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Les licences Creative Commons expliquées aux élèves

Une invitation lancée aux enseignants pour s’inspirer de ce document en vue d’une présentation en classe.

Textes, images, multimédia… C’est bien gentil de critiquer les agissements de Microsoft qui tente de nous faire passer sa propre définition de la « propriété intellectuelle » à l’école mais c’est encore mieux d’être constructif en proposant des alternatives plus conformes à notre propre vision des choses.

Imaginons en effet que vous soyez un professeur souhaitant évoquer cette histoire de « propriété intellectuelle » à l’ère du numérique avec vos élèves. Pour la France cette éventualité est d’autant plus susceptible de se produire qu’elle figure dans le référentiel du B2i pour le domaine Adopter une attitude responsable (par exemple avec la compétence C.2.3 Lorsque j’utilise ou transmets des documents, je vérifie que j’en ai le droit).

Vous avez alors le choix de l’approche.

Vous pouvez par exemple vous appuyer sur le document (powerpoint) Droit et éducation – La propriété intellectuelle de l’association Projetice. Il n’est pas inintéressant en soi, avec par exemple son rappel de la nécessité d’élaborer ensemble une charte TICE dans chaque établissement scolaire. Mais, parcourez-le, et vous vous trouverez peut-être comme moi confronté à la désagréable impression d’évoluer dans le monde austère et intimidant des tu n’as pas le droit de faire ceci, tu n’as pas le droit de faire cela, sauf à demander constamment, au cas pas cas, de fastidieuses et parfois hypothétiques autorisations. Règles qui stipulent q’il n’y pas d‘exception pédagogique. Règles contraignantes qui s’appliquent de fait aussi à mes propres créations. Ici c’est d’abord la fermeture par défaut qui prévaut, et commes les autres mondes ne sont pas mentionnés il semble que ce soit le seul monde possible.

Mais, sans nier l’existence du monde précédent qui a toute sa raison d’être, vous pouvez cependant débuter votre intervention en adoptant une autre approche comme celle proposée par le diaporama ci-dessous au sujet des salutaires licences Creative Commons. Une approche qui ne vous condamne pas à égréner la longue liste de ce que l’on ne peut pas faire mais qui au contraire, affirme d’entrée son ouverture en favorisant le partage des créations numériques, qu’elles soient vôtres ou celles d’autrui. Les demandes d’autorisation n’ont pas disparu mais elles sont ponctuelles et ne sont là que pour ajouter de la liberté à une situation de départ qui garantie au minimum la libre circulation de l’oeuvre. Nous ne sommes plus dans le il est impossible de faire… sauf… mais dans le il est possible de faire… sous telles conditions. Et mine de rien lorsque l’on travaille dans un contexte scolaire c’est une belle bouffée d’oxygène[1].

Ce diaporama est dans le domaine public. Il a été réalisé par Alex Roberts, Rebecca Rojer et Jon Phillips en vue de l’intégrer à un autre beau projet éducatif, à savoir l’OLPC. Vous trouverez toutes les images sources sur cette page du site Creative Commons. Libres à vous de les modifier et d’en adapter les légendes comme bon vous semblera. Nous vous en proposons ci-dessous une version francisée par nos soins[2]. C’est un work in progress non finalisé qui ne demande qu’à se bonifier avec vos propres suggestions de traduction dans les commentaires[3].

Diapo 1

Sharing Creative Works 01

Creative Commons presents : Sharing Creative Works

Creative Commons présente : partager les créations

Diapo 2

Sharing Creative Works 02

Computers are powerful tools for creation. You can use a computer to write stories, draw pictures, take photographs, record music, and capture video.

Les ordinateurs sont de formidables outils pour la création. Vous pouvez utiliser un ordinateur pour écrire des histoires, faire du dessin, prendre des photos, enregistrer de la musique et des vidéos.

Diapo 3

Sharing Creative Works 03

When you draw a picture, only one copy exists. You can keep that copy, or give it to a friend, or maybe even sell it.

Quand vous faites un dessin, il n’existe qu’en un seul exemplaire. Vous pouvez conserver cet exemplaire, le donner à un ami, ou peut-être même le vendre.

Diapo 4

Sharing Creative Works 04

But when you draw a picture on your computer, it is possible to create a perfect copy of that picture. You can keep your picture and give a copy to your friend and even sell a copy, if you like.

Mais quand vous faites un dessin sur votre ordinateur, il est possible de créer une copie à l’identique de ce dessin. Vous pouvez conserver un exemplaire pour vous et en donner un à un ami et même en vendre un, si vous en avez envie.

Diapo 5

Sharing Creative Works 05

Once someone has one copy of your picture, they have the ability to make more exact copies and then share them. They also have the ability to make changes to your picture, and share that. But what if you don’t want them to?

Une fois que quelqu’un a un exemplaire de votre dessin, cette personne a les moyens d’en faire d’autres copies à l’identique et ensuite de les partager. Cette personne a aussi la possibilité d’apporter des modifications à votre dessin et de les partager. Mais que se passe-t-il si vous n’êtes pas d’accord avec ça ?

Diapo 6

Sharing Creative Works 06

This is where the law comes in. Although anyone with a computer has the ability to share or change your creation, because of copyright law, they are not allowed to do so without your permission. (*)
(*) Though, depending on where you live, there may be specific exceptions to this rule. In the United States, this is called “Fair Use.”

C’est là que la loi entre en jeu. Même si n’importe qu’elle personne disposant d’un ordinateur a techniquement la possibilité de partager ou de modifier votre création, du fait des lois sur les droits d’auteurs, elle n’a pas le droit de le faire sans votre permission, en dehors des exceptions et limitations prévues par la loi applicable dans le pays où vous vivez.

Diapo 7

Sharing Creative Works 07

The law automatically grants you full “copyright” over any creative work you make, including the stories you write, the pictures you draw, the music you record, the photos you take, and the video you capture. This means that unless you say otherwise, nobody may share your work or make changes to it.

La loi vous accorde automatiquement un droit d’auteur exclusif sur toute œuvre de votre création, comme par exemple les histoires que vous pouvez écrire, la musique que vous pouvez enregistrer, les photos que vous pouvez prendre, et les vidéos que vous pouvez filmer. Ce qui signifie que sans avis contraire de votre part, personne ne peut diffuser votre travail ou y apporter des changements.

Diapo 8

Sharing Creative Works 08

But what if you want to legally and clearly allow anyone in the world to share and experience your work?

Mais que se passe-t-il si vous souhaitez légalement et sans ambigüité autoriser toute personne dans le monde à partager et découvrir votre travail ?

Diapo 9

Sharing Creative Works 09

What if you want others to build upon your work or create something new from your original?

Que se passe-t-il si vous souhaitez que d’autres puissent se baser sur votre travail pour créer quelque chose de nouveau à partir de l’original ?

Diapo 10

Sharing Creative Works 10

While you could tell each and every person that they may use your original, there is a vastly simpler way. If you would like to allow for your work to be shared around the world, consider using a Creative Commons License.

Vous pourriez dire à chaque personne individuellement qu’elle peut utiliser votre travail original, mais il y a beaucoup plus simple. Si vous voulez permettre le partage de votre travail à travers le monde, vous devriez songer à utiliser une Licence Creative Commons.

Diapo 11

Sharing Creative Works 11

Creative Commons is an organization which provides a collection of free content licenses that you may apply to your work.

Creative Commons est une organisation qui met à votre disposition un ensemble de licences que vous pouvez appliquer à votre travail.

Diapo 12

Sharing Creative Works 12

A content license is a document that states the freedoms and limitations that you apply to your work– an explanation of what someone can and cannot do with what you make.

Une licence sur le contenu est un document qui exprime les libertés et les limitations qui s’appliquent à votre travail – une liste de ce qu’une personne peut ou ne peut pas faire avec votre travail.

Diapo 13

Sharing Creative Works 13

Creative Commons Licenses have been translated into many languages and jurisdictions (legal systems) all over the world. They are designed to work internationally, so that even someone across the globe can understand the permissions you have granted them.

Les licences Creative Commons ont été traduites dans de nombreuses langues et juridictions de part le monde. Elles sont conçues pour être applicables internationalement, de telle façon que même une personne à l’autre bout du monde peut comprendre les droits que vous lui avez concédés.

Diapo 14

Sharing Creative Works 14

Creative Commons offers 6 different licenses so that you can share your work exactly how you want to.

Creative Commons vous propose six licences différentes qui vous permettent de partager votre travail de la façon qui vous convient le mieux.

Diapo 15

Sharing Creative Works 15

All Creative Commons licenses require attribution. This means that others may share your work so long as they credit you. There are some other things to consider when you choose to share your work with the world.

Toutes les licences Creative Commons utilisent la notion de paternité. Ce qui signifie que d’autres peuvent partager votre travail tant qu’il vous en attribuent la paternité. Mais il y a d’autres aspects à prendre en compte quand vous faites le choix de partager votre travail avec le monde.

Diapo 16

Sharing Creative Works 16

Do you want to allow other people to sell or make money off of your creation without having to ask? Prohibiting people from using your work commercially may limit how widely it is spread.

Souhaitez-vous autoriser d’autres personnes à vendre ou à faire de l’argent avec votre création sans avoir à demander l’autorisation ? Interdire l’utilisation commerciale de votre travail peut réduire son champ de diffusion.

Diapo 17

Sharing Creative Works 17

This also means that no one can make any money from your work without your permission. You can work out individual arrangements for commercial use so that you can get paid when others profit from your creation.

Cela signifie aussi que personne ne peut tirer de profit financier de votre travail sans votre autorisation. Vous pouvez passer des accords individuels pour usage commercial de façon à être rétribué quand d’autres tirent profit de votre création.

Diapo 18

Sharing Creative Works 18

Do you want to allow others to make changes (derivatives) to your work without having to ask? Prohibiting derivatives might prevent others from making something really cool out of your original.

Souhaitez-vous autoriser d’autres personnes à modifier votre travail (œuvre dérivée) sans avoir à demander l’autorisation ? Interdire les œuvres dérivées peut empêcher d’autre personnes de créer une nouvelle œuvre vraiment intéressante à partir de votre original.

Diapo 19

Sharing Creative Works 19

But, this also means they may not use your work in a way you disagree with.

Mais cela signifie aussi que personne ne peut utiliser votre travail à des fins qui ne vous conviendraient pas.

Diapo 20

Sharing Creative Works 20

If you allow others to make changes to your work, you also need to think about whether or not you will require them to use the same license as you (“Share Alike”). A ShareAlike condition ensures that the terms you chose for your original creation are preserved, but also may limit how much the derivative work can be shared (and in turn, how likely it is for someone to use your original work in a derivative)

Si vous autorisez d’autres personnes à faire des modifications de votre travail, vous devez aussi réfléchir si oui ou non vous souhaitez leur demander d’utiliser la même licence que vous (conditions initiales à l’identique). La clause conditions initiales à l’identique garantie que les choix que vous avez fait pour la création originale seront préservés, mais elle peut aussi limiter la diffusion des œuvres dérivées (et par là-même les possibilités que quelqu’un soit tenté d’utiliser votre original pour une œuvre dérivée)

Diapo 21

Sharing Creative Works 21

On the other hand, Share-Alike ensures that your work is always used under the terms you want, even after many generations of copies and derivatives.

D’un autre coté, les conditions initiales à l’identique garantissent que votre œuvre sera toujours utilisée sous les mêmes conditions, même après plusieurs générations de copies et de dérivés.

Diapo 22

Sharing Creative Works 22

It’s up to you to choose what you will create, and how you will share it with the world!

C’est à vous de décider ce que vous allez créer et comment vous allez le partager avec le monde !

Edit du 25 mars : Illustrant parfaitement le remix culturel permis par les licences Creative Commons, voici une version animée du diaporama réalisée par Alexandre Lebailly à partir de notre traduction.

—> La vidéo au format webm

Notes

[1] Petite suggestion finale : En profiter pour évoquer en bout de chaîne le logiciel libre dont les licences présentent la particularité de ne pas posséder de clauses non commerciales et non dérivables.

[2] Merci à notre équipe de traducteurs Framalang, Yostral, Olivier et surtout GaeliX en tête.

[3] En particulier nous avons quelques doutes sur la fidélité de traduction des diapos 1, 6, 13 et 20.




MyBytes ou comment Microsoft éduque nos enfants à respecter (sa définition de) la propriété intellectuelle

Dans la série j’aimerais bien arrêter mes billets sur Microsoft mais…

D’aucuns me reprochent de me focaliser sur Microsoft en ce moment. Mais comment voulez-vous rester de marbre face à la nouvelle initiative « éducative » de Microsoft autour de la « propriété intellectuelle » ?!

Microsoft vient en effet de lancer une vaste campagne de sensibilisation en direction des enfants sur la notion de « propriété intellectuelle ». Ils s’en expliquent ici. Et un site dédié a été créé pour l’occasion en direction des djeunz jeunes : MyBytes.com.

Copie d'écran - MyBytes.com

Le pitch, du moins m’a-t-il semblé, c’est que les enfants sont dans la confusion (avec témoignages à l’appui) et qu’on va les aider à mieux comprendre tout ça (avec témoignages d’artistes à l’appui) si possible avec le concours des professeurs (avec documents pédagogiques à l’appui).

Moi qui croyais que Microsoft n’était qu’une société éditrice de logiciels. Pas du tout, ce sont aussi des experts juridiques qui connaissent les bonnes pratiques à transmettre à nos enfants notamment, comme on le voit ici, dans le domaine musical.

On va mettre nos juristes (et nos traducteurs) sur le coup et on vous en dira plus très bientôt.

Ce qui est certain c’est qu’il y a effectivement un problème autour de l’expression « propriété intellectuelle » et pas uniquement dans la tête de nos enfants. C’est une expression à géométrie variable pour le moins confuse dont on peut justement choisir l’angle qui nous arrange. Le problème principal venant du mot propriété que, consciemment ou non, on assimile encore trop souvent à la propriété des objets physiques[1].

Pour en savoir plus, je vous invite vivement à parcourir les ressources suivantes :

Mais ce qui est d’ores et déjà tout aussi certain c’est que l’on a affaire au même processus d’omission (et donc de propagande ?) que mon billet sur Projetice où je m’étonnais de l’absence de mention du logiciel libre.

Ici vous aurez beau chercher vous ne trouverez d’abord pas trace de la notion de Fair use mais surtout vous ne trouverez pas trace de l’existence des licences Creative Commons[2] qui ont justement été créées pour permettre aux internautes de diffuser et partager leurs créations en toute légalité. C’est bien simple la Culture libre n’existe pas !

Pour être honnête, on propose aussi aux enfants un module de création et de partage de sonneries de téléphone portable (les jeunes adorent personnaliser leur sonnerie !) qui nécessite une inscription (sans email mais impossible à faire avec mon Firefox). Ce module n’est pas inintéressant puisqu’il est demandé aux enfants de choisir les droits qu’ils accorderont à leurs sonneries. Par exemple je peux choisir Rights : Unrestricted ou Rights : For sale, can be used in other mixes. Mais là encore il eut été beaucoup plus simple et pédagogique de proposer directement une licence Creative Commons.

Il n’empêche que la vigilance est de mise face à cette nouvelle offensive non exempte d’arrière-pensées…

Notes

[1] « Les éditeurs et les juristes aiment assimiler le copyright à la « propriété intellectuelle », un terme qui inclut aussi les brevets, les marques déposées et d’autres zones plus obscures de la loi. Ces lois ont si peu de choses en commun, et diffèrent tant, qu’il serait mal-avisé de faire des généralisations. Il est beaucoup mieux de parler spécifiquement de « copyright », de « brevets » ou de « marques déposées ». Le terme « propriété intellectuelle » contient un postulat caché : que la façon naturelle de penser à ces divers problèmes est basée sur une analogie avec les objets physiques, et la façon dont nous les envisageons comme étant notre propriété. Quand il s’agit de copie, cette analogie néglige la différence cruciale entre des objets matériels et l’information : l’information peut être copiée et partagée presque sans effort, alors que ce n’est pas possible avec les objets matériels. » Richard Stallman sur gnu.org.

[2] « Les licences Creative Commons ont été créées en partant du principe que la propriété intellectuelle était fondamentalement différente de la propriété physique, et du constat selon lequel les lois actuelles sur le copyright étaient un frein à la diffusion de la culture. Leur but est de fournir un outil juridique qui garantit à la fois la protection des droits de l’auteur d’une œuvre artistique et la libre circulation du contenu culturel de cette œuvre, ceci afin de permettre aux auteurs de contribuer à un patrimoine d’œuvres accessibles dans le « domaine public » (notion prise au sens large). » Source : Wikipédia.




Wikitravel : Partir à Chicago ou Singapour avec son guide de voyage libre

Screenshot - Wikitravel site

Wikitravel vous connaissez ? Pour la faire vite c’est comme Wikipédia mais pour le voyage. Ce qui donne « Wikitravel est un projet de guide touristique dont le contenu est libre et rédigé de manière collaborative sur le Web au moyen d’un wiki ». Ce projet est indépendant de Wikipédia (ne serait-ce que parce que la licence libre est différente[1]).

Je ne connais pas bien ce site pour tout vous avouer. Tout comme je ne sais pas si la version francophone est dynamique et active. Il n’en demeure pas moins que deux premiers livres ont été récemment édités par Wikitravel Press à partir du contenu de Wikitravel anglophone : Singapour et Chicago. On les trouvera en vente sur Lulu.com.

Pour nous qui tentons « le pari du livre libre » avec notre petit projet Framabook, ça fait bien plaisir de voir des livres collaboratifs sortir sous licence Creative Commons By-Sa. Outre le voyageur solitaire (et souvent loin de son foyer), l’absence de clause commerciale ou de clause de non modification permet ainsi aux offices de tourisme locaux, aux hotels, aux programmes d’échange étudiant, aux agences de voyage… d’avoir ainsi à disposition un contenu dont ils peuvent disposer librement.

Après il faut voir dans le détail ce contenu. Voir ce que cela apporte de plus ou de moins que le Guide du Bobo Routard ou le Lonely Planet par exemple. Voir aussi comment on peut être collaboratif et faire le choix objectif de tel ou tel restaurant ou hotel. Voir également si cela véhicule consciemment ou non la culture, les modes de consommation, et les clichés des sociétés occidentales dont le voyage de masse de ces trente dernières années n’a pas été sans conséquence sur l’écosystème des pays et sites visités… Mais ce n’est pas mon propos ici 😉

Un autre bémol c’est que le site Wikitravel n’est plus une association depuis avril 2006. Il a en effet été racheté par la société Internet Brands. Et cette évolution a été décidée par les fondateurs de Wikitravel et non par la communauté des contributeurs. Je vous laisse imaginer l’ambiance si pareille (més)aventure arrivait à Wikipédia ! Bien sûr le contenu demeure libre car protégé par la licence mais certains contributeurs peuvent néanmoins se sentir alors légitimement floués. Ceci dit, et je n’ai aucune information à ce sujet, c’est peut-être grâce à la société, ses moyens et ses structures que ces deux guides ont pu voir le jour.

Toujours est-il qu’avec le voyage, on se retrouve avec un nouveau champ exploratoire de cette culture libre qui n’en finit pas d’essaimer.

Notes

[1] Contrairement à Wikipédia et sa licence GFDL, la licence adoptée par Wikitravel est la licence Creative Commons By-Sa. Ils s’en expliquent sur leur site. Vous découvrirez alors peut-être pourquoi la GFDL a ses contraintes et pourquoi la récente annonce d’une compatibilité entre les deux licences est une excellente nouvelle.




Tentations cinématographiques sur internet ou le clic qui pouvait donner mauvaise conscience

Préparez pop-corn, bière et pizza… aujourd’hui, dans ma grande générosité, je vous invite au cinéma !

Mais il s’agit d’un cinéma un peu particulier puisque visible d’un seul clic de souris depuis votre navigateur connecté au Net. Cette lénifiante simplicité d’usage ne peut cependant masquer une réalité plus complexe qui peut mettre à mal votre sens moral…

The Corporation - Make a Donation

Tentation cinématographique 1 : The Corporation ou la tentation du prendre sans donner

Peut-être avez-vous laissé passer en salle cet excellent film documentaire The Corporation coincé qu’il était entre deux Pirates de Caraïbes et trois Spiderman ?

Qu’à cela ne tienne séance de rattrapage pour ne pas mourir idiot.

Il vous suffit de cliquer successivement sur les trois parties ci-dessous. Easy isn’t it ? Mais attention l’entrée est libre mais pas forcément gratuite (sauf si le décidez en ne donnant… rien !).

Voici ce qu’en disait Sébastien Delahaye, le 24 novembre 2006, sur le site des Ecrans (du journal Libération) :

Sorti discrètement fin 2004 sur les écrans français, le documentaire canadien The Corporation s’apprête aujourd’hui à vivre une nouvelle vie. L’un de ses co-réalisateurs, Mark Achbar, également producteur du film, a décidé de mettre en ligne la version complète et gratuite du film. Disponible en utilisant BitTorrent, le documentaire est téléchargeable en cliquant sur ce lien. La qualité est annoncée comme équivalente à celle d’un DVD, et le film profite, en bonus, d’un entretien de 40 minute avec le scénariste du film.

The Corporation est consacré à une critique des multinationales et contient des entretiens avec Noam Chomsky, Michael Moore, Milton Friedman et Naomi Klein. En 2004, le documentaire a remporté le Prix du public du Festival de Sundance. Mark Achbar encourage les internautes téléchargeant le film à faire un petit don, afin de rembourser les frais de production. « Nous avons déjà reçu 635 dollars en contributions. Elles vont de 2 dollars à trois dons très généreux de 100 dollars. Toutes sont très appréciées. »

Du coup on retrouve aussi bien le film sur YouTube que sur Dailymotion d’où est issue cette version sous-titrée française. Et il faut reconnaître que lorsqu’il s’agit de tels documentaires, la piètre qualité d’image n’est pas trop handicapante puisque c’est avant tout l’audio qui est privilégié.

The Corporation – Partie 1

The Corporation – Partie 2

The Corporation – Partie 3

On comprend bien les motivations des auteurs qui, de par le sujet même du film, jugent à juste titre que sa diffusion passe avant son exploitation économique. Mais, tout de même, peut-on tranquillement le regarder sans rien faire (ne serait-ce qu’un mail de remerciement aux auteurs dans un anglais approximatif) alors qu’ils cherchent uniquement à rentrer dans leur frais puis éventuellement trouver des fonds pour un prochain film ?

Pour ce qui me concerne j’ai donné 5 € au nom de Framasoft.

The Corporation - Make a Donation

Tentation cinématographique 2 : Stage6 ou la tentation du voir sans se faire prendre

D’un simple clic depuis votre navigateur lancez dans la seconde, en plein écran, et en haute définition des films en version française comme Les Inflitrés, OSS 117 : Le Caire, nid d’espions, Before Sunset, Miami Vice ou encore Dead Man.

Est-ce possible ?

Réponse : Oui. Cela s’appelle Stage6, et si ça reste en l’état (ce qui m’étonnerait) ça risque de faire autant de bruit dans l’industrie cinématographique que Napster pour l’industrie musicale. Tel YouTube ou Dailymotion il s’agit d’une plate-forme vidéo de plus à ceci près que via un plugin DivX (propriétaire) le streaming est de bien meilleure qualité et permet le plein écran avec un confort plus que correct.

Est-ce légal ?

Réponse : Non (of course !). Mais à la différence du peer-to-peer vous ne risquez a priori absolument rien puisque vous visionnez une simple page web et ne conservez rien sur le disque dur votre ordinateur. Autre différence vous n’êtes pas obligé d’attendre le téléchargement intégral du film puisqu’il se charge en mémoire au fur et à mesure de la lecture.

Ajoutons que vous pouvez proposer le player vidéo intégré sur votre propre site ou blog exactement comme ce que je viens de faire avec Dailymotion et The Corporation. C’est délirant rien que d’y penser mais j’aurais donc pu carrément mettre Les Infiltrés en version française à même ce billet blog si je ne sais quelle mouche m’avait piquée !

Les coupables légaux clairement désignés sont Stage6 qui met (sciemment ?) un certain temps à effacer les fichiers incriminés (c’est tout de même pas compliqué de regarder tous les jours les gros fichiers qui ont été uploadés pour faire le tri) et les membres inscrits qui les mettent sciemment en ligne (dont je me pose la question de la motivation).

Quant aux coupables moraux ce sont vous et moi si vous vous faites spectateur d’un de ces films indûment mis en ligne. Et comme Stage6 est à ma connaissance le premier site à lever quasiment toutes les barrières de la lecture vidéo sur internet (temps, qualité et… peur du gendarme), on se retrouve en quelque sorte seul avec notre conscience. Adieu répression et bonjour éducation…

Un autre coupable ce serait peut-être moi qui sous couvert de faire de l’info se retrouve peut-être indirectement ici à verser dans, argh, l’apologie du crime ?! Pas forcément parce que c’est tout de même intéressant de faire remarquer que la technologie de lecture vidéo sur internet est proche d’une certaine maturité (il n’y manque guère plus que des formats libres). Et puis comme toujours avec ces plate-formes de partage vidéos, musicales ou autres, on n’y trouve pas que des ressources illégales ce qui interdit de jeter le bébé avec l’eau du bain.

C’est du reste avec Route 66, un road movie allemand qu’il est tout à fait légal de visionner puisque sous licence Creative Commons BY-NC-SA (un pionnier du genre !) que je vous invite à découvrir Stage6.

Et l’on est ainsi ramené à la tentation précédente puisqu’ils cherchent aussi à lever des fonds pour réaliser leur prochain film The Last Drug.

Pour ce qui me concerne j’ai là encore donné 5 € à l’équipe du film au nom de Framasoft.

Conclusion

Ce billet aurait aussi pu s’intituler « L’article qui valait 10 € ». C’est d’ailleurs la somme que je demande à ceux qui vont me contacter en privé pour que je leur donne directement les liens Stage6 des films cités ci-dessus 😉




Le monde opte massivement pour les plus restrictives des licences Creative Commons et c’est pire en France !

cc - Franz Patzig - CC BY

Ce titre un peu longuet c’est ce que je retiens péremptoirement d’une récente étude statistique sur les licences Creative Commons[1].

Ce n’est pas la première analyse sur le sujet mais la nombre croissant de ressources placées sous l’une des licences Creative Commons (dont le très impressionnant annuaire de photos Flickr[2]) ainsi que leur prise en compte dans les moteurs de Yahoo! et de Google permet désormais d’obtenir des résultats plus fins. C’est du reste à partir des données fournies par Yahoo!, Google et Flickr que se base cette étude.

Ce nombre croissant de ressources placées sous licence Creative Commons serait d’ailleurs la première des remarques. Entre le tous droits réservés du copyright par défaut et le plus aucun droit réservé du domaine public, il y avait en effet à l’ère du numérique un espace béant à combler. Et l’on ne peut que se réjouir d’avoir aujourd’hui tant de créations à dispositon, l’auteur évoque un total de 60 millions, que l’on peut utiliser certes sous certaines conditions mais sans être obligé d’aller demander à chaque fois l’autorisation à l’auteur (sauf à vouloir lever certaines de ces conditons). Ceci dit c’est toujours sympa de prévenir et de remercier l’auteur mais là ce n’est plus du droit c’est du savoir-vivre.

Voilà pour les réjouissances parce que pour le reste, comment dire, je fais un peu la moue[3].

On constate en effet que les auteurs sont à peine plus de 30% à adopter les seules licences Creative Commons qui soient compatibles avec celles des logiciels libres à savoir la Creative Commons BY et la Creative Commons BY-SA (on tombe même à moins de 20% sur Flickr). Environs 70% des ressources référencées possèdent la clause non commerciale NC (interdiction d’en faire profit sans l’aval de l’auteur) et 25% la clause non dérivative ND (interdiction de modifier sans l’aval de l’auteur).

Soit. Bornons-nous au constat parce que si je me mets à commenter la chose, je vais me faire taxer illico de libriste intégriste qui n’a pas compris la spécificité d’un logiciel par rapport aux autres créations. Et puis il est vrai que 30% de 60 millions, ça reste non négligeable ! Il n’empêche que dans la pratique la free culture de Lessig c’est beaucoup plus une free culture as in free beer qu’une free culture as in free speechCommonistes de tous les pays êtes-vous réellement unis en un seul et même mouvement ?

A propos de pays justement. L’étude a également cherché à les distinguer en analysant les ressources dont les auteurs ont fait un choix localisé (par exemple non pas la générique Creative Commons BY mais la nationale Creative Commons BY France). C’est plus sujet à caution et par la même moins significatif puisque seul 20% de l’ensemble des ressources sous Creative Commons ont une licence localisée. On dispose donc d’un panel plus restreint.

Toujours est-il que, cool, la France se classe en seconde position (derrière l’Espagne) pour le nombre de ressources sous Creative Commons locales. Sauf que, pas cool, elle est carrément en queue de peloton (aux alentours de la trentième place !) pour ce qui concerne le choix des licences Creative Commons BY et BY-SA. Avec, j’en blêmis lorsque je compare avec la moyenne des génériques, moins de 10% d’adoption !

Ce qui m’amène avec sagacité à émettre les conjectures suivantes :

  • Hypothèse 1 (politique) : La droite décomplexée a encore frappé !
  • Hypothèse 2 (sociologique) : Les français ont l’obsession de se faire spolier ou défigurer leurs biens
  • Hyothèse 3 (éducatique) : Ils cliquent au hasard sur le formulaire du choix de la licence[4]
  • Hypothèse 4 (artlibristique) : Ils préfèrent la licence Art Libre
  • Hypothèse 5 (pragmatique) : Il est par trop hâtif d’en tirer la moindre conclusion vu le faible échantillon analysé
  • Hypothèse 6 (nombrilistique) : Je pars en vrille

C’est malheureusement la dernière hypothèse la plus plausible puisque ma conclusion sera un vibrant : Commonistes BY et BY-SA de tous les pays unissons-nous pour réussir la librévolution !

Notes

[1] Creative Commons Statistics from the CC-Monitor Project par Giorgos Cheliotis, présenté lors du iCommons Summit de Dubrovnik (14-17 juin 2007). L’étude étant elle-même sous licence Creative Commons BY.

[2] L’illustration est une photographie de Franz Patzig intitulée cc issue justement de Flickr et sous licence Creative Commons BY

[3] Ma compagne, qui lit parfois dessus mon épaule, me souffle à l’oreille que c’est surtout la moule que je fais lorsque j’édite mon blog et une moule qui fait la moue n’est guère enclin(e) a susciter l’amour. Pff, elle est pénible avec ses bons mots… elle va finir par me déconcentrer !

[4] Sauf que cette hypothèse ne tient pas parce que par défaut le formulaire vous propose la Creative Commons BY, ce qui est une excellente initiative soit dit en passant.




Mortelle randonnée

Last Thoughts… - jurvetson - CC BY - détail

Voici une impressionnante photographie dont j’ai recadré quelques détails pour en accentuer l’effet dramatique (quand bien même ce n’était pas vraiment utile tant l’image se sufft à elle-même).

Last Thoughts… - jurvetson - CC BY - détail

Sous licence (libre) Creative Commons BY, elle est l’oeuvre de Steve Jurvetson.

Elle est disponible sur Flickr mais également dans l’annuaire d’images de Wikipédia (en) qui l’a élue photo du jour le 11 avril dernier.

On notera que l’auteur se trouve ravi de voir son image reprise dans un magazine grâce à la licence Creative Commons BY.

Last Thoughts… - jurvetson - CC BY - détail

Rien de plus naturelle que cette scène de la vie quotidienne d’une buse à queue rousse. Et pourtant difficile d’échapper à une sorte d’anthropomorphisme compassionnelle…

Last Thoughts… - jurvetson - CC BY




Quand Barack Obama souhaite libérer la parole publique

Obama - roxannejomitchell - CC-BY

Candidat à l’investiture démocrate pour 2008 (au même titre qu’Hillary Clinton), le sénateur de l’Illinois Barack Obama est présenté par les médias comme l’homme qui pourrait être le premier président noir des Etats-Unis.

Il a récemment adressé une lettre au président de son parti pour demander à ce que les futures vidéos des débats des primaires soient, au choix, placées dans le domaine public ou sous licence Creative Commons BY[1].

Cette novatrice et positive démarche méritait bien une petite traduction[2].

Source : Blog de Lawrence LessigFree Debates: Barack is on board

Chairman Howard Dean
Democratic National Committee
430 S. Capitol St., SE
Washington, DC 20003

Cher Président Dean, j’écris pour apporter mon soutien à une lettre qu’une coalition bi-partisane d’universitaires, de blogueurs et d’activistes Internet vous ont envoyée ainsi qu’au Comité National Démocratique. Cette lettre demande que la vidéo de chaque débat pour les présidentielles au parti Démocrate soit disponible librement après le débat, soit en plaçant la vidéo dans le domaine public, soit en la licenciant sous une licence Creative Commons.

Comme vous le savez, Internet a permis à un nombre extraordinaire de citoyens de participer au dialogue politique autour de cette élection. La plus grande part de cette participation prendra la forme de contenu créé par les citoyens. Nous, en tant que Parti, devons faire tout ce qui est possible pour encourager cette participation. Non seulement ceci nous aidera à nous focaliser sur ce qui préoccupe le plus l’Amérique, mais cela encouragera aussi la participation d’une grande partie de notre jeunesse qui s’est traditionnellement désintéressée de la politique.

La lettre ne propose pas de changement radical de la loi sur les droits d’auteur, ou une expansion injustifiée du "fair use". A la place, elle demande simplement que chaque propriétaire d’une vidéo qui pourrait prétendre à un quelconque droit d’auteur renonce à celui-ci.

Je crois très fort en l’importance du droit d’auteur, tout spécialement dans l’ère numérique. Mais il n’y a pas de raison pour que ce type particulier de contenu requiert cette protection. Nous avons assez de motivations pour débattre. Les réseaux ont suffisamment de motivations pour transmettre ces débats. Plutôt que de restreindre le produit de ces débats, nous devrions à la place nous assurer que notre démocratie et les citoyens ont une chance d’en profiter par tous les moyens offerts par la technologie.

Votre campagne présidentielle a utilisé Internet pour ouvrir un nouvel espace dans la participation politique citoyenne. Je voudrais vous exhorter à prendre l’initiative une fois de plus en continuant à supporter cet important média du discours politique. Et j’offre toute l’aide que je peux pour obtenir le support des autres également.

Cordialement,

Barack Obama

Edit : Dans l’intervalle est parue une lettre similaire mais d’un républicain cette fois-ci.

Notes

[1] L’illustration est une photographie de roxannejomitchell intitulée Obama ’08 issue de Flickr et sous licence Creative Commons BY

[2] Merci à VLI, Olivier et Yostral pour la traduction.




Lounge Buddha Bar Session

Jeudi dernier, petite escapade vers Florence. Charmante bourgade si il en est mais difficile d’échapper à l’invasion touristique…

Comme il me reste en stock des chansons de l’Inconnue de la Villa Mystère[1], je crains fort que vous n’ayez à subir un nouveau petit clip diaporama avec quelques photos prises autour de la Piazza della Signoria ce jour-là.

Notes

[1] En fait je ne désespère pas de faire quelque chose de libre avec ces chansons quand bien même le contrat SACEM soit totalement anésthésiant. Dans l’intervalle j’ai cru comprendre que la diffusion en streaming n’était certes pas autorisée (sauf sur le site perso de l’artiste) mais moins répréhensible que le téléchargement direct des morceaux au format ogg ou mp3.