Retour sur le premier Confin’atelier

Le samedi 25 avril dernier s’est tenu le premier Confin’atelier, premier Contribatelier en ligne, et ça a été un succès. Afin de valoriser cette belle initiative, nous republions ici le compte-rendu publié sur https://contribateliers.org/ et nous sommes ravi⋅es de vous annoncer qu’un second opus est en préparation ! La date est même fixée : ce sera le samedi 6 juin 2020 de 14h à 17h.

Alors qu’est-ce qu’on a fait pendant ce Confin’atelier, premier Contribatelier en ligne, et qu’est-ce qu’on en retient ? Plein de choses ! Allez on y va, on commence par le global et on détaillera pôle par pôle ;-). Ready ? Go !

Globalement

Déjà les chiffres qui nous réchauffent le cœur : plus 80 participant·es, 11 salons en simultané (10 salons pour les pôles et 1 pour l’accueil), 13 animateur·rices, plus de 3 heures de Confin’atelier : Wouhou ! On ne s’était pas fixé d’objectifs à atteindre mais même si ç’avait été le cas, on est plus que largement satisfait·es !

Autre chose notable : aucun souci rencontré concernant la technique. C’était un peu la crainte, qu’il y ait beaucoup de participant·es et que l’instance Big Blue Button de FAImaison soit surchargée. On avait même prévu un plan B si besoin, dans lequel on était prêt à migrer les salons de certains pôles sur une autre instance Big Blue Button pour absorber la charge. Au final RAS comme on dit, aucun pôle n’a subi de bugs, ralentissements ou autre : bref, on était bien à l’aise ! (bon on a aussi demandé à tou·tes les participant·es de ne pas utiliser leur webcam et de se contenter de l’audio : ça aide !)

Pôle par pôle

Le retour de chaque pôle a été rédigé par le ou les animateur·rices du pôle concerné, sauf pour le pôle accueil où c’est un participant qui a voulu nous faire part de son retour. Merci fabulousfabs !

Pôle Accueil

Pôle animé par MeTaL_PoU, Numahell & QuentinD

Du monde tout l’après-midi, le pôle accueil avait la lourde responsabilité d’accueillir sur le Confin’atelier, d’expliquer le fonctionnement de l’outil BBB, de guider les participant·e·s vers les différents pôles, de répondre aux questions. Ce pôle « tampon » était nécessaire et a été remarquablement bien orchestré par nos 3 ami·e·s ! Ambiance franchement sympathique, accueil chaleureux et patience dans leurs explications, MeTal_PoU & Numahell se sont données sans retenue sur le pôle accueil ! QuentinD gérait la comm’ sur les réseaux sociaux (de ce que j’ai compris, pour la première fois), et venait faire un coucou aux rares moments où il avait 5 minutes. Pendant ce temps, MeTal_PoU & Numahell prenaient leur temps pour dire bonjour, expliquer inlassablement le système de salons multiples, comment basculer vers un autre pôle, comment aider à régler / couper son micro sur BBB, tout cela sans jamais perdre le sourire (qui s’entendait) ou patience. Elles ont eu à cœur de laisser présenter les pôles aux responsables de salons qui en avaient le temps, permettant à nos 80 bonnes âmes de choisir où aller donner un coup de pattes. Bravo à vous 3 !

Pôle Framalibre

Pôle animé par Gavy

Environ une dizaine de personnes pour ce pôle autour de l’annuaire historique de Framasoft. On a commencé par une petite présentation de Framalibre – ce qu’est l’annuaire, ce qu’on peut y trouver et ce qu’on peut y faire – avant de voir comment y contribuer.

Au final, plusieurs comptes Framalibre ont été créés, des notices existantes ont été modifiées et de nouvelles sont apparues :

Notices crées :

Notices modifiées :

Si contribuer à Framalibre vous donne envie, le meilleur moyen pour commencer, c’est de venir en parler sur Framacolibri (le forum de Framasoft), dans la section dédiée à l’annuaire !

Pôle Design & Libre

Pôle animé par Maiwann

Une dizaine de personnes qui étaient présentes pour cet atelier visant à regrouper les designers ayant envie de faire bouger les choses coté logiciel libre ! Petite surprise : Il y avait aussi des personnes qui étaient plutôt développeurs et qui étaient en demande pour savoir comment trouver quelqu’un avec qui collaborer. Après plusieurs petites discussions sur « Pourquoi y a-t-il aussi peu de designers dans le monde du libre ? » nous avons décidé de faire un petit site afin de pouvoir renvoyer les différentes personnes intéressées par le sujet dessus \o/ Ni une, ni deux, entre celleux qui s’occupaient du contenu et celleux qui étaient lancés sur la technique, nous avons déjà une page à vous présenter regroupant des façons de nous contacter et des ressources autour du design : Foire aux questions, articles, témoignages de collaboration… C’est par là !! 🎉 => https://design-et-libre.frama.io/ Merci à celles et ceux qui ont participé à cet atelier 🥳

Pôle Communiquer pour des projets libres

Pôle animé par Pouhiou

La proposition était de faire un tour de table des expériences et besoins dans la communication pour des projets libres, puis de prendre chaque besoin un par un et de partager nos retours d’expérience dessus. S’en est suivie une conversation de 3h avec plus de 10 personnes présentes absolument passionnante. Une des problématiques récurrentes fut de trouver comment communiquer sans reproduire les codes du capitalisme de surveillance.

Ces échanges ont été sketch-notés par Chloé :

Reproduction dans ce billet de blog avec l’autorisation de Chloé. Merci !

Pendant les échanges, David Revoy nous a écouté (et est parfois intervenu) tout en dessinant en direct une nouvelle illustration de Sépia, lae poulpe-mascotte de PeerTube, dont nous avons appris à cette occasion qu’iel n’avait pas de genre (découvrez-la plus bas !). Le seul regret de l’animateur (Pouhiou) c’est d’avoir du mal à jongler entre son animation et ses envies de partager une grosse expérience accumulée au sein de Framasoft (et donc de monopoliser la parole). Merci à toutes les personnes qui ont contribué !

Pôle PeerTube

Pôle animé par Angie

Une douzaine de personnes ont participé à cet atelier portant sur la sélection de contenus de qualité hébergés sur PeerTube. Angie a commencé par expliquer qu’il était important de valoriser ces contenus pour en montrer la diversité. Ce travail de curation permet d’alimenter le bloc « Découvrez notre sélection de contenus » de https://joinpeertube.org/ Plusieurs participant⋅es ayant des questions sur le fonctionnement du logiciel PeerTube, nous avons passé un peu de temps à y répondre. Angie a ensuite rappelé quelques critères pour la sélection (contenus sous licence libre ou dont on a l’assurance qu’ils sont publiés par leur créateur) et proposé des outils permettant la recherche au sein des différentes instances de PeerTube et les participant⋅es se sont lancés dans la recherche de contenus. Au final, 14 nouveaux contenus (vidéos, chaînes et instances) ont été sélectionnés. Pour chacune de ces sélections, un texte de présentation a été rédigé. Ces éléments seront prochainement visibles sur la page d’accueil de joinpeertube. Cet atelier était vraiment chouette car il a permis à l’ensemble des participant⋅es de découvrir ces contenus mais aussi d’échanger sur le fonctionnement du logiciel et sur les modalités d’inscription sur une instance. A reproduire pour découvrir de nouveaux contenus !

La nouvelle illustration de Sépia, mascotte de PeerTube, realisée par David Revoy pendant le Confin’atelier (licence CC-BY)

Pôle OpenStreetMap

Pôle animé par gibro

Le pôle OSM a débuté par une présentation rapide de la carte OpenStreetMap : son modèle, ses principes de fonctionnement et les principaux outils de contributions. Il y a ensuite eu une démonstration du fonctionnement de la carte ça reste ouvert :

  • Utilisation de la carte => affichage des informations, codes couleur utilisés, choix des langues, mode daltonien
  • Explication de la fonctionnalité « Signaler un changement » => formulaire permettant d’ajouter directement les informations sur un lieu sans avoir besoin d’un compte OpenStreetMap
  • Résolution des notes générées par le site => à partir du site NoteReview avec le tag #caresteouvert permettant aux contributeurs de suivre les signalements « ça reste ouvert » et de renseigner les informations dans la base OpenStreetMap
  • Documentation avec les ressources mises à la disposition sur le blog caresteouvert et le wiki OpenSteetMap.

Pendant et après la démonstration, nous avons échangé en fonction des besoins et interrogations des personnes présentes. Il y avait une douzaine de personnes en continu dans le salon et plusieurs contributeurs pour l’animer (merci Sebbaz et Eric B). Nous avons aussi discuté de la possibilité de mettre en place un site web facilitant la saisie des informations sur les commerces sans passer par un compte OpenSteetMap, sur le modèle https://caresteouvert.fr ou https://wheelmap.org/ Pour conclure, j’ai trouvé très agréable et efficace l’outil BigBlueButton pour les démonstrations et les interactions avec les participants. Il était également intéressant d’être à plusieurs pour animer pour gérer les échanges sur le chat et l’ajout d’informations dans les notes en parallèle des démonstrations en partage d’écran.

Retour d’un participant :

Très bon accueil de Gibro :) Belle découverte de caresteouvert, ce qui m'a permis d'actualiser les informations autour de chez moi. Concret et pratique. J'avais aussi des questions plus générales de mises à jour de OSM, que j'ai pu mettre en pratique immédiatement grâce aux conseils avisés de Gibro et Fred, merci à eux. Pratique, concret, convivial, j'ai passé un très bon moment et j'ai pu pratiquer immédiatement pour faire des mises à jour, merci <3

Pôle Wiktionnaire

Pôle animé par Noé

Première session de contribution en ligne et une bonne expérience. L’exploration d’un dictionnaire n’était probablement pas l’expérience la plus séduisante, d’où l’affluence limitée, mais l’animateur a pu néanmoins contribuer et montrer l’intérêt du Wiktionnaire avec de l’ajout d’illustrations et d’exemples, et même créer de nouvelles pages. Un participant, motivé par la présentation a pu téléverser une de ses photographies pour illustrer la page du Wiktionnaire de la ville de Gafsa. L’envie d’en refaire et la hâte de reprendre les permanences mensuelles lyonnaises !

Pôle Wikipédia

Pôle animé par Lyokoi

Une session de 3h bien remplie et qui aurait pu durer si le présentateur ne tombait pas de fatigue et ne perdait pas sa voix à la fin. La session oscillait entre 4 et 6 personnes avec un pic de présence à 8. La première moitié (1h30) fut une présentation globale de Wikipédia, son fonctionnement, sa communauté, ses règles et surtout une visite de l’interface de contribution. Ponctuée par les questions des visiteurs et visiteuses, nous avons apporté des sources à des articles, nous avons découvert plusieurs aspects de la contribution (images, structuration, wikification, etc.) et avons noté dans le pad interne des liens importants. La deuxième partie était surtout consacrée à l’échange avec les participants et les participantes, via message ou via micro. Un contributeur de Lorient a pu se faire aider à monter un groupe local et plusieurs nouveaux et nouvelles ont pu faire leurs premières modifications (ainsi qu’un ancien qui s’y est remis). L’expérience a été très enrichissante et a donné l’envie de recommencer.

Pôle Piaf

Pôle animé par Guillaume

Une super ambiance, avec une dizaine de curieux qui voulaient en savoir plus sur le projet. Nous avons discuté des intérêts de construire des ressources pour créer des intelligences artificielles francophones, et également des façons de procéder. Puis nous avons tous ensemble contribué, en écrivant des questions réponses sur des articles Wikipédia. Avec quelques dizaines de questions réponses produites, Piaf en est maintenant à 7000 depuis le début du projet il y a quelques mois ! Bravo et merci à tous ! Et continuons de contribuer quand nous en avons le temps 🙂

Pôle Culture libre / Khaganat

Pôle animé par Zatalyz et GPSqueeek

Après une demi-heure à – nous ronger le clavier de peur de n’avoir personne – papoter, nous décidons de revenir faire un tour à l’accueil pour signaler qu’on était là et que c’était chouette de venir dans notre salon. Et ça a marché ! On a en effet eu la joie d’avoir le retour d’une contributrice qui nous a aidé·es à voir comment serait fait le système solaire dans l’univers du Khanat, et c’est pas rien ! Le Khanat serait probablement une lune d’une géante gazeuse, et ensuite il y a des histoires d’angle des plans orbitaux, de masse et de taille des différents astres. On espère un jour avoir de quoi montrer ce ciel dans Godot pour l’intégrer au futur jeu ! Ensuite on a eu plusieurs visites de curieuses dont certaines sont restées pour nous aider à commencer un article au sujet d’une bestiole qui avait été dessinée sur papier en Contrib’atelier en présentiel en fin d’année dernière. Ce n’est pas encore terminé mais il y a une bonne base pour avoir quelque chose de publiable bientôt sur notre wiki on espère ! Merci aux visiteuses et autres contributrices qui ont été toutes plus oniriques les unes que les autres (et chez Khaganat, c’est signe d’un tas de guimauves, accompagnées d’un tas de câlins si ça fait plaisir !).

Pôle Contribuer au libre pour les développeur·ses

Pôle animé par ervin

https://asso.framasoft.org/pic/xPP0qymR/jBZ96zfE.png

Nous avons eu 11 personnes présentes. Globalement les nouveaux venus étaient satisfaits et ont trouvé des projets auxquels contribuer. La durée n’a pas forcément permis de mettre des choses en production, mais le contact a été établi et certains des participants comptent continuer à contribuer. Beaucoup d’appétence pour une autre session. Les notes complètes dont le tour de table final : https://mypads.framapad.org/p/confinatelier-framadate-3m1pcq7p7

En conclusion

Pour nous ce n’est que du positif donc un immense merci à tou·tes celleux qui ont pris part à ce Confin’atelier :

  • Animateur·rices : merci pour la diversité des pôles et leur nombre !)
  • Participant·es : merci d’avoir être été autant de monde à répondre présent·es pour donner de votre temps pour le libre
  • Bénévoles de FAImaison : bah oui, pas de bénévoles FAImaison, pas de Big Blue Button, donc pas de Confin’atelier. CQFD ;-).

À bientôt pour le prochain ?  😉

 




entraide.chatons.org : des services libres en ligne sans inscription

Suite au confinement dû à l’épidémie de coronavirus, vous êtes nombreu⋅ses à avoir besoin d’outils pour continuer à communiquer avec vos proches et/ou télétravailler. Le Collectif des Hébergeurs Alternatifs Transparents Ouverts Neutres et Solidaires – CHATONS – (dont fait partie Framasoft) met en place https://entraide.chatons.org/, un portail d’accès simplifié à des services en ligne sans inscription et répondant aux besoins les plus courants.

On vous a déjà parlé de CHATONS, non ?

Initié en 2016 par Framasoft, ce collectif rassemble à ce jour plus de 70 structures qui proposent des services en ligne libres, éthiques, décentralisés et solidaires afin de permettre aux internautes de trouver rapidement des alternatives aux services proposés pas les géants du web. Les structures membres du collectif s’engagent notamment :

  • à n’utiliser que des logiciels libres ;
  • à ne pas exploiter les données des bénéficiaires de leurs services (= ne pas transmettre ou exploiter vos données) ;
  • à ne pas utiliser de régies publicitaires (ou autres services de pistage).

Très souvent, on explique que CHATONS, c’est un peu un réseau d’AMAP des services en ligne. Vous connaissez le principe des AMAP ? Ces associations qui proposent aux habitants des villes des paniers de légumes (ou autres denrées) issus de la production agricole locale (et souvent biologique) ? Là où les géants du web représenteraient l’industrie agro-alimentaire, les structures membres de CHATONS seraient des « paysans informatiques » proposant des services en ligne « bio » :

  • sans OGM (= sans logiciels privateurs ne garantissant pas vos libertés),
  • sans pesticide (= sans baser leurs revenus sur la vente de vos données personnelles),
  • sans marketing agressif (= sans régie publicitaire pistant vos comportements),
  • sans une « course au pouvoir d’achat », qui en réalité porte tort aux petits agriculteurs (= prix équitables entre les chatons et leurs bénéficiaires)

Des chatons qui font leur part

Parce que plusieurs structures au sein du collectif proposaient déjà aux internautes des services en ligne facilement accessibles depuis leur site web, nous avons pensé qu’il serait pertinent en cette période de les identifier et de les valoriser. Dès l’annonce du confinement, nous avons donc commencé à créer des pages sur notre litière pour lister les instances publiques d’outils répondant aux besoins les plus courants pour les personnes en situation de télétravail.

C’est en listant les adresses web de ces services qu’il nous a semblé judicieux de créer une nouvelle page sur chatons.org qui donnerait un accès direct à ces services, sans obliger les internautes à consulter une page sur notre wiki et à ensuite devoir aller sur la page du chaton pour accéder au service. D’autant plus que nous étions conscients que les internautes ne sauraient pas forcément quelle instance choisir parmi cette liste. C’est de là qu’est né entraide.chatons.org, un portail d’accès simplifié à des services en ligne sans inscription et répondant aux besoins les plus courants.

Pour la petite histoire, un petit groupe agile composé de membres du collectif, en particulier Angie, Lise, Thomas et Pierre-Yves de Framasoft, ainsi que Valentin d’ARN / Sans-nuage, et Florian des Colibris s’est retrouvé à faire des petits points réguliers en audioconférence à leurs heures perdues, à avancer par petits pas asynchrones sur le développement de cette nouvelle page web, et à se concerter par tchat (avec les outils libres que l’on préconise 😉 ), pour réaliser cette plateforme en une grosse semaine. Dans un contexte où tout le monde n’a que le mot solidarité à la bouche, nous vivions là une belle expérience irréversible de coopération !

Des services en ligne facilement accessibles

Sur entraide.chatons.org, nous vous proposons l’accès à 9 outils différents :

  • la rédaction collaborative avec l’outil Etherpad (alternative à Google Docs)
  • la visioconférence avec l’outil Jitsi Meet (alternative à Skype, Zoom, etc.)
  • la prise de rendez-vous avec l’outil Framadate (alternative à Doodle)
  • le tableur collaboratif avec l’outil Ethercalc (alternative à Google Sheets)
  • le partage temporaire de fichiers avec les outils Lufi, Firefox Send ou Plik (alternative à WeTransfer)
  • le partage d’images avec l’outil Lutim (alternative à Imgur)
  • les tableaux de post-it avec l’outil Scrumblr (alternative à Padlet)
  • les raccourcisseurs de liens avec les outils Polr, LSTU ou rs-short (alternative à bit.ly)
  • le partage de textes sécurisé avec l’outil PrivateBin (alternative à Pastebin)

Et comme pour chaque outil, il existait plusieurs instances chez les chatons, nous avons mis en place une interface qui ne vous oblige pas à choisir chez qui vous utilisez ce service. Techniquement, on vous propose l’accès à une instance de chaque outil de manière aléatoire, chaque chaton pouvant indiquer son niveau de disponibilité pour chaque service.

Ainsi, sur entraide.chatons.org, lorsque vous souhaitez créer, par exemple, un pad pour y prendre des notes de manière collaborative, vous est indiqué le nom du logiciel utilisé (en l’occurrence Etherpad) et chez quel chaton ce pad sera créé. Cela permet de répartir la charge de création de nouveaux pads entre les 19 chatons qui proposent ce service. Ainsi, aucune structure ne se retrouve à devoir gérer une affluence trop massive d’internautes sur ses services.

Ainsi vous pouvez découvrir et utiliser librement ces services avec des garanties de respect votre vie privée, et autres valeurs rendant l’informatique moins dystopique, comme indiqué dans le manifeste et la charte du CHATONS.

Et après le confinement ?

Nous prévoyons de maintenir cette page au-delà du temps de confinement et même de l’enrichir dans les semaines / mois qui viennent afin de vous proposer à terme d’autres outils libres fournis par les chatons, y compris ceux nécessitant inscription ou ceux nécessitant un accès payant.

Nous espérons que ce sera pour vous l’occasion de découvrir et soutenir des structures locales qui œuvrent à nous rendre plus autonomes et souverains sur nos outils de travail en véhiculant des valeurs de solidarité et de partage.

 

Découvrir entraide.chatons.org




Solidarités numériques : le Libre se mobilise

Le Libre et ses acteurs et actrices, associatifs ou individuels, se mobilisent davantage encore dans les conditions compliquées si particulières du confinement.

Empruntons cette mise au point initiale à Pascal Gascoin, chargé de mission éducation-numérique aux Ceméa, notre allié dans l’Éducation populaire :

La situation de confinement que nous traversons nous oblige à repenser, à inventer nos modes de communication, nos façons de travailler pour continuer, malgré tout, à mener à bien nos projets, nos activités tout en gardant le lien, avec les bénévoles et les équipes de nos organisations, nos élèves et les accompagner au mieux.

Aux CEMEA, nous sommes choqués de recevoir quasi quotidiennement dans nos boîtes mails de soi-disant « guides de survie numérique en période de confinement », provenant souvent de « start-ups associatives » qui nous proposent pêle-mêle des solutions payantes, d’autres gratuites, sans jamais faire référence à la façon dont seront traitées nos données, ni faire la différence entre le service “gratuit” d’une multinationale et celui volontairement éthique et fraternel d’une association.

Donc essayons de « dégoogliser le confinement ». Voici quelques-unes des initiatives récentes du numérique libre pour aider à franchir ensemble les semaines houleuses de la crise sanitaire.

Nous allons forcément en oublier, mais vous pouvez nous faire signe pour que nous puissions compléter et mettre à jour la liste ci-dessous.

C’est parti pour une recension rapide sans souci hiérarchique particulier.

C’est où/c’est ouvert ?

Sur ce site https://www.caresteouvert.fr vous pouvez savoir sur une carte (openStreetMap, la cartographie libre et collaborative qui fait la nique à googlemaps) quels sont les services « encore ouverts », ça peut être utile. Et c’est également collaboratif : signalez vous aussi les ouvertures/fermetures de lieux utiles en période de confinement.

Dépannons avec des panneaux

copie d’écran exemple d’affiche généréeLe site http://revolf.free.fr/local-pad-sign/# permet d’imprimer facilement des affiches et panneaux d’affichage avec des informations utiles pour vos voisins de balcon, de hall d’immeuble, de zone pavillonnaire, dans la rue sur le trajet du ravitaillement etc. Vous pourrez inclure automatiquement un QR code et l’adresse d’un pad dans votre affiche.

Enseignant⋅e⋅s dans l’urgence

logo de l’asso solidaire scenariL’association Scenari qui milite pour les usages de la chaîne éditoriale du même nom, vous propose une opération spéciale.
Que vous permet Scenari ? De pouvoir publier vos cours facilement avec une chaîne éditoriale : vous rédigez une seule fois pour publier sous de multiples formats, et vous n’aurez qu’un seul document à modifier /mettre à jour.
N’ayez pas peur de l’apprentissage d’un nouvel outil numérique, vous aurez l’appui et le soutien d’une personne de l’association : parrainage pour rédiger des cours, couplage avec Canoprof pour le primaire et le secondaire, parrainage d’apprentissage de la plate-forme. Accès offert à l’hébergement et à la mise en ligne des contenus que vous aurez produits (services en temps normal réservés aux adhérents de l’association)

 

logo des Zourits (pieuvre souriante)Des Zourits pour l’école
les CEMEA proposent l’accès gratuit à de nombreuses ressources libres pour l’école adresses mail, audioconférences avec jitsi, etc. mais aussi un accompagnement pour les enseignant⋅e⋅s etc. Tout cela est expliqué sur cette page.
2 plaquettes informatives et pour les contacter (liens directs vers .pdf) :
pour les écoles
pour les petites assos

Urgences numériques

Vous faites partie des acteurs locaux stratégiques : un support et dépannage numérique vous est proposé par un collectif de plus de 200 personnes bénévoles, professionnelles des technologies d’information, qui peuvent vous aider à faire face à vos urgences : pharmacies, cabinets médicaux, mairies, établissements scolaires, commerces d’alimentation, associations, indépendants. Vous pouvez donc demander de l’aide mais aussi participer pour en fournir à votre tour (c’est ça l’esprit Contributopia, hein)…

Le Big Boinc

Boinc, c’est le calcul collaboratif pour la recherche médicale, nous signale Tikayn. Votre ordinateur ou votre ordiphone s’ennuient avec leurs puissantes capacités généralement en sommeil ? Contribuez par leur puissance de calcul à la recherche médicale, comme le font déjà plus de 4 millions de personnes.

proposition sur Mastodon : contribuer avec vos appareils numériques à la recherche médicale

Github spécial Covid

Bastien recense sur ce Gthub les ressources libres et open source d’info et solidarité autour de la pandémie :

https://github.com/bzg/covid19-floss-initatives/blob/master/index.org

Insolite

Même les Balkany veulent contribuer ! (ah non zut ils ne sont pas libres)

Et du côté de Framasoft ?

JCFrog et l’interface de jitsi meet

  • Nous avons renforcé les capacités des serveurs et de l’infrastructure de Framatalk et Framapad qui peuvent donc à nouveau accueillir les besoins de communication des particuliers et associations qui doivent se joindre. Non, les enseignants qui souhaitent faire une visioconférence pour des classes de 35 ne sont pas les destinataires prioritaires de ces outils, pour des raisons compréhensibles de tenue de charge. Ces services peuvent être utilisés par des personnes qui, souvent, n’ont pas d’autres moyens (dont des malades isolé·es de leur famille). Prenez soin de ne pas monopoliser cette ressource afin qu’elle reste partagée.
  • https://rdv-medecins.framasoft.org/login est un outil libre de prise de rendez-vous médicaux à destination du personnel médical exclusivement. Vous avez un bout de serveur ? Vous pouvez héberger le même outil (Nextcloud + ses applications « rendez-vous » et « calendar ») pour le mettre à disposition de votre médecin. Et voilà la documentation utilisateur/trice !
  • Vous avez hélas ou tant mieux davantage de temps libre ? Profitez-en pour vous former en ligne aux arcanes du numérique : c’est parti pour Librecours Voir l’article du framablog qui vous explique tout. Les inscriptions sont ouvertes par ici

 

à suivre …

 

 




Une mobilisation citoyenne pour la continuité pédagogique

Nous vivons depuis quelques jours une situation tout à fait exceptionnelle. Parmi les multiples décisions prises, il y a notamment celles de fermer écoles, collèges et lycées. 800 000 enseignant⋅e⋅s et 12 millions d’élèves sont donc invité⋅e⋅s à faire cours depuis chez eux

Framasoft accueillait, ces derniers mois, environ 700 000 personnes par mois sur ces différents services. Cependant, pour de multiples raisons évoquées ici, nous souhaitons privilégier le modèle décentralisé. Face à la situation, nous avons bien évidemment fait le choix d’être responsables et solidaires et d’augmenter les capacités de certains de nos services, et nous préparons différentes actions qui seront annoncées dans les jours à venir. Cependant, nous savons que nous ne sommes pas en mesure de fournir les outils qui permettraient la « continuité pédagogique » souhaitée par le Ministère de l’Éducation Nationale.

D’autres structures et collectifs font le choix de prendre à bras le corps cette problématique. Nous avons ainsi été contactés par le collectif encore en construction Continuité Pédagogique qui souhaite rassembler une communauté citoyenne composée de volontaires (Éducation nationale ou non), qui souhaiteraient mettre leurs compétences (techniques, pédagogiques, didactiques) au service de ce défi. Nous relayons ici leur appel.


Une communauté de citoyen·nes qui soutiennent les enseignant·es dans leurs pratiques numériques pour assurer (au mieux) la continuité pédagogique durant l’épidémie du coronavirus en France.

  • Vous êtes développeur⋅se et vous souhaitez proposer une application web ?
  • Vous faites partie de la communauté éducative (enseignant⋅es, référent⋅es numériques, formateur⋅ices, militant⋅es dans l’éducation populaire, entrepreneurs dans une Edtech, etc.) et vous enseignez avec le numérique ?
  • Vous êtes étudiant⋅es, parents, et vous savez utiliser les outils numériques et vous souhaitez mettre du temps à disposition des enseignant⋅es ?

Rejoignez-nous !

 

Parce que la mobilisation de la communauté éducative depuis le 13 mars prouve – s’il en était besoin – l’énorme engagement des enseignant·es, leur expertise et leur volonté de faire vivre les liens éducatifs avec tous leurs élèves.

Parce que nous savons que ces liens peuvent être entretenus, en co-éducation avec les parents, dans un écosystème éducatif numérique libre, neutre, décentralisé, loin de toute tentative de marchandisation ou de récupération.

Parce que nous voulons apporter notre pierre à l’édifice, pour assurer la continuité du service public d’éducation, à partir de celles et ceux qui la font : les 880 000 enseignant⋅es de France.

Nous avons créé la plateforme continuitepedagogique.org pour mobiliser massivement des personnes doté⋅es de compétences numériques, pour aider les enseignant⋅es en demande de conseils à se former à l’usage d’outils en ligne ainsi que des développeur⋅ses et les designers qui auraient des idées pour d’autres outils d’accompagnement.

Nous appelons donc à une mobilisation citoyenne pour aider les enseignants à se former rapidement aux usages pédagogiques du numérique.

Retrouvez l’appel à mobilisation en intégralité sur https://www.continuitepedagogique.org/.




« On veut que le boulanger du coin puisse facilement utiliser les services de Nubo »

Si vous lisez ces lignes, vous êtes en théorie déjà familier avec le collectif CHATONS initié en 2016. Aujourd’hui, direction la Belgique pour découvrir Nubo, une coopérative qui propose des services en ligne respectueux de la vie privée.

Interview réalisée par TKPX

NUBO est un regroupements d’acteurs (associations à but non lucratif et coopérative belges) actifs depuis des années dans Internet et les logiciels libres. En plus d’avoir des services libres et éthiques (boite mail et stockage cloud, avec carnet d’adresses et calendriers), en achetant des parts, les coopérateurs et coopératrices seront copropriétaires de l’infrastructure technique. Nubo, ce sera un abonnement à partir de de 2,5 € par mois pour 5 Go d’espace (prix prévu à ce jour)

photo de Stijn, cofondateur de la coopérative NuboBonjour Stijn, peux-tu te présenter ?
Je suis développeur web depuis plus de 20 ans, et j’ai toujours travaillé pour des projets à dimension sociale ou environnementale. J’ai aussi travaillé un peu dans la communication. Cela fait maintenant quelques années que je suis actif dans le noyau dur de Nubo où je suis le seul néerlandophone. J’ai quatre enfants.

Tu es un des fondateurs de la Coopérative Nestor, une des structures fondatrices de Nubo…
Oui, c’est là que je fais mon travail de développement web, et qu’on propose de mettre en place des services pour se libérer des GAFAM. Nestor utilise des logiciels libres et lutte pour la protection de la vie privée et un Internet libre. On propose du Matomo, du Nextcloud, CiviCRM, ce genre d’outils à nos clients. La création de sites web est notre cœur de métier mais nous essayons de trouver de nouveaux moyens de proposer des services en lien avec nos valeurs. La question de la vie privée est aussi centrale, bien que certains clients demandent parfois des choses que nous ne voulons pas mettre en place. Nestor répond surtout à des entreprises, ce qui est différent chez Nubo, dont le public cible est les particuliers.Logo de Nubo, coopérative numérique qui fédère des assos belges

Comment s’est faite la création de Nubo ? Comment le rapprochement avec les autres structures (comme Neutrinet) s’est-il fait ?
En 2017 avec Nestor nous avons entendu parler d’un groupe à Bruxelles, qui à cette époque s’appelait encore Chatons Bxl. Pas mal de gens étaient intéressés par ce groupe et il y a eu plusieurs rencontres avant que nous y arrivions. Comme nous avions aussi travaillé en amont sur la question d’une telle coopérative, lorsque nous avons rencontré Chatons Bxl, ça a tout de suite accroché. Ensemble nous sommes devenus le projet Nubo : un groupe de travail de 6 personnes venant chacune d’une association/coopérative. On a travaillé longtemps sur le projet et nous avons été accompagnés pendant environ 9 mois par un programme de lancement d’entreprise sociale chez Coopcity. Nous y avons trouvé notamment de l’aide au niveau légal, sur la façon de concevoir les statuts pour une coopérative, d’établir un plan financier… ce genre de choses. C’était une grande période intense avec beaucoup de réunions.

Pourquoi un statut de coopérative et pas simplement d’association ?
L’idée de base a toujours été que les utilisateurs deviennent propriétaires de l’infrastructure. C’est le modèle économique qui nous convient. Il est possible de faire des dons à Nubo mais on souhaite vraiment créer un modèle viable et montrer aux gens que ce n’est pas obscur, que c’est faisable.
Nous savons qu’il existe d’autres coopératives numériques, je pense à ma collègue Agnez qui est assez active dans le réseau des LibreHosters  (le petit cousin anglophone des CHATONS). Et nous sommes tous plus au moins affiliés aux CHATONS : l’association Domaine Public, une des structures fondatrices de Nubo, est un CHATONS. Concrètement, nous avons vu qu’il existe beaucoup d’ASBL (Associations Sans But Lucratif) ou de fondations, mais on pense que la coopérative est plus durable. Bien sûr, s’il y a des projets qui fonctionnent autrement, je leur souhaite le meilleur.

Tu penses quoi des CHATONS en France ? Il y a beaucoup d’associations dans le lot.
J’aime bien ! Si ça marche, c’est super pour les gens. Pour nous, le but est d’arriver à 2000 coopérateurs. Si on y arrive, la coopérative devient viable. Mais je ne sais pas si par rapport à la France, 2000 membres équivaut à un gros CHATONS.
Pour nous, le plus important est de trouver le moyen que les non-geeks puissent utiliser des services libres. Les logiciels sont là, les moyens techniques sont présents, il reste encore à rendre ces services accessibles à tous. On veut que le boulanger du coin puisse facilement utiliser les services de Nubo.

Et toi, tu as toujours été libriste ?
Ma carrière professionnelle a commencé sur Windows comme graphiste, donc avec la suite Adobe. J’ai ensuite switché sur Mac. J’ai encore toujours certains projets de travail que je fais sous Mac, mais clairement je préfère le libre. J’ai toujours cherché des solutions conformes à mes valeurs et l’enfermement que propose Apple ou Adobe ne me convient pas. L’idée de coopération et de choix est quelque chose d’important. Mais ce n’est pas toujours facile de remplacer les logiciels professionnels par du libre.

Tu essaies aussi de sensibiliser tes enfants au libre ?
Pour le moment, ils ne sont pas intéressés. J’ai un enfant gamer donc il veut que ça marche sur Windows. Quand je parle du sujet avec eux, ils sont d’accord, ils écoutent, mais ils retournent utiliser Facebook et Instagram. Néanmoins j’ai installé pour ma famille un serveur Nextcloud, notamment pour synchroniser les fichiers et les agendas.

Y a t il d’autres associations ou coopératives néerlandophones qui se posent ces questions-là ?

Je dois avouer qu’en Flandre, c’est difficile. Il n’y a pas trop de mouvement. Depuis peu, je suis entré dans un groupe de travail qui va faire de la sensibilisation auprès des organisations. Donc ça commence à bouger, et je suis curieux de voir cette évolution. On commence enfin à avoir des évènements autour de la vie privée. Mais on n’est clairement pas aussi actif qu’en France.

Est-ce que vous souhaitez faire connaître Nubo en France ?
L’idée est que l’entreprise reste locale et soit proche des utilisateurs, des coopérateurs, avec des moments d’entraide et des temps de rencontres. Notre base sera donc toujours la Belgique. Via l’ancrage de nos associations fondatrices nous voulons accompagner le public sur des tâches simples, comme l’envoi de mail ou comment synchroniser ses appareils par exemple, car ça reste difficile pour de nombreuses personnes. Et nous pensons que c’est nécessaire pour favoriser l’émancipation des gens.

Des coopérateurs français sont évidemment les bienvenus, mais la base des utilisateurs doit rester belge. Nous voulons aussi aider d’autres coopératives à se monter, en France pourquoi pas. Dans l’idéal, si c’est permis de rêver, il y aurait une coopérative comme Nubo par commune, ville ou quartier. Mais pour l’instant nous créons une coopérative qui s’adresse au gens partout en Belgique. Bon, les germanophones sont malheureusement laissés à l’écart… nous n’avons actuellement pas la force d’ajouter encore une langue.

Vous allez chercher des bénévoles ou bien les fondateurs vont rester un petit noyau dur ?
Le but est d’avoir les 50 000 euros pour pouvoir lancer les services. Nous devons créer l’interface pour gérer facilement son abonnement. Mais l’objectif n’est pas que les fondateurs restent là avec une position de chef. On a intégré dans nos statuts une finalité sociale qui sera très difficile à modifier. Les fondateurs ont les mêmes droits que les coopérateurs (qu’importe le nombre de parts possédées) et donc tout sera dans les mains des coopérateurs s’ils veulent faire des modifications.
Nous travaillons déjà avec de l’aide de bénévoles pour la traduction par exemple et nous en avons encore besoin pour faire connaître le projet et créer un réseau d’entraide. (Nous-mêmes du « noyau dur » avons été ou sommes encore bénévoles pour Nubo.)

papa passe avec un panier de linge et demande à sa fille qui tripote son smartphone vautrée sur un fauteuil si elle n’a pas ses devoirs à faire. Si, dit-elle mais je regarde le photos de Mamie sur Nubo. Ah bon mamie utilise Nubo ? Oui répond la gamine, d’ailleurs elle se démerde vachement mieux que toi.
Illustration de Lucie Castel

Il manque encore 10 000 euros pour arriver à l’objectif mais ça avance plutôt vite. Une date de lancement à nous communiquer ?
On espère arriver à l’objectif avant la fin de l’année mais rien n’est garanti. On estime avoir ensuite besoin de 3 à 4 mois pour préparer les services, finir la documentation, acheter des serveurs, et tester tout ça.
On préfère évidemment lancer un service stable plutôt que démarrer trop vite.

En plus du mail et du cloud, d’autres services sont-ils à prévoir ?
Et bien ça sera aux coopérateurs de décider. Ce choix de proposer du mail et du cloud est le résultat d’une enquête que nous avons menée il y a 2 ans. On demandait aux gens le type de services qu’ils souhaitaient si une coopérative se montait, et c’est clairement le mail et le cloud qui ont été les plus demandés.

Sur le site Nubo, vous avez rédigé en utilisant l’écriture inclusive. Un petit mot là-dessus ?
L’idée est d’avoir une coopérative inclusive. Nous voulons que ce soit accessible pour tout le monde, qu’il s’agisse du message que nous portons que des services que nous allons proposer. Il existe déjà assez de barrières physiques dans le monde, nous voulons vraiment ouvrir le monde du libre pour les non-geeks.

Pour plus de détails, vous pouvez retrouver toutes les informations sur https://nubo.coop/fr/faq/

discussion de deux femmes en terrasse à propos de Nubo : l’une émet des doutes sur la pérennité du truc "une coppérative comme des fermiers, tu crois que ça va durer autant que l’URSS". l’autre l’envoie promener en évoquant le statut de coopérateur de chaque membre.
Illustration de Lucie Castel




« c’est pratique mais c’est une dépossession… »

Aude Vidal qui signe l’article ci-dessous est autrice d’Égologie (Le Monde à l’envers) et de La Conjuration des ego. Féminismes et individualisme (Syllepse), éditrice d’On achève bien les éleveurs (L’Échappée).
Nous la remercions de nous autoriser à reproduire ici le 300e billet de son blog sur l’écologie politique où elle aborde avec vigueur et acuité les diverses facettes de son engagement : écologie, féminisme, anti-capitalisme…
Il s’agit ici d’une réflexion sur la difficulté, y compris en milieu militant, à renoncer au confort (« c’est pratique ») procuré par nos outils numériques, pour réapprendre peut-être à… se faire chier ?

C’est pratique

Par Aude
Le billet original sur son blog

Je n’aime pas me faire chier dans la vie, et je ne dois pas être la seule.
Il m’arrive pourtant souvent d’être surprise que ce soit, autour de moi, un critère décisif pour organiser sa vie : aller au plus pratique. À ce qui engage le moins d’efforts. Les pubs fourmillent d’invitations à se laisser dorloter en échange de quelques euros. Le champ des services ne cesse jamais de s’étendre – et de libérer la croissance. Plus besoin de sortir se faire couper les cheveux, le coiffeur vient chez vous. Inutile de penser à mettre de la bière au frigo, un livreur vous l’apporte. Des services auparavant réservés aux client·es des grands hôtels se massifient désormais : faites livrer des fleurs, chercher un document à la maison, etc. Votre maison est devenue le centre du monde, si vous le voulez bien. Il doit bien être possible de faire autrement, c’est comme cela que nous vivions il y a encore cinq ans.

Tous ces services se déploient dans une société de plus en plus inégalitaire : d’un côté des gens qui méritent de bien bouffer après leur journée de boulot ou une réunion exigeante (voir les pubs qui mettent en scène le réconfort après l’effort), de l’autre des galériens qui sont payés une misère pour leur livrer un pad thai ou un kit apéro (ici le témoignage d’un livreur chez Frichti). C’est surtout parce que le chômage reste massif et l’armée de réserve importante, parce que les emplois ont été délibérément déqualifiés en auto-entreprise que ces entreprises prolifèrent. Si les galériens en ont marre de risquer leur vie et la vôtre en conduisant comme des dingues, ils trouveront un migrant à qui faire faire le boulot. Mais le tout s’appuie sur un mélange de paresse et de sens de ce qui lui est dû qui saisit l’individu en régime libéral au moment de faire à bouffer ou de s’occuper de la dimension matérielle de sa vie. Certes nous devons encore être quelques-un·es à cuire des nouilles quand nous avons la flemme de cuisiner et qui apprécions de sortir au restaurant pour nous changer les idées, découvrir un autre monde, des odeurs,une ambiance (et je n’oublie pas que ces lieux aussi sont propices à l’exploitation du travail). Mais la compétition économique pousse au cul tout le monde pour inventer des services innovants – c’est à dire dont personne n’avait vraiment besoin, qui étaient des rêves d’enfants gâtés mais qui, intelligemment marketés, nous laissent imaginer que nos vies sont vachement mieux avec. Ils constituent une industrie de la compensation sur laquelle il faudra mettre le doigt un jour et qui en attendant offre aux winners des vies de merde pleines de gratifications.

C’est pratique aussi, quand votre smartphone pense à votre place, que le logiciel va chercher vos mots de passe sur une autre bécane, recueille et transfère vos données à votre insu… Pratique, mais un peu inquiétant. Qu’importe, c’est surtout bien pratique ! Je suis la première à ne pas faire en matière de sécurité tous les efforts que me proposent des camarades plus cultivés que moi sur ces questions. Mais malgré cette désinvolture, je flippe quand je vois le niveau d’indépendance acquis par mon smartphone. Après des années de résistance et bien qu’il soit encore possible d’acheter neufs des téléphones bien conçus qui permettent de téléphoner (et d’avoir l’heure), j’ai cédé pour le côté pratique (1) : plus besoin de m’inquiéter d’avoir une connexion Internet régulière, de préparer mes déplacements et ma vie sociale comme je le faisais, avec capture d’écran de plans, schémas dessinés dans l’agenda, infos importantes notées sur papier, etc. Mais je me sens sous tutelle, dépossédée, comme une gamine gâtée sauf que je sais ce que c’est que l’autonomie et je regrette celle que j’avais avant.

Car c’est pratique mais c’est une dépossession : plus la peine de se soucier de la dimension matérielle de sa vie (et de savoir cuire des nouilles), pas besoin de garder la maîtrise de ses outils… Jusqu’ici, tout va bien, tant qu’on fait encore partie de la petite bourgeoisie qui peut se payer tout ça, tant que des pans entiers du macro-système technicien ne s’effondrent pas. Mais tout cela nous déqualifie humainement et il est des menaces plus immédiates encore que l’effondrement écologique ou une vraie crise de l’énergie : nos libertés, individuelles et collectives.

Je côtoie beaucoup de personnes engagées, qui n’ont pas de mots assez durs pour stigmatiser le capitalisme et le productivisme, qui éteignent la lumière dans les pièces qu’elles n’utilisent pas et qui pourtant maintiennent des comptes dans des réseaux sociaux devenus plus gros que des États, qui consomment un paquet de ressources et d’énergie pour calculer ce qu’elles aiment et vendre le résultat à d’autres boîtes, censurent leurs images, détournent leurs « ami·es » d’elles ou réciproquement sur base algorithmique, censurent les noms de groupes pas assez familiaux, gèrent leur environnement social comme un pensionnat dans les années 1950 en attendant de purement et simplement censurer leurs propos (2). Et ces personnes, parfois ces collectifs et associations, restent parce que c’est « pratique »(3).

J’ai toujours reçu un minimum d’écho dans des groupes anti-capitalistes, écologistes ou féministes, quand j’ai suggéré que Facebook, Twitter, Google Drive et autres n’étaient pas nos amis et proposé d’utiliser les outils créés et maintenus par des groupes politiques plus proches de nous et soucieux de nos libertés : les outils Framasoft (qui vont du pad à l’agenda en ligne, en passant par l’interface de sondages et la feuille de calcul), le Crabgrass de Riseup qui offre des fonctionnalités magiques et je me désole de ne faire partie d’aucun groupe qui l’utilise, etc. Et j’ai régulièrement mis en cause chez mes correspondant·es l’idée saugrenue d’avoir un compte Gmail qui vous pousse à garder dix ans de données en ligne plutôt que de ranger dans des fichiers dédiés et régulièrement sauvegardés les images qui vous tiennent à cœur. Et chaque fois, ce que j’entends, c’est que ce serait sympa de sauver la banquise mais… quand même, c’est pratique. Et j’ai vu des bonnes volontés s’arrêter au fait que Framacalc ne propose pas de mettre en couleur les cases, même quand cette couleur contribue à la lisibilité de la feuille sans rajouter aucune information digne d’intérêt. Aucune. Ces outils sont parfois moins bien que leur concurrence commerciale mais ne peut-on arbitrer sur d’autres critères ?

Nous n’allons pas nous flageller, non : si ces entreprises prolifèrent, de la start-up aux GAFA, c’est bien parce que les États leur laissent la bride sur le col. Ils démontent le droit du travail au profit de la micro-entreprise, ils votent des législations liberticides et laissent passer des pratiques intrusives et des concentrations industrielles qui devraient normalement tomber sous le coup de lois anti-trust (Messenger + Facebook + WhatsApp + Instagram, what else?). C’est bien simple : les appels au contrôle des GAFA viennent aujourd’hui du sein desdits GAFA (et pas forcément des concurrents !) autant que des politiques. Visiblement, ça nous touche moins que la dernière vidéo de pandas mignons qui fait le buzz. Mais ça devrait. Et bien que notre marge de manœuvre soit limitée, bien qu’une défection individuelle ne signifie pas grand-chose numériquement, même si c’est dur de se passer des centaines de likes qui saluent vos traits d’esprit et vos indignations sur Twitter, même si votre organisation a fait son trou sur Facebook, il me semble que la première chose à faire, dans cette situation, c’est de quitter ces réseaux pour en faire vivre de plus démocratiques, sobres et décentralisés. Votre engagement anti-capitaliste, écologiste et anti-autoritaire le mérite bien…

Mauvaise nouvelle : il va falloir réapprendre à se faire un peu chier, dans la vie.

 

PS : Ceci est mon 300e billet sur ce blog, ouvert il y a exactement dix ans. 300 billets, ça ne veut pas dire 300 textes, il y a quelques annonces sur le lot. Mais oui, cela fait deux textes par mois en moyenne. Les meilleurs ont été publiés ailleurs (notamment dans les journaux papier L’An 02, CQFD, L’Âge de faire, Moins ! et d’autres encore) ou reformulés dans le cadre des livres Égologie (Le Monde à l’envers, 2007) et La Conjuration des ego (Syllepse, 2019). Je prépare aussi la réédition de ma brochure sur le revenu garanti (aux éditions du Monde à l’envers cet hiver). C’est un blog qui m’a aidée à écrire dans des formats courts puis un peu plus longs (mais toujours pas très longs !) et à faire œuvre malgré le chômage de longue durée et le manque de sollicitations. Je me fais chier à payer le nom de domaine chaque année, ce qui permet de bénéficier d’un hébergement offert par Gandi.net et de ne pas livrer votre cerveau à la publicité.

(1) À vrai dire j’ai cédé dans la perspective d’un travail de terrain à l’étranger, où les seuls accès à Internet se faisaient par mobile et où mes informateurs utilisaient WhatsApp plus volontiers que des sms hors de prix. Et j’y ai gagné un dictaphone de bien meilleure qualité. Mais au quotidien, en France, je me laisse convaincre par le smartphone alors que j’ai encore le choix tous les matins de mettre plutôt mon vieux Nokia dans ma poche.

(2) Ces réseaux sociaux hébergent vos propos, vous permettent de mettre en ligne vos textes, images, fichiers vidéo et audio. Vous restez responsable de vos publications. Tout va bien. Sauf que les dernières innovations en matière de libertés civiles (qui s’accompagnent de la remise en cause d’un droit de la presse qui fonctionne très bien depuis 1881) font de ces réseaux vos éditeurs, lesquels partagent avec vous la responsabilité pénale de vos publications. Devinez la peine que vont prendre ces gros acteurs capitalistes à faire vérifier par des petites mains rémunérées que vos propos sont en effet contraires à la loi, diffamatoires, insultants ou appelant à la haine ? C’est moins cher de le mettre à la poubelle dès qu’une personne qui ne vous aime pas les signale, d’autant plus que vous ne représentez rien (à moins que vous ne soyez Donald Trump, dans ce cas  l’appel à la haine est acceptable). Les organisations qui pourraient se saisir de ce cas de censure pour le rendre public sont elles aussi sur ces réseaux (qui contrôlent leur audience) ou ailleurs et plus personne ne les entend crier parce que tout le monde est sur Facebook. Monde de rêve, hein ?

(3) Moi aussi, je reste, tentant de limiter ma participation et préférant socialiser dans des lieux plus proches de mes valeurs, Seenthis.net ou Mastodon.

 

unmilitant appelle à la convergence des luttes contre le capitalisme en mentionnant tous les réseaux sociaux classiques (facebook, twitter, whatsapp etc.) derrière lui des flics trouvent que c’est pratqiue pour se retrouver
illustration réalisée avec https://framalab.org/gknd-creator/#




C’est Qwant qu’on va où ?

L’actualité récente de Qwant était mouvementée, mais il nous a semblé qu’au-delà des polémiques c’était le bon moment pour faire le point avec Qwant, ses projets et ses valeurs.

Si comme moi vous étiez un peu distrait⋅e et en étiez resté⋅e à Qwant-le-moteur-de-recherche, vous allez peut-être partager ma surprise : en fouinant un peu, on trouve tout un archipel de services, certains déjà en place et disponibles, d’autres en phase expérimentale, d’autres encore en couveuse dans le labo.

Voyons un peu avec Tristan Nitot, Vice-président Advocacy de Qwant, de quoi il retourne et si le principe affiché de respecter la vie privée des utilisateurs et utilisatrices demeure une ligne directrice pour les applications qui arrivent.

Tristan Nitot, autoporttrait juillet 2019
Tristan Nitot, autoportrait (licence CC-BY)

Bonjour Tristan, tu es toujours content de travailler pour Qwant malgré les périodes de turbulence ?
Oui, bien sûr ! Je reviens un peu en arrière : début 2018, j’ai déjeuné avec un ancien collègue de chez Mozilla, David Scravaglieri, qui travaillait chez Qwant. Il m’a parlé de tous les projets en logiciel libre qu’il lançait chez Qwant en tant que directeur de la recherche. C’est ce qui m’a convaincu de postuler chez Qwant.

J’étais déjà fan de l’approche liée au respect de la vie privée et à la volonté de faire un moteur de recherche européen, mais là, en plus, Qwant se préparait à faire du logiciel libre, j’étais conquis. À peine arrivé au dessert, j’envoie un texto au président, Eric Léandri pour savoir quand il m’embauchait. Sa réponse fut immédiate : « Quand tu veux ! ». J’étais aux anges de pouvoir travailler sur des projets qui rassemblent mes deux casquettes, à savoir vie privée et logiciel libre.

Depuis, 18 mois ont passé, les équipes n’ont pas chômé et les premiers produits arrivent en version Alpha puis Bêta. C’est un moment très excitant !

Récemment, Qwant a proposé Maps en version Bêta… Vous comptez vraiment rivaliser avec Google Maps ? Parce que moi j’aime bien Street View par exemple, est-ce que c’est une fonctionnalité qui viendra un jour pour Qwant Maps ?

Rivaliser avec les géants américains du capitalisme de surveillance n’est pas facile, justement parce qu’on cherche un autre modèle, respectueux de la vie privée. En plus, ils ont des budgets incroyables, parce que le capitalisme de surveillance est extrêmement lucratif. Plutôt que d’essayer de trouver des financements comparables, on change les règles du jeu et on se rapproche de l’écosystème libre OpenStreetMap, qu’on pourrait décrire comme le Wikipédia de la donnée géographique. C’est une base de données géographiques contenant des données et des logiciels sous licence libre, créée par des bénévoles autour desquels viennent aussi des entreprises pour former ensemble un écosystème. Qwant fait partie de cet écosystème.
En ce qui concerne les fonctionnalités futures, c’est difficile d’être précis, mais il y a plein de choses que nous pouvons mettre en place grâce à l’écosystème OSM. On a déjà ajouté le calcul d’itinéraires il y a quelques mois, et on pourrait se reposer sur Mapillary pour avoir des images façon StreetView, mais libres !

Dis donc, en comparant 2 cartes du même endroit, on voit que Qwant Maps a encore des progrès à faire en précision ! Pourquoi est-ce que Qwant Maps ne reprend pas l’intégralité d’Open Street Maps ?

vue du centre de la ville de La Riche avec la requête "médiathèque la Riche" par OpenStreetMap
vue du centre de la ville de La Riche avec la requête « médiathèque la Riche » par OpenStreetMap

vue du centre de la ville de La Riche avec la requête "médiathèque la Riche" par QwantMaps. La médiathèque est clairement et mieux signalée visuellement (efficacité) mais la carte est moins détaillée (précision) que la version OSM
vue du centre de la ville de La Riche avec la requête « médiathèque la Riche » par QwantMaps

 

En fait, OSM montre énormément de détails et on a choisi d’en avoir un peu moins mais plus utilisables. On a deux sources de données pour les points d’intérêt (POI) : Pages Jaunes, avec qui on a un contrat commercial et OSM. On n’affiche qu’un seul jeu de POI à un instant t, en fonction de ce que tu as recherché.

Quand tu choisis par exemple « Restaurants » ou « Banques », sans le savoir tu fais une recherche sur les POI Pages Jaunes. Donc tu as un fond de carte OSM avec des POI Pages Jaunes, qui sont moins riches que ceux d’OSM mais plus directement lisibles.

Bon d’accord, Qwant Maps utilise les données d’OSM, c’est tant mieux, mais alors vous vampirisez du travail bénévole et libre ? Quelle est la nature du deal avec OSM ?

au bas d el arcehrceh "tour eiffel" se trouve le lien vers Open Street MapsNon, bien sûr, Qwant n’a pas vocation à vampiriser l’écosystème OSM : nous voulons au contraire être un citoyen modèle d’OSM. Nous utilisons les données et logiciels d’OSM conformément à leur licence. Il n’y a donc pas vraiment de deal, juste un respect des licences dans la forme et dans l’esprit. Par exemple, on met un lien qui propose aux utilisateurs de Qwant Maps d’apprendre à utiliser et contribuer à OSM. En ce qui concerne les logiciels libres nécessaires au fonctionnement d’OSM, on les utilise et on y contribue, par exemple avec les projets Mimirsbrunn, Kartotherian et Idunn. Mes collègues ont écrit un billet de blog à ce sujet.

Nous avons aussi participé à la réunion annuelle d’OSM, State Of the Map (SOTM) à Montpellier le 14 juin dernier, où j’étais invité à parler justement des relations entre les entreprises comme Qwant et les projets libres de communs numériques comme OSM. Les mauvais exemples ne manquent pas, avec Apple qui, avec Safari et Webkit, a sabordé le projet Konqueror de navigateur libre, ou Google qui reprend de la data de Wikipédia mais ne met pas de lien sur comment y contribuer (alors que Qwant le fait). Chez Qwant, on vise à être en symbiose avec les projets libres qu’on utilise et auxquels on contribue.

Google Maps a commencé à monétiser les emplois de sa cartographie, est-ce qu’un jour Qwant Maps va être payant ?

En réalité, Google Maps est toujours gratuit pour les particuliers (approche B2C Business to consumer). Pour les organisations ou entreprises qui veulent mettre une carte sur leur site web (modèle B2B Business to business), Google Maps a longtemps été gratuit avant de devenir brutalement payant, une fois qu’il a éliminé tous ses concurrents commerciaux. Il apparaît assez clairement que Google a fait preuve de dumping.

Pour le moment, chez Qwant, il n’y a pas d’offre B2B. Le jour où il y en aura une, j’espère que le un coût associé sera beaucoup plus raisonnable que chez Google, qui prend vraiment ses clients pour des vaches à lait. Je comprends qu’il faille financer le service qui a un coût, mais là, c’est exagéré !

Quand j’utilise Qwant Maps, est-ce que je suis pisté par des traqueurs ? J’imagine et j’espère que non, mais qu’est-ce que Qwant Maps « récolte » et « garde » de moi et de ma connexion si je lui demande où se trouve Bure avec ses opposants à l’enfouissement de déchets nucléaires ? Quelles garanties m’offre Qwant Maps de la confidentialité de mes recherches en cartographie ?

C’est un principe fort chez Qwant : on ne veut pas collecter de données personnelles. Bien sûr, à un instant donné, le serveur doit disposer à la fois de la requête (quelle zone de la carte est demandée, à quelle échelle) et l’adresse IP qui la demande. L’adresse IP pourrait permettre de retrouver qui fait quelle recherche, et Qwant veut empêcher cela. C’est pourquoi l’adresse IP est salée  et hachée  aussitôt que possible et c’est le résultat qui est stocké. Ainsi, il est impossible de faire machine arrière et de retrouver quelle adresse IP a fait quelle recherche sur la carte. C’est cette méthode qui est utilisée dans Qwant Search pour empêcher de savoir qui a recherché quoi dans le moteur de recherche.

Est-ce que ça veut dire qu’on perd aussi le relatif confort d’avoir un historique utile de ses recherches cartographiques ou générales ? Si je veux gagner en confidentialité, j’accepte de perdre en confort ?
Effectivement, Qwant ne veut rien savoir sur la personne qui recherche, ce qui implique qu’on ne peut pas personnaliser les résultats, ni au niveau des recherches Web ni au niveau cartographique : pour une recherche donnée, chaque utilisateur reçoit les mêmes résultats que tout le monde.

Ça peut être un problème pour certaines personnes, qui aimeraient bien disposer de personnalisation. Mais Qwant n’a pas dit son dernier mot : c’est exactement pour ça que nous avons fait « Masq by Qwant ». Masq, c’est une application Web en logiciel libre qui permet de stocker localement dans le navigateur (en LocalStorage)1 et de façon chiffrée des données pour la personnalisation de l’expérience utilisateur. Masq est encore en Alpha et il ne permet pour l’instant que de stocker (localement !) ses favoris cartographiques. À terme, nous voulons que les différents services de Qwant utilisent Masq pour faire de la personnalisation respectueuse de la vie privée.

formulaire d’enregistrement de compte masq, avec de nombreux critères nécessaires pour le mot de passe
Ouverture d’un compte Masq.

Ah bon alors c’est fini le cloud, on met tout sur sa machine locale ? Et si on vient fouiner dans mon appareil alors ? N’importe quel intrus peut voir mes données personnelles stockées ?

Effectivement, tes données étant chiffrées, et comme tu es le seul à disposer du mot de passe, c’est ta responsabilité de conserver précieusement ledit mot de passe. Quant à la sauvegarde des données, tu as bien pensé à faire une sauvegarde, non ? 😉

Ah mais vous avez aussi un projet de reconnaissance d’images ? Comment ça marche ? Et à quoi ça peut être utile ?
C’est le résultat du travail de chercheurs de Qwant Research, une intelligence artificielle (plus concrètement un réseau de neurones) qu’on a entraînée avec Pytorch sur des serveurs spécialisés DGX-1 en vue de proposer des images similaires à celles que tu décris ou que tu téléverses.

copie d’écran de Qwant Qiss (recherche d’images)
On peut chercher une image ou bien « déposer une image » pour en trouver de similaires.

 Ah tiens j’ai essayé un peu, ça donne effectivement des résultats rigolos : si on cherche des saucisses, on a aussi des carottes, des crevettes et des dents…

C’est encore imparfait comme tu le soulignes, et c’est bien pour ça que ça n’est pas encore un produit en production ! On compte utiliser cette technologie de pointe pour la future version de notre moteur de recherche d’images.

Comment je fais pour signaler à l’IA qu’elle s’est plantée sur telle ou telle image ? C’est prévu de faire collaborer les bêta-testeurs ? Est-ce que Qwant accueille les contributions bénévoles ou militantes ?
Il est prévu d’ajouter un bouton pour que les utilisateurs puissent valider ou invalider une image par rapport à une description. Pour des projets de plus en plus nombreux, Qwant produit du logiciel libre et donc publie le code. Par exemple pour la recherche d’image, c’est sur https://github.com/QwantResearch/text-image-similarity. Les autres projets sont hébergés sur les dépôts https://github.com/QwantResearch : les contributions au code (Pull requests) et les descriptions de bugs (issues) sont les bienvenus !

Bon je vois que Qwant a l’ambition de couvrir autant de domaines que Google ? C’est pas un peu hégémonique tout ça ? On se croirait dans Dégooglisons Internet !

 

Effectivement, nos utilisateurs attendent de Qwant tout un univers de services. La recherche est pour nous une tête de pont, mais on travaille à de nouveaux services. Certains sont des moteurs de recherche spécialisés comme Qwant Junior, pour les enfants de 6 à 12 ans (pas de pornographie, de drogues, d’incitation à la haine ou à la violence).

Comment c’est calculé, les épineuses questions de résultats de recherche ou non avec Qwant Junior ? Ça doit être compliqué de filtrer…

échec de rceherche avec Qwant Junior : un petit dino dit "oups, je n’ai pas trouvé de résultats qui te conviennent"
Qwant Junior ne montre pas d’images de sexe masculin, tant mieux/tant pis ?

Nous avons des équipes qui gèrent cela et s’assurent que les sujets sont abordables par les enfants de 6 à 12 ans, qui sont notre cible pour Junior.
Ça n’est pas facile effectivement, mais nous pensons que c’est important. C’est une idée qui nous est venue au lendemain des attentats du Bataclan où trop d’images choquantes étaient publiées par les moteurs de recherche. C’était insupportable pour les enfants. Et puis Junior, comme je le disais, n’a pas vocation à afficher de publicité ni à capturer de données personnelles. C’est aussi pour cela que Qwant Junior est très utilisé dans les écoles, où il donne visiblement satisfaction aux enseignants et enseignantes.

Mais euh… « filtrer » les résultats, c’est le job d’un moteur de recherche ?

Il y a deux questions en fait. Pour un moteur de recherche pour enfants, ça me parait légitime de proposer aux parents un moteur qui ne propose pas de contenus choquants. Qwant Junior n’a pas vocation à être neutre : c’est un service éditorialisé qui fait remonter des contenus à valeur pédagogique pour les enfants. C’est aux parents de décider s’ils l’utilisent ou pas.
Pour un moteur de recherche généraliste revanche, la question est plutôt d’être neutre dans l’affichage des résultats, dans les limites de la loi.

Tiens vous avez même des trucs comme Causes qui propose de reverser l’argent des clics publicitaires à de bonnes causes ? Pour cela il faut désactiver les bloqueurs de pub auxquels nous sommes si attachés, ça va pas plaire aux antipubs…

En ce qui concerne Qwant Causes, c’est le moteur de recherche Qwant mais avec un peu plus de publicité. Et quand tu cliques dessus, cela rapporte de l’argent qui est donné à des associations que tu choisis. C’est une façon de donner à ces associations en faisant des recherches. Bien sûr si tu veux utiliser un bloqueur de pub, c’est autorisé chez Qwant, mais ça n’a pas de sens pour Qwant Causes, c’est pour ça qu’un message d’explication est affiché.

Est-ce que tous ces services sont là pour durer ou bien seront-ils fermés au bout d’un moment s’ils sont trop peu employés, pas rentables, etc. ?

Tous les services n’ont pas vocation à être rentables. Par exemple, il n’y a pas de pub sur Qwant Junior, parce que les enfants y sont déjà trop exposés. Mais Qwant reste une entreprise qui a vocation à générer de l’argent et à rémunérer ses actionnaires, donc la rentabilité est pour elle une chose importante. Et il y a encore de la marge pour concurrencer les dizaines de services proposés par Framasoft et les CHATONS 😉

Est-ce que Qwant est capable de dire combien de personnes utilisent ses services ? Qwant publie-t-elle des statistiques de fréquentation ?
Non. D’abord, on n’identifie pas nos utilisateurs, donc c’est impossible de les compter : on peut compter le nombre de recherches qui sont faites, mais pas par combien de personnes. Et c’est très bien comme ça ! Tout ce que je peux dire, c’est que le nombre de requêtes évolue très rapidement : on fait le point en comité de direction chaque semaine, et nous battons presque à chaque fois un nouveau record !

Bon venons-en aux questions que se posent souvent nos lecteurs et lectrices : Qwant et ses multiples services, c’est libre, open source, ça dépend ?

Non, tout n’est pas en logiciel libre chez Qwant, mais si tu vas sur les dépôts de Qwant et Qwant Research tu verras qu’il y a déjà plein de choses qui sont sous licence libre, y compris des choses stratégiques comme Graphee (calcul de graphe du Web) ou Mermoz (robot d’indexation du moteur). Et puis les nouveaux projets comme Qwant Maps et Masq y sont aussi.

La publicité est une source de revenus dans votre modèle économique, ou bien vous vendez des services à des entreprises ou institutions ? Qwant renonce à un modèle économique lucratif qui a fait les choux gras de Google, mais alors comment gagner de l’argent ?
Oui, Qwant facture aussi des services à des institutions dans le domaine de l’open data par exemple, mais l’essentiel du revenu vient de la publicité contextuelle, à ne pas confondre avec la publicité ciblée telle que faite par les géants américains du Web. C’est très différent.
La publicité ciblée, c’est quand tu sais tout de la personne (ses goûts, ses habitudes, ses déplacements, ses amis, son niveau de revenu, ses recherches web, son historique de navigation, et d’autres choses bien plus indiscrètes telles que ses opinions politiques, son orientation sexuelle ou religieuse, etc.). Alors tu vends à des annonceurs le droit de toucher avec de la pub des personnes qui sont ciblées. C’est le modèle des géants américains.
Qwant, pour sa part, ne veut pas collecter de données personnelles venant de ses utilisateurs. Tu as sûrement remarqué que quand tu vas sur Qwant.com la première fois, il n’y a pas de bannière « acceptez nos cookies ». C’est normal, nous ne déposons pas de cookies quand tu fais une recherche Qwant !

Personnane de Geektionerd : "Qwant avance, ta vie privée ne recule pas". intrelocuteur l’air sceptique fait : mmmmmh…
L’équipe Qwant’Comm en plein brainstorming…

Quand tu fais une recherche, Qwant te donne une réponse qui est la même pour tout le monde. Tu fais une recherche sur « Soupe à la tomate » ? On te donne les résultats et en même temps on voit avec les annonceurs qui est intéressé par ces mots-clés. On ignore tout de toi, ton identité ou ton niveau de revenu. Tout ce qu’on sait, c’est que tu as cherché « soupe à la tomate ». Et c’est ainsi que tu te retrouves avec de la pub pour du Gaspacho ou des ustensiles de cuisine. La publicité vaut un peu moins cher que chez nos concurrents, mais les gens cliquent dessus plus souvent. Au final, ça permet de financer les services et d’en inventer de nouveaux tout en respectant la vie privée des utilisateurs et de proposer une alternative aux services américains gourmands en données personnelles. On pourrait croire que ça ne rapporte pas assez, pourtant c’était le modèle commercial de Google jusqu’en 2006, où il a basculé dans la collecte massive de données personnelles…

Dans quelle mesure Qwant s’inscrit-il dans la reconquête de la souveraineté européenne contre la domination des géants US du Web ?
Effectivement, parmi les deux choses qui différencient Qwant de ses concurrents, il y a la non-collecte de données personnelles et le fait qu’il est français et à vocation européenne. Il y a un truc qui me dérange terriblement dans le numérique actuel, c’est que l’Europe est en train de devenir une colonie numérique des USA et peut-être à terme de la Chine. Or, le numérique est essentiel dans nos vies. Il les transforme ! Ces outils ne sont pas neutres, ils sont le reflet des valeurs de ceux qui les produisent.

Aux USA, les gens sont considérés comme des consommateurs : tout est à vendre à ou à acheter. En Europe, c’est différent. Ça n’est pas un hasard si la CNIL est née en France, si le RGPD est européen : on a conscience de l’enjeu des données personnelles sur la citoyenneté, sur la liberté des gens. Pour moi, que Qwant soit européen, c’est très important.

Merci d’avoir accepté de répondre à nos questions. Comme c’est la tradition de nos interviews, on te laisse le mot de la fin…

Je soutiens Framasoft depuis toujours ou presque, parce que je sais que ce qui y est fait est vraiment important : plus de libre, moins d’hégémonie des suspects habituels, plus de logiciel libre, plus de valeur dans les services proposés.
J’ai l’impression d’avoir avec Qwant une organisation différente par nature (c’est une société, avec des actionnaires), mais avec des objectifs finalement assez proches : fournir des services éthiques, respectueux de la vie pivée, plus proches des gens et de leurs valeurs, tout en contribuant au logiciel libre. C’est ce que j’ai tenté de faire chez Mozilla pendant 17 ans, et maintenant chez Qwant. Alors, je sais que toutes les organisations ne sont pas parfaites, et Qwant ne fait pas exception à la règle. En tout cas, chez Qwant on fait du mieux qu’on peut !

Vive l’Internet libre et ceux qui œuvrent à le mettre en place et à le défendre !

De Gaulle au balcon de Québec, bras en V, image de 1967 détournée en "Vive l’Internet Libre !" en rouge
D’après une image d’archive, De Gaulle s’adressant aux Québecois en 1967 (© Rare Historical Photos)

 




3 questions à Marie-Cécile Godwin Paccard de la #TeamMobilizon

Marie-Cécile Godwin Paccard est designer indépendante et chercheuse UX. Elle accompagne des personnes et des organisations dans la définition de leurs fondamentaux et objectifs, en apportant un regard systémique. Elle s’occupe de comprendre les usages en profondeur et de concevoir des outils utilisables, éthiques et inclusifs. Elle fait partie de l’équipe qui travaille sur le logiciel Mobilizon. Nous lui avons posé 3 questions pour qu’elle nous explique son rôle sur le projet.

Bonjour Marie-Cécile ! Vous avez accompagné le projet Mobilizon, afin que celui-ci corresponde, dès sa conception, aux besoins et usages des personnes qui sont vouées à l’utiliser. Pouvez-vous nous expliquer en quoi il est particulièrement important pour ce projet de prendre en compte les besoins et attentes des futur⋅es utilisateur⋅ices ?

Bonjour à toute l’équipe ! Étudier les besoins et les usages, c’est essentiel si l’on veut concevoir un logiciel, un service ou même un objet qui soit utilisable, et donc utilisé. Mobilizon a pour ambition de permettre aux personnes de s’organiser et de se rassembler, et de leur donner le pouvoir de le faire librement et respectueusement. Rien de mieux pour commencer à parler « usages » dès le début de la réflexion autour du projet ! Toute l’équipe qui travaille sur Mobilizon a le souhait que les communautés existantes s’en emparent et que de nouvelles communautés s’y créent. On ne pourra pas atteindre cet objectif si on ne fait pas l’effort d’aller à la rencontre des personnes pour comprendre ce dont elles ont besoin, quels problèmes elles rencontrent et comment elles ont fait pour y pallier jusqu’à présent.

Quand on conçoit des choses destinées à être utilisées par d’autres personnes, il est très important de ne pas se contenter de nos propres suppositions, croyances ou idées fixes et d’ouvrir notre esprit à la perception et à l’expérience d’autres personnes. Une courte phase de recherche en usages peut donner des résultats rapides et précieux et permettre d’identifier très en amont des problématiques et des objectifs auxquels on n’avait pas forcément pensé et qui vont nous aider à questionner nos présupposés de départ.

Quelle a été votre démarche pour recueillir la parole de ces utilisateur⋅ices (ou communautés) ?

D’abord, nous avons passé un temps de réflexion ensemble à bien cadrer le projet, ses ambitions, mais aussi ses implications politiques (car TOUT est politique, surtout dans le design et le logiciel, qui plus est libre !) et comment Mobilizon s’inscrivait dans la mission de Framasoft. Nous avons fait le point sur les plateformes d’organisation existantes et ce qu’elles engendraient comme problèmes qui empêchaient les gens de s’organiser librement. J’ai ensuite proposé un plan de recherche à l’équipe, pour bien définir ce vers quoi nous allions orienter la phase de recherche. Nous avons lancé une première enquête en ligne, qui a recueilli pas loin de 300 réponses. Dans cette enquête, nous demandions aux personnes répondantes comment elles s’organisaient en général pour se rassembler à l’aide des plateformes numériques, soit en tant qu’invitées, soit en tant qu’organisatrices elles-mêmes. Nous avons recueilli des informations précieuses sur les problèmes qu’elles pouvaient rencontrer, et pourquoi elles utilisaient ou pas tel ou tel outil numérique pour le faire.

Dans un deuxième temps, nous avons défini des typologies de communautés à qui nous souhaitions nous adresser. À nouveau, il fallait partir des usages : des communautés très grandes avec différents niveaux d’organisation qui créent des rassemblements publics, des communautés spécialisées qui organisent des événements thématiques, des organisations qui souhaitent assurer respect de la vie privée à elles et aux personnes qui participent à leurs événements, etc. Je suis ensuite partie à la recherche de personnes qui correspondaient à ces cas d’usages pour leur poser des questions sur leur manière de s’organiser. On ne parle pas encore de logiciel, de code ou de graphisme à ce point : on se focalise encore et toujours sur les usages, sur la réalité de l’organisation d’événements et aux problèmes bien concrets qui se posent aux personnes qui les mettent en place.

Comment ces éléments alimentent-ils la réflexion sur les fonctionnalités de Mobilizon ?

Une fois que la phase de recherche est bouclée, il est temps de tirer des conclusions sur les données recueillies. Quelle est la réalité des usages des personnes et comment concevoir un logiciel qui ira dans leur sens ? On va ensuite arbitrer nos décisions avec ces données.

Certaines choses parlent tout de suite d’elles-mêmes : si je me rends compte à travers quasiment tous les entretiens qu’une problématique revient tout le temps, cela veut dire qu’il faut la garder en tête tout au long de la conception et du développement et trouver la meilleure manière d’y répondre. Certes, il y a des problèmes très humains que Mobilizon ne pourra pas résoudre, par exemple les « no-show », les personnes qui indiquent qu’elles participeront à l’événement mais finissent par ne pas venir. Même si l’on a pas de solution logicielle pour résoudre ce souci, comprendre pourquoi il embête les organisateurs et organisatrices permet de prendre de meilleures décisions par la suite.

Mobilizon ne pourra pas être « one-size-fits-all » (taille unique). Seront couvertes en priorité les fonctionnalités que nous pensons indispensables aux petites communautés qui n’ont pas les moyens techniques de se rassembler ailleurs. On ne remplacera pas un Mattermost ou un WhatsApp, et on n’aura jamais la même force de frappe que Facebook. Mais Mobilizon proposera les fonctionnalités essentielles pour que les communautés les plus exposées au capitalisme de surveillance puissent migrer hors de Facebook, mais ne pourra pas remplacer les centaines de pads imbriqués ou les conversations vocales de Discord à plus de 30 personnes !

En ce moment, je suis en train de concevoir le « back office » de Mobilizon, et toute l’articulation de la « tuyauterie » qui va permettre de créer un événement, un groupe, d’inviter des personnes dans ledit groupe pour s’organiser en amont de l’événement, de définir les différentes identités avec lesquelles on pourra dire que l’on participe à un événement en cloisonnant son activité, de modérer les participations ou les questions et commentaires…

Avec le reste de l’équipe, nous nous posons également plein de questions sur la manière dont Mobilizon va accompagner les personnes dans la compréhension des principes de la fédération et des instances. Le but est de nous assurer que dans tous les cas, la personne qui souhaite utiliser une instance Mobilizon pour créer un événement sur le web accède simplement aux tenants et aboutissants de tel ou tel choix, pour prendre la décision qui lui convient le mieux. Cela va se traduire dans plein d’aspects de la conception du logiciel : comment va se dérouler l’inscription (« on boarding »), quels éléments vont permettre de comprendre le principe des instances dans le texte et dans l’interface, etc.

Pour en savoir plus sur le logiciel Mobilizon, c’est sur https://joinmobilizon.org/.
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