mais également qu’elle ne peut en être retirée. Dans le cas des logiciels et du matériel, cela signifie l’utilisation de licences copyleft. Une licence copyleft implique que si vous créez à partir d’une technologie publique, vous avez l’obligation de la partager à l’identique. Les licences share-alike, de partage à l’identique, sont essentielles pour que nos efforts ne soient pas récupérés pour enjoliver la privatisation et pour éviter une tragédie des communs. Des corporations aux poches sans fond ne devraient jamais avoir la possibilité de prendre ce que nous créons avec des deniers publics, habiller tout ça de quelques millions d’investissement et ne plus partager le résultat amélioré.

En fin de compte, il faut préciser que les technologies produites par des entreprises stayups sont des technologies pair-à-pair. Vos données doivent rester sur des appareils que vous possédez et contrôlez. Et lorsque vous communiquez, vous devez le faire en direct (sans intervention d’un « homme du milieu », comme Google ou Facebook). Là où ce n’est techniquement pas possible, toute donnée privée sous le contrôle d’une tierce partie (par exemple un hébergeur web) doit être chiffrée de bout à bout et vous seul devriez en détenir la clé d’accès.

Même sans le moindre investissement significatif dans la technologie éthique, de petits groupes travaillent déjà à des alternatives. Mastodon, une alternative à Twitter fédérée et éthique, a été créée par une seule personne d’à peine vingt ans. Quelques personnes ont collaboré pour créer un projet du nom de Dat qui pourrait être la base d’un web décentralisé. Depuis plus de dix ans, des bénévoles font tourner un système de nom de domaine alternatif non commercial appelé OpenNIC5 qui pourrait permettre à chacun d’avoir sa propre place sur le Web…

Si ces graines germent sans la moindre assistance, imaginez ce qui serait à notre portée si on commençait réellement à les arroser et à en planter de nouvelles. En investissant dans des stayups, nous pouvons entamer un virage fondamental vers la technologie éthique en Europe.

Nous pouvons construire un pont de là où nous sommes vers là où nous voulons aller.

D’un monde où les multinationales nous possèdent par procuration à un monde où nous n’appartenons qu’à nous-mêmes.

D’un monde où nous finissons toujours par être la propriété d’autrui à un monde où nous demeurons des personnes en tant que telles.

Du capitalisme de surveillance à la pairocratie.




DIFFUser bientôt vos articles dans le Fediverse ?

Chaque mois le Fediverse s’enrichit de nouveaux projets, probablement parce nous désirons toujours plus de maîtrise de notre vie numérique.

Décentralisé et fédéré, ce réseau en archipel s’articule autour de briques technologiques qui permettent à ses composantes diverses de communiquer. Au point qu’à chaque rumeur de projet nouveau dans le monde du Libre la question est vite posée de savoir s’il sera « fédéré » et donc relié à d’autres projets.

Si vous désirez approfondir vos connaissances au plan technique et au plan de la réflexion sur la fédération, vous trouverez matière à vous enrichir dans les deux mémoires de Nathalie, stagiaire chez Framasoft l’année dernière.

Aujourd’hui, alors que l’idée de publier sur un blog semble en perte de vitesse, apparaît un nouvel intérêt pour la publication d’articles sur des plateformes libres et fédérées, comme Plume et WriteFreely. Maîtriser ses publications sans traqueurs ni publicités parasites, sans avoir à se plier aux injonctions des GAFAM pour se connecter et publier, sans avoir à brader ses données personnelles pour avoir un espace numérique d’expression, tout en étant diffusé dans un réseau de confiance et pouvoir interagir avec lui, voilà dans quelle mouvance se situe le projet DIFFU auquel nous vous invitons à contribuer et que vous présente l’interviewé du jour…

Bonjour, peux-tu te présenter, ainsi que tes activités ?

image du profil mastodon de JP Morfin, une meute de chats en arrière-plan de sa photo noir et blanc en médaillon
Jean-Pierre et une partie de l’équipe de développement en arrière-plan

Bonjour Framasoft. Je m’appelle Jean-Pierre Morfin, on me connaît aussi sur les réseaux sociaux et dans le monde du libre sous le pseudo jpfox. J’ai 46 ans, je vis avec ma tribu familiale recomposée dans un village ardéchois où je pratique un peu (pas assez) le vélo. Informaticien depuis mon enfance, je suis membre du GULL G3L basé à Valence, où je gère avec d’autres l’activité C.H.A.T.O.N.S qui propose plusieurs services comme Mastodon, Diaspora, TT-Rss, boite mail, owncloud…

Passionnés par le libre, Michaël, un ami de longue date et moi-même avons créé en 2010 ce qui s’appelle désormais une Entreprise du Numérique Libre nommée Befox qui propose ses services aux TPE/PME dans la Drôme et l’Ardèche principalement : réalisation de sites à base de solutions libres comme Prestashop, Drupal ou autres, installation Dolibarr et interconnexion entre différents logiciels ou plateformes, hébergement applicatif, évolutions chez nos fidèles clients constituent l’essentiel de notre activité.

Et donc, vous voulez vous lancer dans le développement d’un nouveau logiciel fédéré, « Diffu ». Pourquoi ?

Tout d’abord nous avons ressenti tous les deux le besoin de retourner aux fondamentaux du Libre, et quoi de plus fondamental que le développement d’un logiciel ? Lors de nos divagations sur le Fédiverse, les remarques récurrentes qu’on y trouve ici ou contre l’utilisation de Medium, nous ont fait penser qu’une alternative pouvait être intéressante. De plus, l’ouverture d’un compte Medium se fait nécessairement avec un compte Facebook ou Google, c’est leur façon d’authentifier un utilisateur ; en bons adeptes de la dégafamisation, c’est une raison de plus de créer une alternative à cette plateforme.

Voyant le succès et tout le potentiel de la Fédération, il fallait que cette nouvelle solution entre de ce cadre-là, car recréer une plateforme unique de publication ou un nouveau moteur de blog avec une gestion interne des commentaires ne présente aucun intérêt. Avec Diffu, la publication d’un article sur une des instances du réseau sera poussée sur le Fédiverse et les commentaires et réactions faits sur Mastodon, Pleroma, Hubzilla ou autre… seront agrégés pour être restitués directement sur la page de l’article. J’invite les lecteurs à jeter un œil à la maquette que nous avons réalisée pour se faire une idée, elle n’est pas fonctionnelle car cela reste encore un projet.

deant un café, un article en cours de réalisation sur un bureua, avec un stylo rouge. On peut lire sous une photo "My article on Diffu"

Quant au nom Diffu, on lui trouve deux sens : abréviation de Diffusion, ce qui reste l’objectif d’une plateforme de publication d’articles. Et dans sa prononciation à l’anglaise Diff You qui peut se comprendre Differentiate yourself – Différenciez vous ! C’est un peu ce que l’on fait lorsqu’on livre son avis, son expertise, ses opinions ou ses pensées dans un article.

Il existe déjà des logiciels fédérés de publication, tels que Plume ou WriteFreely. Quelles différences entre Diffu et ces projets ?

Absolument, ces deux applications libres, elles aussi, proposent de nombreux points de similitude avec Diffu notamment dans l’interconnexion avec le Fediverse et la possibilité de réagir aux articles avec un simple compte compatible avec ActivityPub.

À ce jour 38 projets dans la Fédération, selon le site https://the-federation.info/#projects

La première différence est que pour Plume et WriteFreely, il est nécessaire de créer un compte sur l’instance que l’on souhaite utiliser. Avec Diffu, suivant les restrictions définies par l’administrateur⋅e de l’instance, il sera possible de créer un article juste en donnant son identifiant Mastodon par exemple (pas le mot de passe, hein, juste le pseudo et le nom de l’instance). L’auteur recevra un lien secret par message direct sur son compte Mastodon lui permettant d’accéder à son environnement de publication et de rédiger un nouvel article. Ce dernier sera associé à son auteur ou autrice, son profil Mastodon s’affichant en signature de l’article. Lors de la publication de l’article sur le Fediverse, l’autrice ou l’auteur sera mentionné⋅e dans le pouet qu’il n’aura plus qu’à repartager. L’adresse de la page de l’article sera utilisable sur les autres réseaux sociaux bien évidemment.

Nous voyons plus les instances Diffu comme des services proposés aux possesseurs de comptes ActivityPub. Comme on crée un Framadate ou un Framapad en deux clics, on pourra créer un article.

Les modes de modération et de workflow proposés par Diffu, la thématique choisie, les langues acceptées, la définition des règles de gestion permettront aux administrateurs de définir le public pouvant poster sur leur instance. Il sera par exemple possible de n’autoriser que les auteurs ayant un compte sur telle instance Mastodon, Diffu devenant un service complémentaire que pourrait proposer un CHATONS à ses utilisateurs Mastodon.

Ou, à l’opposé, un défenseur de la liberté d’expression peut laisser son instance Diffu open bar, au risque de voir son instance bloquée par d’autres acteurs du Fediverse, la régulation se faisant à plusieurs niveaux. Nous travaillons encore sur la définition des options de modération possibles, le but étant de laisser à l’administrateur⋅e toute la maîtrise des règles du jeu.

Les options retenues seront clairement explicites sur son instance pour que chacun⋅e puisse choisir la bonne plateforme qui lui convient le mieux. On imagine déjà faire un annuaire reprenant les règles de chaque instance pour aider les auteurs et autrices à trouver la plus appropriée à leur publication. Quitte à écrire sur plusieurs instances en fonction du sujet de l’article : « J’ai testé un nouveau vélo à assistance électrique » sur diffu.velo-zone.fr et « Comment installer LineageOS sur un Moto G4 » sur diffu.g3l.org.

L’autre différence avec Plume et WriteFreely est le langage retenu pour le développement de Diffu. Nous avons choisi PHP car il reste à nos yeux le plus simple à installer dans un environnement web et nous allons tout faire pour que ce soit vraiment le cas. Le locataire d’un simple hébergement mutualisé pourra installer Diffu : on dézippe le fichier de la dernière version, on envoie le tout par ftp sur le site, on accède à la page de configuration pour définir les options de son instance et ça fonctionne. Idem pour les mises à jour.

Nous avons déjà des contacts avec les dev de Plume qui sont tout aussi motivés que nous pour connecter nos plateformes et permettre une interaction entre les utilisateurs. C’est la magie du Fediverse !

Vous êtes en phase de crowdfunding pour le projet Diffu. À quoi va servir cet argent ?

Tout simplement à nous libérer du temps pour développer ce logiciel. On ne peut malheureusement pas se permettre de laisser en plan l’activité de Befox pendant des semaines car cela correspondrait à une absence complète de revenu pour nous deux. C’est donc notre société Befox qui va récolter le fruit de cette campagne et le transformer en rémunération. Nous avons visé au plus juste l’objectif de cette campagne de financement même si on sait que l’on va passer pas mal de temps en plus sur ce projet mais quand on aime…

Il faut aussi mentionner les 8 % de la campagne destinés à rétribuer la plateforme de financement Ulule.

Comment envisages-tu l’avenir de Diffu ?

Comme tout projet libre, après la publication des premières versions, la mise en ligne du code source, nous allons être à l’écoute des utilisateurs pour ajouter les fonctionnalités les plus attendues, garder la compatibilité avec le maximum d’acteurs du Fediverse. On sait que le protocole ActivityPub et ceux qui s’y rattachent peuvent avoir des interprétations différentes. On le voit pour les plateformes déjà en places comme Pleroma, Mastodon, Hubzilla, GNUSocial, PeerTube, PixelFed, WriteFreely et Plume… c’est une nécessité de collaborer avec les autres équipes de développement pour une meilleure expérience des utilisateurs.

Comme souvent ici, on te laisse le mot de la fin, pour poser LA question que tu aurais aimé qu’on te pose, et à laquelle tu aimerais répondre…

La question que l’on peut poser à tous les développeurs du Libre : quel éditeur de sources, Vim ou Emacs ?

Image : https://framalab.org/gknd-creator/

 

La réponse en ce qui me concerne, c’est Vim bien sûr.

Plus sérieusement, cela me permet d’évoquer ce que je trouve génial avec les Logiciels Libres, le fait qu’il y en a pour tous les goûts, que si un outil ne te convient pas, tu peux en utiliser un autre ou modifier/faire modifier celui qui existe pour l’adapter à tes attentes.

Alors même si Plume et WriteFreely existent et font très bien certaines choses, ils sont tous les deux différents et je suis convaincu que Diffu a sa place et viendra en complément de ceux-ci. J’ai hâte de pouvoir m’investir à fond dans ce projet.

Merci pour cette interview, à bientôt sur le Fediverse !

 




Un vaste réservoir d’images sous licences libres

Vous cherchez des images utilisables pour vos sites ou publications ? Savez-vous qu’il est facile d’en trouver avec divers niveaux de permissions via le moteur de recherche des Creative Commons ?

Ces petits logos, familiers des libristes, sont souvent combinés et permettent de savoir précisément à quelles conditions vous pouvez utiliser les images :

logo attribution CCAttribution : vous devez mentionner l’identité de l’auteur initial (obligatoire en droit français) (sigle : BY)

 

Non Commercial : vous ne pouvez pas tirer un profit commercial de l’œuvre sans autorisation de l’auteur (sigle : NC)

 

No derivative works : vous ne pouvez pas intégrer tout ou partie dans une œuvre composite (sigle : ND)

 

Share alike : partage de l’œuvre, vous pouvez rediffuser mais selon la même licence ou une licence similaire  (sigle : SA)

Si vous êtes dans le monde de l’éducation, pensez à faire adopter les bonnes pratiques aux élèves et étudiants qui ont besoin d’illustrer un document et qui ont tendance à piller Google images sans trop se poser de questions…

… mais il arrive souvent que de grands médias donnent aussi de bien mauvais exemples !

Si vous êtes embarrassé⋅e pour ajouter les crédits nécessaires sous l’image que vous utilisez, le nouveau moteur de recherche de Creative Commons vous facilite la tâche. C’est une des nouveautés qui en font une ressource pratique et précieuse, comme Jane Park l’explique dans l’article ci-dessous.

Article original : CC Search is out of beta with 300M images and easier attribution

Traduction Framalang : Goofy

Le moteur de recherche de Creative Commons propose maintenant 300 millions d’images plus faciles à attribuer

par Jane Park

Jane Park, directrice de produit et de la recherche
Jane Park, directrice de la Recherche Creative Commons dont elle pilote la conception, l’implémentation et le développement

Désormais la recherche Creative Commons n’est plus en version bêta, elle propose plus de 300 millions d’images indexées venant de multiples collections, une interface entièrement redessinée ainsi qu’une recherche plus pertinente et plus rapide. Tel est le résultat de l’énorme travail de l’équipe d’ingénieurs de Creative Commons avec l’appui de notre communauté de développeurs bénévoles.

CC Search parcourt les images de 19 collections grâce à des API ouvertes et le jeu de données Common Crawl, ce qui inclut les œuvres artistiques et culturelles des musées (le Metropolitan Museum of Art, le Cleveland Museum of Art), les arts graphiques (Behance, DeviantArt), les photos de Flickr, et un premier jeu de créations en 3D sous CC0 issus de Thingiverse.

Au plan esthétique et visuel, vous allez découvrir des changements importants : une page d’accueil plus sobre, une navigation meilleure avec des filtres, un design en harmonie avec le portail creativecommons.org, des options d’attribution faciles à utiliser et des canaux de communication efficaces pour faire remonter vos questions, réactions et désirs, tant sur les fonctionnalités du site que sur les banques d’images. Vous trouverez également un lien direct vers la page d’accueil des Creative Commons (le site de l’ancienne recherche est toujours disponible si vous préférez).

copie d’écran interface ancienne de la recherche de creative commons
Interface ancienne de la recherche d’images, qui demandait plusieurs étapes

 

copie d’écran, champ de saisie unique pour la recherche CC
Nouvelle interface qui unifie les recherches à partir d’un seul champ de saisie

 

Résultats de recherche du mot "Goofy" avec CC search
à gauche le nombre de résultats disponibles, et au survol de l’image, les symboles qui signalent les niveaux de permission

Si vous jetez un œil sous le capot, vous verrez que nous avons réussi à diminuer le temps de recherche et nous avons amélioré la pertinence de la recherche par phrase. Nous avons aussi implémenté des métriques pour mieux comprendre quand et comment les fonctionnalités sont utilisées. Enfin, nous avons bien sûr corrigé beaucoup de bugs que la communauté nous a aidé à identifier.

copie d’écran attribution facile des crédits
Une fois l’image sélectionnée, un simple clic pour copier les crédits (en texte enrichi ou en HTML)

Et bientôt…

Nous allons continuer à augmenter la quantité d’images de notre catalogue, en visant en priorité les collections d’images comme celles de Europeana et Wikimedia Commons. Nous projetons aussi d’indexer davantage de types d’œuvres sous licences CC, tels que les manuels et les livres audio, vers la fin de l’année. Notre but final demeure inchangé : donner l’accès à 1,4 milliard d’œuvres qui appartiennent aux Communs), mais nous sommes avant tout concentrés sur les images que les créateurs et créatrices désirent utiliser de diverses façons, comment ils peuvent apprendre à partir de ces images, les utiliser avec de larges permissions, et restituer leur exp)érience à tous pour nourrir la recherche Creative Commons.

Du point de vue des fonctionnalités, des avancées spécifiques figurent dans notre feuille de route pour ce trimestre : des filtres pour une utilisation avancée sur la page d’accueil, la possibilité de parcourir les collections sans entrer de termes de recherche, et une meilleure accessibilité et UX sur mobile. De plus, nous nous attendons à ce que certains travaux liés à la recherche CC soient effectués par nos étudiants du Google Summer of Code à partir du mois de mai.

Le mois prochain à Lisbonne, au Portugal, nous présenterons l’état de la recherche (“State of CC Search”) à notre sommet mondial  (CC Global Summit) où sera réunie toute une communauté internationale pour discuter des développements souhaités et des collections pour CC Search.

Participez !

Vos observations sont précieuses, nous vous invitons à nous communiquer ce que vous souhaiteriez voir s’améliorer. Vous pouvez également rejoindre le canal #cc-usability sur le Slack de CC pour vous tenir au courant des dernières avancées.

Tout notre code, y compris celui qui est utilisé pour la recherche CC, est open source (CC Search, CC Catalog API, CC
Catalog
) et nous faisons toujours bon accueil aux contributions de la communauté. Si vous savez coder, nous vous
invitons à nous rejoindre pour renforcer la communauté grandissante de développeurs de CC.

Remerciements

CC Search est possible grâce à un certain nombre d’institutions et d’individus qui la soutiennent par des dons. Nous aimerions remercier en particulier Arcadia, la fondation de Lisbet Rausing et Peter Baldwin, Mozilla, et la fondation Brin Wojcicki pour leur précieux soutien.

 

image deu geektionerd generator;, un personnage féminin fait remarquer que tout est sous licence CC BY-Sa
Sur le Framablog, on se sert souvent de GG le Générateur de Geektionerd. Pourquoi pas vous ?




Ziklibrenbib : participez à l’élection du titre de l’année 2019

Ziklibrenbib est un projet collaboratif qui vise à promouvoir la musique en libre diffusion dans les médiathèques. Créé à l’initiative des médiathèques d’Argentan Intercom (61) et de Pacé (35), il est aujourd’hui animé par une vingtaine de professionnels répartis sur toute la France. Au-delà des chroniques publiées presque chaque jour sur le blog et relayées sur les principaux réseaux sociaux, l’équipe de Ziklibrenbib propose chaque trimestre une compilation des meilleures découvertes du moment et chaque année l’élection du titre de l’année Ziklibrenbib. C’est à l’occasion de cette élection que nous rencontrons aujourd’hui Vincent et Antoine pour qu’ils nous en disent plus sur la question.

Ziklibrenbib, 7 ans déjà… une belle aventure ! Pouvez-vous regarder dans le rétroviseur et nous faire un petit résumé ?
7 ans de rencontres et de découvertes musicales, voilà comment on pourrait résumer ces 7 ans ! Rencontres entre bibliothécaires mais aussi avec les musiciens ! Pas mal de personnes sont passées par là pour proposer leurs chroniques, leur sensibilité musicale et participer au projet sous une forme ou une autre. Cette diversité fait la richesse de Ziklibrenbib !

Aujourd’hui, comment fonctionne concrètement Ziklibrenbib ?
Grâce essentiellement au forum interne auquel sont inscrits les participants et qui est organisé en trois grandes catégories : le projet Ziklibrenbib dans sa globalité, l’Élection du titre de l’année Ziklibrenbib et les tournées du lauréat de l’élection Ziklibrenbib. A chaque fois qu’un nouveau sujet émerge, c’est l’occasion d’échanger et d’émettre son avis. Les décisions sont prises collectivement selon la participation de chacun. L’inscription à la newsletter permet également de suivre l’actualité du projet sans obligatoirement passer par la case forum, et de participer par exemple aux compilations trimestrielles ou à la sélection des titres de l’élection annuelle.
Quant aux chroniques, nous profitons de cette interview pour remercier les collègues qui donnent de leur temps pour fouiller le web à la découverte de nouvelles perles de la musique libre et rédiger ces chroniques. Il n’est d’ailleurs jamais trop tard pour rejoindre la team de chroniqueuses et chroniqueurs 😉 Il n’y a aucune fréquence de publication imposée… et plus on est nombreux, plus c’est sympa !

Depuis le 26 mars, les internautes / citoyen⋅nes peuvent participer à l’élection du titre de l’année. Pouvez-vous nous indiquer de quoi il s’agit ?
Depuis le 26 mars et jusqu’au 26 mai, les internautes et usager⋅es des médiathèques participantes peuvent voter pour leurs 3 morceaux préférés parmi 14 titres choisis avec passion par 29 discothécaires de toute la France. C’est l’occasion de permettre à des bibliothèques de mettre en valeur la musique libre sur une courte période et avec des supports de médiation (affiches, flyers, compilation CD/mp3, bande-annonce vidéo, livret de présentation…) dédiés et faciles à mettre en place. Un coup de projecteur salvateur ! Ca se passe sur http://www.acim.asso.fr/ziklibrenbib/election/

Affichette de présentation de l’élection du titre de l’année Ziklibrenbib 2019 – CC-BY-SA

Selon vous, est-ce que la communauté libriste est aussi enthousiaste autour de la culture, de la musique libre qu’autour des logiciels libres ?
Oui, pour les quelques retours que nous avons eu de la communauté du libre. Ziklibrenbib est connu et apprécié de ce réseau.

Il y a eu, ces dernières années, une explosion des contenus produits pour des plateformes comme YouTube ou Twitch. Ces plateformes qui ont des « robocopyrights » (comme ContentID de Google-YouTube) qui analysent le son des vidéos pour repérer l’utilisation de musiques copyrightées… Est-ce que vous avez vu les vidéastes et leurs publics s’intéresser de plus près à la musique libre ?
Nous avons pu en effet constater ce phénomène, et ce de deux façons différentes. Tout d’abord par quelques messages que nous avons reçus de la part de personnes cherchant à savoir comment utiliser telle ou telle musique dans leurs vidéos, ce qui n’était pas sans engendrer une petite discussion au sujet des possibilités offertes par telle ou telle licence Creative Commons. Ensuite par l’intermédiaire de Free Music Archive, une archive en ligne où nous déposons régulièrement en tant que curateur les albums que nous chroniquons et qui ne sont pas en téléchargement payant ni sortis sur des netlabels. C’est une plate-forme très fréquentée par les vidéastes amateurs et cela n’est pas rare de retrouver sur Youtube des vidéos utilisant des pistes que nous avons déposées… Anecdote sympa : c’est via cette plate-forme qu’une marque de prêt-à-porter a pu repérer une groupe de musique finlandais et négocier avec lui pour l’utilisation d’un de ses morceaux dans une publicité !

Question « troll des licences » : pour Ziklibrenbib, vous acceptez strictement des contenus libres (de type CC-By, CC-By-SA, LAL, etc.) ou aussi des créations sous licences dites de libre diffusion (avec des -NC et des -ND dedans)… et pourquoi ?
Intimement nous sommes convaincus que le « vrai » libre est celui qui est lié aux licences des logiciels libres et qui s’affranchit de la nébuleuse clause NC et de la non moins surprenante clause ND. C’est d’ailleurs pour cela que tous nos contenus sont publiés sous licence CC-BY-SA et que lors des journées de création musicale nous mettons en ligne la « source », c’est à dire les enregistrements piste par piste. Cependant, le libre dans son ensemble (toutes licences confondues) constitue un pan de création important et mal connu. La volonté est de faire connaître ce pan de création notamment par la libre diffusion et la libre copie. Les licences NC et ND permettent au minimum cela ! Et il faut bien avouer qu’écarter les œuvres musicales placées sous ces licences réduirait considérablement notre champ d’action. En discutant avec les artistes, on se rend compte en effet que beaucoup ont du mal à lâcher le côté « NC », et cette crainte que d’autres vendent leur musique à leur place peut se comprendre. Quant au ND, certains restent attachés à « l’intégrité de leur œuvre », mais cette considération peut évoluer au fil du temps…

On ouvre l’open-bar Utopique ! Dans votre Contributopia à vous, il y a quoi, ça se passe comment ?
Tous les musiciens abandonnent le copyright et adoptent les licences libres en masse et avec enthousiasme 😉 Au-delà de ça, la place de l’artiste dans notre société actuelle est un véritable problème. L’artiste devrait pouvoir vivre de son art sans avoir à prendre en considération des finalités marchandes. C’est quand même dommage d’en être réduit à rémunérer le travail d’un artiste à travers la vente de son œuvre, comme s’il n’était qu’un outil de production parmi d’autres. Si le « métier » d’artiste était justement rémunéré, les œuvres pourraient quant à elles vivre plus librement 😉

Et comme souvent sur le Framablog, on vous laisse le mot de la fin !
Merci beaucoup de nous avoirs lus… et n’oubliez pas de faire vivre la musique libre, que ce soit en allant voir les artistes en concert (Anga est actuellement en tournée dans 17 médiathèques), en participant à notre élection du titre de l’année bien sûr, et en parlant de tout ça autour de vous !




Raconteuses, raconteurs, à vos claviers ! Graphistes, graphistes, à vos tablettes !

Voilà déjà bien longtemps qu’à Framasoft on ne se limite pas au logiciel libre mais qu’on accueille avec plaisir tout ce qui relève de la culture libre.

Grâce à Cyrille, qui nous l’a fait connaître et signe l’article ci-dessous, voilà un bon bout de temps aussi que nous aimons la plateforme Storyweaver : pour ceux qui ne le connaissent pas encore, ce site indien offre de très nombreuses ressources en « littérature jeunesse » comme on dit à la médiathèque de votre coin, sous licence libre, creative commons by.

Sur la plateforme Storyweaver vous pouvez :

bandeau dessiné : READ (lire) des enfants s’emparent de livres dans un cadre verdoyant type parc avec une "boite à livres"

  • Lire des récits illustrés (Read) en français, en anglais et dans 151 autres langues. Le site annonce aujourd’hui : 12789 récits et 2 009 586 lectures ! Les histoires sont adaptées à divers niveaux de jeunes lecteurs ou lectrices, d’une grande diversité culturelle et géographique. On peut les lire sur grand écran, sur tablette, les télécharger en .pdf, se constituer une bibliothèque hors-connexion etc. On trouve même quelques histoires avec des animations en .gif !
  • Écouter en lisant (Readalong). Pour l’instant des récits en anglais sont disponibles et agréables à écouter, on peut suivre le texte sur l’image un peu comme un karaoké. Excellent si vous avez l’intention d’initier vos jeunes enfants à une autre langue.

bandeau dessiné TRANSLATE (traduire) avec des animaux (flamant, caméléon, serpent) et une petite fille qui tous tirent la langue.

  • Traduire (Translate) : la traduction s’effectue page par page avec une interface facile à prendre en main. N’hésitez pas à ajouter votre contribution à cette richesse partagée ! Ajoutez aux traductions de Cyrille et à celles de Goofy notamment.

Bandeau coloré CREATE (Créer) avec un marché en Inde, quelques étals de vendeuses de légumes ou fruits. Texte sur l’image (traduction) « Créer une histoire avec plus de 10 000 images » et un bouton à cliquer « Créez une histoire maintenant »

  • Créer (Create) c’est-à-dire construire une histoire en associant images et textes. Une banque d’images est déjà disponible mais vous pouvez en ajouter d’autres bien sûr. Voilà une contribution bien sympathique qui sera appréciée d’un grand nombre d’enfants, y compris dans le monde si votre récit est traduit.

Cyrille vous explique justement les modalités du concours de création qui est lancé (plus que 10 jours !)

Concours de littérature de jeunesse

Le site Storyweaver a lancé depuis le 20 mars (le jour de la journée mondiale du conte) et jusqu’au 20 avril son concours annuel « Raconter, Remixer, Ravir » (« Retell, Remix and Rejoice » en VO).

Le concours est ouvert à 10 langues et pour la première année au français !

un homme sur fond jaune lance une toupie à fouet. la tpoupie verte est au premier plan, en pleine rotation. Le texte sur l’image dit (traduction) "c’est lemoment de faire tourner votre toupie en 10 langues" - c’est l’annonce du concours entre le 20 mars et le 20 avril
capture d’écran : l’annonce du concours sur Storyweaver

En quoi consiste le concours ?

Vous devez créer une histoire originale pour l’un de ces niveaux

  • niveau 1 : lecteurs ou lectrice débutant⋅e⋅s, phrases courtes, histoire de moins de 250 mots
  • niveau 2 : lecteur ou lectrice plus à l’aise, histoire de 250 à 600 mots.

Les niveaux de lecture sont définis sur le site.

Pour illustrer votre histoire vous pouvez piocher dans la banque d’illustrations du site .

séries de vignettes affichant quelques-unes des images disponibles pour créer un récit
Capture d’écran : la banque d’images de Storyweaver

Ces images peuvent d’ailleurs être le point de départ pour votre inventer votre histoire.

Personnellement, je vous conseille, si vous le pouvez, de prendre des illustrations réalisées par le même artiste afin de conserver une cohérence de style dans votre histoire.

Quels sont les thèmes retenus cette année ?

Quatre thèmes ont été choisis cette année. Comme ils sont relativement larges, nul doute que votre histoire pourra s’inscrire dans une de ces catégories.

Histoires de famille, d’amis et de quartier : histoires qui explorent les relations des enfants avec la famille, les ami⋅e⋅s et même les animaux domestiques, ainsi que leur environnement et leur voisinage.

Histoires drôles : thèmes qui utilisent l’humour pour raconter une histoire et promettent de vous faire rire.

Histoires sportives
: histoires qui impliquent de pratiquer un sport et la communauté qui l’entoure. Connaissez-vous un sportif ou une sportive inspirant⋅e qui mérite son histoire? Nous écoutons !

Histoires d’école
: La vie dans une école, les amitiés à l’école, les enseignant⋅e⋅s, le temps passé à l’école et même le déjeuner à l’école!

Que gagne-t-on ?

Trois finalistes gagneront des livres ainsi qu’une session individuelle de conseil éditorial avec l’un des éditeurs (attention, à mon avis, surement en anglais, à confirmer). Un grand gagnant aura la chance de voir son livre ré-illustré.

Et si on ne fait pas partie des finalistes, on a le plaisir de voir son histoire vivre en étant soit traduite, soit réadaptée par d’autres personnes.

C’est parti !

Pour participer, il faut avoir plus de 18 ans et accepter de placer son histoire sous licence libre.

Après avoir créé un compte sur le site, allez-y lancez-vous dans votre première histoire sans complexe.

Une petite vidéo en anglais (attention c’est YouTube) est disponible pour vous aider à inventer votre première histoire :

S’il vous reste des questions, vous pouvez écrire à storyweaver@prathambooks.org




Mobicoop : prenez part au covoiturage libre !

Mobicoop, la première plateforme gratuite et collaborative de covoiturage, a lancé le 18 mars dernier la campagne Prenez votre part, prenez le pouvoir ! afin d’ouvrir sa gouvernance à celles et ceux qui souhaitent s’investir au sein de la coopérative.

Mobicoop agit sur les domaines du covoiturage, de l’autopartage entre particulier·ères et du transport solidaire. Les services sont proposés sans commission et sont basés sur les principes coopératifs. Et chez Framasoft, ces principes nous parlent. Nous avons donc donné la parole à Bastien Sibille, président de Mobicoop.

Bonjour Bastien ! Pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour ! Alors je me présente rapidement car Mobicoop est un projet coopératif porté par des centaines de coopérateur⋅rice⋅s et je pense que ma trajectoire personnelle n’a pas grand intérêt ;-). Je suis engagé depuis 20 ans pour développer les innovations sociales numériques. Président de covoiturage-libre depuis 2015 et donc de Mobicoop depuis la transformation de l’association en coopérative fin 2018. J’ai beaucoup milité, depuis le début des années 2000, pour les biens communs en général et pour le libre en particulier, notamment à travers l’association Vecam puis l’association internationale du logiciel libre.

Au fait : c’est quoi le problème avec BlaBlaCar ?

On pense qu’imposer une commission sur les trajets est contraire à l’idée d’une mobilité vraiment écologique et accessible à tou⋅te⋅s… Mais sinon on n’a pas vraiment de problème avec Blablacar, notre horizon est beaucoup plus large 😉 ! Pour nous, se déplacer c’est naturel et partager son moyen de mobilité un acte social simple. Avec le développement actuel des plateformes (Uber, Drivy, etc), la mobilité devient un business. Beaucoup de personnes en sont exclues (personnes âgées, personnes handicapées, à faibles revenus, vivant sur des territoires ruraux). Le double enjeu actuel fondamental de la mobilité : la réduction des pollutions liées aux transports par la réduction de l’usage de la voiture, et l’accessibilité de toutes et tous à la mobilité, n’est pas suffisamment pris en compte par ces modèles de plateformes numériques !

Que s’est-il passé ces deux dernières années pour que vous deveniez Mobicoop ?

En 2017, après 6 ans de route, l’association a relevé deux constats :

  • le covoiturage peut et doit être un bien commun, c’est-à-dire un service de transport au service de tou⋅te⋅s, dont les richesses doivent rester entre les mains de ses utilisateur⋅rice⋅s.
  • l’offre de Covoiturage-libre devait s’améliorer, tant au niveau quantitatif (nombre de trajets) que qualitatif (expérience utilisateur⋅rice).

Pour aller dans ce sens, il fallait prendre le tournant et devenir une coopérative pour une mobilité plus partagée : partage de la gouvernance selon le grand principe 1 personne = 1 voix. Tout le monde peut prendre une part et devenir acteur⋅rice pour une mobilité différente, vraiment écolo, inclusive et solidaire.

Aujourd’hui, comment fonctionne concrètement Mobicoop ?

L’équipe s’est agrandie et on se développe autour de 3 axes :

  • le covoiturage : toujours libre et sans commission, il sera bientôt possible de faire un don à la coopérative lors d’un trajet ;
  • l’autopartage entre particulier⋅ère⋅s : mise à disposition de son véhicule pour quelqu’un⋅e qui n’en a pas. Le principe de Mobicoop reste en effet toujours de réduire le nombre de voitures !
  • la mobilité solidaire : pour être vraiment inclusive, Mobicoop sait s’appuyer sur un grand réseau de bénévoles qui peuvent conduire des personnes exclues de la mobilité en raison de leur âge, santé, adresse, revenu…

La plateforme de covoiturage est en ligne et fonctionne grâce à ses 350 000 utilisateur⋅rice⋅s. L’autopartage et la mobilité solidaire sont en cours de développement. Et on a mis en place une gouvernance coopérative la plus inclusive possible, avec des modèles très participatifs (par exemple, tirage au sort d’un membre du CA au sein de l’AG).

En quoi le fait que ça soit une SCIC (et d’ailleurs, c’est quoi une SCIC ?) change-t-il quelque chose à l’affaire ?

Une SCIC c’est une Société coopérative d’intérêt collectif. C’est un des statuts possibles pour une coopérative (les autres sont les SCOP ou les coopératives de consommateurs par exemple) et c’est celui qui nous correspond le mieux. Dans une SCIC, les collectivités peuvent aussi devenir membres. L’objet d’une SCIC est de fournir des services d’intérêt collectif qui présentent un caractère d’utilité sociale : c’est le cas d’une mobilité partagée, non ?

D’ailleurs, c’est quoi l’intérêt de devenir membre coopérateur⋅ices de Mobicoop ?

L’intérêt, il est d’abord social et écologique : on se bat pour un autre modèle de développement des services de la mobilité. Être membre Mobicoop, c’est surtout faire partie de ce grand mouvement, initié par d’autres dans différents domaines : la finance éthique, l’énergie, la consommation, les médias… On fait notre part, et on invite tout le monde à prendre une part ! On dit aussi que prendre une part, c’est prendre le pouvoir : dans ce grand mouvement pour les biens communs, on est plus directement lié⋅e⋅s aux décisions qui nous concernent. Sur le principe 1 personne = 1 voix, chacun⋅e a son mot à dire sur la gouvernance de la coopérative : lors des assemblées générales, et même au Conseil d’Administration…

Et, donc, le code de Mobicoop est libre. Pourquoi avoir fait ce choix ? Qu’est-ce que cela apporte ?

Ce choix était juste une évidence. Comment avoir une approche coopérative sincère dans son ouverture à tous, tout en ne permettant pas à n’importe qui de s’approprier et de s’investir dans nos projets de logiciels ? La bataille de la mobilité partagée est culturelle avant tout : passer de la logique propriétaire sur son automobile à une logique de commun. Avoir un code libre, ça nous apporte de la cohérence dans cette bataille culturelle : nous promouvons une culture des communs de manière systémique.

Quelle est la licence de ce code ? Croyez-vous qu’elle va plaire à tonton Stallman ?

Notre code est en double licence AGPL/propriétaire. Tonton Stallman râlerait forcément un peu… Mais c’est que nous n’avons pas exactement les mêmes objectifs que la FSF. Notre hiérarchie d’objectifs place en effet en premier l’impact écologique et social visé par nos solutions de mobilité, et en deuxième la nature libre de nos services. Le deuxième est un moyen essentiel pour le premier, mais reste au registre des moyens et pas des fins. Par prosaïsme, on ne s’interdit donc pas de vendre du service à des clients qui voudraient une plate-forme en code fermé. Deux raisons sous-tendent cette idée : les ressources financières de ce client profiteraient à la coopérative dans son ensemble et un client en plus c’est toujours plus d’impact écologique et social et plus de pouvoir pour notre position dans cette bataille culturelle de la mobilité partagée.

Quels sont vos espoirs pour cette plateforme ?

Une mobilité partagée tout à fait libre : plus personne seul⋅e dans sa voiture, plus personne bloqué⋅e chez soi, moins de bagnoles, plus de rossignols !

S’attaquer à l’une des (rares) licornes françaises, c’est un vrai pari ! Comment comptez-vous y arriver ?

On s’appuie sur une magnifique et grande communauté de 350 000 personnes qui résistent depuis 2011 ! Grâce à l’équipe élargie des développeurs, nos services vont être très performants, et surtout plus accessibles. On croit aussi que les gens sont attirés par les alternatives aux quasi-monopoles qui dictent leurs faits et gestes ! Enfin, le mouvement écolo actuel prouve que l’enjeu est de plus en plus pris en compte dans les décisions des gens. Et puis, chaque membre est responsable de la coopérative… alors ce sera de plus en plus facile 😉

On ouvre l’open-bar Utopique ! Dans votre Contributopia à vous, il y a quoi et ça se passe comment ?

Dans notre Contributopia à nous, une bascule culturelle a enfin été faite. Pour leur mobilité – comme pour le reste – la majorité ne se perçoit plus dans un dualisme client d’un fournisseur tout puissant ou propriétaire jouissant seul de sa liberté, mais selon un nouveau référentiel usager⋅ère ou contributeur⋅rice de trajets ou voitures partagées en commun selon des règles équitables. De telles bascules ont déjà eu lieu dans l’histoire. Avec Internet qui refaçonne en profondeur nos imaginaires de collaboration, cette bascule paraît tout à fait à portée de main. Et le logiciel libre, précurseur dans cette résurgence des communs, a montré la voie de longue date !

Et comme souvent sur le Framablog, on vous laisse le mot de la fin !

Aujourd’hui, il est possible de Prendre sa part ! Pour ce grand mouvement pour basculer vers la mobilité partagée, rendez-vous sur http://lacampagne.mobicoop.fr ! Merci à tou⋅te⋅s de partager cette campagne à vos connaissances : ensemble, nous libérons la mobilité, parce qu’être mobile, c’est être libre !




Demain, les nains…

Et si les géants de la technologie numérique étaient concurrencés et peut-être remplacés par les nains des technologies modestes et respectueuses des êtres humains ?

Telle est l’utopie qu’expose Aral Balkan ci-dessous. Faut-il préciser que chez Framasoft, nous avons l’impression d’être en phase avec cette démarche et de cocher déjà des cases qui font de nous ce qu’Aral appelle une Small Tech (littéralement : les petites technologies) par opposition aux Big Tech, autrement dit les GAFAM et leurs successeurs déjà en embuscade pour leur disputer les positions hégémoniques.

Article original sur le blog d’Aral Balkan : Small technology

L’antidote aux Big tech : la Small Tech

une basket posée sur le rebord d’un carrelage, avec une minuscule plante qui pointe quelques feuilles et qui sort du joint entre deux tuiles.

Les géants du numérique, avec leurs « licornes » à plusieurs milliards de dollars, nous ont confisqué le potentiel d’Internet. Alimentée par la très courte vue et la rapacité du capital-risque et des start-ups, la vision utopique d’une ressource commune décentralisée et démocratique s’est transformée en l’autocratie dystopique des panopticons de la Silicon Valley que nous appelons le capitalisme de surveillance. Cette mutation menace non seulement nos démocraties, mais aussi l’intégrité même de notre personne à l’ère du numérique et des réseaux1.

Alors que la conception éthique décrit sans ambiguïté les critères et les caractéristiques des alternatives éthiques au capitalisme de surveillance, c’est l’éthique elle-même qui est annexée par les Big Tech dans des opérations de relations publiques qui détournent l’attention des questions systémiques centrales2 pour mettre sous les projecteurs des symptômes superficiels3.

Nous avons besoin d’un antidote au capitalisme de surveillance qui soit tellement contradictoire avec les intérêts des Big Tech qu’il ne puisse être récupéré par eux. Il doit avoir des caractéristiques et des objectifs clairs et simples impossibles à mal interpréter. Et il doit fournir une alternative viable et pratique à la mainmise de la Silicon Valley sur les technologies et la société en général.

Cet antidote, c’est la Small Tech.

Small Tech

  • elle est conçue par des humains pour des humains 4 ;
  • elle n’a pas de but lucratif 5 ;
  • elle est créée par des individus et des organisations sans capitaux propres6 ;
  • elle ne bénéficie d’aucun financement par le capitalisme de la surveillance des Big Tech7 ;
  • elle respecte la vie privée par défaut8 ;
  • elle fonctionne en pair à pair9 ;
  • elle est copyleft10 ;
  • elle favorise les petits plutôt que les grands, les simples plutôt que les complexes et tout ce qui est modulaire plutôt que monolithique11 ;
  • elle respecte les droits humains, leurs efforts et leur expérience12 ;
  • elle est à l’échelle humaine13.

Ces critères signifient que la Small Tech :

  • est la propriété des individus qui la contrôlent, et non des entreprises ou des gouvernements ;
  • respecte, protège et renforce l’intégrité de la personne humaine, des droits humains, de la justice sociale et de la démocratie à l’ère du numérique en réseau ;
  • encourage une organisation politique non-hiérarchisée et où les décisions sont prises à l’échelle humaine ;
  • alimente un bien commun sain ;
  • est soutenable ;
  • sera un jour financée par les communs, pour le bien commun.
  • ne rapportera jamais des milliards à quiconque.

  1. Lectures suggérées : La nature du « soi » à l’ère numérique, Encourager la maîtrise de chacun et la bonne santé des biens communs, et Nous n’avons pas perdu le contrôle du Web — on nous l’a volé[retour]
  2. Nous avons un système dans lequel 99.99999% des investissements financent les entreprises qui reposent sur la surveillance et se donnent pour mission de croître de façon exponentielle en violant la vie privée de la population en général [retour]
  3.  « Attention » et « addiction ». S’il est vrai que les capitalistes de la surveillance veulent attirer notre attention et nous rendre dépendants à leurs produits, ils ne le font pas comme une fin en soi, mais parce que plus nous utilisons leurs produits, plus ils peuvent nous exploiter pour nos données. Des entreprises comme Google et Facebook sont des fermes industrielles pour les êtres humains. Leurs produits sont les machines agricoles. Ils doivent fournir une façade brillante pour garder notre attention et nous rendre dépendants afin que nous, le bétail, puissions volontairement nous autoriser à être exploités. Ces institutions ne peuvent être réformées. Les Big Tech ne peuvent être réglementées que de la même manière que la Big Tobacco pour réduire ses méfaits sur la société. Nous pouvons et devrions investir dans une alternative éthique : la Small Tech. [retour]
  4. La petite technologie établit une relation d’humain à humain par nature. Plus précisément, elle n’est pas créée par des sociétés à but lucratif pour exploiter les individus – ce qu’on appelle la technologie entreprise vers consommateur. Il ne s’agit pas non plus d’une technologie construite par des entreprises pour d’autres entreprises [retour]
  5. Nous construisons la Small Tech principalement pour le bien commun, pas pour faire du profit. Cela ne signifie pas pour autant que nous ne tenons pas compte du système économique dans lequel nous nous trouvons actuellement enlisés ou du fait que les solutions de rechange que nous élaborons doivent être durables. Même si nous espérons qu’un jour Small Tech sera financé par les deniers publics, pour le bien commun, nous ne pouvons pas attendre que nos politiciens et nos décideurs politiques se réveillent et mettent en œuvre un tel changement social. Alors que nous devons survivre dans le capitalisme, nous pouvons vendre et faire des profits avec la Small Tech. Mais ce n’est pas notre but premier. Nos organisations se préoccupent avant tout des méthodes durables pour créer des outils qui donnent du pouvoir aux gens sans les exploiter, et non de faire du profit. Small Tech n’est pas une organisation caritative, mais une organisation à but non lucratif.[retour]
  6. Les organisations disposant de capitaux propres sont détenues et peuvent donc être vendues. En revanche, les organisations sans capital social (par exemple, les sociétés à responsabilité limitée par garantie en Irlande et au Royaume-Uni) ne peuvent être vendues. De plus, si une organisation a du capital-risque, on peut considérer qu’elle a déjà été vendue au moment de l’investissement car, si elle n’échoue pas, elle doit se retirer (être achetée par une grande société ou par le public en général lors d’une introduction en bourse). Les investisseurs en capital-risque investissent l’argent de leurs clients dans la sortie. La sortie est la façon dont ces investisseurs font leur retour sur investissement. Nous évitons cette pilule toxique dans la Small Tech en créant des organisations sans capitaux propres qui ne peuvent être vendues. La Silicon Valley a des entreprises de jetables qu’ils appellent des startups. Nous avons des organisations durables qui travaillent pour le bien commun que nous appelons Stayups (Note de Traduction : jeu de mots avec le verbe to stay signifie « demeurer »).[retour]
  7. La révolution ne sera pas parrainée par ceux contre qui nous nous révoltons. Small Tech rejette le parrainage par des capitalistes de la surveillance. Nous ne permettrons pas que nos efforts soient utilisés comme des relations publiques pour légitimer et blanchir le modèle d’affaires toxique des Big Tech et les aider à éviter une réglementation efficace pour mettre un frein à leurs abus et donner une chance aux alternatives éthiques de prospérer.[retour]
  8. La vie privée, c’est avoir le droit de décider de ce que vous gardez pour vous et de ce que vous partagez avec les autres. Par conséquent, la seule définition de la protection de la vie privée qui importe est celle de la vie privée par défaut. Cela signifie que nous concevons la Small Tech de sorte que les données des gens restent sur leurs appareils. S’il y a une raison légitime pour laquelle cela n’est pas possible (par exemple, nous avons besoin d’un nœud permanent dans un système de pair à pair pour garantir l’accessibilité et la disponibilité), nous nous assurons que les données sont chiffrées de bout en bout et que l’individu qui possède l’outil possède les clés des informations privées et puisse contrôler seul qui est à chacun des « bouts » (pour éviter le spectre du Ghosting).[retour]
  9. La configuration de base de notre technologie est le pair à pair : un système a-centré dans lequel tous les nœuds sont égaux. Les nœuds sur lesquels les individus n’ont pas de contrôle direct (p. ex., le nœud toujours actif dans le système pair à pair mentionné dans la note précédente) sont des nœuds de relais non fiables et non privilégiés qui n’ont jamais d’accès aux informations personnelles des personnes.[retour]
  10. Afin d’assurer un bien commun sain, nous devons protéger le bien commun contre l’exploitation et de l’enfermement. La Small Tech utilise des licences copyleft pour s’assurer que si vous bénéficiez des biens communs, vous devez redonner aux biens communs. Cela empêche également les Big Tech d’embrasser et d’étendre notre travail pour finalement nous en exclure en utilisant leur vaste concentration de richesse et de pouvoir.[retour]
  11. La Small Tech est influencé en grande partie par la richesse du travail existant des concepteurs et développeurs inspirants de la communauté JavaScript qui ont donné naissance aux communautés DAT et Scuttlebutt. Leur philosophie, qui consiste à créer des composants pragmatiques, modulaires, minimalistes et à l’échelle humaine, aboutit à une technologie qui est accessible aux individus, qui peut être maintenue par eux et qui leur profite. Leur approche, qui est aussi la nôtre, repose sur la philosophie d’UNIX.[retour]
  12. La Small Tech adhère  au manifeste du Design éthique.[retour]
  13. La Small Tech est conçue par des humains, pour des humains ; c’est une approche résolument non-coloniale. Elle n’est pas créée par des humains plus intelligents pour des humains plus bêtes (par exemple, par des développeurs pour des utilisateurs – nous n’utilisons pas le terme utilisateur dans Small Tech. On appelle les personnes, des personnes.) Nous élaborons nos outils aussi simplement que possible pour qu’ils puissent être compris, maintenus et améliorés par le plus grand nombre. Nous n’avons pas l’arrogance de supposer que les gens feront des efforts excessifs pour apprendre nos outils. Nous nous efforçons de les rendre intuitifs et faciles à utiliser. Nous réalisons de belles fonctionnalités par défaut et nous arrondissons les angles. N’oubliez pas : la complexité survient d’elle-même, mais la simplicité, vous devez vous efforcer de l’atteindre. Dans la Small Tech, trop intelligent est une façon de dire stupide. Comme le dit Brian Kernighan : « Le débogage est deux fois plus difficile que l’écriture du premier jet de code. Par conséquent, si vous écrivez du code aussi intelligemment que possible, vous n’êtes, par définition, pas assez intelligent pour le déboguer. » Nous nous inspirons de l’esprit de la citation de Brian et l’appliquons à tous les niveaux : financement, structure organisationnelle, conception du produit, son développement, son déploiement et au-delà.[retour]

Crédit photo : Small Things, Big Things by Sherman Geronimo-Tan. Licence Creative Commons Attribution.

[retour]




Permaculture et logiciels libres ?

Vous ne voyez pas le rapport ? Eh bien eux, si. La petite association allemande qui anime le projet Permaculture Commons a de modestes ambitions :  changer le monde.

Voici les objectifs que se donnent ses membres :

Nous voulons soutenir la transformation de la société vers une culture plus durable. En collaboration avec une vaste communauté, nous aimerions rendre les modes de vie durables et la permaculture aussi accessibles que possible. Nous croyons que la permaculture est la voie à suivre et que les outils numériques, les licences libres et la collaboration mondiale sont la voie à suivre pour diffuser le message.

Oui c’est rafraîchissant et un poil utopique diront les plus sceptiques. Mais après tout, chez Framasoft, nous voulons aussi changer le monde un octet à la fois et nous aimons présenter les CHATONS que nous sommes comme « des AMAP du logiciel libre ». De sorte qu’au-delà de l’analogie, ce rapprochement entre les militants écologistes et la culture libre a éveillé l’attention du groupe Framalang.

Ah et puis, vous avez vu le thème des Journées du Logiciel Libre cette année ? Oui, vous y verrez pas mal de membres de Framasoft — et la conférence de Pyg : Numérique et effondrement : est-il encore temps de faire du libre sans vision politique et écologique ? (non)

Voilà pourquoi nous avons traduit pour vous le rapide survol de deux domaines qui ont peut-être un intérêt mutuel à contribuer. Ce n’est pas une longue réflexion théorique mais quelques suggestions. Le prétexte à une réflexion que nous vous proposons d’entamer dans les commentaires, lesquels demeurent ouverts et modérés.

Traduction Framalang : Docendo, goofy, Cyrilus, Mika, Das, Lumi

page d’accueil du site permaculture commons avec un slogan sur fond de forêt illuminée de rayons de soleil : Œuvrer à l'édification d'un patrimoine commun de connaissances pour les peuples du monde entier qui veulent vivre une vie durable et autodéterminée.
Page d’accueil du site Permaculture Commons : «Travailler à un patrimoine commun de connaissances pour les peuples du monde entier qui veulent mener une vie durable et autodéterminée.»

 

Le terme « permaculture » est un mot-valise qui vient de l’association des deux mots « permanente » et « agriculture ». Il décrit une agriculture soutenable et respectueuse de l’environnement.
La notion a progressivement évolué pour englober maintenant des domaines comme les systèmes économiques, l’habitat et beaucoup d’autres formes de « culture permanente ».
L’objectif de la permaculture est de faire en sorte que les êtres humains soient à nouveau en phase avec les processus et les cycles de la nature, pour que nous puissions faire un usage efficace de la nature sans lui causer de dommages, mais en y contribuant.

Contexte

Le concept a été développé par Bill Mollison et David Holmgren dans les années 70 et comprend trois règles essentielles et douze principes de conception.
La Permaculture est un terme fluide et vague. Il inclut une grande variété de techniques, d’outils de conception et de modes de vie qui sont liés aux mêmes idéaux.
La plupart des idées viennent de l’observation de la nature. Les écosystèmes naturels, comme les forêts, n’ont pas besoin de fertilisants et ne produisent aucun déchet. Tous les éléments du système collaborent étroitement et remplissent des missions importantes. De telles observations peuvent souvent être appliquées au systèmes agricoles.

Citations

« Je suis sûr que je ne sais pas ce qu’est la permaculture. C’est ce que j’aime ; ce n’est pas dogmatique. […]

La permaculture a pour philosophie le travail avec la nature, plutôt que contre elle ; l’observation prolongée et attentive plutôt que le travail de la terre prolongé et irréfléchi ; et une façon de voir les plantes et les animaux dans toutes leurs fonctions, plutôt que traiter chaque élément naturel comme un système mono-produit. »

– Bill Molisson

Le droit d’auteur est une loi qui protège la propriété intellectuelle. Pour les auteurs c’était assez compliqué d’autoriser certains usages, tout en conservant d’autres droits. Les licences libres autorisent les auteurs à avoir plus de contrôle sur l’utilisation de leur contenu. Avec les licences bien connues Creative Commons les auteurs ont trois possibilités basiques :

  • Autoriser ou non les adaptations de leur travail pour qu’il soit partagé
  • Autoriser ou non les adaptations à la seule condition qu’elles soient sous la même licence
  • Autoriser ou non l’utilisation commerciale de leur travail

Avec l’aide de ce petit outil de sélection sur le site Creative Commons il ne faut que quelques secondes et trois clics pour choisir la licence valide la plus appropriée pour vous. Cette petite vidéo6 détaille la marche à suivre :

Donc les licences libres (ou permissives, domaine public, copyleft) sont facilement utilisables pour partager et utiliser les contenus. Wikipédia est l’un des succès typiques de l’utilisation des licences Creative Commons. La version anglophone dépasse les 5 millions d’articles et la version francophone propose plus de 2 millions d’articles sous licence CC-BY-SA
Cela semble logique puisque ces licences aident le grand public et les biens collectifs.

D’accord, mais comment le savoir libre et la permaculture sont-ils liés ?

La permaculture et le mouvement de la culture libre ont plus en commun qu’on ne pourrait le croire.
Par exemple :
* Les deux mouvements sont mondiaux, conduits par des convictions communes, très hétérogènes, décentralisés et travaillent fondamentalement pour le bien commun.
* Les deux mouvements se réfèrent à une série modeste de principes et règles (les 4 libertés), les 12 principes  et 3 points éthiques. Au-delà, les projets peuvent être très différents.
* Les solutions ou réalisations sont testées de façon indépendante, adaptées aux conditions de chacun et constamment améliorées. Dans les deux mouvements les personnes font preuve de curiosité et d’inventivité.
En particulier dans la sphère de la coopération (grâce à Internet), la culture libre a nettement plus d’expérience, et le mouvement de la permaculture pourrait en profiter.

L’idée

Imaginez davantage de documents sur la permaculture en licences libres et une promotion du libre échange des connaissances. Imaginez les connaissances communes pour les personnes du monde entier qui voudraient vivre une vie durable et autodéterminée : les communs de la permaculture.

Voici quelques idées dérivées des principes de la permaculture.

Fragments, photos, objets abandonnés, vieux livres… Internet et les bibliothèques débordent de contenus qui pourraient contribuer à des projets pratiques et vivants, mais qui tombent dans l’oubli.
Les licences libres peuvent aider à transformer les déchets en contribution. Si ces éléments oubliés peuvent être utilisés sans galère, ils seront utilisés. À vrai dire, les déchets ça n’existe pas.

« À plusieurs le travail est plus facile »
Écrire un livre : travail difficile. Coder un logiciel de planification pour la permaculture : pfff, c’est du lourd.
Commençons petit, travaillons ensemble. Les licences libres sont faites pour la coopération et rendent d’énormes projets possibles.
Le système d’exploitation GNU/Linux est un bon exemple. Commencé par une seule personne, amélioré par 100 000 autres et en fait utilisé par tous les internautes aujourd’hui. Une incroyable success story qui est rendue possible par les licences libres.
Au fait : le Permablitz permet à un groupe d’accomplir plus en un jour que vous ne pourriez réussir à faire seul en plusieurs semaines. Et cela a un équivalent direct dans le monde de la culture libre : dans un Book Sprint les auteurs se rassemblent et rédigent un livre entier en 3-5 jours, c’est assez excitant et des résultats sont de grande qualité.

Il est vrai que l’écriture est un travail solitaire, mais vous seriez surpris par toute l’amitié que peut offrir un groupe de personnages imaginaires une fois que vous vous êtes mis à les connaître.
– Anne Tyler

L’image de l’auteur solitaire est solidement ancrée dans notre culture. Mais les bénéfices de la collaboration de plusieurs personnes avec différentes approches, expertises et même fuseaux horaires sont énormes.
Pour atteindre de nombreuses personnes, vous avez besoin d’une variété de supports, langues et styles. La collaboration et les licences libres permettent une variété inattendue.

Quand le vent de changement souffle, certains construisent des murs de protection, d’autres fabriquent des éoliennes.
– Proverbe chinois

Le livre imprimé perd de son importance, les livres sont scannés, partagés et téléchargés illégalement. Les éditeurs et les auteurs ne gagnent pas assez d’argent. On le constate jour après jour.
Il semble hautement improbable que ces choses changeront dans un avenir proche. Des lois sur le droit d’auteur plus strictes et une protection de la copie élaborée pourraient ralentir ces tendances négatives, mais elles ne les arrêteront pas.
Les auteurs peuvent décider de lutter ou de reconnaître de nouvelles éventualités et les utiliser.




La bataille du libre, un documentaire contributopique !

Nous avons eu la chance de voir le nouveau documentaire de Philippe Borrel. Un conseil : ne le loupez pas, et surtout emmenez-y vos proches qui ne comprennent pas pourquoi vous les bassinez avec « vos trucs de libristes, là »…

Ce n’est pas de la publicité, c’est de la réclame

Avertissement : cet article de blog est enthousiaste sans être sponsorisé (et oui : nous vivons à une époque où ce genre de précision est devenue obligatoire -_-‘…), car en fait, il est simplement sincère.

Et c’est pas parce qu’on y voit apparaître tonton Richard (the Stallman himself), l’ami Calimaq, les potes de Mozilla ou notre Pyg à nous, hein… C’est parce que ce documentaire montre que la palette du Libre s’étend très largement au-delà du logiciel : agriculture, outils, santé, autogestion… Il montre combien le Libre concrétise dès aujourd’hui les utopies contributives de demain, et ça, bizarrement, ça nous parle.

Sans compter que sa bande annonce a le bon goût d’être présente et présentée sur PeerTube :

Ce qui est brillant, c’est que ce documentaire peut toucher les cœurs et les pensées de nos proches dont le regard divague au loin dès qu’on leur parle de « logiciels », « services », « clients » et autre « code-source »… et qui ne comprennent pas pourquoi certaines variétés de tomates anciennes ont circulé clandestinement dans leur AMAP, ou qui s’indignent de la montée du prix de l’insuline et des prothèses médicales.

Des avant-premières à Fontaine, Nantes et Paris… et sur Arte

Une version « condensée » du documentaire (55 minutes sur les 87 de la version cinéma) sera diffusée le mardi 19 février à 23h45 sur Arte, sous le titre « Internet ou la révolution du partage »… et disponible en accès libre et gratuit sur la plateforme VOD d’Arte jusqu’au 12 avril prochain.

Mais pour les plus chanceuxses d’entre nous, pour celles et ceux qui aiment les grandes toiles et les ciné-débats, il y a déjà quelques avant-premières :

Nous continuerons d’en parler sur nos médias sociaux, car nous considérons que ce documentaire est un bien bel outil dont on peut s’emparer pour se relier à ces communautés qui partagent les valeurs du Libre dans des domaines autre que le numérique… Et il n’est pas impossible que vous rencontriez certain·e·s de nos membres lors d’une projection 😉