La Fediverse, c’est pas une starteupe

Mastodon a déjà deux ans, et il est toujours vivant, n’en déplaise aux oiseaux de mauvais augure. Il est inadéquat de le comparer aux plateformes sociales, et Peter 0’Shaughnessy nous explique bien pourquoi…

Pourquoi Mastodon se moque de la « masse critique »

par Peter O’Shaughnessy, d’après son billet publié le 10/11/2018 sur son blog : Why mastodon is defying the critical mass

C’est une erreur de juger la Fediverse comme s’il s’agissait d’une startup de la Silicon Valley.

Mastodon a maintenant plus de deux ans et (pour emprunter une expression à Terry Pratchett), il n’est toujours pas mort. D’une manière ou d’une autre, il a réussi à défier les premiers critiques qui disaient qu’il « ne survivrait pas » et qu’il était « mort dans l’œuf ». Même certains de ceux qui postaient sur Mastodon à ses débuts doutaient de sa longévité :

Pari : le lien vers ce tweet ne fonctionnera plus dans deux ans @jaffathecake@mastodon.social

Plus récemment, un article sur l’écosystème plus vaste qui comprend Mastodon, appelé La Fediverse, a fait la une de Hacker News : Qu’est-ce que ActivityPub, et comment changera-t-il l’Internet ? par Jeremy Dormitzer. C’est un bon argument en faveur de l’importance de la norme ActivityPub, sur laquelle reposent Mastodon et d’autres plateformes sociales. Cependant, il commet toujours la même erreur que ces premiers prophètes de malheur :

Le plus gros problème à l’heure actuelle, c’est l’adoption par les utilisateurs. Le réseau ActivityPub n’est viable que si les gens l’utilisent, et pour concurrencer de manière significative Facebook et Twitter, nous avons besoin de beaucoup de gens pour l’utiliser. Pour rivaliser avec les grands, nous avons besoin de beaucoup d’argent…

Des arguments similaires ont été présentés dans de nombreux articles au cours des derniers mois. Ils impliquent :

  • que la valeur du réseau n’est proportionnelle qu’au nombre d’utilisateurs ;
  • que ce ne sera vraiment un succès que s’il devient un remplacement massif pour Twitter et Facebook ;
  • que si vous ne le rejoignez pas, il ne survivra pas.

Mais tout cela est faux. Voici pourquoi…

1. La Fediverse n’est pas une startup

Nous sommes tellement conditionnés de nos jours par le monde du capital-risque et des startups que nous pensons intuitivement que toutes les nouvelles entreprises technologiques doivent réussir ou faire faillite. Mais ce n’est pas la nature du modèle économique qui se cache derrière le Fediverse, qui est déjà durable, tout en continuant de fonctionner comme si de rien n’était.

Nous devons cesser de juger la Fediverse comme s’il s’agissait d’une startup de la Silicon Valley en concurrence avec Twitter et Facebook.

Jeremy a raison de dire que la plupart des instances sont  « créées et administrées par des bénévoles avec des budgets minuscules », mais il implique que cela doit changer, alors que la plupart des administrateurs et utilisateurs de Mastodon que je connais sont très satisfaits de ce modèle, qui nous libère des intérêts acquis et contradictoires des régies publicitaires.

C’est facile à dire pour moi, car je n’héberge pas ma propre instance et mon administrateur a gentiment refusé les offres de dons jusqu’ici. Cependant, dans la plupart des cas, il semble que tout se passe très bien, la plupart du temps grâce au financement participatif. Même si certaines instances ont été fermées à un moment donné (et c’est malheureusement le cas), il y en a d’autres qui se présentent à leur place. Malgré les fortes fluctuations à chaque nouvelle vague d’utilisateurs venant de Twitter, la trajectoire globale est à la hausse, et c’est ce qui importe — pas la vitesse de la croissance, ni l’atteinte d’un certain niveau de masse critique. Michael Mahemoff l’a bien dit :

« Mastodon est déjà « assez bon » dans sa forme initiale pour satisfaire plusieurs besoins de niche (les personnes qui veulent plus ou moins de modération ou des critères différents de modération, celles qui ne veulent pas de publicités, celles qui veulent des participant⋅e⋅s qui sont libres d’innover, celles qui veulent posséder et/ou héberger leur propre contenu, etc.). Comme Mastodon a un modèle de mécénat durable, il peut se développer au fil du temps et être capable de continuer à innover. »

En fait, si Mastodon se développait trop rapidement, cela pourrait avoir des conséquences plus négatives que positives. La croissance progressive permet aux instances existantes de mieux faire face à la charge et permet à de nouvelles instances d’émerger et de faire face à une partie du flux.

2. C’est aussi une question de qualité (d’expérience), pas seulement de quantité (d’utilisateurs et utilisatrices)

Lorsque j’ai rejoint Mastodon pour la première fois, j’ai été enthousiasmé par chaque nouvelle vague d’utilisateurs et utilisatrices venant de Twitter. Je voulais prêcher à ce sujet à autant de gens que possible et essayer d’amener autant d’amis que possible à « déménager ». Au bout d’un moment, j’ai pris conscience que je me concentrais trop sur la comparaison avec Twitter et que j’essayais d’en faire un remplaçant de Twitter. En fait, j’avais déjà un réseau précieux là-bas et suffisamment de raisons de le visiter régulièrement, même si j’ai continué à utiliser Twitter aussi.

Mastodon s’articule autour des communautés. Ces communautés peuvent être des réseaux spécialisés selon les  sujets qui vous intéressent. Vous n’avez pas besoin de tous vos amis pour être au sein de ces communautés, pour trouver des gens intéressants, du contenu utile et des interactions intéressantes.

Comme Vee Satayamas l’a noté, si vous êtes un utilisateur de Twitter, vous le trouverez peut-être utile même si peu de membres de votre famille ou d’amis réels sont présents. Vous n’avez pas besoin que tout le monde soit disponible sur chaque réseau. J’ai récemment quitté Facebook et j’ai quand même pu entrer en contact avec mes amis, par courriel ou par texto. Ce serait bien mieux si davantage de mes amis étaient sur Mastodon, mais ce n’est pas un gros problème.

En réalité, il y a quelque chose de positif dans la petite taille de mon réseau sur Mastodon. Je peux suivre ma chronologie, mon « fil »,  sans me sentir dépassé. C’est moins stressant d’y poster, comparé à Twitter, où chaque message que vous envoyez risque d’être republié par une horde géante ! Je suppose que c’est comparable à l’effet ressenti par les YouTubers, tel que détaillé dans cet intéressant article du Guardian, qui cite Matt Lees :

« Le cerveau humain n’est pas vraiment conçu pour interagir avec des centaines de personnes chaque jour… Lorsque des milliers de personnes vous envoient des commentaires directs sur votre travail, vous avez vraiment l’impression que quelque chose vous vient à l’esprit. Nous ne sommes pas faits pour gérer l’empathie et la sympathie à cette échelle. »

Pour moi, Mastodon offre un moyen terme heureux entre les conversations intimes des groupes WhatsApp, par exemple, et le potentiel sans limites de Twitter pour découvrir de nouvelles personnes et de nouveaux contenus.

D’après mon expérience, la plupart des utilisateurs actifs de Mastodon ne veulent pas qu’il ressemble davantage à Twitter — et ne ressentent pas le besoin que tous ceux qui sont sur Twitter les rejoignent. Par exemple, ces personnes apprécient le fait qu’il n’y a pas de publicitaires et très peu de marques. Pour les gens qui ne s’inquiètent que de leur « influence », alors c’est sûr, Mastodon n’aura pas autant de valeur. Mais la plupart de celles et ceux qui sont sur Mastodon ne regretteront pas trop de ce genre de personnes venues de Twitter !

Nous devons cesser de considérer Mastodon comme un substitut potentiel de Twitter. C’est différent, et c’est délibéré. Je comprends qu’on se plaise à imaginer que la Fediverse pourrait un jour écraser Twitter et Facebook, mais je ne pense pas que ce soit réaliste (du moins pas dans un avenir proche). Je pense que ce sera toujours l’outsider et c’est très bien ainsi, d’une certaine façon.

3. C’est un écosystème ouvert

La Fediverse ne gagne pas seulement de la valeur à partir de la quantité d’utilisateurs, elle en gagne aussi à partir de la quantité de services. S’appuyer sur le standard ActivityPub implique que nous pouvons utiliser Mastodon, PeerTube (un service semblable à YouTube), PixelFed (un service semblable à Instagram) et beaucoup d’autres, qui peuvent tous interopérer. Cela donne à la Fediverse un avantage d’échelle par rapport aux plateformes propriétaires closes. C’est un point que l’article de Jeremy a bien fait ressortir :

« Parce qu’il parle le même « langage », un utilisateur de Mastodon peut suivre un utilisateur de PeerTube. Si l’utilisateur de PeerTube envoie une nouvelle vidéo, elle apparaîtra dans le flux de l’utilisateur Mastodon. L’utilisatrice de Mastodon peut commenter la vidéo PeerTube directement depuis Mastodon. Pensez-y une seconde. Toute application qui implémente ActivityPub fait partie d’un réseau social étendu, qui conserve le choix de l’utilisateur et pulvérise les jardins propriétaires clos. Imaginez que vous puissiez vous connecter à Facebook et voir les messages de vos amis sur Instagram et Twitter, sans avoir besoin de compte Instagram ni de compte Twitter. »

Cela signifie également que si nous avons l’impression que le service que nous utilisons ne va pas dans la direction qui nous convient (coucou, utilisateurs de Twitter 👋), alors nous pouvons passer à une autre instance et conserver l’accès à l’écosystème global.

La Fediverse s’accroît et c’est une bonne chose. Mais elle n’a pas besoin de davantage d’utilisatrices. Transmettre l’idée qu’on pourrait échouer sans une migration massive à partir d’autres plateformes sociales est une perspective trompeuse. Et défendre cette idée donnerait aux gens la fausse impression, lorsqu’ils rejoindront ce réseau social, qu’on devrait rechercher la quantité d’utilisateurs et utilisatrices, plutôt que la qualité de l’expérience.

Alors ne comptons pas trop le nombre d’inscrit⋅e⋅s sur Mastodon. Allons doucement en le comparant à Twitter. Arrêtons de le traiter comme s’il s’agissait d’une situation à la Highlander où « il n’y a de la place que pour un seul ». Et commençons à profiter de la Fediverse pour ce qu’elle est — quelque chose de différent.

Merci à Jeremy Dormit d’avoir été très gentil avec moi en critiquant cette partie de son billet de blog (qui m’a beaucoup plu par ailleurs) – voici sa réponse à mon pouet qui a mené à ce billet. Merci aussi à mes anciens collègues de Samsung Internet qui ont jeté un coup d’œil à une version antérieure de ce post.

un mastodon saoul se croit le boss de la Fediverse, les autres se moquent de lui parce que les mastonautes n’aiments pas les chefs
Libre adaptation avec le Geektionerd generator d’un mastodon dessiné par Peter O’Saughnessy




Changer le monde, un octet à la fois

Cette année, comme les précédentes, Framasoft fait appel à votre générosité afin de poursuivre ses actions.

Depuis 14 ans : promouvoir le logiciel libre et la culture libre

L’association Framasoft a 14 ans. Durant nos 10 premières années d’existence, nous avons créé l’annuaire francophone de référence des logiciels libres, ouvert une maison d’édition ne publiant que des ouvrages sous licences libres, répondu à d’innombrables questions autour du libre, participé à plusieurs centaines d’événements en France ou à l’étranger, promu le logiciel libre sur DVD puis clé USB, accompagné la compréhension de la culture libre, ou plutôt des cultures libres, au travers de ce blog, traduit plus de 1 000 articles ainsi que plusieurs ouvrages, des conférences, et bien d’autres choses encore !

Depuis 4 ans, décentraliser Internet

En 2014, l’association prenait un virage en tentant de sensibiliser non seulement à la question du libre, mais aussi à celle de la problématique de la centralisation d’Internet. En déconstruisant les types de dominations exercées par les GAFAM (dominations technique, économique, mais aussi politique et culturelle), nous avons pendant plusieurs années donné à voir en quoi l’hyperpuissance de ces acteurs mettait en place une forme de féodalité.

Et comme montrer du doigt n’a jamais mené très loin, il a bien fallu initier un chemin en prouvant que le logiciel libre était une réponse crédible pour s’émanciper des chaînes de Google, Facebook & co. En 3 ans, nous avons donc agencé plus de 30 services alternatifs, libres, éthiques, décentralisables et solidaires. Aujourd’hui, ces services accueillent 400 000 personnes chaque mois. Sans vous espionner. Sans revendre vos données. Sans publicité. Sans business plan de croissance perpétuelle.

Parfois, Framasoft se met au vert. Parce qu’il y a un monde par-delà les ordinateurs…

 

 

Mais Framasoft, c’est une bande de potes, pas la #startupnation. Et nous ne souhaitions pas devenir le « Google du libre ». Nous avons donc en 2016 impulsé le collectif CHATONS, afin d’assurer la résilience de notre démarche, mais aussi afin de « laisser de l’espace » aux expérimentations, aux bricolages, à l’inventivité, à l’enthousiasme, aux avis divergents du nôtre. Aujourd’hui, une soixantaine de chatons vivent leurs vies, à leurs rythmes, en totale indépendance.

Il y a un an : penser au-delà du code libre

Il y a un an, nous poursuivions notre virage en faisant 3 constats :

  1. L’open source se porte fort bien. Mais le logiciel libre (c-à-d. opensource + valeurs éthiques) lui, souffre d’un manque de contributions exogènes.
  2. Dégoogliser ne suffit pas ! Le logiciel libre n’est pas une fin en soi, mais un moyen (nécessaire, mais pas suffisant) de transformation de la société.
  3. Il existe un ensemble de structures et de personnes partageant nos valeurs, susceptibles d’avoir besoin d’outils pour faire advenir le type de monde dont nous rêvons. C’est avec elles qu’il nous faut travailler en priorité.

Est-ce une victoire pour les valeurs du Libre que d’équiper un appareil tel que le drone militaire MQ-8C Fire Scout ?
Nous ne le pensons pas.
Cliché
Domaine public – Wikimedia

 

Face à ces constats, notre feuille de route Contributopia vise à proposer des solutions. Sur 3 ans (on aime bien les plans triennaux), Framasoft porte l’ambition de participer à infléchir la situation.

D’une part en mettant la lumière sur la faiblesse des contributions, et en tentant d’y apporter différentes réponses. Par exemple en abaissant la barrière à la contribution. Ou, autre exemple, en généralisant les pratiques d’ouvertures à des communautés non-dev.

D’autre part, en mettant en place des projets qui ne soient pas uniquement des alternatives à des services de GAFAM (aux moyens disproportionnés), mais bien des projets engagés, militants, qui seront des outils au service de celles et ceux qui veulent changer le monde. Nous sommes en effet convaincu·es qu’un monde où le logiciel libre serait omniprésent, mais où le réchauffement climatique, la casse sociale, l’effondrement, la précarité continueraient à nous entraîner dans leur spirale mortifère n’aurait aucun sens pour nous. Nous aimons le logiciel libre, mais nous aimons encore plus les êtres humains. Et nous voulons agir dans un monde où notre lutte pour le libre et les communs est en cohérence avec nos aspirations pour un monde plus juste et durable.

Aujourd’hui : publier Peertube et nouer des alliances

Aujourd’hui, l’association Framasoft n’est pas peu fière d’annoncer la publication de la version 1.0 de PeerTube, notre alternative libre et fédérée à YouTube. Si vous souhaitez en savoir plus sur PeerTube, ça tombe bien : nous venons de publier un article complet à ce sujet !

Ce n’est pas la première fois que Framasoft se retrouve en position d’éditeur de logiciel libre, mais c’est la première fois que nous publions un logiciel d’une telle ambition (et d’une telle complexité). Pour cela, nous avons fait le pari l’an passé d’embaucher à temps plein son développeur, afin d’accompagner PeerTube de sa version alpha (octobre 2017) à sa version bêta (mars 2018), puis à sa version 1.0 (octobre 2018).

Le crowdfunding effectué cet été comportait un palier qui nous engageait à poursuivre le contrat de Chocobozzz, le développeur de PeerTube, afin de vous assurer que le développement ne s’arrêterait pas à une version 1.0 forcément perfectible. Ce palier n’a malheureusement pas été atteint, ce qui projetait un flou sur l’avenir de PeerTube à la fin du contrat de Chocobozzz.

Garder sa singularité tout en étant relié aux autres, c’est ça la force de la fédération PeerTube.
Notre article complet sur PeerTube

 

Nous avons cependant une excellente nouvelle à vous annoncer ! Bien que le palier du crowdfunding n’ait pas été atteint, l’association Framasoft a fait le choix d’embaucher définitivement Chocobozzz (en CDI) afin de pérenniser PeerTube et de lui donner le temps et les moyens de construire une communauté solide et autonome. Cela représente un investissement non négligeable pour notre association, mais nous croyons fermement non seulement dans le logiciel PeerTube, mais aussi et surtout dans les valeurs qu’il porte (liberté, décentralisation, fédération, émancipation, indépendance). Sans parler des compétences de Chocobozzz lui-même qui apporte son savoir-faire à l’équipe technique dans d’autres domaines.

Nous espérons que vos dons viendront confirmer que vous approuvez notre choix.

D’ici la fin de l’année, annoncer de nouveaux projets… et une campagne de don

Comme vous l’aurez noté (ou pas encore !), nous avons complètement modifié notre page d’accueil « framasoft.org ». D’une page portail plutôt institutionnelle, décrivant assez exhaustivement « Qu’est-ce que Framasoft ? », nous l’avons recentrée sur « Que fait Framasoft ? » mettant en lumière quelques éléments clefs. En effet, l’association porte plus d’une cinquantaine de projets en parallèle et présenter d’emblée la Framagalaxie nous semblait moins pertinent que de « donner à voir » des actions choisies, tout en laissant la possibilité de tirer le fil pour découvrir l’intégralité de nos actions.

Nous y rappelons brièvement que Framasoft n’est pas une multinationale, mais une micro-association de 35 membres et 8 salarié⋅es (bientôt 9 : il reste quelques jours pour candidater !). Que nous sommes à l’origine de la campagne « Dégooglisons Internet » (plus de 30 services en ligne)… Mais pas seulement ! Certain⋅es découvriront peut-être l’existence de notre maison d’édition Framabook, ou de notre projet historique Framalibre. Nous y mettons en avant LE projet phare de cette année 2018 : PeerTube. D’autres projets à court terme sont annoncés sur cette page (en mode teasing), s’intégrant dans notre feuille de route Contributopia.

Framasoft n’est pas une multinationale, mais une micro-association

Enfin, nous vous invitons à faire un don pour soutenir ces actions. Car c’est aussi l’occasion de rappeler que l’association ne vit quasiment que de vos dons ! Ce choix fort, volontaire et assumé, nous insuffle notre plus grande force : notre indépendance. Que cela soit dans le choix des projets, dans le calendrier de nos actions, dans la sélection de nos partenaires, dans nos prises de paroles et avis publics, nous sommes indépendant⋅es, libres, et non-soumis⋅es à certaines conventions que nous imposerait le système de subventions ou de copinage avec les ministères ou toute autre institution.

Ce sont des milliers de donatrices et donateurs qui valident nos actions par leur soutien financier. Ce qu’on a fait vous a plu ? Vous pensez que nous allons dans le bon sens ? Alors, si vous en avez l’envie et les moyens, nous vous invitons à faire un don. C’est par ce geste que nous serons en mesure de verser les salaires des salarié⋅es de l’association, de payer les serveurs qui hébergent vos services préférés ou de continuer à intervenir dans des lieux ou devant des publics qui ont peu de moyens financiers (nous intervenons plus volontiers en MJC que devant l’Assemblée Nationale, et c’est un choix assumé). Rappelons que nos comptes sont publics et validés par un commissaire aux comptes indépendant.

En 2019, proposer des outils pour la société de contribution

Fin 2018, nous vous parlerons du projet phare que nous souhaitons développer pendant l’année 2019, dont le nom de code est Mobilizon. Au départ pensé comme une simple alternative à Meetup.com (ou aux événements Facebook, si vous préférez), nous avons aujourd’hui la volonté d’emmener ce logiciel bien plus loin afin d’en faire un véritable outil de mobilisation destiné à celles et ceux qui voudraient se bouger pour changer le monde, et s’organiser à 2 ou à 100 000, sans passer par des systèmes certes efficaces, mais aussi lourds, centralisés, et peu respectueux de la vie privée (oui, on parle de Facebook, là).

Évidemment, ce logiciel sera libre, mais aussi fédéré (comme Mastodon ou PeerTube), afin d’éviter de faire d’une structure (Framasoft ou autre), un point d’accès central, et donc de faiblesse potentielle du système. Nous vous donnerons plus de nouvelles dans quelques semaines, restez à l’écoute !

Éviter de faire d’une structure (Framasoft ou autre), un point d’accès central

D’autres projets sont prévus pour 2019 :

  • la sortie du (apparemment très attendu) Framapétitions ;
  • la publication progressive du MOOC CHATONS (cours en ligne gratuit et ouvert à toutes et tous), en partenariat avec la Ligue de l’Enseignement et bien d’autres. Ce MOOC, nous l’espérons, permettra à celles et ceux qui le souhaitent, de comprendre les problématiques de la concentration des acteurs sur Internet, et donc les enjeux de la décentralisation. Mais il donnera aussi de précieuses informations en termes d’organisation (création d’une association, modèle économique, gestion des usager⋅es, gestion communautaire, …) ainsi qu’en termes techniques (quelle infrastructure technique ? Comment la sécuriser ? Comment gérer les sauvegardes, etc.) ;
  • évidemment, bien d’autres projets en ligne (on ne va pas tout vous révéler maintenant, mais notre feuille de route donne déjà de bons indices)

Bref, on ne va pas chômer !

Dans les années à venir : se dédier à toujours plus d’éducation populaire, et des alliances

Nous avions coutume de présenter Framasoft comme « un réseau à géométrie variable ». Il est certain en tout cas que l’association est en perpétuelle mutation. Nous aimons le statut associatif (la loi de 1901 nous paraît l’une des plus belles au monde, rien que ça !), et nous avons fait le choix de rester en mode « association de potes » et de refuser — en tout cas jusqu’à nouvel ordre — une transformation en entreprise/SCOP/SCIC ou autre. Mais même si nous avons choisi de ne pas être des super-héro⋅ïnes et de garder l’association à une taille raisonnable (moins de 10 salarié⋅es), cela ne signifie pas pour autant que nous ne pouvons pas faire plus !

La seconde année de Contributopia
Illustration de David Revoy – Licence : CC-By 4.0

 

 

Pour cela, de la même façon que nous proposons de mettre nos outils « au service de celles et ceux qui veulent changer le monde », nous sommes en train de créer des ponts avec de nombreuses structures qui n’ont pas de rapport direct avec le libre, mais avec lesquelles nous partageons un certain nombre de valeurs et d’objectifs.

Ainsi, même si leurs objets de militantisme ou leurs moyens d’actions ne sont pas les mêmes, nous aspirons à mettre les projets, ressources et compétences de Framasoft au service d’associations œuvrant dans des milieux aussi divers que ceux de : l’éducation à l’environnement, l’économie sociale et solidaire et écologique, la transition citoyenne, les discriminations et oppressions, la précarité, le journalisme citoyen, la défense des libertés fondamentales, etc. Bref, mettre nos compétences au service de celles et ceux qui luttent pour un monde plus juste et plus durable, afin qu’ils et elles puissent le faire avec des outils cohérents avec leurs valeurs et modulables selon leurs besoins.

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Nous pensons que le temps est venu de faire ensemble.

Framasoft est une association d’éducation populaire (qui a soufflé « d’éducation politique » ?), et nous n’envisageons plus de promouvoir ou de faire du libre « dans le vide ». Il y a quelques années, nous évoquions l’impossibilité chronique et structurelle d’échanger de façon équilibrée avec les institutions publiques nationales. Cependant, en nous rapprochant de réseaux d’éducation populaire existants (certains ont plus de cent ans), nos positions libristes et commonistes ont été fort bien accueillies. À tel point qu’aujourd’hui nous avons de nombreux projets en cours avec ces réseaux, qui démultiplieront l’impact de nos actions, et qui permettront — nous l’espérons — que le milieu du logiciel libre ne reste pas réservé à une élite de personnes maîtrisant le code et sachant s’y retrouver dans la jungle des licences.

Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin. Nous pensons que le temps est venu de faire ensemble.

Nous avons besoin de vous !

Un des paris que nous faisons pour cette campagne est « d’informer sans sur-solliciter ». Et l’équilibre n’est pas forcément simple à trouver. Nous sommes en effet bien conscient⋅es qu’en ce moment, toutes les associations tendent la main et sollicitent votre générosité.

Nous ne souhaitons pas mettre en place de « dark patterns » que nous dénonçons par ailleurs. Nous pouvions jouer la carte de l’humour (si vous êtes détendu⋅es, vous êtes plus en capacité de faire des dons), celle de la gamification (si on met une jauge avec un objectif de dons, vous êtes plus enclin⋅es à participer), celle du chantage affectif (« Donnez, sinon… »), etc.

Le pari que nous prenons, que vous connaissiez Framasoft ou non, c’est qu’en prenant le temps de vous expliquer qui nous sommes, ce que nous avons fait, ce que nous sommes en train de faire, et là où nous voulons vous emmener, nous parlerons à votre entendement et non à vos pulsions. Vous pourrez ainsi choisir de façon éclairée si nos actions méritent d’être soutenues.

« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose. Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. » — Antoine de Saint-Exupéry

Nous espérons, à la lecture de cet article, vous avoir donné le désir de co-construire avec nous le Framasoft de demain, et que vous embarquerez avec nous.

 

Faire un don pour soutenir les actions de Framasoft

 

 




PeerTube 1.0 : the free/libre and federated video platform

At the end of 2014, the French non-profit association Framasoft started a crazy challenge: what if we de-google-ified the Internet?

[For French version of this article, see here]

Three years later, more than thirty alternative services to Google, Facebook, and others were available and released to the public. Based on free/libre software only, without advertising, respectful of privacy, maintained by a non-profit association and totally independent.

However, in the « missing » services, one important actor remained: YouTube. Because how one can produce or make available a YouTube alternative without, tomorrow, collapsing in the face of problems? Explosion of online storage space (which costs a fortune), explosion of bandwidth costs (which costs two fortunes!), moderation problems, etc.

A solution had to be found.

The origins of PeerTube

In October 2017, Framasoft has hired the PeerTube developer for a few months on a full-time basis. PeerTube was then only a personal project of a free/libre and federated video distribution platform, in alpha version. The promise was a beta version, usable by the most courageous, for March 2018. The particularity of PeerTube is that the software allows to connect several « instances » of PeerTube between them (thus forming a « federation »), allowing them to exchange information without the user having to change between websites.

By March 2018, the beta version was ready. The association (which lives only on donations) then took the financial risk of extending the developer’s contract, in order to be able to launch a version 1.0 in October 2018. Since Framasoft could not finance this development on its own, a crowdfunding was launched in May 2018 with different levels. 45 days later, the association had collected 53 100€ through 1 381 donations.

In October 2018, the Framasoft non-profit is proud to announce the release of version 1.0 of PeerTube!

Video introducing to PeerTube. For a video with English subtitles, click here.
Realisation : Association LILA (CC by-sa)

 

But then, what does this 1.0 version offer?

First of all, and to avoid misunderstandings, let us remind you that PeerTube is not a single centralized platform (as YouTube, Dailymotion or Vimeo can be), but a software that brings together many PeerTube instances (i.e. different installations of the PeerTube software, thematic or community based) within what is called a federation. You must therefore look for the PeerTube instance that suits you best to view or upload your videos or, failing that, set up your own PeerTube instance, on which you will have full rights.

PeerTube is not a single centralized platform, but a software

Basic functionalities

    • Peertube allows you to watch videos with WebTorrent, to prevent the saturation of the broadcast servers. If several people are watching the same video at the same time, they download small pieces of the video from your server, but also from the devices of other people who are watching the same video in the same time!
    • Federation between PeerTube instances. If the PeerTube instance A subscribes to the PeerTube instances B and C, from a search on A, you can find and watch videos of B and C, without leaving A.
    • The software has fairly detailed settings that allow the governance to be adjusted: each instance can be organized as it wishes. Thus, the instance administrator can define:
      • a disk space quota for each videographer;
      • the number of accepted accounts;
      • the role of users (administration, moderation, use, video upload).
    • PeerTube can run on a small server. For example, you can install it on a VPS-like hardware with two cores and 2GB of RAM. The storage space required obviously depends on the number of videos you want to host personally.
    • PeerTube has a stable and robust code, tested and proven on many systems, which makes it powerful. For example, a PeerTube page often loads much faster than a YouTube page.
    • Your videos can be automatically converted into different definitions (e. g. 240p, 720p or 1080p. or even 4K) to suit the speed and equipment of the visitors. This step is called transcoding.
    • A « Theater » mode as well as a « night » mode are available for better viewing comfort.
    • PeerTube does not spy on you or lock you up: indeed, the application does not collect personal information for commercial purposes, and above all PeerTube does not lock you in a « filter bubble ». In addition, it does not use a biased recommendation algorithm to keep you online indefinitely. It may be a detail (or a weakness) for you, but for us it is a strength that means a lot!
    • There isn’t – yet – any dedicated smartphone application. However, the web version of PeerTube works just as fast on smartphones and adapts perfectly to your device.
    • Visitors can comment on the videos. This feature can be disabled either by the instance administrators on any video or locally by the person who uploads the videos.
    • Since PeerTube uses the W3C standard ActivityPub exchange protocol, it is possible to interact with other software using the same protocol. For example, the PeerTube video platform can interact with the Mastodon social network, an alternative to Twitter. Thus, it is possible to « track » a PeerTube user from Mastodon, or even comment on a video directly from your Mastodon account.
PeerTube demo with Mastodon

 

  • A dedicated button allows you to support the author of a video. In this way, videographers can pick the financing method that suits them.
  • We may not have insisted on this point, but PeerTube is of course free/libre software🙂 This means that its source code (its recipe) is available and open to everyone. This means you can contribute to the code or, if you think the software is not going in the right direction, copy it and make the changes that suit your needs.

Functionalities financed through crowdfunding

    • Subtitling: possibility to add multiple language files (in.srt format) to provide subtitles for videos.
    • Instance redundancy: it is possible to « help » a designated instance by activating the redundancy of all or part of its videos (which will then be duplicated on your instance). Thus, if the linked instance is overloaded because too many people are watching the videos it hosts, your instance can support it by making its bandwidth available.
    • Import from other video platforms by simply copying and pasting: YouTube, Vimeo, Dailymotion, etc. On some platforms, the retrieval of the title, description or keywords is even automatic. It is of course also possible to import videos by direct link or from another PeerTube instance. Finally, PeerTube also allows import from .torrent files.
Importing a video in PeerTube

 

 

  • Several RSS feeds are available to you according to your needs: one for videos globally, another for those of a channel and one for comments on a video.
  • Peertube has become international and now speaks 13 languages including Chinese. Translations into other languages are in progress.
  • The search feature is more relevant. It takes into account certain typographical errors and provides filters.

Upcoming features

We have excellent news: although the third level of our crowdfunding wasn’t reached, Framasoft has decided to hire the PeerTube developer on a permanent contract in order to ensure the sustainability of the software development. Other functionalities are therefore planned for 2019.

  • A plugin system to customize Peertube. This is an essential development, as it will allow everyone to develop their own plugins to adapt PeerTube to their needs. For example, it will become possible to propose recommendation plugins with specific algorithms or completely different graphic themes.
  • We will probably develop a mobile application (or some motivated contributors will)
  • It will quickly be possible to improve the video import tool, so that you can « synchronize » your YouTube channel with your PeerTube channel (PeerTube will be able to check if new videos have been added and will automatically add them to your PeerTube account, including title and descriptions). In fact, this feature is already available for those who host their PeerTube instance and master the command line.
  • Statistics by instance or by account may be made available.
  • The improvement of moderation tools for big instances

To go further

It’s up to you! PeerTube belongs to you, take advantage of its possibilities. Submit quality videos (preferably under a free license, or for which you have the broadcasting rights or an explicit agreement) to one of the existing instances. Let your contacts and subscribed YouTubers know about PeerTube. And if you can, install your own instance to further expand the federated network!

Supporting Framasoft also means supporting PeerTube

PeerTube

Framasoft




PeerTube 1.0 : la plateforme de vidéos libre et fédérée

Ce qui nous fait du bien, chez Framasoft, c’est quand nous arrivons à tenir nos engagements. On a beau faire les marioles, se dire qu’on est dans l’associatif, que la pression n’est pas la même, tu parles !

[Short version of this article in English available here]

Après le financement participatif réussi du mois de juin 2018, nous avions fait la promesse de sortir la version 1 de Peertube en octobre 2018. Et alors, où en sommes-nous ? Le suspense est insoutenable.

Nous étions confiants. Le salaire du développeur principal, Chocobozzz, était assuré jusqu’à la fin de l’année, nous avions déjà recensé des contributions de qualité, nous avions fait un peu de bruit dans la presse… Cependant, nous avions aussi pris un engagement ferme vis-à-vis de nos donateur·ices, ainsi qu’auprès d’un large public international qui ne nous connaissait pas aussi bien que nos soutiens francophones habituels.

Ne vous faisons pas languir plus longtemps, cette version 1.0, elle est là, elle sort à l’heure dite et elle tient ses promesses, elle aussi. C’est l’occasion de dérouler pour vous un récapitulatif des épisodes précédents, ce qui vous évitera de farfouiller dans le blog pour retrouver vos petits. On sait que c’est pénible, on l’a fait. 🙂

C’est quoi, PeerTube ? Une révolte ? Non, Sire, une révolution

[Vidéo de présentation de PeerTube, en anglais, avec les sous-titres français, sur Framatube. Pour la vidéo avec les sous-titres en anglais, cliquez ici. Réalisation : Association LILA (CC by-sa)]

 

« Dégooglisons Internet ! » avons-nous crié partout pendant trois ans, sur l’air de « Delenda Carthago ! »

Ça, c’était une révolte. Un cri du cœur. Déjà un défi fou : proposer une alternative aux services des géants du web, les GAFAM et leurs petits copains (Twitter, par exemple). Un par un, les services étaient sortis, à un rythme insensé. Ils sont toujours là. Il faut les maintenir. Heureusement, les (désormais 60) CHATONS permettent de répartir un peu la charge. L’offre de mail mise de côté, il restait un gros morceau : proposer une alternative crédible au géant Youtube, rien que ça ! Pas facile de briser l’hégémonie des plateformes de diffusion vidéo !

Les fichiers vidéo sont lourds, c’est le principal inconvénient. Donc il faut de gros serveurs, beaucoup de bande passante, ce qui représente un coût astronomique, sans parler de l’administration technique de tout ça.
Non seulement impensable au regard de nos moyens, mais surtout complètement à l’opposé des principes du Libre : indépendance, décentralisation, partage. Pour répondre au défi financier, Youtube et ses clones utilisent toutes les ressources du capitalisme de surveillance : en captant l’attention des internautes dans des boucles sans fin, en profilant leurs goûts, en les assaillant de publicité, en leur proposant des recommandations parfois toxiques

C’est là que nous avons pris connaissance du logiciel (libre !) d’un jeune homme sympathique caché derrière le pseudo Chocobozzz, qui travaillait dans son coin à proposer une manière innovante de diffuser et visionner de la vidéo sur Internet.

Quand vous visionnez une vidéo, votre ordinateur participe à sa diffusion

PeerTube utilise les ressources du Web (WebRTC et BitTorrent, des technologies permettant le partage de diffusion, qui est un concept fondamental d’Internet) pour alléger la charge des sites qui hébergent du contenu. Avec un principe on ne peut plus simple : quand vous visionnez une vidéo, votre ordinateur participe à sa diffusion. Si beaucoup de personnes regardent la même vidéo, au lieu de tirer sur les ressources du serveur, on demande un petit effort à chaque machine et à chaque connexion. Les flux se répartissent, le réseau est optimisé. L’Internet comme il doit être. Comme il aurait dû le rester !

Pas besoin d’héberger tous les contenus que vous souhaitez diffuser : il suffit de se fédérer avec des instances amies qui proposent ces contenus pour les référencer sur sa propre instance. Sans dupliquer les fichiers. Et ça marche ! Quand les copains de Datagueule ont mis en ligne leur documentaire Démocratie, le logiciel a encaissé les milliers de visionnages sans broncher. Nous vous avons alors soumis l’idée d’embaucher Chocobozzz pour lui permettre de travailler sereinement à son projet, avec pour objectif de produire une version bêta du logiciel en mars 2018. Grâce à vos dons et à votre confiance, nous avons franchi cette première étape.

Nous avons entre-temps peaufiné notre nouvelle feuille de route Contributopia, dans laquelle PeerTube s’inscrivait parfaitement. Avec la recommandation du protocole ActivityPub par le W3C, qui renforçait le principe de fédération déjà initié par des logiciels sociaux (comme Mastodon), PeerTube est même devenu une brique majeure de Contributopia. Heureusement, la fédération, c’est facile à expliquer, parce que tout le monde l’utilise déjà : on a tou⋅tes des adresses mails, fournies par des tas de serveurs différents, et pourtant on arrive à s’écrire ! Avec PeerTube, lorsque plusieurs instances sont fédérées, il est possible de faire des recherches sur toutes ces instances, sans quitter celle sur laquelle vous êtes, ou de commenter des vidéos d’une instance distante sans avoir besoin de vous créer un compte dessus.

L’étape suivante allait de soi : continuer. La communication autour de PeerTube, via nos réseaux habituels, nous avait déjà permis d’attirer les contributions, des vidéastes avaient manifesté leur intérêt, les forums bruissaient de questions.

C’est pourquoi, rompant avec nos usages habituels, bousculant notre tempo, nous avons décidé de pousser les feux en prenant définitivement le rôle d’éditeur du logiciel de Chocobozzz, avec son accord, évidemment. Et surtout en soumettant une demande de financement participatif à l’international, en anglais, pour pérenniser son embauche, sans forcément vous solliciter à nouveau directement (mais on sait qu’une partie d’entre vous a tenu à participer quand même, et ça fait chaud au cœur, vraiment).

Cette fois encore, ce fut un joli succès, alors que franchement on n’en menait pas large, et voilà ce qui nous amène à cette version 1.0.

Mais alors, elle embarque quoi, cette version 1.0 ?

Avant tout, et pour éviter les mécompréhensions, rappelons que PeerTube n’est pas une seule plateforme centralisée (comme peuvent l’être YouTube, Dailymotion ou Viméo), mais un logiciel permettant de rassembler de nombreuses instances PeerTube (c’est-à-dire différentes installations du logiciel PeerTube, thématiques ou communautaires) au sein de ce que l’on appelle une fédération. Il vous faut donc chercher l’instance PeerTube qui vous convient pour visionner ou mettre en ligne vos vidéos ou, à défaut, mettre en place votre propre instance PeerTube, sur lequel vous aurez tous les droits.

PeerTube n’est pas une seule plateforme centralisée, mais un logiciel

Fonctionnalités de base

  • Peertube permet de regarder des vidéos avec WebTorrent, pour ne pas saturer les serveurs de diffusion. Si plusieurs personnes regardent la même vidéo, elles téléchargent de petits morceaux de la vidéo depuis votre serveur, mais aussi depuis les machines des autres personnes qui regardent la même vidéo !
  • Fédération entre instances PeerTube. Si l’instance PeerTube A s’abonne aux instances PeerTube B et C, depuis une recherche sur A, on peut trouver et visionner les vidéos de B et C, sans quitter A.
  • Le logiciel dispose de réglages assez fins qui permettent d’ajuster la gouvernance : chaque instance s’organise comme elle le souhaite. Ainsi, l’administrateur·ice de l’instance peut définir :
    • un quota d’espace disque pour chaque vidéaste ;
    • le nombre de comptes acceptés ;
    • le rôle des utilisateur·ices (administration, modération, utilisation, upload de vidéos).
  • PeerTube peut fonctionner sur un petit serveur. Vous pouvez par exemple l’installer sur un matériel type VPS ayant deux cœurs et 2Go de RAM. L’espace de stockage requis dépend évidemment du nombre de vidéos que vous souhaitez héberger personnellement.
  • PeerTube dispose d’un code stable et robuste, testé et éprouvé sur de nombreux systèmes, ce qui le rend performant. Ainsi, une page PeerTube se charge souvent bien plus vite qu’une page YouTube.
  • Vos vidéos peuvent être automatiquement converties dans différentes définitions (par exemple 240p, 720p ou 1080p. voire le 4K) pour s’adapter au débit et matériel des visiteur·euses. Cette étape s’appelle le transcodage.
  • Un mode «Théâtre» ainsi qu’un mode «nuit» sont disponibles pour un meilleur confort de visionnage.
  • PeerTube ne vous espionne pas et ne vous enferme pas : en effet, l’application ne collecte pas d’informations personnelles à des fins d’exploitation commerciale, et surtout PeerTube ne vous enferme pas dans une « bulle de filtre ». Par ailleurs, il n’utilise pas d’algorithme de recommandation biaisé pour vous faire rester indéfiniment en ligne. C’est peut-être un détail (ou une faiblesse) pour vous, mais pour nous c’est une force qui veut dire beaucoup !
  • Il n’existe pas – encore – d’application smartphone dédiée. Cependant, la version web de PeerTube fonctionne rapidement sur smartphone et s’adapte parfaitement à votre appareil.
  • Les visiteur⋅euses peuvent commenter les vidéos. Cette fonctionnalité peut être désactivée soit par l’administrateur·ice de l’instance sur n’importe quelle vidéo, soit localement par la personne qui met en ligne les vidéos.
  • PeerTube utilisant le protocole d’échanges ActivityPub, il est possible d’interagir avec d’autres logiciels utilisant ce même protocole. Par exemple, la plateforme de vidéo PeerTube peut interagir avec le réseau social Mastodon, alternative à Twitter. Ainsi, il est possible de « suivre » un utilisateur PeerTube depuis Mastodon, ou même de commenter une vidéo directement depuis votre compte Mastodon.
  • Un bouton permet d’apporter votre soutien à l’auteur d’une vidéo. Ainsi, les vidéastes peuvent mettre en place le mode de financement qui leur convient.
  • Nous n’avons peut-être pas insisté sur ce point, mais PeerTube est bien évidemment un logiciel libre 🙂 Cela signifie que son code source (sa recette de cuisine) est disponible et ouverte à tou⋅tes. Ainsi, vous pouvez contribuer au code ou, si vous pensez que le logiciel ne va pas dans la bonne direction, le copier et y apporter les modifications qui correspondent à vos besoins.

Image du crowdfunding réussi ayant financé une large partie des fonctionnalités les plus attendues.

Fonctionnalités financées par le crowdfunding

  • Le sous-titrage : possibilité d’ajouter de multiples fichiers de langue (au format .srt) pour proposer les sous-titrages des vidéos.
  • La redondance d’instance : il est possible « d’aider » une instance désignée en activant la redondance de tout ou partie de ses vidéos (qui seront alors dupliquées sur votre instance). Ainsi, si l’instance liée est surchargée parce que trop de monde regarde les vidéos qu’elle héberge, votre instance pourra la soutenir en mettant sa bande passante à disposition.
  • L’import depuis d’autres plateformes vidéo par simple copier-coller : YouTube, Viméo, Dailymotion, etc. Depuis certaines plateformes, la récupération du titre, de la description ou des mots clés est même automatique. Il est bien entendu possible d’importer aussi des vidéos par lien direct ou depuis une autre instance PeerTube. Enfin, PeerTube permet aussi l’import depuis les fichiers .torrent.
  • Plusieurs flux RSS s’offrent à vous selon vos besoins : un pour les vidéos de manière globale, un autre pour celles d’une chaîne et un dernier pour les commentaires d’une vidéo.
  • Peertube s’est internationalisé et parle maintenant 13 langues dont le chinois. Des traductions vers d’autres langues sont en cours.
  • La recherche est plus pertinente. Elle prend en compte certaines fautes de frappe et propose l’utilisation de filtres.

Fonctionnalités à venir

Nous avons une excellente nouvelle : bien que le troisième palier du crowdfunding n’ait pas été atteint, Framasoft a décidé d’embaucher Chocobozzz en CDI afin de pérenniser le développement de Peertube. D’autres fonctionnalités sont donc prévues au cours de l’année 2019.

  • Un système de plugins pour personnaliser Peertube. Il s’agit là d’un développement essentiel, car il permettra à chacun⋅e de développer ses propres plugins pour adapter PeerTube à ses besoins. Par exemple il deviendra possible de proposer des plugins de recommandations avec des algorithmes spécifiques ou des thèmes graphiques complètement différents.
  • Nous développerons éventuellement une application mobile (ou bien des contributeur⋅ices motivé⋅e⋅s le feront)
  • Il sera rapidement possible d’améliorer l’outil d’importation de vidéos, de façon à pouvoir «synchroniser» votre chaîne YouTube avec votre chaîne PeerTube (PeerTube sera en capacité de vérifier si de nouvelles vidéos ont été ajoutées et pourra automatiquement les ajouter à votre compte PeerTube, titre et descriptions compris). Dans les faits, cette fonctionnalité fonctionne déjà pour celles et ceux qui hébergent leur instance PeerTube et maîtrisent la ligne de commande.
  • Des statistiques par instance ou par compte pourront être mises à disposition.
  • L’amélioration des outils de modération.
[Exemple de la fonction d’import de vidéo]

 

PeerTube répare Internet

La campagne « Dégooglisons Internet » était un cri, une réaction, un rejet. Rejet des GAFAM et de leur vision centralisatrice, fermée, toute tournée vers le fric et le contrôle. Lutter contre les GAFAM, c’est mener un combat disproportionné. Mais la prise de conscience est faite. Nous n’avons plus besoin de rabâcher notre couplet sur leur façon de nier nos libertés, de s’approprier nos données personnelles, de prendre le pouvoir dans nos vies. Et puis il faut dire qu’à force de scandales, ils nous ont bien aidés à accélérer dans l’opinion publique cette prise de conscience. Nous revendiquons fièrement notre participation à cette évolution des esprits, au milieu d’autres acteurs tout aussi importants (LQDN, la CNIL, l’APRIL, etc.). Il est temps maintenant de passer à autre chose.

 

https://framalab.org/gknd-creator/

 

Chez Framasoft, incorrigibles bavards que nous sommes, nous avons produit beaucoup d’écrits, et nous avons finalement, proportionnellement, assez peu de contenus vidéos à proposer, alors que c’est un média qui est devenu à la fois plus facile à élaborer et plus demandé par le public. Ce virage vers la vidéo nous a été confisqué par les plateformes centralisatrices, Youtube en tête. Elles ont installé un standard, une norme, avec des pratiques révoltantes comme la censure aveugle et l’appropriation des contenus.

Le principe de fédération impulsé par le protocole ActivityPub et les logiciels qui l’utilisent (Peertube, Mastodon, Funkwhale, PixelFed, Plume… la liste s’allonge chaque mois) est en train, ni plus ni moins, de corriger le tir, de (re)construire le futur d’Internet. Celui que nous appelons de nos vœux.

sketchnote d'un réseau fédéré avec ActivityPub
La fédération, avec ActivityPub, c’est s’allier aux autres sans perdre son identité

 

Oui, cette fois, c’est une révolution. Avec Contributopia, nous annonçons une étape de construction, basée sur le partage, les communs, l’éducation populaire.

Nous avons aussi pris conscience, en avançant, que nous ne pouvions plus nier la dimension politique de cette vision. Alors quand on dit «politique», on convoque l’étymologie du mot, hein. C’est pas demain qu’on verra Pyg, notre délégué général, à l’Assemblée Nationale. Il n’empêche ! La culture du libre, ça va bien au-delà de l’hébergement d’agendas ou de l’ouverture d’un pad pour rédiger le présent article à plusieurs.

Nous travaillons, dans le cadre qui est le nôtre, à fournir des outils numériques aux utopistes qui, comme nous, pensent qu’il y a encore moyen de sauver les meubles. On se disait que ce n’était pas super vendeur, mais nous avons pu voir, lors de nos fréquentes interventions à droite et à gauche, que la démarche rencontrait de l’écho. Nous avons encore quelques jolies cartes à jouer pour la suite (même si pour certaines on ne sait pas encore comment ça se passera ^^), comme toujours dans la bonne humeur et le houblon doré.

Nous espérons que vous nous suivrez, encore, dans cette voie.

Longue vie à PeerTube.

L’équipe de Framasoft.

Pour aller plus loin

À vous de jouer ! PeerTube vous appartient, emparez-vous de ses possibilités. Déposez des vidéos de qualité (de préférence sous licence libre, ou pour laquelle vous avez les droits de diffusion ou un accord explicite) sur l’une des instances déjà existantes. Faites connaître PeerTube à vos contacts et aux YouTubeur⋅euses auxquels vous êtes abonné⋅e. Et si vous le pouvez, installez votre propre instance pour agrandir encore le réseau fédéré !




Framapic est de retour !

Et on vous explique un peu ce qui s’est passé.

Cela ne vous a peut-être pas échappé, Framapic, notre service de partage d’images, est subitement devenu indisponible le vendredi 17 août. Nous l’avons relancé lundi 24 septembre.

Nous ne l’avons pas coupé de gaieté de cœur, mais c’était soit la coupure du service Framapic, soit la coupure de l’IP du serveur, ce qui aurait entraîné l’arrêt de l’ensemble des services hébergés sur ce dernier.

Responsabilité du fournisseur de service

Nous avons déjà été contactés par diverses institutions ou organisations pour des problèmes de photos de drogue, d’armes ou de pédopornographie déposées sur Framapic.

Et oui, parmi ces institutions figurent des autorités judiciaires.

Il est de notre responsabilité d’hébergeur de réagir promptement aux demandes de suppression (lorsqu’elles sont fondées) ou aux requêtes judiciaires. Le problème est lorsque le demandeur contacte directement notre hébergeur, Hetzner. En effet, lorsque Hetzner nous transmet le signalement, celui-ci s’accompagne d’un délai d’une heure pour réagir avant la coupure de l’adresse IP du serveur.

Escalade

Au mois d’août, alors que jusqu’ici nous n’avions que peu de signalements, nous avons fait face à une vague de plusieurs signalements par semaine. Si nous avons toujours promptement réagi, Hetzner s’est lassé de ces signalements à répétition… et nous a laissé 24 heures pour migrer framapic.org hors de son réseau, avec toujours une menace de coupure.

Il fut donc décidé de mettre Framapic hors-ligne, de déplacer le nom de domaine vers un serveur situé chez un autre hébergeur et de ne fournir qu’une copie statique de la page de l’incident de notre site de statut : notre adminSys avait fini sa journée et commençait ses vacances… (il est quand même revenu sur le pont en urgence).

Toute requête demandant une image renvoyait (normalement) une capture d’écran du message de notre page d’incident.

Délai

Les vacances de l’adminSys se terminent, mais la rentrée ne commence pas par la remise en service de Framapic. Nous avons essayé de convaincre Hetzner de bien vouloir nous laisser remettre Framapic sur leurs serveurs, mais ce fut en pure perte.

Nous avons donc décidé de déplacer Framapic chez un autre hébergeur, avec un compte qui lui sera dédié afin de ne pas mettre en péril d’autres services si le cas se représentait.

Le rattrapage du travail en attente accumulé pendant les vacances a retardé la location du nouveau serveur… et ensuite il fallut attendre plus ou moins 24 heures que celui-ci soit mis à notre disposition (ce qui fut une surprise, habitués que nous sommes au quart d’heure maximum d’attente pour la même opération chez Hetzner).

Remise en service et limitations

Enfin, Framapic est de retour ! Mais pour éviter de nouveaux soucis, nous sommes obligés de mettre en place quelques limitations.

Ainsi, les nœuds de sortie du réseau Tor sont bannis. Il nous est douloureux d’en arriver là, convaincus que nous sommes de l’utilité de Tor pour des usages légitimes, mais comme un nombre conséquent de signalements concernaient des images envoyées via Tor, cette limitation s’est imposée.

Toute IP ayant envoyé une image ayant fait l’objet d’un signalement légitime sera définitivement bannie du service. Nous le faisions déjà quasi-systématiquement mais il nous arrivait d’oublier de le faire : certains signalements arrivaient pendant le weekend ou tard le soir, la priorité était la suppression des images signalées. Nous n’oublierons plus le bannissement.

Nous nous réservons le droit, si cela devenait nécessaire, de mettre en place d’autres types de blocage (geoIP ou autre joyeusetés), même si cela ne nous enthousiasme pas.

De l’intérêt des CHATONS

Framasoft a impulsé le collectif https://chatons.org justement pour éviter que les services proposés par notre association ne deviennent des “points centraux” du réseaux.

Ainsi, pendant la coupure de Framapic, vous pouviez toujours trouver d’autres chatons proposant un service équivalent (la recherche sur le site chatons.org retourne 14 membres proposant un tel service). Même si cette carte n’est pas forcément très à jour (hum), on peut rapidement trouver quelques services alternatifs, par exemple :

CHATONS est un collectif encore en construction, mais on voit ici tout l’intérêt de la décentralisation.

Ne dépendez pas de services tiers

Avant la coupure de Framapic, celui-ci faisait peiner le serveur sous le poids des nombreuses visites. Nous avions alors regardé d’où provenaient les requêtes en loguant les en-têtes Referer (et seulement cela, pour préserver votre vie privée, mais il fallait qu’on sache d’où venait le problème).

Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous nous sommes rendu compte que certains sites utilisaient Framapic pour stocker… les assets de leur site. Autrement dit, les images affichées sur le site web ne proviennent pas de leur hébergement (c’est à dire la machine hébergeant les pages web), mais sont récupérées depuis Framapic.org. Et il ne s’agissait pas que de blogs personnels, hein ! Des sites institutionnels en .gouv.fr utilisaient cette même mauvaise pratique ! (tous créés par la même entreprise qui n’a pas répondu à notre mail de contact leur demandant de ne pas le faire… mais qui a fini par cesser. Forcément, avec plus d’un mois d’images toutes cassées 😁)

Pourquoi cela est-il une très mauvaise pratique ?

  1. si le site tiers est indisponible, comme ce fut le cas de Framapic, le site ne ressemble plus à rien (ce fut assez drôle de voir les sites institutionnels évoqués plus haut remplis de la capture d’écran de l’incident 😁) ;
  2. si vos visiteurs bloquent les sites tiers avec une extension type uMatrix, le site ne ressemble plus à rien ;
  3. dans le cas de Framapic, cela induit une forte charge sur notre serveur : en effet, les images sont déchiffrées (bien que nous ayons un système de cache, celui-ci n’est pas extensible à l’infini) et chaque visite implique des requêtes en base de données ;
  4. sérieusement, mettre ses images sur le serveur du site ne le ralentira pas (à moins que vous n’hébergiez énormément d’images très lourdes).

Framapic a été pensé comme un moyen simple de partager des images (photos de vacances, captures d’écran…), ce n’est pas un CDN.

 

La morale de la fable

Nous espérons que ce petit article aura permis à certain⋅e⋅s d’apprendre au passage quelques petites choses sur les coulisses d’un service d’hébergement d’images et notre pratique à Framasoft :

  • nous respectons la loi si un signalement est justifié ;
  • dépendre d’un hébergeur revient à se soumettre à ses conditions — et à dépendre de sa disponibilité — d’où l’intérêt d’en choisir un avec soin (vive les CHATONS !), ou mieux, lorsque c’est possible, de s’auto-héberger ;
  • notre Framapic n’est pas destiné à héberger des images qui s’affichent sur un site web.



Des métacartes « Dégooglisons Internet », Framasoft double vos dons ce jeudi 27 septembre

Cet été, à l’occasion de notre venue au Forum des Usages Coopératifs de Brest, Framasoft s’est vue remettre un prototype de jeu « Métacartes ». Prototype que nous avons pu immédiatement tester quelques jours plus tard lors des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre, à Strasbourg, pour deux sessions d’animation : la première sur la situation et l’avenir des Groupes d’Utilisateurs de Logiciels Libres, et la seconde avec les membres du collectif CHATONS.

L’outil nous a paru intéressant et à soutenir. C’est pourquoi lorsque les concepteurs du projet nous ont contactés avec l’idée de produire des « Métacartes Dégooglisons Internet », nous n’avons pas hésité à répondre présents ! Nous pensons en effet qu’il pourrait être très utile (et efficace !) d’avoir un jeu de cartes – virtuelles, mais aussi physiques – permettant de présenter les nombreux services Dégooglisons Internet. Que le public puisse les « prendre en main » (littéralement !), les évaluer, les classer, en comparer les principales fonctionnalités, etc.

Nous leur avons proposé le soutien suivant : les dons effectués pendant toute la journée du jeudi 27 septembre seront doublés par Framasoft (dans la limite d’un don total de 800€ par Framasoft). Autrement dit, si le projet cumule — par exemple — 442€ de dons le 27 septembre, Framasoft fera un don de 442€ au projet.

Reste donc à vous présenter le projet Métacartes en détail, c’est pourquoi nous avons contacté Mélanie et Lilian, à l’origine de ce projet.

Prototype du jeu de Métacarte « Faire ensemble »
Prototype du jeu de Métacarte « Faire ensemble »

Bonjour Mélanie et Lilian, pouvez-vous vous présenter ?

Bonjour !

Mélanie Lacayrouze, je viens de l’enseignement après un passage par des labos de physique… Je suis facilitatrice graphique. En gros : je dessine sur les murs, et j’aide les gens à clarifier leur vision par le dessin ! Je suis aussi facilitatrice de projets collaboratifs.

Lilian Ricaud, j’ai moi aussi un parcours non linéaire ! Je suis facilitateur et formateur. J’accompagne les collectifs dans la mise en œuvre de stratégies de co-construction.

Vous avez lancé un financement participatif autour d’un projet : les Métacartes. Mais… c’est quoi des métacartes ?

Les métacartes, on peut les définir de plusieurs façons.

Physiquement, ce sont des cartes, en papier, reliées à une ressource en ligne via un QR code.

Chaque carte présente un outil ou un concept-clé, et elle est rédigée de manière à faire ressortir l’essentiel du sujet.

On peut donc les utiliser pour manipuler des concepts et des savoirs avec ses mains, tout en ayant la possibilité d’aller facilement chercher la ressource numérique pour aller approfondir.

Après la définition physique des métacartes, on peut donner une définition globale du projet : il s’agit d’un ensemble de cartes qui reliées entre elles forment des combinaisons. Et tout va se jouer dans la puissance de ces combinaisons.

Enfin, au-delà du format lui-même on peut aussi les voir comme un média avec une ligne éditoriale particulière.

Notre société actuelle est dominée par des pratiques mortifères et prédatrices (compétition, manipulation, espionnage…). Par opposition à ces pratiques mortifères, nous choisissons de mettre en valeur spécifiquement des outils ou connaissances « vivifiants », c’est à dire qui favorisent un changement positif et nourricier/nourrissant, respectueux des humains et des écosystèmes qui les portent.

Le tout premier jeu de cartes de Métacartes que nous lançons se nomme « Faire Ensemble » et propose des méthodes créatives et collaboratives pour améliorer les réunions et les rencontres.

Métacartes en situation

Pouvez-vous nous présenter un exemple pratique d’usage de ces cartes, une mise en situation ?

Prenons un⋅e facilitateur⋅rice qui veut construire la séquence d’un évènement avec le client.

Il faut définir d’abord les objectifs : se rencontrer, faire émerger des idées, produire une trace, prioriser les actions à venir, faire un bilan, …

Ensuite, pour chaque objectif, on parcourt le jeu de cartes, et on choisit un/plusieurs formats qui peuvent convenir.

Exemple de préparation d'une journée d'animation à l'aide de métacartes
Exemple de préparation d’une journée d’animation à l’aide de métacartes

 

Au besoin, on peut aller vers la ressource en ligne pour avoir plus de précisions ou bien faire son choix autrement (originalité, déjà pratiqué avec succès…).

Mais les métacartes ne s’adressent pas qu’aux pros de l’animation ! Prenons un groupe qui se retrouve pour un atelier ou une réunion. Ses membres peuvent parcourir ensemble le jeu et cela va les aider à réfléchir à leur objectif, et au format le plus adapté pour y arriver.

D’où vous est venue l’idée de ce projet ?

Lilian : j’avais commencé à faire une collection de méthodes collaboratives d’abord sur support numérique puis sur papier sous forme de cartes faites maison et je les ai utilisées dans ma pratique professionnelle plusieurs années. Puis début 2018, j’ai commencé à travailler avec Mélanie Lacayrouze sur un format plus complet : les métacartes. Nous avons fait plusieurs itérations, des interviews d’utilisateurs, des ateliers tests pour obtenir des retours et aboutir à la version que nous allons imprimer.

Il y a actuellement un « bonus » en cours : si le financement atteint 200%, vous produirez — en plus — des métacartes relatives au projet « Dégooglisons Internet ». En quoi cela consiste-il ?

On est tous les deux très sensibles aux enjeux du libre, et donc on suit depuis longtemps à la démarche de Framasoft. Nos contenus de formations sont tous sous licence Creative Commons BY-SA !
L’idée de dégoogliser Internet, on tente de l’appliquer dans nos cercles proches depuis plusieurs années.

En tant que formateurs dans le coopératif, nous voyons aussi des réticences à l’usage du numérique chez certains de nos publics. On pense qu’avoir un « jeu » de cartes papiers ça peut aider à vulgariser, à favoriser l’usage d’outils numériques collaboratifs libres.

Sur le contenu de ce jeu : ce n’est pas finalisé, pour l’instant, mais nous envisageons des cartes outils présentant les différents services avec un condensé compréhensible par le grand public.

On pourrait aussi ajouter quelques cartes concepts pour expliciter des incontournables libristes.

Sur la ressource en ligne nous pensons compléter avec des contenus de formation, tutos, eux mêmes sous licences libres, ainsi que des liens vers les différents CHATONS qui proposent le service. L’idée est de commencer simple, avec une ressource évolutive qui sera enrichie par la suite.

Dans tous les cas, le jeu sera conçu en collaboration avec Framasoft. Comme nos contenus respectifs sont libres, pas besoin de repartir de zéro, c’est la force du libre !

Ce jeu de cartes sera accessible et téléchargeable gratuitement et librement, à la fois les contenus et les modèles.

Sur les délais, pour l’instant nous sommes en train de finir le jeu métacartes du faire-ensemble pour une sortie en décembre; on travaillera sur le jeu « Dégooglisons Internet » début 2019 pour une sortie au début du printemps !

Les différents éléments d'une métacarte
Les différents éléments d’une métacarte

Merci ! Il est d’usage de laisser la possibilité aux personnes interviewées de se poser « La question qu’on ne leur a pas posée » (et d’y répondre, évidemment !). Alors, une dernière question ?

« Est ce que vous pensez que les cartes sont le nouveau livre ? »

Oui. Nous pensons que les livres ont été et resteront utiles. Cet assemblage de pages permet de mettre à plat par écrit un raisonnement sur un sujet pour pouvoir transmettre des idées à plein de gens même loin dans l’espace et le temps. Augmenté par le numérique le format livre permet de partager instantanément des connaissances à grande échelle.

Mais lorsqu’il s’agit de travailler sur un sujet complexe avec un outil linéaire comme un livre ou un pad, forcément, on est limité ! Pouvoir manipuler les cartes (comme des post-its…) permet de faire des combinaisons, des enchaînements, et de visualiser tout ça. C’est alors un moyen puissant.

Et puis rien n’empêche de saisir le tout en co-écrivant ensemble sur un pad pour le partager. Nous séquençons les outils et les usages pour en tirer le meilleur.

 

Pour soutenir le projet : https://fr.ulule.com/metacartes-faire-ensemble/

Rappel : les dons effectués pendant toute la journée du jeudi 27 septembre seront doublés par Framasoft (dans la limite d’un don total de 800€)




Écriture du blog : nous ne transigerons pas sur les libertés.

Attention, cet article va parler d’un sujet qui a été tellement polarisé qu’il transforme de nombreuses personnes en troll·e·s : l’écriture inclusive. Mais en fait on ne va pas du tout parler de ça. On va parler de Liberté et de libertés, tiens !

Premièrement : vous avez raison

On va mettre tout le monde d’accord d’un coup (quitte à vous mettre d’accord pour nous taper dessus)… quoi que vous pensiez sur l’écriture inclusive : vous avez raison.

Vous pensez que cela va changer les esprits et permettre de réduire les inégalités ? Vous avez raison. Vous pensez que c’est inefficace et inutile ? Vous avez raison.

Vous pensez que c’est une mode ? Vous avez raison. Vous pensez que c’est une évolution ? Vous avez raison.

Vous pensez que c’est un juste contrepoids à une masculinisation de notre langue par l’académie française lors de sa création au XVIIe siècle ? Vous avez raison. Vous pensez que l’académie française actuelle l’ayant officiellement comparée à un péril mortel, il ne faut pas l’utiliser ? Vous avez raison.

Vous vous en foutez royalement, tyranniquement ou démocratiquement…?

Vous. Avez. Raison.

Vous avez raison parce que vous avez vos raisons (ou même vos absences de raisons, pour les personnes qui s’en cognent). Vos opinions sur l’écriture inclusive peuvent être étayées par des faits, des autorités, des réflexions et de fait vous semblent parfaitement valides, mais elles restent cela : des opinions (ou absences d’opinions, n’oublions pas le droit de s’en foutre).

Car nos manières de pratiquer une langue vivante restent des choix : personnels, collectifs, politiques, poétiques… Mais des choix subjectifs. Ou des absences de choix, parce que saperlipopette, on a aussi le droit de se laisser porter !

L’informatique est-elle poétique ?
Vous avez une heure.
“School for Poetic Computation” par Roͬͬ͠͠͡͠͠͠͠͠͠͠͠sͬͬ͠͠͠͠͠͠͠͠͠aͬͬ͠͠͠͠͠͠͠ Menkman sous licence
CC BY 2.0

Deuxièmement : nous aussi

Chez Framasoft, cela fait plus de trois ans que ce choix est fait.

Le 27 février 2015, on pouvait lire dans cet article du Framablog :

On le sait, les libristes s’ennuient durant les week-end, tant ils croulent sous le temps libre, tant elles n’ont rien d’autre à faire que jouer à SuperTuxKart.

Quelques jours avant, c’est le mot « les rêveureuses » qui s’y affiche , quand on n’y parle pas carrément des « barbu-e-s » (déc. 2015) afin de désigner les informaticiennes et informaticiens libristes (pour tirer la langue à cette expression communautaire excluant, de fait, les visages glabres).

Quant à notre newsletter, suivie par plus de 95 000 inscrit·e·s, c’est pas mieux : dès 2015 les « ils et elles » y fleurissent, on y évoque « nos salarié-e-s » en 2016, ou on y imagine carrément les « chef-fe-s » du petit village libriste !

En fait, nos usages et manières ont progressé au fil de nos réflexions, et ce n’est que le 22 février 2017 que, suite à de rares commentaires ici ou là, notre comité communication décide d’ajouter cette réponse dans notre foire aux questions, afin de répondre par avance à toute interrogation, et d’expliquer pourquoi nous laissons des graphies novatrices s’exprimer dans nos communications.

Votre Contributopia est-elle riche de diversités ?
Vous avez deux heures.
Le monde des services de Contributopia, CC-By David Revoy

Troisièmement : ça pique un peu au début…

Alors oui, on le sait, lire de tels bidouillages de la langue française, ça perturbe. Nous le savons parce que nous aussi nous l’avons vécu. On est là, installé·e·s pépères dans une utilisation d’une langue que l’on s’est fait ch#£§ à apprendre durant de longues années, quand soudain des graphies nous rappellent que mémère existe aussi. Sans compter que, derrière tout cela, y’a une question -presque une accusation- qui vient se chuchoter dans nos pensées…

Aurais-je été sexiste tout ce temps, sans le savoir, juste en faisant des phrases…?

Alors là, c’est non : notre esprit se défend et sort les griffes… C’est normal, hein : il fait son boulot d’esprit. La neuro-biologie nous apprend que, lorsque nous sommes confronté·e·s à quelque chose qui remet en questions nos croyances les plus profondes, notre cerveau réagit comme si nous étions physiquement agressé·e·s.

Or les croyances « je ne suis pas sexiste » ou « je sais comment s’écrit le bon Français » sont souvent chères à nos esprits : elles sont identitaires. Nos esprits se défendent donc avec de multiples objections bien connues : « c’est moche », « c’est illisible », « c’est pas français », « c’est la novlangue de la pensée unique », « c’est excluant », etc. C’est un mécanisme de défense que les libristes connaissent bien. Qui n’a jamais entendu un « Je n’ai rien à cacher » après avoir remis en question la croyance « mes pratiques numériques sont saines »…?

Chez Framasoft, nombre de nos membres ont vécu ces objections : nous les connaissons intimement. Nous en avons discuté, débattu, argumenté (la question de l’accessibilité, par exemple, mérite que l’on se penche dessus, donc nous l’avons fait). Nous en avons déterminé qu’il ne s’agissait pas de nous, mais de Liberté.

Est-ce qu’une égoïste, c’est quelqu’une qui ne pense pas à moi ?
Vous avez trois heures.
“estupid ego” par !unite sous licence CC BY 2.0

Quatrièmement : …mais après ça passe

Parce qu’en fait, si on parvient à mettre en sourdine le « scrogneugneu, mais c’est pas comme ça que ça s’écrit » qui crie très fort en nous… eh bien on s’habitue ! Ne sous-estimons pas nos cerveaux : ils ont une capacité de résilience qui peut nous surprendre nous-mêmes…

D’expérience (et qui vaut ce qu’elle vaut, hein, z’avez le droit de ne pas être d’accord), on peut très vite s’habituer, ne plus trébucher mentalement sur des nouveautés linguistiques. De nos jours, écrire ou dire que « c’est relou », ne choque plus les esprits (sauf dans un contexte où on doit parler soutenu), mais à une époque pas si lointaine, lorsque l’on craignait les « loubards » en blousons noirs, le verlan était socialement choquant…

Car la seule chose qui nous empêche de nous habituer à des graphies novatrices : c’est nous.

C’est quand on ne veut pas, qu’on en a pas envie. Et pourquoi pas : vous avez le droit de refuser de voir votre langue, un outil profondément lié à nos identités, écrite de manière X ou Y. Vous pouvez ne pas en avoir envie…

Comme nous, dans notre association, nous pouvons avoir envie d’user de points médians (ou de smileys :p… ). Car, dans un cas comme dans l’autre, nous faisons un choix personnel, nous usons de notre Liberté.

Doit-on détester les emoji quand on ne supporte pas le point médian ?
Vous avez quatre heures.

Cinquièmement : pourquoi maintenant ?

Au-delà de ce débat qui, pour nous, se résume en une phrase (nous ne transigerons pas sur les libertés), il y a une question à se poser. Depuis plus de trois ans que nous expérimentons avec la langue (tout en faisant des efforts typographiques, orthographiques, et grammaticaux que personne ne vient saluer, snif !), les remarques et commentaires trollesques ne pleuvent que depuis environ neuf mois.

En novembre 2017, il y a eu un débat soulevé dans les médias de masse. Depuis, nous voyons quotidiennement combien il n’est plus possible de discuter paisiblement.

C’est comme s’il y avait une guerre, qu’il fallait choisir son camp, et pis si t’es pas avec nous t’es contre nous… La question s’est polarisée au point de caricaturer les pires personnages de jeux de baston :

HystéroFémiNazie VS FachoMascuMacho,
Round 1,
FIGHT !

Vous trouvez pas qu’on s’est un peu fait embourber nos esprits dans une ambiance de merde…? Combien de personnes, aujourd’hui, revendiquent le droit d’en avoir rien à foutre du point médian, de s’en cogner de la double flexion, et de n’avoir aucun avis sur la règle de proximité ? Qui pense encore, dans ce débat, au fait que dire « chacun et chacune » (la double flexion, donc) est tout autant une marque du langage inclusif que « chacun·e »…?

Mais surtout : où étaient nos critiques littéraires ces trois dernières années ? Que faisaient ces personnes, et pourquoi ne veillaient-elles pas à notre salut linguistique auparavant ? Il peut être bon de se demander, chacun et chacune (tiens !) en son for intérieur, pourquoi est-ce que l’on a commencé à avoir un avis sur la question (en novembre dernier)… plutôt que de bidouiller avec, juste pour voir comment ça fait, pour voir ce que ça change.

 

Est-ce qu’on n’aurait pas un peu le syndrome du grand méchant monde ?
Vous avez plus le temps, allez directement lire la réponse de Hacking Social.

Finalement : la liberté n’est pas négociable

Chez Framasoft, nous sommes attentifves : croyez-le ou non, mais nous veillons à rester intelligibles. Si nous publions un texte de telle ou telle manière, c’est que nous avons estimé, collégialement et dans notre entière subjectivité, qu’il est intelligible.

Intelligible ne signifie pas confortable, hein. Utiliser les dissonances cognitives que provoquent les expressions inhabituelles peut être un outil pour communiquer ce que l’on souhaite transmettre. C’est un choix dans la méthode, qui peut sembler approprié à l’auteur·rice d’un texte, et aux personnes qui relisent.

La Liberté, chez Framasoft, c’est pas négociable. Nous en avons parlé lors de notre dernière assemblée générale : nous faire aimer/apprécier/bien voir, vouloir séduire/éduquer/convertir les gens à la cause du libre, cela ne se fera pas à tout prix. Ce serait chercher une universalité quasi-impossible, et qui (à nos yeux) mène sur le chemin du plus petit dénominateur commun, celui des idiocraties googlesques qui nous rebutent. Bref, on va pas se renier, pas au prix de nos libertés ni de nos convictions.

Et les libertés des personnes qui, volontairement, refusent de supporter le langage épicène, les pauvres …?

Nous avons fait en sorte que vous ayez le droit de reprendre nos publications (sous licence CC-By-SA, sauf mention contraire) et les traduire en langage traditionaliste (comme d’autres les traduisent en italien, en anglais, et merci !). Nous avons fait en sorte de n’obliger aucun·e membre, aucune personne qui contribue à nos actions, à utiliser telles ou telles règles (d’ailleurs, nombre de nos textes sont aussi en langage traditionnel, et c’est OK pour nous).

Nous savons les internets assez grands pour que chacun·e (tiens !) puisse y trouver son bonheur… Sans forcément aller faire les gros n’yeux aux autres parce que « ielles ne font pas comme il faut, c’est à dire comme moi je veux ! ». On peut même renvoyer les ronchonchons aux conditions générales d’utilisations de nos services (dont le blog, la newsletter, etc. font partie), clause « si ça vous va pas, vous êtes libres d’aller voir ailleurs » (allez lire, ça prend 3mn et c’est bel et bien écrit dedans).

Extrait de ce que, entre nous, nous avons appelé « le post Framasphère du Démon », tant il a atteint des sommets trollesques.
Ceci n’est qu’un exemple. Un seul.

Offrons-nous la paix

C’est un peu violent, comme conclusion, non…? Il faut dire que le cumul des remarques trollesques et de mauvaise foi que nous essuyons depuis des mois est franchement frustrant, et cette accumulation, nous la vivons comme une violence… Il est temps de briser ce cercle vicieux.

Là où nous sommes d’accord avec nos détracteurices (soyons fous… et folles : hop, un mot-valise !), c’est que les questions de genre et de linguistique ne sont pas le but premier de Framasoft… Alors pourquoi venir les commenter ? Pourquoi détourner l’attention de ce que nous faisons en faisant remarquer quelques pauvres signes de ponctuation…?

Ne pourrait-on pas vivre, et laisser vivre…?

Peut-on passer à autre chose…?

Nous l’espérons, et vous faisons confiance.




Contribuer à un logiciel libre dans une formation en école d’ingénieur

Des étudiants de l’Université de Technologie de Compiègne effectuent, dans le cadre de leur cursus, des Travaux de Laboratoire consistant à avancer sur des tickets du projet Framadate (qui n’en manque pas), avec le soutien de leur enseignant Stéphane Crozat (dont on vous reparlera) et du CHATONS local Picasoft. Leurs travaux sont documentés dans un wiki et leur avancement dans des pads.

De la belle contribution utile !

Pour commencer, une petite présentation s’impose : je m’appelle Justine et je suis en première année de formation ingénieur en informatique à l’UTC (Université de Technologie de Compiègne). Lors de ce semestre, c’est-à-dire lors des quatre derniers mois, et dans le cadre de ma formation (ce travail, après évaluation, pourra m’apporter 5 crédits ECTS), j’ai eu l’occasion de contribuer au logiciel libre Framadate. Cet article se veut être un bilan de mon expérience.

 

Contribuer à un logiciel libre, était-ce différent d’un projet « classique » ?

À l’UTC, les étudiants sont évalués selon des barèmes différents d’une matière à l’autre. En informatique, l’évaluation comprend souvent un projet (qui ne correspond pas souvent à plus de 20% de la note finale). Ce projet a des objectifs largement pertinents, comme vérifier sur un cas pratique que les étudiants ont assimilé la théorie qui leur a été enseignée. Cependant, j’ai souvent éprouvé une certaine frustration vis-à-vis  de ces projets. En effet, une fois rendu, évalué et donc noté, le projet tombe dans l’oubli : pas d’utilisation réelle, pas d’amélioration, une sorte de produit déjà mort à sa sortie. Ainsi, l’idée de travailler sur un logiciel  libre, avec des utilisateurs bien réels derrière, m’a semblé extrêmement pertinente et bien différente des projets que j’avais déjà pu mener.

Est ce que ces différences ont entraîné des difficultés ?

Les premières difficultés rencontrées ont été celles posées par l’installation et la prise en main de l’environnement de travail, proposé par les suiveurs. Alors que la plupart du temps, pour mener à bien les projets classiques, les installations des environnements sont déjà faites sur les machines de l’UTC, cela n’était pas le cas cette fois. Composé de nombreux outils (principalement Docker et Git au sein de Linux), l’installation de notre environnement a été relativement lourde et laborieuse. Une fois installé, l’environnement est au premier abord difficile à prendre en main : de nombreuses lignes sont à exécuter dans l’interpréteur de commandes avant de pouvoir tester le code.

Mais les difficultés les plus compliquées à surmonter ont été celles posées par le projet en lui-même. D’abord parce que les langages utilisés (SQL, PHP orienté objet, Javascript, HTML via le moteur de templates Smarty…) ne m’étaient pas ou peu connus. Ensuite, et surtout, parce qu’il m’a paru très compliqué de m’insérer dans un projet déjà bien développé (dans un projet « classique » à l’UTC, on part de rien, on développe tout), projet dont l’architecture n’est pas (ou très peu) documentée. Sa compréhension a donc nécessité beaucoup de temps et d’efforts, j’y reviendrai.

Comment s’est organisée ta contribution ?

Cette contribution a été organisée selon une méthode de type agile : le travail est découpé en itérations de six heures chacune, une itération par semaine. Le semestre a ainsi été rythmé par des réunions de suivi hebdomadaires avec les suiveurs, Stéphane Crozat et Andrés Maldonado, chargés d’accompagner et d’évaluer le travail. Sur chaque itération, nous déterminions donc ensemble l’objectif à atteindre pour la semaine suivante, et je déterminais seule l’articulation de mon travail (combien d’heures je devais passer à réaliser telle tâche). La contribution s’est articulée en deux volets : un volet de développement (qui consistait en la résolution de trois issues ouvertes sur le projet) et un volet de documentation (via le wiki de l’association Picasoft).

Concrètement, qu’as-tu apporté à Framadate ?

Comme évoqué plus haut, l’architecture du projet n’était que très peu documentée. Ainsi, afin de travailler efficacement sur le projet, j’ai préféré commencer par passer plusieurs heures (concrètement une vingtaine) à explorer le projet et documenter au maximum ce que j’en comprenais (les classes implémentées, leur articulation au sein du projet…). Un travail étudiant comme celui-ci est aussi l’occasion d’apprendre à formaliser et documenter, mon travail est disponible ici.

Ce n’est que dans un second temps que j’ai réellement commencé mon travail de résolution d’issues, et donc de développement et de documentation du travail réalisé. J’ai préféré travailler ces deux volets en parallèle, afin de restituer le travail réalisé lorsque tout était encore frais dans mon esprit. J’ai ainsi pu travailler sur trois issues :

Issue #38 : collecter les adresses e-mail des sondés
L’idée est de permettre à l’administrateur de choisir de collecter (ou non) les adresses e-mail des sondés. Si l’administrateur choisit la collecte, alors la saisie d’une adresse de courriel valide (respectant le format e-mail) est obligatoire pour voter. La collecte s’accompagne d’une fonctionnalité permettant à l’administrateur de récupérer efficacement l’ensemble des adresses des personnes sondées.

A la création d’un sondage, l’administrateur choisit s’il collecte ou non les adresses emails des sondés.

 

Un avertissement informe que, dans le cas où les votes sont modifiables par tous, n’importe qui ayant accès au sondage peut récupérer les adresses emails des sondés.

 

Pour voter, lorsque la collecte des adresses emails est active, une adresse email valide doit être renseignée. L’administrateur peut récupérer la liste des adresses emails des sondés grâce aux boutons enveloppe situés au dessus de chaque colonne. Si la collecte est active et que quiconque peut modifier tous les votes, un avertissement informe que n’importe qui peut accéder aux adresses emails des sondés.

 

En cliquant sur un bouton enveloppe, l’administrateur récupère les adresses emails des sondés triées selon leur choix (‘oui’, ‘si besoin’ ou ‘non’).

 

Issue #324 (et #61) : Amélioration de l’option de collecte des adresses e-mail des personnes sondées. L’idée était d’améliorer le travail réalisé précédemment en passant la collecte des adresses de courriel sous quatre options différentes :

  • option 1 : la collecte est désactivée ;
  • option 2 : la collecte est activée ;
  • option 3 : la collecte est activée et la saisie est obligatoire ;

option 4 : la collecte est activée, la saisie est obligatoire et le vote doit être confirmé par un clic sur le lien envoyé dans un mail à l’adresse renseignée (cette dernière option n’a pas été implémentée car le service d’envoi d’e-mail est inutilisable au sein de l’installation).

A la création d’un sondage, l’administrateur choisit une des quatre options pour son sondage. De même que précédemment, un avertissement informe si les adresses emails des sondés ne sont pas protégées.

 

Issue #208 : permettre la finalisation d’un sondage par l’administrateur
L’idée était d’ajouter une fonctionnalité pour l’administrateur de clôture de sondage et de lui permettre :

  • de sélectionner le choix retenu ;
  • de justifier son choix.

Dans les informations du sondage, l’administrateur et l’utilisateur sait si le sondage est encore ouvert ou s’il est fermé (ici, il est encore ouvert). L’administrateur peut fermer le sondage en cliquant sur le bouton.

 

Une fois le sondage fermé, l’administrateur peut sélectionner le choix qu’il retient grâce au bouton au dessus de chaque colonne. La valeur de ce choix est visible dans les informations du sondage, côté administrateur et côté utilisateur.

Une fois un choix sélectionné, l’administrateur peut justifier son choix. La valeur de cette explication est visible dans les informations du sondage, côté administrateur et côté utilisateur.

Chacune de ces résolutions d’issues a fait l’objet d’une merge-request. C’est un processus itératif très intéressant à découvrir au sein duquel on peut interagir avec les développeurs logiciel et web de Framasoft qui vont vérifier le travail proposé et en demander des corrections.

Tout au long de mon travail, j’ai pu ainsi interagir avec différents interlocuteurs : les suiveurs bien sûr, Stéphane Crozat et Andrés Maldonado, mais aussi Thomas Citharel, développeur logiciel web chez Framasoft, et Kyâne Pichou, diplômé de l’UTC. Je tiens à remercier tous ces interlocuteurs pour leur soutien et leurs conseils, je pense qu’il est indispensable d’être bien accompagnés dans ce processus de contribution afin qu’il soit efficace et utile à tous.

Finalement, quels sont les apports au sein de ta formation ?

Contribuer à Framadate m’a d’abord permis de gagner en compétences d’utilisation des outils utilisés (Docker, Git, Linux) et en développement web : interface, base de données,…. Mais cette contribution m’a surtout fait gagner énormément d’indépendance et d’autonomie vis-à-vis d’un projet déjà existant et bien développé, ce qui est très formateur et pertinent en amont de mon futur stage (six mois en entreprise à partir de septembre).

Que faudrait-il retenir de cet article ?

Contribuer à un logiciel libre au sein de la formation en école d’ingénieur constitue une expérience très pertinente pour compléter le profil théorique et « scolaire » d’un étudiant. Cette expérience permet de faire face à de nouvelles difficultés, et ainsi développer de toutes nouvelles aptitudes.

 

En savoir plus :

ECTS : European Credits Transfer System, calculés en fonction de la charge de travail de l’étudiant , ils permettent l’obtention des diplômes français (et européens).

Picasoft est le CHATON créé par les étudiants de l’UTC.




PeerTube : vers la version 1, et au-delà !

PeerTube est un logiciel libre permettant d’héberger et de partager des vidéos.

Ses principales différences avec YouTube, Dailymotion, Vimeo & co ?

  • PeerTube est libre : son code est un « commun » numérique, partagé avec tous et toutes, et non une recette secrète appartenant à Google (pour YouTube) ou à Vivendi/Bolloré (pour Dailymotion).
  • PeerTube est décentralisé : toute personne en ayant les compétences peut l’installer sur son propre serveur et mettre en place « sa » version de PeerTube (qu’on appelle une « instance »).
  • PeerTube n’impose pas de gouvernance : contrairement à YouTube, toute structure (individu, entreprise, association, communauté, etc.) ayant installé son instance PeerTube peut choisir sa thématique, les vidéos qu’elle héberge, qui peut s’y enregistrer pour disposer d’un compte, etc.
  • PeerTube est fédéré : contrairement à YouTube qui est un seul énorme silo contenant des milliards de vidéos, une instance PeerTube peut se connecter à d’autres instances de son choix et afficher leurs vidéos, sans avoir besoin de changer de site. Ainsi, avec PeerTube, vos vidéos ne sont plus isolées sur une seule machine : elles peuvent être cherchées et regardées depuis des centaines d’autres instances PeerTube.
  • PeerTube permet du streaming en pair-à-pair : contrairement à YouTube, qui est le seul « émetteur » de la vidéo, si 100 personnes regardent une même vidéo avec PeerTube, elles s’envoient de petits morceaux de la vidéo les unes aux autres, diminuant ainsi les coûts de diffusion pour la structure hébergeant l’instance.

[Vidéo de présentation de PeerTube, en anglais, avec les sous-titres français, sur Framatube. Pour la vidéo avec les sous-titres en anglais, cliquez ici. Réalisation : Association LILA (CC by-sa)]

 

Rappel des épisodes précédents : en novembre dernier, nous vous annoncions que Framasoft avait recruté Chocobozzz, le développeur du logiciel PeerTube (alors en version alpha), afin de lui donner les moyens de produire une version bêta du logiciel.
Nous vous avions alors sollicités pour nous aider à financer ce contrat de quelques mois (octobre 2017 à mars 2018). Grâce à l’aide précieuse de centaines de donatrices et donateurs, nous avons pu tenir notre engagement et publier la version bêta de PeerTube en mars 2018 (en respectant les délais, en plus !).

Depuis, les instances PeerTube ont fleuri. On compte aujourd’hui plus d’une centaines d’instances publiques déclarées (et sans doute bien plus non publiquement déclarées), hébergeant plusieurs milliers de vidéos !
Nous avons aussi pu éprouver sa robustesse lorsque nos amis de Datagueule ont publié leur film « Démocratie(s) » simultanément sur YouTube et PeerTube. Malgré des milliers de connexions, le logiciel a parfaitement tenu la charge. 🙂

Vers la version 1, et au-delà !

Cependant, force est de constater que PeerTube reste un logiciel encore non finalisé.
Par exemple la recherche n’est pas encore très fonctionnelle (si vous cherchez « Iinternet own boy » sur Framatube, aucun résultat n’est retourné, alors que si vous cherchez « internet’s own boy« , vous pourrez accéder à cet excellent documentaire sur la vie de l’hacktiviste Aaron Swartz).
PeerTube ne permet pas non plus encore d’intégrer un fichier de sous-titres à une vidéo, ou d’afficher son interface dans une autre langue que l’anglais, etc.
Bref, PeerTube fonctionne (bien), mais il reste encore de nombreuses améliorations à y apporter pour pouvoir le considérer comme une alternative sérieuse à YouTube.

Framasoft a donc fait le pari de prolonger le contrat de Chocobozzz jusqu’à la fin de l’année 2018, afin là encore de se donner les moyens d’atteindre son objectif, fournir une version 1 de PeerTube.

Mais là encore, se posait la question du financement de ce poste.

Comme nous avions déjà sollicité la communauté francophone (qui connaît plutôt bien l’association Framasoft et nous fait confiance depuis des années), nous ne souhaitions pas demander à cette communauté de mettre à nouveau la main au portefeuille.

Représentation d’instances PeerTube (CC by-sa – Association LILA)

 

Framasoft Need You!

Nous avons donc fait le choix de lancer une « classique » campagne de financement participatif. Mais de nous adresser avant tout au public non-francophone lors de son lancement.

En effet, les actions de Framasoft sont relativement inconnues à l’étranger. Évidemment parce que l’essentiel de nos travaux (maison d’édition Framabook, annuaire Framalibre, et bien entendu nos différents services libres de la campagne « Dégooglisons Internet ») sont publiés en français, mais aussi parce que nous communiquons et intervenons rarement à l’étranger (à quelques exceptions près).
Nous souhaitons donc, avec cette campagne, sensibiliser le public non-francophone, en l’informant de l’existence de PeerTube (qui n’est pas un vaporware  puisque déjà largement fonctionnel).

Par ailleurs, et de façon pas du tout anecdotique, nous souhaitons remercier l’association LILA qui, en parallèle de la réalisation de ZeMarmot (long métrage d’animation réalisé avec Gimp), a réalisé la magnifique animation que vous pouvez découvrir au début de cet article ou, bien entendu, sur la page de campagne. Cette vidéo a été réalisée uniquement avec des logiciels libres (Gimp, ça va de soi, mais aussi Synfig et Blender). Merci à Jehan et Aryeom pour leur colossal travail en un temps record ! N’hésitez pas à les remercier et à les encourager financièrement pour leurs travaux.

Notez que la vidéo est disponible sur Framatube (évidemment) afin de pouvoir la partager. Elle est naturellement sous licence libre (CC by-sa), ainsi que la musique (par Ken Bushima – CC by).

La page de la campagne en anglais est accessible ici : https://www.kisskissbankbank.com/en/projects/peertube-a-free-and-federated-video-platform/ (et en français ici : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/peertube-a-free-and-federated-video-platform/ )

Le premier des trois paliers de la campagne de financement PeerTube (CC by-sa – Association LILA)

Comment nous aider ?

Vous pouvez bien évidemment participer financièrement à la campagne de financement participatif, mais si vous l’avez déjà fait fin 2017, vous aurez compris qu’on ne vous met pas la pression (d’autant que cette fois, il n’y aura probablement pas de défiscalisation possible).

Vous pouvez aussi nous aider à traduire certaines parties de la campagne, qu’il s’agisse de la page de campagne, de la FAQ, des sous-titres de la vidéo, ou du site joinpeertube.org, en vous signalant comme volontaire sur notre forum.

Nous sollicitons surtout votre aide pour partager l’information sur les médias sociaux (libres ou non), en utilisant si possible le hashtag #joinpeertube !

Si vous avez un oncle d’Amérique, une tante en Australie, une cousine au Chili, ou un frère en Allemagne, lui signaler l’existence de PeerTube nous serait d’une grande aide pour faire découvrir ce projet qui nous semble essentiel pour l’émancipation de toutes et tous.

 

Joinpeertube – Cliquez pour accéder à la page de campagne




Storify est mort. Longue vie à…

Storify.com, service bien pratique qui permet de construire des histoires sous forme de pages web, à partir d’éléments divers (textes, tweets, vidéos, etc), fermera ses portes le 16 mai 2018. Framasoft, accompagné par d’autres acteurs, met à disposition une pré-version d’un logiciel permettant à des millions d’utilisateurs et utilisatrices, de ne pas rester sur le carreau.

Le jour où tout s’est arrêté

C’est l’histoire d’un tweet qui croise un autre tweet.

Au premier coup d’oeil, c’est l’amour, ils décident de vivre ensemble. Rien de trop ronflant au début, un petit fil sur Twitter ira bien. Mais la relation s’épanouit et ils décident un beau jour de sauter le pas, d’officialiser leur union : ils veulent vivre ensemble pour le reste de leurs jours et s’afficher au grand jour, pas juste auprès de leurs copains sur Twitter.

Comment faire ?

Storify ! Les deux tweets peuvent vivre au chaud sous un joli toit commun, avec pignon sur rue, et même inviter leurs amis… Enfin une vie hors de Twitter ! Tous les internautes peuvent désormais les trouver facilement, la maison est agréable à vivre, une unité, une esthétique… et pour ne rien gacher, le loyer est gratuit. Imaginez un peu ça : chauffage inclus, été comme hiver, tout ça pour que vos gazouillis un peu fouillis ne finissent plus en vague bouillie dans le Cyber-oubli… mais qu’ils soient lus et relus pour toute l’éternité !

Storify - Esther Vargas - CC-by-sa 2.0
Storify – Esther Vargas – CC-by-sa 2.0

Enfin presque.

Car l’éternité se raccourcit : le propriétaire du lotissement annonce qu’il vend tout. Adieu veau, vache, cochon, couvée de tweets… il va falloir trouver ailleurs où se loger. Storify ferme.

Le jour où tout a recommencé

C’est l’histoire d’un autre tweet, celui de Silvère Mercier, qui réagit à cette annonce:

Framasoft, qui passait par là, propose de « voir ce qui existe dans le libre » et de créer un « commonstory » : une sorte de lotissement en co-gestion où les murs appartiendraient à tout le monde.

Yannick François, qui passait aussi par là, mets la DINSIC dans le coup en lui faisant le joli compliment d’être un peu « les framasoft de l’état » (sic). Mais au fait, c’est quoi la DINSIC ? C’est la « Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État » – merci Wikipédia ! Oui… mais encore ? Eh bien c’est un peu la DSI des DSI ministérielles, la direction qui anime la transformation numérique de l’État, et la politique d’ouverture des données publiques est portée par l’une de ses missions, Étalab. D’accord… mais quel rapport avec le logiciel libre? C’est simple : depuis la loi pour une République numérique de 2016, les logiciels produits par l’administration publique sont des documents administratifs qui doivent être « ouverts par défaut », ou « open source par défaut », comme l’explique très bien Lionel Maurel. (Si vous n’avez pas encore senti que mon ton devient corporate, ça ne saurait tarder : je travaille en ce moment pour la mission Étalab de la DINSIC.)

Et donc Henri Verdier, qui dirige la DINSIC, répond… « Go ! » et met Laurent Joubert sur le coup pour suivre le dossier.

Quelques semaines plus tard, nous nous retrouvons dans le bureau de Laurent avec Silvère, Pierre-Yves, Thomas Citharel (développeur chez Framasoft) et moi-même, fraîchement embarqué dans le programme Entrepreneur d’intérêt Général (EIG). Nous faisons un point sur le travail de Thomas qui a déjà développé un prototype nommé « Storia » permettant de créer un compte et de sauvegarder les « stories » de feu Storify.com. Il manque la peinture et le chauffage, mais c’est un super début, nous décidons de repartir de là.

Voici les besoins dont Thomas nous fait part : rencontrer de vrais utilisateurs, travailler sur le design, anticiper l’évolution et la maintenance du projet pour la suite.

Comment faire ? Nous proposons de faire un garagethon.

– Un quoi ?!

Un garagethon ! C’est comme un hackathon sauf qu’on travaille pour de vrai et que le nombre de personnes est limité au nombre de celles qui tiendraient dans un garage, soit une douzaine. (Toute ressemblance avec cette vision de quelques « gus dans un garage » n’est pas fortuite.)

Nous voici donc partis pour l’organisation d’une journée le 30 mars. Nous mobilisons nos contacts : Silvère pour trouver des utilisateurs aguerris, Thomas pour contacter des développeurs Elixir, le langage dans lequel est développé la partie serveur du projet, Pouhiou pour trouver des concepteurs UX/UI et des graphistes, moi-même pour mobiliser des volontaires du programme EIG qui s’intéresseraient à VueJS pour le développement de l’interface Web.

Le jour du Garagethon

Nous passons notre garagethon dans les locaux du Liberté Living Lab, nous avons pu y réserver une salle pour toute la journée. La salle est spacieuse et agréable, avec un espace à l’écart pour ceux qui souhaitent travailler en petit groupe.

Nous voici donc dans notre « garage » : Arnaud Rachez (datascientiste, EIG), David Panou (datascientiste, EIG), Gaël Dauvillier (BPI), Isabelle Degrange (BnF), Jean-Baptiste Le Dévéhat (concepteur UX/UI, EIG), Laurent Joubert (DINSIC), Louis Vinet (concepteur UX/UI), Silvère Mercier (ex-BPI), Tam Kien Duong (DINSIC), Thomas Citharel (développeur, Framasoft), Tristram Gräbener (ex-EIG, Codeurs en Liberté), Vincent Lara (Codeurs en Liberté), Xavier Damman (à distance, Open Collective).

Nous commençons la matinée par des présentations rapides, puis nous nous attaquons illico à l’exploration de storify.com, en tâchant d’expliciter nos besoins et notre expérience en tant qu’utilisateurs.

Ensuite, Thomas nous fait un point sur le prototype qu’il a développé, et nous commençons à y projeter les besoins évoqués plus tôt.

Après quelques pizzas bien méritées, nous avons une longue et intéressante entrevue à distance avec Xavier Damman, fondateur de Storify actuellement investi dans le projet Open Collective, dont le but est d’aider des projets ouverts à assurer leur financement… collectivement. Cet entretien permet de mettre le doigt sur des aspects structurants pour le projet qui nous occupe :

  • l’importance du nom (le premier nom était PublicTweet, nettement moins bon…) ;
  • l’importance du design : c’est un élément dont Xavier nous dit qu’il l’a sous-estimé au début ;
  • l’importance du juste degré de liberté accordé à l’utilisateur : il est tentant d’ajouter plein d’options (par exemple pour la mise en page) mais attention à ne pas retarder le moment de satisfaction de l’utilisateur.

Après cette entrevue captivante, nous nous répartissons en groupes : certains pour travailler sur des maquettes, d’autres sur l’exploration du code, d’autres encore sur la création d’éléments de documentation et d’un mini-site pour le projet, etc.

Maquette pour la création d'une liste pour Storia
Maquette pour la création d’une liste pour Storia, © Louis Vinet

Le jour d’après

Et maintenant ?

Aujourd’hui, Framasoft annonce la sortie d’une version beta (= « en travaux ») de Framastory, un service pour vous permettre de sauvegarder vos anciennes Stories, destiné à évoluer avec vos retours, vos contributions. Attention : peinture fraîche ! Le calendrier nous presse car le site storify.com ne sera plus accessible à partir du 16 mai. Prenez bien note que pour l’instant, l’énergie a été concentrée sur le fait que vous puissiez importer vos stories existantes depuis Storify dans Framastory. La création de stories/picks dans Framastory est possible, mais encore très très largement « en travaux ». Les fonctionnalités et l’interface seront améliorées dans les semaines et mois qui viennent, mais Framasoft préfère publier le logiciel immédiatement, afin d’éviter aux utilisateurs et utilisatrices de Storify de perdre les heures passées à bichonner leurs stories.

 

Insérer un tweet dans une story, sur Framastory.org
Insérer un tweet dans une story, sur Framastory.org

 

D’autre part, Thomas Citharel publie un nouveau logiciel nommée PickWeaver, qui est le logiciel faisant tourner ce nouveau service.

Page d'accueil du logiciel PickWeaver
Page d’accueil du logiciel PickWeaver

PickWeaver est en version beta : comme pour tous les projets de Framasoft, les contributions sont les bienvenues !

Voici comment vous pouvez aider :

Voilà. À vous de jouer ! Découvrez la nouvelle version d’un service de curation qui vous a été indispensable ou un nouveau service qui vous sera sûrement utile. Partagez avec nous les idées que vos avez pour rendre ce projet viable sur le court, le moyen, le long terme.

J’en profite ici pour remercier chaleureusement tous les participants de ce premier garagethon : l’ambiance était à la fois conviviale et productive, cela laisse augurer de belles choses pour la suite. Mention spéciale à Laurent Joubert qui nous a sustenté le midi.

Et n’hésitez pas à nous rejoindre si vous voulez contribuer.

Ce n’est qu’un combat, continuons le début !