Collaborer pour un design plus accessible : l’exemple d’Exodus Privacy

Quand on prend conscience qu’un site web destiné au grand public devrait être plus facile à aborder et utiliser, il n’est pas trop tard pour entamer un processus qui prenne en compte les personnes qui l’utilisent… L’association Exodus Privacy prend la plume sur ce blog pour raconter comment elle a, avec Maiwann, une UX designeuse, amélioré l’interface de sa plate-forme d’analyse.

Exodus Privacy est une association loi 1901, créée en octobre 2017 et dont le but est d’apporter plus de transparence sur le pistage par les applications de smartphones. Dès le premier jour, le public visé était un public non-technique, afin de lui permettre de comprendre et de faire des choix éclairés.

Parmi les outils que nous avons développés, la plateforme εxodus permet d’analyser les applications gratuites du Google Play store et d’en indiquer les pisteurs et les permissions. Cette plateforme a été très utilisée dès son lancement, mais elle n’était pas facile d’utilisation pour les néophytes.

Comme nous n’avions ni le temps ni les compétences en interne, nous avons décidé de rémunérer une personne experte pour adapter notre plateforme à ce public de non-spécialistes. Il nous paraissait important d’avoir une personne qui comprenne qui nous sommes et quelles sont nos valeurs, nous nous sommes tourné·e·s vers Maiwann, UX designeuse.

Exodus Privacy : Maiwann, peux-tu expliquer qui tu es et ce que tu fais ?

« Bonjour, bonjour ! Je suis Maiwann, UX·UI Designer dans la vie, amoureuse du libre et du travail éthique. Je suis aussi membre de Framasoft depuis quelques mois. Je fais beaucoup de choses variées au niveau numérique, mais qui peuvent se résumer en : du design (au sens « conception » du terme).

Du coup je vais rencontrer des utilisateurs et utilisatrices, leur poser des questions pour comprendre quels sont leurs besoins et leurs frustrations, les observer utiliser des logiciels et voir où ça coince, puis je réfléchis à la manière de répondre à leurs problèmes en concevant des parcours fluides. Et enfin je peux faire des maquettes graphiques pour donner un peu « corps » à tout ça ^_^ C’est d’ailleurs exactement ce qu’il s’est passé ici ! »

D’abord, définir les personnes concernées…

Ce projet devait se dérouler en plusieurs phases et il partait bien des besoins du public. Pour mieux comprendre cette étape, voici un petit extrait d’une conversation de septembre 2018 entre Exodus Privacy et Maiwann :

Maiwann : Quel est votre public-cible ?
Exodus Privacy : Le grand public, bien entendu !
Maiwann : il va falloir préciser un peu plus, car à s’adresser à tout le monde on ne s’intéresse véritablement à personne 🙂

Cela nous a obligé·e·s à réfléchir justement à ce que nous mettions derrière ce terme qui nous paraissait pourtant si évident. Nous avons donc défini deux groupes plus précis de personnes.

Nous voulions tout d’abord faciliter la vie aux médiateurs et médiatrices numériques car nous sommes convaincu·e·s que ces personnes sont les mieux placées pour pouvoir accompagner le plus grand monde à mieux appréhender les outils numériques. Nous les avons donc incluses dans les personnes visées.

Nous avons co-délimité une deuxième cible : des personnes non-techniques et curieuses, prêtes à passer un peu de temps à réfléchir à leur vie privée sur téléphone.

Puis formuler les besoins

Le mois de janvier 2019 a permis à Maiwann de mener 14 entretiens avec des personnes correspondant aux profils sus-cités, trouvées par le réseau d’Exodus Privacy ou par les réseaux sociaux :

 

Laissons Maiwann raconter cette étape :

« Grâce aux réponses sur les réseaux sociaux et sur Cryptobib et Parcours numérique, des listes de diffusion pour médiateur·ices du numérique, j’ai pu discuter avec les 2 catégories de public que nous avions définies ! Ensuite, pour chacun·e, il s’agissait de s’appeler soit par téléphone soit en visio-conférence, de vérifier qu’iels étaient bien dans le public visé, et de discuter pendant à peu près une heure. L’idée était de voir où étaient les manques, pour savoir de quoi εxodus avait besoin prioritairement : une refonte du site ? De l’application ? Une campagne de communication pour faire connaître leurs actions ? Ce sont les entretiens qui allaient nous permettre de le savoir !

Je demandais aux médiateur·ices comment est-ce qu’iels menaient leurs ateliers, et comment la question du téléphone était abordée. Et j’ai découvert que, si le discours pour protéger sa navigation sur un ordinateur était très rodé, le téléphone était un sujet compliqué car… les médiateur·ices n’avaient pas de réponse lorsqu’on leur demandait comment agir !

C’était d’ailleurs un cas identique pour les personnes qui répondaient individuellement : elles avaient bien conscience de l’enjeu de vie privée vis à vis de leur téléphone, même si ce que faisaient ces pisteurs n’était pas toujours très clair, mais ne voyaient de toute façon pas du tout ce qu’il était possible de faire pour améliorer les choses !

Après tous ces appels, j’avais de grands axes récurrents qui se dégageaient. J’ai donc dessiné un petit résumé schématique, et nous nous sommes appelé·e·s le 28 février pour discuter de tout ça et de ce sur quoi on partait. »

 

Une fois le diagnostic posé (il y a X pisteurs dans telle application), la personne se retrouve bloquée avec des questions sans réponses :
– Ok, il y a des pisteurs, mais on fait comment pour faire autrement ?
– Qu’est-ce que ça fait réellement, un pisteur ?

Ces questions, que nous avions par ailleurs régulièrement en conférence, par mail ou sur les réseaux sociaux, nous ont permis de nous interroger sur le positionnement de l’association. En effet, nous avons toujours défendu une démarche scientifique, qui montre « les ingrédients du gâteau », mais ne porte pas de jugement de valeur sur tel pisteur ou telle application… et donc ne valorise pas de solution alternative.

Après discussions, nous avons convenu de l’importance de pouvoir apporter des outils de compréhension à ces personnes, afin que celles-ci puissent, encore une fois, décider en connaissance de cause. L’idée était donc de créer une page qui explique les pisteurs, une page qui explique les permissions et enfin une qui répond à la question « et maintenant, que puis-je faire ? », en proposant un panel d’outils, de réflexes et de ressources.

La conception des maquettes

C’était donc à nouveau à Maiwann de travailler. Tu nous racontes comment tu as débuté les maquettes ?

« J’ai repris les schémas-bilans des entretiens pour définir les parcours principaux des utilisateur⋅ices :

Arriver sur le site => Chercher le rapport d’une application => Comprendre ce qu’est un pisteur ou une permission => Trouver comment améliorer la situation.

L’enchaînement entre ces actions devait être facilité dans le nouveau parcours, et le contenu non-existant (ou non intégré) mis en avant. Par exemple, pour « qu’est-ce qu’un pisteur », εxodus avait déjà réalisé des vidéos que les entretiens avaient tous remontés comme « très bien faites » mais comme elles n’étaient pas intégrées au parcours, beaucoup d’utilisateurs·ices pouvaient passer à côté. Pour la page Alternatives en revanche, qui était la demande la plus forte, tout a été créé depuis zéro, en privilégiant les alternatives accessibles aux non-informaticien·ne·s et tout de même respectueuses de la vie privée.

Il m’avait aussi été remonté que parfois les formulations n’étaient pas très claires, parfois en anglais ce qui contribuait à un sentiment de contenu non-accessible à des néophytes. Cela a fait aussi partie des améliorations, en plus des pages explicatives, qui sont là pour dire « vous ne savez pas ce qu’est un pisteur ? Pas de souci, on vous l’explique ici ».

Et pour le reste, un travail d’harmonisation et de hiérarchisation du contenu pour que les différentes catégories de contenus soient bien distinctes les unes des autres et compréhensibles a permis de réaliser une refonte graphique aux petits oignons ! »

 

Le développement des maquettes

L’ensemble des membres d’Exodus Privacy étant bénévole, et donc le travail conséquent pour notre énergie et temps malheureusement limités, nous nous sommes mis d’accord sur un travail de développement itératif afin de mettre à disposition des utilisateurs et utilisatrices les nouvelles pages et fonctionnalités au plus tôt.

Après la présentation des maquettes en mai 2019, nous avons découpé les différentes tâches sur notre git, celles-ci ont été priorisées pour s’assurer que les besoins les plus importants soient traités en premier lieu, comme la page « mieux comprendre ». La majorité de ces tâches ont été implémentées, ce travail étant agrémenté d’allers-retours avec Maiwann afin de s’assurer que nous allions dans la bonne direction sans rater l’essentiel.

Notre code étant libre et open-source, une partie des fonctionnalités a même été faite par notre communauté !
Une partie du travail reste à faire, n’hésitez pas à aller jeter un œil si vous avez des compétences en développement !

 

Fiche météo-france "avant"
Fiche d’Exodus pour l’application Météo-France avant

 

La fiche de l’application Météo-France après travail d’UX

Et maintenant ?

Le travail n’est pas totalement terminé et, grâce au Mécénat de Code lutin, nous avons pu poursuivre ce projet de refonte, mais pour l’application cette fois.

Laissons donc les mots de la fin à Maiwann…

« Il reste une étape de test utilisateur·ice à réaliser, pour bien vérifier que cette refonte va dans le bon sens, est adaptée aux besoins et que nous n’avons pas oublié un élément important, ou laissé un trou dans la raquette dans lequels les utilisateur·ice·s vont s’engouffrer !
De même, nous avons amorcé un travail d’harmonisation de cette refonte pour que l’application corresponde aussi aux maquettes, car c’est le point d’entrée principal du public (puisqu’il est question d’applications et de téléphone portable, c’est logique qu’elle soit privilégiée !).

J’ai hâte de réaliser ces dernières étapes (avec l’aide de Schoumi côté application !) pour finaliser ce super projet, car il contribue à démontrer qu’il est possible de réaliser des choses techniquement pointues, tout en parvenant à les rendre accessibles à des personnes non techniques, soit directement en s’adressant à elles, soit en fournissant un outil pertinent pour les médiateur·ices du numérique.

Cela contribue à mon monde idéal qui connecte le monde du libre et de la protection de la vie privée aux non-connaisseur·euse·s, et je ne peux qu’encourager d’autres projets qui ont cette démarche de travailler avec des designers pour y parvenir ! »




3 questions à Marie-Cécile Godwin Paccard de la #TeamMobilizon

Marie-Cécile Godwin Paccard est designer indépendante et chercheuse UX. Elle accompagne des personnes et des organisations dans la définition de leurs fondamentaux et objectifs, en apportant un regard systémique. Elle s’occupe de comprendre les usages en profondeur et de concevoir des outils utilisables, éthiques et inclusifs. Elle fait partie de l’équipe qui travaille sur le logiciel Mobilizon. Nous lui avons posé 3 questions pour qu’elle nous explique son rôle sur le projet.

Bonjour Marie-Cécile ! Vous avez accompagné le projet Mobilizon, afin que celui-ci corresponde, dès sa conception, aux besoins et usages des personnes qui sont vouées à l’utiliser. Pouvez-vous nous expliquer en quoi il est particulièrement important pour ce projet de prendre en compte les besoins et attentes des futur⋅es utilisateur⋅ices ?

Bonjour à toute l’équipe ! Étudier les besoins et les usages, c’est essentiel si l’on veut concevoir un logiciel, un service ou même un objet qui soit utilisable, et donc utilisé. Mobilizon a pour ambition de permettre aux personnes de s’organiser et de se rassembler, et de leur donner le pouvoir de le faire librement et respectueusement. Rien de mieux pour commencer à parler « usages » dès le début de la réflexion autour du projet ! Toute l’équipe qui travaille sur Mobilizon a le souhait que les communautés existantes s’en emparent et que de nouvelles communautés s’y créent. On ne pourra pas atteindre cet objectif si on ne fait pas l’effort d’aller à la rencontre des personnes pour comprendre ce dont elles ont besoin, quels problèmes elles rencontrent et comment elles ont fait pour y pallier jusqu’à présent.

Quand on conçoit des choses destinées à être utilisées par d’autres personnes, il est très important de ne pas se contenter de nos propres suppositions, croyances ou idées fixes et d’ouvrir notre esprit à la perception et à l’expérience d’autres personnes. Une courte phase de recherche en usages peut donner des résultats rapides et précieux et permettre d’identifier très en amont des problématiques et des objectifs auxquels on n’avait pas forcément pensé et qui vont nous aider à questionner nos présupposés de départ.

Quelle a été votre démarche pour recueillir la parole de ces utilisateur⋅ices (ou communautés) ?

D’abord, nous avons passé un temps de réflexion ensemble à bien cadrer le projet, ses ambitions, mais aussi ses implications politiques (car TOUT est politique, surtout dans le design et le logiciel, qui plus est libre !) et comment Mobilizon s’inscrivait dans la mission de Framasoft. Nous avons fait le point sur les plateformes d’organisation existantes et ce qu’elles engendraient comme problèmes qui empêchaient les gens de s’organiser librement. J’ai ensuite proposé un plan de recherche à l’équipe, pour bien définir ce vers quoi nous allions orienter la phase de recherche. Nous avons lancé une première enquête en ligne, qui a recueilli pas loin de 300 réponses. Dans cette enquête, nous demandions aux personnes répondantes comment elles s’organisaient en général pour se rassembler à l’aide des plateformes numériques, soit en tant qu’invitées, soit en tant qu’organisatrices elles-mêmes. Nous avons recueilli des informations précieuses sur les problèmes qu’elles pouvaient rencontrer, et pourquoi elles utilisaient ou pas tel ou tel outil numérique pour le faire.

Dans un deuxième temps, nous avons défini des typologies de communautés à qui nous souhaitions nous adresser. À nouveau, il fallait partir des usages : des communautés très grandes avec différents niveaux d’organisation qui créent des rassemblements publics, des communautés spécialisées qui organisent des événements thématiques, des organisations qui souhaitent assurer respect de la vie privée à elles et aux personnes qui participent à leurs événements, etc. Je suis ensuite partie à la recherche de personnes qui correspondaient à ces cas d’usages pour leur poser des questions sur leur manière de s’organiser. On ne parle pas encore de logiciel, de code ou de graphisme à ce point : on se focalise encore et toujours sur les usages, sur la réalité de l’organisation d’événements et aux problèmes bien concrets qui se posent aux personnes qui les mettent en place.

Comment ces éléments alimentent-ils la réflexion sur les fonctionnalités de Mobilizon ?

Une fois que la phase de recherche est bouclée, il est temps de tirer des conclusions sur les données recueillies. Quelle est la réalité des usages des personnes et comment concevoir un logiciel qui ira dans leur sens ? On va ensuite arbitrer nos décisions avec ces données.

Certaines choses parlent tout de suite d’elles-mêmes : si je me rends compte à travers quasiment tous les entretiens qu’une problématique revient tout le temps, cela veut dire qu’il faut la garder en tête tout au long de la conception et du développement et trouver la meilleure manière d’y répondre. Certes, il y a des problèmes très humains que Mobilizon ne pourra pas résoudre, par exemple les « no-show », les personnes qui indiquent qu’elles participeront à l’événement mais finissent par ne pas venir. Même si l’on a pas de solution logicielle pour résoudre ce souci, comprendre pourquoi il embête les organisateurs et organisatrices permet de prendre de meilleures décisions par la suite.

Mobilizon ne pourra pas être « one-size-fits-all » (taille unique). Seront couvertes en priorité les fonctionnalités que nous pensons indispensables aux petites communautés qui n’ont pas les moyens techniques de se rassembler ailleurs. On ne remplacera pas un Mattermost ou un WhatsApp, et on n’aura jamais la même force de frappe que Facebook. Mais Mobilizon proposera les fonctionnalités essentielles pour que les communautés les plus exposées au capitalisme de surveillance puissent migrer hors de Facebook, mais ne pourra pas remplacer les centaines de pads imbriqués ou les conversations vocales de Discord à plus de 30 personnes !

En ce moment, je suis en train de concevoir le « back office » de Mobilizon, et toute l’articulation de la « tuyauterie » qui va permettre de créer un événement, un groupe, d’inviter des personnes dans ledit groupe pour s’organiser en amont de l’événement, de définir les différentes identités avec lesquelles on pourra dire que l’on participe à un événement en cloisonnant son activité, de modérer les participations ou les questions et commentaires…

Avec le reste de l’équipe, nous nous posons également plein de questions sur la manière dont Mobilizon va accompagner les personnes dans la compréhension des principes de la fédération et des instances. Le but est de nous assurer que dans tous les cas, la personne qui souhaite utiliser une instance Mobilizon pour créer un événement sur le web accède simplement aux tenants et aboutissants de tel ou tel choix, pour prendre la décision qui lui convient le mieux. Cela va se traduire dans plein d’aspects de la conception du logiciel : comment va se dérouler l’inscription (« on boarding »), quels éléments vont permettre de comprendre le principe des instances dans le texte et dans l’interface, etc.

Pour en savoir plus sur le logiciel Mobilizon, c’est sur https://joinmobilizon.org/.
Vous pouvez aussi vous inscrire à la newsletter Mobilizon pour recevoir les informations sur l’évolution du logiciel.




Un vaste réservoir d’images sous licences libres

Vous cherchez des images utilisables pour vos sites ou publications ? Savez-vous qu’il est facile d’en trouver avec divers niveaux de permissions via le moteur de recherche des Creative Commons ?

Ces petits logos, familiers des libristes, sont souvent combinés et permettent de savoir précisément à quelles conditions vous pouvez utiliser les images :

logo attribution CCAttribution : vous devez mentionner l’identité de l’auteur initial (obligatoire en droit français) (sigle : BY)

 

Non Commercial : vous ne pouvez pas tirer un profit commercial de l’œuvre sans autorisation de l’auteur (sigle : NC)

 

No derivative works : vous ne pouvez pas intégrer tout ou partie dans une œuvre composite (sigle : ND)

 

Share alike : partage de l’œuvre, vous pouvez rediffuser mais selon la même licence ou une licence similaire  (sigle : SA)

Si vous êtes dans le monde de l’éducation, pensez à faire adopter les bonnes pratiques aux élèves et étudiants qui ont besoin d’illustrer un document et qui ont tendance à piller Google images sans trop se poser de questions…

… mais il arrive souvent que de grands médias donnent aussi de bien mauvais exemples !

Si vous êtes embarrassé⋅e pour ajouter les crédits nécessaires sous l’image que vous utilisez, le nouveau moteur de recherche de Creative Commons vous facilite la tâche. C’est une des nouveautés qui en font une ressource pratique et précieuse, comme Jane Park l’explique dans l’article ci-dessous.

Article original : CC Search is out of beta with 300M images and easier attribution

Traduction Framalang : Goofy

Le moteur de recherche de Creative Commons propose maintenant 300 millions d’images plus faciles à attribuer

par Jane Park

Jane Park, directrice de produit et de la recherche
Jane Park, directrice de la Recherche Creative Commons dont elle pilote la conception, l’implémentation et le développement

Désormais la recherche Creative Commons n’est plus en version bêta, elle propose plus de 300 millions d’images indexées venant de multiples collections, une interface entièrement redessinée ainsi qu’une recherche plus pertinente et plus rapide. Tel est le résultat de l’énorme travail de l’équipe d’ingénieurs de Creative Commons avec l’appui de notre communauté de développeurs bénévoles.

CC Search parcourt les images de 19 collections grâce à des API ouvertes et le jeu de données Common Crawl, ce qui inclut les œuvres artistiques et culturelles des musées (le Metropolitan Museum of Art, le Cleveland Museum of Art), les arts graphiques (Behance, DeviantArt), les photos de Flickr, et un premier jeu de créations en 3D sous CC0 issus de Thingiverse.

Au plan esthétique et visuel, vous allez découvrir des changements importants : une page d’accueil plus sobre, une navigation meilleure avec des filtres, un design en harmonie avec le portail creativecommons.org, des options d’attribution faciles à utiliser et des canaux de communication efficaces pour faire remonter vos questions, réactions et désirs, tant sur les fonctionnalités du site que sur les banques d’images. Vous trouverez également un lien direct vers la page d’accueil des Creative Commons (le site de l’ancienne recherche est toujours disponible si vous préférez).

copie d’écran interface ancienne de la recherche de creative commons
Interface ancienne de la recherche d’images, qui demandait plusieurs étapes

 

copie d’écran, champ de saisie unique pour la recherche CC
Nouvelle interface qui unifie les recherches à partir d’un seul champ de saisie

 

Résultats de recherche du mot "Goofy" avec CC search
à gauche le nombre de résultats disponibles, et au survol de l’image, les symboles qui signalent les niveaux de permission

Si vous jetez un œil sous le capot, vous verrez que nous avons réussi à diminuer le temps de recherche et nous avons amélioré la pertinence de la recherche par phrase. Nous avons aussi implémenté des métriques pour mieux comprendre quand et comment les fonctionnalités sont utilisées. Enfin, nous avons bien sûr corrigé beaucoup de bugs que la communauté nous a aidé à identifier.

copie d’écran attribution facile des crédits
Une fois l’image sélectionnée, un simple clic pour copier les crédits (en texte enrichi ou en HTML)

Et bientôt…

Nous allons continuer à augmenter la quantité d’images de notre catalogue, en visant en priorité les collections d’images comme celles de Europeana et Wikimedia Commons. Nous projetons aussi d’indexer davantage de types d’œuvres sous licences CC, tels que les manuels et les livres audio, vers la fin de l’année. Notre but final demeure inchangé : donner l’accès à 1,4 milliard d’œuvres qui appartiennent aux Communs), mais nous sommes avant tout concentrés sur les images que les créateurs et créatrices désirent utiliser de diverses façons, comment ils peuvent apprendre à partir de ces images, les utiliser avec de larges permissions, et restituer leur exp)érience à tous pour nourrir la recherche Creative Commons.

Du point de vue des fonctionnalités, des avancées spécifiques figurent dans notre feuille de route pour ce trimestre : des filtres pour une utilisation avancée sur la page d’accueil, la possibilité de parcourir les collections sans entrer de termes de recherche, et une meilleure accessibilité et UX sur mobile. De plus, nous nous attendons à ce que certains travaux liés à la recherche CC soient effectués par nos étudiants du Google Summer of Code à partir du mois de mai.

Le mois prochain à Lisbonne, au Portugal, nous présenterons l’état de la recherche (“State of CC Search”) à notre sommet mondial  (CC Global Summit) où sera réunie toute une communauté internationale pour discuter des développements souhaités et des collections pour CC Search.

Participez !

Vos observations sont précieuses, nous vous invitons à nous communiquer ce que vous souhaiteriez voir s’améliorer. Vous pouvez également rejoindre le canal #cc-usability sur le Slack de CC pour vous tenir au courant des dernières avancées.

Tout notre code, y compris celui qui est utilisé pour la recherche CC, est open source (CC Search, CC Catalog API, CC
Catalog
) et nous faisons toujours bon accueil aux contributions de la communauté. Si vous savez coder, nous vous
invitons à nous rejoindre pour renforcer la communauté grandissante de développeurs de CC.

Remerciements

CC Search est possible grâce à un certain nombre d’institutions et d’individus qui la soutiennent par des dons. Nous aimerions remercier en particulier Arcadia, la fondation de Lisbet Rausing et Peter Baldwin, Mozilla, et la fondation Brin Wojcicki pour leur précieux soutien.

 

image deu geektionerd generator;, un personnage féminin fait remarquer que tout est sous licence CC BY-Sa
Sur le Framablog, on se sert souvent de GG le Générateur de Geektionerd. Pourquoi pas vous ?




Les fourberies du Dark UX

L’expérience utilisateur (abrégée en UX pour les professionnels anglophones) est une notion difficile à définir de façon consensuelle, mais qui vise essentiellement à rendre agréable à l’internaute son parcours sur le Web dans un objectif le plus souvent commercial, ce qui explique l’intérêt particulier que lui vouent les entreprises qui affichent une vitrine numérique sur le Web.

Sans surprise, il s’agit de monétiser l’attention et les clics des utilisateurs. L’article ci-dessous que Framalang a traduit pour vous évoque les Dark UX, c’est-à-dire les techniques insidieuses pour manipuler les utilisateurs et utilisatrices. Il s’agit moins alors de procurer une expérience agréable que d’inciter par toutes sortes de moyens à une série d’actions qui en fin de compte vont conduire au profit des entreprises, aux dépens des internautes.

Comment les artifices trompeurs du Dark UX visent les plus vulnérables

article original How Dark UX Patterns Target The Most Vulnerable

par Ben Bate, Product Designer

Traduction Framalang : jums, maryna, goofy, sonj, wyatt, bullcheat + 1 anonyme

Les pièges du Dark UX permettent aux entreprises d’optimiser leurs profits, mais au détriment des plus vulnérables, et en dégradant le Web pour tout le monde.

Il faut voir l’expérience utilisateur basée sur ces astuces comme un moyen d’orienter les utilisateurs et utilisatrices vers un certain comportement. Leurs actions ainsi prédéfinies servent les intérêts des entreprises à la manœuvre, et les utilisateurs en sont pour leurs frais d’une manière ou d’une autre. Quelquefois sur le plan financier, d’autres fois au prix des données personnelles ou même au détriment de leurs droits.

Les astuces les plus connues incluent de la publicité déguisée, un ajout insidieux de nouveaux objets dans le panier de l’utilisateur, une annulation de souscription particulièrement difficile, ou encore une incitation à dévoiler des informations personnelles que les utilisateurs n’avaient pas l’intention de dévoiler. La liste s’allonge de jour en jour et devient un problème de plus en plus préoccupant.

À l’instar des mastodontes du Web tel qu’Amazon et Facebook, la concurrence suit. Faisant peu à peu passer ces astuces dans la norme. Il existe une différence entre marketing bien conçu et tromperie. Ces pratiques s’inscrivent dans cette dernière, et se concentrent uniquement sur l’exploitation des utilisateurs et utilisatrices par des moyens peu respectables.

Pour bien mesurer l’étendue de l’application de ces techniques, en voici quelques exemples.
Tout d’abord, Amazon. Voici l’exemple d’un rendu d’affichage pour tous les utilisateurs qui ne sont pas des membres premium (Amazon Prime). La première incitation au clic est frontale en plein milieu de l’écran. Alors que l’on pourrait s’attendre à un bouton « Suivant » ou « Continuer », ce bouton débite directement 7,99 £ de votre carte bleue. L’option pour continuer sans être débité est située à côté du bouton. Elle est présentée sous la forme d’un simple lien hypertexte peu visible au premier coup d’œil, celui se confondant avec le reste de la page.

Pour les moins avertis, comme les personnes âgées, les personnes peu habituées à la langue, ou celles qui souffrent d’un handicap, ce type de pratiques peut provoquer beaucoup de perplexité et de confusion.

Même pour un concepteur habitué à ce genre de pratiques, il est extrêmement facile de tomber dans le panneau. Sans parler des désagréments que cela entraîne et qui peuvent rompre la confiance établie entre l’entreprise et le consommateur.

Dans un monde idéal, Amazon tirerait avantage d’un format simple à lire avec un appel à l’action élémentaire qui permettrait aux utilisateurs de passer outre et continuer. Mais en réalité, les détails sont cachés en tout petits caractères, trop petits à lire pour un peu plus de 5 % de la population mondiale. Les informations sont présentées dans un format bizarrement structuré avec un mélange perturbant de textes en gras de divers poids, de couleurs différentes et une telle quantité de texte qu’on est dissuadé de tout lire.
Tant que de telles pratiques seront légales et ne cesseront de connaître un taux de conversion élevé, les entreprises continueront à les employer.

Pendant qu’Amazon s’attaque aux portefeuilles des consommateurs les plus fragiles, Facebook préfère se concentrer sur ses utilisateurs en leur faisant partager un maximum d’informations les concernant, même si ceux et celles qui partagent le font à leur insu. Même si Facebook a fait des progrès sur les questions de confidentialité par rapport à des versions précédentes, l’entreprise continue d’utiliser des techniques de conception subtiles mais insidieuses et déroutantes, comme on peut le voir dans l’exemple ci-dessous.
On a beau passer en revue chaque paramètre de confidentialité et sélectionner « Seulement moi », les sections qui contiennent des informations très personnelles et détaillées sont toujours partagées publiquement par défaut. Il ne s’agit pas seulement d’un problème de confidentialité, mais aussi de sécurité. La facilité avec laquelle les pirates peuvent ensuite obtenir des informations pour répondre à des questions de sécurité est stupéfiante. La liste déroulante est subtile et ne demande pas autant d’attention que l’appel à l’action principale. Des fenêtres modales utilisent des mini-instructions pour tromper les utilisateurs. Voyez par exemple :

À première vue, rien ne semble trop bizarre, mais en y regardant de plus près, il devient clair que Facebook incite fortement ses utilisateurs à partager leur bio sur le Fil d’Actualités. Pour cela, il est suggéré qu’en cliquant sur Cancel (Annuler), vous annulez les modifications que vous avez faites à votre bio. En réalité, Cancel signifie Non. Là encore, c’est un genre de pratique qui peut induire en erreur même les personnes les plus vigilantes sur leur confidentialité. Pour les autres cela démontre jusqu’où Facebook est prêt à aller pour que les utilisateurs partagent et interagissent toujours plus. Menant ainsi à des profits publicitaires de plus en plus conséquents.

Dans l’industrie des produits et de la conception de sites Web, l’esthétique, les techniques de vente et les profits passent souvent bien avant l’accessibilité et le bien-être des utilisateurs. Shopify, LinkedIn, Instagram, CloudFlare, et GoDaddy sont seulement quelques noms parmi ceux qui ont de telles pratiques pour avoir un impact sur leur profit.
Ça peut être simplement de faire un lien de désabonnement de mail écrit en tout petits caractères. Ou de rendre impossible la fermeture de votre compte. Ou quelque chose de plus subtil encore, comme de vous obliger à donner votre identité et votre adresse complète avant de fournir une estimation des frais d’expédition d’un achat. Mais ce sont bien de telles pratiques trompeuses pour l’expérience utilisateur qui dégradent de façon sévère l’accessibilité et l’utilisabilité du Web.

Pour la plupart d’entre nous, c’est simplement une nuisance. Pour les personnes les moins averties, cela peut rendre les sites presque impossibles à utiliser ou à comprendre. Il se peut qu’elles ne puissent pas trouver ce lien de désabonnement caché. Il se peut qu’elles ne remarquent pas que quelque chose a été ajouté à leur panier au moment de passer à la caisse. Et elles peuvent être plongées dans la plus totale confusion entre les paramètres de confidentialité, les publicités déguisées et les spams d’apparence amicale.

Le Web est devenu un endroit où vous devez être extrêmement conscient et informé dans des domaines comme la sécurité, la vie privée et les trucs et tromperies, même venant des grandes entreprises les plus réputées au monde. Ce n’est tout simplement pas possible pour tout le monde. Et ici on parle de tromperies, on n’aborde même pas les questions bien plus vastes d’accessibilité comme la lisibilité et les choix de couleurs.

Les concepteurs et les équipes doivent être conscients de leur responsabilité non seulement envers les clients, les employeurs et les actionnaires, mais aussi envers les utilisateurs au quotidien. Les problèmes d’accessibilité et les astuces trompeuses impactent le plus durement les plus vulnérables, et il en va de la responsabilité de chacun au sein des équipes de produits et de marketing de veiller à ce qu’il existe des garde-fous.

Tant que de meilleures réglementations et lois ne seront pas mises en place pour nous en protéger, il est du devoir des équipes de concevoir des pages de façon responsable et de maintenir un équilibre entre le désir de maximiser le profit et la nécessité de fournir une accessibilité optimale à tous ceux et celles qui utilisent le Web.

* * *

D’autres lectures en anglais sur le même sujet

… et cet autre article en français, repéré par Khrys dans son Expresso :




Avancer ensemble vers la contribution…

Contribuer, oui, mais comment ? Comment susciter des contributions, les accueillir, les dynamiser, lever les obstacles et les blocages de tous  ordres ?

Tel a été le questionnement à l’origine du Fabulous Contribution Camp qui s’est déroulé à Lyon, du 24 au 26 novembre dernier, à l’initiative de La Quadrature et de Framasoft. Toutes les personnes qui ont participé ont eu à cœur d’identifier les difficultés honnêtement mais aussi de proposer des pistes et des pratiques pour les surmonter…

Pour en témoigner, nous donnons la parole aujourd’hui à Maiwann qui est UX designer et que nous avions invitée. L’article ci-dessous est la simple republication de son compte-rendu sur son blog. Ses observations, ses réactions et ses chouettes sketchnotes font véritablement plaisir (bientôt peut-être d’autres billets des participants?) et nous indiquent des voies qui sont déjà celles de Contributopia.. C’est un début prometteur, parions que beaucoup d’associations pourront en tirer profit et continuer l’exploration de la contribution positive.

Fabulous Contribution Camp

Pour finir ce mois de novembre en beauté, j’ai été invitée par Framasoft à participer au Fabulous Contribution Camp qu’ils co-organisaient avec La Quadrature du Net. Je suis donc partie à Lyon pour rencontrer des contributeur·ice·s de tous horizons (et pas seulement de la technique !) pour parler des outils et de comment aider celleux qui le souhaitent à contribuer plus simplement.

Un petit état des lieux

Pyg le disait lors du Capitole du Libre (dans la conférence Contributopia que vous pouvez retrouver ici), la majorité des projets de logiciel libre sont soutenus par très peu (voire pas) de contributeur·ice·s. L’exemple le plus marquant est celui des pads (une alternative à GoogleDocs permettant d’écrire collaborativement en ligne): Sur l’année dernière, il n’y a pas une seule personne ayant réalisé plus de 50 contributions, alors que le logiciel est très populaire !

C’est assez inquiétant, et en même temps pour avoir déjà échoué personnellement, parfois On a l’envie de contribuer et on y arrive pas. Ce qui est quand même assez comique lorsqu’on voit à quel point le logiciel libre a besoin encore et toujours de personnes volontaires !

J’avais donc hâte de me joindre à des groupes de réflexion sur le sujet afin d’identifier les problématiques et envisager des pistes de solution tout au long du FCC. Autant vous dire que tout le monde s’est transformé·e·s en designer pour concevoir une meilleure expérience contributeur·ice (Peut-on envisager de dire des CX Designer qui au lieu de signifier Customer eXperience sera notre Contributor eXperience Designer ? ^.^ )

FCC c’est parti !

Le FCC avait lieu à Grrrnd Zero, un lieu au caractère très affirmé, où les murs sont recouverts d’illustrations, près d’un immense chantier participatif destiné à devenir à la fois salle de concert, d’enregistrement et atelier de bricolage/dessin… Nous nous sommes fait accueillir avec un petit déjeuner fabuleux, cette première journée démarrait vraiment bien !

Après un icebreaker rigolo nous demandant de nous regrouper d’abord par provenance géographique (mais comment font les nomades ?), ensuite par coiffure, ensuite par système d’exploitation préféré (oui on était un peu chez les geeks quand même) et enfin par notre engagement associatif principal, nous nous sommes lancés sur des ateliers collaboratifs, animés par les enthousiastes Meli et lunar !

Failosophy : Identifier les problèmes

Pour démarrer, nous nous sommes regroupés par 4 et avons raconté chacun une expérience marquante où notre envie de contribuer s’est soldée par un fail. Nous notions les différentes problématiques rencontrées sur des post-its avant de toutes les regrouper sur un grand mur pour avoir une vue d’ensemble des cas les plus fréquents. Ensuite, nous avons collaborativement trié les post-it ce qui prend “étrangement toujours 8 minutes peu importe le nombre de post-its ou de personne” d’après Lunar… Il faut dire qu’il avait raison 😉

De grandes catégories regroupent les post-its et font apparaître des motifs récurrents. Ceux que je retiens (car ils me font écho) :

  • La difficulté d’identifier un interlocuteur référent pour s’intégrer au projet
  • La peur de demander « Comment faire »
  • La peur de ne pas être assez doué·e / de dire des « choses bêtes »
  • Ne pas savoir par où commencer
  • La peur de ne pas s’intégrer à la communauté
  • Le manque de temps
  • La difficulté de déléguer à d’autres un projet qu’on a toujours porté
  • Le fait de ne pas avoir réussi à créer une communauté autour d’un projet
  • Ne pas connaître la ligne de route d’un projet
  • Ne pas savoir comment exprimer les besoins de contribution pour que les intéressé·e·s les comprennent

J’ai la sensation qu’un grand nombre de ces problèmes peuvent être résolus en:

  • Listant clairement les besoins de contributions, avec les compétences nécessaires, via une interface plus facile d’accès qu’un github (qui est réellement anxiogène pour les non-développeur·euse·s)
  • Désignant une personne accueillante comme point d’entrée pour les nouveaux·lles arrivant·e·s, à laquelle il sera facile de s’adresser, et qui saura aiguiller chacun·e vers des tâches simples pour découvrir le projet.

Cela se recoupe avec les discussions du Capitole du Libre, ce qui donne la sensation que nous sommes sur la bonne voie et que les hypothèses que j’ai entendues la semaine dernière sont des solutions à des problèmes récurrents pour les contributeur·ice·s !

Étude de cas : 6 projets appelant à la contribution

Dans la phase suivante, pour s’imprégner un peu de ce qui se fait parmi les projets nécessitant contribution, nous avons eu le droit à la présentation de:

  • Exodus, une plateforme qui analyse les applications Android et liste les logiciels traquant notre activité qu’elle y trouve.
  • La Revue de Presse de la Quadrature du Net, permettant de soumettre des articles à la revue de presse de façon collaborative.
  • Diaspora, un réseau social décentralisé assez proche de la configuration initiale de facebook.
  • FAI Maison, un fournisseur d’accès associatif et nantais, qui propose le prix libre (ou contribution consciente)
  • Le PiPhone, une plateforme de La Quadrature du Net permettant d’avoir accès à des numéros de députés afin de les appeler pour les encourager à soutenir (ou non) une loi, en proposant un set d’arguments et un retour d’expérience après l’appel.
  • FramaForm, une des alternatives de Dégooglisons Internet lancée par Framasoft, que Pyg a développée seul (!) en 15 jours (!!!). Avec le souci notamment que le logiciel permet plein de choses différentes mais que les options sont difficiles à trouver.

Le tour d’horizon permet de voir que si chaque projet recherche à fédérer une communauté de contribution, ils sont tous très différents et n’intéressent sans doute pas du tout les même personnes. Les présentations étaient elles aussi très variées selon la personne, de celui qui démarre par l’aspect technique à celui qui met tout de suite en avant les problématiques d’ergonomie. Bien sur, la présentation varie énormément selon les affinités et les problématiques rencontrées par chacun·e. Peut-être qu’avoir une description homogène (qui ne parte dans l’aspect technique que face à des personnes orientées technique) puis des pistes selon les compétences / envies de la personne en face serait à envisager ? (c’est un point que je laisse en suspens, mais il faut avouer qu’à force je suis rebutée par ceux qui m’expliquent immédiatement en quelle technologie est leur application alors que je suis très interessée par celleux qui ont des problématiques de conception 😉 )

Icebreaker rigolo

Petite recette: Prenez une feuille et écrivez en gros au marqueur ce dont vous avez envie de parler / un truc à apprendre à quelqu’un, montrez la feuille à tout le monde et formez un binôme avec une personne qui est intéressé·e par votre thème et a un thème qui vous intéresse (ou pas) !

Grodébat I

Après déjeuner (des lasagnes végétariennes à tomber <3) nous avons repris certaines catégories de problématiques listées le matin et nous sommes séparés en petits groupes pour déterminer:

  • C’est quoi le problème ?
  • Dans l’idéal, avec une baguette magique, qu’est-ce qu’on fait ?
  • Quelles solutions concrètes pour y arriver ?

Nous sommes arrivés à tout un tas de solutions pour nous mettre le pied à l’étrier:

Vision :

Créer un manifeste et créer des rencontres mêlant communauté de contributeur·ice·s et utilisateur·ice·s

Accès au savoir & Appropriation :

Formuler des avantages concurrentiels pour les marchés publics et rendre transparents les logiciels utilisés dans le service public

Sortir de l’entre-soi :

Trouver des métaphores pour expliquer sans être technique, lister les communautés avec des objectifs similaires mais des besoins différents.

Répartition des tâches :

Lister l’ensemble des tâches à faire et leur avancement.

Expression des besoins :

Lister & Publier les besoins de contribution en petites tâches, Créer un bouton “J’ai un problème” qui s’adresse à un humain (facilitateur ou UX designer)

Rapports de pouvoir :

Mettre et afficher un système de résolution des conflits.

Gestion du temps (et de l’argent) :

Mesurer le temps mis pour une tâche pour le prioriser dans le futur et compléter le financement par le don.

Accueil :

Avoir un·e référent·e du projet, co-rédiger une charte d’accueil “Comment accueillir les personnes”.

Toutes ces solutions qui sont autant de petits pas à mettre en œuvre m’ont beaucoup enthousiasmée : j’ai l’impression que le chemin est tout tracé pour réaliser de belles choses ensemble ! Nous avons d’ailleurs enchaîné avec de petits groupes de travail concrets permettant de débuter la rédaction d’une charte, designer un bouton “J’ai un problème” ou encore réfléchir à une plateforme listant les besoins de contribution.

Tout ça en une seule journée autant vous dire que nous étions lessivé·e·s à la fin, mais après un bon repas (préparé par les cuistots de Grrrnd Zero) il était temps de se coucher pour être fraî·che·s le lendemain !

C’est reparti pour un tour !

C’est avec une fraîcheur toute relative que nous avons entamé la seconde journée du FCC. La fatigue est là, mais la bonne humeur et l’enthousiasme général donnent vraiment envie de finir le week-end en beauté. Nous entamons un tour de météo avec pas mal de personnes dans le brouillard du matin, mais très vite nous faisons chauffer les méninges collectivement.

Contributeur·ice·s, où êtes-vous ?

Nous démarrons par une séance de « boule de neige » où nous sommes invité·e·s à lister les endroits où, demain, nous pourrions aller pour parler du logiciel libre et trouver de nouvelles personnes pour contribuer ! Sur un autre tas, nous écrivons plutôt ce qui nous empêche de le faire actuellement.

Je liste personnellement mes précédentes écoles de design qui sont, à mon avis, des nids à designers motivé·e·s mais pour qui le monde du libre est inexistant (on a tendance à nous parler principalement de droit d’auteur et nous n’entendons jamais parler de licences libres). Pour y aller cependant, il me faut plus de connaissances sur les licences et une liste de projet dont ils pourraient s’emparer afin de commencer à contribuer rapidement.

À la fin nous collons tout nos post-it sur les murs et, comme a dit lunar: “Si chacun ramène 3 personnes, la prochaine fois on est 300.”. Il n’y a plus qu’à !

Gros Débat II : Le retour

Nous enchaînons sur des groupes de travail thématiques. Je rejoins celui qui aborde le sujet du financement, et y apprends sans surprise que les subventions demandent un investissement énorme (environ 1/3 du temps total de travail passé pour les demander) et que, si le fonctionnement grâce aux dons permet beaucoup plus de liberté, il est soumis à des règles strictes, notamment au fait qu’on ne peut pas donner de contrepartie en échange d’un don, qui doit être fait uniquement pour soutenir le travail passé et à venir de l’association (dans les grandes lignes).
Le monde des financements a l’air très nébuleux, ce qui nous fait envisager de rechercher des contributeur·ice·s s’y connaissant en financement comme l’on en rechercherait en design ou en admin sys !

Les autres groupes ont pour leur part envisagé :

Accueil :

Montrer de l’intérêt aux personnes qui arrivent, lister les besoins afin qu’iels puissent s’en emparer.

Discutons ensemble :

Diversifier les compétences en listant les besoins (les solutions se regroupent, chouette !), ne pas imposer des outils libres aux futurs utilisateur·ice·s mais partir de leurs problèmes plutôt (on dirait bien une démarche de conception centrée utilisateur·ice \o/ )

Rencontrer les utilisateur·ice·s :

Avoir des relais au sein de l’association ou se greffer à une rencontre existante afin de faciliter les échanges, demander à des UX Designers de se joindre aux rencontres et motiver certains devs à venir voir les tests utilisateurs.

Comment on garde le lien post-FCC :

Avoir une plateforme ou l’on puisse mettre des photos, un article de blog (collaboratif ?) récapitulant le week-end, et au-delà, une plateforme listant les besoins de contribution (oui, encore, chouette !)

La machine infernale !

Après le repas composé de pizzas maison (c’est vraiment sympa Grrrnd Zero), nous nous lançons dans la machine infernale : une première personne se place et commence à enchaîner un son et un geste, de façon répétitive. Une seconde personne la rejoint et va elle aussi réaliser son geste, et chacun va à son tour rejoindre la machine infernale, en répétant indéfiniment son geste et son son jusqu’à ce que… la machine s’emballe ! C’était un petit jeu très chouette et revigorant après la phase digestive !

Gros Débat III

Pour ce troisième groupe de réflexion, je rejoins pyg qui a envie de réunir des associations afin de les informer sur le logiciel libre, qui leur plaît pour des raisons évidentes de prix, mais aussi de valeurs ! Cependant le numérique est un domaine assez vaste et pour des assos qui ne s’y connaissent pas, il y a besoin de faire de l’éducation aux usages et à ce que cela engendre d’utiliser tel ou telle logiciel ou application.

Le groupe fourmille d’idées, je retiens pêle-mêle:

  • Il y a un besoin de sensibilisation, de démonstration des possibilités des logiciels libres, et d’accompagnement à la transition,
  • Les associations ont besoin d’indépendance, de communiquer et de collaborer
  • Les mettre en relation vis à vis de leurs besoins peut permettre une mise en commun de financement pour développer des logiciels ouverts et adaptés
  • Il faut aller voir les assos pour savoir ce dont elles ont besoin et ce qu’elles recherchent
  • Selon les retours, décider du format, plutôt conférence organisée ou Summer Camp très ouvert ?

Moi qui recherche à participer à des choses qui ont du sens, me voilà pile au bon endroit et j’en suis très heureuse ^.^

Ça sent la fin !

Enfin, pour finaliser le FCC, nous avons 4 catégories de post-it, à remplir puis à afficher au mur:

  • ❤️ Ce que nous avons fait ce week-end et qui nous a plu !
  • 🌟 Ce que j’ai envie de faire dès demain pour contribuer.
  • ➡ Ce que je fais dans les prochains mois.
  • 😊 Ce que j’ai envie que quelqu’un d’autre ici fasse (et chacun pouvait récupérer un post-it de ce type pour s’y engager)

Voici les miens :

Merci le FCC !

Ce Fabulous Contribution Camp a été une très bonne expérience : J’ai pu parler UX en long, en large et en travers, à des personnes qui se sont montrées à l’écoute de ce que j’avais à leur raconter (et ça ça fait plaisir !). Les différentes solutions énoncées, avec des pistes concrètes de réalisation pour se lancer rapidement me donnent des ailes, et j’espère que cette motivation ne va pas retomber de sitôt !

Je vous tiendrai au courant de mes avancées dans le monde du libre et de la contribution, en tout cas je remercie Framasoft de m’avoir permis de venir partager un week-end à Lyon avec eux à parler et rêver du futur du numérique !

Pour finir, voici les sketchnotes de ce week-end collaboratif. Prenez soin de vous 🙂

novembre 2017

Licence Creative Commons