Khrys’presso du lundi 15 juillet 2019

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  • Affaire Legay : les gendarmes ont refusé d’obéir à des ordres «disproportionnés» (liberation.fr) – voir aussi : La police mise en cause dans l’affaire Geneviève Legay, militante de 73 ans blessée à Nice (lemonde.fr)

    Dans le rapport envoyé à sa hiérarchie deux jours après les faits, le capitaine de gendarmerie explique pourquoi il a refusé que son escadron participe à la manœuvre voulue par le commissaire Rabah Souchi. Selon lui, les «ordres reçus» étaient «disproportionnés face à la menace (foule calme)». Il n’y avait donc pas de «nécessité absolue d’utiliser les armes pour charger cette foule». Autrement dit, l’ordre était illégal.

    Les gendarmes ne sont pas les seuls à douter des méthodes employées. Dans la fourgonnette de la BAC, le militant interpellé laisse son téléphone allumé et filme la scène depuis sa poche. Sur ces enregistrements, on entend distinctement une fonctionnaire de police lancer, sur un ton navré : « Je ne comprends pas pourquoi je vous embarque, franchement. Même eux [ses collègues de la BAC, qui procédaient encore à des interpellations] ne comprennent pas. »

  • Mort de Zineb Redouane à Marseille : « Il y a eu une volonté d’étouffer cette affaire » (avocat) (laprovence.com)

    Le 1er décembre 2018, en marge des manifestations des gilets jaunes et contre l’habitat indigne, Zineb Redouane, 80 ans, a reçu une grenade lacrymogène en pleine figure en fermant ses volets. Elle est décédée le lendemain à La Conception d’un choc opératoire.[…]
    Dès le début, le procureur de la République a communiqué des éléments totalement faux à la presse. Il a affirmé qu’il n’y a aucun lien de cause à effet entre la grenade reçue et le décès. […] L’autopsie avait, au contraire, clairement indiqué que madame Redouane était décédée durant une opération rendue obligatoire par la grenade reçue en pleine tête. Cette dame est morte dans des conditions atroces.[…] Quand des journalistes écrivent qu’elle a été touchée par des éclats, c’est de la désinformation. Le problème, c’est que les éléments de langage du procureur ont été repris par tout le monde, à commencer par les politiques. À plusieurs reprises, que ce soit le ministre de l’Intérieur ou le Président, le message a été de dire qu’il n’y a eu aucun mort, de près ou de loin, pendant les manifestations des gilets jaunes. Aucun mort où on pourrait éventuellement mettre en cause les forces de l’ordre.

  • Quelques milliers de gilets jaunes ont défilé en France (liberation.fr)

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Khrys’presso du lundi 24 juin 2019

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  • À partir de jeudi prochain, et jusqu’à dimanche, c’est PSES (Pas Sage en Seine) : le programme est ici \o/
  • La campagne Mobilizon (pour développer un outil libre et fédéré nous permettant de sortir nos événements de Facebook) a presque atteint le troisième et dernier palier, encore un petit coup de pouce et ce sera bon (il reste 15 jours !)

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Khrys’presso du lundi 17 juin 2019

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Mobilizon : dernière ligne droite de l’appel de fonds (linuxfr.org)

Encore un petit effort pour Mobilizon, un outil libre et fédéré qui nous permettra de sortir nos événements de Facebook !
Des musiciens : dooonnnez dooooonnez, doooonnnez pour Framasoft... Mobilizooooonnnns-nous...

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C’est quoi, l’interopérabilité, et pourquoi est-ce beau et bien ?

Protocole, HTTP, interopérabilité, ça vous parle ? Et normes, spécifications, RFC, ça va toujours ? Si vous avez besoin d’y voir un peu plus clair, l’article ci-dessous est un morceau de choix rédigé par Stéphane Bortzmeyer qui s’est efforcé de rendre accessibles ces notions fondamentales.

Protocoles

Le 21 mai 2019, soixante-neuf organisations, dont Framasoft, ont signé un appel à ce que soit imposé, éventuellement par la loi, un minimum d’interopérabilité pour les gros acteurs commerciaux du Web.

« Interopérabilité » est un joli mot, mais qui ne fait pas forcément partie du vocabulaire de tout le monde, et qui mérite donc d’être expliqué. On va donc parler d’interopérabilité, de protocoles, d’interfaces, de normes, et j’espère réussir à le faire tout en restant compréhensible (si vous êtes informaticien·ne professionnel·le, vous savez déjà tout cela ; mais l’appel des 69 organisations concerne tout le monde).

Le Web, ou en fait tout l’Internet, repose sur des protocoles de communication. Un protocole, c’est un ensemble de règles qu’il faut suivre si on veut communiquer. Le terme vient de la communication humaine, par exemple, lorsqu’on rencontre quelqu’un, on se serre la main, ou bien on se présente si l’autre ne vous connaît pas, etc. Chez les humains, le protocole n’est pas rigide (sauf en cas de réception par la reine d’Angleterre dans son palais, mais cela doit être rare chez les lectrices et lecteurs du Framablog). Si la personne avec qui vous communiquez ne respecte pas exactement le protocole, la communication peut tout de même avoir lieu, quitte à se dire que cette personne est bien impolie. Mais les logiciels ne fonctionnent pas comme des humains. Contrairement aux humains, ils n’ont pas de souplesse, les règles doivent être suivies exactement. Sur un réseau comme l’Internet, pour que deux logiciels puissent communiquer, chacun doit donc suivre exactement les mêmes règles, et c’est l’ensemble de ces règles qui fait un protocole.

Un exemple concret ? Sur le Web, pour que votre navigateur puisse afficher la page web désirée, il doit demander à un serveur web un ou plusieurs fichiers. La demande se fait obligatoirement en envoyant au serveur le mot GET (« donne », en anglais) suivi du nom du fichier, suivi du mot « HTTP/1.1 ». Si un navigateur web s’avisait d’envoyer le nom du fichier avant le mot GET, le serveur ne comprendrait rien, et renverrait plutôt un message d’erreur. En parlant d’erreurs, vous avez peut-être déjà rencontré le nombre 404 qui est simplement le code d’erreur qu’utilisent les logiciels qui parlent HTTP pour signaler que la page demandée n’existe pas. Ces codes numériques, conçus pour être utilisés entre logiciels, ont l’avantage sur les textes de ne pas être ambigus, et de ne pas dépendre d’une langue humaine particulière. Cet exemple décrit une toute petite partie du protocole nommé HTTP (pour Hypertext Transfer Protocol) qui est le plus utilisé sur le Web.

Il existe des protocoles bien plus complexes. Le point important est que, derrière votre écran, les logiciels communiquent entre eux en utilisant ces protocoles. Certains servent directement aux logiciels que vous utilisez (comme HTTP, qui permet à votre navigateur Web de communiquer avec le serveur qui détient les pages désirées), d’autres protocoles relèvent de l’infrastructure logicielle de l’Internet ; vos logiciels n’interagissent pas directement avec eux, mais ils sont indispensables.

Le protocole, ces règles de communication, sont indispensables dans un réseau comme l’Internet. Sans protocole, deux logiciels ne pourraient tout simplement pas communiquer, même si les câbles sont bien en place et les machines allumées. Sans protocole, les logiciels seraient dans la situation de deux humains, un Français ne parlant que français, et un Japonais ne parlant que japonais. Même si chacun a un téléphone et connaît le numéro de l’autre, aucune vraie communication ne pourra prendre place. Tout l’Internet repose donc sur cette notion de protocole.

Le protocole permet l’interopérabilité. L’interopérabilité est la capacité à communiquer de deux logiciels différents, issus d’équipes de développement différentes. Si une université bolivienne peut échanger avec une entreprise indienne, c’est parce que toutes les deux utilisent des protocoles communs.

Une prise électrique
Un exemple classique d’interopérabilité : la prise électrique. Kae [CC BY-SA 3.0 (https://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons
 

Seuls les protocoles ont besoin d’être communs : l’Internet n’oblige pas à utiliser les mêmes logiciels, ni à ce que les logiciels aient la même interface avec l’utilisateur. Si je prends l’exemple de deux logiciels qui parlent le protocole HTTP, le navigateur Mozilla Firefox (que vous êtes peut-être en train d’utiliser pour lire cet article) et le programme curl (utilisé surtout par les informaticiens pour des opérations techniques), ces deux logiciels ont des usages très différents, des interfaces avec l’utilisateur reposant sur des principes opposés, mais tous les deux parlent le même protocole HTTP. Le protocole, c’est ce qu’on parle avec les autres logiciels (l’interface avec l’utilisateur étant, elle, pour les humain·e·s.).

La distinction entre protocole et logiciel est cruciale. Si j’utilise le logiciel A parce que je le préfère et vous le logiciel B, tant que les deux logiciels parlent le même protocole, aucun problème, ce sera juste un choix individuel. Malgré leurs différences, notamment d’interface utilisateur, les deux logiciels pourront communiquer. Si, en revanche, chaque logiciel vient avec son propre protocole, il n’y aura pas de communication, comme dans l’exemple du Français et du Japonais plus haut.

Babel

Alors, est-ce que tous les logiciels utilisent des protocoles communs, permettant à tout le monde de communiquer avec bonheur ? Non, et ce n’est d’ailleurs pas obligatoire. L’Internet est un réseau à « permission facultative ». Contrairement aux anciennes tentatives de réseaux informatiques qui étaient contrôlés par les opérateurs téléphoniques, et qui décidaient de quels protocoles et quelles applications tourneraient sur leurs réseaux, sur l’Internet, vous pouvez inventer votre propre protocole, écrire les logiciels qui le parlent et les diffuser en espérant avoir du succès. C’est d’ailleurs ainsi qu’a été inventé le Web : Tim Berners-Lee (et Robert Cailliau) n’ont pas eu à demander la permission de qui que ce soit. Ils ont défini le protocole HTTP, ont écrit les applications et leur invention a connu le succès que l’on sait.

Cette liberté d’innovation sans permission est donc une bonne chose. Mais elle a aussi des inconvénients. Si chaque développeur ou développeuse d’applications invente son propre protocole, il n’y aura plus de communication ou, plus précisément, il n’y aura plus d’interopérabilité. Chaque utilisatrice et chaque utilisateur ne pourra plus communiquer qu’avec les gens ayant choisi le même logiciel. Certains services sur l’Internet bénéficient d’une bonne interopérabilité, le courrier électronique, par exemple. D’autres sont au contraire composés d’un ensemble de silos fermés, ne communiquant pas entre eux. C’est par exemple le cas des messageries instantanées. Chaque application a son propre protocole, les personnes utilisant WhatsApp ne peuvent pas échanger avec celles utilisant Telegram, qui ne peuvent pas communiquer avec celles qui préfèrent Signal ou Riot. Alors que l’Internet était conçu pour faciliter la communication, ces silos enferment au contraire leurs utilisateurs et utilisatrices dans un espace clos.

La situation est la même pour les réseaux sociaux commerciaux comme Facebook. Vous ne pouvez communiquer qu’avec les gens qui sont eux-mêmes sur Facebook. Les pratiques de la société qui gère ce réseau sont déplorables, par exemple en matière de captation et d’utilisation des données personnelles mais, quand on suggère aux personnes qui utilisent Facebook de quitter ce silo, la réponse la plus courante est « je ne peux pas, tou·te·s mes ami·e·s y sont, et je ne pourrais plus communiquer avec eux et elles si je partais ». Cet exemple illustre très bien les dangers des protocoles liés à une entreprise et, au contraire, l’importance de l’interopérabilité.

La tour de Babel, peinte par Pieter Bruegel
« La tour de Babel  », tableau de Pieter Bruegel l’ancien. Domaine public (Google Art Project)

 

Mais pourquoi existe-t-il plusieurs protocoles pour un même service ? Il y a différentes raisons. Certaines sont d’ordre technique. Je ne les développerai pas ici, ce n’est pas un article technique, mais les protocoles ne sont pas tous équivalents, il y a des raisons techniques objectives qui peuvent faire choisir un protocole plutôt qu’un autre. Et puis deux personnes différentes peuvent estimer qu’en fait deux services ne sont pas réellement identiques et méritent donc des protocoles séparés, même si tout le monde n’est pas d’accord.

Mais il peut aussi y avoir des raisons commerciales : l’entreprise en position dominante n’a aucune envie que des acteurs plus petits la concurrencent, et ne souhaite pas permettre à des nouveaux entrants d’arriver. Elle a donc une forte motivation à n’utiliser qu’un protocole qui lui est propre, que personne d’autre ne connaît.

Enfin, il peut aussi y avoir des raisons plus psychologiques, comme la conviction chez l·e·a créat·eur·rice d’un protocole que son protocole est bien meilleur que les autres.

Un exemple d’un succès récent en termes d’adoption d’un nouveau protocole est donné par le fédivers. Ce terme, contraction de « fédération » et « univers » (et parfois écrit « fédiverse » par anglicisme) regroupe tous les serveurs qui échangent entre eux par le protocole ActivityPub, que l’appel des soixante-neuf organisations mentionne comme exemple. ActivityPub permet d’échanger des messages très divers. Les logiciels Mastodon et Pleroma se servent d’ActivityPub pour envoyer de courts textes, ce qu’on nomme du micro-blogging (ce que fait Twitter). PeerTube utilise ActivityPub pour permettre de voir les nouvelles vidéos et les commenter. WriteFreely fait de même avec les textes que ce logiciel de blog permet de rédiger et diffuser. Et, demain, Mobilizon utilisera ActivityPub pour les informations sur les événements qu’il permettra d’organiser. Il s’agit d’un nouvel exemple de la distinction entre protocole et logiciel. Bien que beaucoup de gens appellent le fédivers  « Mastodon », c’est inexact. Mastodon n’est qu’un des logiciels qui permettent l’accès au fédivers.

Le terme d’ActivityPub n’est d’ailleurs pas idéal. Il y a en fait un ensemble de protocoles qui sont nécessaires pour communiquer au sein du fédivers. ActivityPub n’est que l’un d’entre eux, mais il a un peu donné son nom à l’ensemble.

Tous les logiciels de la mouvance des « réseaux sociaux décentralisés » n’utilisent pas ActivityPub. Par exemple,  Diaspora ne s’en sert pas et n’est donc pas interopérable avec les autres.

Appel

Revenons maintenant l’appel cité au début, Que demande-t-il ? Cet appel réclame que l’interopérabilité soit imposée aux GAFA, ces grosses entreprises capitalistes qui sont en position dominante dans la communication. Tous sont des silos fermés. Aucun moyen de commenter une vidéo YouTube si on a un compte PeerTube, de suivre les messages sur Twitter ou Facebook si on est sur le fédivers. Ces GAFA ne changeront pas spontanément : il faudra les y forcer.

Il ne s’agit que de la communication externe. Cet appel est modéré dans le sens où il ne demande pas aux GAFA de changer leur interface utilisateur, ni leur organisation interne, ni leurs algorithmes de sélection des messages, ni leurs pratiques en matière de gestion des données personnelles. Il s’agit uniquement d’obtenir qu’ils permettent l’interopérabilité avec des services concurrents, de façon à permettre une réelle liberté de choix par les utilisateurs. Un tel ajout est simple à implémenter pour ces entreprises commerciales, qui disposent de fonds abondants et de nombreu·ses-x programmeur·e·s compétent·e·s. Et il « ouvrirait » le champ des possibles. Il s’agit donc de défendre les intérêts des utilisateurs et utilisatrices. (Alors que le gouvernement, dans ses commentaires, n’a cité que les intérêts des GAFA, comme si ceux-ci étaient des espèces menacées qu’il fallait défendre.)

Qui commande ?

Mais au fait, qui décide des protocoles, qui les crée ? Il n’y a pas de réponse simple à cette question. Il existe plein de protocoles différents et leurs origines sont variées. Parfois, ils sont rédigés, dans un texte qui décrit exactement ce que doivent faire les deux parties. C’est ce que l’on nomme une spécification. Mais parfois il n’y a pas vraiment de spécification, juste quelques vagues idées et un programme qui utilise ce protocole. Ainsi, le protocole BitTorrent, très utilisé pour l’échange de fichiers, et pour lequel il existe une très bonne interopérabilité, avec de nombreux logiciels, n’a pas fait l’objet d’une spécification complète. Rien n’y oblige développeurs et développeuses : l’Internet est « à permission facultative ». Dans de tels cas, celles et ceux qui voudraient créer un programme interopérable devront lire le code source (les instructions écrites par le ou la programmeur·e) ou analyser le trafic qui circule, pour essayer d’en déduire en quoi consiste le protocole (ce qu’on nomme la rétro-ingénierie). C’est évidemment plus long et plus difficile et il est donc très souhaitable, pour l’interopérabilité, qu’il existe une spécification écrite et correcte (il s’agit d’un exercice difficile, ce qui explique que certains protocoles n’en disposent pas).

Parfois, la spécification est adoptée formellement par un organisme dont le rôle est de développer et d’approuver des spécifications. C’est ce qu’on nomme la normalisation. Une spécification ainsi approuvée est une norme. L’intérêt d’une norme par rapport à une spécification ordinaire est qu’elle reflète a priori un consensus assez large d’une partie des acteurs, ce n’est plus un acte unilatéral. Les normes sont donc une bonne chose mais, rien n’étant parfait, leur développement est parfois laborieux et lent.

Manuscrit médiéval montrant un moine écrivant
Écrire des normes correctes et consensuelles peut être laborieux. Codex Bodmer – Frater Rufillus (wohl tätig im Weißenauer Skriptorium) [Public domain]
 

Toutes les normes ne se valent pas. Certaines sont publiquement disponibles (comme les normes importantes de l’infrastructure de l’Internet, les RFC – Request For Comments), d’autres réservées à ceux qui paient, ou à ceux qui sont membres d’un club fermé. Certaines normes sont développées de manière publique, où tout le monde a accès aux informations, d’autres sont créées derrière des portes soigneusement closes. Lorsque la norme est développée par une organisation ouverte à tous et toutes, selon des procédures publiques, et que le résultat est publiquement disponible, on parle souvent de normes ouvertes. Et, bien sûr, ces normes ouvertes sont préférables pour l’interopérabilité.

L’une des organisations de normalisation ouverte les plus connues est l’IETF (Internet Engineering Task Force, qui produit notamment la majorité des RFC). L’IETF a développé et gère la norme décrivant le protocole HTTP, le premier cité dans cet article. Mais d’autres organisations de normalisation existent comme le W3C (World-Wide Web Consortium) qui est notamment responsable de la norme ActivityPub.

Par exemple, pour le cas des messageries instantanées que j’avais citées, il y a bien une norme, portant le doux nom de XMPP (Extensible Messaging and Presence Protocol). Google l’utilisait, puis l’a abandonnée, jouant plutôt le jeu de la fermeture.

Difficultés

L’interopérabilité n’est évidemment pas une solution magique à tous les problèmes. On l’a dit, l’appel des soixante-neuf organisations est très modéré puisqu’il demande seulement une ouverture à des tiers. Si cette demande se traduisait par une loi obligeant à cette interopérabilité, tout ne serait pas résolu.

D’abord, il existe beaucoup de moyens pour respecter la lettre d’un protocole tout en violant son esprit. On le voit pour le courrier électronique où Gmail, en position dominante, impose régulièrement de nouvelles exigences aux serveurs de messagerie avec lesquels il daigne communiquer. Le courrier électronique repose, contrairement à la messagerie instantanée, sur des normes ouvertes, mais on peut respecter ces normes tout en ajoutant des règles. Ce bras de fer vise à empêcher les serveurs indépendants de communiquer avec Gmail. Si une loi suivant les préconisations de l’appel était adoptée, nul doute que les GAFA tenteraient ce genre de jeu, et qu’il faudrait un mécanisme de suivi de l’application de la loi.

Plus subtil, l’entreprise qui voudrait « tricher » avec les obligations d’interopérabilité peut aussi prétendre vouloir « améliorer » le protocole. On ajoute deux ou trois choses qui n’étaient pas dans la norme et on exerce alors une pression sur les autres organisations pour qu’elles aussi ajoutent ces fonctions. C’est un exercice que les navigateurs web ont beaucoup pratiqué, pour réduire la concurrence.

Jouer avec les normes est d’autant plus facile que certaines normes sont mal écrites, laissant trop de choses dans le vague (et c’est justement le cas d’ActivityPub). Écrire une norme est un exercice difficile. Si on laisse beaucoup de choix aux programmeuses et programmeurs qui créeront les logiciels, il y a des risques de casser l’interopérabilité, suite à des choix trop différents. Mais si on contraint ces programmeuses et programmeurs, en imposant des règles très précises pour tous les détails, on empêche les logiciels d’évoluer en réponse aux changements de l’Internet ou des usages. La normalisation reste donc un art difficile, pour lequel on n’a pas de méthode parfaite.

Conclusion

Voilà, désolé d’avoir été long, mais les concepts de protocole et d’interopérabilité sont peu enseignés, alors qu’ils sont cruciaux pour le fonctionnement de l’Internet et surtout pour la liberté des citoyen·ne·s qui l’utilisent. J’espère les avoir expliqués clairement, et vous avoir convaincu⋅e de l’importance de l’interopérabilité. Pensez à soutenir l’appel des soixante-neuf organisations !

Après

Et si vous voulez d’autres informations sur ce sujet, il y a :




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  • Bienvenue dans le World Wide Face. La société dévisage (affordance.info)

    Si l’on multiplie d’un côté les dispositifs de surveillance et de reconnaissance faciale, si ces dispositifs abondent des bases de données biométriques elles-mêmes interopérables à disposition d’états ou d’organismes de police, et si dans le même temps on fait de la dissimulation du visage un délit pénal validé par le conseil constitutionnel (dans le cadre de la loi dite « anti-casseurs »), alors on ouvre consciemment la porte à tous les autoritarismes et faisant le pari qu’ils s’arrêteront au seuil du totalitarisme. Ce pari ne peut être que celui de fous.

  • Fuckapital (golb.statium.link)

    […] lutter contre le capitalisme de surveillance uniquement en prétendant défendre les libertés individuelles, c’est faire bien peu de cas des conditions sociales dans lesquelles s’exercent ces libertés. On ne peut pas mettre de côté les inégalités évidentes que créent ces monopoles et qui ne concernent pas uniquement le tri social du capitalisme de surveillance. Que dire de l’exploitation de la main d’œuvre de la part de ces multinationales (et pas que dans les pays les plus pauvres), sans compter les impacts environnementaux (terres rares, déchets, énergies). Si on veut lutter contre le capitalisme de surveillance, ce n’est pas en plaidant pour un capitalisme acceptable (aux yeux de qui ?) mais en proposant des alternatives crédibles, en créant des solutions qui reposent sur l’entraide et la coopération davantage que sur la concurrence et la croissance-accumulation sans fin de capital. Il ne faut pas lutter contre le capitalisme de surveillance, il faut le remplacer par des modèles économiques et des technologies qui permettent aux libertés de s’épanouir au lieu de s’exercer dans les seules limites de l’exploitation capitaliste. Fuck le néolibéralisme ! Fuck la surveillance !

  • Publicité en ligne : reprenons la main ! (theconversation.com)
  • Signal n’est pas la solution : rien ne peut remplacer les relations face à face, dans le monde réel (enoughisenough14.org – en anglais)
  • La protection de la vie privée numérique est une question de classe sociale (newrepublic.com – en anglais)

    Ce n’est pas que les pauvres soient stupides, c’est qu’une économie entière a évolué autour de l’exploitation de leur vie en ligne, comme une vigne parasitaire qui étouffe l’écosystème tropical de l’expérience humaine. De nombreuses industries prédatrices, comme les jeux de hasard et les prêts sur salaire, dépensent beaucoup d’argent pour placer des publicités ciblées devant des publics segmentés. Ils jouent sur certaines des forces les plus puissantes de notre psychologie – honte, désir, culpabilité – dans le but de faire de l’argent. Les moteurs de base du capitalisme enlèvent les complexités de nos personnalités et les réduisent en bouillie au nom de la consommation. Ils redéfinissent notre histoire personnelle, la transformant en données destinées à être consommées par d’autres, encadrées autour de nos inclinations à l’achat. Cela représente un coup d’État dans notre conscience ; une prise de contrôle des parties de nous-mêmes que nous croyons instinctivement devoir être sous notre contrôle.

  • « La transition doit créer immédiatement du bonheur pour un maximum de personnes » (usbeketrica.com)

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  • Gilets jaunes: quelques milliers de manifestants en France (liberation.fr)
  • Comment intimider un journaliste? Récit de 83 heures de procédure (blogs.mediapart.fr)

    Innocent, j’ai donc été victime d’une répression incroyable. Privé de ma liberté durant 83 heures, placé sous contrôle judiciaire, trainé dans la boue sans la moindre présomption d’innocence, humilié, sali, mes droits bafoués. La liste est loin d’être exhaustive. Ma carrière de journaliste a bien failli s’arrêter net, du jour au lendemain. Ma place au sein de mon entreprise était fortement remise en question. Tout ça… pour rien, fruit d’une interpellation des plus arbitraires, tel un jeu de hasard. Ce témoignage vient s’inscrire dans un contexte effrayant dans lequel la profession de journaliste évolue aujourd’hui. Convocations auprès de la DGSI, volonté délibérée d’intimider la profession sur le terrain et donc privation de liberté, la répression a franchi un cap que personne n’avait vu venir. Durant toute cette procédure, je n’ai pu que constater une intimidation par l’intermédiaire de cette répression. Le droit à l’information et la liberté d’informer n’ont jamais autant été mis en danger dans notre démocratie française. Justice a été rendue, certes. Mais à quel prix ?

  • « Gilets jaunes » : des policiers seront jugés pour des violences, assure le procureur de Paris (lemonde.fr)
  • Gilets jaunes : «L’Intérieur a été incapable d’un maintien de l’ordre raisonné» (leparisien.fr)
  • Paroles de Gilets Jaunes en bande dessinée (mediapart.fr)
  • Mais où est Emmanuel Macron ? (reflets.info)
  • Les sociopathes (de France Télécom à Macron) (blog.mondediplo.net)

    La panne de compréhension des dirigeants de France Télécom est le symptôme qui dit la vérité du capitalisme : le capitalisme traite communément les hommes comme des choses, or nous sommes des capitalistes, donc nous traitons les hommes comme des choses — et, puisqu’il est admis que nous sommes en capitalisme, qu’est-ce qu’on pourrait bien nous reprocher ? Qu’y a-t-il de mal à cela ? Voilà sur quoi bute l’entendement de Lombard et Wenès, la chose qu’ils ne peuvent pas comprendre. Que des individus meurent, c’est l’équivalent d’objets qu’on déclasse (jette) : où est le problème ? Voilà comment pensent des sociopathes.

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Khrys’presso du lundi 27 mai 2019

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Deux personnages prennent le café. Le personnage de gauche dit : Ben alors, qu'est-ce qui t'arrive, aucune citation, et zéro illustrations à part celle-ci... ?- la personne de droite répond : Yep, ce week-end, c'était AG FFDN, c'était super mais intense, du coup pas trop de moments de libre : j'ai fait ce que j'ai pu !

Si vous en voulez encore un peu plus, allez voir mon blog !

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Khrys’presso du lundi 20 mai 2019

Comme chaque lundi, un coup d’œil dans le rétroviseur pour découvrir les informations que vous avez peut-être ratées la semaine dernière.

Brave New World

Spécial France

Spécial Gilets Jaunes

Spécial GAFAM

Les autres lectures de la semaine

Les BDs/graphiques/photos de la semaine

Les vidéos/podcasts de la semaine

Les autres trucs chouettes de la semaine

Deux personnages prennent le café. Le personnage de gauche dit : Décidément, c'est fou, tout ce qu'il se passe en une semaine !- la personne de droite répond : Si tu en veux encore plus, clique sur ma tasse !

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