Sur la place des grands hommes du logiciel libre

À ces quelques noms, la communauté du logiciel libre reconnaissante !

Vous ne serez pas forcément d’accord avec le choix de l’auteur[1] mais nous sommes aussi là pour en discuter dans les commentaires 😉

PS : Le titre est un peu provocateur eu égard à un récent billet sur les femmes et le logiciel libre, d’autant qu’il y a bien une femme dans le lot. On pourra également remarquer qu’il n’y a pas beaucoup de non américains.

Copie d'écran - Free Software Magazine

Les héros du logiciel libre : de Stallman à Google, les figures emblématiques grâce à qui tout est devenu possible.

Free software heroes: from Stallman to Google, a list of inspiring individuals who made everything possible

Tony Mobily – 15/06/2008 – Free Software Magazine

Dans chaque domaine, on trouve un certain nombre d’acteurs majeurs qui ont consacré beaucoup de leur temps aux idées auxquelles ils croyaient. Tous nous rappellent qu’il revient à chacun d’entre nous de changer la donne et d’écrire l’histoire. Leur travail touche un grand nombre de personnes et peut avoir une influence extraordinaire sur notre façon de voir et de percevoir le monde.

Le monde du logiciel libre compte lui aussi ses héros. Vous connaissez déjà sans doute bon nombre d’entre eux; et si ce n’est pas le cas, il est fort probable que vous utilisiez tous les jours le fruit de leur travail.

Le but de cet article est à la fois de leur rendre hommage et d’offrir un résumé à ceux qui découvrent l’univers du logiciel libre.

Quelques figures emblématiques

Richard Stallman

Richard Stallman. Pour RMS, difficile de savoir par où commencer. C’est lui qui a initié le projet GNU, composante majeure du système d’exploitation GNU/Linux, en 1983 (vous lisez bien : mille neuf cent quatre-vingt trois !), et fondé la Free Software Foundation en 1985. C’est également lui qui a écrit le compilateur C GNU, oui, l’outil permettant de transformer le langage de programmation en code exécutable. Il consacre la majeure partie de son temps à l’action politique et à la promotion du logiciel libre. Pour avoir une idée de ce que dévouement veut dire, lisez son blog et consultez son agenda de voyages plus que surchargé.

Pamela Jones. Encore un bel exemple de dévouement : Pamela Jones est l’auteure de Groklaw, le site qui a sans doute sauvé GNU/Linux et le logiciel libre en général des griffes de SCO et de Microsoft. Pamela Jones est quelqu’un d’époustouflant : ces trois dernières années, elle a signé un millier d’articles, et une grande partie d’entre eux sont des papiers très fouillés qui ont eu un écho retentissant dans toute l’industrie des nouvelles technologies.

Linus Torvalds

Linus Torvalds. C’est lui qui a codé Linux, le noyau, sans lequel les applications GNU ne pourraient fonctionner. Le noyau de Linus, qui est arrivé à point nommé, a été distribué sous licence GPL (établie par Richard Stallman) en 1991. Linux est une composante essentielle du projet GNU/Linux.

Mark Shuttleworth

Mark Shuttleworth. C’est le fondateur de Canonical, la société qui a créé la distribution Ubuntu Linux. La version abrégée de la biographie de Shuttleworth est simple : il a gagné une fortune en vendant Thawte (qui fabriquait des certificats numériques) à VeriSign. Il a ensuite suivi le programme d’entraînement des cosmonautes Russes et est allé dans l’espace. À son retour, il a fondé Canonical afin de créer Ubuntu Linux, que l’on peut considérer comme la plus populaire et la plus innovante des distributions GNU/Linux destinées aux utilisateurs finaux.

Larry Page - Sergey Brin

Larry Page et Sergey Brin. Les créateurs de Google. Indépendamment de la grosse faute d’orthographe que cache ce mot (NdT : Le terme exact est googol, qui définit le nombre 10 suivi de cent zéros), vous en avez sans doute entendu parler : on tape quelques mots sur leur page Web, et l’on obtient comme par magie une liste pertinente de pages qui s’y rapportent… jetez-y donc un coup d’œil à l’occasion ! Bien que Google ne soit pas une entreprise qui se consacre au logiciel libre, et qu’une bonne partie de leurs logiciels soient au contraire sous licence propriétaire, ils ont néanmoins produit une quantité importante de logiciels libres et (plus important encore) contribué à la création de standards ouverts facilitant l’usage des logiciels libres (par exemple OpenSocial – en opposition à Facebook, ou Android – en opposition à l’iPhone et à Windows Mobile).

Matthew Szulik - Bob Young

Bob Young et Matthew Szulik. Bob Young est le fondateur de Red Hat, une des entreprises de logiciel libre connaissant le plus de succès. Sous la direction de Young, Red Hat s’est imposée comme la distribution GNU/Linux la plus implantée dans le domaine des serveurs. Les contributions de Red Hat au noyau Linux et au logiciel libre en général sont innombrables. Matthew Szulik a pris la succession de Young à la tête de Red Hat et a accru le succès de l’entreprise. Plus important encore, Szulik aurait eu un dîner célèbre (mais qui n’a jamais été avéré) avec Steve Ballmer, le PDG de Microsoft, qui aurait tenté de le convaincre de signer avec Microsoft un accord compromettant concernant les brevets. Szulik a refusé, même si un tel accord se serait révélé fort lucratif pour Red Hat. Le signer aurait causé un tort immense au monde du logiciel libre.

Jimmy Wales

Jimmy Wales. C’est le créateur d’un autre site dont vous avez dû entendre parler : Wikipédia. Inutile que je vous fournisse un lien : tapez ce qui vous passe par la tête dans Google (voir ci-dessus : c’est le moteur de recherche sympa dont je vous parlais un peu plus tôt), et il y a de fortes chances qu’une ou plusieurs pages de Wikipédia apparaissent dans les résultats… La technologie sur laquelle est basée Wikipédia est disponible sous une licence libre (GPL). C’est bien ça – la licence créée par Richard Stallman (voir plus haut). Même si Wikipédia en soi n’est pas un logiciel libre, c’était une des premières fois (voire la toute première) qu’on appliquait la philosophie du libre à un domaine ne relevant pas de la technique. Et depuis, son succès est énorme.

Lawrence Lessig

Lawrence Lessig. Il est à l’origine des licences Creative Commons, grâce auxquelles les artistes peuvent distribuer leurs œuvres sous des licences fonctionnant selon les principes du Libre.

Tim Berners Lee

Sir Tim Berners-Lee. L’inventeur du Wold Wide Web (NdT : L’Internet comme on le connaît aujourd’hui) Il a préféré mettre gratuitement ses spécifications (HTTP et HTML) à la disposition de tous plutôt que de demander à des entreprises et à des développeurs de se conformer à des accords inacceptables afin de respecter des termes soi-disant non-discriminatoires. Sans lui, l’Internet pourrait être aujourd’hui la chasse gardée de protocoles propriétaires de l’acabit de MSN ou AOL, et en proie au chaos. Et quand je dis chaos, je pèse mes mots.

Blake Ross

Blake Ross. C’est celui qui, alors qu’il était encore adolescent (en 2003), s’est rendu compte que le mouvement du Libre disparaissait du paysage des navigateurs parce qu’aucun navigateur libre et léger n’était disponible. Il a donc initié un fork de Mozilla et créé un autre logiciel dont vous avez sans doute entendu parler : Firefox. La suite, vous la connaissez. En fait, c’est une suite qui totalise 25% de parts de marché, résultat impressionnant sachant qu’il faut télécharger et installer volontairement sa copie de Firefox, contrairement à ce qui est livré directement avec Windows.

Dries Buytaert

Dries Buytaert. L’inventeur de Drupal, l’un des meilleurs CMS (Système de gestion de contenu) disponibles à l’heure actuelle. (Oui je sais, je ne suis pas objectif, puisque je suis un des développeurs de Drupal.) La plupart des internautes n’utilisent pas Drupal, mais nombreux sont ceux qui fréquentent des sites construits avec cet outil.

Keith Packard

Keith Packard. C’est l’instigateur du projet XOrg, un fork de XFree86. Grâce à lui, GNU/Linux possède aujourd’hui un sous-système graphique d’une qualité extraordinaire. Dans un entretien, qui date de 2003, Keith Packard explique en partie comment cet épisode s’est déroulé. À noter qu’au moment de l’entretien, rien n’était encore acquis, et XOrg n’était encore plus ou moins qu’une « idée ». À présent, c’est une réalité solide dans le monde du Libre.

Bram Cohen

Bram Cohen. Le petit génie de la mathématique qui a créé BitTorrent. À contre courant de la tendance générale, il a mis à disposition gratuitement les spécifications de son protocole. BitTorrent est depuis un outil crucial pour le logiciel libre, car il rend possible le téléchargement de distributions qui ne cessent de se développer. D’autres (cf : la RIAA) ne voient pas du même œil le potentiel de ce protocole.

Michael Tiemann

Michael Tiemann. Il a fondé Cygnus en 1989. Cygnus Solutions fut une des premières tentatives de « monétiser » le logiciel libre. Tiemann a aussi codé le compilateur C++ GNU et travaillé sur le compilateur et débogueur C GNU, deux logiciels d’une importance cruciale sans lequel le monde des nouvelles technologies ne serait pas le même.

Le monde s’ils n’avaient pas été là

À quoi ressemblerait le monde si ces personnages clé avaient préféré embrasser une carrière de plombier ? On pourrait avancer que si ça n’avait pas été eux, d’autres s’en seraient peut-être chargé. Mais dans le cas qui nous intéresse, c’est bien ce « peut-être » qui interpelle (soulevant la question plus théorique de la liste des « ça s’est joué à pas grand chose »).

Sans Pamela Jones, nombreux sont ceux (et j’en fais partie) qui pensent que le procès de SCO contre Linux aurait pu beaucoup plus mal se finir. Sans Stallman, le mouvement du Libre serait loin d’être aussi solide et organisé. Sans Shuttleworth, une distribution GNU/Linux propriétaire aurait pu prédominer sur le marché (ce qui était en train de se profiler, petit à petit, avec Linspire). Sans Larry Page et Sergey Brin, pas de Google. Pas de Summer of Code. Pas d’Android. Pas d’OpenSocial, la liste est longue comme le bras. Sans Bob Young et Matthew Szulik, pas de chef de file bien défini sur le marché des serveurs GNU/Linux, ou, pis encore, Red Hat aurait pu céder à la pression de Microsoft et signer un accord désastreux sur les brevets. Sans Jimmy Wales, pas de Wikipédia. Sans Lawrence Lessig, des milliers d’œuvres d’art ne seraient pas disponibles sur le World Wide Web. Et d’ailleurs, sans Sir Tim Berners-Lee, il n’y aurait même pas de World Wide Web. Sans Blake Ross, vous n’auriez sans doute pas d’autre choix que d’utiliser Internet Explorer pour aller sur Internet. Sans Dries Buytaert, Drupal n’existerait pas. Sans Keith Packard, nous serions coincés avec le XFree86 monolithique que nous connaissions avant, plus ou moins libre mais pas vraiment.

Sans eux, en gros, le monde serait aujourd’hui bien plus gris.

Faire partie du club, ça vous tente ?

À la lecture de cet article, vous voyez sans doute où je veux en venir : tous ces acteurs du Libre sont des gens brillants, dévoués et prêts à consacrer une grande part de leur vie à l’amélioration du monde dans lequel nous vivons.

Un des aspects formidables des logiciels libres, c’est qu’il s’agit d’un monde sans barrières. Peut y entrer qui veut. Votre nom pourrait bien figurer un jour dans cette liste. Pour y parvenir, il suffit de fournir une somme de travail phénoménale et de nourrir une immense passion pour le domaine, quel qu’il soit, auquel vous la consacrez.

Quant à moi, je ne figure pas dans cette liste, même si je crois en rêver depuis toujours. Je fais de mon mieux au sein de Free Software Magazine, et chaque fois que la lassitude ou le manque d’inspiration me saisissent, je pense à ceux qui ont rendu possible l’existence de cet univers, et m’efforce d’en faire autant, et aussi bien.

À notre niveau, nous n’apporterons pas forcément à l’édifice des pièces aussi majeures que celles de Sir Tim Berners-Lee, Richard Stallman ou Pamela Jones, mais rien ne nous empêche d’essayer.

Notes

[1] Traduction Don Rico sous l’œil avisé de Burbumpa et Olivier.




Le nom Firefox est-il un bug de la prochaine Ubuntu ?

C’est nouveau. À la demande de Mozilla qui souhaite ainsi protéger sa marque, les utilisateurs de la prochaine version d’Ubuntu (Intrepid Ibex, sortie prévue le 30 octobre) auront désormais à accepter un CLUF, Contrat de Licence Utilisateur Final, au premier démarrage de Firefox 3.

Ce qui pose alors une triple question : celle du contenu de ce CLUF (pour y mettre quoi exactement ?), celle de sa présentation (un tel contrat n’est-il pas culturellement assimilé à l’univers Windows ?) et celle de son existence (ne pourrait-on pas s’en passer puisque le plus important demeure les licences libres du code source du logiciel ?).

Il n’en fallait pas plus pour mettre en émoi certains membres de la communauté Ubuntu dont le développeur William Grant qui a carrément décidé d’en faire le bug n°269656 sur le launchpad d’Ubuntu.

La réponse de Mark Shuttleworth himself n’a pas tardé à arriver. En voici sa traduction by Olivier from Framalang qui précise que What The Fuck? (WTF?) est difficilement traduisible en français 😉

Edit : Une première réponse de Mitchell Baker, Présidente de la Mozilla Foundation, sur son blog.

Copie d'écran - Launchpad - Ubuntu

Bug #269656 : Une licence non pertinente vous est offerte gratuitement au démarrage – Réponse de Mark Shuttleworth

An irrelevant license is presented to you free-of-chagre on startup

Mark Shuttleworth – 13 septembre 2008

Afin que nous puissions continuer à nommer le navigateur Firefox (dans Ubuntu) Mozilla Corp nous demande de la faire apparaître. Puisqu’ils possèdent la marque "Firefox", ce que nous respectons, deux choix s’offrent à nous : ou bien nous travaillons avec Mozilla pour répondre à leurs exigences ou bien nous optons pour un navigateur sans nom.

Notre préférence, et celle de la plupart des utilisateurs, est bien évidemment de conserver Firefox comme navigateur dans Ubuntu.

Je comprends parfaitement la position de Mozilla, les conditions et les règles qu’ils fixent pour l’utilisation de leur marque, nous n’agissons pas différemment pour Ubuntu et beaucoup d’autres logiciels libres font de même. Je pense même que c’est ce qu’il faut ; une marque forte sur un logiciel libre or cela implique quelques règles.

Ceci étant dit, je n’irai pas jusqu’à voir un CLUF (Contrat de Licence Utilisateur Final) comme la meilleure solution. C’est très dommage que Mozilla trouve cela absolument nécessaire, mais voilà, ils le pensent et aucun de nous n’est à même de juger la pression légale (NdT : ou juridique) que Mozilla ressent. Nous avons longuement discuté avec Mozilla pour trouver le meilleur compromis possible entre leurs exigences et la convivialité de notre système.

Si vous avez des suggestions constructives pour nous aider à respecter les exigences de Mozilla tout en continuant à améliorer le confort des utilisateurs nous sommes tout ouïe. Mais les messages du genre "WTF?" ou les inepties tout en majuscules ne sont pas considérés comme constructifs. Vos libertés logicielles reposent sur des bases légales, tout comme les droits que détient Mozilla sur la marque "Firefox". Crier qu’on viole vos droits ne ferait que montrer votre incompréhension des logiciels libres.

Il me semble que nous disposons d’un nouveau paquet dans Intrepid (Ibex) nommé abrowser, qui emploi le code de Firefox sans utiliser la marque déposée "Firefox".




De Linux et de l’opportunité d’une synchronisation des distributions

Voici une traduction[1] un peu technique mais qui illustre bien la problématique de la démocratisation de GNU/Linux.

Elle fait suite à la proposition récente de Mark Shuttleworth (Monsieur Ubuntu) de synchroniser les cycles et donc les sorties des principales distributions Linux (outre Ubuntu il cite celles de Red Hat, Novell et Debian ainsi que le noyau, GNOME/KDE, X et OpenOffice.org). Histoire que tout ce petit monde avance groupés, ce qui d’après lui simplifierait la vie de tout le monde à commencer par celle des utilisateurs.

Mais Ryan Paul du site Ars Technica n’est visiblement pas tout à fait de cet avis. Au ce serait bien si… de Mark Shuttleworth il répond avec des arguments précis qui évoquent souvent le quotidien collaboratif d’un développeur de logiciels libres (en particulier tout ce qui touche à la gestion de versions). Et lorsque l’on est, comme moi, utilisateur mais non développeur de logiciels libres, c’est culturellement fort enrichissant.

On notera qu’à la suite de sa proposition et du vif débat suscité, Shuttleworth a précisé voire nuancé son propos quelques jours plus tard sur son blog.

Copie d'écran - Ars Technica

Pourquoi Linux n’est pas encore prêt pour des cycles de parution synchronisés

Why Linux isn’t yet ready for synchronized release cycles

Ryan Paul – 21 mai 2008 – ars technica

Le fondateur d’Ubuntu, Mark Shuttleworth a répété son appel aux développeurs des principaux logiciels libres et des distributions Linux pour une synchronisation des développements et des cycles de publication. Il avance que l’adhésion fidèle et universelle à un modèle de parution régulier encouragerait la collaboration entre les projets, assurerait aux utilisateurs l’accès aux dernières nouveautés des applications populaires et ferait de la plateforme Linux une cible plus stable et prévisible pour les vendeurs de logiciels.

Shuttleworth souhaite organiser les principales sorties en trois vagues distinctes, chacune formant un ensemble cohérent. La première vague concernerait les composants fondamentaux comme le noyau Linux, le compilateur GCC, les boîtes à outils graphiques comme GTK+ et les plateformes de développement comme Python et Java. La deuxième vague apporterait les environnements graphiques et les applications tandis que la troisième vague serait composée des distributions.

Bien qu’un cycle de sortie unifié rendrait plus aisée la création d’une distribution Linux, ce concept apporte d’importantes difficultés et n’est que peu gratifiant pour les développeurs de logiciels. Pour parvenir à une synchronisation à grande échelle comme Shuttleworth le souhaite, certains logiciels libres devraient radicalement changer leur modèle de développement actuel et adopter une nouvelle approche qui ne sera pas viable pour nombreux d’entre eux.

Comprendre les cycles de sorties réguliers

Un cycle de sorties régulier nécessite de sortir de nouvelles versions à une fréquence donnée. Le processus de développement pour les projets qui emploient ce modèle implique en général une planification des fonctionnalités prévues et ensuite une implémentation maximale jusqu’à ce que le projet gèle le code lorsque l’échéance approche. À partir de ce moment là, les fonctionnalités qui ne sont pas terminées sont reportées. On se concentre alors sur la correction des bogues et sur l’assurance qualité jusqu’à la date butoir, quand le logiciel est officiellement sorti.

Ce modèle fonctionne bien pour de nombreux projets, en particulier pour l’environnement GNOME. Mais, une conséquence de ce modèle est que les développeurs doivent travailler par incrémentation et il décourage les modifications de grande ampleur, celles qui nécessiteraient plus de temps que n’en offre le cycle. Parfois cet intervalle n’est simplement pas suffisant pour ajouter au code principal et tester des changements d’architecture importants qui sont incubés en parallèle en dehors de l’arbre principal du code.

Quand cela se produit, les développeurs doivent se demander si les avantages de la nouvelle fonctionnalité compensent les effets néfastes de la régression (comme avec l’adoption de GVFS dans GNOME 2.22 par exemple). Ils doivent parfois décider de retirer des fonctionnalités à la dernière minute ou de repousser la date de sortie pour améliorer la stabilité. Ce sont des choix difficiles à prendre et, comme le reconnaît Shuttleworth lui-même, faire ces choix demande beaucoup de discipline.

Même si des cycles réguliers peuvent convenir à certains projets, tenter d’imposer l’adoption de cette approche à tous les projets et ensuite les faire correspondre universellement pourrait gravement endommager le processus de développement. Si les projets deviennent dépendants de la synchronisation, alors un retard à n’importe quelle étape aurait des conséquences sur toutes les autres étapes. Chaque projet subirait alors une pression énorme pour tenir les délais et ce serait néfaste pour le programme et ses utilisateurs finaux.

L’utilisation des branches pour faciliter des sorties régulières

D’après Shuttleworth, de bons outils, en particulier des systèmes de contrôle de version possédant de bonnes capacités de création de branches et de fusion, peuvent rendre ce problème obsolète. Il se réfère spécifiquement à Bazaar, un système de contrôle de version mis au point par Canonical qui s’intègre à la plateforme de développement Launchpad de l’entreprise. J’ai beaucoup testé Bazaar durant ces deux dernières semaines en cherchant des technologies de contrôle de version distribuées et je ne peux qu’être d’accord avec l’argument de Shuttleworth.

Bazaar rend très facile le portage du flot continu de petits changements, du tronc vers les branches, où les fonctionnalités importantes sont développées, afin que ces fonctionnalités puissent être fusionnées sans accroc dans la branche principale quand elles sont achevées. En utilisant cette approche, où la majeure partie du développement est faite dans des branches, le code du tronc est naturellement et systématiquement plus robuste qu’il ne le serait autrement. Shuttleworth va même plus loin encore et théorise que lorsque cette approche est employée en parallèle à des tests automatisés le code du tronc est toujours prêt à être sorti à n’importe quel moment.

« Un ensemble de tests complet vous permet d’être plus ouvert aux gros ajouts au tronc parce que les tests assurent les fonctionnalités que les gens ont avant l’ajout. Un ensemble de tests agit comme un champ de force, il protège l’intégrité du code dont le comportement était connu le jour précédent face au changement perpétuel. » écrivait ainsi Shuttleworth sur son blog.

« La plupart des projets que je finance maintenant ont adopté une politique de tests avant ajout. Les ajouts au tronc sont gérés par un robot qui refuse de valider l’ajout s’il ne satisfait pas à tous les tests. Vous ne pouvez pas discuter avec un robot ! Ce que je trouve beau là-dedans c’est que le tronc est toujours dans un état publiable. Ce n’est pas complètement vrai ; on peut toujours faire un peu plus d’assurance qualité avant de sortir quelque chose, mais vous avez cette garantie que l’ensemble de tests est toujours satisfait. Toujours. »

Les ensembles de tests et les très bons systèmes de contrôle de version peuvent simplifier le développement et améliorer la qualité du code, mais ils ne sont pas la panacée. Shuttleworth surestime largement la capacité de ces outils à pallier aux problèmes associés aux sorties régulières. Des bogues surgiront toujours quand de grosses nouveautés sont fusionnées au code existant et parfois ces bogues nécessitent un report de la date de sortie. Si les développeurs ne peuvent ou ne veulent pas faire cela, la qualité du logiciel s’en retrouvera forcément affectée.

Ubuntu 8.04 est le parfait exemple de la voie à ne pas suivre

Pas besoin de chercher très loin pour constater la baisse de qualité résultante d’un engagement sans compromis à un cycle de sorties régulières. Prenez l’exemple de la dernière version d’Ubuntu. Shuttleworth vante Ubuntu 8.04 comme l’exemple d’une gestion plus intelligente des sorties et soutient que cela démontre la capacité des développeurs à s’en tenir à un programme strict.

« 8.04 LTS représente pour nous un grand pas en avant dans notre conception de la gestion d’une sortie. Pour autant que je sache, jamais une sortie de cette envergure ne s’est faite exactement le jour prévu jusqu’à maintenant, dans le monde des OS propriétaires ou des OS libres. » commente Shuttleworth sur son blog. « Nous avons non seulement démontré que l’on peut préparer une version LTS dans les 6 mois impartis, mais cela prouve également que l’on peut s’engager par anticipation sur un tel cycle LTS. Félicitations aux preneurs de décisions techniques, aux responsables versions et à toute la communauté qui a calqué nos efforts sur le but fixé. »

Ubuntu 8.04, qui est parue le mois dernier, est une version avec support à long terme (LTS pour Long Terme Support), ce qui signifie qu’elle sera maintenue trois ans pour la version Desktop et 5 ans pour la version serveur. Depuis le début, Shuttleworth affirmait aux utilisateurs que la qualité et la fiabilité seraient les mots d’ordre pour la 8.04 et qu’elle serait faite pour durer. Malheureusement, la version n’a pas atteint ces objectifs et est sortie avec quelques bogues importants. Le problème le plus frustrant que nous avons relevé dans notre test d’Ubuntu 8.04 est la configuration défectueuse de PulseAudio, qui affecte à la fois les fonctionnalités audio et vidéo.

Un léger retard aurait permis de résoudre les problèmes de ce genre avant la sortie, mais ce n’est jamais arrivé, peut-être parce que l’engagement de faire la sortie à temps l’a emporté sur l’engagement de la qualité. Mais certains diront qu’une version défaillante n’est pas un problème parce que les bogues peuvent être réparés par des petites mises à jour après sa sortie.

« Les grands déploiements attendent la première ou la deuxième version consolidée de toute façon » fait noter Shuttleworth en réponse à un commentaire sur ton blog (NdT : La sortie de Ubuntu 8.04.1 est prevue pour le 3 juillet). Je me doute que je ne suis pas seul à avoir pensé aux Service Packs de Microsoft en voyant cette remarque. Mais une version officielle n’est-elle pas censée être un gage de qualité ? Si les sorties sont basées sur des jalons arbitraires posés sur une chronologie plutôt que sur une réelle amélioration, alors elles perdent leur sens ou leur pertinence pour les utilisateurs finaux.

D’autres approches

Les cycles de sortie devraient être flexibles et les développeurs devraient pouvoir en ajuster la durée pour qu’ils collent à leur activité. Selon les projets, la culture de développement et les buts peuvent être très différents, les stratégies de publication sont par conséquent différentes. L’appel de Shuttleworth en faveur d’une synchronisation reflète une forme d’incapacité à reconnaître la valeur et la profondeur de la diversité dans la communauté du logiciel libre. Des distributions qui visent des publics différents et qui ont des priorités différentes pourraient ne pas rentrer dans le même moule que les distributions généralistes comme Ubuntu. On retrouve également des logiciels libres multi-plateformes, comme le navigateur Web Firefox par exemple, qui réunissent beaucoup d’utilisateurs sur d’autres systèmes d’exploitation et qui peuvent avoir d’autres priorités que la fréquence de sortie des distributions Linux.

Je tiens à dire quand même que je ne rejette pas catégoriquement les idées de Shuttleworth. Même si je suis vraiment contre une approche descendante et centralisée de la planification des sorties synchronisées je pense qu’il y pourrait y avoir des bénéfices à tirer d’un meilleur alignement du calendrier de quelques distributions principales qui partagent déjà des buts, une technologie et une méthodologie similaires.

La simultanéité des sorties est déjà à l’ordre du jour (Fedora 9, Ubuntu 8.04 et OpenSolaris 2008.05 ont toutes vu le jour à quelques semaines d’intervalle) et je suis convaincu que de meilleurs résultats sont atteignables si on laisse cette tendance se développer d’elle-même. Encourager trop d’interdépendance créerait des risques sévères, on parle d’un domaine où une planification consciencieuse et un calendrier gravé dans la roche seraient à l’origine de plus de problèmes qu’ils n’en résolvent.

Aaron Seigo, développeur KDE, est l’un des détracteurs ayant exprimé des inquiétudes convaincantes et perspicaces au sujet de la proposition de Shuttleworth. Seigo met à plusieurs reprises en avant que le genre de synchronisation que souhaite Shuttleworth améliore l’efficacité d’intégration au dépend de l’efficacité des développeurs, une concession qu’il décrit comme contre-productive car c’est dans le développement que se trouve le richesse des logiciels.

« Mark parle de processus en flux tendu, mais seulement du point de vue de l’intégration ; il existe aussi des processus en flux tendu dans le développement et définir le cycle de développement à l’aune du cycle de sorties, surtout s’il n’est pas bon, érode la fluidité du flux de développement », écrit Seigo sur son blog. « Il ne faut pas oublier que c’est le processus de développement qui fait toute la valeur d’une distribution Linux. La distribution rend cette valeur accessible à grande échelle et crée un autre type de valeur ajoutée par-dessus (le support, le marketing, etc.) mais c’est le développement, pas l’intégration, qui est la source primaire de valeur. Il devrait alors être évident que le processus de développement n’est pas quelque chose qu’on peut prendre comme ça à la légère. »

Seigo propose une alternative qui faciliterait la synchronisation en aval sans nécessiter de synchronisation ou de chamboulement en amont. D’après lui, les distributions devraient gérer par elle-mêmes les sorties en créant leurs propres branches et en tenant compte des contraintes de leurs propres cycles.

« Puisqu’il y a cette volonté en aval pour des cycles de parution synchronisés… pourquoi est-ce que l’aval ne prendrait pas en charge les sorties ? Pourquoi attendre que les tarballs soient livrées devant leur porte pour mettre en place une équipe de publication ? » s’interroge Seigo. « Pourquoi ne pas demander à la communauté d’intégration (les vendeurs de systèmes d’exploitation en gros) de coordonner leur efforts pour créer une branche en vue d’une sortie à un moment donné, moment qu’ils définissent eux-mêmes, et travailler avec l’amont pour la stabilisation de cette branche ? Plutôt que d’espérer que l’amont fasse ce qu’ils désirent, pourquoi ne peuvent-ils pas regrouper un tas de gars des communautés de chez Novell, Red Hat, Debian, Mandriva, MacOS et Microsoft, de chez Canonical ou encore de chez n’importe qui qui voudrait s’impliquer et offrir un vrai processus sérieux de sortie par lequel l’amont pourrait s’intégrer naturellement ? »

Les suggestions de Seigo sont plus viables que les propositions de Shuttleworth. Elles permettraient aux distributions Linux de bénéficier des avantages pratiques de la synchronisation dont bénéficieraient également les utilisateurs finaux sans avoir à bouleverser ou synchroniser le développement en amont. Cela engendrerait cependant un coût additionnel et un défi nouveau pour les distributeurs et leur ferait porter le poids de la gestion des sorties. Seigo assure que si les distributeurs veulent vraiment des sorties synchronisées en aval autant que ça ils seront prêts à accepter cette charge supplémentaire et trouveront un bon moyen pour y parvenir.

Il est bien probable que cette discussion dure pendant encore quelques temps à mesure que les acteurs principaux pèsent le pour et le contre. La communication a déjà fait avancer le débat de bien des manières et a déjà fait émerger des alternatives attirantes et des variations de la proposition initiale. Le résultat final pourrait avoir des implications importantes sur la gestion des sorties par les logiciels libres et les distributions, mais pour l’instant aucune des idées proposées n’est suffisamment mature pour être appliquée à grande échelle.

Notes

[1] Traduction : Olivier – Relecture : Daria – Café : Framalang.




Plus qu’une simple histoire d’argent

L’un des gros challenges qui nous attend est le développement de la culture du don, qui nécessite souvent de quitter certaines habitudes héritées de la culture du gratuit (entretenues par une économie classique qui ne nous voit pas autrement qu’en simple consommateur).

Dans ce contexte cette petite histoire a peut-être valeur d’exemple pour ne pas dire de symbole. Quand l’excellent lecteur audio Amarok intègre l’excellent site musical Magnatune dans son logiciel, il le fait spontanément, parce qu’il pense que c’est un plus pour ses utilisateurs. Mais quand Magnatune s’aperçoit alors que ça leur apporte des visiteurs mais aussi des sous puisque ces visiteurs achètent des titres, alors il décide spontanément lui aussi de faire quelque chose en retour…

Une traduction LVI pour Framalang.

Copie d'écran - Magnatune

Donner de l’argent pour l’Open Source

Giving money to open source

John Buckman – 28 avril – Magnatune (blog)

Il y a un an et demi, l’excellent lecteur de musique sur GNU/Linux Amarok a ajouté un support étendu pour Magnatune. Le programmeur, Nikolaj Hald Nielsen, a fait cela de sa propre initiative, simplement parce qu’il trouvait que ce serait une chose élégante à inclure dans son lecteur de musique favori, et parce qu’il appréciait Magnatune et la philosophie derrière son business model.

J’aime vraiment Amarok, et je me suis alors engagé à offrir 10% du produit des ventes de Magnatune apportées par Amarok. J’étais aussi tellement content de la qualité du travail de Nikolaj, que je l’ai embauché, et maintenant il passe 50% de son temps pour Magnatune, et je le paie pour qu’il passe les 50% restant pour Amarok.

Je suis vraiment très heureux d’annoncer que les utilisateurs d’Amarok ont acheté une belle quantité de musique sur Magnatune. Ils peuvent écouter gratuitement la musique depuis Amarok, et les albums en streaming apparaissent dans Amarok comme si c’était de la musique en local, et ils peuvent facilement acheter la musique dans différents formats ouverts.

Jusqu’ici, Amarok a apporté 11 557 $ de ventes de musique sur Magnatune !

Ce matin, j’ai fait de bon coeur une donation de 1 155,70 $ à Amarok.

J’ai également fait la même offre à Rhythmbox, un autre bon lecteur de musique pour Linux, et je vais bientôt leur envoyer un don. Leur support intégré pour Magnatune est lui aussi excellent, et je l’ai personnellement utilisé pour écouter notre propre musique issue de Magnatune.

Rhythmnox est installé par défaut dans la toute récente et ultra-populaire Ubuntu 8.04.

Mark Shuttleworth, la force derrière Ubuntu, a récemment déclaré ceci :

« Je suis particulièrement ravi que nous supportions Magnatune, qui a imaginé un très bel avenir pour l’industrie de la musique, Le problème avec l’industrie de la musique n’est pas les musiciens ; ça n’est pas la musique ; et ce ne sont pas les téléchargements. Ce sont les compagnies de disques. Alors, avoir une compagnie de disques qui dise : Il y a une autre manière de travailler semble être quelque chose de positif que nous pouvons soutenir. Et ça, c’est super ! »

J’ai parlé au programmeur qui est derrière le support de Magnatune pour Rhythmbox, et il prévoit d’y ajouter un tas de fonctionnalités cet été. Cool !




Annonce de la sortie d’Ubuntu 8.04 LTS par Mark Shuttleworth

N’ayant pas l’obsession de coller à l’actualité, c’est avec un léger train de retard que nous tenions à saluer la sortie de la nouvelle version d’Ubuntu, la 8.04 LTS (nom de code : The Hardy Heron).

Pour ce faire nous avons choisi de traduire[1] la courte mais enthousiaste annonce de son pygmalion Mark Shuttleworth sur son blog.

PS : La dernière phrase est une allusion directe à la série Heroes. Ceux qui connaissent comprendront et ceux qui connaissent pas se le feront gentiment expliquer dans les commentaires par ceux qui connaissent (du moins l’espère-je).

Art Work - Ubuntu - The Hardy Heron

Le Héron prend son envol

The Heron takes flight

Mark Shuttleworth – 24 avril 2008

Chaleureuses félicitations à toute la communauté Ubuntu pour le lancement réussi de 8.04 LTS. Ce fut notre meilleur cycle de release, depuis la planification à l’UDS-Boston l’an dernier, où nous avons accueilli de nombreuses équipes et entreprises, jusqu’au processus de bêta, qui a attiré tant de tests et de patches. Je crois que nous pouvons à juste titre être fiers de la qualité de 8.04 LTS. Du code à la documentation, des traductions au soutien, ce fut un effort collectif dans le but commun de livrer la meilleure expérience de logiciels libres au public le plus large possible. Que Hardy soit à la fois durable et adorable.

J’ai pleinement conscience du fait qu’Ubuntu est la partie émergée d’un très gros iceberg – nous sommes un vecteur, mais nous n’existons que grâce au dévouement et aux efforts extraordinaires de milliers d’autres communautés et projets. Nous sommes tous extrêmement redevables à l’équipe qui maintient le dépôt « unstable » de Debian, et bien sûr à tous les projets en amont, de GNOME à KDE jusqu’au noyau Linux. Nous espérons que vous serez fiers des conditions dans lesquelles nous avons poursuivi votre excellent travail pour le présenter aux utilisateurs d’Ubuntu.

Bref, bravo à tous ! J’espère que les amis, la famille, les collègues et les autres auront l’opportunité de l’essayer et de comprendre pourquoi nous nous sommes tellement investis dans ce projet. Notre travail a une profonde importance – nous aidons à amener le logiciel libre à un autre niveau d’acceptation et d’adoption dans le monde. La réussite d’Ubuntu s’ajoute à celle des logiciels libres. Autant cela représente une expérience agréable, stimulante, unique, une profession pour certains et une passion pour d’autres, autant cela contribue également à changer le monde. Je n’irai pas jusqu’à crier « Save the cheerleader, save the world », mais pour moi, vous êtes tous des Heroes.

Mark

Notes

[1] Traduction : Yonnel.




Le deuxième effet kiss cool du logiciel libre

Une courte traduction[1] sous la forme d’un témoignage sans prétention qui illustre bien la mise en relation, internationale et dans un certain état d’esprit, que permet et induit le logiciel libre.

C’est Ubuntu qui est mis en valeur ici (et en France on n’est pas en reste d’ailleurs avec le très convivial et compétent Ubuntu-fr) mais les vertus et attitudes évoquées ici valent je crois pour l’ensemble de la communauté.

Au delà du fait d’avoir à disposition des programmes de grande qualité, le logiciel libre c’est aussi ce petit supplément d’âme que d’aucun comme moi apprécie tout particulièrement…

Copie d'écran - DThomasDigital

L’effet secondaire (positif) de l’utilisation d’Ubuntu

The Unexpected (good) side effect of using Ubuntu

David Thomas – 24 mars – dthomasdigital.wordpress.com

Je suis un adepte d’Ubuntu, je fais parti de ces convertis depuis deux ans maintenant et Ubuntu a répondu à toutes mes attentes en matière d’informatique. Même les jeux sur Ubuntu commencent à être matures et je remarque que j’ai remplacé Wine au profit de jeux disponibles directement sur Linux. Je connais bien désormais la puissance d’Ubuntu et j’utilise de nombreuses applications critiques dont dépend mon entreprise sur cette même plateforme.

Puis il est arrivé une chose à laquelle je ne m’attendais pas. Lentement mais sûrement à mesure que je m’impliquais dans la communauté Ubuntu j’ai appris beaucoup de choses sur le vaste monde qui m’entoure en apprenant à connaître des gens et des cultures de divers horizons. J’ai commencé ce blog puis j’ai intégré le Planet Ubuntu Users. Ceci m’a permis de rencontrer gouki, je crois bien qu’il vient du Portugal. C’est lui qui est en charge de Planet Ubuntu Users, j’adore son site, il est simple mais fantastique.

Un jour mes billets cessent d’apparaître sur le Planet. En en cherchant la cause j’ai découvert que je n’étais pas le seul dans ce cas, parmi les autres personnes il y avait Isabelle Duchatelle qui vient de France. C’est une personne d’une grande finesse et j’ai appris plusieurs petits trucs grâce à ces billets. Après quelques échanges d’e-mails on a trouvé la source du problème et nous étions de retour sur le Planet.

Peu après ça mon implication dans le Ubuntu Users Group près de chez moi s’est accrue et en posant des questions à droite à gauche j’ai échangé quelques courriers avec le légendaire Jono Bacon de Grande Bretagne. C’est une personne qui est toujours prête à aider et à vous faire découvrir un groupe dont vous n’aviez jamais entendu parler. Pour moi qui adore la musique, rien que ça rendait nos échanges intéressants.

Grâce à Ubuntu je me suis retrouvé impliqué dans Software Freedom Day, la Document Freedom Day et dans l’Open Discussion Day. J’y ai fait la connaissance de gens venant du Nigéria, de Malaisie, d’Inde, d’Amérique du Sud et encore plein d’autres pays. Ce qui m’est arrivé à une échelle plus petite est tout aussi incroyable. Notre Ubuntu Users Group local est devenu un groupe officiel et nous avons commencé quelques projets avec succès. J’ai aussi été impliqué avec les équipes américaines et j’ai fait la connaissance de gens géniaux comme Aaron Toponce.

Soit, mais alors de quel effet secondaire s’agit-il ? Et bien, lorsque j’utilisais Windows j’étais comme dans un cocon à trimer chaque jour et une chose est sure c’est que je me suis jamais intéressé au blog de Bill Gates comme je m’intéresse aujourd’hui à celui de Mark Shuttleworth et même si j’adore les autres distributions Linux (je vis au Nouveau Mexique et Gentoo aura donc toujours place à part dans mon cœur) Ubuntu m’a attiré dans une communauté, une communauté de gens qui veulent vraiment rendre l’informatique libre et ouverte.

C’est une communauté qui traite les débutants avec autant de respect qu’elle traite ses membres de la première heure. J’ai vraiment beaucoup appris durant ces deux dernières années et cette année je ferai une présentation à Ubuntu Live (hey les gars qui s’occupent d’Ubuntu Live, vous pensez pas que vous pourriez revoir le prix de l’inscription ?), ça sera l’occasion pour moi de serrer des mains et de remercier la communauté dont je suis tombé amoureux. Alors oui, je dirais que c’est un effet secondaire plutôt positif pour un gars comme moi qui ne savait même pas situer le Nigéria sur une carte il y a à peine deux ans.

Notes

[1] Merci à Olivier (from Fralamang) pour la traduction.




Les DRM sont inefficaces d’après Mark Shuttleworth d’Ubuntu

Eliminate DRM - semaphore_ - Flickr - CC-BY

Deuxième traduction[1] du blog de Mark Shuttleworth connu entre autres choses pour être à l’initiative de la célèbre distribution GNU/Linux Ubuntu.[2]

Il devient de plus en plus difficile pour les partisans des DRM de défendre et justifier leurs positions.

Combien de temps tiendront-ils encore ?

Mark Shuttleworth - blog - screenshot

Note aux ayant-droits : les DRM sont inefficaces

Note to content owners: DRM doesn’t work

Mark Shuttleworth – 7 avril 2007

Certaines idées sont vouées à l’échec, mais suffisamment séduisantes pour certaines personnes pour qu’elles soient condamnées à être essayées encore et encore.

Les DRM en font partie.

Je me suis réjouis de voir, il y a peu, que les clés de chiffrement pour *tous* les disques HD émis jusqu’à aujourd’hui avaient été découvertes et publiées. J’ai espoir que cela aboutira au dévoilement des schémas de protection de contenu des Blu-Ray et HD-DVD avant que ces lecteurs n’aient atteint 1% de leur marché potentiel. C’est en effet une bonne nouvelle puisqu’elle pourrait amener les gens qui implantent de telles protections à reconsidérer leur position.

On est déjà passé par là. Le système de chiffrement DVD-CSS a été cracké très rapidement, avec style et légalement. Les ayant-doits, Hollywood Inc, étaient scandalisés et ont poursuivi toute personne faisant simplement référence au logiciel libre qui pouvait accomplir ce décryptage simple. Ils ont utilisé le DMCA pour renforcer les lois sur le droit d’auteur bien au delà de son but originel. Ils se sont comportés comme un cerf pris dans les phares, aveuglés par la vision apocalyptique d’un monde où leur contenu circule rapidement et efficacement, sans pouvoir entrevoir une issue sûre alors que les phares se rapprochent. Leur marché changeait, ouvrant de nouvelles possibilités et de nouvelles menaces, et ils voulaient ralentir le rythme de ce changement.

Les ayant-droits pensent que les DRM peuvent ralentir l’évolution naturelle du marché.

En ce qui concerne les films, une des raisons principales de l’adoption des DRM a été le refus de l’industrie de sortir de l’ère de l’anologique. Les films sont en général envoyés aux salles de cinémas sous forme de films en celluloïd, de grosses bobines de celluloïd. L’impression et la distribution de ces films aux cinémas qui vont les montrer coûtent très cher. La stratégie de sortie de la plupart des films était donc définie par les contraintes du monde réel. Les studios imprimaient donc un certain nombre de pellicules et les envoyaient aux cinémas dans quelques pays. Quand la diffusion est achevée ici alors ces films sont envoyés dans de nouveaux pays. C’est la raison pour laquelle les films sortent en général à des dates différentes dans différents pays. C’est purement et simplement dû à des contraintes physiques liées à l’organisation des déplacements de morceaux de celluloïd et cela n’a plus sa place dans notre ère de distribution numérique, instantanée, mondiale.

Evidemment, quand les DVD sont apparus, les ayant-droits ne voulaient pas que les gens achètent le DVD aux USA et se le fassent envoyer en Australie avant même que le film ne passe dans les cinémas là-bas. D’où la lésion cérébrale que nous appelons zonage, les ayant-droits ont implanté la protection CSS afin que le DVD ne soit pas seulement chiffré mais aussi pour qu’il contienne un marqueur de zone qui est censé l’empêcher d’être lu ailleurs que sur le marché pour lequel il a été prévu. Si vous vivez en dehors des USA et que vous avez déjà essayé de lire un por^Wo petit documentaire des USA vous saurez de quoi je parle en disant lésion cérébrale : vous ne pouvez pas le lire en dehors des USA et la demande dans votre zone n’est pas suffisante pour justifier une version spécifique à votre région, alors tant pis pour vous.

La vérité est que la survie sur un marché dépend de votre capacité à vous adapter aux possibilités. L’industrie cinématographique doit faire de gros efforts pour adopter une distribution numérique mondiale, cela leur permettra d’organiser des sorties mondiales le même jour (modulo la traduction), de la même manière que vous et moi pouvont tout voir sur Youtube le jour où c’est mis en ligne.

La vérité est aussi que, alors que l’horizon change, la viabilité des modèles économiques se fait et se défait. Ceux-là même qui tentent d’imposer les lois de l’analogique à du contenu numérique vont se retrouver du mauvais côté du raz-de-marée. Tant pis pour vous. Il est nécessaire d’innover (encore, parfois!) et rester à la pointe, peut-être même d’être disposé à cannibaliser vos propres marchés, bien que pour être honnête cannibaliser ceux des autres est bien plus attirant.

Voici quelques vérités :

  • Tous les DRM ayant une clé de chiffrement hors-ligne seront crackés. Peu importe si cette clé est conservée pour la plus grande partie sur du matériel protégé, car tôt ou tard l’un des maillons sera brisé. Et si vous voulez que vos produits soient visibles sur la plupart des PC il vous faudra des logiciels de lecture. Ils sont encore plus facilement crackables. Donc, même si vous essayez de protéger chaque connexion analogique (mon idée préférée est de faire pression pour chiffrer la liaison entre le matériel hifi et les hauts-parleurs!) quelqu’un, quelque part aura accès à votre contenu brut. Le seul effet que cela aura est l’augmentation du prix du matériel. Je me demande quel est le coût de tout le chiffrement associé au HD-DVD/Blu Ray, quand vous prenez en compte la complexité, le design et le coût séparé de l’IP, du matériel et du logiciel pour chaque appareil HD qui existe.
  • L’alternative au stockage hors-ligne de la clé est l’accès uniquement en flux continu et ce n’est pas non plus protégeable. Le système de flux classique, la diffusion par voie hertzienne, a été hacké quand les magnétoscopes sont apparus et c’était vu comme une utilisation normale. Aujourd’hui l’une des radios numériques diffusée par satellite (Sirius ou XM je crois) est accusée par les ayant-droits pour leur soutien à des appareils qui permettent d’enregistrer leur signal de qualité CD sur des lecteurs MP3. Les services de streaming par le web qui ne permettent pas l’enregistrement local du contenu sont une forme inutile de protection, facilement et régulièrement contournés. Et évidemment, tout le monde ne souhaite pas forcément être connecté pour avoir accès à vos programmes.
  • Un crack suffit. Pour n’importe quel fichier numérique, il suffit d’une copie non protégée et vous pouvez être sûr que tous ceux qui le veulent l’auront. Que ce soit un logiciel sur un site de warez ou un MP3 sur un service de téléchargement en Russie ou un réseau de partage de fichiers, vous ne pouvez pas colmater toutes les brèches. Reconnaissez-le, soit les gens veulent vous payer pour vos fichiers soit ils ne veulent pas et la meilleure stratégie que vous puissiez adopter est de rendre les choses aussi simple que possible pour ceux qui veulent rester en accord avec la loi. Cela ne se traduit pas par des poursuites contre des grands-mères ou des enfants, cela se traduit par un accès pratique au contenu qui permet à chacun de faire ce qui est juste, facilement.
  • Quelqu’un trouvera un modèle économique qui ne dépendra pas de l’ancienne conception et si ça n’est pas vous alors ils vous mangeront tout cru. Vous allez sûrement leur intenter une action en justice, mais ça ne sera qu’une manœuvre défensive tandis que l’industrie subira une réforme autour de ce modèle économique, sans vous. Et quand je parle d’industrie je ne parle pas de vos adversaires, ils se trouveront sans doute dans la même impasse, mais de vos fournisseurs et de vos clients. Ce sont les distributeurs de contenu qui courent un risque ici, pas les créateurs ou les consommateurs.

La peur de l’industrie musicale de Napster les a poussé dans le cul-de-sac des DRM. Microsoft, Apple, Sony et d’autres compagnies encore ont développé des systèmes de DRM et les ont présentés à l’industrie musicale comme l’approche "saine" de la distribution de musique en ligne. C’était un bel argument : "Tous les avantages de la distribution en ligne avec tous les avantages économiques des vinyles", en résumé.

Parmi les prétendants, Sony a clairement été écarté parce qu’ils font partie des ayant-droits et il était hors de question que le reste de l’industrie paye une taxe technologique à l’un de leur concurrent (un peu comme le système Symbian de Nokia qui n’a jamais rencontré le succès chez les autres grands groupes comme il était trop lié à Nokia). Microsoft n’entrait pas dans la compétition, parce qu’ils sont évidemment trop puissants et que l’industrie musicale pouvait voir un coup d’état venir à des kilomètres. Mais le mignon petit Apple ne pouvait faire de mal à personne! Alors iTunes et AAC ont été accueillis les bras ouverts et Apple a réussi à s’approprier un quasi-monopole sur la distribution et la lecture de musique numérique légale. Apple a magnifiquement joué le jeu et a su profiter pleinement de la peur de l’industrie musicale.

L’appel récent de Steve Jobs, à l’intention de l’industrie musicale pour abandonner les DRM, a apporté une douce touche d’ironie, donnant à Apple l’avantage moral. Très très bien joué en effet !

Il y a quelques années j’étais à Davos, au Forum Economique Mondial. Ça devait être en 2002 ou 2003, quelques années après que la bulle Internet ait éclatée. C’était le tout début de l’iPaq, chacun à la conférence s’en était vu prêter un. Je me souviens très bien assister à une session qui était plus ou moins un confessionnal pour dirigeants, une sorte de fête de l’absolution par reconnaissance de stupidité. Les uns après les autres, des grands noms se sont succédés pour raconter des histoires d’épouvantes à propos de comment ils ont laissé les internés diriger l’asile et autorisé des jeunes, de vingt ans et quelques, à leur dire comment dépenser le capital de leurs actionnaires sur des projets .com. J’ai vraiment trouvé ça intéressant puisque j’ai passé toute la période .com à dire aux grandes entreprises de ne PAS sur-investir et se concentrer sur leurs relations avec leurs clients et partenaires de l’époque en utilisant le net, pas de conquérir le monde du jour au lendemain.

Mais le meilleur vint à la toute fin, quand le chef de Sony USA, également en charge de la division musicale, Sir Stringer, s’est présenté pour soulager sa conscience. Il pavoisait avec éloquence sur comment Sony n’avait PAS investi dans les .com et donc sur comment on se sentait en étant la seule personne dans la salle qui ne s’était pas fait avoir par des enfants. C’était un discours très amusant, très fin qui lui a valu des applaudissements et des rires. J’étais là à me demander s’il avait la moindre idée de combien de chansons pouvaient tenir dans l’iPaq dans sa poche ou combien de temps ça prendrait de les télécharger. Je ne pense pas. De tous les directeurs qui ont parlé ce jour là, j’ai pensé que ce serait probablement lui qui sera fortement touché, et rapidement, par la locomotive numérique.

Sir Stringer est maintenant Chef de la direction de Sony monde. Il est amusant alors que la PS3 de Sony ait dû être retardée pour terminer le travail sur son système de DRM.

C’est sûr maintenant, certaines mauvaises idées sont trop attirantes pour mourir.

Notes

[1] Merci à Daria, Olivier et Yostral de Framalang pour cette traduction.

[2] L’illustration est une photographie de semaphore_ issue de Flickr et sous licence Creative Commons BY.




De la difficulté du Linux inside chez Dell et ailleurs par Mark Shuttleworth d’Ubuntu

Mark Shuttleworth - by Stopped. - Flickr

La société Dell a ouvert mi-février un site boîte à idées (le Dell IdeaStorm) où elle invitait les internautes à exprimer leurs desiderata en matière de produits (soit en émettant une idée originale, soit en votant pour une idée déjà éditée). Résultat des courses : un gros buzz mais surtout un véritable plébicite pour Linux et les logiciels libres.

La première proposition qui récolte à ce jour plus de cent mille suffrages (et plus de mille commentaires) concerne la pré-installation de Linux (accompagné ou non de Windows)[1]. Je ne sais si Dell s’attendait à un tel engouement mais toujours est-il qu’il fallait bien faire quelques chose après avoir ouvert la boîte de Pandore. Et c’est ainsi que Dell met en ligne jusqu’au 23 mars prochain un questionnaire afin de mieux étudier une éventuelle intégration de Linux dans ses gammes grand public. On notera que le choix des distributions par défaut sont : Novell/SuSE Linux Desktop, Red Hat Enterprise Desktop, Fedora, OpenSUSE et Ubuntu (mais on peut ajouter la suggestion de son choix).

Du coup le big boss d’Ubuntu Mark Shuttleworth, a pris sa plus belle plume pour nous faire part sur son blog de son avis sur le sujet. On peut lire entre les lignes qu’il aimerait bien qu’Ubuntu fasse partie des heureux élus mais il va surtout beaucoup plus loin en analysant pourquoi selon lui Linux a du mal à occuper nativement les PC neufs. Et de proposer quelques pistes pour y remédier.

Une traduction que nous devons à notre dream team Framalang : Olivier, GaeliX et DonRico.

Pré-installer Linux

Le fait que l’idée la plus soutenue de l’IdeaStorm lancé par Dell soit la pré-installation de Linux (sous la forme de Ubuntu | Fedora | OpenSuSE) a suscité beaucoup d’attention. À vrai dire, la question ne se pose plus de savoir si une pré-installation de Linux est une idée populaire chez les consommateurs. Pourquoi alors est-il si difficile d’acheter un PC aux États-Unis ou en Europe avec Linux (Linux seul idéalement) sur le disque dur ?

Les détails, comme toujours, c’est là que le bât blesse.

Premièrement, les marges sur les PC sont très minces.

Il en découle deux conséquences significatives. La première, et c’est la plus importante, c’est que les fonds alloués par Microsoft pour le marketing croisé représentent une part de poids dans les marges de bon nombre de grands revendeurs de PC. Faire un pied de nez au géant peut certes être amusant, mais c’est risqué. Si Microsoft réduit la contribution marketing par PC allouée à un certain revendeur, celui-ci se retrouve avec un gros handicap financier vis-à-vis de ses concurrents. Par conséquent, l’un des problèmes majeurs auquel est confronté un revendeur ou un constructeur lorsqu’il envisage la pré-installation de Linux, c’est l’impact que ce choix aura sur ses relations avec Microsoft — c’est-à-dire un risque de résultats inférieurs.

Pratiquer de faibles marges implique que toute interaction avec un client ou un appel au support client peut réduire le profit à néant, pas seulement pour cette vente mais pour bien d’autres également. Le pire scénario étant quelqu’un qui achète un ordinateur au prix le plus bas sur le site web d’un marchand en pensant que la machine est livrée avec Windows. Ensuite il téléphone, furieux parce que "ça ne marche pas avec le jeu qu’il essaye d’installer". Un client qui achète Linux par accident sans savoir ce que cela signifie coûte très cher à une entreprise qui fait relativement peu de profit sur le secteur des produits bas de gamme. Pour cette raison, je ne pense pas que cela ait un sens pour Walmart de proposer des PC d’entrée de gamme basés sur Linux, aussi n’avons-nous jamais fait pression sur un revendeur américain ou européen pour qu’il tente la pré-installation d’Ubuntu, à moins que celui-ci puisse, à notre sens, isoler le marché d’acheteurs qui veulent vraiment Linux de ceux qui recherchent juste une super offre sur un "ordinateur (Windows)".

Deuxièmement, nous, partisans des logiciels libres, sommes une foule exigeante et très difficile à satisfaire. Vous savez comment vous êtes, vous vous asseyez et configurez votre Dell dans les moindres détails, vous voulez un modèle particulier de portable HP, vous voulez celui avec le circuit graphique Intel, pas l’autre puce, parce que vous privilégiez l’approche des pilotes libres d’Intel… vous êtes, en résumé, un client expert et exigeant. Ce qui signifie que pour nous atteindre grâce à Linux, un revendeur devrait proposer Linux PARTOUT, pas seulement sur quelques modèles.

Pire encore, nous ne sommes pas des utilisateurs "Linux", nous sommes des utilisateurs de la version 6.06.1 d’Ubuntu, de la version 10.2 de SuSE ou de Fedora 6. Nous voulons une distribution particulière, et dans de nombreux cas une VERSION spécifique de cette distribution. Afin de nous satisfaire, le vendeur devrait offrir une large palette de possibilités, machine et distribution/version.

C’est une proposition coûteuse.

Alors que peut-on faire pour qu’on réponde à nos attentes ?

Tout d’abord, nous pouvons aider les vendeurs à avoir un aperçu plus détaillé de la nature réelle de la demande. Par exemple, voilà un sondage réalisé par Dell qui, je suis sûr, aidera à orienter leurs décisions pour vous aider à trouver une offre Linux chez eux:

http://www.dell.com/linuxsurvey/

L’idéal, bien sûr, serait que ce genre de sondage ne soit pas limité à un vendeur afin que nous puissions donner notre avis une fois et le voir pris en compte par toute l’industrie, mais c’est déjà ça. (L’idéal serait aussi que Dell considère Ubuntu comme étant supporté par la communauté mais également par une société – mais ça, c’est une autre histoire 🙂 )

Ensuite, nous pouvons réfléchir à des moyens qui permettraient de changer le modèle afin qu’il y ait une meilleure adéquation entre les attentes des clients et les contraintes économiques de l’industrie. Par exemple, si vous êtes de ceux qui ont voté pour la pré-installation de Linux sur le forum Dell IdeaStorm, seriez-vous heureux de recevoir un ordinateur Dell sans OS et un CD d’Ubuntu dans la boîte, que vous devriez installer vous-même sans l’aide de Dell ? Et que diriez-vous si on vous donnait l’assurance que l’ensemble des composants que vous avez installés "devraient" marcher, mais sans garantie ? Peut-on ajuster ces paramètres jusqu’à obtenir votre satisfaction, tout en laissant à Dell des profits corrects pour une prise de risque raisonnable ? Résolvez ce problème et je pense que nous ferons un pas vers l’éradication du Bug #1[2]

Addendum :

Bien sûr, certains revendeurs se spécialisent dans la pré-installation de Linux. Mon préféré étant System76, qui propose une grand choix de portables et de PC de bureau avec, entre autres, Ubuntu pré-installé. Bravo à eux pour avoir déniché ce secteur du marché et réussi à y connaître le succès.

Mark Shuttleworth, le 14 mars 2007

Notes

[1] On notera qu’en proposition numéro 2 arrive une autre excellente idée : la pré-installation d’OpenOffice.org.

[2] NdT : Ce "bug #1", clin d’œil des développeurs d’Ubuntu, peut se traduire ainsi : « Microsoft possède la plus grosse part du marché des PC actuels. C’est un bug qu’Ubuntu souhaite corriger. »