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La Fée diverse déploie ses ailes

Il n’est pas si fréquent que l’équipe Framalang traduise un article depuis la langue italienne, mais la récapitulation bien documentée de Cagizero était une bonne occasion de faire le point sur l’expansion de la Fediverse, un phénomène dont nous nous réjouissons et que nous souhaitons voir gagner plus d’amplitude encore, tant mieux si l’article ci-dessous est très lacunaire dans un an !

Article original : Mastodon, il Fediverso ed il futuro decentrato delle reti sociali

Traduction Framalang : alainmi, Ezelty, goofy, MO

Mastodon, la Fediverse et l’avenir des réseaux décentralisés

par Cagizero

Peu de temps après une première vue d’ensemble de Mastodon il est déjà possible d’ajouter quelques observations nouvelles.

Tout d’abord, il faut noter que plusieurs personnes familières de l’usage des principaux médias sociaux commerciaux (Facebook, Twitter, Instagram…) sont d’abord désorientées par les concepts de « décentralisation » et de « réseau fédéré ».

En effet, l’idée des médias sociaux qui est répandue et bien ancrée dans les esprits est celle d’un lieu unique, indifférencié, monolithique, avec des règles et des mécanismes strictement identiques pour tous. Essentiellement, le fait même de pouvoir concevoir un univers d’instances séparées et indépendantes représente pour beaucoup de gens un changement de paradigme qui n’est pas immédiatement compréhensible.

Dans un article précédent où était décrit le média social Mastodon, le concept d’instance fédérée était comparé à un réseau de clubs ou cercles privés associés entre eux.

Certains aspects exposés dans l’article précédent demandent peut-être quelques éclaircissements supplémentaires pour celles et ceux qui abordent tout juste le concept de réseau fédéré.

1. On ne s’inscrit pas « sur Mastodon », mais on s’inscrit à une instance de Mastodon ! La comparaison avec un club ou un cercle s’avère ici bien pratique : adhérer à un cercle permet d’entrer en contact avec tous ceux et celles qui font partie du même réseau : on ne s’inscrit pas à une plateforme, mais on s’inscrit à l’un des clubs de la plateforme qui, avec les autres clubs, constituent le réseau. La plateforme est un logiciel, c’est une chose qui n’existe que virtuellement, alors qu’une instance qui utilise une telle plateforme en est l’aspect réel, matériel. C’est un serveur qui est physiquement situé quelque part, géré par des gens en chair et en os qui l’administrent. Vous vous inscrivez donc à une instance et ensuite vous entrez en contact avec les autres.

2. Les diverses instances ont la possibilité technique d’entrer en contact les unes avec les autres mais ce n’est pas nécessairement le cas. Supposons par exemple qu’il existe une instance qui regroupe 500 utilisateurs et utilisatrices passionné⋅e⋅s de littérature, et qui s’intitule mastodon.litterature : ces personnes se connaissent précisément parce en tant que membres de la même instance et chacun⋅e reçoit les messages publics de tous les autres membres.
Eh bien, chacun d’entre eux aura probablement aussi d’autres contacts avec des utilisateurs enregistrés sur difFerentes instances (nous avons tous des ami⋅e⋅s qui ne font pas partie de notre « cercle restreint », n’est-ce pas ?). Si chacun des 500 membres de maston.litterature suit par exemple 10 membres d’une autre instance, mastodon.litterature aurait un réseau local de 500 utilisateurs, mais aussi un réseau fédéré de 5000 utilisateurs !
Bien. Supposons que parmi ces 5000 il n’y ait même pas un seul membre de l’instance japonaise japan.nuclear.physics dont le thème est la physique nucléaire : cette autre instance pourrait avoir peut-être 800 membres et avoir un réseau fédéré de plus de 8000 membres, mais si entre les réseaux « littérature » et « physique nucléaire » il n’y avait pas un seul ami en commun, ses membres ne pourraient en théorie jamais se contacter entre eux.
En réalité, d’après la loi des grands nombres, il est assez rare que des instances d’une certaine taille n’entrent jamais en contact les unes avec les autres, mais l’exemple sert à comprendre les mécanismes sur lesquels repose un réseau fédéré (ce qui, en se basant justement sur la loi des grands nombres et les principes des degrés de séparation, confirme au contraire l’hypothèse que plus le réseau est grand, moins les utilisateurs et instances seront isolés sur une seule instance).

3. Chaque instance peut décider volontairement de ne pas entrer en contact avec une autre, sur la base des choix, des règles et politiques internes qui lui sont propres. Ce point est évidemment peu compris des différents commentateurs qui ne parviennent pas à sortir de l’idée du « réseau social monolithique ». S’il y avait sur Mastodon une forte concentration de suprémacistes blancs en deuil de Gab, ou de blogueurs porno en deuil de Tumblr, cela ne signifie pas que ce serait l’ensemble du réseau social appelé Mastodon qui deviendrait un « réseau social pour suprémacistes blancs et porno », mais seulement quelques instances qui n’entreraient probablement jamais en contact avec des instances antifascistes ou ultra-religieuses. Comme il est difficile de faire comprendre un tel concept, il est également difficile de faire comprendre les potentialités d’une structure de ce type. Dans un réseau fédéré, une fois donnée la possibilité technique d’interagir entre instances et utilisateurs, chaque instance et chaque utilisateur peut ensuite choisir de façon indépendante l’utilisation qui en sera faite.

Supposons qu’il existe par exemple :

  • Une instance écologiste, créée, maintenue et soutenue financièrement par un groupe de passionnés qui veulent avoir un lieu où échanger sur la nature et l’écologie, qui pose comme principe qu’on n’y poste ni liens externes ni images pornographiques.
  • Une instance commerciale, créée par une petite entreprise qui dispose d’un bon serveur et d’une bande passante très confortable, et celui ou celle qui s’y inscrit en payant respecte les règles fixées auparavant par l’entreprise elle-même.
  • Une instance sociale, créée par un centre social et dont les utilisateurs sont surtout les personnes qui fréquentent ledit centre et se connaissent aussi personnellement.
  • Une instance vidéoludique, qui était à l’origine une instance interne des employés d’une entreprise de technologie mais qui dans les faits est ouverte à quiconque s’intéresse aux jeux vidéos.

Avec ce scénario à quatre instances, on peut déjà décrire quelques interactions intéressantes : l’instance écologiste pourrait consulter ses utilisateurs et utilisatrices et décider de bannir l’instance commerciale au motif qu’on y diffuse largement une culture contraire à l’écologie, tandis que l’instance sociale pourrait au contraire maintenir le lien avec l’instance commerciale tout en choisissant préventivement de la rendre muette dans son propre fil, laissant le choix personnel à ses membres d’entrer ou non en contact avec les membres de l’instance commerciale. Cependant, l’instance sociale pourrait bannir l’instance de jeu vidéo à cause de la mentalité réactionnaire d’une grande partie de ses membres.

En somme, les contacts « insupportables/inacceptables » sont spontanément limités par les instances sur la base de leurs différentes politiques. Ici, le cadre d’ensemble commence à devenir très complexe, mais il suffit de l’observer depuis une seule instance, la nôtre, pour en comprendre les avantages : les instances qui accueillent des trolls, des agitateurs et des gens avec qui on n’arrive vraiment pas à discuter, nous les avons bannies, alors que celles avec lesquelles on n’avait pas beaucoup d’affinités mais pas non plus de motif de haine, nous les avons rendues muettes. Ainsi, si quelqu’un parmi nous veut les suivre, il n’y a pas de problème, mais ce sera son choix personnel.

4. Chaque utilisateur peut décider de rendre muets d’autres utilisateurs, mais aussi des instances entières. Si vous voulez particulièrement éviter les contenus diffusés par les utilisateurs et utilisatrices d’une certaine instance qui n’est cependant pas bannie par l’instance qui vous accueille (mettons que votre instance ne ferme pas la porte à une instance appelée meme.videogamez.lulz, dont la communauté tolère des comportements excessifs et une ambiance de moquerie  lourde que certains trouvent néanmoins amusante), vous êtes libres de la rendre muette pour vous seulement. En principe, en présence de groupes d’utilisateurs indésirables venant d’une même instance/communauté, il est possible de bloquer plusieurs dizaines ou centaines d’utilisateurs à la fois en bloquant (pour vous) l’instance entière. Si votre instance n’avait pas un accord unanime sur la manière de traiter une autre instance, vous pourriez facilement laisser le choix aux abonnés qui disposent encore de ce puissant outil. Une instance peut également choisir de modérer seulement ses utilisateurs ou de ne rien modérer du tout, laissant chaque utilisateur complètement libre de faire taire ou d’interdire qui il veut sans jamais interférer ou imposer sa propre éthique.

La Fediverse

symbole coloré de la fédération, comme un hexagone dont chaque sommet est relié aux autres, en étoile.
logo de la Fediverse

 

Maintenant que nous nous sommes mieux concentrés sur ces aspects, nous pouvons passer à l’étape suivante. Comme déjà mentionné dans le post précédent, Mastodon fait partie de quelque chose de plus vaste appelé la Fediverse (Fédération + Univers).

En gros, Mastodon est un réseau fédéré qui utilise certains outils de communication (il existe plusieurs protocoles mais les principaux sont ActivityPub, Ostatus et Diaspora*, chacun ayant ses avantages, ses inconvénients, ses partisans et ses détracteurs), utilisés aussi par et d’autres réalités fédérées (réseaux sociaux, plateformes de blogs, etc.) qui les mettent en contact pour former une galaxie unique de réseaux fédérés.

Pour vous donner une idée, c’est comme si Mastodon était un système planétaire qui tourne autour d’une étoile (Mastodon est l’étoile et chaque instance est une planète), cependant ce système planétaire fait partie d’un univers dans lequel existent de nombreux systèmes planétaires tous différents mais qui communiquent les uns avec les autres.

Toutes les planètes d’un système planétaire donné (les instances, comme des « clubs ») tournent autour d’un soleil commun (la plate-forme logicielle). L’utilisateur peut choisir la planète qu’il préfère mais il ne peut pas se poser sur le soleil : on ne s’inscrit pas à la plateforme, mais on s’inscrit à l’un des clubs qui, avec tous les autres, forme le réseau.

Dans cet univers, Mastodon est tout simplement le « système planétaire » le plus grand (celui qui a le plus de succès et qui compte le plus grand nombre d’utilisateurs) mais il n’est pas certain qu’il en sera toujours ainsi : d’autres « systèmes planétaires » se renforcent et grandissent.

[NB : chaque plate-forme évoquée ici utilise ses propres noms pour définir les serveurs indépendants sur lesquels elle est hébergée. Mastodon les appelle instances, Hubzilla les appelle hubs et Diaspora* les appelle pods. Toutefois, par souci de simplicité et de cohérence avec l’article précédent, seul le terme « instance » sera utilisé pour tous dans l’article]

La structure d’ensemble de la Fediverse

Les interactions de Mastodon avec les autres médias

Sur Kumu.io on peut trouver une représentation interactive de la Fediverse telle qu’elle apparaît actuellement. Chaque « nœud » représente un réseau différent (ou « système planétaire »). Ce sont les différentes plateformes qui composent la fédération. Mastodon n’est que l’une d’entre elles, la plus grande, en bas au fond. Sur la capture d’écran qui illustre l’article, Mastodon est en bas.

En sélectionnant Mastodon il est possible de voir avec quels autres médias ou systèmes de la Fediverse il est en mesure d’interagir. Comme on peut le voir, il interagit avec la plupart des autres médias mais pas tout à fait avec tous.

Les interactions de Gnu social avec les autres médias

En sélectionnant un autre réseau social comme GNU Social, on observe qu’il a différentes interactions : il en partage la majeure partie avec Mastodon mais il en a quelques-unes en plus et d’autres en moins.

Cela dépend principalement du type d’outils de communication (protocoles) que chaque média particulier utilise. Un média peut également utiliser plus d’un protocole pour avoir le plus grand nombre d’interactions, mais cela rend évidemment leur gestion plus complexe. C’est, par exemple, la voie choisie par Friendica et GNU Social.

En raison des différents protocoles utilisés, certains médias ne peuvent donc pas interagir avec tous les autres. Le cas le plus important est celui de Diaspora*, qui utilise son propre protocole (appelé lui aussi Diaspora), qui ne peut interagir qu’avec Friendica et Gnu Social mais pas avec des médias qui reposent sur ActivityPub tels que Mastodon.

Au sein de la Fediverse, les choses sont cependant en constante évolution et l’image qui vient d’être montrée pourrait avoir besoin d’être mise à jour prochainement. En ce moment, la plupart des réseaux semblent s’orienter vers l’adoption d’ActivityPub comme outil unique. Ce ne serait pas mal du tout d’avoir un seul protocole de communication qui permette vraiment tout type de connexion !

Mais revenons un instant à l’image des systèmes planétaires. Kumu.io montre les connexions techniquement possibles entre tous les « systèmes planétaires » et, pour ce faire, relie génériquement les différents soleils. Mais comme nous l’avons bien vu, les vraies connexions ont lieu entre les planètes et non entre les soleils ! Une carte des étoiles montrant les connexions réelles devrait montrer pour chaque planète (c’est-à-dire chaque « moustache » des nœuds de Kum.io), des dizaines ou des centaines de lignes de connexion avec autant de planètes/moustaches, à la fois entre instances de sa plateforme et entre instances de différentes plateformes ! La quantité et la complexité des connexions, comme on peut l’imaginer, formeraient un enchevêtrement qui donnerait mal à la tête serait graphiquement illisible. Le simple fait de l’imaginer donne une idée de la quantité et de la complexité des connexions possibles.

Et cela ne s’arrête pas là : chaque planète peut établir ou interrompre ses contacts avec les autres planètes de son système solaire (c’est-à-dire que l’instance Mastodon A peut décider de ne pas avoir de contact avec l’instance Mastodon B), et de la même manière elle peut établir ou interrompre les contacts avec des planètes de différents systèmes solaires (l’instance Mastodon A peut établir ou interrompre des contacts avec l’instance Pleroma B). Pour donner un exemple radical, nous pouvons supposer que nous avons des cousins qui sont des crétins, mais d’authentiques crétins, que nous avons chassés de notre planète (mastodon.terre) et qu’ensuite ils ont construit leur propre instance (mastodon.saturne) dans notre voisinage parce que ben, ils aiment bien notre soleil « Mastodon ». Nous décidons de nous ignorer les uns les autres tout de suite. Ces cousins, cependant, sont tellement crétins que même nos parents et amis proches des planètes voisines (mastodon.jupiter, mastodon.venus, etc.) ignorent les cousins crétins de mastodon.saturne.

Aucune planète du système Mastodon ne les supporte. Les cousins, cependant, ne sont pas entièrement sans relations et, au contraire, ils ont beaucoup de contacts avec les planètes d’autres systèmes solaires. Par exemple, ils sont en contact avec certaines planètes du système planétaire PeeeTube: peertube.10287, peertube.chatons, peertube.anime, mais aussi avec pleroma.pizza du système Pleroma et friendica.jardinage du système Friendica. En fait, les cousins crétins sont d’accord pour vivre sur leur propre petite planète dans le système Mastodon, mais préfèrent avoir des contacts avec des planètes de systèmes différents.

Nous qui sommes sur mastodon.terre, nous ne nous soucions pas moins des planètes qui leur sont complaisantes : ce sont des crétins tout autant que nos cousins et nous les avons bloquées aussi. Sauf un. Sur pleroma.pizza, nous avons quelques ami⋅e⋅s qui sont aussi des ami⋅e⋅s de certains cousins crétins de mastodon.saturne. Mais ce n’est pas un problème. Oh que non ! Nous avons des connexions interstellaires et nous devrions nous inquiéter d’une chose pareille ? Pas du tout ! Le blocage que nous avons activé sur mastodon.saturne est une sorte de barrière énergétique qui fonctionne dans tout le cosmos ! Si nous étions impliqués dans une conversation entre un ami de pleroma.pizza et un cousin de mastodon.saturne, simplement, ce dernier ne verrait pas ce qui sort de notre clavier et nous ne verrions pas ce qui sort du sien. Chacun d’eux saura que l’autre est là, mais aucun d’eux ne pourra jamais lire l’autre. Bien sûr, nous pourrions déduire quelque chose de ce que notre ami commun de pleroma.pizza dira, mais bon, qu’est-ce qu’on peut en espérer ? 😉

Cette image peut donner une idée de la façon dont les instances (planètes) se connectent entre elles. Si l’on considère qu’il existe des milliers d’instances connues de la Fediverse, on peut imaginer la complexité de l’image. Un aspect intéressant est le fait que les connexions entre une instance et une autre ne dépendent pas de la plateforme utilisée. Sur l’image on peut voir l’instance mastodon.mercure : c’est une instance assez isolée par rapport au réseau d’instances Mastodon, dont les seuls contacts sont mastodon.neptune, peertube.chatons et pleroma.pizza. Rien n’empêche mastodon.mercure de prendre connaissance de toutes les autres instances de Mastodon non par des échanges de messages avec mastodon.neptune, mais par des commentaires sur les vidéos de peertube.chatons. En fait, c’est d’autant plus probable que mastodon.neptune n’est en contact qu’avec trois autres instances Mastodon, alors que peertube.chatons est en contact avec toutes les instances Mastodon.

Essayer d’imaginer comment les différentes instances de cette image qui « ne se connaissent pas » peuvent entrer en contact nous permet d’avoir une idée plus précise du niveau de complexité qui peut être atteint. Dans un système assez grand, avec un grand nombre d’utilisateurs et d’instances, isoler une partie de celui-ci ne compromettra en aucune façon la richesse des connexions possibles.
Une fois toutes les connexions possibles créées, il est également possible de réaliser une expérience différente, c’est-à-dire d’imaginer interrompre des connexions jusqu’à la formation de deux ou plusieurs réseaux parfaitement séparés, contenant chacune des instances Mastodon, Pleroma et Peertube.

Et pour ajouter encore un degré de complexité, on peut faire encore une autre expérience, en raisonnant non plus à l’échelle des instances mais à celle des utilisateurs⋅rices individuel⋅le⋅s des instances (faire l’hypothèse de cinq utilisateurs⋅rices par instance pourrait suffire pour recréer les différentes situations). Quelques cas qu’on peut imaginer :

1) Nous sommes sur une instance de Mastodon et l’utilisatrice Anna vient de découvrir par le commentaire d’une vidéo sur Peertube l’existence d’une nouvelle instance de Pleroma, donc maintenant elle connaît son existence mais, choisissant de ne pas la suivre, elle ne fait pas réellement connaître sa découverte aux autres membres de son instance.

2) Sur cette même instance de Mastodon l’utilisateur Ludo bloque la seule instance Pleroma connue. Conséquence : si cette instance Pleroma devait faire connaître d’autres instances Pleroma avec lesquelles elle est en contact, Ludo devrait attendre qu’un autre membre de son instance les fasse connaître, car il s’est empêché lui-même d’être parmi les premiers de son instance à les connaître.

3) En fait, la première utilisatrice de l’instance à entrer en contact avec les autres instances Pleroma sera Marianne. Mais elle ne les connaît pas de l’instance Pleroma (celle que Ludo a bloquée) avec laquelle ils sont déjà en contact, mais par son seul contact sur GNU Social.

Cela semble un peu compliqué mais en réalité ce n’est rien de plus qu’une réplique de mécanismes humains auxquels nous sommes tellement habitué⋅e⋅s que nous les tenons pour acquis. On peut traduire ainsi les différents exemples qui viennent d’être exposés :

1) Notre amie Anna, habituée de notre bar, rencontre dans la rue une personne qui lui dit fréquenter un nouveau bar dans une ville proche. Mais Anna n’échange pas son numéro de téléphone avec le type et elle ne pourra donc pas donner d’informations à ses amis dans son bar sur le nouveau bar de l’autre ville.

2) Dans le bar habituel, Ludo de Nancy évite Laura de Metz. Quand Laura amène ses autres amies Solène et Louise de Metz au bar, elle ne les présente pas à Ludo. Ce n’est que plus tard que les amis du bar, devenus amis avec Solène et Louise, pourront les présenter à Ludo indépendamment de Laura.

3) En réalité Marianne avait déjà rencontré Solène et Louise, non pas grâce à Laura, mais grâce à Stéphane, son seul ami à Villers.

Pour avoir une idée de l’ampleur de la Fediverse, vous pouvez jeter un coup d’œil à plusieurs sites qui tentent d’en fournir une image complète. Outre Kumu.io déjà mentionné, qui essaie de la représenter avec une mise en page graphique élégante qui met en évidence les interactions, il y a aussi Fediverse.network qui essaie de lister chaque instance existante en indiquant pour chacune d’elles les protocoles utilisés et le statut du service, ou Fediverse.party, qui est un véritable portail où choisir la plate-forme à utiliser et à laquelle s’enregistrer. Switching.software, une page qui illustre toutes les alternatives gratuites aux médias sociaux et propriétaires, indique également quelques réseaux fédérés parmi les alternatives à Twitter et Facebook.

Pour être tout à fait complet : au début, on avait tendance à diviser tout ce mégaréseau en trois « univers » superposés : celui de la « Fédération » pour les réseaux reposant sur le protocole Diaspora, La « Fediverse » pour ceux qui utilisent Ostatus et « ActivityPub » pour ceux qui utilisent… ActivityPub. Aujourd’hui, au contraire, ils sont tous considérés comme faisant partie de la Fediverse, même si parfois on l’appelle aussi la Fédération.

Tant de réseaux…

Examinons donc les principales plateformes/réseaux et leurs différences. Petites précisions : certaines de ces plateformes sont pleinement actives alors que d’autres sont à un stade de développement plus ou moins avancé. Dans certains cas, l’interaction entre les différents réseaux n’est donc pas encore pleinement fonctionnelle. De plus, en raison de la nature libre et indépendante des différents réseaux, il est possible que des instances apportent des modifications et des personnalisations « non standard » (un exemple en est la limite de caractères sur Mastodon : elle est de 500 caractères par défaut, mais une instance peut décider de définir la limite qu’elle veut ; un autre exemple est l’utilisation des fonctions de mise en favori ou de partage, qu’une instance peut autoriser et une autre interdire). Dans ce paragraphe, ces personnalisations et différences ne sont pas prises en compte.

Mastodon (semblable à : Twitter)

Copie d’écran, une instance de Mastodon, Framapiaf

Mastodon est une plateforme de microblogage assez semblable à Twitter parce qu’elle repose sur l’échange de messages très courts. C’est le réseau le plus célèbre de la Fediverse. Il est accessible sur smartphone à travers un certain nombre d’applications tant pour Android que pour iOS. Un de ses points forts est le design bien conçu et le fait qu’il a déjà un « parc d’utilisateurs⋅rices » assez conséquent (presque deux millions d’utilisateurs⋅rices dans le monde, dont quelques milliers en France). En version bureau, il se présente comme une série de colonnes personnalisables, qui montrent les différents « fils », sur le modèle de Tweetdeck. Pour le moment, Mastodon est la seule plateforme sociale fédérée accessible par des applications sur Android et iOS.

Pleroma (semblable à : Twitter et DeviantArt)

Copie d’écran, Pleroma

Pleroma est le réseau « sœur » de Mastodon : fondamentalement, c’est la même chose dans deux versions un peu différentes. Pleroma offre quelques fonctionnalités supplémentaires concernant la gestion des images et permet par défaut des messages plus longs. À la différence de Mastodon, Pleroma montre en version bureau une colonne unique avec le fil sélectionné, ce qui le rend beaucoup plus proche de Twitter. Actuellement, de nombreuses instances Pleroma ont un grand nombre d’utilisateurs⋅rices qui s’intéressent à l’illustration et au manga, ce qui, comme ambiance, peut vaguement rappeler l’ambiance de DeviantArt. Les applications pour smartphone de Mastodon peuvent également être utilisées pour accéder à Pleroma.

Misskey (semblable à : un mélange entre Twitter et DeviantArt)

Copie d’écran, Misskey

Misskey est une sorte de Twitter qui tourne principalement autour d’images. Il offre un niveau de personnalisation supérieur à Mastodon et Pleroma, et une plus grande attention aux galeries d’images. C’est une plateforme qui a eu du succès au Japon et parmi les passionnés de manga (et ça se voit !).

Friendica (semblable à : Facebook)

Friendica est un réseau extrêmement intéressant. Il reprend globalement la structure graphique de Facebook (avec les ami⋅e⋅s, les notifications, etc.), mais il permet également d’interagir avec plusieurs réseaux commerciaux qui ne font pas partie de la Fediverse. Il est donc possible de connecter son compte Friendica à Facebook, Twitter, Tumblr, WordPress, ainsi que de générer des flux RSS, etc. Bref, Friendica se présente comme une sorte de nœud pour diffuser du contenu sur tous les réseaux disponibles, qu’ils soient fédérés ou non. En somme, Friendica est le passe-partout de la Fediverse : une instance Friendica au maximum de ses fonctions se connecte à tout et dialogue avec tout le monde.

Osada (semblable à : un mélange entre Twitter et Facebook)

Image animée, réponse à un commentaire sur Osada

Osada est un autre réseau dont la configuration peut faire penser à un compromis entre Twitter et Facebook. De toutes les plateformes qui rappellent Facebook, c’est celle dont le design est le plus soigné.

GNUsocial (semblable à : un mélange entre Twitter et Facebook)

Copie d’écran : GNUsocial avec une interface en suédois.

GNUsocial est un peu le « grand-père » des médias sociaux listés ici, en particulier de Friendica et d’Osada, dont il est le prédécesseur.

Aardwolf (semblable à : Twitter, éventuellement)

 

Copie d’écran : logo et slogan d’Aardwolf

Aardwolf n’est pas encore prêt, mais il est annoncé comme une sorte d’alternative à Twitter. On attend de voir.

 

PeerTube (semblable à : YouTube)

Capture d’écran, une instance de PeerTube, aperi.tube

PeerTube est le réseau fédéré d’hébergement de vidéo vraiment, mais vraiment très semblable à YouTube, Vimeo et d’autres services de ce genre. Avec un catalogue en cours de construction, Peertube apparaît déjà comme un projet très solide.

Pixelfed (semblable à : Instagram)

Copie d’écran, Pixelfed

Pixelfed est essentiellement l’Instagram de la Fédération. Il est en phase de développement mais semble être plutôt avancé. Il lui manque seulement des applications pour smartphone pour être adopté à la place d’Instagram. Pixelfed a le potentiel pour devenir un membre extrêmement important de la Fédération !

NextCloud (semblable à : iCloud, Dropbox, GDrive)

Logo de Owncloud

NextCloud, né du projet plus ancien ownCloud, est un service d’hébergement de fichiers assez semblable à Dropbox. Tout le monde peut faire tourner NextCloud sur son propre serveur. NextCloud offre également des services de partage de contacts (CardDAV) ou de calendriers (CalDAV), de streaming de médias, de marque-page, de sauvegarde, et d’autres encore. Il tourne aussi sur Window et OSX et est accessible sur smartphone à travers des applications officielles. Il fait partie de la Fediverse dans la mesure où il utilise ActivityPub pour communiquer différentes informations à ses utilisateurs, comme des changements dans les fichiers, les activités du calendrier, etc.

Diaspora* (semblable à : Facebook, et aussi un peu Tumblr)

Copie d’écran, un « pod » de Diaspora*, Framasphere

Diaspora* est un peu le « cousin » de la Fediverse. Il fonctionne avec un protocole bien à lui et dialogue avec le reste de la Fediverse principalement via GNU social et Friendica, le réseau passe-partout, même s’il semble qu’il circule l’idée de faire utiliser à Diaspora* (l’application) aussi bien son propre protocole qu’ActivityPub. Il s’agit d’un grand et beau projet, avec une base solide d’utilisateurs⋅rices fidèles. Au premier abord, il peut faire penser à une version extrêmement minimaliste de Facebook, mais son attention aux images et son système intéressant d’organisation des posts par tag permet également de le comparer, d’une certaine façon, à Tumblr.

Funkwhale (semblable à : SoundCloud et Grooveshark)

Copie d’écran, Funkwhale

Funkwhale ressemble à SoundCloud, Grooveshark et d’autre services semblables. Comme une sorte de YouTube pour l’audio, il permet de partager des pistes audio mais au sein d’un réseau fédéré. Avec quelques fonctionnalités en plus, il pourrait devenir un excellent service d’hébergement de podcasts audio.

Plume, Write Freely et Write.as (plateformes de blog)

Copie d’écran, Write freely

Plume, Write Freely et Write.as sont des plateformes de blog assez minimalistes qui font partie de la Fédération. Elles n’ont pas toute la richesse, les fonctions, les thèmes et la personnalisation de WordPress ou de Blogger, mais elles font leur travail avec légèreté.

Hubzilla (semblable à : …TOUT !!)

Page d’accueil de Hubzilla

Hubzilla est un projet très riche et complexe qui permet de gérer aussi bien des médias sociaux que de l’hébergement de fichiers, des calendriers partagés, de l’hébergement web, et le tout de manière décentralisée. En bref, Hubzilla se propose de faire tout à la fois ce que font plusieurs des services listés ici. C’est comme avoir une seule instance qui fait à la fois Friendica, Peertube et NextCloud. Pas mal ! Un projet à surveiller !

GetTogether (semblable à : MeetUp)

Copie d’écran, GetTogether

GetTogether est une plateforme servant à planifier des événements. Semblable à MeetUp, elle sert à mettre en relation des personnes différentes unies par un intérêt commun, et à amener cet intérêt dans le monde réel. Pour le moment, GetTogether ne fait pas encore partie de la Fediverse, mais il est en train de mettre en place ActivityPub et sera donc bientôt des nôtres.

Mobilizon (semblable à : MeetUp)


Mobilizon est une nouvelle plateforme en cours de développement, qui se propose comme une alternative libre à MeetUp et à d’autres logiciels servant à organiser des réunions et des rencontres en tout genre. Dès le départ, le projet naît avec l’intention d’utiliser ActivityPub et de faire partie de la Fediverse, en conformité avec les valeurs de Framasoft, association française née avec l’objectif de diffuser l’usage des logiciels libres et des réseaux décentralisés. Voir la présentation de Mobilizon en italien.

Plugin ActivityPub pour WordPress

Plugin activityPub pour WordPress

On trouve plusieurs plugins pour WordPress qui en font un membre à part entière de la Fédération ! Il existe également des plugins comme Mastodon AutoPost, Mastodon Auto Share, mais aussi Mastodon Embed, Ostatus for WordPress, Pterotype, Nodeinfo et Mastalab comments.

Prismo (semblable à : Pocket, Evernote, Reddit)

Copie d’écran, Prismo

Prismo est une application encore en phase de développement, qui se propose de devenir un sorte de version décentralisée de Reddit, c’est-à-dire un média social centré sur le partage de liens, mais qui pourrait potentiellement évoluer en quelque chose qui ressemble à Pocket ou Evernote. Les fonctions de base sont déjà opérationnelles.

Socialhome

Capture d’écran, Socialhome

Socialhome est un média social qui utilise une interface par « blocs », affichant les messages comme dans un collage de photos de Pinterest. Pour le moment, il communique seulement via le protocole de Diaspora, mais il devrait bientôt mettre en place ActivityPub.

Et ce n’est pas tout !

Les recommandations du W3C pour ActivityPub, page d’accueil

Il existe encore d’autres applications et médias sociaux qui adoptent ou vont adopter ActivityPub, ce qui rendra la Fediverse encore plus structurée. Certains sont assez semblables à ceux déjà évoqués, alors que d’autres sont encore en phase de développement, on ne peut donc pas encore les conseiller pour remplacer des systèmes commerciaux plus connus. Il y a cependant des plateformes déjà prêtes et fonctionnelles qui pourraient entrer dans la Fediverse en adoptant ActivityPub : NextCloud en est un exemple (il était déjà constitué quand il a décidé d’entrer dans la Fediverse) ; le plugin de WordPress est pour sa part un outil qui permet de fédérer une plateforme qui existe déjà ; GetTogether est un autre service qui est en train d’être fédéré. Des plateformes déjà en place (je pense à Gitter, mais c’est juste un exemple parmi tant d’autres) pourraient trouver un avantage à se fédérer et à entrer dans une grande famille élargie. Bref : ça bouge dans la Fediverse et autour d’elle !

… un seul Grand Réseau !

Jusqu’ici, nous avons vu de nombreuses versions alternatives d’outils connus qui peuvent aussi être intéressant pris individuellement, mais qui sont encore meilleurs quand ils collaborent. Voici maintenant le plus beau : le fait qu’ils partagent les mêmes protocoles de communication élimine l’effet « cage dorée » de chaque réseau !

Maintenant qu’on a décrit chaque plateforme, on peut donner quelques exemples concrets :

Je suis sur Mastodon, où apparaît le message d’une personne que je « suis ». Rien d’étrange à cela, si ce n’est que cette personne n’est pas utilisatrice de Mastodon, mais de Peertube ! En effet, il s’agit de la vidéo d’un panorama. Toujours depuis Mastodon, je commente en écrivant « joli » et cette personne verra apparaître mon commentaire sous sa vidéo, sur Peertube.

Je suis sur Osada et je poste une réflexion ouverte un peu longue. Cette réflexion est lue par une de mes amies sur Friendica, qui la partage avec ses followers, dont certains sont sur Friendica, mais d’autres sont sur d’autres plateformes. Par exemple, l’un d’eux est sur Pleroma, il me répond et nous commençons à dialoguer.

Je publie une photo sur Pixelfed qui est vue et commentée par un de mes abonnés sur Mastodon.

En somme, chacun peut garder contact avec ses ami⋅e⋅s/abonné⋅e⋅s depuis son réseau préféré, mêmes si ces personnes en fréquentent d’autres.

Pour établir une comparaison avec les réseaux commerciaux, c’est comme si l’on pouvait recevoir sur Facebook les tweets d’un ami qui est sur Twitter, les images postées par quelqu’un d’autre sur Instagram, les vidéos d’une chaîne YouTube, les pistes audio sur SoundCloud, les nouveaux posts de divers blogs et sites personnels, et commenter et interagir avec chacun d’eux parce que tous ces réseaux collaborent et forment un seul grand réseau !

Chacun de ces réseaux pourra choisir la façon dont il veut gérer ces interactions : par exemple, si je voulais une vie sociale dans un seul sens, je pourrais choisir une instance Pixelfed où les autres utilisateurs⋅rices peuvent me contacter seulement en commentant les photos que je publie, ou bien je pourrais choisir une instance Peertube et publier des vidéos qui ne pourraient pas être commentées mais qui pourraient tourner dans toute la Fediverse, ou choisir une instance Mastodon qui oblige mes interlocuteurs à communiquer avec moi de manière concise.

Certains détails sont encore à définir (par exemple : je pourrais envoyer un message direct depuis Mastodon vers une plateforme qui ne permet pas à ses utilisateurs⋅rices de recevoir des messages directs, sans jamais être averti du fait que le/la destinataire n’aura aucun moyen de savoir que je lui ai envoyé quelque chose). Il s’agit de situations bien compréhensibles à l’intérieur d’un écosystème qui doit s’adapter à des réalités très diverses, mais dans la majorité des cas il s’agit de détails faciles à gérer. Ce qui compte, c’est que les possibilités d’interactions sont potentiellement infinies !

Connectivité totale, exposition dosée

Toute cette connectivité partagée doit être observée en gardant à l’esprit que, même si par simplicité les différents réseaux ont été traités ici comme des réseaux centralisés, ce sont en réalité des réseaux d’instances indépendantes qui interagissent directement avec les instances des autres réseaux : mon instance Mastodon filtrera les instances Peertube qui postent des vidéos racistes mais se connectera à toutes les instances Peertube qui respectent sa politique ; si je suis un certain ami sur Pixelfed je verrai seulement ses posts, sans que personne m’oblige à voir toutes les photos de couchers de soleil et de chatons de ses ami⋅e⋅s sur ce réseau.

La combinaison entre autonomie des instances, grande interopérabilité entre celles-ci et liberté de choix permet une série de combinaisons extrêmement intéressantes dont les réseaux commerciaux ne peuvent même pas rêver : ici, l’utilisateur⋅rice est membre d’un seul grand réseau où chacun⋅e peut choisir :

  • Son outil d’accès préféré (Mastodon, Pleroma, Friendica) ;
  • La communauté dans laquelle il ou elle se sent le plus à l’aise (l’instance) ;
  • La fermeture aux communautés indésirables et l’ouverture aux communautés qui l’intéressent.

Tout cela sans pour autant renoncer à être connecté à des utilisateurs⋅rices qui ont choisi des outils et des communautés différents. Par exemple, je peux choisir une certaine instance Pleroma parce que j’aime son design, la communauté qu’elle accueille, ses règles et la sécurité qu’elle procure mais, à partir de là, suivre et interagir principalement avec des utilisateurs⋅rices d’une instance Pixelfed particulière et en importer les contenus et l’esthétique dans mon instance.

À cela on peut ajouter que des instances individuelles peuvent littéralement être installées et administrées par chaque utilisateur individuel sur ses propres machines, ce qui permet un contrôle total du contenu. Les instances minuscules auto-hébergées « à la maison » et les instances de travail plus robustes, les instances scolaires et les instances collectives, les instances avec des milliers d’utilisateurs et les instances avec un seul utilisateur, les instances à l’échelle d’un quartier ou d’un immeuble, toutes sont unies pour former un réseau complexe et personnalisable, qui vous permet de vous connecter pratiquement à n’importe qui mais aussi de vous éviter la surcharge d’information.

C’est une sorte de retour aux origines d’Internet, mais un retour à un âge de maturité, celui du Web 2.0, qui a tiré les leçons de l’expérience : être passé par la centralisation de la communication entre les mains de quelques grands acteurs internationaux a renforcé la conviction que la structure décentralisée est la plus humaine et la plus enrichissante.

Rejoignez la fédération !




Framasoft en 2019 pour les gens pressés

Vous avez aimé Dégooglisons Internet et pensez le plus grand bien de Contributopia ? Vous aimeriez savoir en quelques mots où notre feuille de route nous mènera en 2019 ? Cet article est fait pour vous, les décideurs pressés 🙂

Cet article présente de façon synthétique et ramassée ce que nous avons développé dans l’article de lancement de la campagne 2018-2019 : «Changer le monde, un octet à la fois».

Un octet à la fois, oui, parce qu’avec nos pattounes, ça prend du temps.

Passé

Depuis 14 ans, Framasoft a créé un annuaire du logiciel libre, écrit et traduit des milliers d’articles, diffusé le logiciel libre sur de nombreux supports.

Depuis 4 ans, Framasoft montre qu’il est possible de décentraliser Internet avec l’opération « Dégooglisons Internet ». Le propos n’est ni de critiquer ni de culpabiliser, mais d’informer et de mettre en avant des alternatives qui existaient déjà, mais demeuraient difficiles d’accès ou d’usage.

De façon à ne pas devenir un nouveau nœud de centralisation, l’initiative CHATONS a été lancée, proposant de relier les hébergeurs de services en ligne qui partagent nos valeurs.

Dégooglisons Internet, vu par Péhä (CC-By)

Présent

Depuis l’année dernière, avec sa feuille de route Contributopia, Framasoft a décidé d’affirmer clairement qu’il fallait aller au-delà du logiciel libre, qui n’était pas une fin en soi, mais un moyen de faire advenir un monde que nous appelons de nos vœux.

Il faut donc encourager la société de contribution et dépasser celle de la consommation, y compris en promouvant des projets qui ne soient plus seulement des alternatives aux GAFAM, mais qui soient porteurs d’une nouvelle façon de faire. Cela se fera aussi en se rapprochant de structures (y compris en dehors du mouvement traditionnel du libre) avec lesquelles nous partageons certaines valeurs, de façon à apprendre et diffuser nos savoirs.

Cette année a vu naître la version 1.0 de PeerTube, logiciel phare qui annonce une nouvelle façon de diffuser des médias vidéos, en conservant le contrôle de ses données sans se couper du monde, qu’on soit vidéaste ou spectateur.

Le monde des services de Contributopia.
Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

Avenir

La campagne de don actuelle est aussi l’occasion de de rappeler des éléments d’importance pour Framasoft : nous ne sommes pas une grosse multinationale, mais un petit groupe d’amis épaulé par quelques salarié·e·s, et une belle communauté de contributeurs et contributrices.

Cette petite taille et notre financement basé sur vos dons nous offrent souplesse et indépendance. Ils nous permettront de mettre en place de nouveaux projets comme MobilZon (mobilisation par le numérique), un Mooc CHATONS (tout savoir et comprendre sur pourquoi et comment devenir un chaton) ou encore Framapétitions (plateforme de pétitions n’exploitant pas les données des signataires).

Nous voulons aussi tenter d’en appeler à votre générosité sans techniques manipulatoires, en vous exposant simplement d’où nous venons et où nous allons. Nous espérons que cela vous motivera à nous faire un don.

Faire un don pour soutenir les actions de Framasoft

 

Pour en savoir plus




La Fediverse, c’est pas une starteupe

Mastodon a déjà deux ans, et il est toujours vivant, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure. Il est inadéquat de le comparer aux plateformes sociales, et Peter 0’Shaughnessy nous explique bien pourquoi…

Pourquoi Mastodon se moque de la « masse critique »

par Peter O’Shaughnessy, d’après son billet publié le 10/11/2018 sur son blog : Why mastodon is defying the critical mass

C’est une erreur de juger la Fediverse comme s’il s’agissait d’une startup de la Silicon Valley.

Mastodon a maintenant plus de deux ans et (pour emprunter une expression à Terry Pratchett), il n’est toujours pas mort. D’une manière ou d’une autre, il a réussi à défier les premiers critiques qui disaient qu’il « ne survivrait pas » et qu’il était « mort dans l’œuf ». Même certains de ceux qui postaient sur Mastodon à ses débuts doutaient de sa longévité :

Pari : le lien vers ce tweet ne fonctionnera plus dans deux ans @jaffathecake@mastodon.social

Plus récemment, un article sur l’écosystème plus vaste qui comprend Mastodon, appelé La Fediverse, a fait la une de Hacker News : Qu’est-ce que ActivityPub, et comment changera-t-il l’Internet ? par Jeremy Dormitzer. C’est un bon argument en faveur de l’importance de la norme ActivityPub, sur laquelle reposent Mastodon et d’autres plateformes sociales. Cependant, il commet toujours la même erreur que ces premiers prophètes de malheur :

Le plus gros problème à l’heure actuelle, c’est l’adoption par les utilisateurs. Le réseau ActivityPub n’est viable que si les gens l’utilisent, et pour concurrencer de manière significative Facebook et Twitter, nous avons besoin de beaucoup de gens pour l’utiliser. Pour rivaliser avec les grands, nous avons besoin de beaucoup d’argent…

Des arguments similaires ont été présentés dans de nombreux articles au cours des derniers mois. Ils impliquent :

  • que la valeur du réseau n’est proportionnelle qu’au nombre d’utilisateurs ;
  • que ce ne sera vraiment un succès que s’il devient un remplacement massif pour Twitter et Facebook ;
  • que si vous ne le rejoignez pas, il ne survivra pas.

Mais tout cela est faux. Voici pourquoi…

1. La Fediverse n’est pas une startup

Nous sommes tellement conditionnés de nos jours par le monde du capital-risque et des startups que nous pensons intuitivement que toutes les nouvelles entreprises technologiques doivent réussir ou faire faillite. Mais ce n’est pas la nature du modèle économique qui se cache derrière le Fediverse, qui est déjà durable, tout en continuant de fonctionner comme si de rien n’était.

Nous devons cesser de juger la Fediverse comme s’il s’agissait d’une startup de la Silicon Valley en concurrence avec Twitter et Facebook.

Jeremy a raison de dire que la plupart des instances sont  « créées et administrées par des bénévoles avec des budgets minuscules », mais il implique que cela doit changer, alors que la plupart des administrateurs et utilisateurs de Mastodon que je connais sont très satisfaits de ce modèle, qui nous libère des intérêts acquis et contradictoires des régies publicitaires.

C’est facile à dire pour moi, car je n’héberge pas ma propre instance et mon administrateur a gentiment refusé les offres de dons jusqu’ici. Cependant, dans la plupart des cas, il semble que tout se passe très bien, la plupart du temps grâce au financement participatif. Même si certaines instances ont été fermées à un moment donné (et c’est malheureusement le cas), il y en a d’autres qui se présentent à leur place. Malgré les fortes fluctuations à chaque nouvelle vague d’utilisateurs venant de Twitter, la trajectoire globale est à la hausse, et c’est ce qui importe — pas la vitesse de la croissance, ni l’atteinte d’un certain niveau de masse critique. Michael Mahemoff l’a bien dit :

« Mastodon est déjà « assez bon » dans sa forme initiale pour satisfaire plusieurs besoins de niche (les personnes qui veulent plus ou moins de modération ou des critères différents de modération, celles qui ne veulent pas de publicités, celles qui veulent des participant⋅e⋅s qui sont libres d’innover, celles qui veulent posséder et/ou héberger leur propre contenu, etc.). Comme Mastodon a un modèle de mécénat durable, il peut se développer au fil du temps et être capable de continuer à innover. »

En fait, si Mastodon se développait trop rapidement, cela pourrait avoir des conséquences plus négatives que positives. La croissance progressive permet aux instances existantes de mieux faire face à la charge et permet à de nouvelles instances d’émerger et de faire face à une partie du flux.

2. C’est aussi une question de qualité (d’expérience), pas seulement de quantité (d’utilisateurs et utilisatrices)

Lorsque j’ai rejoint Mastodon pour la première fois, j’ai été enthousiasmé par chaque nouvelle vague d’utilisateurs et utilisatrices venant de Twitter. Je voulais prêcher à ce sujet à autant de gens que possible et essayer d’amener autant d’amis que possible à « déménager ». Au bout d’un moment, j’ai pris conscience que je me concentrais trop sur la comparaison avec Twitter et que j’essayais d’en faire un remplaçant de Twitter. En fait, j’avais déjà un réseau précieux là-bas et suffisamment de raisons de le visiter régulièrement, même si j’ai continué à utiliser Twitter aussi.

Mastodon s’articule autour des communautés. Ces communautés peuvent être des réseaux spécialisés selon les  sujets qui vous intéressent. Vous n’avez pas besoin de tous vos amis pour être au sein de ces communautés, pour trouver des gens intéressants, du contenu utile et des interactions intéressantes.

Comme Vee Satayamas l’a noté, si vous êtes un utilisateur de Twitter, vous le trouverez peut-être utile même si peu de membres de votre famille ou d’amis réels sont présents. Vous n’avez pas besoin que tout le monde soit disponible sur chaque réseau. J’ai récemment quitté Facebook et j’ai quand même pu entrer en contact avec mes amis, par courriel ou par texto. Ce serait bien mieux si davantage de mes amis étaient sur Mastodon, mais ce n’est pas un gros problème.

En réalité, il y a quelque chose de positif dans la petite taille de mon réseau sur Mastodon. Je peux suivre ma chronologie, mon « fil »,  sans me sentir dépassé. C’est moins stressant d’y poster, comparé à Twitter, où chaque message que vous envoyez risque d’être republié par une horde géante ! Je suppose que c’est comparable à l’effet ressenti par les YouTubers, tel que détaillé dans cet intéressant article du Guardian, qui cite Matt Lees :

« Le cerveau humain n’est pas vraiment conçu pour interagir avec des centaines de personnes chaque jour… Lorsque des milliers de personnes vous envoient des commentaires directs sur votre travail, vous avez vraiment l’impression que quelque chose vous vient à l’esprit. Nous ne sommes pas faits pour gérer l’empathie et la sympathie à cette échelle. »

Pour moi, Mastodon offre un moyen terme heureux entre les conversations intimes des groupes WhatsApp, par exemple, et le potentiel sans limites de Twitter pour découvrir de nouvelles personnes et de nouveaux contenus.

D’après mon expérience, la plupart des utilisateurs actifs de Mastodon ne veulent pas qu’il ressemble davantage à Twitter — et ne ressentent pas le besoin que tous ceux qui sont sur Twitter les rejoignent. Par exemple, ces personnes apprécient le fait qu’il n’y a pas de publicitaires et très peu de marques. Pour les gens qui ne s’inquiètent que de leur « influence », alors c’est sûr, Mastodon n’aura pas autant de valeur. Mais la plupart de celles et ceux qui sont sur Mastodon ne regretteront pas trop de ce genre de personnes venues de Twitter !

Nous devons cesser de considérer Mastodon comme un substitut potentiel de Twitter. C’est différent, et c’est délibéré. Je comprends qu’on se plaise à imaginer que la Fediverse pourrait un jour écraser Twitter et Facebook, mais je ne pense pas que ce soit réaliste (du moins pas dans un avenir proche). Je pense que ce sera toujours l’outsider et c’est très bien ainsi, d’une certaine façon.

3. C’est un écosystème ouvert

La Fediverse ne gagne pas seulement de la valeur à partir de la quantité d’utilisateurs, elle en gagne aussi à partir de la quantité de services. S’appuyer sur le standard ActivityPub implique que nous pouvons utiliser Mastodon, PeerTube (un service semblable à YouTube), PixelFed (un service semblable à Instagram) et beaucoup d’autres, qui peuvent tous interopérer. Cela donne à la Fediverse un avantage d’échelle par rapport aux plateformes propriétaires closes. C’est un point que l’article de Jeremy a bien fait ressortir :

« Parce qu’il parle le même « langage », un utilisateur de Mastodon peut suivre un utilisateur de PeerTube. Si l’utilisateur de PeerTube envoie une nouvelle vidéo, elle apparaîtra dans le flux de l’utilisateur Mastodon. L’utilisatrice de Mastodon peut commenter la vidéo PeerTube directement depuis Mastodon. Pensez-y une seconde. Toute application qui implémente ActivityPub fait partie d’un réseau social étendu, qui conserve le choix de l’utilisateur et pulvérise les jardins propriétaires clos. Imaginez que vous puissiez vous connecter à Facebook et voir les messages de vos amis sur Instagram et Twitter, sans avoir besoin de compte Instagram ni de compte Twitter. »

Cela signifie également que si nous avons l’impression que le service que nous utilisons ne va pas dans la direction qui nous convient (coucou, utilisateurs de Twitter 👋), alors nous pouvons passer à une autre instance et conserver l’accès à l’écosystème global.

La Fediverse s’accroît et c’est une bonne chose. Mais elle n’a pas besoin de davantage d’utilisatrices. Transmettre l’idée qu’on pourrait échouer sans une migration massive à partir d’autres plateformes sociales est une perspective trompeuse. Et défendre cette idée donnerait aux gens la fausse impression, lorsqu’ils rejoindront ce réseau social, qu’on devrait rechercher la quantité d’utilisateurs et utilisatrices, plutôt que la qualité de l’expérience.

Alors ne comptons pas trop le nombre d’inscrit⋅e⋅s sur Mastodon. Allons doucement en le comparant à Twitter. Arrêtons de le traiter comme s’il s’agissait d’une situation à la Highlander où « il n’y a de la place que pour un seul ». Et commençons à profiter de la Fediverse pour ce qu’elle est — quelque chose de différent.

Merci à Jeremy Dormit d’avoir été très gentil avec moi en critiquant cette partie de son billet de blog (qui m’a beaucoup plu par ailleurs) – voici sa réponse à mon pouet qui a mené à ce billet. Merci aussi à mes anciens collègues de Samsung Internet qui ont jeté un coup d’œil à une version antérieure de ce post.

un mastodon saoul se croit le boss de la Fediverse, les autres se moquent de lui parce que les mastonautes n’aiments pas les chefs
Libre adaptation avec le Geektionerd generator d’un mastodon dessiné par Peter O’Saughnessy




Changer le monde, un octet à la fois

Cette année, comme les précédentes, Framasoft fait appel à votre générosité afin de poursuivre ses actions.

Depuis 14 ans : promouvoir le logiciel libre et la culture libre

L’association Framasoft a 14 ans. Durant nos 10 premières années d’existence, nous avons créé l’annuaire francophone de référence des logiciels libres, ouvert une maison d’édition ne publiant que des ouvrages sous licences libres, répondu à d’innombrables questions autour du libre, participé à plusieurs centaines d’événements en France ou à l’étranger, promu le logiciel libre sur DVD puis clé USB, accompagné la compréhension de la culture libre, ou plutôt des cultures libres, au travers de ce blog, traduit plus de 1 000 articles ainsi que plusieurs ouvrages, des conférences, et bien d’autres choses encore !

Depuis 4 ans, décentraliser Internet

En 2014, l’association prenait un virage en tentant de sensibiliser non seulement à la question du libre, mais aussi à celle de la problématique de la centralisation d’Internet. En déconstruisant les types de dominations exercées par les GAFAM (dominations technique, économique, mais aussi politique et culturelle), nous avons pendant plusieurs années donné à voir en quoi l’hyperpuissance de ces acteurs mettait en place une forme de féodalité.

Et comme montrer du doigt n’a jamais mené très loin, il a bien fallu initier un chemin en prouvant que le logiciel libre était une réponse crédible pour s’émanciper des chaînes de Google, Facebook & co. En 3 ans, nous avons donc agencé plus de 30 services alternatifs, libres, éthiques, décentralisables et solidaires. Aujourd’hui, ces services accueillent 400 000 personnes chaque mois. Sans vous espionner. Sans revendre vos données. Sans publicité. Sans business plan de croissance perpétuelle.

Parfois, Framasoft se met au vert. Parce qu’il y a un monde par-delà les ordinateurs…

 

 

Mais Framasoft, c’est une bande de potes, pas la #startupnation. Et nous ne souhaitions pas devenir le « Google du libre ». Nous avons donc en 2016 impulsé le collectif CHATONS, afin d’assurer la résilience de notre démarche, mais aussi afin de « laisser de l’espace » aux expérimentations, aux bricolages, à l’inventivité, à l’enthousiasme, aux avis divergents du nôtre. Aujourd’hui, une soixantaine de chatons vivent leurs vies, à leurs rythmes, en totale indépendance.

Il y a un an : penser au-delà du code libre

Il y a un an, nous poursuivions notre virage en faisant 3 constats :

  1. L’open source se porte fort bien. Mais le logiciel libre (c-à-d. opensource + valeurs éthiques) lui, souffre d’un manque de contributions exogènes.
  2. Dégoogliser ne suffit pas ! Le logiciel libre n’est pas une fin en soi, mais un moyen (nécessaire, mais pas suffisant) de transformation de la société.
  3. Il existe un ensemble de structures et de personnes partageant nos valeurs, susceptibles d’avoir besoin d’outils pour faire advenir le type de monde dont nous rêvons. C’est avec elles qu’il nous faut travailler en priorité.

Est-ce une victoire pour les valeurs du Libre que d’équiper un appareil tel que le drone militaire MQ-8C Fire Scout ?
Nous ne le pensons pas.
Cliché
Domaine public – Wikimedia

 

Face à ces constats, notre feuille de route Contributopia vise à proposer des solutions. Sur 3 ans (on aime bien les plans triennaux), Framasoft porte l’ambition de participer à infléchir la situation.

D’une part en mettant la lumière sur la faiblesse des contributions, et en tentant d’y apporter différentes réponses. Par exemple en abaissant la barrière à la contribution. Ou, autre exemple, en généralisant les pratiques d’ouvertures à des communautés non-dev.

D’autre part, en mettant en place des projets qui ne soient pas uniquement des alternatives à des services de GAFAM (aux moyens disproportionnés), mais bien des projets engagés, militants, qui seront des outils au service de celles et ceux qui veulent changer le monde. Nous sommes en effet convaincu·es qu’un monde où le logiciel libre serait omniprésent, mais où le réchauffement climatique, la casse sociale, l’effondrement, la précarité continueraient à nous entraîner dans leur spirale mortifère n’aurait aucun sens pour nous. Nous aimons le logiciel libre, mais nous aimons encore plus les êtres humains. Et nous voulons agir dans un monde où notre lutte pour le libre et les communs est en cohérence avec nos aspirations pour un monde plus juste et durable.

Aujourd’hui : publier Peertube et nouer des alliances

Aujourd’hui, l’association Framasoft n’est pas peu fière d’annoncer la publication de la version 1.0 de PeerTube, notre alternative libre et fédérée à YouTube. Si vous souhaitez en savoir plus sur PeerTube, ça tombe bien : nous venons de publier un article complet à ce sujet !

Ce n’est pas la première fois que Framasoft se retrouve en position d’éditeur de logiciel libre, mais c’est la première fois que nous publions un logiciel d’une telle ambition (et d’une telle complexité). Pour cela, nous avons fait le pari l’an passé d’embaucher à temps plein son développeur, afin d’accompagner PeerTube de sa version alpha (octobre 2017) à sa version bêta (mars 2018), puis à sa version 1.0 (octobre 2018).

Le crowdfunding effectué cet été comportait un palier qui nous engageait à poursuivre le contrat de Chocobozzz, le développeur de PeerTube, afin de vous assurer que le développement ne s’arrêterait pas à une version 1.0 forcément perfectible. Ce palier n’a malheureusement pas été atteint, ce qui projetait un flou sur l’avenir de PeerTube à la fin du contrat de Chocobozzz.

Garder sa singularité tout en étant relié aux autres, c’est ça la force de la fédération PeerTube.
Notre article complet sur PeerTube

 

Nous avons cependant une excellente nouvelle à vous annoncer ! Bien que le palier du crowdfunding n’ait pas été atteint, l’association Framasoft a fait le choix d’embaucher définitivement Chocobozzz (en CDI) afin de pérenniser PeerTube et de lui donner le temps et les moyens de construire une communauté solide et autonome. Cela représente un investissement non négligeable pour notre association, mais nous croyons fermement non seulement dans le logiciel PeerTube, mais aussi et surtout dans les valeurs qu’il porte (liberté, décentralisation, fédération, émancipation, indépendance). Sans parler des compétences de Chocobozzz lui-même qui apporte son savoir-faire à l’équipe technique dans d’autres domaines.

Nous espérons que vos dons viendront confirmer que vous approuvez notre choix.

D’ici la fin de l’année, annoncer de nouveaux projets… et une campagne de don

Comme vous l’aurez noté (ou pas encore !), nous avons complètement modifié notre page d’accueil « framasoft.org ». D’une page portail plutôt institutionnelle, décrivant assez exhaustivement « Qu’est-ce que Framasoft ? », nous l’avons recentrée sur « Que fait Framasoft ? » mettant en lumière quelques éléments clefs. En effet, l’association porte plus d’une cinquantaine de projets en parallèle et présenter d’emblée la Framagalaxie nous semblait moins pertinent que de « donner à voir » des actions choisies, tout en laissant la possibilité de tirer le fil pour découvrir l’intégralité de nos actions.

Nous y rappelons brièvement que Framasoft n’est pas une multinationale, mais une micro-association de 35 membres et 8 salarié⋅es (bientôt 9 : il reste quelques jours pour candidater !). Que nous sommes à l’origine de la campagne « Dégooglisons Internet » (plus de 30 services en ligne)… Mais pas seulement ! Certain⋅es découvriront peut-être l’existence de notre maison d’édition Framabook, ou de notre projet historique Framalibre. Nous y mettons en avant LE projet phare de cette année 2018 : PeerTube. D’autres projets à court terme sont annoncés sur cette page (en mode teasing), s’intégrant dans notre feuille de route Contributopia.

Framasoft n’est pas une multinationale, mais une micro-association

Enfin, nous vous invitons à faire un don pour soutenir ces actions. Car c’est aussi l’occasion de rappeler que l’association ne vit quasiment que de vos dons ! Ce choix fort, volontaire et assumé, nous insuffle notre plus grande force : notre indépendance. Que cela soit dans le choix des projets, dans le calendrier de nos actions, dans la sélection de nos partenaires, dans nos prises de paroles et avis publics, nous sommes indépendant⋅es, libres, et non-soumis⋅es à certaines conventions que nous imposerait le système de subventions ou de copinage avec les ministères ou toute autre institution.

Ce sont des milliers de donatrices et donateurs qui valident nos actions par leur soutien financier. Ce qu’on a fait vous a plu ? Vous pensez que nous allons dans le bon sens ? Alors, si vous en avez l’envie et les moyens, nous vous invitons à faire un don. C’est par ce geste que nous serons en mesure de verser les salaires des salarié⋅es de l’association, de payer les serveurs qui hébergent vos services préférés ou de continuer à intervenir dans des lieux ou devant des publics qui ont peu de moyens financiers (nous intervenons plus volontiers en MJC que devant l’Assemblée Nationale, et c’est un choix assumé). Rappelons que nos comptes sont publics et validés par un commissaire aux comptes indépendant.

En 2019, proposer des outils pour la société de contribution

Fin 2018, nous vous parlerons du projet phare que nous souhaitons développer pendant l’année 2019, dont le nom de code est Mobilizon. Au départ pensé comme une simple alternative à Meetup.com (ou aux événements Facebook, si vous préférez), nous avons aujourd’hui la volonté d’emmener ce logiciel bien plus loin afin d’en faire un véritable outil de mobilisation destiné à celles et ceux qui voudraient se bouger pour changer le monde, et s’organiser à 2 ou à 100 000, sans passer par des systèmes certes efficaces, mais aussi lourds, centralisés, et peu respectueux de la vie privée (oui, on parle de Facebook, là).

Évidemment, ce logiciel sera libre, mais aussi fédéré (comme Mastodon ou PeerTube), afin d’éviter de faire d’une structure (Framasoft ou autre), un point d’accès central, et donc de faiblesse potentielle du système. Nous vous donnerons plus de nouvelles dans quelques semaines, restez à l’écoute !

Éviter de faire d’une structure (Framasoft ou autre), un point d’accès central

D’autres projets sont prévus pour 2019 :

  • la sortie du (apparemment très attendu) Framapétitions ;
  • la publication progressive du MOOC CHATONS (cours en ligne gratuit et ouvert à toutes et tous), en partenariat avec la Ligue de l’Enseignement et bien d’autres. Ce MOOC, nous l’espérons, permettra à celles et ceux qui le souhaitent, de comprendre les problématiques de la concentration des acteurs sur Internet, et donc les enjeux de la décentralisation. Mais il donnera aussi de précieuses informations en termes d’organisation (création d’une association, modèle économique, gestion des usager⋅es, gestion communautaire, …) ainsi qu’en termes techniques (quelle infrastructure technique ? Comment la sécuriser ? Comment gérer les sauvegardes, etc.) ;
  • évidemment, bien d’autres projets en ligne (on ne va pas tout vous révéler maintenant, mais notre feuille de route donne déjà de bons indices)

Bref, on ne va pas chômer !

Dans les années à venir : se dédier à toujours plus d’éducation populaire, et des alliances

Nous avions coutume de présenter Framasoft comme « un réseau à géométrie variable ». Il est certain en tout cas que l’association est en perpétuelle mutation. Nous aimons le statut associatif (la loi de 1901 nous paraît l’une des plus belles au monde, rien que ça !), et nous avons fait le choix de rester en mode « association de potes » et de refuser — en tout cas jusqu’à nouvel ordre — une transformation en entreprise/SCOP/SCIC ou autre. Mais même si nous avons choisi de ne pas être des super-héro⋅ïnes et de garder l’association à une taille raisonnable (moins de 10 salarié⋅es), cela ne signifie pas pour autant que nous ne pouvons pas faire plus !

La seconde année de Contributopia
Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

 

 

Pour cela, de la même façon que nous proposons de mettre nos outils « au service de celles et ceux qui veulent changer le monde », nous sommes en train de créer des ponts avec de nombreuses structures qui n’ont pas de rapport direct avec le libre, mais avec lesquelles nous partageons un certain nombre de valeurs et d’objectifs.

Ainsi, même si leurs objets de militantisme ou leurs moyens d’actions ne sont pas les mêmes, nous aspirons à mettre les projets, ressources et compétences de Framasoft au service d’associations œuvrant dans des milieux aussi divers que ceux de : l’éducation à l’environnement, l’économie sociale et solidaire et écologique, la transition citoyenne, les discriminations et oppressions, la précarité, le journalisme citoyen, la défense des libertés fondamentales, etc. Bref, mettre nos compétences au service de celles et ceux qui luttent pour un monde plus juste et plus durable, afin qu’ils et elles puissent le faire avec des outils cohérents avec leurs valeurs et modulables selon leurs besoins.

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Nous pensons que le temps est venu de faire ensemble.

Framasoft est une association d’éducation populaire (qui a soufflé « d’éducation politique » ?), et nous n’envisageons plus de promouvoir ou de faire du libre « dans le vide ». Il y a quelques années, nous évoquions l’impossibilité chronique et structurelle d’échanger de façon équilibrée avec les institutions publiques nationales. Cependant, en nous rapprochant de réseaux d’éducation populaire existants (certains ont plus de cent ans), nos positions libristes et commonistes ont été fort bien accueillies. À tel point qu’aujourd’hui nous avons de nombreux projets en cours avec ces réseaux, qui démultiplieront l’impact de nos actions, et qui permettront — nous l’espérons — que le milieu du logiciel libre ne reste pas réservé à une élite de personnes maîtrisant le code et sachant s’y retrouver dans la jungle des licences.

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Nous pensons que le temps est venu de faire ensemble.

Nous avons besoin de vous !

Un des paris que nous faisons pour cette campagne est « d’informer sans sur-solliciter ». Et l’équilibre n’est pas forcément simple à trouver. Nous sommes en effet bien conscient⋅es qu’en ce moment, toutes les associations tendent la main et sollicitent votre générosité.

Nous ne souhaitons pas mettre en place de « dark patterns » que nous dénonçons par ailleurs. Nous pouvions jouer la carte de l’humour (si vous êtes détendu⋅es, vous êtes plus en capacité de faire des dons), celle de la gamification (si on met une jauge avec un objectif de dons, vous êtes plus enclin⋅es à participer), celle du chantage affectif (« Donnez, sinon… »), etc.

Le pari que nous prenons, que vous connaissiez Framasoft ou non, c’est qu’en prenant le temps de vous expliquer qui nous sommes, ce que nous avons fait, ce que nous sommes en train de faire, et là où nous voulons vous emmener, nous parlerons à votre entendement et non à vos pulsions. Vous pourrez ainsi choisir de façon éclairée si nos actions méritent d’être soutenues.

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose. Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. » — Antoine de Saint-Exupéry

Nous espérons, à la lecture de cet article, vous avoir donné le désir de co-construire avec nous le Framasoft de demain, et que vous embarquerez avec nous.

 

Faire un don pour soutenir les actions de Framasoft

 

 




Framapic est de retour !

Et on vous explique un peu ce qui s’est passé.

Cela ne vous a peut-être pas échappé, Framapic, notre service de partage d’images, est subitement devenu indisponible le vendredi 17 août. Nous l’avons relancé lundi 24 septembre.

Nous ne l’avons pas coupé de gaieté de cœur, mais c’était soit la coupure du service Framapic, soit la coupure de l’IP du serveur, ce qui aurait entraîné l’arrêt de l’ensemble des services hébergés sur ce dernier.

Responsabilité du fournisseur de service

Nous avons déjà été contactés par diverses institutions ou organisations pour des problèmes de photos de drogue, d’armes ou de pédopornographie déposées sur Framapic.

Et oui, parmi ces institutions figurent des autorités judiciaires.

Il est de notre responsabilité d’hébergeur de réagir promptement aux demandes de suppression (lorsqu’elles sont fondées) ou aux requêtes judiciaires. Le problème est lorsque le demandeur contacte directement notre hébergeur, Hetzner. En effet, lorsque Hetzner nous transmet le signalement, celui-ci s’accompagne d’un délai d’une heure pour réagir avant la coupure de l’adresse IP du serveur.

Escalade

Au mois d’août, alors que jusqu’ici nous n’avions que peu de signalements, nous avons fait face à une vague de plusieurs signalements par semaine. Si nous avons toujours promptement réagi, Hetzner s’est lassé de ces signalements à répétition… et nous a laissé 24 heures pour migrer framapic.org hors de son réseau, avec toujours une menace de coupure.

Il fut donc décidé de mettre Framapic hors-ligne, de déplacer le nom de domaine vers un serveur situé chez un autre hébergeur et de ne fournir qu’une copie statique de la page de l’incident de notre site de statut : notre adminSys avait fini sa journée et commençait ses vacances… (il est quand même revenu sur le pont en urgence).

Toute requête demandant une image renvoyait (normalement) une capture d’écran du message de notre page d’incident.

Délai

Les vacances de l’adminSys se terminent, mais la rentrée ne commence pas par la remise en service de Framapic. Nous avons essayé de convaincre Hetzner de bien vouloir nous laisser remettre Framapic sur leurs serveurs, mais ce fut en pure perte.

Nous avons donc décidé de déplacer Framapic chez un autre hébergeur, avec un compte qui lui sera dédié afin de ne pas mettre en péril d’autres services si le cas se représentait.

Le rattrapage du travail en attente accumulé pendant les vacances a retardé la location du nouveau serveur… et ensuite il fallut attendre plus ou moins 24 heures que celui-ci soit mis à notre disposition (ce qui fut une surprise, habitués que nous sommes au quart d’heure maximum d’attente pour la même opération chez Hetzner).

Remise en service et limitations

Enfin, Framapic est de retour ! Mais pour éviter de nouveaux soucis, nous sommes obligés de mettre en place quelques limitations.

Ainsi, les nœuds de sortie du réseau Tor sont bannis. Il nous est douloureux d’en arriver là, convaincus que nous sommes de l’utilité de Tor pour des usages légitimes, mais comme un nombre conséquent de signalements concernaient des images envoyées via Tor, cette limitation s’est imposée.

Toute IP ayant envoyé une image ayant fait l’objet d’un signalement légitime sera définitivement bannie du service. Nous le faisions déjà quasi-systématiquement mais il nous arrivait d’oublier de le faire : certains signalements arrivaient pendant le weekend ou tard le soir, la priorité était la suppression des images signalées. Nous n’oublierons plus le bannissement.

Nous nous réservons le droit, si cela devenait nécessaire, de mettre en place d’autres types de blocage (geoIP ou autre joyeusetés), même si cela ne nous enthousiasme pas.

De l’intérêt des CHATONS

Framasoft a impulsé le collectif https://chatons.org justement pour éviter que les services proposés par notre association ne deviennent des “points centraux” du réseaux.

Ainsi, pendant la coupure de Framapic, vous pouviez toujours trouver d’autres chatons proposant un service équivalent (la recherche sur le site chatons.org retourne 14 membres proposant un tel service). Même si cette carte n’est pas forcément très à jour (hum), on peut rapidement trouver quelques services alternatifs, par exemple :

CHATONS est un collectif encore en construction, mais on voit ici tout l’intérêt de la décentralisation.

Ne dépendez pas de services tiers

Avant la coupure de Framapic, celui-ci faisait peiner le serveur sous le poids des nombreuses visites. Nous avions alors regardé d’où provenaient les requêtes en loguant les en-têtes Referer (et seulement cela, pour préserver votre vie privée, mais il fallait qu’on sache d’où venait le problème).

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous nous sommes rendu compte que certains sites utilisaient Framapic pour stocker… les assets de leur site. Autrement dit, les images affichées sur le site web ne proviennent pas de leur hébergement (c’est à dire la machine hébergeant les pages web), mais sont récupérées depuis Framapic.org. Et il ne s’agissait pas que de blogs personnels, hein ! Des sites institutionnels en .gouv.fr utilisaient cette même mauvaise pratique ! (tous créés par la même entreprise qui n’a pas répondu à notre mail de contact leur demandant de ne pas le faire… mais qui a fini par cesser. Forcément, avec plus d’un mois d’images toutes cassées 😁)

Pourquoi cela est-il une très mauvaise pratique ?

  1. si le site tiers est indisponible, comme ce fut le cas de Framapic, le site ne ressemble plus à rien (ce fut assez drôle de voir les sites institutionnels évoqués plus haut remplis de la capture d’écran de l’incident 😁) ;
  2. si vos visiteurs bloquent les sites tiers avec une extension type uMatrix, le site ne ressemble plus à rien ;
  3. dans le cas de Framapic, cela induit une forte charge sur notre serveur : en effet, les images sont déchiffrées (bien que nous ayons un système de cache, celui-ci n’est pas extensible à l’infini) et chaque visite implique des requêtes en base de données ;
  4. sérieusement, mettre ses images sur le serveur du site ne le ralentira pas (à moins que vous n’hébergiez énormément d’images très lourdes).

Framapic a été pensé comme un moyen simple de partager des images (photos de vacances, captures d’écran…), ce n’est pas un CDN.

 

La morale de la fable

Nous espérons que ce petit article aura permis à certain⋅e⋅s d’apprendre au passage quelques petites choses sur les coulisses d’un service d’hébergement d’images et notre pratique à Framasoft :

  • nous respectons la loi si un signalement est justifié ;
  • dépendre d’un hébergeur revient à se soumettre à ses conditions — et à dépendre de sa disponibilité — d’où l’intérêt d’en choisir un avec soin (vive les CHATONS !), ou mieux, lorsque c’est possible, de s’auto-héberger ;
  • notre Framapic n’est pas destiné à héberger des images qui s’affichent sur un site web.



Et si on tenait compte des utilisateur·ices dans les projets libres ?

Eh oui, chez Framasoft, on n’a pas peur d’utiliser des titres (légèrement) provocateurs — certain·e⋅s diraient même pièges à clic — quand on a envie de vous parler de sujets que l’on juge vraiment importants.

Et aujourd’hui c’est… l’UX Design dans les projets libres !

« UX-kwa ? Un logiciel libre, c’est créer du code qui fonctionne sans bugs, lui mettre une licence libre et c’est bon, non ? »
Alors, oui, mais pas que. Du coup on va faire le point avec vous sur ce qu’est l’UX Design et pourquoi c’est important (surtout pour le libre).

Et pour ça, on va vous raconter une première expérimentation réalisée lors du Framacamp !

Framacamp : la colonie de vacances de Framasoft ?

Il y a deux évènements annuels très très importants pour Framasoft :

  • l’Assemblée Générale de l’association (AG), où on va faire les bilans moraux et financiers, ainsi que définir les actions et les campagnes à venir,
  • et le Framacamp !

Le Framacamp, c’est l’occasion pour les salarié·es et les membres de l’asso de se réunir de manière conviviale pour se rencontrer, tisser des liens, boire des coups, délirer et surtout débattre, faire avancer les projets et expérimenter.

Au cours du Framacamp, Maïtané a proposé un atelier « Méthodes UX » pour présenter 4 méthodes utilisées par les UX designers et les faire tester aux développeur·ses sur place.

Alors déjà, c’est quoi l’UX Design ? UX Design, ça veut dire User Experience Design en anglais, ce qui revient à Design de l’Expérience Utilisateur·ice en français. C’est une discipline qui a pour objectif de prendre en compte les besoins, les attentes et les usages des utilisateur·ices visé·es pour proposer un service ou outil qui leur convient le plus possible et leur proposer une expérience positive. C’est donc très loin de « juste » réaliser des maquettes graphiques !

Pourquoi parler d’UX avec des devs ? Parce que tout le monde est convaincu chez Framasoft que le logiciel libre c’est bien, mais s’il est utilisé par un maximum de personnes c’est quand même mieux. Et il n’y a pas moyen de demander aux utilisateur·ices d’utiliser des logiciels qui ne sont pas correctement conçus, ou qui ne prennent pas en compte leurs besoins.

C’est un peu ça. L’UX, c’est créer des logiciels :

  • utiles (car ils apportent de la valeur aux utilisateur·ices) ;
  • utilisables (car ils peuvent être utilisés sans provoquer (trop) de frustration) ;
  • et utilisés (car du coup les utilisateur·ices ont envie de… les utiliser !).

 

Du coup, pour comprendre ce qui se passe dans la tête des utilisateur·ices, les UX designers ont tout un panel de méthodes et de techniques. Au cours de cet atelier « Méthodes UX », nous en avons testé quatre :

  • Le test des 5 secondes
  • L’AttrakDiff
  • Les courbes d’évaluation UX
  • Les tests utilisateur·ices.

Il existe évidemment un très grand nombre de méthodes, selon les étapes du projet, les objectifs visés, le nombre de participant·es (présent·es ou à distance), etc. Si vous souhaitez en découvrir d’autres, nous vous conseillons l’excellent ouvrage Méthodes de Design UX : 30 méthodes fondamentales pour concevoir et évaluer les systèmes interactifs, de Carine Lallemand et Guillaume Gronier.

 

Les méthodes de cet atelier ont notamment été choisies en s’inspirant de l’atelier qu’ils ont donné ensemble à ParisWeb 2015.
Il s’agit de méthodes plutôt simples à comprendre et complémentaires pour prendre le pouls de son projet du point de vue de l’expérience utilisateur.

Note anti-troll : les participant·es étaient quasi exclusivement des membres de Framasoft, donc pas vraiment représentatif·ves du public réel des outils testés, nous en sommes bien conscient·es. En temps normal, on aurait dû composer un panel réaliste de participant·es mais on n’avait pas d’autres cobayes sous la main !

Le test des 5 secondes

Pour tester quoi ?

La première impression qu’ont les utilisateur·ices en voyant une interface.

Comment on fait ?

On montre un écran d’une interface (logiciel, application mobile, site web, …) pendant 5 secondes, puis on pose quatre questions, qui permettent de connaître les a prioris des utilisateur·ices lorsqu’ils découvrent l’interface, et ce qu’ils en retiennent. Pratique si vous voulez savoir si votre interface est compréhensible au premier abord.

Cas pratique

Maïtané nous a fait essayer cette méthode sur une maquette d’interface de création de pads collaboratifs.

Maquette de l’interface de création de pads collaboratifs du Mouvement Colibris — Chez Framasoft, on propose le même service via https://framapad.org

 

Nous avons donc eu 5 secondes de visualisation de la page avant de pouvoir répondre aux questions.

Et là… révélation ! Sur la troisième question (définir les objectifs du système), on s’est aperçu qu’une des fonctionnalités n’était pas claire pour tout le monde.

Et donc, en à peu près 3 minutes de test, sur un groupe d’à peine 10 personnes, nous avions déjà relevé un problème d’ergonomie suscitant de l’incompréhension chez plusieurs d’entre nous, malgré l’interface très simplifiée. Pas mal pour un début !

Et si vous avez plusieurs prototypes, cette méthode peut permettre de soumettre chacun à un groupe différent pour comparer les résultats :

Les trois visuels ont été réalisés par Kristof Dreano, graphiste des Colibris, et sont disponibles sous licence Creative Commons BY SA.

L’AttrakDiff

Pour tester quoi ?

Pour analyser quantitativement l’expérience utilisateur, suivant ses qualités pragmatiques (j’ai l’impression que le produit me permet de réaliser ma tâche facilement) et hédoniques (j’ai envie de l’utiliser, ça me fait plaisir de l’utiliser)

Comment on fait ?

L’AttrakDiff est un questionnaire standardisé, il y a donc « juste » à récupérer la grille de questions, la grille d’analyse  et hop ça fait des Chocapics !

 

 

 

Un exemple de rendu final :

Source : UXmind.eu

Cas pratique

Pour l’atelier lors du Framacamp, on a pris le cas de Framadate avec une grille de questions plus réduite que celle normalement utilisée. Après un rapide dépouillement des résultats, on découvre sans trop de surprise que Framadate est un outil très « orienté tâche », c’est à dire fonctionnel et pragmatique mais qu’il lui manque un aspect attractif et procurant une expérience plus positive. Une tendance courante du libre ?

Les courbes d’évaluation de l’expérience utilisateur·ice

Pour tester quoi ?

Les courbes vont représenter, au cours du temps, les ressentis des utilisateur·ices sur différents points (que se soit l’expérience utilisateur·ice générale, son attractivité, sa facilité d’usage, …), ce qui permet d’avoir une vision sur la durée des différentes améliorations et détériorations !

Comment on fait ?

On demande à l’utilisateur·ice de tracer une courbe, en mettant en abscisse sa relation envers le produit (de « très positive » à « très négative ») et en ordonnée le temps. Dans l’idéal, elle place à certains endroits les événements marquants de son expérience, pour que l’on sache à quoi est dû un changement de direction de la courbe.

Cas pratique

Vous pouvez le faire chez vous, là, tout de suite ! Un papier, un crayon, et vous pouvez noter l’évolution dans le temps de votre rapport à Twitter par exemple ! Ce qui est assez marrant à voir, c’est la dégringolade de l’adhésion à Twitter lorsque Mastodon est apparu, mais vu le public testé ce n’était pas très étonnant. 😉

Le meilleur pour la fin : les tests utilisateur·ices !

Pour tester quoi ?

Ben, ce que tu veux, en fait !

Comment on fait ?

On demande à l’utilisateur·ice de réaliser une « mission » qui est cohérente avec sa potentielle utilisation du logiciel. L’idéal c’est de le-la laisser assez libre, pour observer de quelle façon iel va remplir sa mission (on peut être surpris !). Ensuite, on lui demande de bien vocaliser ce qu’iel fait, pour qu’on puisse suivre son schéma de pensée.
Du côté des développeurs·euses, il est très important de ne pas intervenir au cours du test. Même si ça vous démange « mais le bouton est juste là ! »  et qu’on a très très envie de le montrer à l’utilisateur·ice. Le mieux à faire c’est de prendre des notes sur papier et de débriefer à la fin du test, une fois la mission remplie (ou son échec constaté).

Cas pratique

C’est le moment de laisser les développeurs en parler 😉

Et les développeurs, ils en ont pensé quoi ?

Interviewés : Luc, Thomas, Florian, Benjamin, Marien.

Salut à tous ! Pour commencer, vous pourriez vous présenter rapidement ainsi que vos projets ?

Florian : Salut ! Ici Florian aka mrflos, développeur web du mouvement Colibris, une association d’éducation populaire qui inspire, relie et soutient des personnes qui se mobilisent pour la construction d’une société plus écologique et plus humaine. Afin d’outiller nos membres avec des logiciels et services libres en adéquation avec nos valeurs, nous avons rejoint le collectif des CHATONS et nous proposons la plateforme https://colibris-outilslibres.org à toutes et tous.

Je suis par ailleurs co-auteur et principal mainteneur de https://yeswiki.net , un wiki ouvert et simple, avec des possibilités de base de données avec des restitutions variées (trombinoscope, cartes, agenda…)

Thomas : Salut ! Je suis Thomas alias tcit, développeur web au sein de Framasoft, une association promouvant les logiciels libres et plus largement l’univers libre. Nous avons dernièrement lancé une campagne Contributopia qui vise notamment à concevoir autrement des outils numériques. En dehors d’être responsable d’une bonne partie des outils Framasoft, dont certains ont été créés ou largement améliorés, j’ai aussi été mainteneur des logiciels wallabag (un service de lecture différée) et Nextcloud (une alternative à Dropbox et Google Drive).

Benjamin : Hello ! Ici Benjamin (ou encore bnjbvr), ingénieur logiciel chez Mozilla sur la machine virtuelle JavaScript / WebAssembly qui tourne dans le célèbre Firefox. Sur mon temps libre, je suis un peu membre de Framasoft où j’essaie d’organiser des ateliers de contribution au logiciel libre ouverts à tou.te.s, au sens large, en essayant d’attirer des personnes qui n’y connaissent pas grand chose. Je développe également Kresus, une application web de gestion de finances personnelles libre et auto-hébergeable, pour pouvoir comprendre comment notre argent est dépensé, comme une alternative aux apps Bankin ou Linxo.

Marien : Salut, pour ma part je suis Marien (alias, hum… Marien), ingénieur dans une boite qui s’appelle Sogilis et où je fais beaucoup de choses, mais notamment du développement d’applications web sur mesure. Je suis aussi membre de Framasoft : j’y maintiens Framaboard et je passe un peu de temps à consigner tout ce qu’il se passe au sein de l’asso dans notre wiki. Je réfléchis aussi à comment décloisonner les développeurs du Libre des sujets techniques (cet atelier tombait donc à pic !). Enfin, je développe Lessy, un logiciel de gestion de temps et j’ai été le développeur principal de FreshRSS, un agrégateur d’actualités, qui est depuis passé dans les mains d’une communauté active.

Luc : もしもし! (oui, Luc se met au Japonais, il a sûrement écrit un truc très chouette mais on n’a rien pané — NDLR)

Moi c’est Luc, alias (frama)sky, adminSys de Framasoft, et développeur aussi. J’ai notamment écrit Lstu, Lutim, Lufi et Dolomon, qui sont utilisés chez Framasoft sous les noms Framalink, Framapic, Framadrop et Framaclic.

 

L’UX, ça te parlait avant l’atelier ? C’était quoi pour toi ?

Florian : Comme je ne suis pas un très bon développeur, je compense en essayant de piocher dans les gros sites, des idées d’interfaces efficaces. Je me suis vite rendu compte que cela allait au delà de l’interface, et que c’était la convivialité de l’outil et l’expérience dans sa globalité qui faisait qu’on l’adoptait.

Pour moi, l’expérience utilisateur est primordiale, car si le but est d’amener nos utilisateurs à contribuer, il faut leur faciliter la tâche, et la moindre expérience négative peut facilement démotiver. D’ailleurs assez souvent les utilisateurs ne reprochent pas le manque de fonctionnalités d’un logiciel libre par rapport à son concurrent non libre, mais le fait qu’il soit plus difficile à utiliser (ou moins ergonomique).

Thomas : De même, la prise en compte de l’aspect convivial lors de mes développements se résumait à piocher des bonnes idées ici et là, suivre quelques pistes d’amélioration pour que certains aspects soient plus accessibles et des actions plus faciles à réaliser. J’avais largement conscience des manques que j’avais sur ces points.

Benjamin : J’ai eu l’occasion de discuter avec des designers, notamment parce que l’équipe de Kresus désirait avoir un nouveau logo. Alors que je pensais qu’il allait s’agir simplement de choix esthétiques, nous nous sommes retrouvés à parler d’aspects de bien plus haut niveau, comme les émotions que l’on voulait transmettre, ou les principes que devait respecter l’application. Même si ça relève du design, ces aspects se transposent également très bien à l’UX, et cette discussion a été le point de départ d’une réflexion plus globale pour re-prioriser certaines fonctionnalités et certains manques de Kresus. Par ailleurs, certains retours de personnes expérimentées en UX design nous avaient bien résumés l’intérêt de l’UX : un élément d’interface ou une action peu claire ou compliquée, c’est une incompréhension ; et une incompréhension, c’est une question au mieux (donc du support à effectuer), un blocage au pire (donc un.e utilisateur.ice perdu.e). Ce discours m’a marqué et incité à me plonger encore plus dans le sujet.

Marien : J’ai la chance de travailler dans une boîte qui employait déjà une UX/UI designer lorsque je suis arrivé. Aujourd’hui j’ai deux autres supers collègues ergonomes et/ou UX designers avec qui je peux travailler et échanger (je recommande d’ailleurs leurs « ergogames » lors desquels j’ai appris et pu mettre des mots sur plein de concepts), j’étais donc déjà plutôt bien rodé avant cet atelier et persuadé des bienfaits de l’UX. Pour moi, toute l’importance de cette discipline est de remettre l’utilisateur·ice au centre des préoccupations du logiciel : on cherche avant tout à comprendre ses problèmes et ses besoins. Ça peut paraître idiot dit comme ça, mais bien souvent j’ai affaire à des utilisateurs qui expriment leurs problèmes à travers des solutions qu’ils ont eux-mêmes imaginés. Le problème c’est qu’ils ont toujours une connaissance limitée de ce qui peut se faire (et moi aussi !) La complexité consiste à faire abstraction de ces solutions pour essayer d’en imaginer une qui sera potentiellement mieux adaptée aux besoins exprimés bien souvent indirectement. C’est là tout le talent de l’UX designer. 🙂

Une autre chose que j’apprécie – et c’est assez contradictoire avec mon statut de développeur – c’est que ça nous fait redescendre de notre piédestal. Dans les projets de logiciels libres, le développeur est toujours celui qui imagine, décide et code ; ça ne fait pas de mal de se remettre en question parfois ! Et puis nous avons déjà suffisamment de responsabilités comme ça (« Code is Law » comme dirait l’autre), pas la peine de nous en rajouter.

Luc : Oui… et non. Oui, parce que je savais que ça existe, non parce que je n’avais pas le temps de me pencher dessus.

 

Est-ce que tu avais déjà appliqué ou envisagé d’appliquer des méthodes UX sur tes projets ? Est-ce que par exemple tu avais déjà fait des tests utilisateur·ices auparavant ?

Florian : Au sein des contributeurs YesWiki, certains avaient déjà fait des tests utilisateurs, mais moi-même, je n’avais pas eu l’occasion de tester. J’avais entendu parler d’une méthode rigolote, qui consiste à tester un site en étant complètement saoul pour voir si la navigation était facile ! Une version plus « sobriété heureuse » consisterait à juste plisser les yeux et voir si vous arrivez à naviguer sur votre site, ou sinon http://www.drunkuserexperience.com/?url=https%3A%2F%2Fframasoft.org .

Thomas : Il y a quelques mois je ne désirais rien de plus que des mockups tout faits que j’aurais juste à intégrer. Aujourd’hui j’ai compris qu’il est préférable d’avoir un processus d’accompagnement, de travail itératif en collaboration et en discutant avec quelqu’un ayant les compétences.

Les seuls tests utilisateurs que j’aie effectués dans le cadre de mon travail se résumaient à envoyer un aperçu quasiment achevé à des membres de l’association n’ayant pas ou peu de compétences techniques, mais je n’étais pas derrière eux pour obtenir d’autres retours que ceux qu’ils peuvent me faire eux-mêmes. En dehors de cela, zéro, nada.

Benjamin : Non, jamais, je partais donc d’une expérience totalement vierge.

Marien : Oui, mais c’est assez récent au final ! J’avais fait appel il y a un an à Marie-Cécile Paccard pour m’aider sur Lessy. L’expérience a été tout aussi déstabilisante qu’enrichissante : alors que je pensais qu’on parlerait de l’UX de l’application, on a parlé de beaucoup de choses en amont, notamment à quels problèmes je cherchais répondre et à qui je m’adressais. Au final, elle a appliqué les méthodes UX à l’idée du projet elle-même ! Pour ce qui est des tests utilisateurs, j’ai participé à une session mais en tant qu’utilisateur, je connaissais donc déjà le format mais pas l’angoisse de se faire « juger » son travail ! J’avais toutefois eu le sentiment que c’était un format lourd à mettre en place et j’ai été agréablement surpris de la manière dont ça s’est passé au Framacamp.

Luc : À chaque phase de tests des nouveaux services Framasoft, on avait des retours de la part des membres de l’asso, mais ça s’arrêtait là.

 

Qu’est-ce que tu as pensé des méthodes vues ? Une méthode favorite ?

Florian : Le panel des méthodes vues était très large et c’est difficile de donner une favorite, car elles sont complémentaires ! Comme elles sont toutes assez courtes, je recommanderais plutôt de les faire toutes pour avoir une idée globale. S’il fallait choisir, la méthode du test en 5 secondes est vraiment rapide à faire, l’expliquer et la faire ne prend pas plus de 5 minutes, douche comprise ! Après, les tests utilisateurs sont ceux qui amènent sans doute le plus de pistes concrètes d’évolution pour son projet car on voit de façon flagrante là où l’utilisateur a des difficultés.

Benjamin : Si l’on se concentre uniquement sur l’aspect UX, la méthode des 5 secondes me semble plus amusante qu’utile, parce qu’elle ne reflète pas le fait que les gens cherchent toujours un peu avant d’abandonner. Elle permet cependant de dégager un avis esthétique et une émotion de manière très pertinente, ce qui provoquera l’envie d’utiliser par la suite. Clairement, le test d’utilisation, effectué sur Kresus, a été le plus utile et le plus fructueux pour moi : malgré la frustration qui parfois s’installait, puisque j’avais envie de dire « mais non, c’est pas comme ça qu’il faut faire », ou encore de dire « tu as remarqué qu’il manquait telle fonctionnalité, tu es au moins la 100ème personne à me le dire », j’ai trouvé très intéressant le fait de tout garder pour moi, et de juste écouter les utilisateur.ice.s pour comprendre quels étaient leurs points bloquants et leurs interrogations.

Marien : Très clairement j’ai préféré les tests utilisateurs. Je rejoins pas mal Benjamin là-dessus, j’ai le sentiment que c’est ce qui a été le plus utile. Mais c’est aussi l’aspect humain que je trouve intéressant : cette posture tout d’abord d’écoute et d’observation silencieuse (ça empêche de tenter de se justifier !), puis l’échange qui suit après. Ça permet aussi aux différents protagonistes de se rencontrer et de mieux se comprendre. Toutefois, pour un logiciel Libre ça peut être compliqué à mettre en place par sa nature décentralisée. L’AttrakDiff est peut-être alors plus adapté tout en se rapprochant de ce que peut apporter les tests utilisateurs d’un point de vue retours UX. J’imagine assez bien utiliser la méthode des 5 secondes « à l’arrache » lors de différents évènements. Concernant les courbes d’évaluation, je ne connaissais pas du tout et j’ai trouvé le concept super intéressant même si j’imagine un peu moins quoi faire des résultats.

Thomas : Je rejoins les deux commentaires précédents pour dire que j’ai probablement considéré le test utilisateur comme le plus productif du point de vue d’un développeur. Cela permet de découvrir des utilisations complètement à l’opposé de ce que l’on peut imaginer, et ainsi sortir de sa bulle de filtre concernant la vision que l’on a de son projet. J’aime aussi également bien le test des 5 secondes, mais je l’ai trouvé particulièrement efficace surtout lorsqu’on imagine un utilisateur arriver sur un site web sans à priori dessus, pas forcément quelqu’un de très motivé voir obligé d’utiliser une application.

Luc : Tout comme les autres, le test utilisateur est sans doute le plus intéressant pour les développeurs. On a ainsi un retour rapide mais surtout concret sur les points de friction.

 

C’est quoi le ressenti pendant et après les tests utilisateur·ices, quand on observe un·e utilisateur·ice manipuler et faire des retours sur son projet adoré ?

Florian : Mon cas est particulier, car on testait des visuels fait par Kristof, le graphiste des Colibris, pour le test des 5 secondes, donc j’ai moins pris pour moi les retours. Par contre j’ai été testeur pour Luc et son projet dolomon.org, et c’était bien drôle, je l’ai vu rougir quand je n’ai pas cliqué sur le lien « comment ça marche » et directement m’empêtrer dans les fonctionnalités compliquées, mais je crois que je me suis comporté comme un utilisateur lambda ! 😉

Benjamin (en continu depuis la question précédente) : C’est extrêmement utile comme exercice, parce que chaque élément remarqué devient utilement concret et peut se transformer en un « ticket » ou un élément partiel de ticket, tout du moins. C’était aussi marrant de voir, lors du débriefing, chacun exposer les *problèmes* auxquels iels étaient confrontés, et d’y aller de sa *solution* pour les résoudre, sans connaître l’ensemble des contraintes du projet. 🙂

En tant que mainteneur d’un projet, cela m’a permis de rester humble auprès du travail restant à accomplir, et ne m’a pas atteint émotionnellement ou attristé, parce que je considère que tout est toujours améliorable, et la finalité commune (de cellui qui teste ou cellui qui observe) est d’améliorer le logiciel dans son ensemble, pour le rendre plus utilisable, donc plus utilisé. 🙂

En dehors de la sphère propre au logiciel Kresus, je me sens plus légitime et j’ai aussi beaucoup plus confiance en ma capacité à mener et assister à des tests utilisateurs, ce qui me sera utile lors de nos célèbres Contrib’Ateliers .

Marien : Le plus compliqué était sans doute de rester silencieux ! D’ailleurs j’ai posé une ou deux questions au début pour essayer de comprendre le ressenti de l’utilisatrice (mais j’ai vite arrêté parce que je sentais que ça pouvait influer sur son utilisation). Il y a une forme de frustration qui se développe au fur et à mesure que la personne observée cherche mais ne trouve pas (pour les deux tests effectués j’ai eu envie de dire « Tu n’as pas besoin de rechercher l’icône de flux RSS sur le site, l’outil le détecte pour toi ! ») Une chose amusante en revanche, c’était de se sentir par moment tout aussi perdu que la personne qui testait (« Bah tiens, pourquoi ça réagit comme ça ? », « Oh un bug… ah non c’est vrai, c’est le comportement « attendu » »). Au final on n’est pas seulement observateur de l’utilisateur·ice, mais aussi de sa propre application ! En sortie de cette expérience, j’ai été rassuré sur la facilité de mise en place, ça m’a vraiment réconcilié avec cette méthode UX. Hâte de réitérer l’expérience !

Luc : C’est dur pour moi de me taire… et de voir que les utilisateurs ne prennent pas le temps de lire les explications qu’on s’est fait c… suer à écrire !

 

Suite à l’atelier, est-ce que tu penses que tu vas essayer de mettre en place de l’UX ? Si on te trouve un·e UX Designer, tu l’accueilles les bras ouverts ?

Florian : Oui, bien sûr, c’est un retour précieux, et une science à part entière ! Vu le peu de moyens humains derrière un projet libre, on se retrouve souvent à être en même temps le graphiste, l’UX designer, le développeur et le chargé de comm. de ce projet libre, et souvent quand on touche à trop de choses simultanément, on ne fait pas tout bien. J’ai très envie d’approfondir le sujet, si possible accompagné, mais j’attends aussi de voir comment en tant que développeur, implémenter les améliorations d’UX, car les choses les plus simples ne sont pas toujours les plus faciles à coder ! Donc vive la complémentarité mais en ayant la curiosité de s’intéresser à ce que l’UX Designer apporte et réciproquement, histoire de s’enrichir entre designer et développeur et d’être réaliste sur ce que l’on peut faire ensemble !

Benjamin : Absolument ! Au titre de mon projet Kresus, je vais sûrement réitérer l’expérience, et nous serions ravis d’accueillir un.e UX designer pour nous aider à assurer un suivi de l’amélioration de l’UX dans le projet. Nous allons d’ailleurs revoir nos méthodes de contribution pour simplifier la découverte et la participation à ce projet. Par ailleurs, je vais très probablement réutiliser les méthodes vues ici lors des Contrib’Ateliers, pour pouvoir tester et faire tester d’autres projets qui ont bien besoin d’aide, en espérant que cela mène à des actions concrètes et un suivi de la part des auteur.ice.s.

Marien : Je ne vois pas trop comment répondre négativement à cette question après les réponses que j’ai données jusqu’ici. ^^

Oui, évidemment que j’en accueillerais un ou une ! Mais j’aimerais aussi réfléchir à comment faciliter une telle collaboration. Aujourd’hui les outils que nous avons à notre disposition ne sont pas adaptés (je ne vise absolument pas GitHub ou plus généralement les forges logicielles, ce serait mal me connaître). Et si, justement, on appliquait les méthodes UX pour réfléchir à un tel outil ? 😀

Thomas : De même, c’est évident qu’il faut que nous impliquions davantage des gens comme des UX designers prêts à participer dans nos projets libres. Et pour accueillir des gens qui ne sont pas développeurs, ce n’est pas uniquement une question de réfléchir à un processus pour l’entrée de nouveaux contributeurs, c’est peut-être penser dès le début à faire en sorte que les décideurs et responsables de projets ne soient pas uniquement des développeurs, que ces derniers ne soient pas toujours au centre du projet. C’est loin d’être facile dans le milieu du logiciel libre, mais je veux y croire. 🙂

Luc : Non, je souhaite continuer à faire des logiciels inaccessibles. Tout le monde sait bien que les logiciels tournent bien mieux sans utilisateurs pour déclencher des bugs ou poser des questions. 😛

 

Et la tradition Framasoft : un dernier mot pour la fin ?

Florian : Merci Framasoft de décloisonner le libre et d’ouvrir vers de nouveaux horizons avec des outils qui ont du sens et des valeurs et qui pourraient grâce à des apports dans des domaines comme l’UX, de plus en plus répondre aux besoins des usagers ! J’en profite aussi pour inviter des animateurs de réseaux, les techniciens, les citoyens engagés, et toutes les personnes de bonne volonté de venir participer au projet Contributopia, qui pourrait être un beau levier de changement sociétal et de convergence !

Benjamin : Merci Framasoft pour ce Framacamp, et merci beaucoup Maïtané pour nous avoir présenté et ouvert les yeux sur l’UX, dans la joie et la bonne humeur, sans m’avoir fait ressentir ce tristement classique blocage entre les développeur.euse.s et les designers. J’invite tout le monde à s’intéresser également à ces méthodes, ne serait-ce que pour en comprendre les enjeux, qui dépassent largement la simple facilité d’utilisation et l’aspect esthétique des choses. :3

Marien : Au final, comme dans tout projet, l’important c’est de se parler et de s’écouter. Ce Framacamp a été une formidable occasion de faire cela dans une ambiance détendue. Je suis vraiment ravi de pouvoir apporter ma patte au projet Contributopia qui se propose justement d’encourager et défendre tout ça. Je suis persuadé que nous sommes sur la bonne route (mais qu’est-ce qu’elle est longue !). Et merci aussi à Maïtané de nous avoir proposé cet atelier qui m’a permis (enfin) de mettre en pratique des choses qui traînaient dans ma tête depuis des mois.

Thomas : Merci aux membres de Framasoft et à tous les contributeurs pour leur bonne volonté toujours impressionnante. Merci à ceux qui animent des ateliers qui permettent de faire des énormes pas en avant à chaque fois. J’ai hâte de voir ce qu’on va tous faire ensemble !

Luc : Merci à tous ceux qui vont mettre en place des ateliers UX lors des prochains contrib’ateliers. 😁

À leur tour, les auteur·ices de cet article remercient chaleureusement Florian, Thomas, Benjamin, Marien et Luc pour le temps qu’ils ont bien voulu nous accorder pour répondre à nos questions. Merci également à Carine Lallemand pour nous avoir autorisé·es à utiliser les images d’illustration de l’AttrakDiff et des courbes d’évaluation UX.

Que vous soyez UX Designer (professionnel ou amateur) ou simple utilisateur·rice qui veut contribuer au logiciel libre et au libre, n’hésitez pas à venir à notre rencontre, soit sur Framacolibri ou lors d’un des Contrib’ateliers.  ;-).

 

 

Pour aller plus loin

  • Lallemand, Carine. Paris Web 2015. Atelier Évaluer l’UX : des méthodes simples mais efficaces !

Paris Web 2015 Atelier « Evaluer l’UX : des méthodes simples mais efficaces ! » from Carine Lallemand

 




De 0 à 52 numéros du Courrier du hacker, un an de lettre d’information du Logiciel libre

Le temps et l’attention sont des denrées précieuses, tandis que s’accroît toujours davantage le volume des informations disponibles. Aussi les outils de veille et curation sont-ils des alliés précieux pour qui souhaite disposer d’une sélection de qualité.

À ce titre le travail efficace de Carl Chenet pour nous proposer depuis un an Le Journal du hacker méritait bien d’être salué, et c’est avec plaisir que nous lui laissons la plume pour faire le bilan et la promotion de sa réalisation. Abonnez-vous !


Le Courrier du hacker est une lettre d’information résumant chaque semaine l’actualité francophone du Logiciel Libre, publiée le vendredi, que l’abonné reçoit directement dans ses e-mails. Après 52 numéros, le Courrier du hacker a donc récemment fêté sa première année.

1. Se hisser sur les épaules des géants

Le Courrier du hacker repose sur l’exceptionnel travail de la communauté FOSS francophone, médias, articles publiés par les blogs d’entreprise, les associations (comme le blog de Framasoft) et les blogueurs individuels, articles qui sont chaque semaine relayés par le Journal du hacker, l’agrégateur de liens du Logiciel Libre francophone (dont je suis l’un des fondateurs) et dont la base de données est librement accessible.

À partir de cette base de données et d’une suite de scripts maison, les articles ayant reçu le plus de votes de la semaine sont extraits. J’effectue ensuite moi-même une sélection pour ne retenir que les plus pertinents et offrir le contenu le plus intéressant tout en gardant à l’idée de représenter l’actualité de la semaine passée. La réalisation de la lettre d’information me prend entre deux et trois heures par semaine.

Après sélection des meilleurs articles de la semaine, cette lettre d’information a pu, après un an de publication ininterrompue, atteindre les 52 numéros et s’imposer comme un nouvel acteur FOSS au format original que plus de 1600 abonné⋅e⋅s utilisent pour effectuer leur veille technologique ou afin de rester en alerte sur les libertés individuelles et la vie privée.

2. Le meilleur du FOSS francophone en un e-mail

Le Courrier du hacker propose chaque semaine 16 liens dans un e-mail. Pourquoi 16 ? J’ai fait le choix de ne pas surcharger l’e-mail, afin que les principaux liens de la semaine restent bien visibles. L’idée est de proposer un contenu de grande qualité dans un format réduit.

En effet rester au courant demande aujourd’hui beaucoup de temps et de consulter chaque jour de nombreux médias. Cela s’avère souvent fastidieux et il est hélas facile de rater quelque chose qu’on trouve dine d’intérêt. Il est également important de prendre le temps d’analyser les événements, temps qui se raréfie quand on voit les notifications qui nous surchargent aujourd’hui. En se basant sur les articles écrits par la communauté FOSS, en effectuant un tri et en publiant les numéros à date fixe, le Courrier du hacker prend le temps de l’information dans une optique de qualité. Les e-mails des abonnés ne sont bien sûr utilisés que pour envoyer la lettre d’information.

3. Un contenu accessible à tous

Bien que le format premier soit celui de l’e-mail publié chaque semaine, je me suis rendu compte que ce format ne convenait pas à tous. J’ai également reçu des demandes afin d’ouvrir plus largement le contenu. Et il aurait été dommage de restreindre l’accès à un contenu de qualité pour une question de préférence de média.

J’ai donc rendu disponibles les archives directement depuis le site web. J’ai également commencé à relayer le contenu via les réseaux sociaux, en créant un compte Mastodon sur Framapiaf (merci Framasoft !) et un compte Twitter pour le Courrier du hacker.

Au niveau technique, le site officiel est un site statique servi par Nginx qui offre essentiellement le formulaire d’abonnement à la lettre d’information, les archives des numéros publiés et le flux rss dédié. À partir de ce flux rss, les outils Feed2toot et Feed2tweet (dont je suis l’auteur) permettent de diffuser le contenu du flux vers respectivement Mastodon et Twitter.

4. Le futur du Courrier du hacker

Le but est de continuer aussi longtemps que possible à publier et à faire connaître le Courrier du hacker afin de promouvoir les articles de grande qualité écrits en français chaque semaine dans les communautés FOSS. Des besoins apparaîtront sûrement dans le futur et je reste à l’affût des demandes qui me sont remontées. N’hésitez pas à me contacter en répondant simplement à l’e-mail de la lettre d’information.

5. Liens du Courrier du hacker

dessin humo du geektionerd generator : l’un s eplaibnt que son projet ne soit pas mentionné dans ce canard, l’autre lui répond que si on a 20 ans et qu’on n’est pas dans le journal du hacker c’est qu’on a raté sa vie
image https://framalab.org/gknd-creator/




Les logiciels libres meurent lentement sans contributions

Dans une récente conférence où il présentait Contributopia, le projet pluriannuel de Framasoft, sous son angle politique, Pierre-Yves Gosset s’attachait à déboulonner quelques mensonges avec lesquels se rassurent les libristes. Le nombre présumé des contributeurs et contributrices, en particulier, était ramené à sa juste proportion :

Bien sûr, tout le monde ne peut pas envoyer des commits de code, mais l’exemple est symptomatique : le Logiciel Libre c’est surtout des consommateurs et consommatrices.

C’est ce que souligne également Carl Chenet, plume invitée ci-dessous. Il pointe en particulier le risque sérieux d’étiolement voire de disparition pure et simple des équipes parfois minuscules qui maintiennent des FOSS (Free and Open Source Software, appellation œcuménique qui joint Les logiciels libres et open source). Il en appelle à une contribution minimale qui consisterait au moins à faire connaître les projets et encourager les créateurs à continuer. Chez Framasoft, nous sommes tout à fait en phase avec cet appel, voyez par exemple cet article sur le Contribution Camp qui propose quelques pistes pour « avancer ensemble vers la contribution ».


Logiciels libres et open source : le consumérisme passif tue la communauté
Par Carl CHENET

article aussi publié en anglais sur mon blog

En bref : ne soyez pas un consommateur passif de logiciels libres. Cela va tuer la communauté FOSS ou lui nuire. Contribuez de n’importe laquelle des manières décrites dans cet article, même la plus élémentaire, mais contribuez quotidiennement ou de façon très régulière.

petite photo de l’auteur de l’article, carl Che

Je suis ingénieur système depuis plus de 10 ans maintenant et je travaille presque exclusivement avec des systèmes GNU/Linux. Je suis aussi profondément impliqué dans la communauté des logiciels libres et open source (FOSS) depuis longtemps et je passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux (surtout Twitter et Mastodon ces jours-ci). Et certains comportements m’énervent toujours autant.

Le consommateur se croit plus intelligent et plus efficace que les autres

De nombreux professionnels de l’informatique qui utilisent les logiciels libres affichent un comportement de pure consommation dans leur relation avec les logiciels libres. Par exemple ils essaient souvent d’utiliser un logiciel dans un environnement très spécifique (version spécifique d’une distribution GNU/Linux, version spécifique d’un logiciel). Ils ne réussissent pas à l’utiliser dans cet environnement ? Ce logiciel est évidemment de la merde, il devrait fonctionner avec les paramètres par défaut, sinon il n’est pas convivial. La documentation est disponible ? Qui lit le doc ? J’ai besoin de réponses maintenant, je n’ai pas le temps de lire la documentation ! Et qui a écrit cette merde d’ailleurs ?

Si la réponse n’est pas le premier lien StackOverFlow de la première recherche Google, je laisse tomber cette merde. Mon temps est précieux donc je vais essayer un autre logiciel (et perdre 2 fois plus de temps) ou mieux le coder moi-même (100 fois plus de perte de temps) et de telle manière qu’il sera impossible de le réutiliser bien sûr.

Les consommateurs passifs n’envoient jamais un rapport de bogue. C’est une perte de temps, qui réclame des efforts. Qui a le temps de l’écrire sauf les pigeons ? Pas même un ping au mainteneur ou au développeur principal du projet (ils devraient savoir, ils ont écrit cette merde !) Ok, je l’ai appelé sur Twitter il y a 2 minutes. Les gens ne répondent pas en une minute ? Allez vous faire foutre, bande de losers juste bons à perdre votre temps ! Je m’en tape qu’il soit 2h du matin pour lui.

Ok, ok, ok, c’est bon, je vais écrire un rapport de bug si les ouin-ouins insistent : ÇA MARCHE PAS BOUGEZ-VOUS LE CUL BANDE DE CONNARDS, CORRIGEZ ÇA MAINTENANT !

Faire un don au développeur ou à la développeuse ? Pour quoi faire ?

Même avec des logiciels qu’ils aiment et utilisent tous les jours et qui fonctionnent parfaitement, avec des mises à jour régulières parfaites, la plupart des professionnels de l’informatique ont exactement ce même comportement de consommation passive.

Ça fait 5 ans que ce logiciel alimente toute l’informatique, ce qui aide l’entreprise à gagner beaucoup d’argent ? Tout à fait. Le développeur principal demande de l’argent / de la reconnaissance par le biais des réseaux sociaux ? Sale clodo ! Il a besoin d’argent ? Moi aussi ! Cette personne a-t-elle un Patreon ? On s’en fout ! Ce type me doit d’utiliser son logiciel, il me casse les pieds, il adore coder gratuitement de toute façon ce pigeon.

L’aider en achetant une licence professionnelle pour ce logiciel ? MDR pour quoi faire ? Mon patron va se marrer en entendant ça. Personne ne paie pour les logiciels (sauf les pigeons). C’est gratuit, comme dans bière gratuite bébé !

Je vais même lui demander de modifier la licence parce que je ne peux pas utiliser ce logiciel (qu’il maintient gratuitement le con) dans ma propre suite logicielle propriétaire. Il devrait me remercier de l’aider à développer son logiciel, ce futur Marc Zuckerberg. Je suis presque sûr qu’il a gagné masse de thunes de toute façon. Il en aura pas par moi, pas question.

Et bien sûr, ce comportement de consommation passive a des impacts négatifs sur l’écosystème des logiciels libres. Vraiment. Habituellement, après quelques années, le développeur principal abandonne le projet. À ce moment-là, vous pouvez généralement lire ce genre de commentaires furieux sur son blog ou dans les rapports de bug « Espèce de branleur t’as plus mis à jour ton logiciel depuis des années, feignant va, des gens sérieux l’utilisent, réponds ou je laisse des milliers de commentaires insultants ! J’ai tout misé sur ton code, tu devrais me remercier à genoux. Espèce de communiste branleur, j’enlèverais mon étoile sur ton repo Gihub/Gitlab si je l’avais mis en vedette. Mais bien sûr que non, je ne vais pas mettre en vedette tous les projets que j’utilise, qu’est-ce que tu crois ? Contribuer d’une façon ou d’une autre ? Allez, faut grandir un peu, et faire avec. La vie est dure. »

Promouvoir les projets que vous utilisez et interagir avec eux

Afin de ne pas ressembler aux tristes personnages décrits plus haut, merci d’aider les projets que vous utilisez. Si votre entreprise gagne de l’argent grâce aux FOSS et que vous êtes chef d’entreprise, financer ou bloquer du temps pour que vos développeurs donnent un coup de main pour au moins un projet que vous utilisez quotidiennement semble un objectif raisonnable et démontre une certaine compréhension de l’écosystème FOSS.

Si vous êtes un employé d’une entreprise utilisant des FOSS, une étape très importante est de faire savoir à votre chef ou votre patron que des parties de votre infrastructure mourront à court terme (quelques années) si vous n’aidez pas ce projet de quelque façon que ce soit.

99,9 % des projets FOSS sont des projets maintenus par une seule personne. Cette petite bibliothèque JavaScript que le frontend du site web de votre entreprise utilise ou ce petit script de sauvegarde de base de données dont tout le monde se fout mais qui vous a déjà sauvé la vie 2 fois.

Si l’argent n’entre pas en jeu dans votre utilisation des FOSS et si vous fournissez un service gratuit à d’autres personnes, faites savoir aussi largement que possible que vous utilisez des FOSS et n’hésitez pas à remercier certains projets de temps en temps. Le simple fait de dire aux personnes par le biais de Mastodon ou Twitter que vous utilisez leurs logiciels peut leur remonter sacrément le moral. Mettez en vedette leurs projets sur Gitlab ou Github pour leur faire savoir (ainsi qu’aux autres) que ce projet est utile.

Quelques manières de contribuer

Voici une liste d’excellents moyens de contribuer :

• Faites savoir aussi largement que possible via les réseaux sociaux que votre dernière mise à jour de tel ou tel logiciel s’est déroulée sans problèmes. Faites passer le mot autour de vous.
• Rédigez un billet de blog décrivant vos expériences et la valeur ajoutée que ce grand projet FOSS a apportée à votre entreprise ou à vos projets. Suivez les développeurs principaux de différents projets sur Mastodon ou Twitter et retweetez/likez/pouétez… leurs dernières nouvelles de temps en temps.
• Écrivez un commentaire de remerciement sur le blog du projet ou sur le blog du développeur principal. La lecture de votre commentaire sera un rayon de soleil dans la journée du développeur de ce projet.

Mettez une étoile au projet feed2toot sur Gitlab

Ne soyez plus un consommateur passif

Ne soyez plus un consommateur passif de logiciels libres et open source. Le niveau moyen nécessaire pour contribuer à un projet et les attentes des créateurs de logiciels libres et open source augmentent de jour en jour dans un monde où la complexité et les interactions s’accroissent rapidement. Il n’y a souvent qu’une toute petite équipe (d’une seule à 5 personnes) qui est au cœur du développement fondamental des FOSS.

copie d’écran twit de Chent où il parle de la dernière version d’elastic stack
Je parle tous les jours des FOSS sur mes comptes Twitter et Mastodon

 

Contribuez de n’importe quelle manière décrite dans cet article, même la plus élémentaire, mais contribuez quotidiennement ou de façon très régulière. Vous aurez ainsi une participation concrète et fournirez de bonnes vibrations et d’excellents apports aux projets FOSS. Vos contributions changeront vraiment les choses, encourageront et (re)motiveront les personnes impliquées. C’est bon pour vous, vous allez améliorer vos compétences, acquérir des connaissances sur la communauté FOSS et de la visibilité pour votre entreprise ou vos projets. Et c’est une bonne chose pour la communauté FOSS que d’avoir de plus en plus de personnes qui contribuent par n’importe quelle action positive.

À propos de l’auteur

Carl Chenet, passionné de logiciels libres, auteur du Courrier du hacker, la lettre d’information hebdomadaire résumant l’actualité francophone du Logiciel Libre et Open Source