TRACES, le nouveau Framabook qui vous invite à vivre et mourir au temps des IA

Mourir en Picardie, ça vous dit ? Pour traverser l’étroit passage de vie à mort, suffit de s’exercer un peu en se concentrant sur ses meilleurs souvenirs. Pour les éprouver post-mortem indéfiniment. Drôle de deal…

Écouter les voix des disparus ? Il paraît qu’en les entraînant bien les IA vont déchiffrer les chuchotis obscurs des âmes enfin libérées.

Une cyber-prophétesse dont le culte s’effondre quand ses messages déraillent ? Rendez-vous à la cathédrale d’Amiens, au cœur de la Picardie libre, nouvel état indépendant.

Vous codez ? Super. Mais vous êtes plutôt deathhacker ou thanatoprogrammeur ? Votre réseau, c’est plutôt unsecure ou MedIA ?

Vous trouverez tout cela et bien d’autres choses qui vous mettront les neurones à la centrifugeuse dans l’univers de Traces, le roman de Stéphane Crozat publié aujourd’hui chez Framabook.

Mais d’abord, l’équipe de Framasoft a interviewé pour vous le coupable.

Salut Stéphane ! Quelques mots pour te présenter ?

Bonjour. Tu sais, les profs ne sont pas habitués à décliner des CV… Bon. Stéphane Crozat. 43 ans, né en Picardie. Vie maritale, un fils, une maman, un papa, deux sœurs. Situation professionnelle : enseigne l’informatique à des élèves ingénieurs très sympas. Fait de la recherche appliquée sur les relations entre documents numériques et pédagogie dans un labo de sciences humaines assez cool pour accepter des informaticiens. Membre de la communauté du logiciel libre Scenari. Membre du Chaton Picasoft. Loisirs : pratiquer le karaté, faire des jeux, voir ses potes, regarder des films de Clint Eastwood (ou de Sergio Leone avec Clint Eastwood), écouter des vieux Renaud, faire des réponses longues aux questions qu’on lui pose.

Bon d’après toi il parle de quoi ton roman ? Parce que chez Frama on n’est pas d’accord hein : anticipation, fable philosophique, dystopie « avec des intelligences artificielles et une grande assiette de soupe », j’en connais même qui ont parlé de « thriller cybernétique », faudrait savoir ! Si tu t’essayais à résumer le propos de ton livre, l’idée directrice ?

Bon. Le titre c’est Traces, il y a une sorte de sous-titre sur la quatrième de couv’ : Vivre et mourir au temps des IA, et le site du livre s’appelle punkardie.fr, avec ça on a les mots-clés principaux, je vais partir de là. Le livre couvre un XXIe siècle dominé par une découverte concernant la vie après la mort (les « traces » du titre) et par la généralisation des IA. Et ça se passe pour l’essentiel dans une Picardie qui découvre un beau matin qu’elle est exclue de la France, et qui cherche à se réinventer pour ne pas disparaître.
Tous les personnages naissent et meurent plus ou moins avec ce siècle et ils essaient de s’en sortir au mieux pour pas trop mal vivre et pas trop mal mourir, et au passage essayer de rester libres.

Il y a deux brillantes informaticiennes qui consacrent leur vie (et leur mort) aux IA et aux traces. Il y a des personnages qui collaborent avec les géants de l’information, un peu naïvement comme le consultant Hector, d’autres plus cyniquement, comme le programmeur Alice.

Il y a aussi Bob et Charlie, qui sont un peu (et même beaucoup) paumés dans ce monde qu’ils subissent.

C’est donc plutôt un roman d’anticipation, avec des situations et des trajectoires qui peuvent nous faire réfléchir un peu sur notre monde actuel. Je prends donc avec plaisir le tag #philosophique. Mais j’espère que ça fera aussi un peu marrer, et en option un peu frissonner. Mais l’option n’est jamais obligatoire.

Avec ce roman, tu parles d’une région que tu connais bien, et tu lui imagines un avenir… particulier. Tu prends un pari sur le sens de l’humour des Picardes et des Picards ?

Le sens de l’humour l’emportera… C’est ce que je réponds à ma compagne quand elle me dit que mon fils risque de se faire jeter des cailloux à l’école ! Je plaisante. Note que les propos les plus durs à l’égard de la Picardie sont le fait de personnages (pas de l’auteur, hein, il y vit !) qui croient appartenir à une certaine élite. C’est assez facile si tu te penches depuis Paris — par exemple — de regarder la Picardie de haut :

Font des fautes de français, vont pas au théâtre, z-ont pas la 12G, même pas le tout-à-l’égout. Pis t’as vu comment y votent ?

C’est ce complexe de supériorité que je surjoue à travers les personnages qui ont des propos acerbes à l’égard des Picards. La Picardie libre, c’est une façon de dire : si on arrêtait de vouloir que tout le monde parle pareil, pense pareil, ait les mêmes ambitions ? Si on se lâchait un peu la grappe ? Si on arrêtait de vouloir dire à chacun comment il doit vivre ? C’est peut-être aussi l’espoir que les Picards d’ici et d’ailleurs essaient un jour autre chose que juste râler à chaque élection… Alors pourquoi pas cultiver des champs de cannabis, c’est plus sympa que de la betterave à sucre, non ? Bob Marley, c’est quand même plus classe que le Géant Vert !

C’est ton premier ouvrage de fiction, et tu y intègres énormément d’éléments de fond et de variétés de forme. Est-ce là un projet que tu portais en toi depuis longtemps ? Comment as-tu franchi le cap qui mène à la rédaction d’un roman ?

J’avais des bribes de textes qui traînaient dans des coins… et puis, il y a deux ans, en rentrant d’un week-end sur la côte Picarde avec ma compagne, je me suis lancé dans La Soupe. Un épisode que l’on retrouvera quelque part dans le roman. On avait déliré sur l’idée des derniers clients… Ensuite, j’ai ressorti certaines vieilles idées — comme l’indépendance forcée d’une région — et j’ai commencé à écrire quelques nouvelles, qui petit à petit se parlaient de plus en plus les unes les autres. Je me faisais vraiment plaisir, mes proches ont aimé ce que je sortais, alors, pendant six mois, un an, j’ai pris l’habitude d’écrire tous les jours et surtout les nuits. Je suivais des pistes différentes, c’est pour cela qu’il y a de la variété j’imagine. On peut aussi y voir ma déformation de chercheur en ingénierie documentaire qui aime faire travailler le fond et la forme, mon goût de la diversité, et sûrement encore l’influence de Damasio. Ensuite c’est le travail avec Framabook — gloire à Goofy — qui a conduit à un vrai roman.

Brrrr, ton roman est plutôt sombre, ça te va si on lui colle l’étiquette de dystopie ?

C’est sombre ? Dystopie ? Moi, je ne trouve pas tant que ça… Il y a quand même des pistes de sortie… Mais j’aime beaucoup les romans, films et chansons très tragiques, Le voyage au bout de la nuit, plus récemment La graine et le mulet par exemple ou l’univers désespéré de Damien Saez. Une façon d’équilibrer mon naturel très optimiste, je pense. Bref, peut-être que mon référentiel est décalé ! Après, je revendique, avec l’âge, un certain stoïcisme, j’aime bien l’idée qu’accepter le tragique du réel est au moins aussi important que de chercher à changer le monde.

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Tu parles de l’évolution des géants de la communication et du numérique sur plusieurs décennies, est-ce que le cycle que tu présentes, à savoir concentration puis effondrement, est basé sur une intuition ? Ou c’est juste pour des raisons narratives ?

La concentration est là, c’est un fait admis aujourd’hui, tout comme ses risques et dérives. L’idée d’une concentration telle qu’un seul acteur subsisterait, c’est plutôt une façon d’exacerber le phénomène pour le pousser à un point-limite. Et dans ce cas, oui, j’imagine que l’on espère que ça ne durerait pas ? On est dans la servitude volontaire, on a en main les haches pour casser les monopoles, mais pour le moment on n’a pas encore assez mal pour s’en servir. Ça gratte juste. Donc, l’idée est purement narrative, c’est pour jouer avec, mais ce n’est pas forcément gratuit pour autant…

L’usage que tu présentes des Intelligences Artificielles est-il également basé sur des éléments tangibles, dont on pourrait deviner des traces dès aujourd’hui ?

J’ai été formé en info dans les années 90. L’IA, c’était le truc qui ne marchait pas. La recherche en IA était sympa parce que ça permettait d’explorer de nouvelles pistes, mais c’était de la SF. Ces dernières années on a vu un retournement tout à fait fascinant. Après, que les machines ressemblent aux robots d’Asimov et parlent comme Hal dans un avenir proche ou pas, elles ont déjà totalement envahi et transformé nos quotidiens, ça c’est un fait.

Il y a des potes qui m’expliquent que l’allumage automatique des phares en voiture, ils ne pourraient plus s’en passer. Tu imagines ? Les machines ont convaincu les humains qu’ils n’étaient pas assez autonomes pour savoir quand ils avaient besoin d’allumer la lumière ! Alors tu les imagines se passer d’un GPS ? Pour moi une IA c’est une machine qui allume tes phares à ta place. Pas besoin de réseau de neurones, ni d’ordinateur quantique.

Les premières traces des IA, c’est un silex, une houe. Un tire-bouchon c’est une intelligence artificielle. Retrouve-toi avec une bonne bouteille en rando quand t’as perdu ton couteau suisse et tu verras. Une voiture qui parle, ce n’est que l’évolution technique de la charrette. Mais je pense en effet qu’on vit le début d’un moment charnière. On s’en souviendra comme le moment où les hommes se sont mis à regarder leur portable plutôt que leur copine aux terrasses des cafés.

Jeune femme casque orange aux oreilles qui programme devant 4 écrans face à des baies vitrées donnant sur des buildings à l’arrière-plan
Photo par WOCinTech Chat (licence CC-BY-2.0)

 

Quels sont les auteurs qui t’ont le plus influencé ou peut-être inspiré pour l’écriture de ce roman ?

Bon, dans les récents, clairement c’est Damasio. Inspiré, je ne sais pas, transporté en tous cas par La horde de Contrevent, possible que j’aie picoré un peu de La zone du dehors pour ma Picardie libre — une sorte de fork — et qu’il y ait du Golgoth qui traîne dans certains de mes personnages… C’est pas sous licence libre, Damasio ? Ça devrait ! Alain, si tu m’entends…
Sinon dans les classiques, on va mettre Le voyage pour le style oral, Borges pour les nouvelles, et Nietzsche parce que ça inspire forcément des trucs. Il y aussi l’influence de mon contexte pro, comme Simondon sur le rapport à la technique.

Bon alors tu publies sous licence libre chez Framabook, tu crois que c’est comme ça que tu vas gagner de la thune ?

Carrément ! J’achèterai ma première TeslAlphabet parlante avec les dons en Ğ1 que je vais recevoir, tu verras.
Les gens croient que le libre c’est un truc d’anar de gauche à tendance humanitaire. Mais c’est une couverture, ça. Moi, j’ai choisi de publier sous licence libre, parce que je sais que c’est LE modèle économique du XXIe siècle, celui qui va bientôt tout rafler.

  • Étape 1, Framasoft. Tu crois que je ne vous vois pas venir ? Vous montez en puissance grave, pour le moment vous êtes encore sous les radars des économistes, mais d’ici quelques mois, ça va se voir, votre prévision de hausse budgétaire de plusieurs millions, votre projet de rachat de La Quadrature et des nœuds Tor, ça va pas passer inaperçu. Je sais pas d’où vient l’argent, je me suis laissé dire que vous aviez trouvé des bitcoins sur une clé USB russe ? Ou alors, vous avez un labo sur une plage ? Bref, framasoft.org va bientôt devenir le site visité en France, et quand les gens auront tout lu le Framablog, qu’ils seront addicts, ils se jetteront sur les Framabooks.

Mon IA me prévoit 95 000 exemplaires la première année. D’ailleurs, je sais que vous ne voulez pas trop en parler, mais je pense que les lecteurs ont le droit d’être au courant : Lulu risque d’être saturé rapidement, donc il faut quand même leur conseiller de commander leur exemplaire papier rapidos.

  • Bon, étape 2, mes potes. J’ai demandé à chacun d’aller voir son libraire préféré et de le convaincre de lire, puis vendre Traces. Tu me diras, t’as quoi dix potes ? D’abord j’en ai plus, et puis ça va faire boule de neige, quand mes étudiants s’y mettront ça va commencer à envoyer du lourd (non, il n’y aura pas de point en plus au partiel, mais un prof bien dans sa peau, c’est toujours un plus, pensez-y). Avec le bouche-à-oreille, on est à 1250 librairies touchées la première année, un petit 50 % quoi, avec un taux d’acceptation de 71 %. Toujours mon IA. Tu penses que je suis sectaire, tu te demandes : et si des gens qui ne sont pas mes potes ni mes élèves veulent contribuer ? Eh bien j’ai préparé une lettre sur le site du livre, ils peuvent l’imprimer et l’apporter à leur libraire préféré avec un exemplaire et ils feront partie de ce grand réseau de distribution informel, basé sur le plaisir de partager.
    Mais, c’est pas fini !
  • Étape 3, le site du livre donc : punkardie.fr. C’est là que se cristallise la vraie économie du XXIe siècle, l’économie du don. Fini les achats d’objet ou les conneries illimitées. Tout va bientôt être libre. Donc l’avenir c’est le don. Et là, comme je suis en avance de phase, c’est le pactole, un premier million dès 2020 (en Ğ1 bien sûr). Promis, je reverserai une part à Framasoft. Voilà, tout est orchestré. Alors ceux qui pensent que les libristes sont des Bisounours ou des punks à chien, ils vont devoir revoir un peu leur conception du monde. Les traders et les banquiers de demain, c’est nous !

image de couverture de Traces, le roman de Stéphane Crozat. Détail d’une sculpture grise métal, quelques zones rouges

Donc tu veux distribuer ton roman aussi via les libraires indépendants. C’est quoi cette histoire de lettre ?

Je sais que Framabook n’est pas très chaud pour travailler avec les libraires, parce que c’est beaucoup de contraintes et de boulot pour une faible diffusion. Mais j’aime bien les librairies. C’est je crois le seul magasin où j’aime me rendre et perdre du temps. Ne me propose pas d’aller acheter des fringues, j’attrape des boutons, mais aller à la librairie pour moi, c’est comme aller au cinéma. Ce n’est plus vraiment « utile » — home cinéma et liseuse électronique obligent — mais il y a une ambiance… Alors je me suis dit, si certains lecteurs et lectrices veulent essayer de convaincre leur libraire et que cette personne est assez chouette pour faire l’effort d’accepter, on peut essayer. Donc j’ai préparé une lettre qu’ils et elles peuvent donner en accompagnement d’un exemplaire et de leur petit argumentaire à eux. Imagine, si ça marche, ce serait quand même super classe ? Et puis, ça permettrait aussi de diffuser un peu des valeurs du libre… Et même si c’est pas sûr, c’est quand même peut-être…

Dans ton roman, on ne peut pas dire que tu sois tendre avec l’avenir du Libre. Est-ce une crainte, une façon de conjurer le sort ?

D’abord, globalement, c’est pas un roman très tendre… Donc oui, il y a quand même beaucoup de second degré. Si vous êtes choqué à un moment, dites-vous que c’est du second degré ! Sur le libre, il y a quand même des résistances qui se maintiennent pendant la première moitié du roman, les réseaux anarchiques de Picardie ou les death hackers. Et puis tout de même, ensuite, c’est bien une communauté libre à l’échelle mondiale qui permet à Suzanne de mener à bien son projet. Après, que la route soit longue, c’est possible…

Tu penses déjà à la suite ou bien c’était un one-shot ? Peut-être que tes lecteurs et lectrices auront envie de voir se développer un personnage ou une période ?
Pour le moment, j’ai plutôt d’autres idées… On verra quand j’aurai des lecteurs et des lectrices !

Un dernier défi : ton mot de la fin en moins de 180 caractères…
Quelle poignée de secondes garderais-tu si tu devais les revivre pour l’éternité ?

  *   *   *   *

Les liens qui vont bien




Gee : « un livre pour donner la niaque »

La collection Framabook édite le nouveau livre de Simon Giraudot, notre Gee, dont les dessins sont partout sur les sites du frama-réseau.

Mais là, surprise, il s’agit d’un roman, sans un seul petit miquet, intitulé « Working Class Heroic Fantasy » et sous-titré « Une aventure fantastique de la classe laborieuse ». Il s’agit donc bien d’une aventure épique avec des orques, des gobelins, des elfes et des nains, une arme magique, une noble quête… mais qui parle de révolution prolétarienne et d’exploitation capitaliste ! Nous sommes allés titiller l’auteur.

Allons bon ! Voilà que tu publies un roman ! Tu vas arrêter de dessiner ?

Là, si tu vas voir mon blog, tu peux avoir cette impression parce que je n’ai rien publié depuis la St Glinglin. Mais non, je compte bien continuer à faire les deux (écrire et dessiner). Après, ça m’aiderait que les journées fassent 36 heures, mais bon…

Ça fait quand même pas mal de temps que ça me démange d’écrire des choses plus littéraires. Outre les mini-pamphlets que j’écris parfois sur la section La fourche de mon blog, j’ai aussi déjà autopublié un petit recueil de nouvelles sans prétention.

Dis, c’est pas complètement nouveau, ce bouquin, tu l’as déjà publié en feuilleton sur ton blog. Dans quel but ? Tu voulais relever un défi ?

Le but, on Geene va pas se mentir, c’était la visibilité : ma hantise, c’était d’avoir passé des mois à écrire ce bouquin, de balancer un PDF + un e-pub sur le net et de le voir zappé/oublié dans la semaine. Le publier par épisode, ça permet de faire vivre le livre sur la durée. Par exemple, j’ai trouvé ça hyper chouette de lire les réactions des gens en direct quand il y avait un chapitre avec un rebondissement ou avec une grosse révélation qui était publiée. Il y a un effet communautaire, tu sens que les gens vivent la même histoire en même temps. C’est aussi très encourageant de lire des messages de lecteurs ou lectrices qui disent attendre avec impatience l’épisode suivant…

Pourquoi raconter ton histoire dans un monde médiéval-fantastique ? Quel intérêt pour ta narration ?

Alors en fait, la question est bizarre pour moi, parce que la toute première idée que j’ai eu, la déclic de base qui m’a lancé sur cette histoire, c’était de faire de la fantasy dans un monde moderne. Tout le reste (notamment l’aspect social / lutte des classes), c’est venu après.

Le principal intérêt, c’est bien sûr de parler de notre société en la transposant dans un univers où ses travers nous apparaissent bien plus facilement (parce qu’on a un regard extérieur plus facilement critique). Ça n’a rien de révolutionnaire, comme approche, les contes voltairiens faisaient déjà ça il y a trois siècles…

J’aimais bien aussi l’idée de renverser un peu les codes de l’épopée fantastique. Pas mal d’histoires modernes (~99% du cinéma hollywoodien par exemple) tournent autour de la figure du héros qui remporte la victoire à la force de ses petits bras, en se sortant les doigts du cul et en triomphant de l’adversité tout seul comme un grand, juste avec assez de volonté. « Quand on veut, on peut », « chacun est maître de son destin », etc. Le self-made man américain, en gros. Ce qui, en fait, donne des repères culturels et des figures très individualistes (allez, je le dis : très à droite).

Je voulais raconter au contraire une histoire où des personnages doivent s’organiser collectivement pour remporter la victoire, où on se méfie comme de la peste de l’homme providentiel et où on réfléchit plus en terme de déterminismes sociaux qu’en gentils/méchants (même s’il y a des beaux salopards dans mon bouquin, parce qu’il y en a dans notre monde aussi). Et foutre aussi un coup de pied aux culs des prophéties, des « élus » et des messies, des ressorts qui me gonflent et que je considère comme le niveau 0 de l’écriture scénaristique…

Et en plus tu t’es fait suer avec de l’écriture inclusive ? (hop, tu viens de perdre 20% de lecteurices potentiel-le-s ^^)

Mmh, pas vraiment, non ? Il y a juste un personnage agenré et qui est donc appelé avec des pronoms agenrés (« iel », « cellui-ci ») et qualifiée avec des adjectifs alternativement féminins et masculins. Je trouvais l’exercice intéressant, mais à mon sens ça ne rentre pas dans le cadre de l’écriture inclusive.

Avec le recul, un truc que j’aurais aimé faire, c’est utiliser la règle de proximité que je trouve élégante (en plus d’être justifiée pour l’inclusivité et d’être historiquement correcte). Mais j’en ai eu l’idée au moment où le bouquin était déjà passé par plusieurs relectures (et croyez-moi, à la dixième relecture, on trouvait encore des fautes), du coup je me suis dit que j’avais évité de faire péter un câble à mes relecteurs et relectrices en changeant tout à la dernière minute… Pour le prochain livre ?

Perdre 20% de lecteurices potentiel⋅le⋅s… à mon avis, c’est accorder beaucoup de poids aux excités convulsifs du point médian. Ils font beaucoup de bruit mais ils ne sont pas si nombreux… Et puis de toute façon, déjà en écrivant un bouquin clairement revendiqué comme politiquement très à gauche, je me coupe de pas mal de monde, non ?

Justement, professionnellement tu appartiens à une classe pas forcément toujours très politisée, et encore plus rarement à gauche. Comment t’est venue cette culture politique ? Est-ce que tu sens la nécessité d’être passeur, de faire une certaine forme de prosélytisme ?

Cette culture politique, elle est surtout familiale je pense. Mon père a grandi dans une HLM (dans lequel ma grand-mère habite toujours à l’heure actuelle) et ma mère dans un village de campagne avec la jolie partie où habitaient les cadres (près de l’école et de l’église) et, bien séparée par l’usine qui trônait au milieu, la partie beaucoup moins glamour où vivaient les ouvriers (je te laisse deviner de quel côté était ma mère). Alors certes, mes parents s’en sont bien sortis, ils bossent dans l’éduc nat, et moi je suis développeur dans une petite boîte de Sophia Antipolis. Donc j’appartiens clairement à la petite bourgeoisie intellectuelle, mais je n’oublie pas d’où vient ma famille.

Au-delà de ça, à mon sens, tu peux parfaitement être de gauche en étant un petit cadre tranquille avec un salaire confortable, à partir du moment où tu comprends que la population ne se compose pas à 100 % de petits cadres tranquilles avec des salaires confortables (c’est ce que j’en disais dans mon article où j’expliquais à mes amis étrangers pourquoi, en France, on n’avait pas tous sauté de joie quand Macron avait battu l’épouvantail bleu-brun).

Et puis, tu sais, les écoles d’ingé ont beau être remplies de gens biberonnés aux discours macronistes (tendance winneurz persuadés d’être l’élite du pays), ça reste beaucoup moins polarisé politiquement que les écoles de commerce, par exemple. À la base, tu atterris là parce tu es doué en sciences, maths, etc. : alors okay, quand on t’explique qu’en valorisant ça, tu peux te faire un pognon monstre, si t’as pas un minimum de culture politique ou de sens de l’éthique, tu vas foncer pondre de l’algorithme financier pour trader véreux sans te poser de question. Mais tu as aussi pas mal de jeunes ingés – de plus en plus, me dit mon côté optimiste – qui n’adhèrent pas à cela, qui comprennent qu’on leur propose de participer à un système pourri. Dans un Fakir récent, il y avait d’ailleurs un article Appel à l’élite (infiltrée) ! qui causait de polytechniciens qui virent plutôt très à gauche… C’est un mouvement que j’ai connu aussi dans mon école d’ingé (certes moins prestigieuse), mouvement auquel moi et potes nous identifiions d’ailleurs pas mal…

Quant à la question de faire du prosélytisme : non, car je ne pense pas que ce soit très efficace. La politique, c’est un peu comme la religion, si tu as des gens convaincus en face, aucun discours ne pourra les faire changer d’avis (voir, à ce sujet, le très intéressant article de Ploum Le coût de la conviction). Il faut qu’il se passe un truc, qu’ils ou elles vivent l’injustice ou les problèmes de la société dans leur vie, dans leur chair, chez leur proche, pour qu’un déclic puisse se faire. L’important, selon moi, c’est que lorsque ce déclic se fait, il y ait une réponse en face, quelque chose d’autre à proposer, et je me situe plutôt de ce côté-là : quand quelqu’un qui y croyait se retrouve dégoûté du système actuel, il faut être capable de lui présenter quelque chose d’autre qui soit désirable et fédérateur (ce qui rejoint ce que Framasoft essaie de mettre en place avec Contributopia).

Un roman sous licence libre, ça sert à quoi ? Qui pourrait s’en emparer ? Pour en faire quoi ?

Ça peut caler un pied de table aussi bien qu’un livre pas libre (bon, à condition de prendre la version imprimée, les fichiers informatiques étant moins adaptés au calage de meuble).

Par contre, par rapport à un livre pas libre, ça peut se modifier, se partager et même se vendre sans mon autorisation (enfin en fait, mon autorisation est générale et inscrite dans la licence). Imagine que ta table soit tellement bancale que mon petit bouquin de 360 pages ne suffise pas à la caler : eh bien tu aurais le droit d’y ajouter 4 chapitres pour atteindre les 490 pages nécessaires à caler ta table, et même copier cette version et la revendre à tes potes qui ont la même table pourrie que toi (au passage, les gars, changez de fournisseur de meubles). Va donc essayer de faire ça avec le dernier Amélie Nothomb…

Dans le cas de mon livre, il y a Patrice Monvel, un lecteur qui n’a pas de table branlante mais qui a un micro (et une voix), et qui s’est attelé à la lourde tâche de faire une version livre audio de Working Class Heroic Fantasy (je sais de quoi je parle, j’ai essayé d’en faire une, et j’ai abandonné au premier chapitre). Un grand merci à lui, au passage 🙂

Si vous prenez beaucoup les transports en commun mais que lire dans le bus vous donne la nausée, ça peut être une bonne façon de passer le temps ! Vous pouvez retrouver les fichiers (OGG + MP3) sur la page de chaque chapitre sur mon blog ou directement sur son blog à lui. Notez qu’il réalise d’autres livres audios, à partir de certaines nouvelles de Neil Jomunsi par exemple.

 

De quel personnage te sens-tu le plus proche ?

Sans doute de Zarfolk, l’ogre anarchiste. Bien que je ne sois pas (encore) un ogre… [NdA : je viens de gagner un pari]

C’est un ouvrage optimiste, finalement, ou pas ?

Plutôt, oui. Je pense que c’est un bouquin qui peut faire du bien à pas mal de monde. On est quand même dans une période pas facile : partout, tu vois des gens qui en ont ras-le-bol de subir le fameux « monde qui change » (mondialisation, capitalisme, néolibéralisme, etc., appelle ça comme tu veux), d’être sommés de se manger des beignes en souriant (la précarité heureuse, la flexisécurité et toutes les conneries du genre). Tu vois un monde qui court à sa perte, écologiquement comme socialement. Tu vois un désir d’autre chose, d’un autre idéal… allez, je m’autocite, tiens : d’un autre rêve.

"Il cause bien, mon dessinateur" dit un personnage de GeeEt en même temps, on n’arrive pas arrêter la machine (ni même à la freiner un peu), on se prend défaite sur défaite, on a des Trudeau, des Macron, des Merkel au pouvoir, on n’a plus gagné la moindre avancée sociale depuis des plombes et on se fait bouffer petit à petit la colonne vertébrale sociale que les types du CNR avaient réussi à mettre debout après la guerre. Le fait est qu’on ne sait plus comment lutter, qu’on n’en a plus la force… et, surtout, qu’on n’a plus la conviction de pouvoir réussir.

Donc oui, c’est un bouquin qui, clairement, a pour but de donner un peu de niaque et de patate, de redonner l’envie d’en découdre avec cette connasse de Tina. En toute humilité : ce n’est pas un bouquin qui changera le monde, mais si ça peut redonner l’espoir de pouvoir le changer à quelques personnes, ce sera déjà génial.

Du coup, l’exercice du roman, tu as trouvé ça comment ?

J’ai adoré. J’ai pris énormément de plaisir à l’écrire (et aussi – je sais que ça ne se dit pas, mais bon – à le relire). J’ai hâte de commencer le deuxième, mais pour l’instant, j’enchaîne l’écriture de petits synopsis et j’ai encore du mal à me décider sur lequel utiliser comme base pour mon prochain roman… comme on parle d’exercice d’écriture qui s’étale sur plusieurs mois, il faut que ce soit un truc qui m’accroche, me motive et ne me lâche pas au bout de deux semaines (j’ai déjà fait cette mauvaise expérience plusieurs fois, alors que pour Working Class Heroic Fantasy, j’ai gardé la flamme de A à Z).

Ce qui est fabuleux, c’est de pouvoir raconter à peu près n’importe quoi sans être bloqué par la forme. D’habitude, je fais des BD. Et comme je ne sais pas dessiner (vous n’aviez même pas fait gaffe ?), je suis énormément bloqué dans la forme : je peux avoir envie de dessiner une scène de combat épique avec un attroupement d’elfes syndicalistes face à des milices orquogobelinesques, mais le fait est que j’en suis incapable. Alors que dans un roman, il suffit de l’écrire… même s’il est toujours possible de l’écrire plus ou moins bien. 😉

Tu es parti d’un plan ou bille en tête sans réfléchir ?

J’avais ma situation initiale, mes personnages principaux et je savais où je voulais arriver à la fin du bouquin, mais c’est tout. J’ai déjà eu plusieurs tentatives infructueuses d’écriture de roman où je m’étais enfermé dans un plan et où, en fait, ça m’avait bloqué. Donc je suis parti dans l’idée que c’était une aventure, et qu’il était aussi bien que je la découvre avec mes personnages.

Bon, en vérité, après quelques chapitres, il y a malgré tout un plan qui s’est dessiné dans ma tête, des idées de scènes que je voulais pouvoir faire, etc. Mais c’est resté assez mouvant. D’ailleurs, petite anecdote : j’ai géré mon dossier de travail avec Git et je peux donc facilement revoir les versions précédentes. Eh bien je viens de regarder, et le synopsis de départ est quand même sensiblement différent de ce que l’histoire raconte dans sa version finale. Comme quoi, rien n’est figé…

On n’a pas vérifié, mais il se pourrait bien que tu sois le plus prolifique des auteurs Framabook. Tu as un message à faire passer ? ^^

Mon plan secret est d’annexer les éditions Framabook et d’en faire des Geebook, mais ne leur dites surtout pas, ils ne s’en sont pas encore rendu compte. Je les attaque par tous les fronts, aventures BD de 44 pages au format A4, recueils de strips au format A5, maintenant roman… j’ai plus qu’à leur faire un manuel, genre « Écrire des scripts Ruby dégueulasses en 10 leçons », et ils seront bien feintés.

À part nous, tu aimerais être interviewé par qui ? Allez, fais un vœu.

Oh, c’est pas courant, comme question, ça.

Mmh, je dirais par les gens de la chaîne Thinkerview. J’aime beaucoup ce qu’ils font : l’interviewer pose des questions pertinentes, sans détour, et les invités ont tout leur temps pour répondre, sans être contraints par un format millimétré comme à la télé ou à la radio en général (même si l’intervieweur a parfois tendance à un peu trop couper la parole). Après, j’aurais du mal à voir pourquoi ils iraient m’interviewer moi. 😀

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Funkwhale, les baleines mélomanes libres et décentralisées

Aujourd’hui nous laissons bien volontiers les commandes à Narf, une étudiante actuellement en stage chez Framasoft. Sa mission porte sur la vulgarisation des concepts de « fédération », notamment au travers de PeerTube, mais aussi plus largement du protocole ActivityPub. Afin de découvrir cet univers (ou ce fediverse ;)), nous lui avons proposé d’interviewer des personnes travaillant ou réfléchissant autour de cette problématique.

Comme beaucoup d’entre vous, je me pose de nombreuses questions sur l’avenir d’un internet où des géants monopolisent et centralisent l’espace public sans nous demander notre avis. La construction de nos propres médias sociaux semble être une belle manière de s’émanciper, tout en chérissant notre réseau social. Celui avec lequel nous aimons partager nos pensées, des bribes de nos joies ou tristesses, des vidéos qui nous ont fait rire, réfléchir, des musiques qui nous font frissonner. L’enjeu est de taille, vous ne trouvez pas ?

Cependant, contrairement au modèle que les géants cherchent à nous imposer, il faudra que chaque personne puisse, si elle le souhaite, poser sa pierre pour construire les villages de ce nouvel univers appelé le fediverse. Pour ce faire, il ne suffit pas d’avoir une pierre à poser, il faut aussi pouvoir la tailler, savoir pourquoi et comment la poser. On sait bien ça chez Framasoft ! Lors de ces quelques mois que je vais passer dans l’asso, je vais apprendre sur les concepts de « fédération » et essayer de transmettre au maximum ce que j’aurai appris afin qu’ensemble nous rendions plus facile l’accès à cet univers !

Avec le projet Funkwhale, Eliot Berriot participe, à sa manière, à la construction du fediverse. Nous avons voulu en savoir plus sur son parcours et sur ce projet : on apprend une nouvelle fois que technique et vision de société ne vont pas aller l’un sans l’autre.

Salut Eliot, est-ce que tu pourrais te présenter brièvement ?

Alors je m’appelle Eliot, j’ai 25 ans, et je suis tombé dans le développement de façon assez tardive / inhabituelle (je pense) : à la base, j’ai fait un bac L et des études pour devenir libraire ! Au cours de mes études supérieures, j’ai commencé à faire de la programmation en python pour le plaisir (sur le site du zéro, à l’époque), et petit à petit j’ai fait des sites web pour les amis, la famille etc. À tel point qu’à un moment, j’ai fini mon cursus (en licence pro) et je me suis établi à mon compte en tant que développeur web freelance. J’ai fait ça pendant 1 an ou 2, puis j’ai rejoint une SCOP, Au Fond À Gauche, où j’ai travaillé pendant plus de deux ans en tant que développeur / chef de projet technique. Après quoi, j’ai rejoint ma boite actuelle, People Doc où je me trouve depuis Octobre 2017, toujours comme développeur.

Super intéressant ce parcours en auto-formation !

Complètement en autoformation, oui. C’est un truc qui me plaît énormément dans ce monde là : la possibilité d’apprendre a son rythme, avec les ressources disponibles.

Nous, on t’a connu grâce à ton projet Funkwhale. Est-ce que tu pourrais le présenter aux lecteurs du Framablog ?

Le concept de Funkwhale est assez similaire à Grooveshark, d’où le nom d’ailleurs. Pour ceux qui ne connaissent pas, Grooveshark était un service de streaming musical, un peu comme Deezer ou Spotify, très axé sur les interactions entre utilisateurs, le côté social. L’expérience utilisateur était vraiment bonne, avec un player web de qualité, et la possibilité d’écouter de la musique pendante des heures sans pub. Le service a été fermé il y a quelques années suite à des soucis avec les ayants-droit.

Le logo de Funkwhale

Il y a cependant des différences qui sont : le développement sous licence libre, la possibilité d’installer et de gérer son instance Funkwhale sur son serveur, en autonomie, comme avec Mastodon, par exemple. Et bien entendu, on n’est pas encore à parité fonctionnelle avec Grooveshark. Il y a certaines fonctionnalités qui étaient présentes (et aussi sur d’autres services de streaming, j’imagine), qui ne sont pas encore réimplémentées dans Funkwhale. Par exemple, les broadcast, une fonctionnalité que j’aimais beaucoup : un utilisateur peut live-streamer des musiques de son choix et ceux qui le souhaitent peuvent se connecter sur ce stream et écouter la même musique, au même moment un peu comme une radio. Ça permet de partager et de découvrir de la musique sur un mode très fun.

Effectivement, c’est sympa comme fonctionnalité, ça met plus d’interaction dans le partage. Ça fait sens si tu as envie de créer une vraie communauté autour de la musique !

Tout à fait : chaque broadcast avait aussi un chat, et les utilisateurs pouvaient suggérer des chansons à jouer ensuite, c’était très participatif. Je crois même que certaines personnes faisaient des broadcasts à temps plein et en tiraient des revenus.

Qu’est ce qui t’as motivé à faire ce projet ?

C’est le résultat d’un parcours perso assez long. En parallèle de ma découverte du développement, je me suis beaucoup intéressé aux questions d’auto-hébergement. J’essaie depuis environ 5 ans d’héberger le plus possible mes données et de ne pas me reposer sur des services tiers / fermés (pour les mails, la synchro de fichiers, etc). Quand les solutions existantes ne me satisfaisaient pas, il m’est arrivé de développer des outils perso (par exemple, mon premier gros projet web était un lecteur de flux RSS / moteur de blog). A un moment, Grooveshark que j’utilisais beaucoup a fermé, et j’ai commencé à me dire « tiens, et ça, si je l’hébergeais ? ». Malheureusement, les solutions existantes ne me satisfaisaient pas, principalement pour deux raisons :

  • Soit je les trouvais peu agréables d’utilisation,
  • Soit elles étaient mono-utilisateur, alors que je voulais quelque chose qui puisse permettre à des personnes de se retrouver autour de la musique, comme sur Grooveshark.

Du coup, j’ai retroussé mes manches, et j’ai commencé à travailler sur Funkwhale. Ça remonte à deux ans et demi / trois ans, à peu près. La première version était assez… pas terrible, disons-le. Mais ça marchait quand même, je pouvais importer mes artistes préférés et jouer ma musique sans dépendre de personne et sans pub, et ça, c’était cool ! Ensuite l’année dernière, j’ai entrepris une réécriture complète de l’interface (qui était ce qui posait le plus problème), pour arriver en gros sur ce que l’on a maintenant. Comme ça devenait utilisable et assez riche fonctionnellement, j’ai commencé à en parler sur Mastodon, en début d’année, et puis cela a pas mal pris 🙂

Qu’est-ce qui différencie Funkwhale d’un autre site de partage comme Soundcloud ?

N’utilisant pas Soundcloud, j’aurais un peu plus de mal à être juste je pense. Mais pour ce que j’en ai vu, Soundcloud semble s’adresser plutôt aux personnes qui créent de la musique. Grooveshark (et Funkwhale) sont plus axés « auditeur » (du moins pour le moment :D)

Mais si les utilisateurs ne sont pas, a priori, « créateurs de contenu », comment ça se passe pour les droits d’auteurs ? C’est quand même ce qui a fait fermer Grooveshark. Qui est-ce qui va gérer ça ?

Je l’attendais, celle là ! Il faut évidemment aborder ces questions, d’autant que ça peut effrayer certaines personnes ! Tout d’abord, il faut bien distinguer Funkwhale en tant que logiciel, ce qui permet de faire tourner une instance, d’une instance Funkwhale, qui est un serveur qui fait tourner le logiciel Funkwhale. C’est exactement le même principe que PeerTube. Funkwhale, en soi, c’est un logiciel qui permet d’importer de la musique et de la mettre à disposition des utilisateurs d’une instance (ou potentiellement d’autres instances, avec la fédération). Aucune musique n’est livrée avec, donc le projet en lui même est une coquille vide.

Ce sont les personnes qui gèrent une instance et qui vont mettre en ligne de la musique qui sont responsables du volet « respect de la propriété intellectuelle ». D’ailleurs, dans son mode par défaut, une instance Funkwhale et la musique qu’elle contient sont uniquement accessibles aux personnes inscrites sur l’instance (et les inscriptions sont fermées par défaut).

Du point de vue de la loi, à ma connaissance, il n’y a pas d’interdiction a mettre en ligne de la musique que l’on a achetée légalement, pour pouvoir l’écouter sur d’autres supports / machines. Ce qui est réprimé, c’est le partage hors du cercle familial amical, par exemple avec des inconnus via torrent. Héberger une instance Funkwhale pour les copains et/ou la famille me semble (mais je ne suis pas juriste) globalement dans les clous. C’est une plateforme d’hébergement de contenus donc les personnes gérant la plateforme auront à répondre des infractions s’il y en a, si leur plateforme est publique et accessible à n’importe qui.

Tu parles d’un cercle familial mais la fédération, que tu as récemment mise en place, ne rentre plus dans ce cadre, si ?

La question se pose, oui. Depuis peu, Funkwhale permet de fédérer les catalogues musicaux de différentes instances pour les rendre accessibles à d’autres instances. Pour essayer de limiter les problèmes potentiels et leurs conséquences, sur Funkwhale, la fédération se fait par défaut sur un mode très restrictif. Les catalogues musicaux des instances ne sont pas accessibles sans autorisation. Donc une instance A doit demander l’accord d’une instance B pour accéder à son catalogue. Cela permet de révoquer l’accès en cas de besoin, par exemple. D’autre part, par défaut, les fichiers musicaux ne sont pas répliqués d’une instance à l’autre (hors pour du cache sur une période assez courte). Ainsi, on pourrait imaginer avoir des grosses instances hébergeant de la musique libre partageant leurs contenus avec de petites instances possédant du contenu protégé.

Ouh là là, certains lecteurs assidus du Framablog t’ont sûrement suivi sur ce coup mais, pour les autres, pourrais-tu expliquer simplement ce qu’est la fédération ?

Alors la fédération, tel que je le conçois, c’est un mécanisme qui permet à différents intervenants sur un réseau de s’échanger des messages, de se comprendre. L’intérêt de la fédération, c’est également de réduire le développement de SPOF (single point of failure, les endroits ou si ça pête, tout pête) puisque dans un réseau fédéré, la chute d’un acteur n’affecte pas les autres acteurs outre mesure. Ainsi, si le fournisseur e-mail d’un·e de vos amis ne fonctionne plus et que vous êtes chez un autre fournisseur, vous pouvez continuer à lire vos mails, car l’e-mail fonctionne sur un mode décentralisé et fédéré.

À l’inverse, sur des services centralisés, en silos, comme YouTube ou Spotify, si le service devient indisponible ou disparaît, plus aucun utilisateur ne peut en bénéficier. C’est ce qui fait que Funkwhale ne disparaitra jamais à la manière de Grooveshark : si l’on ferme une instance, les autres continueront de fonctionner et, même si l’on fait disparaître le projet et les sources, les instances existantes continueront de fonctionner. Là encore, on est sur un concept assez proche de PeerTube, dont le fonctionnement parle probablement plus aux lecteurs et lectrices de ce blog.

Pour une personne non initiée pourrait-on simplifier en disant : une instance = Funkwhale auto-hébergé / les messages = la musique que l’on met sur Funkwhale ?

À l’heure actuelle plus ou moins oui. En fait une instance va notifier ses « followers » (les instances qui ont accès à son catalogue) quand elle importe de la musique. Celles-ci, en fonction de leurs paramétrages, vont pouvoir la rendre accessible immédiatement et en temps réel dans leur catalogue. Mais à terme, la fédération ira plus loin, et inclura aussi le contenu des utilisateurs. Typiquement, si tu crées une playlist sur ton instance A et que je te follow sur mon instance B, je pourrai écouter ta playlist ou bien la partager avec mes followers. Je pourrais également envoyer un message à un·e ami·e sur une instance C pour lui conseiller d’écouter telle ou telle chanson.

Interface officielle de Funkwhale

Est-ce que tu avais développé Funkwhale en ayant déjà la fédération derrière la tête ?

En fait je voulais que les instances communiquent, mais je n’avais aucune idée du comment. Très concrètement, c’est grâce à mon année passée sur Mastodon et aux discussions que j’ai vu passer régulièrement sur ActivityPub que je me suis rendu compte que c’était faisable. Auparavant, je voyais ça comme une fonctionnalité extrêmement complexe, ça me refroidissait beaucoup.

Est-ce que tu peux expliquer aux lecteurs du framablog ce qu’est ActivityPub ? À quoi ça sert, comment ça marche ?

Alors tout à l’heure je disais que la fédération, c’était le mécanisme qui permettait a des acteurs d’un réseau de s’échanger des messages. ActivityPub, qui est maintenant un standard du W3C, c’est un protocole qui permet de faire de la fédération, et qui définit notamment la structure des messages, leur contenu possible, l’endroit où il faut les envoyer, etc. Ça permet à ceux qui l’implémentent [les différents logiciels] de parler la même langue et donc de communiquer. Une des grandes forces du protocole, c’est qu’il réutilise des choses qui existaient déjà (HTTP pour l’envoi des messages, Json-LD pour la structure, Activity Streams pour les vocabulaires, c’est-à-dire le contenu des messages). Il rajoute finalement assez peu de choses ce qui permet de réutiliser plein d’outils déjà existants.

Pourquoi as-tu choisi ce protocole ?

Je l’ai choisi principalement parce que je ne suis pas hyper calé sur la question, qu’il était relativement récent, et qu’il permettait potentiellement de communiquer avec le fediverse. On peut imaginer que si un jour Mastodon ou Pleroma intègrent un player audio, un utilisateur de Funkwhale puisse recommander de la musique à un utilisateur de Mastodon, et que celui-ci pourra lire la musique en question directement dans Mastodon.

Tu dis que tu n’es pas hyper calé sur la question mais tu l’as quand même implémenté rapidement ! Quels sont tes retours pour l’instant sur la fédération des différentes instances Funkwhale ?

Les retours sont assez positifs, il y eu quelques couacs et bugs dus à des problèmes de tuyauterie, mais sinon ça fonctionne, ce qui fait plaisir. Ce qui manque principalement, à mon avis, ce sont des instances avec lesquelles fédérer mais il y en a régulièrement de nouvelles, donc le problème va disparaître avec le temps !

Tu m’as dit être émerveillé que ce projet intéresse tant de monde : on pourrait dire que le projet prend bien, alors ? Comment cela se fait d’après toi ?

Est-ce que ça prend bien ? Je dirais que oui : le chan matrix (#funkwhale:matrix.org) est assez vivant, il y a régulièrement des nouvelles idées, demandes, et des instances qui ouvrent (il doit y en avoir une petite dizaine je dirai). J’ai également quelques personnes qui contribuent sur des fonctionnalités spécifiques. J’espère arriver à réduire la difficulté d’accès pour les contributions externes, parce que le projet étant quand même assez complexe, ce n’est pas toujours évident. En ce moment je rédige beaucoup de documentation (installation, contribution, etc).

Pour moi, si le projet prend bien, c’est d’une part parce que le public auquel je me suis adressé jusqu’à maintenant (sur Mastodon) est assez sensible aux questions d’auto-hébergement, de décentralisation. C’est aussi grâce à la hype, à mon avis tout à fait justifiée, autour de PeerTube. Il y a deux mois, avant l’arrivée de la fédération dans Funkwhale, la question de la fédération était quasi systématique : « est-ce que Funkwhale peut se fédérer comme PeerTube ? ». J’ai passé beaucoup de temps sur cette fonctionnalité, parce que j’ai vu qu’il y avait une vraie demande et le fait d’y répondre en partie a contribué à susciter l’intérêt je crois 🙂

Pour les technos qui nous lisent : quels sont les conseils que tu pourrais donner à d’autres développeurs qui souhaiteraient implémenter de la fédération dans leurs logiciels ?

Aux personnes qui veulent se lancer dans de la fédération je dirai :

  1. Définissez bien en amont ce que vous voulez, et commencez par quelque chose de petit, dans le doute,
  2. N’ayez pas peur de demander de l’aide, car il n’y a pas encore beaucoup de ressources sur le sujet (sur Mastodon, il y a des tas de personnes prêtes à vous répondre dont moi-même).

Le 1. est important car c’est beaucoup plus dur de faire évoluer une fédération une fois qu’elle est lancée.

Quand tu conseilles de commencer par quelque chose de petit, tu parles de ce qui est fédéré ?

Je veux dire petit sur le plan fonctionnel. Par exemple, pas la peine d’essayer de ré-implementer Mastodon du premier coup. Mais peut-être juste une fonctionnalité qui permette de favoriser un toot du fediverse et de notifier son auteur que l’on a favorisé. Cela évite de se confronter à tous les problèmes d’un coup. Quand j’ai commencé sur la fédération, j’ai juste fait un bot coté Funkwhale qui pouvait recevoir des follows et répondre « pong » quand on lui envoyait le message « /ping ».

Tu as utilisé la doc de W3C ou tu considères que c’est vraiment en échangeant sur Mastodon que tu as pu avancer ?

Non, la spécification m’a énormément servi ! Le principal souci, c’est que la partie « gestion de l’authentification et des autorisations » n’est absolument pas spécifiée, donc là il a fallu aller creuser dans le code de Mastodon / PeerTube.

Est-ce que c’est important pour toi que le logiciel que tu as développé soit libre ?

C’est une question très importante pour moi. Je me suis fixé comme contrainte avec Funkwhale et depuis le début de ne bosser qu’avec des composants libres, et autant que possible, auto-hébergés. Ceci est valable tant pour la partie développement pure (le projet en lui même utilise des langages / bibliothèques libres), que pour la partie infrastructure autour du projet, qui est souvent complètement oubliée quand on pense « logiciel libre ». Ainsi, Funkwhale est développé sur mon Gitlab perso (en attendant un Gitlab dédié au projet ?), je communique dessus exclusivement sur des réseaux libres (Matrix, Mastodon…), l’intégration continue est également sur mes serveurs perso, etc. J’essaie de réfléchir, mais je ne vois pas une seule brique non-libre ou centralisée qui intervient dans le processus de développement du projet ou dans son fonctionnement au sens large.

Le principal souci que je vois avec ce montage, c’est que Funkwhale est du coup très lié à mon infrastructure d’auto-hébergement perso. Si le projet continue, il faudra mettre en place une structure administrative et des outils et moyens dédiés au projet je pense. Quant au projet lui-même, il est sous licence BSD, qui est une licence extrêmement permissive et que j’ai choisie un peu au hasard. J’avoue ne pas être très calé sur la question des licences et je suis ouvert à l’idée d’utiliser une autre licence plus adaptée au projet et à sa pérennité s’il le faut.

Pourquoi t’être donné toutes ces contraintes ?

Des raisons de placer le projet sous licence libre, j’en vois plein ! En vrac :

  • m’assurer que le projet puisse continuer même si j’arrête ou que je disparais,
  • permettre à d’autres personnes de participer et d’enrichir Funkwhale, ce dont je profiterai directement, étant utilisateur de l’outil et qui ne serait pas possible sur un modèle fermé,
  • rendre dans une certaine mesure une petite partie de ce que j’ai « pris » à la communauté. J’utilise Seafile, Mailcow, Firefox, Debian, et des centaines d’autres logiciels libres, chaque jour. Je ne contribue pas forcément à ces logiciels, mais si je peux enrichir ce patrimoine commun avec quelque chose qui répond à un besoin tant mieux !
  • cela m’a servi au cours de ma vie pro, pour montrer ce sur quoi je bosse facilement, pour que des personnes puissent lire du code que j’ai écrit

Et sur l’utilisation du libre dans le cadre du projet, je dirai que c’est par esprit de cohérence. Je me sens toujours très mal à l’aise de contribuer sur des projets libres sur Github, par exemple. Je n’ai rien contre Github en particulier, c’est une entreprise qui fournit un service de qualité, mais c’est devenu un SPOF énorme. Si Github tombe un jour, pour une raison ou une autre, le logiciel libre prendra un sacré coup ! Idem, je ne me vois pas faire un compte Twitter pour Funkwhale. Enrichir des publicitaires ? Très peu pour moi ! C’est aussi un moyen de garder le contrôle sur les moyens de production. Si je n’aime pas quelque chose dans Gitlab, je peux forker Gitlab, ou contribuer au projet pour le faire évoluer dans un sens qui me convient. Ce n’est tout simplement pas possible avec Github.

J’applique le même raisonnement pour les contributions financières. J’aurai pu ouvrir une page Patreon, par exemple, mais j’aurais été constamment tributaire de leurs décisions, de leur business-model etc. Avec Liberapay, je sais que je peux participer à l’évolution du projet, que ça ne sera pas racheté du jour au lendemain pour faire des sous.

Tout ça, ça donne de la tranquilité d’esprit, permet de travailler d’une façon plus posée, en accord avec ses principes. C’est important pour moi, même si du coup cela prend un certain temps pour mettre les pièces du puzzle en place, trouver et configurer des alternatives, etc. Mais je crois qu’il faut plus le voir comme un investissement que comme un coût. C’est une vision de la société, des interactions humaines et de ce qu’elles pourraient être. J’ai envie de participer à l’émergence de ça, une société qui soit basée sur le don, la bonne volonté, le positif en fait. Pour moi, cela passe notamment par le fait de développer Funkwhale sur ce mode, et d’utiliser Funkwhale comme levier pour mettre en valeur / utiliser d’autres projets qui fonctionnent sur ce même mode, pour créer un écosystème.

D’ailleurs, c’est développé en quel langage ?

Funkwhale est un projet découpé en deux composants : la partie API, autrement dit le back-end, qui gère les données, la musique, etc, et le front-end, qui est l’interface officielle du projet. Ce découpage complique certaines choses, mais a aussi énormément d’avantages. Premièrement, il est totalement possible d’utiliser Funkwhale avec d’autres clients (Desktop, Android, etc.), ou même avec une interface web différente de l’interface fournie avec le projet.

Quand on parle de contribuer à Funkwhale, on va donc parler généralement de contributions à l’un ou l’autre de ces composants. Le back-end est écrit en Python 3 avec Django (c’est un framework web sur lequel je suis très à l’aise et productif). Le front-end est écrit en VueJS, un framework Javascript assez simple à prendre en main mais très puissant. Et j’utilise la bilbiothèque Semantic UI pour les styles, car je la trouve très complète et jolie (c’est un peu le même principe que Bootstrap, ça fourni des composants et des outils pour obtenir une interface cohérente et fonctionnelle).

Le fait que Funkwhale soit séparé en plusieurs composants permet donc aux personnes voulant contribuer de participer sur le volet qui les intéresse. Jusqu’à maintenant, c’est la partie front qui a reçu le plus de contributions externes, avec par exemple un travail qui a été mené par Baptiste sur l’internationalisation et le design de la sidebar. Une autre personne a récemment contribué à la rédaction de la documentation pour permettre l’installation de Funkwhale avec le serveur web Apache. Je sais qu’une autre personne a également commencé à travailler sur la prise en charge du format Flac. Je demeure toujours le principal contributeur du projet, comme tu peux le voir ici. Néanmoins, j’espère que cela bougera dans les mois à venir, avec l’arrivée de nouveaux utilisateurs et utilisatrices et l’amélioration de la documentation.

 

Tu dis que l’auto-hébergement t’es venu par l’envie de recontrôler tes données : cette préoccupation semble traverser de plus en plus de personnes en ce moment. Cependant, installer Funkwhale sur son serveur, ça ne s’adresse pas à tout le monde, si ?

Effectivement il faut avoir un minimum de compétence et de curiosité pour installer une instance Funkwhale (ou PeerTube, ou Mastodon…). Ce n’est donc pas à la portée de tout le monde, mais cela reste malgré tout à la portée de beaucoup de personnes, je pense. D’autre part, chacun n’a pas besoin d’avoir son instance. Funkwhale étant multi-utilisateur, on peut envisager des déploiements par famille, par collectif, par CHATONS…

Enfin, une des grandes nouveautés de ces dernières années, c’est à mon avis Docker qui réduit grandement les difficultés à installer un service tel que Funkwhale. Tout le monde n’est pas forcément convaincu par cette techno, qui a aussi ses problèmes, mais la simplicité pour les déploiements est quand même un atout assez fort. Très concrètement, si tu consultes la doc d’installation de Funkwhale sur Docker, tu pourras constater qu’il suffit d’une dizaine de commandes à exécuter pour installer Funkwhale sur son serveur.

Ceci étant, oui, il y a un travail de pédagogie à faire pour rendre l’installation de ce genre de services plus simple, moins effrayante. Et aussi du boulot à faire pour intégrer ça avec les systèmes de packaging existant (Yunohost, Cloudron, etc.). D’ailleurs, un dernier mot sur l’auto-hébergement, mais un utilisateur a réussi à installer et à utiliser Funkwhale sur Raspberry Pi ! Je pense que c’est un bon indicateur du fait qu’une instance Funkwhale peut tourner sur des systèmes pas forcément hyper puissants, donc avec un coût réduit.

Est-ce qu’il existe un endroit où l’on peut être mis en relation avec des personnes qui hébergent leur instance (un peu comme joinmastodon.org ou joinpeertube.org) ?

Oui, c’est par ici.

Join Funkwhale

Comment est-ce que tu arrives à t’en sortir avec ce projet et ton boulot ?

En termes d’organisation, c’est vrai que c’est assez chronophage. En trois ans, je pense que j’ai consacré plusieurs centaines d’heures à ce projet, probablement aux alentours de 500 ou 600. Cela se fait sur mon temps libre, puisque je suis également salarié à temps plein. Fort heureusement, c’est avant tout un plaisir pour moi de faire évoluer cet outil et de l’utiliser au quotidien. C’est un travail entièrement bénévole, même si j’ai récemment ouvert une page Liberapay sur laquelle les contributeurs et contributrices du projet peuvent recevoir des dons.

À moyen terme, si je reçois suffisamment de dons via ce biais, j’envisage de réduire mon temps de travail salarié pour consacrer plus de temps au projet.

Autrement, un message à faire passer aux personnes intéressées par le projet et qui voudrait y contribuer ?

Oui : les contributions peuvent être de toutes sortes, et pas seulement financières ! Corriger une erreur typographique, remonter un bug, faire le tri dans les tickets, commenter des discussions pour apporter des compléments d’information, ce sont des contributions valables qui vont faire avancer le projet. Le code ne fait pas tout, loin de là. Le simple fait de parler du projet, comme tu le fais, ou de dire merci, c’est également une contribution qui booste le moral et la motivation, attire d’autres contributeurs, etc. Bref c’est un cercle vertueux !

Et si une personne est intéressée pour contribuer au code, je maintiens également une liste d’issues « faciles » sur le Gitlab. Ce sont des issues faciles pour une première contribution, pour découvrir le projet. Je n’ai pas spécialement d’expérience en gestion de projet libre, Funkwhale est mon premier projet avec cette ampleur, donc je découvre chaque jour, j’essaie d’améliorer ce qui peut l’être pour réduire la barrière à l’entrée pour de nouvelles personnes.

Tu me disais qu’on pourrait te retrouver aux Rencontres Mondiales du Logiciel Libre (RMLL) ?

Tout à fait ! Suite aux nombreux échanges qui ont eu lieu après l’annonce de l’arrivée de la fédération dans Funkwhale, je suis entré en contact avec Jérémie qui m’a proposé de venir présenter le travail effectué dans Funkwhale aux RMLL 2018 qui auront lieu à Strasbourg début juillet. La présentation a pour titre « Web fédéré avec ActivityPub et WebFinger » et sera une introduction au fonctionnement concret de ces deux protocoles qui permettent de construire des applications fédérées. J’en profiterai également pour faire le lien avec ce qui a été fait dans Funkwhale, partager les techniques employées, les soucis rencontrés, etc. Les modalités pratiques et la date ne sont pas encore définies mais je pense que le programme définitif sera diffusé prochainement sur le site des RMLL.

Merci pour tes réponses Eliot ! Comme de coutume, on te laisse le mot de la fin :

Tout d’abord, merci de m’avoir consacré du temps pour parler de ce projet. Cela me touche énormément, d’autant plus que je me sens assez proche de l’état d’esprit Framasoft, dont je suis les actions depuis plusieurs années: essayer de travailler avec les gens, de faire émerger autre chose, d’accompagner les personnes, plutôt que d’être en mode « Lis le fichu manuel!!!! ». Si vous souhaitez vous impliquer ou tout simplement en savoir plus, je voudrais donc vous dire ceci : n’ayez pas peur de venir discuter sur Matrix ou sur Mastodon. Je prends personnellement énormément de plaisir à accueillir les nouveaux et nouvelles venu et à répondre aux questions, techniques ou non. Et si vous souhaitez mettre la main à la pâte mais n’êtes pas sûr⋅e de savoir comment faire, on vous aidera !

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Aquilenet, 7 ans d’internet libre en Aquitaine

7 ans. Sept ans que Aquilenet, fournisseur d’accès à Internet associatif bordelais, construit de l’Internet bénévolement, localement, politiquement et maintenant en fédération. Sept ans également à faire de la sensibilisation, aussi bien sur les questions d’Internet, de vie privée, de logiciel libre que de critique des médias et de médias indépendants. On aurait pu croire qu’après autant de temps cette association se serait essoufflée mais loin de là : un passage en collégiale, un nouveau local, un data-center associatif et bien plus encore !

Frigo du local – CC-BY-SA – Bram

— Bonjour le collectif d’Aquilenet, c’est un plaisir de vous avoir, est-ce que vous pouvez vous présenter brièvement ?

Bonjour, plaisir partagé 😉, nous sommes donc Aquilenet, Fournisseur d’Accès Internet associatif en Nouvelle Aquitaine, et plus précisément localisé à Bordeaux. Nous comptons actuellement pas loin de 150 membres et sommes actifs depuis 2010 !

Aquilenet est un fournisseur d’accès à internet (FAI) associatif, qu’est-ce que c’est ? En quoi le côté associatif fait une différence ? À qui vous vous adressez ?

Le plus ancien fournisseur d’accès à Internet de France encore actif est un fournisseur d’accès associatif. C’est-à-dire que dès le début de l’Internet en France, on a vu des gens passionnés se rassembler entre eux pour construire quelque chose à leur échelle. Et puis sont arrivés les fournisseurs commerciaux : France Télécom, AOL, Club-Internet, Wanadoo, Neuf… Enfin, maintenant, on connaît leurs nouveaux noms : Orange, SFR, Free, etc. Ce sont d’immenses entreprises, qui couvrent tout le territoire national, et sont là pour faire ce que font les entreprises : vendre des services et faire des bénéfices. On en connaît les dérives : ces entreprises, qui ont la mainmise sur le réseau, peuvent contrôler ce qu’on a le droit – ou non – de consulter, choisir si on peut brider ou non une connexion, desservir volontairement plus ou moins bien le client suivant ce qui les arrange, et évidemment pratiquer une surveillance généralisée : on leur donne les clés et on utilise ce qu’ils veulent bien nous donner.

Un FAI associatif, c’est un petit ensemble de gens passionnés, qui veulent faire du réseau propre et fournir un Internet libre. On peut boire une bière avec. On peut littéralement voir comment c’est fait, voir ce qu’ils font de nos données. Il n’y a pas de dérives mercantiles, car ce n’est de toute manière pas concurrentiel avec les FAI dits « commerciaux ».
En bref, les clés sont à nous, et on se réapproprie Internet, le réseau, et nos données : on fabrique nos propres bouts d’Internet, on est Internet !

En plus de cela, notre volonté étant de créer du réseau, on peut amener Internet là où les FAI commerciaux n’en voient pas l’intérêt. Ce sont les fameuses « zones blanches » dont on entend parfois parler. Pour nous, l’intérêt, c’est d’apporter l’accès au net à tout le monde, partout.

On s’adresse à tout le monde, comme n’importe quel autre FAI, à la différence que les assos sont essaimées partout en francophonie ; et qu’on va donc plutôt essayer d’agir en tant qu’acteur local. Parce qu’une fois de plus, un FAI associatif, c’est à l’échelle humaine. On peut discuter directement avec, on peut s’investir dedans. Et on peut, bien entendu, se contenter d’avoir une connexion Internet propre, neutre et libre de toute surveillance.

En gros, on est un peu comme une « AMAP » (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) de l’Internet !

Bien sûr, on ne peut pas profiter des tarifs de gros auxquels les gros opérateurs ont accès, donc les accès ADSL sont typiquement un peu plus chers : 35-40€ par mois pour de l’ADSL sans téléphone. Mais d’autres fonctionnements sont possibles: des voisins peuvent se regrouper pour partager une ligne ADSL tout en ayant chacun son adresse IP propre, partageant ainsi les coûts.

C’est une démarche fortement engagée politiquement, qu’est-ce qui vous a poussé⋅e⋅s à vous lancer dans cette aventure et à la continuer ?

Pour n’importe quel être humain ayant été connecté à Internet, construire et cultiver son propre carré vert d’Internet peut sembler être une expérience excitante et passionnante ! La soif d’apprendre, la quête de sens avec la participation à la construction d’un Internet « propre », et le fait de devenir un acteur sur le sujet sont des éléments qui nous ont vite motivés à nous lancer dans cette aventure.

D’autre part fournir de l’accès à Internet avec une infrastructure permet d’aider aussi de nombreux projets à émerger, et aussi d’aider pas mal les copains, nous fabriquons ensemble notre bout d’Internet.

Mais au fait il est à qui le net ? À NOUS !!!

Et au-delà de Aquilenet on entend dire que vous lancez une structure qui s’appelle « C’est le bouquet », qu’est-ce que c’est ? Pourquoi vous le faites ? Qui est-ce que vous visez ?

C’est Le Bouquet est une initiative qui a commencé à pointer le bout de son nez en 2017. Nous avons été contacté⋅e⋅s par un certain nombre d’associations ou de collectifs, qui voulaient plus que les services qu’Aquilenet fournit historiquement. Il leur fallait un ensemble d’outils propres, dégooglisés – le lectorat saura de quoi on parle – et sous leur contrôle. Des outils fiables, parce qu’on parle d’associations, ONG, collectifs, et que leurs communications doivent être sous leur contrôle : courriels, travail collaboratif… Pour tout cela, il faut du libre, sur un réseau qu’on sait propre, en lequel ils peuvent avoir confiance et qui sera maîtrisé sur toute la chaîne ou presque.

Alors l’idée a germé de créer quelque chose qui proposerait un bouquet de services libres et neutres, avec tout ce qu’il faut pour que ces structures puissent travailler efficacement. C’est le bouquet était né !

À cela s’ajoute la création d’outils permettant de gérer l’ensemble efficacement, et la mise en place de formations et de SAV pour pouvoir en permanence répondre aux questions, intervenir au besoin, sensibiliser et éduquer à des manières de travailler qui seront parfois nouvelles.

Courriels, CRM, pads, hébergement de document, newsletters, listes de diffusion, et bien plus encore : tout le nécessaire sans Google, équipé de logiciels libres, hébergé sur des serveurs propres et locaux, sans filtrage, ni exploitation de données, ni surveillance, et le tout qui passe par l’Internet propre des tuyaux d’Aquilenet !
Il reste encore beaucoup à faire !

Mais… ça ressemble furieusement à un CHATONS ! Vous en êtes un ? Est-ce que vous pensez rejoindre ce collectif ?

Pour l’instant, ni Aquilenet, ni C’est le Bouquet ne se revendiquent CHATONS. Il n’y a pas pour l’instant de décision tranchée sur si oui ou non nous rejoindrions ce collectif… Le débat continue, entre la volonté d’indépendance de toute étiquette et le fait que, concrètement, les idées se croisent !

La preuve en est qu’il n’est pas besoin de faire partie des CHATONS pour proposer des services web de manière éthique ! Dites, comment on fait pour faire un fournisseur d’accès à Internet ? Comment on se connecte à Internet et on l’amène à des gens ?

Il y a de nombreuses façons d’y arriver, le mieux est de venir nous poser la question à la Fédération FDN, nous avons des documentations sur le sujet, nous pouvons accompagner et fournir des ressources pour aider au démarrage. D’autre part nous pouvons mettre en contact avec une association fédérée géographiquement proche du demandeur. Ce qui est motivant c’est que nous continuons à voir de nouvelles initiatives émerger et nous rejoindre.

Est-ce que vous ne faites que fournir de l’accès à Internet à des gens ?

Non ! À vrai dire, la fourniture d’accès à Internet est une toute petite partie de notre activité. On pourrait dégager deux grands axes pour décrire les activités d’Aquilenet. Un premier axe est davantage centré sur les services. Au-delà des accès ADSL, l’association propose également des accès VPN (bon… c’est un accès à Internet en fait), des machines virtuelles, de l’espace de stockage, du mail ou encore de la VoIP. Nous sommes également parmi les fournisseurs de Brique Internet. Nous participons à différents projets comme The DCP Bay, de la distribution de films pour les salles de cinéma indépendantes. Tout ça repose bien entendu sur du logiciel libre et est garanti sans filtrage ! La seconde activité d’Aquilenet est plus d’ordre militant dans le sens où nous travaillons beaucoup à faire connaître la neutralité du net, le Libre ou à communiquer sur des thématiques dont nous nous sentons proches. Nous sommes impliqués localement pour sensibiliser sur ces thématiques et poussons pour un développement de l’Internet local plus accessible aux petites structures.

Capture d’écran du débat entre Pierre Carles et Usul

D’autre part, nous organisons régulièrement des ateliers pour former les gens qui le souhaitent à des technologies très variées. Nous proposons aussi de temps en temps des projections au cinéma l’Utopia à Bordeaux ou des débats avec des intervenants toujours passionnants. Notre dernière projection en date était le documentaire Nothing to Hide dont nous avons participé à la distribution sur Internet. Dernièrement, nous avons également participé à la venue de Pierre Carles et Usul pour une soirée de discussion ouverte à toutes et à tous . Nous essayons aussi d’ouvrir des sentiers pas encore tracés : nous réfléchissons, par exemple, à l’intégration de Duniter, une cryptomonnaie libre qui se veut plus juste, dans nos moyens de paiement !

En interne, nous organisons des ateliers ouverts à toutes et tous, pour permettre à chacun de se former et de s’investir à son échelle. Nous avons lancé des groupes de travail aussi divers que la desserte en Wi-Fi des zones blanches, la communication, l’administration système, l’accueil, le support… Tout le monde peut mettre la main à la pâte quelles que soient ses compétences : on se forme entre nous !

Vous n’êtes pas le seul FAI associatif qui existe, il y a une même, on l’a vu, une fédération, la FFDN, dont vous êtes fondateurs.  Est-ce que vous pouvez un peu nous en parler ? Quelle est vous relation avec cette fédération ?

Carte des fournisseurs d’accès à internet associatifs montrant ceux de la FFDN (en bleu)

Nous sommes parmi les membres fondateurs de la  FFDN, la fédération qui rassemble les FAI associatifs de toutes tailles et de toutes localisations. Nos membres sont par définition également membres de celle-ci, certains y sont très actifs, d’autres non. Elle se compose donc de camarades d’un peu partout, avec qui nous échangeons nos questions, nos évolutions, nos volontés et nos besoins. Nous partageons ainsi nos connaissances tant techniques que, par exemple, juridiques, afin de toujours pousser le groupe vers l’avant. Les bons plans également, comme des solutions de financement de projets par des organismes publics nationaux ou internationaux. Lorsqu’un besoin se fait connaître, des membres de partout peuvent y répondre. Afin de maintenir ce maillage, des points « bilan » sont régulièrement faits par toutes les associations membres de la FFDN : quels sont les projets, les nouvelles, l’état de santé de l’association, ses besoins, etc. En fait, la FFDN nous permet d’être à la fois beaucoup et peu, partout et juste à un endroit. Elle nous donne une force commune sur tout le territoire, tout en laissant un ensemble de petits acteurs agir localement.

Ça fait sept ans que vous existez, vous avez été jusqu’à présent en structure associative classique avec CA, président etc. et vous avez récemment décidé de passer à une structure de collégiale, pourquoi vous avez fait ce choix ? Comment vous vivez cette aventure et qu’est-ce que ça change pour vous ?

Nous venons en effet de voter le passage en collégiale pour Aquilenet. Il n’y a plus de bureau, de président, de trésorier, mais des bénévoles motivé·e·s. Chacun·e a accès aux droits nécessaires aux actions qu’il ou elle entreprend, les tâches sont réparties entre les adhérents volontaires qui auront rejoint la collégiale, et il n’y a aucune centralisation des pouvoirs. Tout repose désormais sur la volonté de chaque adhérent et sur la confiance mutuelle. C’est un tournant humain, égalitaire, et qui vise à décharger des épaules en invitant tout le monde à faire sa part et à partager le savoir-faire. Là-dessus, nos craintes sont relatives : en dehors de questions technico-juridiques, nous avions déjà un système assez proche de la collégiale. Quiconque voulait faire avait le droit de le faire. L’idée, c’était d’officialiser ça une bonne fois pour toutes !

Et en plus de cette transformation vous avez également désormais un local ! C’est aussi un grand changement, en quoi ça vous impacte ? Qu’est-ce que ça vous permet de nouveau ? On me souffle que vous êtes en train de lancer un data-center associatif, qu’est-ce que c’est et à quoi ça sert ?

On l’a dit plusieurs fois depuis novembre, lors de nos réunions : c’est quelque chose d’important. Nous avons un lieu où nous nous rencontrons, de manière bien plus régulière et libre qu’auparavant. Depuis sa création, Aquilenet se rassemblait mensuellement dans un bar. Lorsque des ateliers avaient lieu, on faisait ça où l’on pouvait (souvent au Labx, hackerlab de Bordeaux). En cas de réunion, nous utilisions une salle… dans un bar, encore ! Maintenant, dès que quelqu’un veut travailler, dès qu’on veut discuter de quelque chose, débattre, préparer, planifier, faire un atelier : on se retrouve à « la Mezzanine », notre local. Il y a presque toujours quelqu’un de présent le mardi soir, toujours des petites réunions entre deux, trois, cinq, dix membres. Ça a donné une vraie existence physique à ce qui était, la majorité du temps, des appels, SMS, emails, échanges sur IRC.

Data-center en tout début de construction – CC-BY-SA – Bram

 

Si le local s’appelle « La Mezzanine », ce n’est pas pour rien : il s’y trouve une Mezzanine que nous allons transformer en data-center associatif. Il possède son propre réseau électrique à part du reste du local, d’origine 100% renouvelable. Une fois que tout sera en place, tout le monde pourra librement y installer son serveur, quelle que soit sa forme et sa taille, du Raspberry Pi à la tour de PC, et l’y poser. Nous fournissons l’énergie, la connexion, au besoin des IP Aquilenet, tout ce qu’il faut ! Un groupe de travail planche actuellement dessus. Il y a du travail encore, mais ça prend forme petit à petit !

Et comment vous rejoindre dans cette belle aventure ?

On est joignables en permanence par courriel depuis la section contact de notre site Internet, et tout le nécessaire pour adhérer à l’association et/ou profiter des services qu’on propose y est disponible ! Et pour plus de chaleur humaine (et de bière1), on se donne rendez-vous chaque premier mardi du mois, 21h, à la mezzanine, le local d’Aquilenet – 20 rue Tourat, Bordeaux, pour accueillir à la fois les membres, les curieuses et les curieux !

Un mot de la fin ?

Devenir fournisseur d’accès Internet est à la portée de tous, si vous n’en avez pas dans votre région et êtes motivés n’hésitez pas à nous contacter, c’est une formidable école sur le fonctionnement de l’Internet et c’est aussi une contribution très utile au développement de la liberté dans notre pays. Enfin sachez que nos associations sont toujours ouvertes à toute personne motivée qui souhaiterait nous aider, les thématiques ne manquent pas et ne sont pas uniquement que techniques, vous êtes toutes et tous bienvenus !

« Sous les pavés, la fibre ! » 😀
Une autre fin du net est possible.
Hacker vaillant rien d’impossible !

 

  1. L’alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération.



Robin, stagiaire chez Framasoft et porteur de projet

Vous ne connaissez pas Robin ? C’est le stagiaire qui a conçu les pages Framasites dont nous parlions ici, ou plus exactement le logiciel libre qui les fait tourner, à savoir PrettyNoémieCMS

Si son stage est terminé, nous ne pouvions pas le laisser partir sans parler avec lui de sa démarche, ses projets, etc.

Pour le plaisir, nous avons décidé d’illustrer ce long échange de captures d’écrans de pages Framasite qui ont retenu notre attention.

Cliquez pour découvrir cette page Framasite qui explique comment faire une page Framasite. Hyper-méta, tavu.

Portrait de Robin

Bonjour Robin, peux-tu te présenter en quelques phrases

J’ai bientôt 30 ans et j’ai un parcours avec plein de virages qui m’ont fait passer par les cases école d’ingé, CAP cuisine, travail social… le tout avec des fortes valeurs éthiques et un intérêt particulier et assez central pour l’abolition du capitalisme (lectures, engagement militant, syndical, squat…). le dernier virage m’a amené à l’envie de créer un outil numérique d’émancipation sociale dont l’idée a pointé pendant le mouvement contre la loi travail, j’ai donc dû passer à l’apprentissage du code pour pouvoir le réaliser.

Comment on se retrouve stagiaire pour Framasoft avec ce parcours ?

Framasoft me permettait plusieurs choses intéressantes : découvrir de l’intérieur le monde du libre et de la production collaborative de services web, me faire une expérience intéressante en développant pour eux, et peut-être de faire de ce stage un tremplin pour mon projet… d’éviter enfin de me retrouver à bosser gratuitement pour une entreprise dont la finalité est le profit. J’ai fait une candidature spontanée en parlant de mon parcours de mon projet et de mes valeurs, et ça a très vite collé.

Comment as-tu été accueilli ?

J’ai rien à redire sur mon accueil, à la fois carré et sans laisser de faux espoirs et de fausses promesses et en même temps très chaleureux, rémunéré en plus ce qui est rare… Je suis quelqu’un d’autonome et je m’y suis bien retrouvé, les impératifs de la campagne de financement de fin d’année ne permettaient pas forcément à l’équipe de me tenir par la main, mais j’aime bien la liberté que ça m’a permis. et puis j’ai pu ressentir tout au long de mon stage une grande confiance dans les choix que je faisais et ça a été très encourageant.

Quelle était ta mission / ton cahier des charges ?

J’étais censé réaliser des améliorations de l’interface utilisateur du dernier service proposé par Framasoft : Framasite. L’idée était d’offrir une expérience utilisateur assez proche de la simplicité d’un WIX pour que n’importe qui, sans aucune compétences spécifique en informatique, puisse mettre en ligne un joli site web en quelques clics dans une interface très intuitive. La voie que je devais explorer pour y parvenir consistait à améliorer le CMS sur lequel était basé Framasite, en lui ajoutant tout plein d’améliorations le rendant plus simple à utiliser.

cliquez sur l’image pour découvrir ce fan-site consacré à Pepper and Carrot

 

…et finalement, tu as plongé dans le code et qu’est-ce que tu as découvert ?

Framasite est basé sur GRAV, un CMS au code élégant, qui permet de générer des pages assez rapidement avec relativement peu de compétence en PHP puisque il utilise un mélange de markdown, de fichier de configuration en YML et de templates en TWIG. beaucoup d’aspects sont très automatisés, et cela amène une grande élégance du CMS, comme par exemple la génération automatique des formulaires du panneau administrateur… Pourtant cette automatisation rend très difficile d’adapter l’interface afin d’offrir des parcours utilisateurs simplifiés pour la construction des pages, comme de regrouper certains champs d’un formulaire, n’en faire s’afficher que certains, ou de manière progressive… Il est très difficile de partir de l’expérience utilisateur souhaitée pour réaliser le code correspondant, et l’on se retrouve toujours avec des solutions de « bricolage ».

L’image que j’ai en tête pour des personnes pas très familières avec le code : c’est un peu comme essayer de construire une belle armoire normande à partir d’une armoire IKEA, vu de loin ça a l’air pratique parce qu’on est pas très loin du résultat attendu, mais peu à peu on se rend compte que le design initial est très limitant, et oblige finalement à réaliser un travail bien plus laborieux et complexe que de partir d’un bon tas de planches et d’outils performants… d’autant plus que l’on me demandait que mes modifications restent compatibles avec les mises a jour de GRAV, et donc, pour filer la métaphore, que l’armoire IKEA ne soit pas cassée dans l’opération.

Bref : Un vrai casse-tête.

Donc tu n’as pas rempli ta mission ? C’est un terrrrrrible échec qui te tourmente jour et nuit (debout) ? Comment a réagi la personne qui assurait l’encadrement de ton stage ?

J’ai assez rapidement été découragé de suivre l’option d’une modification de Grav pour obtenir l’effet attendu, et je suis revenu des fêtes de fin d’année en me disant que même si mon stage durait 6 mois, je ne crois pas que j’arriverais a faire mieux pour simplifier la création de site par mon utilisateur que de l’orienter vers un hébergeur solidaire offrant une installation de wordpress à la volée… donc j’en ai parlé à l’équipe et à la personne qui m’encadrait sans trop savoir ce qui allait advenir, j’étais prêt à peut-être partir sur un autre stage… c’est pas facile de remettre en question totalement les choix fait par une équipe, je sais qu’en cuisine ou ailleurs, ça aurait signifié une fin de contrat plus ou moins houleuse…

Mais bon, mes arguments ont été plutôt convaincants, et on est assez vite arrivé a une solution qui m’est venue assez tôt dans le stage, créer un outil simple depuis le début en utilisant un framework PHP nettement plus bas niveau qu’un CMS, et surtout en partant d’une idée de ce que je souhaitais offrir à l’utilisateur plutôt que de partir de quelque chose d’inadapté pour le bidouiller.
Ça a été très motivant et en une quinzaine de jours j’ai pu réaliser une version limitée de cet outil, et j’ai eu de très bons retours, à la fois de mes amis non-codeurs qui étaient très intéressés par la simplicité avec laquelle ils pouvaient réaliser un site web mais aussi par les membres de l’équipe qui étaient très enthousiastes.

Une question de détail par un gars sur Mastodon (Llaq @lelibreauquotidien) : Hé, @Framasoft, pourquoi vous avez appelé le CMS des pages Framasite « PrettyNoemieCms » ?

Oh ben je suis amoureux d’une fille qui s’appelle Noëmie, donc le nom est venu comme ça… le premier nom c’était Easy ShowcaseSite CMS… c’est quand même mieux Noemie CMS, non ? Enfin moi je trouve. Il y a un proverbe dans le libre qui dit que c’est ceux qui font qui ont raison, et vu que c’est moi qui l’ai fait, c’est moi qui ai raison.

Comment a été accueilli ton travail, par Framasoft et par le public ?

À la fin de mon stage, l’outil a été mis en ligne et j’ai tout de suite eu pas mal de bons retours, celui qui m’a fait le plus plaisir c’était quelqu’un qui m’a dit : « c’est le plus simple des CMS ». je sais pas si on peut être aussi catégorique, mais si j’ai réussi à créer un outil auquel on pourrait mettre juste une demi-étoile sur 5 de difficulté, j’aurai vraiment réussi mon pari… En tout cas j’ai fait tout mon possible pour aller dans cette direction. Ce qui me plaît bien aussi c’est des amis non codeurs qui partagent le plaisir créatif qu’ils ressentent en utilisant l’outil, ils me disent qu’ils se sont « amusés » avec Noëmie, ce qui me ravit.

J’ai eu aussi quelques retours de bugs, rapidement corrigés, et aussi plein de personnes qui s’y sont intéressé de près en voyant le potentiel de l’outil et qui m’ont fait part d’idées d’amélioration.
Les membres de l’association m’ont fait part non seulement de leur satisfaction quant à mon travail, mais ils m’ont aussi exprimé qu’ils avaient été impressionnés par ma capacité à sortir quelque-chose d’aussi abouti et de fonctionnel en si peu de temps. Ça me fait chaud au cœur, car je débute dans la programmation, il y a un an et demi je n’avais pas encore écrit une seule ligne de code, et je ne participe à une formation que depuis moins d’un an. Je tiens au passage à remercier chaleureusement Simplon (mon organisme de formation) et son formateur Patrick qui m’ont aidé à prendre peu à peu confiance dans mes capacités de développement, et m’ont guidé dans cet apprentissage.

La page des « Framasoft fan art » de JCFrog nous a fait hurler de rire.

 

Quelle suite pour Noemie CMS ?

Aujourd’hui je pense que ce CMS trouve sa place à côté de ceux déjà existants, grâce a sa simplicité. il ne sera jamais aussi complexe et personnalisable qu’un WordPress ou un Grav, mais il peut trouver sa niche en étant « le plus simple des CMS».

Les contributions sur le Repository vont bon train : déjà 66 issues postées, dont 52 réalisées, 17 merge request, on peut dire que je me sens pas seul sur le projet. Plein de pistes d’amélioration se dégagent, et d’autres que moi se saisissent avec plaisir du projet. Quant à moi je suis partagé entre un projet perso qui me tient vraiment à cœur : HUmanBeing (on en reparlera en fin d’article), ma formation qui s’arrête et le besoin de trouver un moyen pour vivre qui risque de bouffer beaucoup de disponibilités et l’envie de poursuivre le travail entamé sur ce CMS. Ça fait beaucoup d’envies et malheureusement pas suffisamment de temps pour tout faire à 100%.

Dans l’idéal je reprendrais Noemie CMS depuis le début avec un framework JS frontend (Vue-React- angular) afin de rendre l’expérience utilisateur encore plus fluide (pas de rechargement de pages à chaque sauvegarde, possibilité d’aller plus loin dans la complexité du code pour proposer une expérience utilisateur toujours plus simple, et peut-être ajouter la possibilité de créer un site de plusieurs pages… enfin bon, si j’avais plus de temps et pas la nécessité de devoir faire un truc débile, plus ou moins néfaste pour les gens qui m’entourent et dans le seul but d’enrichir un patron pour pouvoir payer mon loyer ces prochains mois c’est ce que je ferais… mais bon… je crois pas que j’en aurai l’opportunité.

En attendant, je vais quand même continuer de faire avancer tout doucement les fonctionnalités, résoudre des bugs, et surtout passer du temps à transmettre aux autres contributeurs « les clefs » de mon code pour qu’ils puissent aussi se l’approprier et le faire évoluer.

Pendant ta période de stage, on t’a aussi obligé à assister à l’assemblée générale de Framasoft, tu peux nous raconter un peu comment ça s’est passé ? Ils t’ont fait quelle impression les membres de l’association ? et le fonctionnement de l’asso, qu’est-ce que tu en penses ?

Ce fut très intéressant, j’ai rencontré plein de chouettes personnes, avec un beau projet en commun. les discussions étaient très riches. je me suis parfois demandé s’ils ne manquaient pas un peu d’ambitions : en effet le bilan financier leur permettrait à mes yeux de s’engager sur plus de projets, en termes de développement direct ou de soutien financier à des projets ; en même temps je comprends tout a fait que la « sérénité financière » de Framasoft est très récente, et je n’ai pas vraiment suffisamment de compétences en gestion pour pouvoir donner un avis là dessus.

Peut-être aussi que ça m’a permis de prendre conscience d’un décalage entre la vision que j’avais de Framasoft et son projet associatif : avant mon stage j’envisageais Framasoft un peu comme une équipe associative de développeurs qui cherchaient à produire des outils libres et gratuits et de la meilleure qualité pour le plus grand nombre, pour le plaisir de pouvoir offrir des services libres et gratuits à leurs utilisateurs… peu à peu j’ai pris conscience que ce qui animait cette association était aussi très militant et axé sur des enjeux « idéologiques » dans le sens de réaliser des actions visant à faire évoluer les consciences, promouvoir le logiciel libre, lutter contre les GAFAM.

Et j’avoue que je me suis moins reconnu dans ces enjeux, Ça peut paraître paradoxal par rapport à mon engagement sur les #NuitDebout, mais en vrai même sur les Nuit debout ça n’a jamais été le côté tribune et réflexion et changements des mentalités qui m’attiraient, mais plutôt le fait de trouver un espace où l’on pouvait participer et collaborer librement avec plein de gens pour produire au mieux toutes sortes de choses sans que viennent se mêler des questions d’argent ni de hiérarchie (cuisine collaborative, organisation de la vie sur la place, résistance contre les flics…). Je crois que je suis pas très militant dans l’âme, dans le sens que j’ai pas la volonté de faire changer les consciences, ce qui m’intéresse c’est plus de partager des expériences de rapports sociaux désaliénés, et d’inviter un max de gens à me rejoindre dans le plaisir que représente le fait de cesser collectivement de se soumettre au fric et à l’état.
Je pense aussi que j’ai pu ressentir un décalage car je suis partagé quant à leur rigueur sur les moyens à employer. J’utilise quotidiennement Google, Chrome, etc. et dans mon travail c’est pareil je vise surtout à utiliser les meilleurs outils dans l’objectif d’offrir des services agréables et gratuits aux personnes qui utiliseront mes travaux sans me préoccuper de leur caractère libre ou non. J’ai tendance à privilégier les outils qui m’offrent pratiquement plus de pouvoir d’agir plutôt que des outils « libres ». Cela ne veut pas dire que je ne reste pas attentif aux effets secondaires de l’utilisation de certains trucs propriétaires, mais je ne les exclus pas d’emblée, et les préfère parfois.

Cliquez pour voir une très, très belle page Framasite : celle du groupe musical Volivent.

 

Tu as eu aussi l’occasion d’intervenir pour présenter ton projet personnel, de quoi s’agit-il au juste ?

C’est ce projet qui m’a amené à l’informatique, guidé dans mon apprentissage des technos du développement web : durant les Nuits debout j’ai pris tristement conscience que 80% des projets ne se font pas car les personnes avec des initiatives se rencontrent trop difficilement. Du coup j’ai essayé de remédier à cela en faisant du lien, d’abord en notant sur un carnet, puis sous forme de fiches papier et de panneau d’affichage où chacun pouvait partager son projet pour potentiellement trouver des personnes pour le rejoindre. Ça avait plutôt bien marché, même si c’était pas du tout scalable pour parler en termes dev : en effet, en trois jours, il y avait 70 fiches de projets et d’initiatives sur le tableau d’affichage et cela devenait très complexe pour quelqu’un venant sur la place pour la première fois de trouver rapidement un projet sur lequel s’investir.

J’ai donc commencé à créer un outil, en réfléchissant à la manière de répondre au mieux à ce besoin de mise en relation dans le monde non-marchand. En effet, le monde marchand dispose des Pôle emploi et des agences d’intérim pour mettre en lien les gens sur la base de leurs compétences et des projets, alors que le non-marchand n’a pratiquement rien de plus que le bouche-à-oreille, et c’est très frustrant de voir que 80% des projets non marchands sont morts-nés faute de participants alors que très souvent les personnes potentiellement intéressées existent, mais ne sont pas dans le même réseau, le même cercle élargi de connaissance. Et on a la même problématique en ce qui concerne le partage, dans une grande majorité de cas, on se résout à aller au supermarché acheter un truc dont on a besoin alors qu’il y a probablement dix personnes dans le quartier, ou une asso qui produit cette ressource qui pourrait le donner ou le prêter gratuitement.

La troisième problématique à laquelle j’aimerais pouvoir apporter une solution avec cette plate-forme, c’est celle de la multiplication exponentielle des outils collaboratifs lorsqu’on est investi sur plusieurs projets. je reçois par exemple en ce moment les mails de 5 listes de mails bavardes, je suis inscrit sur trois systèmes de chat différents, 2 pads, github et gitlab, et un kanban, tous avec leurs adresses différentes que je perds une fois sur deux… Bref : l’enfer, alors que pourtant je crois être plutôt à l’aise avec l’outil informatique. Je rêve de quelque chose qui pourrait les centraliser sur une plate-forme, avec tous mes projets, et pour chacun des projets son agenda, sa liste de tâches, etc. — et ne plus me perdre dans un dédale d’outils collaboratifs dispersés.

L’idée de HUmanBeing c’est de répondre à ce besoin, en proposant :

  • une plate-forme de mise en relations des utilisateurs sur la base des projets qu’ils créent, de leurs centres d’intérêt, de leur localisation, et de leurs compétences
  • une suite d’outil collaboratifs pour tous les projets créés grâce à la plate-forme : agenda, forum-chat de discussion, liste des tâches.
  • une plate-forme de partage pour que les projets et les utilisateurs puissent partager les ressources dont ils disposent, qu’ils créent et dont ils ont besoin.
  • une plate-forme sans modérateur, dont la modération se fait de manière autonome par des votes de la communauté d’utilisateurs venant réguler les conflits et poser les base de ce qu’elle trouve acceptable ou non, une communauté créant ainsi sa propre légitimité autonome des lois étatiques.

L’objectif et l’ambition de cette plate-forme serait dans un premier temps d’apporter un sacré plus à tous les projets collaboratifs et non-marchands en leurs permettant de scaler et de prendre de l’ampleur au-delà des cercles de connaissances de chacun et donner du coup plus de possibilités d’agir sur le monde à tous ceux qui ont déjà cette éthique de vouloir donner du sens à leurs activités au quotidien.
L’espoir qui m’anime au-delà d’apporter ces possibilités à ces personnes, est lié à ma façon pessimiste de penser l’avenir de la société marchande et de l’état dans leur capacité à répondre aux besoins des personnes. Je m’imagine la prochaine crise économique, lorsque par exemple le ramassage des ordures s’arrêtera en raison de la faillite de ma communauté de communes et que l’accès aux soins sera devenu aussi difficile qu’en Grèce… et je me dis, si à ce moment on a un outil qui me permet de trouver 2 médecins, 4 infirmiers pour faire un centre de soins autogéré, ou alors faire une recherche de 5 chauffeurs poids lourds et 10 autres personnes pour créer une équipe de ramassage des ordures en moins d’une journée… Je me dis que cet outil pourrait être un formidable vecteur par lequel la collaboration, le partage et la gratuité pourraient s’imposer face au capitalisme sur le plan de la production matérielle de l’existence des hommes.

Et je me suis mis à le réaliser.

J’avais commencé en symphony (un framework PHP), mais c’était vraiment inadapté, donc je suis parti sur le framework METEOR JS très à l’aise pour gérer le temps réel : bien pratique lorsqu’il s’agit de collaborer. Pour l’instant j’ai une messagerie en temps réel fonctionnelle (chiffrée end to end), on peut créer un projet, inviter d’autres membres, le rechercher en fonction des compétences, localité qu’ils ont renseignée, chaque projet et chaque utilisateur peut s’exprimer publiquement grâce a un blog tout simple. je dirais que j’ai fait 80 % du travail de réflexion et 40 % de l’écriture du code avant de pouvoir en sortir une version Bêta…

Ça fonctionne pas trop mal en local, c’est même plutôt joli, mais j’ai encore des soucis à le mettre en prod sur une version de démo et pas mal de bugs, dont certains pour lesquels je n’ai aucune piste de solution… mais bon, ça viendra, et je suis hyper motivé, j’ai appris à coder pour pouvoir créer cette plateforme, ce projet me tient à cœur depuis 2 ans maintenant, je suis pas prêt de baisser les bras !

J’ai récemment réalisé une vidéo pour présenter l’avancement du travail que vous pouvez regarder ici :

Cliquez sur l’image pour regarder la vidéo (YouTube)

 

Tu as demandé des retours, ils te les ont donnés, ça ne t’a pas paru trop violent ?

Ben d’une certaine manière les retours étaient très bons, ils ont été impressionnés par la quantité et la qualité du travail que j’avais réussi à réaliser en si peu de temps ainsi que par ma courbe d’apprentissage très rapide. D’autre part, l’objectif émancipateur visé par le projet à fait écho au projet associatif de Framasoft, on pourrait même dire que le projet HUmanBeing vise à inscrire la force de la création collaborative de contenus immatériels du libre (Wikipédia, Linux, etc..) dans la réalité matérielle concrète de la production des besoins des hommes.

Néanmoins à mes yeux trois points font que ce projet n’avait pas les prérequis nécessaires pour pouvoir bénéficier du soutien matériel que j’ai demandé à Framasoft (même si cette interview me permet de le faire connaître assez largement et constitue un soutien qui est toujours bon à prendre).

  • Ce projet pose un rapport radical vis-à-vis de l’État et de l’économie ( « nous n’avons rien à attendre d’eux, créons un outil d’organisation qui nous permet de nous en émanciper »). Je pense que ça s’éloigne de la ligne directrice framasoftienne qui aurait plutôt tendance à vouloir créer des outils favorisant l’économie sociale et solidaire, des outils permettant plus d’interactions citoyennes (framapetition, etc.), avec des valeurs de gauche moins radicales, basées, comme une grande partie de la gauche actuelle sur les valeurs du conseil national de la résistance : un état fort et démocratique gérant la répartition des richesses et le soutien au plus démuni. Il me semble que ce temps-là est dépassé, il appartient a une époque où les hausses de productivité annuelles permettaient au capitalisme ce genre de concessions aux travailleurs, et que l’état et l’économie marchande nous démontrent jour après jour, et année après année que nous n’avons rien à attendre d’eux, si ce n’est l’intensification de l’exploitation de l’homme par l’homme et la destruction de l’écosystème permettant la vie des hommes.
  • D’autre part il me semble aussi que la façon d’envisager ce projet s’écarte de l’idéal de décentralisation poursuivi par Framasoft, dans la mesure ou il se propose de rassembler sur une seule et même plateforme beaucoup de services. dans l’idéal je rêverais que HUmanBeing soit décentralisé, avec plusieurs instances communiquant entre elles sur un réseau commun, mais bon, il me semble que ça ne pourra venir qu’après avoir fait la proof of concept de cette plateforme, un début de comm dessus. Il faut bien se rendre compte que développer une application décentralisée double ou triple le temps de développement.
  • enfin la façon de penser la modération de cette plateforme : autogérée et potentiellement porteuse de projets en-dehors du cadre légal (celui qui fait que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres ou jetés en prison), a pu être perçue à juste titre par Framasoft comme quelque chose mettant potentiellement en danger le reste de ses activités.

Enfin bon, je reste plein d’enthousiasme pour la suite, et sais que quand je suis motivé je suis capable de déplacer des montagnes et de résoudre tout un tas de problèmes. Toujours est-il que le soutien matériel de Framasoft aurait permis de solutionner le problème majeur de savoir comment je vais payer mon loyer si je passe 10 heures par jour à développer une plate-forme non marchande…

On voit qu’il reste du boulot pour mener à bien ton projet, c’est peut-être le moment de réunir une petite équipe de gens intéressés pour contribuer ?
Tu as mis les sources quelque part en ligne ? C’est codé en quoi ? Comment on peut contribuer ?

Ben ouais, carrément ! Le projet est dès le départ très très ouvert à toutes les contributions, le « cahier des charges » s’est fait avec les contributions de plusieurs dizaines de personnes durant les Nuits debout, et au fil du temps je fais des rencontres et j’ai quelques petites contributions extérieures, plus tous mes amis qui me font des retours au fur et a mesure que j’avance dans les fonctionnalités. J’ai bien conscience que c’est un énorme projet et qu’il faudra qu’on soit nombreux à y participer pour que ça puisse exister durablement.

Le projet est donc codé en JavaScript, HTML, CSS, mongoDB autour du framework METEOR JS (et matérialize css pour le front end), qui est un outil assez facile à prendre en mains avec de très bons cours en français et en anglais et énormément de ressources. Il faudrait aussi des personnes avec des compétences en comm’ et aussi des personnes sans compétences particulières, avec juste l’envie de participer à l’aventure, et qui apporteront sans aucun doute au projet toute leur richesse.

Comme dirait un enfant du paradis : A vot’ bon cœur M’sieurs dames !

L’asso te remercie de ton implication et de ton travail et te souhaite une pleine réussite dans tes projets. On te laisse le mot de la fin comme d’habitude.

Je vous remercie de m’avoir fait confiance dans la création de Noemie CMS, et de m’avoir permis de faire ce qui me plaît le plus : contribuer, par mon travail, au bien-être des personnes qui m’entourent.
Je profite aussi de cette interview pour renvoyer vers mon CV (créé grâce aux pages Framasite et donc grâce a NoemieCMS), et informer les lecteurs qui auraient des pistes que je suis actuellement à la recherche d’un emploi.

Merci beaucoup de m’avoir offert cet espace d’expression, ce fut un plaisir de répondre à cette interview.




Un nouveau polar médiéval dans la collection Framabook

Yann Kervran continue à rééditer les enquêtes d’Ernaut de Jérusalem chez Framabook, pour notre plus grand plaisir.

Nous lui avons demandé de répondre à quelques questions à l’occasion de la publication de son deuxième tome, Les Pâques de sang.

Yann, peux-tu nous rappeler qui est Ernaut de Jérusalem ?

C’est le personnage récurrent de ma série d’enquêtes qui se déroule pendant les Croisades, essentiellement dans le royaume de Jérusalem, au milieu du XIIe siècle. C’est un jeune Bourguignon de Vézelay qui vient avec son frère comme pèlerin et qui va rester comme colon. C’est un géant, un colosse dont le physique hors-normes n’est surpassé que par la curiosité. Le premier tome le présentait lors du voyage de traversée, en Méditerranée. Là, on le retrouve quelques huit mois plus tard, pendant les cérémonies de Pâques, à Jérusalem. C’est le moment fort des visites et célébrations pour les pèlerins venus d’Europe.

Ernaut est le fil rouge des intrigues policières, vu que le lecteur enquête dans ses pas, mais c’est aussi un naïf qui découvre un nouveau monde, et qui sert donc de passeur, de guide, pour arpenter cet univers. Celui-ci, que j’ai appelé Hexagora, dépasse d’ailleurs le cadre des enquêtes car je tente de le rendre plus vaste encore, plus complexe, avec un ensemble de récits courts que j’appelle Qit’a. J’ai aussi l’envie d’écrire des textes parallèles, qui n’appartiennent pas au registre policier. Mon espoir est de rendre plus vivante cette période de l’histoire méconnue du grand public, tout en faisant œuvre pour le commun, en caractérisant fortement un univers imaginaire, même si puissamment ancré dans la réalité historique.

Argh, mais c’est de l’Histoire avec un grand H… Rassure-nous, tu nous fais pas un cours non plus, hein ?

Pourquoi ce «Argh» ? L’histoire peut être passionnante, comme n’importe quel sujet, pour peu que le passeur qui t’y emmène soit habile et intéressant. Alors, bien sûr, c’est en effet extrêmement documenté, autant que je peux me le permettre. Dans le cas contraire, ce serait mensonger de s’attribuer l’épithète «historique». Mais je travaille énormément à rendre ça fluide, accessible et indolore pour ceux qui ont des boutons à l’idée qu’on leur demande de dater le siècle de Philippe Auguste.

Les retours que j’ai vont d’ailleurs toujours dans ce sens : le public aime autant le récit en lui-même que l’immersion temporelle et géographique que je propose. Je suis également photographe et reconstitueur, donc je puise largement dans mon expérience personnelle pour rendre sensuelle l’expérience de lecture. Je me souviens qu’un de mes lecteurs de la première édition m’avait dit qu’il avait eu faim à lire le passage d’Ernaut dans les quartiers où l’on s’achetait à manger. Il avait l’impression d’entendre le grésillement des plats sur le feu, de sentir les effluves de pâtes chaudes luisantes de graisse cuite.

Couverture du roman Les Pâques de sang

 

Non, mais on aime bien l’Histoire, hein… Mais faudrait pas en oublier l’aspect roman…

Bien sûr. Il est essentiel pour moi que le lecteur oublie qu’il tient un livre qui propose une vision de l’histoire, avec des sources (que je présente à la fin, pour les curieux et les historiens qui veulent vérifier ma documentation). J’ai l’espoir qu’il accompagne Ernaut dans les ruelles, soit bousculé avec lui dans la foule sur le parvis, s’éponge le front au haut d’une longue côte, avant d’embrasser la vue sur les jardins de Gethsémané où frissonnent les oliviers sous le vent.

Par ailleurs, avec mon premier éditeur, nous avions pas mal échangé sur les dialogues, et c’est lui qui m’a convaincu de créer cette langue pseudo-médiévale, dépaysante dans ses structures et sonorités. Bien que cela demeure un subterfuge narratif, des lecteurs m’ont indiqué que cela les faisait voyager en un «ailleurs». En outre, pour certains, cela les avait fait réfléchir à leur propre usage de la langue, au sens de certaines expressions ou habitudes grammaticales contemporaines. C’est donc bien plus intéressant et efficace que si j’avais tenté de faire des vrais dialogues en français médiéval, qui auraient été indigestes.

Alors, que se passe-t-il dans ce tome 2 ?

Ernaut et son frère Lambert sont en Terre sainte depuis quelques mois. Ils ont écumé tous les sites de dévotion catholique et sont à Jérusalem pour assister aux célébrations les plus importantes, celles de Pâques qui commémorent la victoire du Christ sur la mort. Des événements tragiques viennent ébranler la ville et Ernaut ne peut s’empêcher d’aller y mettre son nez une fois de plus. Mais il y découvrira plus qu’il ne l’aurait voulu, y compris sur lui-même.

C’est l’occasion de découvrir un peu Jérusalem sous son aspect de cité sainte pour la chrétienté médiévale, mais aussi comme ville régie par des pouvoirs et des luttes d’influence. Je me suis consacré à une partie bien délimitée de la topographie, autour du Saint-Sépulcre en gros, mais il y a là déjà beaucoup de choses à présenter, que ce soit d’un point de vue urbanisme, société mais aussi pouvoirs locaux.

Plan du Saint-Sépulcre CC-BY-SA Yann Kervran

J’ai aussi souhaité donner une idée de ce que pouvait représenter la religion pour les simples fidèles. Ernaut est catholique, bien sûr, d’autant qu’il a grandi à l’ombre de la basilique abritant des reliques de Marie-Madeleine. Mais ce terme est trop fourre-tout pour rendre compte d’une réalité fluctuante selon l’époque, la classe sociale et même les personnes. Alors j’ai tenté de mettre en scène ces importantes célébrations religieuses vues de l’extérieur, du profane populaire. J’avais la chance d’avoir le texte complet de la liturgie du XIIe siècle, et j’ai donc travaillé à partir de là pour mettre en place la trame.

Par ailleurs, de nouveaux personnages qui prendront de l’importance à l’avenir sont introduits dans ce tome.

J’ai besoin d’avoir lu le tome 1, La Nef des loups ?

Absolument pas. Chaque nouveau volume initie une enquête distincte qui s’achève en ses pages. Je conseille de lire les tomes dans l’ordre, de façon à pouvoir assister à l’évolution du personnage, de son environnement, mais ce n’est nullement nécessaire. On peut se contenter d’en lire un seul, indépendamment de tous les autres textes Hexagora.

Je conçois l’ensemble de mes écrits de façon cohérente et organisée, mais en laissant à chacun le choix du parcours. Il est même possible de reprendre toutes les sections de mes différents textes et de les réorganiser par date (vu que chacun est précisément daté et localisé) et découvrir comment les choses se déroulent de façon purement temporelle, indépendamment de la cohérence narrative que je conçois pour chaque œuvre que je réalise.

Ce pourrait être un exercice intéressant quoique je crains que ce ne soit vertigineux, j’ai presque 300 personnages et plus de 70 textes qu s’imbriquent dans l’univers Hexagora. D’ailleurs, une édition papier des textes courts Qit’a est prévue chez Framabook, en plusieurs volumes.

La nef des loups était quasiment un huis-clos en pleine mer… Tu as repris la même formule pour Les Pâques de sang ?

Non, j’ai abordé ce second tome de façon complètement opposée. La nef des loups, c’est un whodunnit à la Agatha Christie, avec tous les indices semés pour que le lecteur puisse trouver qui est l’assassin, avec une problématique qui tient un peu de l’exercice de style, du mort retrouvé dans une pièce fermée de l’intérieur. J’avais par ailleurs opposé à ce lieu clos qu’était le Falconus, perdu au milieu des flots un temps extrêmement long, pour dépayser le lecteur. Au XIIe siècle, tout était lent, à l’aune de nos sociétés effervescentes d’aujourd’hui et j’ai beaucoup travaillé cet aspect.

La seconde enquête m’a permis une approche inverse : je suis dans un lieu bien plus large : Jérusalem et ses abords immédiats, mais avec un écart temporel réduit, la Semaine sainte. Je me suis donc attaché à y appliquer un traitement qui tient plus du thriller, avec un Ernaut qui court ici et là, qui s’agite beaucoup plus.

Du coup y’aura de l’action…?

Oui. Je me suis même amusé à concevoir une scène qui fait également partie de l’arsenal narratif du genre policier, mais dans l’audiovisuel : la course-poursuite. J’ai gardé un souvenir extrêmement fort de la scène où, dans French Connection, Popeye Doyle/ Gene Hackman poursuit le métro aérien (tellement un classique que la séquence est même sur YT). Une scène d’anthologie qui a marqué les esprits. Cela m’a donné envie de voir comment je pouvais rendre compte d’une telle intensité avec l’écrit, et sans voiture ni métro. J’ai été très heureux quand des lecteurs m’ont fait part de leur plaisir à lire cette scène qu’ils avaient trouvée haletante, sans bien sûr y détecter une telle influence, fort éloignée.

De façon plus générale, j’ai abordé ce second volume encore une fois avec une préparation formelle assez précise, en étudiant certains codes pour voir comment je pouvais m’en emparer. Cela m’offrait l’opportunité de me frotter à différentes approches du genre policier à travers ses déclinaisons, de façon à laisser à un style personnel le temps d’émerger. J’ai continué avec le tome trois et c’est encore un peu vrai avec le quatre, que je suis actuellement en train d’écrire. Néanmoins, je me sens plus à l’aise pour arpenter une voie moins balisée et il m’est de moins en moins possible de me définir par rapport à un genre précis. Je définis mes propres formes narratives désormais en fonction de la pertinence qu’elles me semblent avoir par rapport à mon projet fictionnel. Cela permet d’avoir une écriture moins affectée au final.

Si ça me plaît, et que je veux contribuer à ton univers, je fais comment ?

Il y a de nombreuses façon de contribuer, mais pour pouvoir créer à partir de mon travail, dans la plupart des cas, le mieux sera de commencer par récupérer tous mes textes dans un format simple (j’utilise le markdown pour rédiger). J’indique comment s’y prendre sur mon site.

Après, si vous avez envie de m’aider à faire connaître le monde des croisades, mon travail d’écriture, vous pouvez en parler autour de vous, diffuser les epubs sur les réseaux pair-à-pair, remplir des notices sur des sites de partage. N’hésitez pas à me contacter à ce sujet si vous avez besoin d’éléments que je n’ai pas encore partagés.
De la même façon, si vous avez l’opportunité d’organiser des rencontres autour de l’histoire, de l’écriture, avec les enquêtes d’Ernaut comme prétexte, prenez contact avec moi. Je suis très disert sur ces sujets et toujours heureux de partager avec tous les publics, étudiants, scolaires ou simples curieux. La grande difficulté aujourd’hui est d’arriver à se faire connaître, donc il s’agit là d’une contribution essentielle.

Je cherche également des partenaires qui seraient intéressés pour traduire vers d’autres langues. Le site Internet a été conçu pour être multilingue et ouvert à la contribution (c’est un moteur dokuwiki en fait), pour accueillir les idées d’autres personnes qui souhaitent participer à l’univers Hexagora, donc n’hésitez pas.

Enfin, une autre contribution, et pas la moindre, c’est le soutien financier. J’ai mis en place une page pour accueillir les dons, en particulier via Liberapay, qui propose le moins de frais de transaction possible. Le support matériel du public est essentiel pour permettre une création sereine et pérenniser mon activité d’écriture. Lorsque vous achetez un livre papier, vous financez surtout les marchands de papier et les transporteurs routiers. Avec les technologies modernes, vous pouvez soutenir directement un artiste.




Graines de troc : cinq ans de partage

Comme beaucoup d’associations, Graines de troc est née un peu par hasard, de rencontres et d’envies. Cinq ans après, Sébastien Wittevert a toujours les mains dans la terre quand elles ne sont pas sur un clavier.

Tripou l’a interviewé pour nous en vue de savoir ce qu’il devenait depuis l’article que l’ami Calimaq lui a consacré. Tiens, tiens, mais alors ce serait encore une histoire de biens communs ?


Comment s’est faite ta transition entre informatique et maraîchage, pour transformer les lignes de code en lignes de carottes ?

J’ai mis le pied par gourmandise dans une AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne / de proximité), et j’ai pris l’habitude de venir y chercher mes légumes facilement. A l’heure ou je sortais du boulot, il n’y avait plus grand-chose d’ouvert, et difficile pour moi de me lever pour aller au marché le dimanche. Du coup, j’ai pu avoir accès à un autre monde alternatif, convivial, militant, engagé qui m’a ouvert les yeux, et y rencontrer ma compagne. Après avoir rendu plusieurs fois service aux maraîchers, nous avons voulu voir d’autres formes de maraîchage, et nous avons atterri à la ferme du Bec-Hellouin pour un stage découverte de la traction animale. Séduit par la ferme et les techniques de permaculture, nous avons décidé de nous y former.
En novembre 2011, alors que je remplissais déjà mes poches de graines, suite à de nouvelles lois liberticides sur les échanges de semences, nouvelle atteinte au bien commun des semences. Je me demandais, jeune colibri, que pouvais-je donc faire ?
En alliant mes compétences informatiques, ma passion des graines, et une dose de monnaie complémentaire, j’ai imaginé et codé la plateforme qui a vu le jour en mai 2012.
Après avoir réfléchi le projet agricole, nous avons déménagé à La Rochelle pour y semer les premières lignes de carottes et y faire vivre les balbutiements de l’association.

Graines de troc, c’est une association pour échanger des graines, comment ça marche concrètement ?

Le logo de Graines de troc

La plateforme est aujourd’hui un projet de l’association comme un autre, chacun pouvant y échanger des graines et son savoir-faire.
Le site recense par exemple les trocs locaux qui peuvent avoir lieu en France.
Nous avons également lancé le concept des grainothèques, afin de promouvoir la biodiversité locale, et les échanges, dans un tiers lieu, comme les médiathèques.
Adhérer et agir avec graines de troc, c’est donc un peu tout ça. Faire sa part, pour défendre, promouvoir, échanger et sauvegarder notre héritage commun.

Y a t-il des différences par rapport à semeur.fr ?

Je ne sais pas si Semeur est constitué en association. Mais pour le projet de la plateforme en lui-même, les différences sont le jeton, la gestion/suivi des échanges, la non-mise à disposition du contact des troqueurs.
En fait, il n’y a pas besoin d’obtenir l’accord ou négocier avec un troqueur pour échanger. On peut suivre les échanges. Si l’échange n’aboutit pas, on récupère nos jetons. Et tout le monde est au même niveau, ce qui fait qu’on ne s’adressera pas juste à quelqu’un parce qu’il a une liste longue comme le bras.

Alors comme pour les logiciels, y’a des graines libres et des graines propriétaires, comment les reconnaît-on ?

Les graines commerciales ont effectivement parfois un COV, Certificat d’Obtention Végétale. Pour ce qui est des hybrides F1, inutile de les reproduire et les échanger, ils sont dégénérescents. On les reconnaît car l’inscription est obligatoire sur les sachets de graines HF1 ou F1. Sinon, la législation concerne essentiellement les usages commerciaux. Nous n’encourageons que les échanges de variétés anciennes et reproductibles, et les pratiques naturelles, qui permettent seules une autonomie semencière et alimentaire. Aller utiliser des semences dopées aux engrais de synthèses n’est donc pas notre objectif.

L’érosion variétale, baisse de la diversité des végétaux cultivés

 

Après la graine, sont arrivées les grainothèques, puis les greniers (lieux pour relier les initiatives locales, s’entraider, se réapproprier, échanger ensemble graines et savoir-faire…) puis drôles de jardiniers (animations avec les enfants, conservation variétale,etc.). Quels sont les retours que vous avez de ces différentes initiatives ?

Graines de troc a 5 ans, et nous vivons la jeunesse de chacun de ces projets.

La plateforme attire de nombreux jardiniers, et souffre de son succès, nous nous lançons actuellement dans un projet de refonte. Les grainothèques sont encore en plein essor, les citoyens y voient un moyen de faire leur part et mettre en place un outil de reliance locale, une belle manière de médiatiser la graine. Nous aurons la deuxième réunion des grainothécaires en mai/juin 2018, afin de discuter des retours d’expérience, des ateliers, et différentes évolutions possibles. Les greniers sont en effet, la deuxième marche après la grainothèque, c’est la constitution d’un groupe local, un outil pour fédérer les initiatives locales, les mettre en avant et les relier aux utilisateurs de la plateforme. Il y a de formidables initiatives à soutenir. Nous les soutenons en les mettant en avant, localement.

Pour drôles de jardiniers, c’est une formidable expérience de faire passer aux enfants nos passions pour la graine, la terre. En leur amenant des fondamentaux qu’ils sont rares à connaître chez eux. Cette mission nous sollicite beaucoup sur La Rochelle, mais le projet semble vouloir essaimer un peu partout tant il semble important.

Quelle est la prochaine étape de votre conquête du monde ?

C’est que graine par graine, j’ai bien le sentiment, qu’ensemble, avec un grand nombre d’acteurs, on arrive à nourrir les consciences. On ne se sent plus du tout seul ! Les graines s’échangent, elles poussent, et gagnent du terrain.
Plus pragmatiquement, nous concernant, nous souhaitons vraiment limiter le frein que nous imposent les problèmes techniques pour améliorer les échanges, avec le projet de refonte de la plateforme. Cela pourra nous permettre de mieux nous concentrer sur les graines, les savoirs-faire, et réussir à aider la myriade de petits colibris semeurs qui œuvrent partout, mettre la lumière sur cette biodiversité si belle et gourmande, celle qui nous nourrit et nous soigne. Plus d’autonomie et de conscience, plus de mains dans la terre plutôt que sur un clavier…
La prochaine étape est locale, et entre les mains de chacun, sur chaque territoire, dans chaque école, dans chaque jardin, dans chaque champ, et que cette biodiversité regagne sa place, avec tout ce que cela implique pour notre alimentation, autonomie, santé, et notre regard sur la terre et l’environnement.

Comment ça se passe si je souhaite participer à un de vos projets ?

Ça va dépendre des projets.

Pour la plateforme, et sa refonte : nous sommes en train de former le groupe de travail et les équipes qui vont y travailler. Nous aurons besoin d’informaticiens, mais aussi de testeurs, de conseils.
Pour la partie échanges : il suffit de participer en ligne, mais il y a aussi les trocs locaux bien réels, que la plateforme met en avant. N’hésitez pas à inscrire ces événements dans l’agenda des graines afin de les faire mieux connaître.
Pour le projet grainothèque, c’est une initiative citoyenne libre. Il est possible de proposer le dispositif dans les lieux qui vous sembleront utiles. Il faut ensuite idéalement faire vivre cette initiative, mais il est possible qu’il en existe déjà, vers lesquelles il suffit de se rapprocher. Apportez le surplus de graines de vos jardins !

Pour le projet, « j’adopte une graine », nous le lançons tout juste, et il s’agit de cultiver une variété particulière, de la graine à la graine, et de nous renvoyer une part de votre production afin de contribuer à son essaimage. Le projet est également pédagogique, car si vous participez, récupérez des graines, vous apprenez aussi son itinéraire cultural et semencier !
Pour aider localement, depuis chez vous, ou sur un projet de l’association en France, nous avons établi un questionnaire afin de proposer à chacun de nous aider selon son lieu, ses envies et sa disponibilité : http://grainesdetroc.fr/article.php?id=396. Par exemple : ensacher des graines, reproduire des semences, rejoindre un projet de jardinage local, proposer vos compétences …

Quelles seront les fonctionnalités du nouveau site Internet ?

Nous souhaitons effectivement refondre notre plateforme afin de moderniser un site initialement très amateur, apporter les nombreuses améliorations que nous avons imaginées en 5 ans, et construire les outils dont l’association a besoin avec sa dimension actuelle. Nous prévoyons des outils pour faciliter les échanges, des outils de communication et de reliance pour les groupes locaux de l’association, et nous permettre de mieux communiquer sur la vie de l’association, sur les histoires de graines … et des projets qui germent un peu partout…

Nous faisons cette interview au mois de novembre, il y a des choses à semer actuellement, quelles graines à récolter ?

Dans notre région, on peut se permettre de semer pas mal de choses : mâches, épinards, fèves, pois, et on tente aussi des semis plus risqués, car à la vue des changements qui nous attendent, ça vaut le coup d’essayer. Des laitues, des engrais verts, des carottes…
En novembre la récolte de graines est sur la fin. Normalement il pleut trop, c’est trop humide de manière générale, mais comme un peu partout il ne pleut pas assez, on en profite pour récolter sur les derniers portes graines. Maintenant, on extrait plutôt à l’intérieur les graines de courges par exemple ou les portes-graines qui sèchent…

 

humour

Un dernier mot à ajouter ?
Chapeau à l’équipe Framasoft pour son engagement, et à l’exemple qu’elle concrétise en défendant nos biens communs. Merci pour mettre en œuvre la reliance nécessaire à nos causes communes, et pour le plaisir à l’idée que se croisent nos causes à l’occasion d’un projet concret…




Aryeom Han : la patience et le sourire

Nous avons déjà interviewé Aryeom au sujet de son projet de film d’animation ZeMarmot.

Dessinatrice qui publie sous licence libre, elle ne pouvait pas être absente de notre série de l’été. Elle a été un peu retardée par un événement sympathique. On n’en dira pas plus parce que nous, on respecte la vie privée. 😉

Bonjour Aryeom. Est-ce que tu peux te présenter ?

Bonjour. Je suis Aryeom, la réalisatrice du film d’animation « ZeMarmot ».

Je suis coréenne. Je suis venue en France après avoir étudié le film d’animation à l’université en Corée et voyagé dans divers pays pendant 2 ans. J’ai réalisé deux court métrages d’animation, quelques films institutionnels et j’ai aussi travaillé pour d’autres réalisateurs.

J’utilise Linux depuis 2012.

 

 

 

Ton immense sourire est connu dans tous les événements du Libre. Tu vas partout ?

C’est vrai? Hahaha !

Photo Patrick David – licence CC-BY-SA

Depuis quelques années, suite au projet ZeMarmot, j’ai participé à beaucoup d’événements pour faire la publicité du projet.

Mais maintenant, je préfère ne pas faire trop d’événements jusqu’à la fin du projet.

On a quand même des conférences et des ateliers en octobre dans des bibliothèques parisiennes (pour le festival NUMOK) et un événement en novembre à Nice (JM2L).

Des sources d’inspiration ? Des artistes qui t’ont donné envie de les égaler ?

Je n’ai pas de liste exacte d’artistes. Je me laisse influencer petit à petit par des œuvres que j’ai vues, senties et écoutées dans ma vie.

De plus en plus, je veux voir et faire des expériences variées et essayer plein de choses.

 

Est-ce que les différences culturelles entre la Corée du Sud et la France t’ont conduite à modifier ta façon de dessiner ?

Pour moi, le dessin est l’art le plus libre. Il n’y a rien entre mon dessin et moi que ce soit en Corée ou en France. Je fais ce que je veux. Quand je crée, j’oublie que je suis en Corée, en France ou dans un autre pays. Sauf bien sûr pour des raisons matérielles, par exemple si je ne peux pas trouver un pinceau d’une marque particulière que je trouve seulement en Corée dans les magasins de fournitures d’arts, etc.

Mais bien entendu, d’un jour à l’autre en fonction de mes émotions, ma psychologie change. Avec l’âge, ma vision du monde change aussi. Tout cela affecte mon art.

 

Mais cela n’a rien à voir avec le pays où je suis.

Pourquoi publier sous licence libre ?

C’est par conviction que mon projet apporte sa pierre pour un monde meilleur. Est-ce le meilleur chemin ? Je ne sais pas mais j’essaie.

C’est aussi une sorte de défi pour savoir s’il est possible d’en vivre.

Quelles sont les licences que tu utilises ?

CC BY – SA.

On a décidé ensemble la licence avec Jehan, le scénariste et développeur de ZeMarmot.

Je préfère cette licence. Quand j’étais petite, j’ai vu ce film ‘Un monde meilleur’ de Mimi Leder.

Un garçon aide trois personnes, et il obtient des personnes qu’il aide une promesse en guise de récompense. La règle : aider trois autres personnes comme lui et faire passer la promesse.

CC BY – SA est dans cet esprit : « Utilisez librement ce que j’ai fait. Et laissez ouvert pour les autres ». J’espère qu’il y aura un cercle vertueux avec ZeMarmot.

Est-ce que tu arrives à vivre de ton art ou est-ce que tu as un vrai travail sérieux à côté ? 🙂

Oui et non.

Grâce au financement participatif (patreon et tipeee), je touche quelques salaires de LILA pour la production de ZeMarmot. Mais pas beaucoup et clairement pas assez pour en vivre.

Alors si je trouve d’autres projets rémunérés, je les prends. Heureusement qu’il y a aussi du travail dessin ou design.

Comment dessines-tu ? Est-ce que tu travailles plus volontiers avec un ordinateur ou à la main ?

Je dessine ZeMarmot avec un ordinateur et une tablette sur Linux et GIMP. C’est plus facile pour modifier et faire du montage.

J’aime beaucoup dessiner à la main aussi. Alors je choisis exprès de travailler manuellement pour d’autres projets. Quand j’utilise des matériaux physiques, je suis de bonne humeur.

Je choisis mes outils de travail en fonction du projet.

Tu es la seule spécialiste de l’animation parmi nos dessinateurices de l’été. Cette technique prend un temps fou. Tu n’es jamais découragée ?

Non et oui.

C’est vrai pour tout travail, mais l’animation en particulier définit des étapes très claires. S’il n’y a pas de scénario, il ne peut pas y avoir de storyboard, et ainsi de suite il ne peut pas y avoir de layout. Sans keyframe, il n’y a pas d’inbetween. La pré-production, la production et la post production sont ordonnées dans une progression clairement définie. Chaque étape est importante et a son charme. Et quand on obtient le résultat voulu dans l’animation d’un plan, on ressent une satisfaction intense.

Ceci dit c’est mon premier projet de cette ampleur, et la durée entre chaque étape est plus longue que [pour] mes précédents projets. Donc oui, je suis souvent découragée depuis que j’ai commencé ZeMarmot.

J’ai le cœur lourd car cela me prend plus de temps que prévu.

Il y a beaucoup de personnes qui attendent ZeMarmot. Cela me rend heureuse mais me pèse aussi.

Où en est ce projet ?

Cette question me fait peur.

ZeMarmot est mon plus long projet à ce jour (dans ma filmographie, mes plus longs films font 5 minutes) et avec un style graphique qui demande plus de travail que mes précédents films. Dans un précédent film de 5 minutes, nous étions deux, le travail de recherche a duré un an et demi et la production un an. Maintenant je suis seule et je fais deux trois minutes de plus sur ce pilote. Quand je participe à des événements ou réalise des projets externes, cela retarde encore plus le projet.

 

L’animation d’une marmotte est un gros boulot !

 

Certaines choses dans les logiciels libres ne sont pas encore au point. Il y a aussi des choses pour lesquelles j’ai dû progresser moi-même. Par exemple, je me suis rendu compte que je ne savais pas bien animer le mouvement animal alors qu’on a décidé de diminuer l’anthropomorphisme de la marmotte.

Donc il reste pas mal de travail. Je ne pensais pas que ça prendrait tant de temps. Néanmoins j’y travaille dur. J’espère pour cette fin d’année, mais rien n’est moins sûr.

On peut te suivre quelque part ? Un blog, les réseaux sociaux ?

http://girinstud.io (Jehan se charge d’écrire la plupart des nouvelles) ou twitter @ZeMarmot ou @AryeomHan (twitter perso mais j’utilise très très peu).

Et comme d’habitude sur le Framablog, on te laisse le mot de la fin.

Merci beaucoup pour cette interview. J’ai passé plusieurs jours à essayer de trouver un mot de fin cool à vous dire, mais j’ai échoué. Alors je laisse un mot commun mais heureux : bonne journée !

 

En savoir plus :

Aryeom et le projet ZeMarmot donneront des conférences pendant le festival Numok à Paris

Entre cette interview et sa publication, Jehan et Aryeom ont publié un appel à la solidarité pour les aider à remplacer du matériel défaillant. Pour leur permettre de poursuivre leurs contributions au logiciel et à la culture libre, n’hésitez pas à les soutenir sur Tipeee, Patreon ou en faisant un don à leur association LILA. Jehan est l’un des développeurs du projet Gimp.

Tous les dessins sont d’Aryeom, licence CC-BY-SA.

Created with GIMP




Papiray fait du Komascript

Raymond Rochedieu est, depuis des années, un pilier de l’équipe bénévole qui relit et corrige les framabooks. Quand ce perfectionniste a annoncé vouloir s’attaquer à la traduction et l’adaptation d’un ouvrage kolossal, personne ne pouvait imaginer la masse de travail qui l’attendait. Surtout pas lui !
Personnage haut en couleur et riche d’une vie déjà bien remplie, ce papi du Libre nous offre aujourd’hui le fruit d’un travail acharné de plusieurs années. Framabook renoue ainsi le temps d’un précieux ouvrage avec sa tradition de manuels et guides.

Markus Kohm, Raymond Rochedieu (traduction et adaptation), KOMA-Script. Typographie universelle avec XƎLATEX, Framabook, octobre 2017.

KOMA-Script. Typographie universelle avec XƎLATEX

Bonjour Raymond, si tu aidais nos lecteurs à faire connaissance avec toi ?

Bonjour, je m’appelle Raymond Rochedieu et depuis une quinzaine d’année, lors de la naissance de mon premier petit fils, tout le monde m’appelle Papiray. Je suis âgé de 72 ans, marié depuis 51 ans, j’ai deux garçons et 6 petits-enfants.

Je suis à la retraite, après avoir exercé des métiers aussi variés que : journaliste sportif vacataire (1959-1963), agent SNCF titulaire (1963-1967), VRP en machines-outils bois Guilliet (1967-1968), éducateur spécialisé (1968-1970, école d’éducateur de Reims), artisan imprimeur en sérigraphie (1970-1979), VRP (Textiles Florimond Peugnet – Cambrai, Éditions Paris-Match, Robert Laffont et Quillet, Laboratoires Messegué, Électro-ménager Vorwerk et Electrolux, Matra-Horlogerie JAZ…), puis ingénieur conseil, directeur commercial, artisan menuisier aluminier, avant de reprendre des études à 52 ans et de passer en 10 mois un BTS d’informaticien de gestion. Malgré les apparences, je ne suis pas instable, seulement curieux, « jusqu’auboutiste » et surtout socialement et individuellement responsable mais (très) indépendant, ce que j’appelle mon « Anarchie Utopiste » (expression qui, comme chacun le sait, vaut de l’or) : je rêve d’un monde où tous seraient responsables et égaux… mais ce n’est qu’un rêve !

J’ai terminé ma carrière professionnelle comme intervenant en informatique, installateur, dépanneur, créateur de sites internet, formateur agréé éducation nationale, chambre de commerces et chambre des métiers et même jury BTS à l’IUT de Reims.

Ton projet de traduction et de Framabook a été une œuvre de longue haleine et aboutit à un ouvrage massif. Comment tout cela a-t-il commencé ? Pourquoi as-tu entamé seul ce gigantesque labeur ?

Je me suis tout d’abord intéressé à l’ouvrage de Vincent Lozano Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur LATEX sans jamais oser le demander (Ou comment utiliser LATEX quand on n’y connaît goutte) auquel j’ai participé, à l’époque, en qualité de correcteur. Mais 2008, c’est aussi, pour moi, une rupture d’anévrisme et 14 jours de coma dont je suis sorti indemne, bien que physiquement diminué.

Puis j’ai enchaîné opération du genou droit, infection nosocomiale, prothèse du genou gauche, phlébite, re-opération pour éviter l’amputation, bref vous comprenez pourquoi j’ai mis du temps pour poursuivre le travail !

J’ai cependant connu quelques moments de bonheur : deux stages de tourneur sur bois, à l’école Jean-François Escoulen d’Aiguines (83630) avec le « Maître » qui m’ont conduit à un premier projet : construire un tour à bois fonctionnant à l’ancienne sans électricité et raconter mon ouvrage, projet toujours d’actualité mais qui s’est fait croquer, l’âge aidant, par l’envie d’écrire mes souvenirs, moins de sport… car même la marche m’est devenue pénible… un refuge, mon bureau… l’ordi…et KOMA-Script…

En réalité, ce n’est pas tout à fait ça. Début 2014, je rencontre une amie  qui se plaint de l’utilisation du logiciel Word, inadapté à son besoin actuel : à 72 ans, elle a repris ses études et prépare un doctorat de théologie. Chapeau, Françoise… elle a aujourd’hui 75 ans et elle est, je crois, en dernière année…

Je cherche donc quels sont les outils utilisés par les « thésards » et les « doctorants », et je découvre LaTeX que l’on dit « créé par les Américains, pour les Américains » et mal adapté à la typographie du reste du monde. J’achète le livre de Maïeul Rouquette et découvre finalement cette perle qu’est KOMA-Script, à travers « Les fiches de Bébert » (voir liste de références plus bas).

Ce qu’il en écrit me donne envie d’aller plus loin dans la connaissance de l’ouvrage de Markus KOHM, mais pour moi, c’est l’horreur : l’original en langue allemande n’existe que dans une traduction en langue anglaise.

Et qu’est-ce qu’y fait, Papiray ? Hein ? Qu’est-ce qu’y fait ?

Ben y contacte Markus Kohm pour lui demander l’autorisation de passer l’ouvrage en langue française et y demande à ses « amis » de Framasoft ce qu’ils en pensent… ou l’inverse… toujours est-il que Markus m’y autorise en date du 19 juillet 2014 et que mes amis de Framasoft me disent « vas-y, fonce », le début d’une aventure commencée en réalité en mai de la même année.

Dans l’absolu, je n’ai pas l’impression d’avoir été réellement seul. La curiosité, la découverte des différents systèmes, les réponses – surtout par Christophe Masutti – aux questions posées, les lectures des multiples articles et ouvrages consacrés au sujet, les tests permanents des codes (dont les résultats n’étaient pas toujours ce que j‘en attendais), les erreurs de compilation non identifiées et dont il me fallait corriger la source…

Et puis, pour tout avouer, je ne savais pas réellement où je mettais les doigts… une fois la machine lancée, fallait bien assurer et assumer…

Tu as travaillé dur pendant longtemps et par-dessus le marché, les passes de révision des bénévoles de Framabook ont été nombreuses et t’ont souvent obligé à reprendre des détails, version après version. Comment tu as vécu ça, tu ne t’es jamais découragé ?

Vu dans l’instance Framapiaf du 26 juillet 2017 à propos de l’utilisation d’une varwidth dans une fbox :

Ce sont surtout les modifications de versions dues à Markus qui m’ont « obligé ».

Comme je l’ai indiqué ci-dessus, j’ai démarré ce travail, en mai 2014, sur la base de la version de l’époque qui a évolué le 16 avril, le 15 septembre, le 3 octobre 2015, avant de devenir la v3.20 en date du 10 mai 2016, la v3.21 le 14 juin puis la v3.22 le 2 janvier 2017, enfin la v3.23 le 13 avril 2017 et chaque fois, pour coller à la réalité, je me suis adapté en intégrant ces modifications.

De plus, Markus Kohm a multiplié des extensions et additifs publiés sur internet et j’ai décidé de les intégrer dans la version française de l’ouvrage. KOMA-Script est bien entendu le noyau, mais LaTeX, le système d’encodage abordé, m’était totalement inconnu. Je me suis inspiré, pour le découvrir à travers XƎLATEX, des ouvrages suivants qu’il m’a fallu ingérer, sinon comprendre :

Cette liste n’est pas exhaustive et ne mentionne que les quelques ouvrages et sites parcourus le plus fréquemment.

Quant au bon usage de la langue française, j’ai toujours, à portée de main,

que je consulte régulièrement. En cas de doute, il me reste trois références françaises solides :

Et j’ai navigué au hasard de mes hésitations (merci Mozilla), sur de nombreux sites que je n’ai pas cités dans mes références.

Que leurs auteurs et animateurs ne m’en tiennent pas rigueur.

Tu es donc passionné de LaTeX ? Pourquoi donc, quels avantages présente ce langage ?

LaTeX — prononcer « latèk » ou « latèr » comme avec le « j » espagnol de « rota » ou le « ch » allemand de « maren » (machen), selon votre goût — est un langage de description de document, permettant de créer des écrits de grande qualité : livres, articles, mémoires, thèses, présentations projetées…

On peut considérer LaTeX comme un collaborateur spécialisé dans la mise en forme du travail en typographie tandis que l’auteur se consacre au contenu. La fameuse séparation de la forme et du fond : chacun sa spécialité !

Et ce KOMA-Script c’est quoi au juste par rapport à LaTeX ?

LaTeX a été écrit par des Américains pour des Américains. Pour pouvoir l’utiliser convenablement il nous faut charger des paqs qui permettent de l’adapter à notre langue car les formats de papiers américains et européens sont très différents et les mises en page par défaut de LaTeX ne sont adaptées ni à notre format a4, ni à notre typographie.

L’utilisation de KOMA-Script, outil universel d’écriture, permet de gérer la mise en page d’un ensemble de classes et de paqs polyvalents adaptés, grâce au paq babel, à de multiples langues et pratiques d’écriture, dont le français. Le paq KOMA-Script fonctionne avec XƎLATEX, il fournit des remplacements pour les classes LaTeX et met l’accent sur la typographie.

Les classes KOMA-Script permettent la gestion des articles, livres, documents, lettres, rapports et intègrent de nombreux paqs faciles à identifier : toutes et tous commencent par les trois lettres scr : scrbook, scrartcl, scrextend, scrlayer

Tous ces paqs peuvent être utilisés non seulement avec les classes KOMA-Script, mais aussi avec les classes LaTeX standard et chaque paq a son propre numéro de version.

Donc ça peut être un ouvrage très utile, mais quel est le public visé particulièrement ?

j’ai envie de répondre tout le monde, même si, apparemment, ce système évolué s’adresse d’avantage aux étudiants investis dans des études supérieures en sciences dites « humaines » (Géographie, Histoire, Information et communication, Philosophie, Psychologie, Sciences du langage, Sociologie, Théologie…) et préparant un DUT, une licence, une thèse et même un doctorat plutôt qu’aux utilisateurs des sciences « exactes » qui peuvent être néanmoins traitées.

En réalité, je le pense aussi destiné aux utilisateurs basiques de MSWord, LibreOffice ou de logiciels équivalents de traitement de texte, amoureux de la belle écriture, respectueux des règles typographiques utilisées dans leur pays, désireux de se libérer des carcans plus ou moins imposés par la culture anglo-saxonne, même s’il n’est pas évident, au départ, d’abandonner son logiciel wysiwyg pour migrer vers d’autres habitudes liées à la séparation du fond et de la forme.

Est-ce que tu as d’autres projets pour faire partager des savoirs et savoir-faire à nos amis libristes ?

Oui, dans le même genre, j’ai sous le coude un ouvrage intitulé « Utiliser XƎLATEX c’est facile, même pour le 3e âge  » écrit avec la complicité de Paul Bartholdi et Denis Mégevand, tous deux retraités de l’université de Genève, l’Unige. Ces derniers sont les co-auteurs, en octobre 2005, d’un didacticiel destiné à leurs étudiants « Débuter avec LaTeX » simple, clair, plutôt bien écrit et dont je m’inspire, avec leurs autorisations, pour composer la trame de mon ouvrage qui sera enrichi (l’original compte 98 pages) et portera – comme son titre le laisse supposer – sur l’usage de XƎLATEX, incluant des développements et surtout des exemples de codes détaillés et commentés de diverses applications (mon objectif est de me limiter à 400 pages), mais ne le répétez pas…

 

 




Un cas de dopage : Gégé sous l’emprise du Dr Valvin

Quand un libriste s’amuse à reprendre et développer spectaculairement un petit Framaprojet, ça mérite bien une interview ! Voici Valvin, qui a dopé notre, – non, votre Geektionnerd Generator aux stéroïdes !

Gégé, le générateur de Geektionnerd, est un compagnon déjà ancien de nos illustrations plus ou moins humoristiques. Voilà 4 ans que nous l’avons mis à votre disposition, comme en témoigne cet article du Framablog qui vous invitait à vous en servir en toute occasion. Le rapide historique que nous mentionnions à l’époque, c’est un peu une chaîne des relais qui se sont succédé de William Carvalho jusqu’à Gee et ses toons en passant par l’intervention en coulisses de Cyrille et Quentin.

Vous le savez, hormis le frénétique Luc qu’on est obligés de piquer d’une flèche hypodermique pour l’empêcher de coder à toute heure, on développe peu à Framasoft. Aussi n’est-il guère surprenant que ce petit outil ludique soit resté en sommeil sans évolution particulière pendant ces dernières années où la priorité allait aux services de Dégooglisons.

Enfin Valvin vint, qui à l’occasion de l’ajout d’une tripotée de nouveaux personnages se mit à coder vite et bien, poursuivant avec la complicité de Framasky – ô Beauté du code libre ! – la chaîne amicale des contributeurs.

Mais faisons connaissance un peu avec celui qui vient d’ajouter généreusement des fonctionnalités sympathiques à Gégé.

Commençons par l’exercice rituel : peux-tu te présenter pour nos lecteurs et lectrices. Qui es-tu, Valvin ?

Salut Framasoft, je suis donc Valvin, originaire de Montélimar, j’habite maintenant dinch Nord avec ma petite famille. Je suis un peu touche-à-tout et il est vrai que j’ai une attirance particulière pour le Libre mais pas uniquement les logiciels.

 

Qu’est-ce qui t’a amené au Libre ? Tu es tombé dedans quand tu étais petit ou bien tu as eu droit à une potion magique ?

J’ai commencé en tant qu’ingénieur sur les technologies Microsoft (développement .NET, Active Directory, SQL Server…) J’avais bien commencé non ? Puis Pepper m’a concocté une potion et puis …. vous savez qu’elle ne réussit pas souvent ses potions ?

Plus sérieusement lors de mon parcours professionnel, j’ai travaillé dans une entreprise où Linux était largement déployé, ce qui m’a amené à rencontrer davidb2111, libriste convaincu depuis tout petit (il a dû tomber dans la marmite …). Et je pense que c’est lui qui m’a mis sur la voie du Libre…

Cependant ce qui m’a fait passer à l’action a été la 1re campagne « Dégooglisons Internet »… Elle a débuté juste après mon expérience de e-commerce, quand je gérais un petit site web de vente en ligne où j’ai découvert l’envers du décor : Google analytics, adwords, comparateurs de prix… et pendant que j’intégrais les premiers terminaux Android industriels.

Je suis maintenant un libriste convaincu mais surtout défenseur de la vie privée. Certains diront extrémiste mais je ne le pense pas.

Dans ta vie professionnelle, le Libre est-il présent ou bien est-ce compliqué de l’utiliser ou le faire utiliser ?
Aujourd’hui, je suis une sorte d’administrateur système mais pour les terminaux mobiles industriels (windows mobile/ce mais surtout Android). Pour ceux que ça intéresse, ça consiste à référencer du matériel, industrialiser les préparations, administrer le parc avec des outils MDM (Mobile Device Management), mais pas seulement !

Je suis en mission chez un grand compte (comme ils disent) où le Libre est présent mais pas majoritairement. On le retrouve principalement côté serveur avec Linux (CentOS), Puppet, Nagios/Centreon, PostgreSQL … (la liste est longue en fait). Après je travaille sur Android au quotidien mais j’ai un peu du mal à le catégoriser dans le Libre ne serait-ce qu’en raison de la présence des Google Play Services.

J’ai la chance d’avoir mon poste de travail sous Linux mais j’utilise beaucoup d’outils propriétaires au quotidien. (j’démarre même des fois une VM Windows … mais chuuuut !!).

Je suis assez content d’avoir mis en place une instance Kanboard (Framaboard) en passant par des chemins obscurs mais de nombreux utilisateurs ont pris en main l’outil ce qui en fait aujourd’hui un outil officiel.

On découvre des choses diverses sur ton blog, des articles sur le code et puis un Valvin fan de graphisme et surtout qui est prêt à contribuer dès qu’il y a passion ? Alors, tu as tellement de temps libre pour le Libre ?

Du temps quoi ?… Malheureusement, je n’ai pas beaucoup de temps libre entre le travail, les trajets quotidien (plus de 2 heures) et la famille. Du coup, une fois les enfants couchés, plutôt que regarder la télé, j’en profite (entre deux dessins).
Mes contributions dans le libre sont principalement autour du projet de David Revoy, Pepper & Carrot. J’ai la chance de pouvoir vivre l’aventure à ses côtés ainsi que de sa communauté. Et dans l’univers de la BD, c’est inédit ! D’ailleurs je te remercie, Framasoft, de me l’avoir fait découvrir 🙂
Si je peux filer un petit coup de main avec mes connaissances sur un projet qui me tient à cœur, je n’hésite pas. Et même si ce n’est pas grand-chose, ça fait plaisir d’apporter une pierre à l’édifice et c’est ça aussi la magie du Libre !
J’ai eu parfois l’ambition de lancer moi même des projets libres mais j’ai bien souvent sous-estimé le travail que ça représentait …

Et maintenant, tu t’attaques au geektionnerd, pourquoi tout à coup une envie d’améliorer un projet/outil qui vivotait un peu ?
Je dois avouer que c’est par hasard. J’ai vu un message sur Mastodon qui m’a fait découvrir le projet. Il n’y a pas si longtemps, je m’étais intéressé au projet Bird’s Dessinés et j’avais trouvé le concept sympa. Mais tout était un peu verrouillé, notamment les droits sur les réalisations. J’aime bien le dessin et la bande dessinée, le projet du générateur de Geektionnerd m’a paru très simple à prendre en main… du coup, je me suis lancé !

Tu peux parler des problèmes du côté code qui se sont posés, comment les as-tu surmontés  ?
Globalement, ça s’est bien passé jusqu’au moment où j’ai voulu ajouter des images distantes dans la bibliothèque. Le pire de l’histoire c’est que ça fonctionnait bien à première vue. On pouvait ajouter toutes les images que l’on voulait, les déplacer… Nickel ! Et puis j’ai cliqué sur « Enregistrer l’image » et là… j’ai découvert la magie de  CORS !

CORS signifie Cross Origin Ressource Sharing et intervient donc lorsque le site web tente d’accéder à une ressource qui ne se situe pas sur son nom de domaine.
Il est possible de créer une balise image html qui pointe vers un site extérieur du type :

<img src="https://www.peppercarrot.com/extras/html/2016_cat-generator/avatar.php?seed=valvin" alt="c'est mon avatar" />

En revanche, récupérer cette image pour l’utiliser dans son code JavaScript, c’est possible mais dans certaines conditions uniquement. Typiquement, si j’utilise jquery et que je fais :

$.get("https://www.peppercarrot.com/extras/html/2016_cat-generator/avatar.php?seed=Linux", function(data){
    $("#myImg").src = data;
});

On obtient :

Cross-Origin Request Blocked: The Same Origin Policy disallows reading the remote resource at https://www.peppercarrot.com/extras/html/2016_cat-generator/avatar.php?seed=Linux. (Reason: CORS header 'Access-Control-Allow-Origin' missing).

En revanche, si on utilise une image hébergée sur un serveur qui autorise les requêtes Cross-Origin, il n’y a pas de souci :

$.get("https://i.imgur.com/J2HZir3.jpg", function(data){
    $("#myImg").src = data;
});

Tout cela en raison de ce petit en-tête HTTP que l’on obtient du serveur distant :

Access-Control-Allow-Origin *

où `*` signifie tout le monde, mais il est possible de ne l’autoriser que pour certains domaines.
Avec les canvas, ça se passait bien jusqu’à la génération du fichier PNG car on arrivait au moment où l’on devait récupérer la donnée pour l’intégrer avec le reste de la réalisation. J’avais activé un petit paramètre dans la librairie JavaScript sur l’objet Image

image.crossOrigin = "Anonymous";

mais avec ce paramètre, seules les images dont le serveur autorisait le Cross-Origin s’affichaient dans le canvas et la génération du PNG fonctionnait. Mais c’était trop limitatif.

Bref, bien compliqué pour par grand-chose !

J’ai proposé de mettre en place un proxy CORS, un relais qui rajoute simplement les fameux en-têtes mais ça faisait un peu usine à gaz pour ce projet. Heureusement, framasky a eu une idée toute simple de téléchargement d’image qui a permis de proposer une alternative.
Tout cela a fini par aboutir, après plusieurs tentatives à ce Merge Request : https://framagit.org/framasoft/geektionnerd-generator/merge_requests/6

Et après tous ces efforts quelles sont les fonctionnalités que tu nous as apportées sur un plateau ?

Chaud devant !! Chaud !!!

  • Tout d’abord, j’ai ajouté le petit zoom sur les vignettes qui était trop petites à mon goût

  • Ensuite, j’ai agrandi la taille de la zone de dessin en fonction de la taille de l’écran. Mais tout en laissant la possibilité de choisir la dimension de la zone car dans certains cas, on ne souhaite qu’une petite vignette carrée et cela évite de ré-éditer l’image dans un second outil.

  • Et pour terminer, la possibilité d’ajouter un image depuis son ordinateur. Cela permet de compléter facilement la bibliothèque déjà bien remplie 🙂

Merci ! D’autres développements envisagés, d’autres projets, d’autres cartoons dans tes cartons ?

D’autres développements pour Geektionnerd ? Euh oui, j’ai plein d’idées … mais est ce que j’aurai le temps ?
– intégration Lutim pour faciliter le partage des réalisations
– recherche dans la librairie de toons à partir de tags (nécessite un référencement de méta-data par image)
– séparation des toons des bulles et dialogues : l’idée serait de revoir la partie gauche de l’application et trouver facilement les différents types d’images. Notamment en découpant par type d’image : bulles / personnages / autres.
– ajout de rectangles SVG pour faire des cases de BD
– amélioration de la saisie de texte (multi-ligne) et sélection de la fonte pour le texte
– …
Je vais peut-être arrêter là 🙂

Sinon dans les cartons, j’aimerais poursuivre mon projet Privamics dont l’objectif est de réaliser des mini-BD sur le sujet de la vie privée de façon humoristique. Mais j’ai vu avec le premier épisode que ce n’était pas une chose si facile. Du coup, je privilégie mon apprentissage du dessin 🙂

Bien entendu, Pepper & Carrot reste le projet auquel je souhaite consacrer le plus de temps car je trouve que le travail que fait David est tout simplement fantastique !

Le mot de la fin est pour toi…
Un grand merci à toi Framasoft, tu m’as déjà beaucoup apporté et ton projet me tient particulièrement à cœur.

Vive le Libre !!! 🙂