To end the year in style !

Once again this year, we asked David Revoy to illustrate our year-end campaign. And on this last day of 2023, it’s time to give a little nod to this important work!

🩆 VS 😈: Let’s take back some ground from the tech giants!

Thanks to your donations to our not-for-profit, Framasoft is taking action to advance the ethical, user-friendly web. Find a summary of our progress in 2023 on our Support Framasoft page.

âžĄïž Read the series of articles from this campaign (Nov. – Dec. 2023)

Dessin de l'ensemble des mascottes de Framasoft dans leurs positions d'attaque.
Cliquez sur l’image pour soutenir l’ensemble des mascottes de Framasoft – Illustration CC-By David Revoy

An animated donation bar

Did you notice? The monsters started the campaign very serenely, enjoying grilled data skewers. But as you donated more and more, they became more than a little concerned…

Our cheerful mascots face off against some rather repulsive Datavöres

Each Framasoft mascot, representing one of our projects, stood up to a monstrous, unattractive GAFAM. But did you notice that our mascots were showing signs of life?

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A little souvenir to download

After 7 weeks of presenting our projects to you via our mascots, we’d like to present them as wallpaper, available in three formats: HD landscape, 4K landscape, and portrait (mobile).

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Once again, we’d like to extend our warmest thanks to David Revoy, who has been working with us since 2017 to illustrate our work and hopes with talent, heart and intelligence.

Find, under a CC-By free license, all the works Framasoft has commissioned from David on the site of his free webcomic Pepper & Carrot!

 

Thank you for contributing to our success!

Speaking of success, last night, we’ve reached our fundraising goal to meet our 2024 budget!

We’d like to take this last day of our review to thank all those who have worked, discussed, shared, supported, encouraged, criticized… and contributed to our actions. The Internet isn’t big enough to mention all of you at least as much as you deserve, but you know who you are and from the depths of our little hearts we modestly say: thank you.

Capture d'Ă©cran de la barre de dons Framasoft 2023 Ă  100% - 200 000 €
Thanks ! – Clock to visit the « Support Framasoft » website

 

Thanks to you, we’ll have the means to continue our work over the coming year (well, if some of you want to give us a bit more means, we won’t say no… but that’s not the point!). Above all, thanks to you, we feel supported.

 

We hope you have a wonderful end to the year, and we send you ou best wishes of emancipation, joy and freedom in 2024,

The members of the Framasoft association




Pour finir l’annĂ©e en toute beautĂ© !

Cette annĂ©e encore, nous avons fait appel Ă  David Revoy pour illustrer notre campagne de fin d’annĂ©e. Et en ce dernier jour de 2023, c’est le moment de faire un petit clin d’Ɠil Ă  cet important travail !

🩆 VS 😈 : Reprenons du terrain aux gĂ©ants du web !

GrĂące Ă  vos dons (dĂ©fiscalisables Ă  66 %), l’association Framasoft agit pour faire avancer le web Ă©thique et convivial. Retrouvez un rĂ©sumĂ© de nos avancĂ©es en 2023 sur le site Soutenir Framasoft.

âžĄïž Lire la sĂ©rie d’articles de cette campagne (nov. – dĂ©c. 2023)

 

Dessin de l'ensemble des mascottes de Framasoft dans leurs positions d'attaque.
Cliquez sur l’image pour soutenir l’ensemble des mascottes de Framasoft – Illustration CC-By David Revoy

Une barre de don animée

L’aviez-vous remarquĂ© ? Les monstres ont commencĂ© trĂšs sereinement la campagne en dĂ©gustant des brochettes de donnĂ©es grillĂ©es. Mais, au fur et Ă  mesure de vos dons, ils se sont plus qu’inquiĂ©tĂ©s de la situation…

Nos joyeuses mascottes face à des Datavöres plutÎt repoussants

Chaque mascotte de Framasoft, reprĂ©sentant un de nos projets, a pris tĂȘte face Ă  un monstrueux GAFAM peu attirant. Mais avez-vous remarquĂ© que nos mascottes montraient signes de vie ?

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Un petit souvenir à télécharger

AprĂšs 7 semaines Ă  vous prĂ©senter nos projets via nos mascottes, nous vous proposons de les retrouver sous forme de fonds d’Ă©cran, disponibles en trois formats : paysage HD, paysage 4K, et portrait (mobile).

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Une fois encore, nous tenons à remercier chaleureusement David Revoy, qui travaille avec nous depuis 2017 pour illustrer avec talent, cƓur et intelligence notre travail et nos espoirs.

Retrouvez, sous licence libre CC-By, l’ensemble des Ɠuvres que Framasoft a commandĂ©es Ă  David sur le site de son webcomic libre Pepper & Carrot !

Merci de contribuer Ă  ce succĂšs !

En parlant de succĂšs, hier soir, nous avons atteint l’objectif de rĂ©colte de cette campagne qui nous permettra de boucler le budget 2024 !

Nous profitons de ce dernier jour de bilan pour remercier toutes les personnes qui ont travaillĂ©, discutĂ©, partagĂ©, soutenu, encouragĂ©, critiquĂ©… et contribuĂ© Ă  nos actions. Internet n’est pas assez grand pour vous citer toustes au moins autant que vous le mĂ©ritez, mais vous savez qui vous ĂȘtes et du plus profond de nos petits cƓurs on vous dit pudiquement : merci.

Capture d'Ă©cran de la barre de dons Framasoft 2023 Ă  100% - 200 000 €
Merci ! – Cliquez aller voir le site « Soutenir Framasoft »

GrĂące Ă  vous, nous aurons les moyens de poursuivre notre travail l’annĂ©e Ă  venir (bon alors si certain·es d’entre vous veulent nous attribuer un peu plus de moyens, on ne dit pas non, hein… mais lĂ  n’est pas le propos !). Et surtout, grĂące Ă  vous, nous nous sentons soutenues.

 

Nous espĂ©rons que vous vivrez une trĂšs belle fin d’annĂ©e, et nous vous souhaitons tous nos vƓux d’Ă©mancipation, de joie et de libertĂ©s pour 2024,

Les membres de l’association Framasoft




Gao & Blaze : le jeu mobile immersif qui utilise et respecte vos donnĂ©es personnelles

Nous avons Ă©tĂ© contacté·es rĂ©cemment par l’Ă©quipe de la coopĂ©rative « La Boussole », pour nous parler d’un tout nouveau projet : le jeu Gao & Blaze.

Gao & Blaze, est un jeu libre et gratuit pour smartphone, qui permet de prendre conscience et agir sur la protection de vos donnĂ©es et le respect de votre vie privĂ©e. Au fur et Ă  mesure du jeu, vous rĂ©alisez l’ampleur des donnĂ©es personnelles et sociales qui peuvent ĂȘtre divulguĂ©es avec l’installation d’une simple appli (mais sans collecte cachĂ©e de donnĂ©es, promis !).

Bel exemple d’Ă©ducation populaire aux enjeux du numĂ©rique, cet ovni dans le monde du jeu vidĂ©o nous a grandement intĂ©ressé·es. Nous avons donc posĂ© quelques questions Ă  l’Ă©quipe de la coopĂ©rative « La Boussole ».

 

Bonjour l’Ă©quipe de la coopĂ©rative « La Boussole » ! À Framasoft, on vous connaĂźt dĂ©jĂ  un peu depuis quelques annĂ©es, mais pourriez-vous vous prĂ©senter aux lecteur⋅ices du Framablog ?

Bonjour Ă  Framasoft et merci pour cet espace ! Nous sommes plein de choses, mais avant tout 3 :

  • Une coopĂ©rative, c’est-Ă -dire que nous avons fait le choix de crĂ©er une structure qui appartient uniquement Ă  celles et ceux qui y travaillent (pas d’actionnaires, pas de patron·nes).
  • D’Ă©ducation populaire, c’est-Ă -dire que nous voulons rendre certaines connaissances issues de la recherche acadĂ©mique (nous gardons un pied dans la recherche et l’universitĂ©) accessibles au plus grand nombre sans que les bagages Ă©ducatifs soient un frein.
  • Et nous portons des valeurs d’Ă©mancipation, c’est-Ă -dire que nous avons pour ambition de donner du pouvoir d’agir aux individus et aux collectifs : nous croyons que le savoir est un pouvoir fort et voulons partager nos savoirs, autour de l’informatique libre, autour de la lutte contre les discriminations et sur les formes de travail alternatives.

Super ! Vous pouvez nous en dire un peu plus sur les types d’actions que vous rĂ©alisez ?

Principalement nous rĂ©alisons des projets de recherche autour de nos thĂ©matiques mais Ă©galement des formations courtes pour donner des outils pratiques. Nous explorons aussi lors d’ateliers pĂ©dagogiques des nouvelles formes de transmettre des connaissances car nous nous prĂ©occupons souvent de savoir comment nos savoirs acadĂ©miques peuvent avoir un impact concret et positif sur les gens que nous rencontrons. Nous voyons aussi comment dans des domaines comme le numĂ©rique la concentration des savoirs et savoir-faire peut crĂ©er d’importantes inĂ©galitĂ©s de pouvoir.

Vous nous avez contactĂ©s rĂ©cemment au sujet d’un projet un peu particulier : Gao & Blaze. Mais
 c’est quoi ?!

Nous sommes parti·e·s d’une frustration : nous avions passĂ© du temps et mis de l’Ă©nergie Ă  essayer de convaincre du bien-fondĂ© de la protection des donnĂ©es interpersonnelles, de sensibiliser aux questions liĂ©es Ă  la sĂ©curitĂ© informatique, mais le constat Ă©tait que beaucoup de gens Ă©taient d’accord avec nous sans pour autant changer leurs pratiques dans les faits.

Dit de maniĂšre brutale : nous voulions savoir comment faire pour que des gens aient envie d’aller Ă  des chiffrofĂȘtes car il nous semblait que seuls des gens dĂ©jĂ  sensibilisĂ©s y participaient, et nous avions l’ambition d’aller chercher plus loin.

Bien Ă©videmment, le panorama a Ă©voluĂ© au cours des derniĂšres annĂ©es de diffĂ©rentes maniĂšres notamment avec des scandales de plus en plus audibles et relayĂ©s, mais Ă©galement des initiatives enthousiasmantes qui ont marquĂ© un avant et un aprĂšs dans les usages courants (nous pensons notamment Ă  votre campagne DĂ©googlisons internet). Pourtant, il nous semblait y avoir un chaĂźnon manquant autour du « passage Ă  l’action ». Nous avons donc voulu proposer un jeu qui utilise l’Ă©motion avant d’utiliser la raison – autrement dit qui passe par l’expĂ©rience personnelle avant la connaissance concrĂšte. C’est lĂ  que nous avons eu l’idĂ©e d’imaginer un jeu pour donner Ă  voir les consĂ©quences concrĂštes de l’exploitation et l’usage des donnĂ©es de Madame et Monsieur Tout-le-monde.

Cette frustration nous trottait Ă  l’esprit quand nous avions vu un appel Ă  projet de recherche sur la protection des donnĂ©es. Nous avions proposĂ© un projet qui n’entrait pas dans les cases, mais nous avons rĂ©ussi Ă  monter un partenariat qui nous a permis de crĂ©er un ovni. À notre connaissance c’est le premier jeu autour de la sensibilisation Ă  la protection des donnĂ©es interpersonnelles sur Android.

C’est un ovni car nous avions 4 conditions non nĂ©gociables :

  • Exploiter le systĂšme des permissions Android pour proposer une expĂ©rience immersive
  • Utiliser les donnĂ©es des joueuses et des joueurs, tout en respectant ces donnĂ©es.
  • Faire un jeu 100% en logiciel libre sans utiliser des interfaces intermĂ©diaires obscures (le jeu est en React Native)
  • Faire un vrai jeu : c’est-Ă -dire que nous voulions que les gens y jouent pour l’intĂ©rĂȘt ludique et que ce ne soit pas le « volet sensibilisation » qui prenne le dessus.

C’est qui Gao et Blaze ? Des personnages ?

Exactement ! Gao est un chat, appartenant Ă  Blaze. Il s’inspire de son chat et l’a converti en l’icĂŽne des Gao Games. Les Gao games sont un univers de mini-jeux gratuits sur smartphone autour duquel toute communautĂ© s’est construite. Blaze, est le dev principal de ces jeux. Toute ressemblance avec certains petits jeux mignons, « gratuits » et trĂšs cĂ©lĂšbres est purement accidentelle… 0:o)

C’est aussi et avant tout le chat de Blaze, le dĂ©veloppeur des jeux, qui l’a rendu cĂ©lĂšbre.

D’autres personnages et non des moindres, font partie de la communautĂ©, Alex, Nikki, Masako, Amin, Ally…. nous vous laissons les dĂ©couvrir en allant leur parler !

La question des donnĂ©es personnelles, vous pensez que ça intĂ©resse rĂ©ellement les jeunes ? Est-ce que la vie privĂ©e ce n’est pas « Un problĂšme de vieux cons ? »

Question intĂ©ressante, nous pouvons rĂ©torquer par facilitĂ© qu’en 2010 c’Ă©tait une question de « vieux cons », mais c’Ă©tait il y a dĂ©jĂ  12 ans ! Plus sĂ©rieusement, nous constatons que beaucoup d’eau a coulĂ© sous les ponts depuis le dĂ©but des annĂ©es 2010 en termes de rĂ©vĂ©lations (E. Snowden, Wikileaks, Cambridge Analytica, Pegasus…), en termes d’ampleur des scandales, de leur couverture mĂ©diatique, mais aussi du cĂŽtĂ© de la marche triomphante des multinationales des donnĂ©es dans la prĂ©dation et l’exploitation des donnĂ©es des individus.
Il y a Ă©galement de nouveaux freins lĂ©gaux (comme le RGPD, par exemple), et une jeune gĂ©nĂ©ration qui a ses propres stratĂ©gies d’appropriation et d’usage des technologies numĂ©riques…

Nous croyons que l’intĂ©rĂȘt pour la vie privĂ©e est lĂ , simplement qu’il se configure de nouvelles façons. Avec Gao&Blaze nous tentons d’apporter une rĂ©ponse Ă  la demande et aux questionnements d’un public peu expert et rĂ©fractaire aux approches classiques de sensibilisation.

Parlons maintenant des licences du jeu : sous quelle(s) licence(s) est publié le jeu, et surtout
 Pourquoi ?

La question des licences a mĂ©ritĂ© un peu de rĂ©flexion, car un jeu vidĂ©o prĂ©sente la particularitĂ© de mĂȘler plein de composantes diffĂ©rentes : code, Ɠuvres graphiques, dialogues, musiques… Certaines licences (comme la GPL par exemple) sont conçues pour du code informatique, et conviendraient pas vraiment pour une illustration, par exemple.

Pour essayer de couvrir tous ces usages, Gao&Blaze est donc diffusĂ© sous licence GNU AGPL 3.0 pour le code et sous licence Creative Commons BY-SA 4.0 pour les autres crĂ©ations. Il embarque aussi des polices d’Ă©criture et musiques sous licences tierces compatibles.

Vous n’avez pas peur de vous faire « voler » les innombrables heures de travail que vous avez passĂ©es en dĂ©veloppement ?

C’est une vraie question !

En premier lieu, nous concevons notre crĂ©ation comme une contribution aux biens communs, et en soi, ça ne se « possĂšde » pas – ça ne peut donc pas se voler.

En revanche, il existe deux risques auxquels nous avons pensé :

  • La prĂ©dation des biens communs pour en faire des biens privĂ©s. Pour un logiciel, ça pourrait ĂȘtre le fait de modifier lĂ©gĂšrement le code, puis d’en faire un logiciel privateur. Mais ce sont aussi des choses qui arrivent dans d’autres domaines : privatiser des biens qui bĂ©nĂ©ficient Ă  tous les ĂȘtres vivants (l’eau, l’air, les forĂȘts…) au profit de quelques uns, etc.
  • L’usurpation, qui consisterait Ă  respecter « à la marge » la licence, mais Ă  s’approprier le travail de crĂ©ation qui a Ă©tĂ© fait (en faisant croire plus ou moins explicitement qu’une autre personne serait l’autrice du jeu). Un exemple de ça serait de reprendre le jeu tel quel, et remplacer tous les logos et mentions visibles des autrices et auteurs par ceux de quelqu’un d’autre, et se contenter de nous citer de façon obscure, avec une petite phrase en caractĂšre 6 au fin fond d’un menu.

Une idĂ©e reçue est que les licences libres ne protĂšgent pas bien les Ɠuvres et/ou les autrices/auteurs mais c’est faux. Les licences que nous avons choisies protĂšgent normalement de ces deux risques car :

  • Elles sont contaminantes, c’est-Ă -dire qu’elles obligent Ă  repartager les modifications et travaux dĂ©rivĂ©s sous des licences similaires. On ne peut donc pas se les approprier en faisant de la prĂ©dation, on ne peut que permettre de nouvelles contributions aux biens communs.
  • Elles peuvent protĂ©ger efficacement de l’usurpation. C’est un dispositif juridique mĂ©connu, mais il faut savoir que des licences comme la GNU AGPL permettent l’ajout de « termes additionnels » (qui doivent rester en conformitĂ© avec la licence). Nous avons utilisĂ© ces termes additionnels pour nous prĂ©munir de toute tentative de maquillage / « re-branding » du jeu.

Le seul risque qui existe serait que des gens crĂ©ent une version dĂ©rivĂ©e avec laquelle nous serions en dĂ©saccord Ă©thiquement, mais bon, c’est la vie. Dans le fond, crĂ©er des Ɠuvres libres implique aussi de changer de point de vue : mĂȘme si nous avons une parentĂ© sur l’Ɠuvre, ce n’est pas « notre » bĂ©bĂ©, c’est le bĂ©bĂ© de tout le monde. Mais ça tombe bien, ça fait potentiellement plus de bonnes volontĂ©s pour s’en occuper. 🙂

Quel rĂŽle joue la MAIF dans votre projet ? Partenariat financier ou davantage ?

La MAIF est un assureur militant de poids et nous avons collaborĂ© avec deux structures satellites de ce gĂ©ant de l’assurance : la Fondation MAIF pour la recherche, et l’association PrĂ©vention MAIF dĂ©diĂ©e aux actions de prĂ©vention. Ces deux structures non-lucratives ont co-financĂ© avec nous la partie production et la partie recherche, et nous avons eu le plaisir d’avoir des Ă©changes enrichissants pour consolider le projet et qu’il voie le jour.

Impossible de dire que l’engagement n’Ă©tait que financier : les structures de la MAIF Ă©taient intimement convaincues de la pertinence de la dĂ©marche et de l’urgence sociĂ©tale du sujet. Ils tenaient Ă  ce que ce projet se fasse sous forme de logiciel libre mais qu’il ne puisse pas ĂȘtre appropriĂ© par d’autres.

Merci pour cet impressionnant travail ! 🙂 Quelles sont les prochaines Ă©tapes et vos attentes vis-Ă -vis de Gao & Blaze ?

C’est le cas de le dire ! C’Ă©tait assez fou de crĂ©er un studio de jeu vidĂ©o Ă©phĂ©mĂšre, de vouloir avancer masqué·e·s avec un jeu visuellement trĂšs mainstream, et pourtant codĂ© « en dur », alors mĂȘme que la production logicielle n’est pas notre cƓur de mĂ©tier.
La suite est la partie recherche de ce projet ! Nous avons besoin qu’il soit jouĂ© jusqu’au bout, nous avons envie de comprendre et constater comment oui ou non notre pari de sensibiliser Ă  la protection des donnĂ©es via le jeu Ă©tait pertinent ou pas.

Le jeu demande au fur et à mesure différentes autorisations.

Et pour vos autres projets (on se doute que vous en avez !) : quels sont-ils ? Quels sont vos espoirs ? Comment peut-on vous aider ?

Nous continuons dans nos projets de recherche (autour des formes de sensibilisation) et de formations auprĂšs d’autres publics. Aujourd’hui nous rĂ©flĂ©chissons Ă  la sensibilisation aux questions de la vie privĂ©e pour des personnes peu ou pas lettrĂ©es qui pourtant sont contraintes Ă  l’utilisation de tĂ©lĂ©phones portables.
Nous avons aussi d’autres chantiers acadĂ©miques car il est important pour nous de nous maintenir Ă  la page, de lire et de produire des recherches au long cours. Une participation Ă  projet de documentaire sur les low-tech (basses-technologies) est dans les cartons et nous vous en parlerons plus tard quand il sera plus avancĂ© !

Une question traditionnelle pour conclure : quelle est la question que l’on ne vous a pas posĂ©e, Ă  laquelle vous auriez aimĂ© rĂ©pondre ? Et quelle serait-votre rĂ©ponse, tant qu’Ă  faire ! 🙂

Nous aurions voulu que vous nous demandiez si nous avons choisi exprĂšs le 30 novembre pour lancer le jeu car c’est la journĂ©e mondiale de la sĂ©curitĂ© informatique. Nous vous dirions que oui, nous avions tout savamment calculĂ© 😉
Ou peut-ĂȘtre une autre question sur les autres personnages, surtout Nikki, hackeuse badass mais pas trĂšs genrĂ©e, ou sur Alex, une femme noire qui commence « Madame Tout-le-monde » et finit hĂ©roĂŻne. Nous voulions fuir certaines caricatures et avions envie de personnages vraisemblables mais peu courants dans le monde du jeu vidĂ©o.

Merci infiniment !

 

Liens utiles

 




Comment se faire 10 000 boules sur le dos d’un artiste libre

Oui, ce titre sent le piĂšge Ă  clics bas de plancher, mais si on vous dit que la rĂ©ponse est –roulements de tambours– « avec de la blockchain », vous admettrez que le titre est bien moins vulgaire que l’abus que vous allez lire ici.

David Revoy est un artiste de la culture libre, connu pour son webcomic Pepper&Carrot, pour ses innombrables contributions au libre (de ses tutoriels pour le logiciel libre de dessin Krita, aux illustrations de notre Contributopia).

Hier, il a publiĂ© sur son blog un article en anglais expliquant comment un cupide malotru vient de se faire plus de dix mille euros en parasitant son travail, grĂące Ă  de la blockchain. L’histoire est tellement injuste et minable que nous avons vite rĂ©pondu Ă  David que s’il voulait qu’on traduise et diffuse son histoire, il n’avait qu’un mot Ă  dire (et il l’a dit ^^).

Les personnes qui gloseront sur la « bonne » ou la « mauvaise » licence pour le protĂ©ger d’une telle mĂ©saventure risquent de passer Ă  cĂŽtĂ© d’un Ă©lĂ©ment central de ce tĂ©moignage : ceci n’est pas un dilemme lĂ©gal, mais un dilemme artistique. Que cette spĂ©culation soit lĂ©gale ou non, ne change rien au fait que ce soit immoral. Ouvrir une partie de ses droits au public (par le biais d’une licence libre), ce n’est pas s’interdire de gueuler lorsqu’on trouve qu’un usage de son Ɠuvre est nul, moche, qu’il salit nos valeurs.

Ce n’est pas un problĂšme lĂ©gal, mais artistique. David Revoy rĂ©agit comme le fait un·e artiste, en s’exprimant.

Nous vous proposons donc de l’Ă©couter.

  • Article original sur le blog de l’auteur : Dream Cats NFT: don’t buy them
  • Traduction Framalang : Cpm, Bullcheat, retrodev, Pouhiou, Julien / Sphinx, mo, et les anonymes

10 000 euros de NFT avec mes Ɠuvres, CC-by David Revoy

N’achetez pas les NFT « Dream Cats »

— par David Revoy

Voici une autre histoire de NFT (et il ne s’agit pas de la suite de la derniĂšre en date, en mars dernier, aprĂšs que quelqu’un a publiĂ© mon « Yin and Yang of world hunger » sur OpenSea
). Aujourd’hui, il s’agit de la publication officielle du catalogue « Dream Cat » sur OpenSea par ROPLAK, une variante de mon gĂ©nĂ©rateur CatAvatar de 2016 sous licence Creative Commons Attribution. Cela a Ă©tĂ© annoncĂ© hier dans ce tweet, [edit : iel a effacĂ© son tweet et en a fait un nouveau) et la page de catalogue OpenSea compte dĂ©jĂ  10 000 Ă©lĂ©ments et en a dĂ©jĂ  vendu pour une valeur de 4,2 ETH (NdT : l’Etherneum est une crypto-monnaie), soit environ 10 000 euros en deux jours


NFT
 (Kesako ? )

Si le principe de NFT ne vous est pas familier, voyez-le comme un unique « jeton » (par exemple, un identifiant numĂ©rique) Ă©crit dans la base de donnĂ©es dĂ©centralisĂ©e d’une crypto-monnaie, dans notre cas Ethereum. Ce jeton peut ĂȘtre attachĂ© Ă  n’importe quoi – souvent Ă  une image artistique, mais cela peut ĂȘtre Ă  un service, un document, une arme dans un jeu vidĂ©o, etc. ; vous pouvez vendre cet identifiant unique sur une place de marchĂ© NFT, comme OpenSea dans notre cas. Cet identifiant peut donc avoir un propriĂ©taire, peut prendre de la valeur avec le temps, valoir de plus en plus cher, par exemple.

Si vous prĂ©fĂ©rez, c’est un peu comme le commerce des cartes rares de Magic, de PokĂ©mon ou de Base-ball, tout cela Ă©tant payĂ© avec de la crypto-monnaie. Les investisseurs peuvent en acheter de nouvelles, prĂ©dire celles qui seront plĂ©biscitĂ©es, qui prendront de la valeur, pour ensuite avec celles-ci transformer leur argent en
 encore plus d’argent. Nous avons ici le pur produit du capitalisme et de la spĂ©culation, mĂȘlĂ© Ă  une technologie produisant de l’ « unicitĂ© » et qui n’est pas connue pour ĂȘtre Ă©co-responsable.

Pour faire court, un mélange de concepts que je hais.

C’est bon, pourquoi tant de haine ?

Je suis nĂ© dans les annĂ©es 1980 et j’ai grandi dans un monde oĂč l’accĂšs Ă  l’information Ă©tait limitĂ© – librairies, bibliothĂšques, tĂ©lĂ©vision. Puis, quand Internet est apparu dans ma vie, j’ai cru que cela allait ouvrir un Ăąge d’or, parce que l’information pouvait ĂȘtre rĂ©pliquĂ©e sur des millions de terminaux pour un coĂ»t trĂšs faible. J’ai crĂ©Ă© un portfolio, rencontrĂ© d’autres artistes, rĂ©alisĂ© des films sous licence libre, travaillĂ© pour de grandes entreprises et je poursuis, en ce moment mĂȘme, la crĂ©ation d’une sĂ©rie de webcomics, Pepper&Carrot, suivie par des millions de personnes. J’ai adoptĂ© la licence Creative Commons afin que d’autres puissent rĂ©utiliser mes crĂ©ations graphiques sans demander d’autorisation et sans avoir Ă  payer.

Le CatAvatar est nĂ© d’un projet personnel, dĂ©veloppĂ© sur mon temps libre afin de supprimer tous les CDN (NdT : rĂ©seaux de distribution de contenu) de mon site web. Comme je l’expliquais dans un billet de blog publiĂ© en 2016, je souhaitais me dĂ©barrasser du service Gravatar dans mon systĂšme de commentaires, et ce simple objectif m’a coĂ»tĂ© plusieurs jours de travail. Il Ă©tait inspirĂ© par un dĂ©sir de libertĂ©, un dĂ©sir d’offrir une alternative belle et choupi sur Internet. J’ai dĂ©cidĂ© de partager les sources et les illustrations de Catavatar gratuitement, sous la licence CrĂ©ative Commons Attribution, trĂšs permissive.

À l’opposĂ©, un systĂšme tel que NFT est une tentative d’attribuer un identifiant Ă  chaque fichier, chaque crĂ©ation, pour crĂ©er une unicitĂ© artificielle afin que tout puisse ĂȘtre achetĂ©. C’est un fantasme capitaliste : faire de chaque chose une propriĂ©tĂ© unique, afin que tout puisse ĂȘtre vendu. Vous comprenez maintenant la raison pour laquelle je dĂ©teste voir Catavatar utilisĂ© comme NFT ? Cela va Ă  l’encontre de la raison mĂȘme pour laquelle mes crĂ©ations se sont retrouvĂ©es lĂ  initialement.

DĂ©claration personnelle Ă  propos des NFT :

Voir mes crĂ©ations utilisĂ©es pour des NFT va Ă  l’encontre de mon droit moral (NdT : l’auteur fait ici rĂ©fĂ©rence au respect de l’intĂ©gritĂ© de l’Ɠuvre, composante du droit moral dans le droit d’auteur français). Je vais donc ĂȘtre clair :

N’achetez pas de NFT fait avec mes crĂ©ations.

Ne faites pas de NFT avec mon travail artistique disponible sous Creative Commons.

Si vous respectez mon Ɠuvre, souvenez-vous de ces recommandations et appliquez-les.

Revenons maintenant au sujet du jour : le catalogue de NFT « Dream Cats ».

L’affaire des NFT « Dream Cats »

capture d'Ă©cran du catalogue Dream Cats sur OpenSea
capture d’Ă©cran du catalogue Dream Cats sur OpenSea

Tout d’abord, je ne fais aucune marge ni aucun profit sur le catalogue DreamCats d’OpenSea. Je sais que mon nom est sur chaque produit, je sais que mon nom est dans le titre du catalogue, etc. Je reçois dĂ©jĂ  des emails Ă  ce propos. Et, pour ĂȘtre clair, ce n’est pas un problĂšme d’argent : je ne veux pas toucher le moindre pourcentage d’une vente de NFT. L’auteur, ici ROPLAK, est le seul Ă  bĂ©nĂ©ficier des ventes, dĂ©jĂ  4,2 ETH, soit environ 10 000 euros, en deux jours. Il ne s’agit pas d’une poignĂ©e de dollars, c’est un marchĂ© rĂ©ellement rentable, dans lequel mon nom est Ă©crit sur chaque produit.

Les Catavatars ne sont pas utilisĂ©s tels qu’ils ont Ă©tĂ© dessinĂ©s : l’auteur a ajoutĂ© Ă  mes dessins originaux une distorsion, un filtre gĂ©nĂ©rĂ© par l’algorithme DeepDream. Cela sert Ă  dĂ©former les chats, mais surtout Ă  s’assurer que chaque pixel de l’image soit modifiĂ©, permettant Ă  l’auteur ROPLAK de revendiquer lĂ©galement cette Ɠuvre en tant qu’Ɠuvre dĂ©rivĂ©e.

Mais je vous laisse juger ici de la qualitĂ© artistique de « l’amĂ©lioration » de cette Ɠuvre dĂ©rivĂ©e. DeepDream n’est pas difficile Ă  installer, si vous savez comment exĂ©cuter un script Python ; vous pouvez vous amuser avec sur un systĂšme Ubuntu en moins de 15 minutes. Je m’y Ă©tais essayĂ© en 2015.

L'effet DeepDream est juste un filtre. Moi aussi, je peux le faire

L’effet DeepDream est juste un filtre. Moi aussi, je peux le faire


VoilĂ , c’est tout. La valeur ajoutĂ©e que nous avons ici est celle d’un filtre apposĂ© sur un travail que j’ai passĂ© des heures Ă  concevoir avec soin, Ă  dessiner, Ă  affiner, pour l’offrir sur le web. ROPLAK a probablement crĂ©Ă© un script et automatisĂ© la gĂ©nĂ©ration de 10 000 de ses chats de cette maniĂšre. En possĂ©dant un DreamCat, tout ce que vous possĂ©dez c’est un avatar de chat gĂ©nĂ©rĂ© alĂ©atoirement, avec un filtre par dessus.

Dream Cats et droit d’auteur

Du point de vue lĂ©gal, les Dream Cats sont lĂ©gitimes, car j’ai publiĂ© la bibliothĂšque d’images Catavatar selon les termes de la licence Creative Commons Attribution.

  • L’usage commercial est autorisĂ© (donc pas de problĂšme pour les vendre).
  • Les Ɠuvres dĂ©rivĂ©es sont autorisĂ©es (donc pas de problĂšme pour ajouter un filtre).
  • L’attribution est respectĂ©e (car correctement mentionnĂ©e).

Une seule chose n’est pas correcte : il s’agit d’une infraction Ă  mon droit moral.

Pour moi, les NFT reprĂ©sentent le point culminant du capitalisme et de la spĂ©culation. Et cette idĂ©ologie ne me convient pas. J’invoquerais probablement le respect de mon « droit moral » si mon Ɠuvre Ă©tait utilisĂ©e pour de la propagande raciste ou pour faire du mal Ă  quiconque.

Les « droits moraux » ne sont pas transférés par une licence Creative Commons Attribution.

Je demande donc ici Ă  ROPLAK et OpenSea, en vertu de mon droit moral, de retirer les DreamCats dĂšs aujourd’hui. Gardez l’argent que vous avez gĂ©nĂ©rĂ© avec ça, je n’en ai rien Ă  loutre. Je refuse simplement que mon nom soit associĂ© Ă  quelque fraction que ce soit de l’empire NFT.

Infraction au droit moral ! Youpi ! Loi ! Tribunal !

Hummm
 Non
 Rien.

Je ne vais pas lancer de mots inutiles ici ou profĂ©rer de vaines menaces : je n’attaquerai ni ROPLAK ni OpenSea au tribunal.

MĂȘme si je peux prouver que les DreamCats ou n’importe quel NFT enfreignent mon droit moral. MĂȘme si, en thĂ©orie, la loi est « de mon cĂŽtĂ© ». Je n’ai pas les moyens, en temps ou en argent, d’obtenir justice.

Consulter un avocat coĂ»terait des centaines d’euros par visite et l’Ă©tude de cette affaire demanderait beaucoup de temps. Je ne peux pas me le permettre et, pour ĂȘtre honnĂȘte, je n’ai pas envie de vivre cela. La vie est courte, tĂŽt ou tard je serai mort. Je ne veux pas utiliser ainsi le temps prĂ©cieux qui me reste. J’ai des dessins Ă  partager, j’ai des histoires Ă  Ă©crire, je dois ĂȘtre lĂ  pour ma famille, mes amis et pour les projets que j’aime.

Conclusion

En France, nous avons le proverbe : Bien mal acquis ne profite jamais. C’est ce que je souhaite Ă  toutes les personnes ayant participĂ© Ă  ce NFT. Je leur souhaite Ă©galement de lire cet article.

VoilĂ , c’est tout. Ce matin, je voulais faire un tutoriel vidĂ©o sous licence Creative Commons, pour partager des astuces et aider d’autres artistes sur le dessin et le line-art. Mais maintenant, je vais devoir mĂ©diter pour me calmer, parce que chaque fois que je retrouve cette histoire sur mon chemin, cela m’affecte et m’entrave dans la crĂ©ation de tutoriels, d’histoires joyeuses et d’univers colorĂ©s
 Certains matins, c’est vraiment difficile d’ĂȘtre un artiste Libre.

Liens :




Le roman historique est un sport de combat

Les Ă©ditions Framabook proposent quatre nouveaux livres d’un coup, quatre recueils d’histoires courtes qui se dĂ©roulent, comme les enquĂȘtes d’Ernaut, au temps des Croisades. Et si le rĂ©cit en paraĂźt fort Ă©loignĂ© de nous, son auteur, Yann Kervran, nous explique en quoi cela peut nous aider Ă  mieux cheminer au prĂ©sent.

À noter : cet article bĂ©nĂ©ficie dĂ©sormais d’une version audio.
Merci Ă  Sualtam, auteur de lectureaudio.fr pour cette contribution active.

Quatre livres d’un coup, c’est parce que tu t’ennuyais pendant le confinement ?

Loin de lĂ . Ça fait un moment que le projet de publication de ces recueils est envisagĂ©, mais il a fallu du temps pour le concrĂ©tiser. Avant cela, la rĂ©daction a durĂ© pratiquement huit ans. C’est une compilation de textes Ă©crits mensuellement depuis 2011 jusqu’à fin 2018, que j’appelle Qit’a, textes courts dans l’univers Hexagora.

Des quoi ? Ça veut dire quoi, ce mot « Qit’a » (quitte Ă  dĂ©couvrir un nouveau mot, je tente ma chance) ? Et l’univers « Hexagora », c’est oĂč ? Un peu Ă  gauche au fond de la galaxie, ou bien dans le trĂšs lointain siĂšcle des aventures d’Ernaut ? Chuis perdu dans l’espace-temps là


Le terme en lui-mĂȘme vient d’une technique de calligraphie persane qui procĂšde par dĂ©coupe, pour dĂ©couvrir le dĂ©cor cachĂ©. Ce sont des textes courts (entre 12 000 et 30 000 caractĂšres) qui donnent Ă  voir le monde au XIIe siĂšcle tel que je me le reprĂ©sente Ă  partir de la documentation scientifique disponible, que j’appelle l’univers Hexagora. Chacun d’eux offre l’occasion de dĂ©couvrir la vie de personnages de second plan des romans d’Ernaut, de son enfance Ă  lui, ou de tout autre individu de cette pĂ©riode que je peux relier plus ou moins directement Ă  ce lieu et cette Ă©poque.

Hexagora, un univers presque familier.
DĂ©tail d’une copie de la Tabula Rogierana de Al Idrisi prĂ©sentant la mĂ©diterranĂ©e et ses abords (avec le sud en haut), avec translittĂ©ration des termes arabes, rĂ©alisĂ©e en 1929 par Konrad Miller, Ă  partir d’une copie de l’original de 1154. – Domaine public – Source Wikimedia

 

Cela fait plus de quatre-vingt rĂ©cits dans ces quatre volumes et j’ai dĂ©passĂ© la centaine publiĂ©e sur mon site Hexagora.
Un tel volume m’est nĂ©cessaire pour embrasser le projet de brosser de façon romanesque un monde, celui des Croisades dans la seconde moitiĂ© du XIIe siĂšcle, dans sa complexitĂ© et pouvoir montrer des phĂ©nomĂšnes au long cours tels que la diffusion de motifs culturels ou les mĂ©tamorphoses d’une sociĂ©tĂ© mosaĂŻque. Je me rends d’ailleurs compte que j’ai Ă  peine commencĂ© Ă  aborder le premier point, malgrĂ© le volume dĂ©jĂ  Ă©crit. Avec les enquĂȘtes d’Ernaut, qui sont un point d’entrĂ©e plus traditionnel, de roman d’enquĂȘte, cela fait dĂ©sormais 8 tomes, qui me permettent en quelque sorte de poser les bases.

Attends
 en huit tomes, tu as juste « posĂ© les bases » ? Tu veux rĂ©Ă©crire la ComĂ©die Humaine ?

Au moins, oui. Et si je n’y arrive pas, j’invite quiconque en a l’envie de se joindre Ă  moi (l’avantage du libre, CC BY SA en l’occurrence, il n’y aura pas Ă  attendre 70 ans aprĂšs ma mort pour ça). TrĂšs sĂ©rieusement, mon ambition en terme de fresque humaine est similaire Ă  celle de Balzac, sauf que je ne cherche pas Ă  dĂ©peindre une partie de la sociĂ©tĂ© qui m’est contemporaine, pour la rendre intelligible. J’espĂšre plutĂŽt faire rĂ©sonner une altĂ©ritĂ© qui nous a prĂ©cĂ©dĂ© pour inciter Ă  raisonner sur le prĂ©sent. Tout en fournissant des arguments pour rĂ©flĂ©chir Ă  nos constructions mĂ©morielles et nos reprĂ©sentations culturelles, essentiellement historiques.

L’angoisse de la page blanche, cette inconnue de certains auteurs

Les 16 volumes de La ComĂ©die Humaine, CC BY SA Scartol – Source Wikimedia

Quand j’ai commencĂ© Ă  lire des Qit’a, je m’attendais Ă  des nouvelles. Et en fait non. Finalement, c’est quoi, un Qit’a ?

Mon envie Ă©tait d’ouvrir des fenĂȘtres et de donner Ă  voir le paysage depuis un autre point de vue, avec un autre rythme de parcours. Il n’y a donc pas de schĂ©ma rĂ©dactionnel traditionnel, certains Qit’a peuvent avoir une exposition, des pĂ©ripĂ©ties, un climax puis une rĂ©solution, mais je ne me suis jamais senti liĂ© par cette promesse. Chaque texte a suivi sa propre logique et ne rĂ©pondait qu’à l’envie que j’avais de traiter de la vie d’une personne, d’un lieu, d’un objet ou d’une anecdote, voire de me lancer un dĂ©fi du type de ceux proposĂ©s par l’Oulipo (comme par exemple m’interdire un son ou une conjonction) histoire de m’aguerrir en tant qu’écrivain.

J’avais le souhait de proposer de rentrer dans un univers fictionnel par un autre biais que les rĂ©cits habituels, avec une structure gĂ©nĂ©rale plus organique. Chaque partie a une cohĂ©rence interne propre, mais peut se joindre Ă  une autre, voire plusieurs, et engendrer ainsi un ensemble qui vaut plus que la simple addition, par la richesse des interactions. ProcĂ©der ainsi par touches, fractions, destins Ă©voquĂ©s, me semble plus riche d’un point de vue humain. Plus Ă©vocateur aussi, car il laisse suffisamment de part d’ombre pour laisser Ă  chacun et chacune la possibilitĂ© de construire. En soi-mĂȘme et au-delĂ , en devenant crĂ©ateur ou crĂ©atrice.

Donc, ma mĂšre qui a lu les trois premiers tomes d’Ernaut, mais qui n’aime pas les nouvelles pourrait lire les Qi’ta ? (je ne sais pas dire ce qu’elle n’aime pas dans les nouvelles hein :))

La possibilitĂ© lui en est offerte, du moins, Ă©ventuellement sans devoir payer pour voir. Mais si elle a apprĂ©ciĂ© la plongĂ©e dans un monde reconstituĂ©, elle devrait apprĂ©cier d’en parcourir certains chemins de traverse. Il y a une cohĂ©rence globale qui offre une expĂ©rience d’immersion trĂšs vaste, qu’apprĂ©cient souvent les lecteurs et lectrices de romans historiques. Par exemple, chaque section est datĂ©e et placĂ©e gĂ©ographiquement prĂ©cisĂ©ment, de façon Ă  permettre une reconstruction diffĂ©rente de ma proposition littĂ©raire.
L’idĂ©e n’est pas de dĂ©velopper des spin-offs ou de faire des produits dĂ©rivĂ©s, qui peuvent parfois apparaĂźtre comme une façon de rallonger la sauce voire d’exploiter un filon, mais bien de nourrir une vision la plus large possible, en s’attachant Ă  des Ă©lĂ©ments singuliers et subjectifs qui ont une validitĂ© et une importance Ă©gale vis-Ă -vis du tout.

Ces recueils inaugurent une nouveautĂ© : tu proposes une nouvelle façon de considĂ©rer l’Ă©crivain, qui ne passe pas par le droit d’auteur. Mais pourquoi est-tu si fĂąchĂ© avec le droit d’auteur ?

J’ai en effet demandĂ© Ă  ĂȘtre publiĂ© sans contrat, et Ă  ne pas toucher de rĂ©munĂ©ration liĂ©e aux ventes, ce qui est possible vu que tout est sous licence libre (j’ai suivi en cela le chemin de David Revoy avec GlĂ©nat). Parce que le terme mĂȘme de « droit d’auteur » est une imposture. Le « droit d’auteur » et son corollaire, le contrat d’édition, ne font que perpĂ©tuer un modĂšle Ă©conomique qui ne fait pas vivre les crĂ©ateurs et crĂ©atrices. En vingt ans, le revenu moyen des Ă©crivains a Ă©tĂ©, en moyenne (et donc en tenant compte de la starification de certains auteurs dĂ©sormais multimillionnaires), divisĂ© par cinq (voir la prĂ©sentation d’Olivia Guillon aux États GĂ©nĂ©raux du Livre en 2019 ou le rapport Racine).

Beaumarchais, Ă  l’origine du droit d’auteur, Ă©tait aussi Ă©diteur, papetier
 Il a conçu le droit d’auteur comme le riche industriel qu’il Ă©tait. «Beaumarchais, le grand corrupteur, commença Ă  spĂ©culer avec gĂ©nie sur les Ă©ditions et Ă  combiner du Law dans l’écrivain» – Sainte-Beuve
Jean-Marc Nattier, Portrait de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1755) – Domaine public – Source Wikimedia

En outre, ce terme essentialise la notion de propriĂ©tĂ© intellectuelle, qui constitue une autre supercherie et fait envisager son existence comme seul horizon pour ceux-lĂ  mĂȘme qui devraient ĂȘtre les plus critiques sur ces notions : les artistes.
Alors, certes, je n’ai pas de modĂšle Ă©conomique Ă  opposer (en dehors du don qui ne fonctionne pas en littĂ©rature, du moins pas Ă  ma connaissance), mais je suis certain que celui que l’on me propose est frelatĂ©.
J’ai bien plus confiance dans les travaux de Bernard Friot et du RĂ©seau salariat pour me tirer de la situation d’indigence dans laquelle je suis dĂ©sormais que d’un Ă©ventuel succĂšs de librairie qui n’adviendrait que si je passais sous les fourches caudines d’une industrie qui n’a su jusqu’à prĂ©sent que m’exploiter, Ă  dĂ©faut d’arriver Ă  me prolĂ©tariser (dans le sens que lui donne Bernard Stiegler, Ă  savoir me dĂ©possĂ©der de mes savoir-faire).

Au delĂ  du droit d’auteur, tu expliques souvent dans tes interventions qu’Hexagora est un contre-pied Ă  une certaine narration de l’Histoire, comme on peut la trouver dans le roman national. Est-ce que tu peux dĂ©finir ce terme pour notre lectorat et expliquer en quoi ton travail est diffĂ©rent ?

L’histoire et la mĂ©moire sont deux outils politiques au service des vainqueurs. La recherche historique est scientifique, mais on crĂ©e Ă  partir de ce matĂ©riau une narration qui donne Ă  voir ce qui sert le pouvoir en place, ce qui est pertinent pour les catĂ©gories sociales les plus riches et influentes. Bourdieu dirait que les possesseurs du capital symbolique le plus consĂ©quent cherchent Ă  le perpĂ©tuer. Le roman national rĂ©pond Ă  ce besoin, Ă  la fois de normalisation, en imaginant un rĂ©cit fondateur unificateur, mais aussi en insistant sur les valeurs que l’on souhaite renforcer et vanter chez ses concitoyens. C’est un moyen de contrĂŽle par le bornage et la dĂ©finition des horizons culturels.
J’ai dĂ©diĂ© ces recueils Ă  « la mĂ©moire des exclus de la MĂ©moire », tous ces sans-grades, ceux « qui ne sont rien », ceux qui ne font pas l’Histoire, mais dont l’histoire a tant Ă  nous apprendre. Je raconte leurs vies parce qu’ils nous ont prĂ©cĂ©dĂ©s sur cette planĂšte, ont vĂ©cu, ont fait des choix, des erreurs, des enfants, des rĂȘves
 Je m’efforce de les Ă©voquer, dans leur plĂ©nitude, subjectivement, sans juger par avance leurs actes, et de voir en quoi ils peuvent m’apprendre Ă  devenir un meilleur ĂȘtre humain. Par ce lien, qui me fait, en tant qu’animal social, et que je cherche Ă  distinguer par-delĂ  les siĂšcles.

On a longtemps envisagĂ© les couches populaires en dehors de l’histoire, Ă  tel point qu’elles servaient Ă  montrer l’aspect cyclique du temps par leurs activitĂ©s.
Miniatures extraites du psautier de FĂ©camp, vers 1185, Koninklijke Bibliotheek, ms. 76F13, La Hague – Domaine public

Alors, bien sĂ»r, je ne prĂ©tends certes pas dĂ©politiser le sujet, bien au contraire, mais j’apporte une vision diffĂ©rente, je fais entendre une mĂ©lodie chorale distincte des trompettes de la renommĂ©e. Je parle des 99% qui ont Ă©tĂ© systĂ©matiquement mis de cĂŽtĂ© dans les grandes narrations et la mise en avant des « grands hommes » et de leurs « extraordinaires destins ». Je fais de façon romancĂ©e un travail analogue Ă  celui qu’a fait Howard Zinn, dans « Une histoire populaire des États-Unis » ou plus rĂ©cemment Michelle Zancarini-Fournel dans « Les luttes et les rĂȘves ». C’est Ă  relier avec ce que les chercheurs Ă©tudient dĂ©sormais, depuis trĂšs peu de temps, sous le concept d’histoire par le bas.

Bourdieu, Zinn, tout ça est trĂšs contemporain. Justement, qu’est-ce qui dans ces Qit’a ou plus largement dans la pĂ©riode que tu explores pourrait selon toi faire Ă©cho Ă  notre Ă©poque actuelle ?

Il me semble que tout pĂ©riode historique ou prĂ©historique possĂšde quelque chose Ă  nous apprendre, que ce n’est qu’une question de regard. Nous pouvons en extraire directement des concepts pour repenser le politique contemporain. TrĂšs rapidement, dans mon cas, je pense par exemple Ă  la notion de communs, dont Pierre Dardot et Christian Laval montrent la vigueur dans les pĂ©riodes qui m’occupent, ou de la dĂ©mocratie, dont Francis Dupuis-DĂ©ri dĂ©montre l’existence dans l’organisation paysanne mĂ©diĂ©vale, bien diffĂ©rente de celle qu’on Ă©voque habituellement, de la GrĂšce archaĂŻque. On peut aussi Ă©voquer la notion de libre arbitre, qui n’aurait pu nous paraĂźtre aussi naturelle en Occident sans les penseurs du catholicisme mĂ©diĂ©val. Nous sommes littĂ©ralement pĂ©tris de notions dont les alĂ©as historiques permettent d’en comprendre les ressorts, les enjeux, les impasses.

Difficile d’ĂȘtre un Ă©crivain naĂŻf aprĂšs Pierre Bourdieu

Dans un second temps, il existe aussi une leçon Ă  tirer du rapport Ă  ces sujets, et de la façon dont la mĂ©moire que nous construisons de ces Ă©vĂ©nements (ou que l’on nous propose par les institutions telles que l’école), de ces moments qui nous ont construit en tant que citoyen et personne. Comment nous avons Ă©tĂ© nourris, comment nous nous appareillons intellectuellement en nous basant sur des rĂ©cits qui rendent compte de ces pĂ©riodes.
TrĂšs prosaĂŻquement, l’idĂ©e de bĂątir Hexagora est nĂ©e suite aux dĂ©clarations du pouvoir prĂ©sidentiel amĂ©ricain, lorsqu’il parlait de « croisade contre le terrorisme ». Au-delĂ  de l’apparente incongruitĂ© des mots ainsi accolĂ©s (faire une guerre religieuse Ă  un concept), j’ai eu envie de dĂ©construire les termes qui Ă©taient ainsi employĂ©s, et de proposer aux lecteurs de retourner aux origines, vu que c’était la pĂ©riode que j’étudiais depuis l’universitĂ©. Ceci m’est apparu avec d’autant plus d’évidence que la pratique d’opposition armĂ©e dĂ©signĂ©e sous l’appellation terrorisme y Ă©tait nĂ©e, avec une secte ismaĂ©lienne alors dĂ©signĂ©e sous le terme de Nizarites, qu’on appelle communĂ©ment assassins.

Chez Framasoft, il y a la Team Meme, il y a aussi la Team Chauve, connue pour faire plusieurs pages pleines de mots compliquĂ©s, Ă  propos des trucs plus compliquĂ©s encore. On sait que tu en fais partie, et ça se voit dans tes textes… Est-ce que cela ne rend pas ton Ɠuvre inaccessible aux gens du commun ?

Je ne le crois pas. Oui je ne renĂącle pas Ă  l’usage d’un subjonctif imparfait ou d’un mot peu usitĂ© tel que principicule, (qui me semblerait d’ailleurs tout Ă  fait adaptĂ© Ă  une large diffusion ces jours-ci). Pour autant, cela demeure accessible aux curieux, je crois, et je ne m’aventure pas trop dans un style alambiquĂ© ou expĂ©rimental. Je cherche Ă  faire du roman populaire. Mais par ce terme, je fais rĂ©fĂ©rence Ă  des gens comme Hugo, Dumas, Balzac ou Dickens. Gabriel Chevallier est lui aussi considĂ©rĂ©, avec « Clochemerle », comme un grand Ă©crivain populaire, et on ne peut pas dire que son style soit pauvre et son rĂ©cit simpliste.

Nul n’est prophùte en Framasoft

Je suis toujours attristĂ© de voir que pour beaucoup de promoteurs de la culture, vouloir faire populaire, cela signifie bĂȘtifier (il y a une vision descendante, trĂšs hiĂ©rarchique de la culture, je renvoie lĂ -dessus aux travaux de Franck Lepage). Pour ma part, je pense que, bien au contraire, cela veut dire faire la passerelle, avec une pratique exigeante qui ne soit pas dĂ©daigneuse dans sa forme, vers des savoirs trĂšs pointus auxquels les gens n’ont souvent pas accĂšs physiquement. Ou pour lesquels ils n’ont pas le temps ou la formation nĂ©cessaire pour en exprimer la quintessence. On agit lĂ  un peu en tiers de confiance.
Je suis un adepte de la reconstitution historique, qui me semble ĂȘtre une excellente illustration de ce que peut ĂȘtre de l’éducation populaire dans sa pratique la plus noble. J’ai vu des gens de milieu trĂšs modeste, n’ayant aucune formation universitaire, s’enthousiasmer Ă  la lecture d’ouvrages de mĂ©tallurgie mĂ©diĂ©vale plutĂŽt spĂ©cialisĂ©s et en parler ensuite avec passion, de façon simple, transmettant ce goĂ»t pour un sujet qui pourrait paraĂźtre rĂ©barbatif Ă  des enfants, des curieux, des badauds, lors d’évĂ©nements ou de rencontres. D’un savoir froid, ils ont fait un objet culturel vivant, qui a su animer l’intĂ©rĂȘt pour l’histoire dans le cƓur du public. Du savoir qui s’anime devient lien, symbole.

Neuf questions, c’est peut-ĂȘtre dĂ©jĂ  assez pour exploser le maximum de mots possibles dans une interview… Un mot de la fin ?

Edwy Plenel, dans un article rĂ©cent citait beaucoup Marc Bloch, historien et rĂ©sistant, Ă  propos de sa critique des Ă©lites conçue aprĂšs la dĂ©faite de la seconde guerre mondiale, pendant l’Occupation. Ce remarquable scientifique qui a Ă©tĂ© Ă  l’origine d’un changement de paradigme dans les pratiques de recherche en histoire, a rĂ©sumĂ© en une phrase ce qui m’a motivĂ© toutes ces annĂ©es Ă  continuer Ă  rendre perceptible ce que pouvait ĂȘtre le monde des Croisades, dans le 3e quart du XIIe siĂšcle. Ces quelques mots accueillent les visiteurs sur mon site depuis bien longtemps :

Le passĂ© lointain inspire le sens et le respect des diffĂ©rences entre les hommes, en mĂȘme temps qu’il affine la sensibilitĂ© Ă  la poĂ©sie des destinĂ©es humaines.

– Marc Bloch, « Sur la rĂ©forme de l’enseignement », note rĂ©digĂ©e pour les Cahiers Politiques, 1944.

Voir sur Framabook les Qit’a, histoires courtes dans l’univers Hexagora : volume 1, volume 2, volume 3 et volume 4.

PrĂ©cĂ©demment publiĂ© : les enquĂȘtes d’Ernaut de JĂ©rusalem




Un librecours pour mieux contribuer Ă  la culture libre

C’est aujourd’hui que s’ouvrent les inscriptions au librecours « Libre Culture » pour se former aux enjeux et mĂ©caniques des licences libres sur les Ɠuvres culturelles. Ça tombe plutĂŽt bien puisqu’une partie d’entre nous se demandent comment ne pas s’ennuyer en cette pĂ©riode de confinement ;-). Nous ne rĂ©sistons pas Ă  l’occasion de vous prĂ©senter ces librescours, dont celui-ci est l’un des premiers d’une liste que nous espĂ©rons longue et prospĂšre !

Prendre part Ă  la culture libre, celle du partage

Si l’on va chercher dans les principes fondateurs d’Internet, Ă  l’Ă©poque oĂč des scientifiques mettent en place les rĂ©seaux pour Ă©changer et se partager leurs travaux, il y a la notion de partage du savoir qui s’enrichit lorsqu’il est diffusĂ© librement. Ce n’est donc pas une notion nouvelle, et nombre d’artistes et crĂ©atrices clament qu’elles se hissent sur les Ă©paules des gĂ©ants, qu’ils ont Ă©tĂ© influencĂ©s par toute une culture reposant sur les Ɠuvres de l’esprit d’artistes qui les ont prĂ©cĂ©dĂ©s.

Image par Gerd Altmann de Pixabay

 

Cette culture du partage, dans le monde numĂ©rique, s’est retrouvĂ©e dans la culture libre. Car le logiciel libre ne se rĂ©sume pas Ă  une maniĂšre efficace, transparente et collaborative de produire du code. Non, ça, c’est l’open-source. Le logiciel libre offre, en plus de l’open-source, une Ă©thique. Il propose une vision de la sociĂ©tĂ©, de la place du code et des personnes qui le crĂ©ent dans cette sociĂ©tĂ©.

Car ce n’est pas le logiciel qui est libre, ce n’est pas l’Ɠuvre qui est libre : c’est nous, les humains qui le sommes.

 

La culture du Libre repose sur les licences libres

GrĂące Ă  la dĂ©mocratisation de l’outil numĂ©rique, nous avons assistĂ© Ă  la diffusion des outils de production des Ɠuvres de l’esprit (Ă©crits, images, sons, vidĂ©os, code…), Ă  la popularisation des savoirs-faire anciens et nouveaux (telles que les pratiques du remix, du mash-up, des mĂšmes), et Ă  la venue de nombreux outils pour diffuser nos crĂ©ations.

Participer Ă  notre culture commune n’est plus rĂ©servĂ© Ă  une Ă©lite bien nĂ©e. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreuses et nombreux Ă  pouvoir apporter notre pierre Ă  l’Ă©difice culturel commun. Combien de vidĂ©astes Ă  succĂšs utilisent des sons, musiques, et polices d’Ă©criture libres, tout en partant du savoir libre de WikipĂ©dia pour leurs recherches ? Ce n’est lĂ  qu’un exemple du foisonnement vertueux de la culture libre.

Capture d’Ă©cran d’une question lors d’un exercice du librecours Libre Culture

Chez Framasoft, nous pensons qu’il est important que toutes ces Ɠuvres de l’esprit qui naissent ou vont naĂźtre puissent, Ă  leur tour, prendre leur place dans la culture libre. Pour cela, nous souhaitons offrir Ă  toute les personnes qui vont les crĂ©er, les utiliser, les modifier, les Ă©tudier, les diffuser, etc. les clĂ©s de cette culture, qui repose sur un outil Ă  la fois juridique et symbolique : les licences libres.

Au fond, c’est quoi, ces « licences libres » ? Pourquoi est-ce qu’elles seraient importantes ? Est-ce qu’elles ne vont pas me lĂ©ser en tant qu’autrice ? En tant que lecteur ? Que vidĂ©aste ? Que bibliothĂ©caire ? Elles s’appliquent pareil aux logiciels et aux vidĂ©os ? Aux musiques ? Aux livres ? Aux jeux vidĂ©o ? Qu’est-ce que je peux partager lĂ©galement et comment savoir si je suis hors-la-loi ? Et comment fait-on pour s’y retrouver, dans tout ça ?

 

Inscrivez-vous au deux premiĂšres sessions du librecours sur la Culture Libre

Dans la lignée du MOOC CHATONS, nous vous proposons cette fois-ci un librecours pour acquérir les clés de la culture libre. Que vous soyez créateur, prescriptrice, spectateur, étudiante, ou tout ça à la fois, ce cours vous permettra de savoir comment exploiter un contenu culturel en ligne et diffuser les vÎtres.

Présentation du librecours Libre Culture

Et Ă  contexte exceptionnel, mesures exceptionnelles, il a Ă©tĂ© dĂ©cidĂ© d’ouvrir deux sessions de ce librecours afin de permettre Ă  celles et ceux d’entre nous qui ont davantage de temps dans les jours Ă  venir de pouvoir le terminer plus rapidement.

Ces deux sessions débuteront le lundi 6 avril 2020.

  • La session LCIII durera 3 semaines et vous demandera 7 Ă  8h de votre temps chaque semaine.
  • La session LCVI s’Ă©tendra sur 6 semaines et sera donc moins intense (3 Ă  4h par semaine).

Le suivi des apprenant·es Ă©tant encadrĂ©, les places sont limitĂ©es aux 10 premiĂšres personnes pour la session LCIII (3 semaines) et aux 20 premiĂšres pour la session LCVI (6 semaines). Inscrivez-vous sur le site librecours et sur l’Ă©quipe Mattermost prĂ©vue Ă  cet effet.

Alors c’est certain, tout le monde ne pourra pas profiter de ces deux premiĂšres sessions : leur encadrement sera assurĂ© par nos bĂ©nĂ©voles, StĂ©phane (auteur de Traces, un roman libre publiĂ© chez Framabook) en tĂȘte.

Nous voulons, encore une fois, commencer modestement, pour apprendre de cette expĂ©rience et faire un nouveau pas vers cette idĂ©e d’UniversitĂ© Populaire du Libre, Ouverte, Autonome et DĂ©centralisĂ©e qu’est le projet UPLOAD, une des actions de notre feuille de route Contributopia.

À vous de participer à cette aventure pour mieux prendre votre place dans la Culture du Libre en vous inscrivant à ce librecours !

 

Pour aller plus loin

DĂ©couvrir le programme du librecours Culture Libre

S’inscrire avant le dimanche 5 avril 2020 (dans la mesure des places disponibles)