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Dark Side of the Rainbow, un mashup – Open Culture (1)

Petite série de l’été : au gré de mes découvertes, je partagerai ici quelques-unes des nombreuses ressources disponibles sur le très riche site https://www.openculture.com/ que je vous invite à découvrir et partager à votre tour sans modération.

Aujourd’hui, premier épisode avec un mashup (disons un « collage » artistique) audiovisuel entre deux œuvres iconiques archi-célèbres : un album-culte de Pink Floyd et une comédie musicale tout aussi culte, le magicien d’Oz.

Le mashup ou collage, est un genre musical hybride. Le mashup est à l’origine une chanson créée à partir d’une ou deux autres chansons pré-enregistrées, habituellement en superposant la partie vocale d’une chanson sur la partie instrumentale d’une autre, (Source Wikipédia. Pour en savoir plus…) mais on peut lui donner une acception plus large car plusieurs domaines artistiques, et pas seulement musicaux, peuvent être combinés dans un mashup.

Ah au fait : pour vous éviter un lien vers YouTube, j’ai utilisé une instance d’invidious qui agit comme un proxy (en gros, un intermédiaire qui soustrait la pollution visuelle et prédatrice de YouTube). Si celle que j’ai choisie ne fonctionne pas, essayez une autre instance fonctionnelle en piochant dans cette liste mise à jour régulièrement.

 

article original : Dark Side of the Rainbow: Pink Floyd Meets The Wizard of Oz in One of the Earliest Mash-Ups

Traduction : Goofy

 

Dark Side of the Rainbow : Pink Floyd rencontre le Magicien d’Oz dans l’un des plus anciens mashups.

par Colin Marshall


Mec, je suis sérieux… tu mets le Magicien d’Oz, tu mets Dark Side of the Moon, et tu les démarres en même temps. Ça marche à fond. C’est trooop synchroooone ! Ça te retourne la tête, mec.

On peut se moquer gentiment de ceux qui considèrent que c’est un moyen génial d’entrer dans leur trip préféré, si l’on peut dire, et chercher des résonances entre une comédie musicale de la MGM de 1939 et le huitième album de Pink Floyd, mais on ne peut nier que le mashup Dark Side of the Rainbow, comme ils l’appellent (quand ils ne l’appellent pas Dark Side of Oz ou The Wizard of Floyd), est devenu un phénomène culturel certes modeste, mais sérieux. En réalité, comme l’enthousiasme pour lancer Dark Side of the Moon en regardant Le Magicien d’Oz remonte au moins aussi loin que les discussions sur Usenet (lien) au milieu des années 90, il se pourrait bien que ce soit le premier mash-up sur Internet. Depuis, la rumeur selon laquelle l’expérience de visionnage était étrange s’est répandue bien au-delà des profondeurs de l’underground ; même une institution aussi ostensiblement stricte que la chaîne câblée Turner Classic Movies a déjà diffusé Le Magicien d’Oz avec Dark Side of the Moon comme bande-son.Il est clair que les gens trouvent leur compte dans ce « collage » audiovisuel, quel que soit leur état d’esprit. Au minimum, ils s’amusent des coïncidences entre les sons et thèmes lyriques de l’album et les séquences du film. Dark-side-of-the-rainbow.com proposait (NdT sur un site aujourd’hui disparu) une liste très complète de ces intersections, dès le battement de cœur en fondu enchaîné qui ouvre l’album jusqu’à l’apparition du titre du film :

Dans ce concept album nous avons [symboliquement] le début de la vie humaine. De nombreux parents commencent à donner un nom à leur enfant dès qu’ils en connaissent l’existence, souvent avant même de connaître le sexe de l’enfant. Ici, nous avons le nom d’un film, qui se trouve être le nom d’un des personnages du film, juste au moment où nous prenons conscience de cette nouvelle vie.

Pour les paroles qui accompagnent l’entrée de Dorothy à Munchkinland :

« Trouve un travail mieux payé et tout ira bien » : Dorothy ne le sait pas encore, mais elle est sur le point de passer du statut de fermière à celui de tueuse de méchantes sorcières.

Pour le battement de cœur qui clôt l’album, alors que l’homme en fer blanc reçoit un cœur à lui :

Dans le concept album, ce battement de cœur qui s’éteint représente la mort. Le nouveau cœur de l’homme de fer blanc, que l’on peut entendre battre, symbolise la renaissance. Une fois de plus, ce contraste entre ce que nous voyons dans le film et ce que nous entendons dans l’album vise à créer un équilibre. Et comme c’est ainsi que se termine l’histoire, cet équilibre montre comment, à la fin, le conte de fées a effectivement surmonté la tragédie.

Les Pink Floyd eux-mêmes ont désavoué toute intention de composition délibérément synchrone (Alan Parsons, qui a réalisé l’enregistrement, qualifie même l’idée de « foutage de gueule »), et même les plus fervents amateurs de Dark Side of the Rainbow ont peu de doutes à ce sujet. Certains diront que le groupe, déjà adepte de la composition de musiques de films, a fait tout cela inconsciemment, mais pour moi, la popularité durable de ce premier mashup est la preuve de quelque chose de bien plus intéressant : la tendance ininterrompue de l’humanité – voire sa compulsion – à trouver des modèles là où il n’y en a peut-être pas.

« Lorsque les coïncidences s’accumulent de la sorte, on ne peut s’empêcher d’être impressionné par elles, car plus le nombre d’éléments d’une telle série est élevé, ou plus son caractère est inhabituel, plus cela devient invraisemblable. »

Voilà ce que Carl Jung a écrit à propos du concept psychologique de synchronicité.

Dommage qu’il n’ait pas assez vécu pour voir ça.

Autres ressources sur le même sujet

Colin Marshall anime et produit Notebook on Cities and Culture et écrit des essais sur la littérature, le cinéma, les villes, l’Asie et l’esthétique. Sur Twitter, c’est @colinmarshall.


Si cet article vous a plu et que vous découvrez l’intérêt du site openculture.com, vous pouvez contribuer par une petite donation sur cette page https://www.openculture.com/help-fund-open-culture (via Paypal, Patreon et même cryptomonnaie…)


 




La bataille du libre, un documentaire contributopique !

Nous avons eu la chance de voir le nouveau documentaire de Philippe Borrel. Un conseil : ne le loupez pas, et surtout emmenez-y vos proches qui ne comprennent pas pourquoi vous les bassinez avec « vos trucs de libristes, là »…

Ce n’est pas de la publicité, c’est de la réclame

Avertissement : cet article de blog est enthousiaste sans être sponsorisé (et oui : nous vivons à une époque où ce genre de précision est devenue obligatoire -_-‘…), car en fait, il est simplement sincère.

Et c’est pas parce qu’on y voit apparaître tonton Richard (the Stallman himself), l’ami Calimaq, les potes de Mozilla ou notre Pyg à nous, hein… C’est parce que ce documentaire montre que la palette du Libre s’étend très largement au-delà du logiciel : agriculture, outils, santé, autogestion… Il montre combien le Libre concrétise dès aujourd’hui les utopies contributives de demain, et ça, bizarrement, ça nous parle.

Sans compter que sa bande annonce a le bon goût d’être présente et présentée sur PeerTube :

Ce qui est brillant, c’est que ce documentaire peut toucher les cœurs et les pensées de nos proches dont le regard divague au loin dès qu’on leur parle de « logiciels », « services », « clients » et autre « code-source »… et qui ne comprennent pas pourquoi certaines variétés de tomates anciennes ont circulé clandestinement dans leur AMAP, ou qui s’indignent de la montée du prix de l’insuline et des prothèses médicales.

Des avant-premières à Fontaine, Nantes et Paris… et sur Arte

Une version « condensée » du documentaire (55 minutes sur les 87 de la version cinéma) sera diffusée le mardi 19 février à 23h45 sur Arte, sous le titre « Internet ou la révolution du partage »… et disponible en accès libre et gratuit sur la plateforme VOD d’Arte jusqu’au 12 avril prochain.

Mais pour les plus chanceuxses d’entre nous, pour celles et ceux qui aiment les grandes toiles et les ciné-débats, il y a déjà quelques avant-premières :

Nous continuerons d’en parler sur nos médias sociaux, car nous considérons que ce documentaire est un bien bel outil dont on peut s’emparer pour se relier à ces communautés qui partagent les valeurs du Libre dans des domaines autre que le numérique… Et il n’est pas impossible que vous rencontriez certain·e·s de nos membres lors d’une projection 😉

 




Popcorn Time est mort, vive Popcorn Time ! (et vive les sources libres) 3/3

Popcorn Time épisode 3 le retour… Parce qu’avec les licences libres rien ne meurt jamais et surtout pas les bonnes idées 😉

Rappel des épisodes précédents :

  1. Popcorn Time, mieux que Netflix pour voir des films en streaming via BitTorrent !
  2. Popcorn Time « le pire cauchemar d’Hollywood » n’est déjà plus

Neeta Lind - CC by

Après sa mort, Popcorn time sera ressuscité par YTS (YIFY)

Popcorn Time Shuts Down, Then Gets Resurrected by YTS (YIFY)

Andy – 15 mars 2014 – TorrentFreak
(Traduction : Karl, JonathanMM, r0u, Mooshka, loicwood, aKa, Diab, GregR, Cellular_PP, Noon, lamessen, Amazigh + anonymes)

Une semaine riche en rebondissements pour la très contreversée application Popcorn Time, qui a touché le fond hier soir après avoir appris que les créateurs du logiciel jetaient l’éponge. Allons messieurs, pas si vite ! Les gens derrière YTS (YIFY) informent TorrentFreak qu’ils reprennent le projet immédiatement.

Samedi dernier, TorrentFreak annonçait la sortie du logiciel de streaming torrent Popcorn Time, un article qui fut suivi dans la semaine par des douzaines d’autres sur des sites d’envergure. Il est devenu rapidement évident que ce logiciel a levé un lièvre avec son ergonomie et sa simplicité.

Sans surprise, les premiers problèmes ne se sont pas fait attendre. Au milieu de la semaine, le logiciel a été retiré du site Mega.co.nz. Ce qui reste confus, c’est de savoir si cette action a été entreprise par Mega de son propre chef ou après une injonction d’Hollywood.L’équipe de développeurs de Popcorn Time ayant confirmé qu’ils n’en étaient pas à l’origine, l’un ou l’autre peut donc être à blâmer.

Après une semaine agitée, le logiciel ayant reçu d’importants soutiens, le projet s’est donc arrêté la nuit dernière. Dans un long communiqué sur le site web de l’outil, l’équipe de Popcorn Time a confirmé qu’elle arrêtait son travail.

« Popcorn Time ferme aujourd’hui. Pas parce que nous n’avons plus ni énergie, ni motivation, ni détermination, ni même d’alliés. Juste parce que nous avons envie de poursuivre nos vies. », explique ainsi l’équipe.

« Notre expérimentation nous a amenés aux portes d’un débat sans fin entre piratage et copyright, menaces légales et machinerie douteuse qui nous donne l’impression d’être en danger à cause de ce que nous aimons faire. Et ce n’est pas une bataille à laquelle nous souhaitons prendre part. »

L’équipe basée en Argentine a ajouté que le piratage n’est pas un problème d’utilisateurs, c’est un problème créé par l’industrie qui « se représente l’innovation comme une menace à l’encontre de leur modèle économique obsolète ».

Mais alors que d’autres articles sont écrits par la presse généraliste, chacun enterrant Popcorn Time avant de passer à autre chose, il y a d’importantes et bonnes nouvelles à rapporter.

Popcorn Time n’est pas mort et va continuer à être développé, en toute transparence.

Interviewé par TorrentFreak, le développeur d’YTS (anciennement YIFY-torrents) Jduncanator a confirmé que Popcorn Time ne mourra pas avec le retrait de l’équipe l’ayant créé. À la place, l’équipe de YTS va reprendre le flambeau et poursuivre.

« L’équipe YTS reprend actuellement le projet Popcorn Time et va le poursuivre comme si de rien n’était. Nous sommes en meilleure position vis-à-vis des droits d’auteur, car le projet est basé sur notre (propre) API, c’est comme si nous avions construit une autre interface pour notre site web. Il n’y a une faible différence entre gérer le projet PopCorn Time et mettre à disposition les films comme nous le faisons déjà », affirme le développeur.

« À YTS nous nous reconnaissons dans les projets de ce genre et l’émoi les entourant ne signifie pas qu’ils doivent être arrêtés. Cette agitation est bénéfique rendant les gens plus conscients et concernés par les problèmes engendrés par le copyright. »

Le projet, qui est désormais disponible sur GitHub, est ouvert aux anciens développeurs, qui recevront un accès aux contributions à leur demande. L’installeur Popcorn Time sera disponible prochainement.

Crédit photo : Neeta Lind (Creative Commons By)




Popcorn Time « le pire cauchemar d’Hollywood » n’est déjà plus 2/3

Il y a quelques jours à peine nous annoncions la sortie de l’application Popcorn Time, mieux que Netflix pour voir des films en streaming via BitTorrent !

Popcorn Time y était qualifié de « pire cauchemar d’Hollywood ».

Hollywood s’est réveillé et a réagi…

L’équipe de développement nous annonce déjà le clap de fin, en restant évasif sur les explications. Mais nul doute qu’ils ont reçu des pressions. Ils disent avoir vérifié quatre fois que Popcorn Time était légal (puisqu’ils proposaient une technologie neutre, n’hébergeait rien sur leurs serveurs et ne faisant que combiner trois bases de données externes : pour les torrents, pour les informations des films et pour leurs affiches).

Cela n’a, semble-t-il, pas suffi.

Edit : il y a une suite heureuse à cette histoire !

Goodbye Popcorn Time

Adieu Popcorn Time

Goodbye Popcorn Time

L’équipe de développement – 14 mars 2014

(Traduction : Piup, aKa, Kcchouette, loicwood, Noon, lumi, Amazigh + anonymes)

Au revoir

Nous avions commencé Popcorn Time comme un défi lancé à nous-mêmes. C’est notre devise… C’est ce à quoi nous aspirons.

Nous sommes très fiers de ce projet. C’est le plus important que nous ayons construit. Nous avons constitué une équipe géniale en le faisant, avec des gens avec qui nous adorons travailler. Et pour être honnête, au moment où je vous écrit, nous sommes tous un peu écœurés et abasourdis. Nous aimons Popcorn Time et ce qu’il défend, et nous avons l’impression de laisser tomber nos géniaux contributeurs chéris. Ceux qui ont traduit l’application en 32 langues, y compris certains dont nous ne connaissions même pas l’existence. Nous sommes en admiration devant ce que la communauté libre peut faire.

Nous sommes avant tout de jeunes entrepreneurs passionnés d’informatique. Nous lisons Techcrunch, Reddit et Hacker News dont nous avons fait deux fois la une. Dans le même temps, nous avons eu des articles dans Time Magazine, Fast Comany, TechCrunch, TUAW, Ars Technica, Washington Post, Huffington Post, Yahoo Finance, Gizmodo, PC Magazine et Torrent Freak, pour ne nommer que ceux-là. Et nous sommes intervenus à la télévision et dans des émissions de radio, sans parler des nombreuses interviews, et celles que nous avons aussi déclinées en raison de l’excès de sollicitation(s) de la part des médias.

Et aucun de ces médias ne nous blâmait. Non, ils nous soutenaient. Nous étions devenus les outsiders qui se battaient pour le public et les consommateurs. Des gens que nous respections, certains de nos héros, ont dit monts et merveilles à propos de Popcorn Time, ce qui a largement dépassé nos espérances pour un projet expérimental monté en seulement quelques semaines.

En tant que projet, Popcorn Time est légal. Nous avons vérifié. Quatre fois.

Mais comme vous vous en doutez, cela est rarement suffisant. Notre soudaine popularité nous a mis en contact avec des tas de gens, des journaux aux créateurs de nombreux sites et apps, qui étaient extrêmement populaires. Nous avons beaucoup appris à leur contact. En particulier que s’opposer à une industrie obsolète, arc-boutée sur son modèle économique, a un prix. Un prix que personne ne devrait payer en aucune manière.

Vous savez quelle est la meilleure chose à propos de Popcorn Time ? Que des tas de gens se sont accordés pour reconnaître que l’industrie du cinéma avait établi bien trop de barrières et de restrictions sur le marché. Prenons l’exemple de l’Argentine : les diffuseurs de streaming, là-bas, pensent que “There’s something about Mary” (Mary à tout prix) est un film récent. Ce film est ici, aux États-Unis, tellement vieux, qu’il aurait l’âge de voter !

La majorité de nos utilisateurs n’est pas localisée aux États-Unis. Ils sont de partout ailleurs. Popcorn Time s’est installé dans chaque pays sur Terre. Même dans les deux (pays) n’ayant pas accès à Internet.

Le piratage n’est pas un problème de personnes. C’est un problème de services. Un problème créé par une industrie qui voit l’innovation comme une menace à leur recette dépassée pour ramasser la monnaie. Un problème dont ils n’ont que faire.

Mais les gens si.

L’expérience montre que les gens risquent des amendes, des poursuites judiciaires ou toute autre conséquence possible uniquement pour pouvoir regarder un film récent chez eux. Juste pour avoir le type de partage qu’ils méritent.

Il se peut que demander gentiment quelques pièces par mois pour donner l’accès à n’importe quel film soit une bien meilleure solution.

Popcorn Time ferme aujourd’hui. Pas parce que nous n’avons plus ni énergie, ni motivation, ni détermination, ni même d’alliés. Juste parce que nous avons envie de poursuivre nos vies.

Notre expérimentation nous a amenés aux portes d’un débat sans fin entre piratage et copyright, menaces légales et machinerie douteuse qui nous donne l’impression d’être en danger à cause de ce que nous aimons faire. Et ce n’est pas une bataille à laquelle nous souhaitons prendre part.

Bises
Pochoclín




Popcorn Time, mieux que Netflix pour voir des films en streaming via BitTorrent ! 1/3

On nous annonce la venue prochaine de Netflix en France, service de streaming de films qui fait déjà trembler les professionnels de la profession (qui n’ont pas jusque là réussi à se mettre d’accord pour proposer une offre légale cohérente et mutualisée).

Les « pirates » s’en fichent, ils ont Popcorn Time, qualifiée ici de « pire cauchemar d’Hollywood ».

Voici en tout cas un outil (libre et) intéressant pour partager par torrents et lire à la volée de la vidéo sur Internet. Ce qui ne dit rien sur la licence de ces vidéos qui peuvent très bien être libres ou dans le domaine public, réglant alors la question des « pirates » qui n’existent plus.

Edit : Quelques jours plus tard, les développeurs fermaient soudainement le site et stoppaient leur travail ! Mais puisque c’est libre, l’application est déjà reprise par d’autres !!!

 

Popcorn Time

 

Popcorn Time : un « Netflix » open source de torrents pour pirates

Popcorn Time: Open Source Torrent Streaming Netflix for Pirates

Ernesto – 8 mars 2014 – TorrentFreak
(Traduction : ilo, Juliette, Kcchouette, aKa, lumi, Diab, Diin, loicwood, Amazigh, Alexis Ids, mokas01 + anonymes)

Popcorn Time, une application de streaming vidéo multi-plateforme et bénéficiant de la technologie BitTorrent, pourrait très bien se révéler être le pire cauchemar d’Hollywood. Le logiciel peut être décrit comme un Netflix pour pirates, permettant aux utilisateurs de diffuser les derniers grand succès sans frais. TorrentFreak s’est entretenu avec l’un des développeurs pour savoir comment l’application est née.

Au fil des ans, BitTorrent est devenu assez grand public, avec des centaines de millions de personnes utilisant des clients de torrent pour télécharger les derniers divertissements.

Malgré sa popularité, le processus de téléchargement peut se révéler ardu, particulièrement pour les novices. Confronté à ce problème, Sebastian, un designer de Buenos Aires, a décidé de concevoir un logiciel qui simplifie la manipulation et la rend aussi simple que Netflix.

« En tant que designer j’aime simplifier les choses. Prendre quelque chose de complexe et le rendre accessible pour l’utilisateur lambda. J’ai beaucoup d’amis qui ne comprennent pas comment fonctionnent les torrents et je voulais rendre l’usage de la technologie torrent facile et sans effort », nous dit Sebastian

Après quelques mois de code, Popcorn Time était né, un outil qui permet aux utilisateurs de diffuser des torrents de films populaires en un simple clic. Popcorn Time offre un accès immédiat à des centaines de films, disponibles en différentes qualités et sous-titrés si besoin.

Ce qui a débuté comme l’expérimentation d’un groupe d’amis s’est bientôt transformé en quelque chose de bien plus important. Popcorn Time a maintenant 20 collaborateurs sur Github et continue de se développer très rapidement. Des développeurs du monde entier ont ainsi ajouté de nouvelles caractéristiques et, en l’espace de 24 heures, l’application était traduite en six langues différentes.

Sebastian explique que Popcorn Time utilise node-webkit et est disponible sous Windows, Mac et Linux. Il s’agit d’un navigateur qui utilise HTML, CSS et JavaScript pour fournir les flux de films.

« La technologie utilisée pour l’appli et très simple. Nous utilisons un groupe d’APIs, une pour les torrents, une autre pour l’info du film, et une autre pour l’image de l’affiche du film. Nous avons aussi une API pour les sous-titres. Tout est automatisé, nous n’hébergeons rien, mais nous prenons les informations existantes pour les relier », explique Sebastian.

Les fichiers torrents viennent tous de YTS (anciennement YIFY), qui possède une API exploitée par Popcorn Time. L’application peut chercher dans sa base de données et autorise les utilisateurs à streamer le torrent à la demande. À la fin, l’appli continuera à partager pendant un moment, après que le téléchargement soit terminé, pour éviter le leeching.

Considérant que Popcorn mène à un grand nombre de films sous copyright, l’industrie culturelle risque de ne pas être contente mais si l’on en croit Sebastian, les développeurs ne s’attendent pas à des problèmes juridiques. Ils informent ainsi en page d’accueil les utilisateurs que « le téléchargement de films sous copyright peut ne pas être autorisé dans votre pays ». Par ailleurs, ils ne font qu’intégrer du contenu déjà existant, et ce sans visée commerciale.

« Nous ne prévoyons pas de problèmes judiciaires; nous n’hébergeons rien, et aucun des développeurs ne se fait d’argent là-dessus. Il n’y a pas de publicités, pas de comptes premium, et aucun frais d’abonnement ou quoi que ce soit d’autre. C’est une aventure-expérience pour apprendre et partager », souligne Sebastian.

Toutes les personnes travaillant sur ce projet sont elles-mêmes de grands fans de films, et la plupart ont un compte Netflix. Sebastian reste convaincu qu’aller au cinéma est la meilleure façon de profiter d’un film, mais si des gens veulent regarder un film récent à la maison, ils devraient pouvoir le faire. Souvent, ce n’est pas le cas, et c’est là où Popcorn Time entre en jeu.

« Nous déplorons de ne pas avoir l’opportunité de regarder certains films à la maison. Popcorn Time est une expérimentation dont le but est de montrer que l’on peut faire mieux pour les utilisateurs, et ce, avec BitTorrent », dit Sebastian.

Popcorn Time est officiellement toujours en Bêta, et va continuer de s’améliorer au cours des semaines et mois à venir. Toutefois, une chose ne changera jamais, il restera libre et open source aussi longtemps qu’il existera.




Lire librement Fitzgerald ? — pas avant 2021

L’actualité du cinéma remet périodiquement en lumière des œuvres littéraires qui peuvent ainsi trouver un nouveau lectorat. À condition toutefois de pouvoir y accéder librement sans attendre que plusieurs générations d’éditeurs et d’ayants droits aient tiré un substantiel profit des droits qu’ils confisquent pour un temps toujours plus indéterminé.

Tel est le cas dans cet article pour le roman Gatsby le magnifique, qui aurait dû être élevé depuis quelques années dans le domaine public aux États-Unis, mais qui demeure pour longtemps encore sous copyright. Ce qui n’apportera ni profit intellectuel ni profit économique.

Rappelons que le terme de copyright est conservé dans cette traduction en raison du contexte américain, mais que cette notion n’a pas de fondement juridique en droit français, qui ne connaît que les dispositions du Code de la propriété intellectuelle.

Pourquoi Gatsby le magnifique n’est-il pas encore dans le domaine public ?

Article original de Parker Higgins sur le site de l’Electronic Frontier Foundation : Why Isn’t Gatsby in the Public Domain?

Traduction Framalang : , Michael, Garburst, Shanx, Slystone, Asta, goofy

Quand le film Gatsby le magnifique débarque dans les cinémas de tout le pays, il porte à l’écran l’histoire connue par des millions de lecteurs de ce classique de la littérature, souvent appelé proverbialement « le grand roman américain ». Voici un fait que peu de gens connaissent : même si le livre a été publié il y a maintenant presque 90 ans et fait partie de longue date de notre patrimoine culturel, il n’est pas encore entré dans le domaine public.

Oui, alors même que F. Scott Fitzgerald est mort il y a 73 ans (et donc est peu susceptible d’être sollicité pour créer davantage de chefs-d’œuvres), Gatsby le magnifique est toujours limité par le copyright.

En fait, il ne sera pas totalement libre pour le public américain avant le 1er janvier 2021 ; et encore, seulement si les durées de copyright ne sont pas encore une fois prolongées. Grâce à la loi Sonny Bono de 1998 sur l’extension du copyright, aucune œuvre publiée aux États-Unis n’entrera dans le domaine public avant 2019. Certains pays ont des lois légèrement plus saines sur le copyright, mais le représentant américain au commerce travaille ardemment à tirer profit des accords internationaux comme le TPP pour élargir le champ du copyright partout dans le monde.

Pire encore, une décision dramatique de la Cour suprême en 2012 a décidé que même une fois dans le domaine public, des œuvres peuvent en être retirées sur décision du Congrès. Entre les extensions excessives des durées de copyright et l’incertitude sur le statut du domaine public, créer de nouvelles œuvres fondées sur le domaine public est devenu difficile et risqué.

Nous ressentons concrètement les effets pernicieux des extensions du copyright tous les jours. Par exemple, une étude datant de l’année dernière sur les livres d’Amazon a révélé que les livres publiés après la date limite critique de 1923 sont bien moins disponibles que d’autres livres même plus âgés d’un siècle. Le résultat c’est que la littérature du XXe siècle a disparu de l’histoire des livres.

Couverture du roman The Great Gatsby

Et le problème ne s’arrête pas aux livres. Une autre étude par un professeur d’économie au MIT s’est penchée sur une archive de magazines sur le baseball, qui incluait des numéros dans le domaine public, et d’autres qui sont encore assujettis au régime du copyright. Par opposition, les images des numéros dans le domaine public peuvent être numérisées et redistribuées, si bien que leur disponibilité a énormément amélioré la qualité (et donc accru la lecture et l’investissement dans l’édition) des articles de Wikipédia sur les joueurs de baseball de cette époque.

Vous pouvez vous soucier ou non de certains joueurs de baseball des années 60, mais cette situation se répète encore et encore dans différents secteurs. Au nom de la préservation des profits pour une poignée d’ayants droit, notre histoire culturelle part en miettes dans un flou artistique légal qui nous est imposé.

Un domaine public réduit à la portion congrue ne nous vole pas seulement les œuvres passées, mais aussi nos œuvres futures qui pourraient se baser sur un domaine public élargi. Les ayants droit ont le pouvoir de bloquer des œuvres dérivées simplement en refusant d’accorder la licence pour ces œuvres. Et si on ne peut pas retrouver la trace ou confirmer l’identité des ayants droit, ce qui est tout à fait possible quand on discute d’œuvres qui ont presque un siècle, la difficulté d’obtenir une licence peut stopper tout simplement la production.

Ironiquement, cela cause du tort aussi à ces mêmes studios qui ont initialement fait du lobbying en faveur de la loi pour l’extension du copyright. Adapter des œuvres célèbres est un moyen puissant d’atteindre un public déjà familiarisé avec les personnages et l’histoire ; un vaste public est le terreau fertile pour de nouvelles œuvres. Par exemple, les premiers films de Disney exploitaient librement le domaine public pour proposer des versions des contes de fées classiques, mais son lobbying pour toujours plus de restrictions sur le droit d’auteur a privé les autres (et le public) des mêmes possibilités.

Le réalisateur de Gatsby, Baz Luhrmann, a lui-même tiré avantage du domaine public avec son film « Roméo+Juliette » en 1996. Le film était, bien sûr, une version très modernisée et adaptée de la pièce classique de Shakespeare, exactement le genre de chose qu’un ayant droit pourrait interdire en raison d’une « intégrité artistique », s’il existait une entreprise commerciale « Shakespeare » aussi douée pour le lobbying que Disney ou la MPAA.

Mais le film a aussi été un succès populaire et critique, rapportant presque 150 millions de dollars de recettes au box office, et le monde du cinéma se serait appauvri sans lui. Il devrait être évident pour Hollywood que le domaine public joue un rôle important en faveur d’une culture prospère, aussi bien sur le plan artistique que sur le plan économique. Augmenter la portée du copyright peut avoir paru un bon moyen de garantir les profits annuels, mais finalement le prix à payer est fort élevé aussi bien pour Hollywood que pour l’intérêt général.

Crédit photo : Bill Mc Intyre – licence CC BY-NC-SA 2.0





Soutenons le projet « Vidéo en Poche » des cinémas Utopia

« Venir avec sa clé USB pour la faire remplir au cinéma, ça me rappelle quand ma maman allait chercher du lait dans sa bouteille alu. »

Nous n’avons pas attendu l’arrivée du projet Vidéo en Poche pour aimer fréquenter les salles du réseau Utopia. Il n’empêche que cette initiative originale mérite notre attention et notre soutien à plus d’un titre. Un (passionnant) entretien avec son père fondateur Rodolphe Village.

PS : Framasoft sera présent le 26 mai à Utopia Toulouse pour une rencontre autour des licences libres et du modèle innovant de production et de diffusion cinématographiques, après la projection du film sous licence Creative Commons « Le Cosmonaute ».

Vidéo en Poche

Bonjour Rodolphe, peux-tu te présenter succinctement ?

Bonjour Alexis. Après avoir erré sur les bancs des facs de science et de lettres de Toulouse où j’ai appris notamment à projeter des films, j’ai rejoint les cinémas Utopia en 1999 lors de l’ouverture d’Utopia Bordeaux. Depuis 2003, l’ouverture d’Utopia Tournefeuille, je suis basé à Toulouse. Entre autres, je m’occupe de la communication pour les salles Utopia, la publication de ce qu’on appelle la « gazette », le site Internet, et je suis à l’origine du projet Vidéo en Poche.

Et peux-tu nous nous présenter également le réseau des cinémas Utopia (en insistant éventuellement sur la notion de réseau que l’on aime bien à Framasoft) ?

Utopia est un petit réseau de salles indépendantes (à Avignon, Bordeaux, Montpellier, Saint-Ouen l’Aumône, Toulouse et Tournefeuille), non subventionnées, qui ne vendent pas de pop corn, ne passent pas de pub devant les films, et sont politiquement engagées dans le débat public, d’où l’importance de leur indépendance financière vis à vis du pouvoir politique.

Une vertu essentielle de ce réseau est de faire la démonstration qu’on peut être viables économiquement sans passer des blockbusters, mais que pour cela il y a un travail important à fournir pour valoriser des films plus exigeants et moins connus. Le fonctionnement du réseau est un mélange efficace d’autonomie de ses membres et de mise en commun de ressources (ce qui permet par exemple d’avoir plus de poids auprès des distributeurs), et nous avons entamé depuis deux ans un processus de transformation en SCOP (coopératives) des sociétés qui le composent.

Il arrive aux cinémas Utopia de programmer des événements spéciaux autour des enjeux sociaux d’Internet. Peux-tu nous en donner quelques exemples (avec peut-être de prochaines dates à nous signaler) ? Et pourquoi tout ceci t’intéresse ?

Cet intérêt est du à la découverte des enjeux démocratiques du logiciel libre, aux alentours de 2006, les points d’orgue ayant été la projection de Revolution OS (dont on a fait le sous-titre), la venue de Richard Stallman en 2007, et la venue de Jérémie Zimmermann en 2008. Ces éléments on nourri une réflexion sur le rôle que nous pouvions jouer dans ces évolutions de la société.

En 2009, durant les débats à l’Assemblée sur Hadopi, nous avons publié au travers de l’association ISF (que nous avons créée) un communiqué expliquant pourquoi nous nous opposions à ce projet de loi : Hadopi, la stratégie de la rupture entre les créateurs et leur public (cette prise de position fut d’ailleurs mentionné dans l’hémicycle par Christian Paul). C’est alors que nous avons commencé à réfléchir au moyen d’être force de proposition dans cette bataille de tranchées car nous ne nous reconnaissions pas dans les politiques soutenues par l’industrie culturelle.

En septembre 2009, fut organisée à Bordeaux une petite expérience où on proposait aux gens de venir avec leur clé USB pour acheter une copie sans DRM au format ouvert Matroska de Non au Mc Drive, film de Frédéric Chignac, qui était une réflexion sur l’implication locale citoyenne. Ce fut un succès, un tiers des spectateurs était venu avec leurs clés USB, ce qui nous a motivé pour élaborer un dispositif qui permettrait de rationaliser une telle diffusion des films, et qui allait s’appeler Vidéo en Poche…

C’est alors que nous avons été rattrapés par les questions des libertés liées à l’informatique, la numérisation des salles de cinéma arrivant à grands pas en raison de la sortie d’Avatar fin 2009 qui vit UGC décider de passer très rapidement au numérique (c’était le dernier grand groupe qui résistait encore à la numérisation). Nous avons alors publié un texte en mars 2010 qui tentait de pointer les dangers de la manière dont la numérisation des salles s’effectuait : Les salles indépendantes seront-elles les « dindons de la farce » numérique ? (texte mis à jour en 2011 à l’occasion de sa publication sur OWNI).

En Juillet 2010 nous avons participé aux RMLL en donnant une conférence sur ces questions : Cinéma numérique, concentration des média ou diversité culturelle, enjeux du déploiement et perspectives de développement. Nicolas Bertrand participait à cette conférence et allait proposer un sujet de thèse CIFRE que nous finançons depuis janvier 2011, et dont l’objectif est de développer des outils libres pour le cinéma numérique (il travaille actuellement avec les projets Avconv et Videolan). C’est également durant cette édition des RMLL que nous avons lancé Vidéo en Poche, le démarrage dans l’ensemble du réseau ayant eu lieu en septembre 2010, au moment de la mise en place d’Hadopi, ce qui nous avait valu une couverture presse importante.

Depuis, on organise régulièrement des événements autour des problématiques liées au numérique. Deux soirées importantes auront lieu à l’occasion du THSF 2013 à Toulouse. Les auteurs dUne contre-histoire de l’Internet, Jean-Marc Manach et Julien Goetz, viendront présenter leur film le 6 juin. Et le 26 mai aura lieu la première projection française (on fait le sous-titre) du film The Cosmonaut, où il sera question de conquête spatiale avec Serge Gracieux et de licences libres avec le réseau Framasoft (le film est distribué en CC BY-NC-SA). Le film sera disponible au même moment en Vidéo en Poche.

The Cosmonaut

Alors Vidéo en Poche c’est quoi exactement ?

C’est très simple, vous pouvez venir avec votre clé USB dans les salles membres du réseau, et repartir avec les films du catalogue que vous souhaitez, au format ouvert Matroska, sans DRM, pour 5€ par film (3€ HT reviennent à l’ayant-droit). J’aime beaucoup le commentaire suivant d’un internaute : « Venir avec sa clé usb pour la faire remplir au cinéma, très écologique, on vient avec son contenant. Ça me rappelle mon village quand ma maman allait chercher du lait dans sa bouteille alu. » Je vous renvoie à la description de Vidéo en Poche sur le site.

C’est assez simple, mais les implications sont multiples : favoriser la suppression des DRM (ce qui n’est pas une mince affaire dans le cinéma), promouvoir des films peu connus à des prix raisonnables (pas évident non plus en raison des prix pratiqués dans le DVD pour ces films), avoir une répartition juste et transparente pour les ayant-droits (là non plus c’est pas vraiment habituel dans le secteur), et faire valoir la salle comme lieu privilégié de l’intermédiation. Ce dispositif a pu voir le jour car nous n’étions en concurrence directe ni avec le DVD, ni avec la VOD, et l’on s’appuyait sur un réseau de salles qui avait déjà un pouvoir de négociation auprès des ayant-droits.

Vidéo en poche repose sur une application libre. Peux-tu nous en dire plus ?

Pour mettre ce dispositif en œuvre, nous avons financé le développement d’un logiciel libre par la société toulousaine Objectif Libre, qui permet de diffuser les contenus en P2P dans les salles du réseau, de gérer localement les copies lors des ventes via une interface graphique, de comptabiliser les copies sur un site internet consultable par les salles et les ayant-droits, et qui automatise la facturation. Cela permettait à la fois de rassurer les ayant-droits sur le contrôle des ventes, et de rajouter facilement des points de vente. Le logiciel fonctionne sur GNU/Linux Ubuntu, ce qui permet de promouvoir le logiciel libre chez les exploitants, d’avoir une procédure simple d’installation, et de ne pas être vulnérable aux virus.

Il n’y a pas de « borne » Vidéo en Poche (ni de plateforme de téléchargement sur Internet) et c’est un choix assumé. Pourquoi ?

D’abord parce que l’on pense que le conseil, le rapport humain dans les échanges culturels sont essentiels pour promouvoir les films que l’on propose. C’est en partie ce rôle de conseil qui justifie que l’on puisse vendre des copies, qui valorise ces contenus dématérialisés. Et pour une question pratique, il suffit d’un ordinateur pour installer ce logiciel, cet ordinateur pouvant servir à autre chose, alors qu’une borne aurait supposé des investissements plus lourds à la fois pour le développement de la solution matérielle, mais plus dommageable encore pour les points de vente, ce qui aurait pu être un frein au développement du réseau.

Presque deux ans après son lancement Vidéo en Poche se porte bien ?

Les résultats montrent qu’il y a un réel potentiel, plus de 8000 copies ont été vendues de cette manière et on observe une augmentation de 60 % des ventes entre 2011 et 2012. D’autre part, on sent que la question des DRM commence à faire son chemin auprès des petits distributeurs, on fait petit à petit la démonstration qu’il n’ont pas à craindre leur suppression. Nos résultats sont suffisants pour dire que ce n’est pas rien, mais on est loin de représenter une alternative suffisante aux canaux traditionnels.

Nous sommes dans cette période où il va falloir faire croitre le réseau. Pour l’instant seules les salles Utopia vendent régulièrement, car on communique de manière conséquente, sachant très bien qu’on ne créé pas une nouvel usage facilement. Les autres salles ont plus de mal, on aurait besoin d’un réseau plus étendu pour bénéficier d’un effet positif dans la communication pour ces salles. Ce dispositif n’est qu’un outil, c’est par les efforts collectifs décentralisés qu’il donnera pleinement ses fruits, nous n’avons pas de budget lié à la communication, tout repose sur les salles, et sur le bouche à oreille.

Viramundo

Le tout dernier film que vous proposez s’appelle « Viramundo ». Il est original à plus d’un titre je crois.

La profession s’agite régulièrement autour de ce qu’on appelle la chronologie des médias, les exploitants s’arc-boutant contre un assouplissement de ces règles, les ayant-droits étant partisans d’un assouplissement. Suite à des discussions avec l’ARP, nous avons vu là l’occasion de faire valoir les vertus de Vidéo en Poche sur ces questions en participant à une expérimentation à l’échelle européenne de sortie de films en simultané en salles et en vidéo. Le premier film proposé par l’ARP est Viramundo, un documentaire sur Gilberto Gil et son travail de par le monde pour le partage, l’échange culturel et la réconciliation. Il y est notamment question de la signification du terme africain Ubuntu (que vous connaissez bien), le film correspondait très bien avec ce que l’on essaye de faire.

Il se trouve donc qu’on propose Viramundo jusqu’au 7 mai (le film sortant le 8 en salles), en avant première en Vidéo en Poche, aux côtés des géants Orange et iTune ! (on propose le film en HD, sans DRM, moins cher que la concurrence sans pour autant sacrifier la remontée de recettes pour le distributeur) pas mal non ?

Par contre, en raison de cette « attaque » à la chronologie des médias, les exploitants n’ont pas programmé le film qui ne sort à ma connaissance principalement qu’au Cinéma des Cinéastes et dans le réseau Utopia, ce qui met en difficulté le distributeur du film qui a pris ce risque.

Et la sortie de ce film marque également l’arrivée de Paris dans le circuit Vidéo en Poche au Cinéma des Cinéastes.

L’ARP étant en charge du Cinéma des Cinéastes, ce fut également une opportunité pour avoir dans le réseau une première salle parisienne (c’est important en France d’être à Paris), et qui plus est une salle à l’image forte dans la profession en termes de diversité culturelle.

Et pour conclure, je crois que tu as un appel à faire…

Oui c’est un appel à contribution pour nous aider à développer le réseau. Si vous connaissez une salle près de chez vous que vous aimez bien, causez-leur à l’occasion de Vidéo en Poche. Ce sera mille fois plus efficace de voir que ça intéresse leurs spectateurs, plutôt que tous les coups de fil qu’on pourra passer. Merci !

Vidéo en Poche - Logo




Maraval, Depardieu et les licences libres, par Jérémie Nestel

Que les gros salaires lèvent le doigt, surtout en temps de crise… Mais ce qu’il y a peut-être de plus intéressant dans l’affaire Depardieu, ce qu’elle a rebondi sur une mise en accusation globale du financement du cinéma français, grâce à une tribune mordante de Vincent Maraval dans Le Monde.

On notera au passage que c’est un producteur qui a mis les pieds dans le plat et non un journaliste, ce qui en dit long sur l’inféodation d’une profession qui préfère se voiler la face en se cantonnant à voir des films (gratos) en pondant leur anecdotique et souvent insignifiant « J’aime / J’aime pas ».

« Le système est sclérosé », surenchérit ici Jérémie Nestel, du collectif Libre Accès, en insistant sur une revendication dont le persistant refus devient de plus en plus difficile à justifier : ce qui est financé sur fonds publics doit être placé tôt ou tard sous licence libre. Tard ce serait ici pas plus d’une dizaine d’années en n’attendant surtout pas la trop lointaine échéance du domaine public, 70 ans après les morts de tous les protagonistes d’un film !

Musique, littérature, cinéma… Internet révèle chaque jour davantage une culture soumise à l’industrie culturelle qui ne profite qu’à une minorité, qui criminalise le partage et qui ne peut ou veut s’adapter à son époque.

Vincent Roche - CC by-sa

Pour un cinéma promouvant le droit au partage

URL d’origine du document

Jérémie Nestel – 6 janvier 2013 – Libre Accès
Licence Art Libre

Notre mémoire collective contribue à forger une morale commune fait de références similaires.

Cette mémoire collective repose essentiellement sur « des œuvres de l’esprit ».

L’incapacité des politiques à préserver les biens communs dont ceux issus des œuvres de l’esprit annonce la fin du contrat social de notre société.

Pourquoi aliéner notre liberté à une société privilégiant des intérêts particuliers à l’intérêt général ?

Les débats autour d’Hadopi, du droit d’auteur et des nouvelles taxes demandées au public pour financer des rentes à vie aux stars des médias et aux multinationales du divertissement trouvent un écho à deux articles du monde commentant l’exil fiscal de Depardieu.

Tout d’abord ce premier article du Monde « Depardieu, enfant perdu de la patrie » faisant le parallèle entre la volonté de Depardieu de renoncer à sa nationalité et une thèse de Pierre Maillot sur l’identification des Français aux acteurs.

L’article suggère que « le Français qui se reconnaît dans Depardieu se reconnaît perdu ». En choisissant l’exil et « sa déchéance nationale » Depardieu devient le symbole d’une France dont le lien social est brisé.

Le deuxième article du Monde « Les artistes français sont trop payés », coup de gueule du producteur Vincent Maraval, qui relativise l’exil de Depardieu au regard des salaires indécents des acteurs du cinéma Français.

On y apprend que le salaire des acteurs n’est pas lié à la recette commerciale de leur film mais à leur capacité à obtenir les fonds cumulés du CNC, des taxes, des avantages fiscaux et de la télévision publique.

« Est-il normal qu’un Daniel Auteuil, dont les quatre derniers films représentent des échecs financiers de taille, continue à toucher des cachets de 1,5 million d’euros sur des films coproduits par France Télévision ? »

Cet article nous apprend qu’aucune des grandes productions françaises ne doit sa viabilité économique à son exploitation commerciale mais uniquement au financement public direct ou indirect.

Ces fonds publics ne servent pas à faire émerger une esthétique cinématographique française mais à maintenir une société d’acteurs et de producteurs percevant des millions.

Système complètement sclérosé où les réseaux de distribution des salles de cinéma et des chaînes de télévision sont saturés par des grosses productions françaises ou américaines et incapables de s’adapter à la démocratisation des outils numériques de production cinématographique et à la multiplicité des réalisateurs !

L’article de Maraval aura donné lieu à des réactions en chaîne du milieu du cinéma, Libération annonçant même une série de conférences dédiées.

On y apprendra pèle mêle :

Thomas Langmann : « Le système d’avance sur recette du CNC, symbole de l’exception culturelle française, est devenu un comité de copinage. Formé de trois collèges, les choix de l’avance sur recettes restent entièrement à la discrétion de ces commissions. ».

Olivier Bomsel : « Les chaînes françaises n’achètent donc que des créneaux de diffusion : leur seul actif est la valorisation instantanée par la diffusion ».

C’est peut-être là le plus grand scandale, au final. Qu’importe que des acteurs perçoivent des millions comme Daniel Auteuil grâce à des fonds publics, mais pourquoi priver les Français de leur droit au partage sur des productions qu’ils ont contribué à financer ?

Si Canal plus avec Studio Canal détient un catalogue grâce aux films qu’ils ont produits, pourquoi interdire ce droit aux chaînes publiques, chaînes publiques qui appartiennent aux Français ?

La société française est prise en otage d’une économie cinématographique et musicale défaillante ne pouvant se maintenir qu’en exigeant toujours plus de taxes, et en privant les français de leur droit au partage. Dans ce contexte surprenante intervention de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, à la tribune de Maraval, pour affirmer que le mode de financement du cinéma est « un un système vertueux ». Pour pérenniser un système défaillant on ne parlera pas d’une nouvelle économie bâtie sur le partage mais de régulation.

En toile de fond, de l’affaire Depardieu, on retiendra sa capacité à mobiliser sur une affaire somme toute personnelle, deux présidents de la République : Incroyable pouvoir d’influence des acteurs du cinéma sur le politique !

Ce n’est donc pas demain qu’un Ministre de la Culture affirmera que tout film produit à l’aide de financement public (CNC, de France Télévision, aides régionales, Européenne etc.) puisse être diffusé sous une licence libre favorisant le partage. L’appropriation « des catalogues de films » par les multinationales du divertissement vole à notre humanité des pans entiers de notre culture commune. Il n’est donc pas injuste de penser qu’au bout de dix ans d’exploitation un film puisse être diffusé sous une licence libre compte tenu que ceux qui l’ont réalisé ont déjà été rémunérés.

Le partage, l’échange de films qui ont marqué notre vie est un acte social à l’heure du numérique aussi banal que de chanter en famille des chansons en fin de dîner.

Crédit photo : Vincent Roche (Creative Commons By-Sa)