Khrys’presso du lundi 5 avril 2021

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.

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Les autres lectures de la semaine

  • Enjeux éthiques soulevés par la vaccination contre le Covid-19 (ccne-ethique.fr)
  • L’amnésie d’Etat sur la dette publique (liberation.fr)

    L’histoire de France regorge d’épisodes durant lesquelles l’Etat a utilisé différentes méthodes pour régler, et annuler, sa dette publique. Face à la crise sanitaire, s’en souvenir pourrait être utile au gouvernement.

  • Vive le « risque systémique » ! (monde-diplomatique.fr)

    Les États-Unis viennent […] d’adopter une des lois les plus sociales de leur histoire. Elle s’écarte des stratégies économiques mises en œuvre ces dernières décennies, qui ont favorisé les revenus du capital — « startupeurs » et rentiers mêlés — et accru le décrochage des classes populaires. Elle rompt avec des politiques publiques hantées par la crainte d’une reprise de l’inflation et d’une flambée de l’endettement. Elle ne cherche plus à amadouer les néolibéraux et leurs bailleurs de fonds avec des baisses d’impôts dont le produit atterrit souvent en Bourse et gonfle la bulle financière.

  • Capitalo·techno·craties : 50 nuances de surveillance (khrys.eu.org)
  • Santé et environnement : mieux prendre en compte l(a vulnérabilité d)es populations féminines (theconversation.com)
  • Le handicap dans la cité (laviedesidees.fr)
  • Internet, année zéro – De la Silicon Valley à la Chine (lundi.am)
  • Et puis un jour, j’ai perdu la foi – « Je suis rentrée dans ma classe et ai demandé à la cantonade comment ils allaient. Pas de réponse. J’ai répété. Pas de réponse. » (lundi.am)

    Il faut comprendre que depuis le COVID, le gouvernement demande aux élèves toujours plus et donne de moins en moins. Déjà l’année dernière, on a dû continuer de faire croire à cette mascarade de bac de français presque jusqu’à la fin. […] Il a fallu, dans toute cette angoisse, dans toute la terreur de la pandémie, continuer à faire peser le poids de l’institution. La grande, la gigantesque, la terrible institution qui décide de qui réussira et de qui échouera […] Des gens meurent, des familles se désunissent, des adolescents tombent en dépression, mais tout doit rester normal. C’est-à-dire que tout le monde doit rester soumis au grand ordre du monde : les élèves doivent lire La Princesse de Clèves parce que c’est plus important que de s’arrêter et de penser le monde d’après. Et puisque l’institution ne pense pas et ne ressent pas, ce sont les profs qui nettoient le grand massacre. Ce sont les profs qui reçoivent les élèves au téléphone pour essayer de leur expliquer que c’est normal d’avoir de l’eczéma en cette période. C’est normal d’être mutilé par le système. C’est normal aussi de mentir et de faire croire aux parents désoeuvrés que leurs enfants ont un avenir alors qu’on ne sait pas ce qu’est l’avenir. Tout s’effondre mais l’institution décide que ce n’est rien. Tout est normal.

  • Et ZOOM alors!
  • La honte (ledevoir.com)

    La honte. C’est par la honte, et souvent par la violence envers les enfants, que le français est devenu la langue de la République. Le projet linguistique républicain est donc fondamentalement un projet disciplinaire. Il faut parler le français, le bon, le patriotique, le beau, l’exact, le supérieur, le vrai, le pur. Une liste de notions qui, faut-il le spécifier, n’ont d’assises dans aucune science du langage. Les dogmatiques les plus orthodoxes de la langue française n’ont souvent (nécessairement) aucune notion de sociolinguistique.

  • Le point médian m’a tué⋅e : Framasoft met la clef sous la porte (framablog.org)
  • L’ingrédient secret qui donne si bon goût au chocolat : des microbes fermenteurs (theconversation.com)

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Khrys’presso du lundi 29 mars 2021

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  • Deux mots sur les NFT (bortzmeyer.org)

    Mais comment peut-on transformer un fichier numérique en un truc unique et non copiable ? Je vous le dis tout de suite, on ne peut pas. C’est en fait le NFT dont on peut « prouver » le propriétaire (et l’unicité), pas l’œuvre d’art elle-même.

  • NFT : l’original et l’acopie (affordance.info)

    Pour le dire de manière un peu ramassée […] à l’échelle de l’adolescence, l’élément désirable du groupe était il y a 30 ans celui ou celle qui disposait de biens culturels copiables ; il est aujourd’hui celui ou celle qui dispose de codes Netflix partageables.[…] L’acopie ce serait alors l’antonyme de la copie. […] la possibilité de la jouissance dudit bien […] en en abolissant toute possibilité d’utilisation ou de réutilisation réellement privative. […] Les NFT c’est une étape supplémentaire dans cette gradation qui nous mena, en quelques dizaines d’années (1990-2020), d’un monde numérique où tout était copiable mais où plus rien n’avait besoin d’être copié pour être lu ou partagé (un lien suffisait), jusqu’à un monde numérique dans lequel la tendance est de trouver toujours davantage de moyens pour d’une part empêcher, limiter et entraver les copies à usage privé, et d’autre part, projeter sur la part commune de chaque bien la possibilité d’une appropriation marchande exclusive.

  • The Most Important Scarce Resource is Legitimacy (vitalik.ca)

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Google chante le requiem pour les cookies, mais le grand chœur du pistage résonnera encore

Google va cesser de nous pister avec des cookies tiers ! Une bonne nouvelle, oui mais… Regardons le projet d’un peu plus près avec un article de l’EFF.

La presse en ligne s’en est fait largement l’écho : par exemple siecledigital, generation-nt ou lemonde. Et de nombreux articles citent un éminent responsable du tout-puissant Google :

Chrome a annoncé son intention de supprimer la prise en charge des cookies tiers et que nous avons travaillé avec l’ensemble du secteur sur le Privacy Sandbox afin de mettre au point des innovations qui protègent l’anonymat tout en fournissant des résultats aux annonceurs et aux éditeurs. Malgré cela, nous continuons à recevoir des questions pour savoir si Google va rejoindre d’autres acteurs du secteur des technologies publicitaires qui prévoient de remplacer les cookies tiers par d’autres identifiants de niveau utilisateur. Aujourd’hui, nous précisons qu’une fois les cookies tiers supprimés, nous ne créerons pas d’identifiants alternatifs pour suivre les individus lors de leur navigation sur le Web et nous ne les utiliserons pas dans nos produits.

David Temkin, Director of Product Management, Ads Privacy and Trust (source)

« Pas d’identifiants alternatifs » voilà de quoi nous réjouir : serait-ce la fin d’une époque ?

Comme d’habitude avec Google, il faut se demander où est l’arnaque lucrative. Car il semble bien que le Béhémoth du numérique n’ait pas du tout renoncé à son modèle économique qui est la vente de publicité.

Dans cet article de l’Electronic Frontier Foundation, que vous a traduit l’équipe de Framalang, il va être question d’un projet déjà entamé de Google dont l’acronyme est FLoC, c’est-à-dire Federated Learning of Cohorts. Vous le trouverez ici traduit AFC pour « Apprentissage Fédéré de Cohorte » (voir l’article de Wikipédia Apprentissage fédéré).

Pour l’essentiel, ce dispositif donnerait au navigateur Chrome la possibilité de créer des groupes de milliers d’utilisateurs ayant des habitudes de navigation similaires et permettrait aux annonceurs de cibler ces « cohortes ».


Article original sur le blog de l’Electronic Frontier Foundation : Google’s FLoC is a terrible idea.

Traduction Framalang : amostra, audionuma, Fabrice, goofy, jums, Mannik, mo, amostra, serici, Wisi_eu

Le FLoC de Google est une très mauvaise idée

par Bennett Cyphers

Les cookies tiers se meurent, mais Google essaie de créer leur remplaçant.

Personne ne devrait pleurer la disparition des cookies tels que nous les connaissons aujourd’hui. Pendant plus de deux décennies, les cookies tiers ont été la pierre angulaire d’une obscure et sordide industrie de surveillance publicitaire sur le Web, brassant plusieurs milliards de dollars ; l’abandon progressif des cookies de pistage et autres identifiants tiers persistants tarde à arriver. Néanmoins, si les bases de l’industrie publicitaire évoluent, ses acteurs les plus importants sont déterminés à retomber sur leurs pieds.

Google veut être en première ligne pour remplacer les cookies tiers par un ensemble de technologies permettant de diffuser des annonces ciblées sur Internet. Et certaines de ses propositions laissent penser que les critiques envers le capitalisme de surveillance n’ont pas été entendues. Cet article se concentrera sur l’une de ces propositions : l’Apprentissage Fédéré de Cohorte (AFC, ou FLoC en anglais), qui est peut-être la plus ambitieuse – et potentiellement la plus dangereuse de toutes.

L’AFC est conçu comme une nouvelle manière pour votre navigateur d’établir votre profil, ce que les pisteurs tiers faisaient jusqu’à maintenant, c’est-à-dire en retravaillant votre historique de navigation récent pour le traduire en une catégorie comportementale qui sera ensuite partagée avec les sites web et les annonceurs. Cette technologie permettra d’éviter les risques sur la vie privée que posent les cookies tiers, mais elle en créera de nouveaux par la même occasion. Une solution qui peut également exacerber les pires attaques sur la vie privée posées par les publicités comportementales, comme une discrimination accrue et un ciblage prédateur.

La réponse de Google aux défenseurs de la vie privée a été de prétendre que le monde de demain avec l’AFC (et d’autres composants inclus dans le « bac à sable de la vie privée » sera meilleur que celui d’aujourd’hui, dans lequel les marchands de données et les géants de la tech pistent et profilent en toute impunité. Mais cette perspective attractive repose sur le présupposé fallacieux que nous devrions choisir entre « le pistage à l’ancienne » et le « nouveau pistage ». Au lieu de réinventer la roue à espionner la vie privée, ne pourrait-on pas imaginer un monde meilleur débarrassé des problèmes surabondants de la publicité ciblée ?

Nous sommes à la croisée des chemins. L’ère des cookies tiers, peut-être la plus grande erreur du Web, est derrière nous et deux futurs possibles nous attendent.

Dans l’un d’entre eux, c’est aux utilisateurs et utilisatrices que revient le choix des informations à partager avec chacun des sites avec lesquels il ou elle interagit. Plus besoin de s’inquiéter du fait que notre historique de navigation puisse être utilisé contre nous-mêmes, ou employé pour nous manipuler, lors de l’ouverture d’un nouvel onglet.

Dans l’autre, le comportement de chacune et chacun est répercuté de site en site, au moyen d’une étiquette, invisible à première vue mais riche de significations pour celles et ceux qui y ont accès. L’historique de navigation récent, concentré en quelques bits, est « démocratisé » et partagé avec les dizaines d’interprètes anonymes qui sont partie prenante des pages web. Les utilisatrices et utilisateurs commencent chaque interaction avec une confession : voici ce que j’ai fait cette semaine, tenez-en compte.

Les utilisatrices et les personnes engagées dans la défense des droits numériques doivent rejeter l’AFC et les autres tentatives malvenues de réinventer le ciblage comportemental. Nous exhortons Google à abandonner cette pratique et à orienter ses efforts vers la construction d’un Web réellement favorable aux utilisateurs.

Qu’est-ce que l’AFC ?

En 2019, Google présentait son bac à sable de la vie privée qui correspond à sa vision du futur de la confidentialité sur le Web. Le point central de ce projet est un ensemble de protocoles, dépourvus de cookies, conçus pour couvrir la multitude de cas d’usage que les cookies tiers fournissent actuellement aux annonceurs. Google a soumis ses propositions au W3C, l’organisme qui forge les normes du Web, où elles ont été principalement examinées par le groupe de commerce publicitaire sur le Web, un organisme essentiellement composé de marchands de technologie publicitaire. Dans les mois qui ont suivi, Google et d’autres publicitaires ont proposé des dizaines de standards techniques portant des noms d’oiseaux : pigeon, tourterelle, moineau, cygne, francolin, pélican, perroquet… et ainsi de suite ; c’est très sérieux ! Chacune de ces propositions aviaires a pour objectif de remplacer différentes fonctionnalités de l’écosystème publicitaire qui sont pour l’instant assurées par les cookies.

L’AFC est conçu pour aider les annonceurs à améliorer le ciblage comportemental sans l’aide des cookies tiers. Un navigateur ayant ce système activé collecterait les informations sur les habitudes de navigation de son utilisatrice et les utiliserait pour les affecter à une « cohorte » ou à un groupe. Les utilisateurs qui ont des habitudes de navigations similaires – reste à définir le mot « similaire » – seront regroupés dans une même cohorte. Chaque navigateur partagera un identifiant de cohorte, indiquant le groupe d’appartenance, avec les sites web et les annonceurs. D’après la proposition, chaque cohorte devrait contenir au moins plusieurs milliers d’utilisatrices et utilisateurs (ce n’est cependant pas une garantie).

Si cela vous semble complexe, imaginez ceci : votre identifiant AFC sera comme un court résumé de votre activité récente sur le Web.

La démonstration de faisabilité de Google utilisait les noms de domaines des sites visités comme base pour grouper les personnes. Puis un algorithme du nom de SimHash permettait de créer les groupes. Il peut tourner localement sur la machine de tout un chacun, il n’y a donc pas besoin d’un serveur central qui collecte les données comportementales. Toutefois, un serveur administrateur central pourrait jouer un rôle dans la mise en œuvre des garanties de confidentialité. Afin d’éviter qu’une cohorte soit trop petite (c’est à dire trop caractéristique), Google propose qu’un acteur central puisse compter le nombre de personnes dans chaque cohorte. Si certaines sont trop petites, elles pourront être fusionnées avec d’autres cohortes similaires, jusqu’à ce qu’elles représentent suffisamment d’utilisateurs.

Pour que l’AFC soit utile aux publicitaires, une cohorte d’utilisateurs ou utilisatrices devra forcément dévoiler des informations sur leur comportement.

Selon la proposition formulée par Google, la plupart des spécifications sont déjà à l’étude. Le projet de spécification prévoit que l’identification d’une cohorte sera accessible via JavaScript, mais on ne peut pas savoir clairement s’il y aura des restrictions, qui pourra y accéder ou si l’identifiant de l’utilisateur sera partagé par d’autres moyens. L’AFC pourra constituer des groupes basés sur l’URL ou le contenu d’une page au lieu des noms domaines ; également utiliser une synergie de « système apprentissage » (comme le sous-entend l’appellation AFC) afin de créer des regroupements plutôt que de se baser sur l’algorithme de SimHash. Le nombre total de cohortes possibles n’est pas clair non plus. Le test de Google utilise une cohorte d’utilisateurs avec des identifiants sur 8 bits, ce qui suppose qu’il devrait y avoir une limite de 256 cohortes possibles. En pratique, ce nombre pourrait être bien supérieur ; c’est ce que suggère la documentation en évoquant une « cohorte d’utilisateurs en 16 bits comprenant 4 caractères hexadécimaux ». Plus les cohortes seront nombreuses, plus elles seront spécialisées – plus les identifiants de cohortes seront longs, plus les annonceurs en apprendront sur les intérêts de chaque utilisatrice et auront de facilité pour cibler leur empreinte numérique.

Mais si l’un des points est déjà clair c’est le facteur temps. Les cohortes AFC seront réévaluées chaque semaine, en utilisant chaque fois les données recueillies lors de la navigation de la semaine précédente.
Ceci rendra les cohortes d’utilisateurs moins utiles comme identifiants à long terme, mais les rendra plus intrusives sur les comportements des utilisatrices dans la durée.

De nouveaux problèmes pour la vie privée.

L’AFC fait partie d’un ensemble qui a pour but d’apporter de la publicité ciblée dans un futur où la vie privée serait préservée. Cependant la conception même de cette technique implique le partage de nouvelles données avec les annonceurs. Sans surprise, ceci crée et ajoute des risques concernant la donnée privée.

Le Traçage par reconnaissance d’ID.

Le premier enjeu, c’est le pistage des navigateurs, une pratique qui consiste à collecter de multiples données distinctes afin de créer un identifiant unique, personnalisé et stable lié à un navigateur en particulier. Le projet Cover Your Tracks (Masquer Vos Traces) de l’Electronic Frontier Foundation (EFF) montre comment ce procédé fonctionne : pour faire simple, plus votre navigateur paraît se comporter ou agir différemment des autres, plus il est facile d’en identifier l’empreinte unique.

Google a promis que la grande majorité des cohortes AFC comprendrait chacune des milliers d’utilisatrices, et qu’ainsi on ne pourra vous distinguer parmi le millier de personnes qui vous ressemblent. Mais rien que cela offre un avantage évident aux pisteurs. Si un pistage commence avec votre cohorte, il doit seulement identifier votre navigateur parmi le millier d’autres (au lieu de plusieurs centaines de millions). En termes de théorie de l’information, les cohortes contiendront quelques bits d’entropie jusqu’à 8, selon la preuve de faisabilité. Cette information est d’autant plus éloquente sachant qu’il est peu probable qu’elle soit corrélée avec d’autres informations exposées par le navigateur. Cela va rendre la tâche encore plus facile aux traqueurs de rassembler une empreinte unique pour les utilisateurs de l’AFC.

Google a admis que c’est un défi et s’est engagé à le résoudre dans le cadre d’un plan plus large, le « Budget vie privée »  qui doit régler le problème du pistage par l’empreinte numérique sur le long terme. Un but admirable en soi, et une proposition qui va dans le bon sens ! Mais selon la Foire Aux Questions, le plan est « une première proposition, et n’a pas encore d’implémentation dans un navigateur ». En attendant, Google a commencé à tester l’AFC dès ce mois de mars.

Le pistage par l’empreinte numérique est évidemment difficile à arrêter. Des navigateurs comme Safari et Tor se sont engagés dans une longue bataille d’usure contre les pisteurs, sacrifiant une grande partie de leurs fonctionnalités afin de réduire la surface des attaques par traçage. La limitation du pistage implique généralement des coupes ou des restrictions sur certaines sources d’entropie non nécessaires. Il ne faut pas que Google crée de nouveaux risques d’être tracé tant que les problèmes liés aux risques existants subsistent.

L’exposition croisée

Un second problème est moins facile à expliquer : la technologie va partager de nouvelles données personnelles avec des pisteurs qui peuvent déjà identifier des utilisatrices. Pour que l’AFC soit utile aux publicitaires, une cohorte devra nécessairement dévoiler des informations comportementales.

La page Github du projet aborde ce sujet de manière très directe :

Cette API démocratise les accès à certaines informations sur l’historique de navigation général des personnes (et, de fait, leurs intérêts principaux) à tous les sites qui le demandent… Les sites qui connaissent les Données à Caractère Personnel (c’est-à-dire lorsqu’une personne s’authentifie avec son adresse courriel) peuvent enregistrer et exposer leur cohorte. Cela implique que les informations sur les intérêts individuels peuvent éventuellement être rendues publiques.

Comme décrit précédemment, les cohortes AFC ne devraient pas fonctionner en tant qu’identifiant intrinsèque. Cependant, toute entreprise capable d’identifier un utilisateur d’une manière ou d’une autre – par exemple en offrant les services « identifiez-vous via Google » à différents sites internet – seront à même de relier les informations qu’elle apprend de l’AFC avec le profil de l’utilisateur.

Deux catégories d’informations peuvent alors être exposées :

1. Des informations précises sur l’historique de navigation. Les pisteurs pourraient mettre en place une rétro-ingénierie sur l’algorithme d’assignation des cohortes pour savoir si une utilisatrice qui appartient à une cohorte spécifique a probablement ou certainement visité des sites spécifiques.
2. Des informations générales relatives à la démographie ou aux centres d’intérêts. Par exemple, une cohorte particulière pourrait sur-représenter des personnes jeunes, de sexe féminin, ou noires ; une autre cohorte des personnes d’âge moyen votant Républicain ; une troisième des jeunes LGBTQ+, etc.

Cela veut dire que chaque site que vous visitez se fera une bonne idée de quel type de personne vous êtes dès le premier contact avec ledit site, sans avoir à se donner la peine de vous suivre sur le Net. De plus, comme votre cohorte sera mise à jour au cours du temps, les sites sur lesquels vous êtes identifié⋅e⋅s pourront aussi suivre l’évolution des changements de votre navigation. Souvenez-vous, une cohorte AFC n’est ni plus ni moins qu’un résumé de votre activité récente de navigation.

Vous devriez pourtant avoir le droit de présenter différents aspects de votre identité dans différents contextes. Si vous visitez un site pour des informations médicales, vous pourriez lui faire confiance en ce qui concerne les informations sur votre santé, mais il n’y a pas de raison qu’il ait besoin de connaître votre orientation politique. De même, si vous visitez un site de vente au détail, ce dernier n’a pas besoin de savoir si vous vous êtes renseigné⋅e récemment sur un traitement pour la dépression. L’AFC érode la séparation des contextes et, au contraire, présente le même résumé comportemental à tous ceux avec qui vous interagissez.

Au-delà de la vie privée

L’AFC est conçu pour éviter une menace spécifique : le profilage individuel qui est permis aujourd’hui par le croisement des identifiants contextuels. Le but de l’AFC et des autres propositions est d’éviter de laisser aux pisteurs l’accès à des informations qu’ils peuvent lier à des gens en particulier. Alors que, comme nous l’avons montré, cette technologie pourrait aider les pisteurs dans de nombreux contextes. Mais même si Google est capable de retravailler sur ses conceptions et de prévenir certains risques, les maux de la publicité ciblée ne se limitent pas aux violations de la vie privée. L’objectif même de l’AFC est en contradiction avec d’autres libertés individuelles.

Pouvoir cibler c’est pouvoir discriminer. Par définition, les publicités ciblées autorisent les annonceurs à atteindre certains types de personnes et à en exclure d’autres. Un système de ciblage peut être utilisé pour décider qui pourra consulter une annonce d’emploi ou une offre pour un prêt immobilier aussi facilement qu’il le fait pour promouvoir des chaussures.

Au fur et à mesure des années, les rouages de la publicité ciblée ont souvent été utilisés pour l’exploitation, la discrimination et pour nuire. La capacité de cibler des personnes en fonction de l’ethnie, la religion, le genre, l’âge ou la compétence permet des publicités discriminatoires pour l’emploi, le logement ou le crédit. Le ciblage qui repose sur l’historique du crédit – ou des caractéristiques systématiquement associées – permet de la publicité prédatrice pour des prêts à haut taux d’intérêt. Le ciblage basé sur la démographie, la localisation et l’affiliation politique aide les fournisseurs de désinformation politique et la suppression des votants. Tous les types de ciblage comportementaux augmentent les risques d’abus de confiance.

Au lieu de réinventer la roue du pistage, nous devrions imaginer un monde sans les nombreux problèmes posés par les publicités ciblées.

Google, Facebook et beaucoup d’autres plateformes sont en train de restreindre certains usages sur de leur système de ciblage. Par exemple, Google propose de limiter la capacité des annonceurs de cibler les utilisatrices selon des « catégories de centres d’intérêt à caractère sensible ». Cependant, régulièrement ces tentatives tournent court, les grands acteurs pouvant facilement trouver des compromis et contourner les « plateformes à usage restreint » grâce à certaines manières de cibler ou certains types de publicité.

Même un imaginant un contrôle total sur quelles informations peuvent être utilisées pour cibler quelles personnes, les plateformes demeurent trop souvent incapables d’empêcher les usages abusifs de leur technologie. Or l’AFC utilisera un algorithme non supervisé pour créer ses propres cohortes. Autrement dit, personne n’aura un contrôle direct sur la façon dont les gens seront regroupés.
Idéalement (selon les annonceurs), les cohortes permettront de créer des regroupements qui pourront avoir des comportements et des intérêts communs. Mais le comportement en ligne est déterminé par toutes sortes de critères sensibles : démographiques comme le genre, le groupe ethnique, l’âge ou le revenu ; selon les traits de personnalités du « Big 5 »; et même la santé mentale. Ceci laisse à penser que l’AFC regroupera aussi des utilisateurs parmi n’importe quel de ces axes.
L’AFC pourra aussi directement rediriger l’utilisatrice et sa cohorte vers des sites internet qui traitent l’abus de substances prohibées, de difficultés financières ou encore d’assistance aux victimes d’un traumatisme.

Google a proposé de superviser les résultats du système pour analyser toute corrélation avec ces catégories sensibles. Si l’on découvre qu’une cohorte spécifique est étroitement liée à un groupe spécifique protégé, le serveur d’administration pourra choisir de nouveaux paramètres pour l’algorithme et demander aux navigateurs des utilisateurs concernés de se constituer en un autre groupe.

Cette solution semble à la fois orwellienne et digne de Sisyphe. Pour pouvoir analyser comment les groupes AFC seront associés à des catégories sensibles, Google devra mener des enquêtes gigantesques en utilisant des données sur les utilisatrices : genre, race, religion, âge, état de santé, situation financière. Chaque fois que Google trouvera qu’une cohorte est associée trop fortement à l’un de ces facteurs, il faudra reconfigurer l’ensemble de l’algorithme et essayer à nouveau, en espérant qu’aucune autre « catégorie sensible » ne sera impliquée dans la nouvelle version. Il s’agit d’une variante bien plus compliquée d’un problème que Google s’efforce déjà de tenter de résoudre, avec de fréquents échecs.

Dans un monde numérique doté de l’AFC, il pourrait être plus difficile de cibler directement les utilisatrices en fonction de leur âge, genre ou revenu. Mais ce ne serait pas impossible. Certains pisteurs qui ont accès à des informations secondaires sur les utilisateurs seront capables de déduire ce que signifient les groupes AFC, c’est-à-dire quelles catégories de personnes appartiennent à une cohorte, à force d’observations et d’expérimentations. Ceux qui seront déterminés à le faire auront la possibilité de la discrimination. Pire, les plateformes auront encore plus de mal qu’aujourd’hui à contrôler ces pratiques. Les publicitaires animés de mauvaises intentions pourront être dans un déni crédible puisque, après tout, ils ne cibleront pas directement des catégories protégées, ils viseront seulement les individus en fonction de leur comportement. Et l’ensemble du système sera encore plus opaque pour les utilisatrices et les régulateurs.

deux guitaristes : l'un acoustoique à gauche chante : cookies c'est fini, dire que c'était la source de mes premiers revenus… (sur l'air de Capri c'est fini). L'autre à droite, guitare électrique dit : "et maintenant un peu de Floc and roll".
Avec Google les instruments changent, mais c’est toujours la même musique…

Google, ne faites pas ça, s’il vous plaît

Nous nous sommes déjà prononcés sur l’AFC et son lot de propositions initiales lorsque tout cela a été présenté pour la première fois, en décrivant l’AFC comme une technologie « contraire à la vie privée ». Nous avons espéré que les processus de vérification des standards mettraient l’accent sur les défauts de base de l’AFC et inciteraient Google à renoncer à son projet. Bien entendu, plusieurs problèmes soulevés sur leur GitHub officiel exposaient exactement les mêmes préoccupations que les nôtres. Et pourtant, Google a poursuivi le développement de son système, sans pratiquement rien changer de fondamental. Ils ont commencé à déployer leur discours sur l’AFC auprès des publicitaires, en vantant le remplacement du ciblage basé sur les cookies par l’AFC « avec une efficacité de 95 % ». Et à partir de la version 89 de Chrome, depuis le 2 mars, la technologie est déployée pour un galop d’essai. Une petite fraction d’utilisateurs de Chrome – ce qui fait tout de même plusieurs millions – a été assignée aux tests de cette nouvelle technologie.

Ne vous y trompez pas, si Google poursuit encore son projet d’implémenter l’AFC dans Chrome, il donnera probablement à chacun les « options » nécessaires. Le système laissera probablement le choix par défaut aux publicitaires qui en tireront bénéfice, mais sera imposé par défaut aux utilisateurs qui en seront affectés. Google se glorifiera certainement de ce pas en avant vers « la transparence et le contrôle par l’utilisateur », en sachant pertinemment que l’énorme majorité de ceux-ci ne comprendront pas comment fonctionne l’AFC et que très peu d’entre eux choisiront de désactiver cette fonctionnalité. L’entreprise se félicitera elle-même d’avoir initié une nouvelle ère de confidentialité sur le Web, débarrassée des vilains cookies tiers, cette même technologie que Google a contribué à développer bien au-delà de sa date limite, engrangeant des milliards de dollars au passage.

Ce n’est pas une fatalité. Les parties les plus importantes du bac-à-sable de la confidentialité comme l’abandon des identificateurs tiers ou la lutte contre le pistage des empreintes numériques vont réellement améliorer le Web. Google peut choisir de démanteler le vieil échafaudage de surveillance sans le remplacer par une nouveauté nuisible.

Nous rejetons vigoureusement le devenir de l’AFC. Ce n’est pas le monde que nous voulons, ni celui que méritent les utilisatrices. Google a besoin de tirer des leçons pertinentes de l’époque du pistage par des tiers et doit concevoir son navigateur pour l’activité de ses utilisateurs et utilisatrices, pas pour les publicitaires.

Remarque : nous avons contacté Google pour vérifier certains éléments exposés dans ce billet ainsi que pour demander davantage d’informations sur le test initial en cours. Nous n’avons reçu aucune réponse à ce jour.




Khrys’presso du lundi 22 mars 2021

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Deux personnages prennent le café. Le personnage de gauche dit : Pfouh toujours aussi dense, le 'presso... - la personne de droite répond : Yep, c'est qu'il s'en passe des trucs, en une semaine !!!
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Khrys’presso du lundi 8 mars 2021

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.

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Brave New World

Spécial France

Spécial média et pouvoir

Spécial on gère comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial répression, racisme, violences policières…

Spécial Résistance(s)

Soutenir

  • Individualisation de tous les minima sociaux (petitions.senat.fr)

    Une défamilialisation des minima sociaux entrainerait leur augmentation mécanique pour de nombreux foyers. Si une telle mesure serait loin de suffire à résoudre tous les problèmes […] elle constituerait cependant une étape symboliquement importante, qui consacrerait le primat de l’autonomie de l’individu sur les déterminismes familiaux, et l’engagement collectif de la société pour l’égalité femmes-hommes.

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les autres trucs chouettes de la semaine

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Khrys’presso du lundi 1er mars 2021

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Spécial France

Spécial média et pouvoir

  • France Télévisions : stigmatisation à l’antenne (acrimed.org)

    « Relâchement », le mot est asséné par le présentateur, et les promeneurs qui se relâchent, en omettant de porter leur masque, sont montrés du doigt devant la France entière. Filmés à leur insu, et parfaitement reconnaissables, […] Ils découvrent le soir même qu’ils ont été dénoncés par la télévision publique. […] Le coupable est stigmatisé à l’antenne, mais la police, elle, est floutée.

Spécial on gère comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial islamo-gauchisme et dérive extrême-droite

  • “Islamogauchisme” : Le piège de l’Alt-right se referme sur la Macronie (politoscope.org)

    Afin de discerner ce qui relève du militantisme ou de la stratégie politique dans la popularisation de ce néologisme, ainsi que l’impact que pourrait avoir sa légitimation par de hauts responsables de la République, nous présentons ici une étude factuelle sur les contextes de son utilisation dans le paysage politique français sur les 5 dernières années. […] D’après nos mesures, les ministres du gouvernement ont réussi à faire en quatre mois ce que l’extrême-droite a peiné à faire en plus de quatre années: depuis octobre, le nombre de tweets de “la mer” mentionnant « islamo-gauchisme » est supérieur au nombre total de mentions entre 2016 et octobre 2020. On peut parler de performance.

  • Aux sources de l’islamogauchisme (lmsi.net)

    À partir de 2003-2004, au fur et à mesure que s’est amplifiée la campagne contre les élèves voilées, un vague consensus national s’est construit autour du principe de la prohibition, mais cela n’est pas allé sans résistance. Et ce sont précisément ces résistances qui ont été qualifiées du délicat sobriquet d’ « islamo-gauchiste » Premières concernées par cette campagne, les personnes issues de l’immigration coloniale et postcoloniale

  • Médine porte plainte contre Aurore Bergé qui l’a qualifié de “rappeur islamiste” (huffingtonpost.fr)

    Alors que la présidente déléguée du groupe LREM à l’Assemblée apportait son soutien à la ministre de l’Enseignement supérieur, elle a cité en exemple une conférence donnée par le rappeur à l’École normale supérieure pour illustrer “ce qui se passe dans les universités françaises”.

  • La notion d’islamo-gauchisme ne se débat pas scientifiquement, elle se combat politiquement (larotative.info)

Spécial répression, racisme, violences policières…

Spécial Résistance(s)

  • Mise à jour de la Technocarte (technopolice.fr)
  • Et après la grève, quoi ? – Réflexions sur les moyens de lutte et leurs effets concrets dans l’éducation nationale (lundi.am)

    il ne faut pas se leurrer : si nous continuons à organiser notre défaite en croyant agir, la situation de l’éducation nationale, déjà décrépite, ne fera qu’empirer

  • «Nous ne pensions pas que nous tiendrions 17 jours» : la ZAD du Triangle de Gonesse évacuée (liberation.fr)

    «Ces 17 jours ont donné un élan plus fort à la mobilisation contre la bétonisation du Triangle de Gonesse, aujourd’hui le dossier a pris une ampleur nationale, le soutien est plus fort, de nombreux élus venaient chaque jour nous apporter leur soutien, et ça le gouvernement l’a bien vu, c’est pour ça qu’ils ont ordonné l’évacuation»

  • Montreuil (93): expulsion du Marbré ! (fr.squat.net)

    Quelques affaires ont pu être récupérées à force d’insister, mais ce soir une dizaine de personnes sont à la rue, la majorité de leurs affaires et la vie collective du lieu se retrouvent murées derrière des parpaings gris. […] Les politiques capitalistes créent toujours plus de logements vides et toujours plus de gens à la rue ; nous, on s’organise pour que ça cesse. Encore plus en ce moment, quand la vie sociale est anéantie et tout espace public sous contrôle, nous avons besoin de lieux autonomes pour vivre et nous organiser.

  • Frédérique Vidal et la nécropolitique de l’université. (affordance.info)
  • Au soldat du déni Frédérique Vidal, la patrie résistante (mediapart.fr)

    « Une diversion et un ballon d’essai » : c’est ce que j’ai répondu à la journaliste du Monde […] J’ai aussi précisé que je n’avais pas écouté son discours. Que je ne pouvais plus lire, ni écouter Frédérique Vidal, ma ministre de tutelle depuis plus de trois mois — car il en allait de ma santé mentale.Mais il en va désormais de la sécurité de toute une profession. […] La Ministre encore en poste, pilotée de toutes les façons au plus haut sommet de l’État par l’Elysée et le HCERES n’a plus rien à perdre. Le président de feue la République entend assouvir son désir de faire taire toute opposition, surtout si elle émane des puissants mouvements civiques en branle depuis l’an passé qui exigent une société plus juste pour tous et toutes. Mais un autre déni doit cesser, si on entend encore appliquer les principes constitutionnels de la République : la réactivation d’un ordre colonial et patriarcal. À force de nier quotidiennement les droits humains élémentaires des réfugiés, d’organiser des contrôles au faciès dès l’adolescence, en stigmatisant au sein de l’institution scolaire les enfants et les mères, de ne pas sanctionner les comportements et des crimes racistes au sein des forces de police — capables, rappelons-le, de mettre à genoux des lycéens pendant de longues heures, rejouant ainsi une scène de guerre coloniale — l’État français entend reconstituer sur son sol même une classe de sous-citoyens et de sous-citoyennes, privées des droits communs. […] À nous de choisir si nous, service public de la République, résisterons.

  • Lettre à Frédérique Vidal d’une scientifique qui ne s’est pas soumise à l’autorité (lmsi.net)

    Stupeur, incrédulité (devant tant de bêtise) et effroi […]. Au milieu de ces émotions, une urgence : réagir. C’est ce qu’a fait Pinar Selek, sociologue, militante, enfermée et persécutée par l’Etat turc pour son engagement et son travail […] sur les minorités, notamment kurdes. Réfugiée en en France, elle pensait sans doute que les libertés académiques ne pouvaient y être menacées. […] Depuis vos dernières déclarations sur “l’islamo-gauchisme”, je suis dans un cauchemar terrible. Votre discours réveille tout ce que j’ai vécu et tout ce que mes collègues en Turquie sont en train de vivre, sous l’islamo-fascisme. Je pense que tout.es les scientifiques exilé.es […] sont entrés dans le même cauchemar, car elles-ils savent aussi très bien comment les libertés académiques se rétrécissent quand les pouvoirs politiques interviennent dans le champ scientifique avec la justification de la lutte contre le terrorisme. En général, c’est comme ça que ça se passe. En Turquie, en Chine, en Iran. Et aujourd’hui en France.

  • Des cartes postales pour Cesare Battisti (lundi.am)

    celles produites par abceditions insistent sur le fait que Cesare Battisti est écrivain, puisque, comme vous le savez si vous avez suivi les précédents épisodes, l’administration pénitentiaire se refuse à lui reconnaître cette qualité, ce qui a la conséquence très concrète de l’empêcher de disposer de son instrument de travail, un ordinateur.

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Khrys’presso du lundi 22 février 2021

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Spécial France

Spécial média et pouvoir

Spécial on gère comme des pieds (et à la néolibérale)

Spécial islamo-gauchisme et dérive extrême-droite

Spécial répression, racisme, violences policières…

Spécial Résistance(s)

Spécial GAFAM et cie

Les autres lectures de la semaine

  • Faster hardware isn’t better. (side-effects.neocities.org)
  • Really? (lareviewofbooks.org)

    “What we normally take to be reality is, in fact, a simplified virtual reality, shaped by natural selection to guide adaptive action.” According to his interface theory of perception, each perceptual system is a user interface analogous to the desktop screen of a laptop. The icons on the desktop hide reality but deliver functionality. […] Westerhoff goes one step further and makes the more radical assertion that the real world does not even exist. Westerhoff’s important qualification, however, is that, by “real,” he means independent of human “cognitive activities.”[…] the brain creates a representation of external objects, but “nevertheless, this representation does not have any implications for existence beyond the representational framework.”

  • “Pour un féminisme de la totalité” (renverse.co)
  • « Aucune révolution féministe sans renversement des classes » (renverse.co)
  • Le patriarcat patronymique, bordel de nom (slate.fr)
  • Le mythe de la femme vierge (pressenza.com)

    Comme la reconstruction de l’hymen est une intervention sans indication médicale, elle est considérée comme une opération de chirurgie esthétique, c’est un business fructueux réalisé sur le dos de jeunes filles et de femmes désespérées. Alors qu’on interdit aux médecins de donner des informations sur le droit à l’avortement, cette intervention misogyne est devenue un réel business en Allemagne.

  • Rachida Brahim, La race tue deux fois – Note de lecture (undi.am)

    « À nos défunts » est le résultat d’une enquête sur 731 crimes racistes perpétrés en France entre 1970 et 2000. […] La victimisation primaire désigne l’action par laquelle une personne est la cible d’une infraction et acquiert le statut de victime d’un point de vue légal. La victimisation secondaire advient au moment où cette même personne fait le récit de l’infraction dont elle a fait l’objet – lors d’un échange entre la victime et ses proches, mais aussi lors de la confrontation avec les institutions qui représentent les interlocuteurs des victimes. Il peut s’agir du système médiatique, éducatif, médical, policier ou judiciaire. Cette victimisation secondaire est provoquée par des attitudes de blâmes et d’inversement des responsabilités, par une banalisation des faits ou par l’existence d’un vide juridique. La victimisation secondaire a d’abord été mise en évidence par les analyses féministes portant sur les violences faites aux femmes. Les premières études menées sur la question des agressions sexuelles ont par exemple montré que les victimes de viol sont fréquemment considérées comme responsables de ce qui leur arrive – ce qui, de fait, accentue la violence initialement subie. […] Dans le cas qui nous intéresse, la victimisation secondaire a été provoquée par le traitement pénal et législatif de crimes racistes qui empêchait de caractériser le mobile raciste.

  • Mémoire : quand la France bombardait l’Algérie avec des armes nucléaires (coordination-antinucleaire-sudest.net)

    Le 13 février 1960 à 07h04, sans trembler, un doigt se posa sur un bouton et déclencha une explosion qui brûla le ciel et la terre du Sahara algérien. Le champignon atomique de l’opération prénommée « Gerboise bleue » était visible sur une circonférence de plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde. Il fut produit par une charge de 70 kilotonnes, quatre fois la puissance de Fat Boy larguée par l’armée américaine sur Hiroshima, le 6 août 1945.

  • Une étrange alliance – Islamophobie et judéophobie (lundi.am)
  • Les Anarchistes contre l’épidémie de choléra de 1884 (lundi.am)

    En tant qu’ancien étudiant en médecine, Malatesta se vit confier une section de malades ; ils avaient un taux de guérison particulièrement élevé car il savait comment forcer la ville de Naples à livrer de la nourriture et des médicaments en abondance, qu’il distribuait généreusement.« la véritable cause du choléra est la pauvreté »

  • The abuses of Popper – How Popperian falsification enabled the rise of neoliberalism (aeon.co)
  • Qu’est-ce qu’un riche ? (grisebouille.net)

    On en vient à un des grands tabous de la bourgeoisie : à quel point cette classe qui vante le travail sur tous les tons y prend si peu part et cherche en réalité à travailler le moins possible.

  • Au « dîner du Siècle » il n’y a pas de « complot », seulement du séparatisme de classe entre hommes blancs et bourgeois (frustrationmagazine.fr)
  • L’enseignement numérique ou le supplice des Danaïdes (lundi.am)
  • “Ceux qui dirigent le monde ne veulent pas le bien de l’humanité, mais réaliser le projet techno-capitaliste, quel qu’en soit le prix” (hervekempf.net)

    C’est une expression d’Immanuel Wallerstein, un grand historien décédé en 2019. Le sale petit secret du capitalisme désigne « les externalités », un concept économique qui semble compliqué, mais en fait simple : les entreprises, les industries, les capitalistes ont pris l’habitude d’externaliser, c’est-à-dire d’ignorer dans leurs comptes économiques, les dégâts écologiques, qui sont en fait supportés par la société. C’est ainsi que s’augmente le profit, qui est le cœur du capitalisme. Le sale petit secret du capitalisme, c’est donc que le compte économique des entreprises et de l’économie en général est totalement faussé afin d’accroître le profit. Ce sale petit secret explique pourquoi le capitalisme est aujourd’hui responsable de la destruction du monde.

  • Specter in the Machine (logicmag.io)

    In the 1990s, as the internet was being turned into a shopping mall, a group of radicals built a digital commune.

  • Regouverner (1/2) : la nouvelle ère des licences libres (internetactu.net)
  • Regouverner (2/2) : multiplier les outils d’une gouvernance distribuée (internetactu.net)
  • La décroissance : le socialisme sans la croissance (terrestres.org)
  • How Sustainable is High-tech Health Care? (lowtechmagazine.com)
  • Vertical Farming Does Not Save Space (lowtechmagazine.com)

    If the electricity for a vertical farm is supplied by solar panels, the energy production takes up at least as much space as the vertical farm saves.

  • The endangered bonobo: Africa’s forgotten ape (awf.org)

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