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Facebook et Google nous livrent leur version « malbouffe » de l’information

The Filter Bubble - Eli PariserLes médecins et pouvoirs publics ne cessent de nous interpeller au sujet de notre régime alimentaire : une alimentation variée et équilibrée est in-dis-pen-sable à notre santé, disent-ils en substance.

Et si nous décidions d’accorder la même attention à notre régime informationnel ?

Lorsque nous allons chercher de l’information en ligne, les contenus qui nous sont servis sont-il bien variés et équilibrés, ne contiennent-il pas trop d’informations grasses ou sucrées ?

La question ainsi posée par Eli Pariser dans le texte que nous vous proposons ci-dessous peut paraître étrange au premier abord, mais seulement si l’on ignore comment les grands restaurants d’information du Web que sont Google, Facebook ou Yahoo composent les assiettes qu’ils nous servent.

Imaginez un restaurant qui affinerait en permanence sa carte en fonction de ce que vous avez commandé précédemment et, si vous êtes un habitué, en fonction de ce que vous commandez le plus souvent. Seriez-vous étonné, au final, de ne plus avoir le choix qu’entre un steak-frites, une pizza à la viande hachée et des pâtes à la bolognaise, quand votre voisine de table se voit systématiquement proposer un choix de trois salades composées ? Comment pourrions-nous alors découvrir de nouveaux plats ou tout simplement varier nos menus ?

NB : terminons cette présentation en citant le moteur de recherche DuckDuckGo dont le manifeste exclut toute personnalisation des résultats (ainsi que tout pistage )

Facebook et Google nous livrent de l’information « malbouffe » avertit Eli Pariser

Bianca Bosker – 7 mars 2011 – HuffingtonPost.com
(Traduction Framalang : Antistress et Goofy)

Facebook, Google Giving Us Information Junk Food, Eli Pariser Warns

S’agissant de contenu informationnel, Google et Facebook nous offrent trop de sucreries et pas assez de légumes.

C’est l’avis d’Eli Pariser, activiste politique et précédemment directeur exécutif de MoveOn.org, qui tire la sonnette d’alarme au sujet des modifications du Web opérées par des algorithmes invisibles afin de produire des résultats de recherche personnalisés, des flux d’information et autres contenus taillés sur mesure qui menacent de limiter notre exposition à de nouvelles informations et de restreindre notre champ de vision sur le monde.

Pariser qui se décrit politiquement comme progressiste, racontait à la conférence annuelle TED qu’il avait toujours fait attention à prendre comme amis sur Facebook aussi bien des libéraux que des conservateurs, afin de garder un œil sur les discussions de chaque groupe. Pourtant il constata qu’avec le temps d’étranges choses se produisaient : ses amis conservateurs sur Facebook avaient disparus de son flux d’information. Il réalisa que l’algorithme de Facebook les en avait retirés au motif que Pariser cliquait plus souvent sur les liens de ses amis libéraux que sur ceux de ses amis conservateurs.

Google est également coupable de truquer les résultats affichés en fonction des actions passées de l’internaute. Pariser souligne combien, lors d’une même recherche sur Google, deux utilisateurs peuvent recevoir des résultats complètement différents compte tenu du fait que le moteur de recherche utilise 57 indicateurs propres à l’utilisateur pour modifier et adapter les résultats. « Il n’y a plus de Google générique » relève Pariser.

« Ceci nous conduit très rapidement vers un monde dans lequel Internet nous montre ce qu’il pense que nous voulons voir, mais pas nécessairement ce que nous avons besoin de voir » déclare Pariser au sujet des modifications opérées par la voie des algorithmes.

À cause des algorithmes qui déterminent ce que nous voyons en ligne d’après nos habitudes de navigation, de lecture et les liens sur lesquels nous cliquons, nous risquons d’être confrontés à moins de points de vue, d’être exposé à un champ plus réduit d’opinions et de contenus, ajoute Pariser.

« Si vous prenez tous ces filtres ensemble, si vous prenez tous ces algorithmes, vous obtenez ce que j’appelle une bulle de filtres. Votre bulle de filtres est votre univers d’information unique et personnel dans lequel vous vivez en ligne » déclare t-il. « Ce qui est dans votre bulle de filtres dépend de qui vous êtes et de que vous faites, mais le truc c’est que vous ne décidez pas ce qui entre dedans… Et plus important, vous ne voyez pas ce qui, en fait, s’en trouve rejeté. »

Les entreprises ont présenté la personnalisation de l’information comme une façon de fournir à l’utilisateur des contenus plus pertinents au regard de ses centres d’intérêt. Lorsque Google a lancé la recherche personnalisée auprès de l’ensemble de ses utilisateurs, il a vanté les mérites de cette fonctionnalité en disant qu’elle aiderait les gens à obtenir de meilleurs résultats. Selon le livre The Facebook Effect, Mark Zuckerberg (NdT : le créateur de Facebook) expliquait à son équipe l’utilité du flux d’information de Facebook en ces termes : « Un écureuil mourant dans votre jardin peut être plus pertinent pour vos intérêts du moment que les gens qui meurent en Afrique. ».

Pariser enjoint les responsables techniques d’entreprises comme Facebook et Google représentées à la conférence TED de reconsidérer leur approche afin de créer l’Internet dont nous révons tous, celui qui nous apportera des perspectives nouvelles, alternatives, et qui nous incitera à penser les choses de manière neuve et différente.

« Nous avons vraiment besoin que vous vous assuriez que ces algorithmes incorporent le sens de la vie publique, de la citoyenneté responsable » déclare Pariser. « Le problème est que les algorithmes n’ont pas encore le genre d’éthique intégrée qu’avaient les éditeurs. Donc si les algorithmes vont inventorier le monde pour nous, s’ils vont décider ce que nous pouvons voir et ce que nous ne pouvons pas voir, alors nous devons nous assurer qu’ils ne se sont pas basés uniquement sur la pertinence. Nous devons nous assurer qu’ils nous montrent aussi des choses qui sont dérangeantes ou stimulantes ou importantes. »

Des algorithmes plus intelligents, plus responsables, sont nécessaires pour garantir un régime d’information équilibré, ajoute Pariser.

« La meilleure des éditions nous donne un peu des deux », déclare t-il. « Il nous donne un petit peu de Justin Bieber et un petit peu d’Afghanistan. Il nous donne de l’information légumes et il nous donne de l’information dessert. »

Sinon, avertit-il, nous risquons de consommer trop d’informations fast food.

« Au lieu d’un régime d’information équilibré, vous pouvez finir entouré d’informations malbouffe » conclut Pariser.




Breveter des logiciels ? Beethoven ne l’aurait pas entendu de cette oreille !

Dans cette courte séquence vidéo, extraite du film Patent Absurdity, que nous vous présentons aujourd’hui sous-titrée par nos soins, Richard Stallman nous alerte par analogie sur les dangers que représentent les brevets appliqués aux logiciels. Et si Beethoven avait été confronté en son temps à un système de brevets sur la musique ?

Cette séquence nous renseigne à double titre.

D’une part, la pertinente démonstration nous fait toucher du doigt les dangers du brevet logiciel dont le principe a été maintes fois repoussé en Europe mais qui menace toujours. Pour en savoir plus sur le sujet, nous ne saurions que trop vous conseiller de lire la synthèse que vient de publier l’April.

D’autre part, pour qui connaît un peu le bonhomme et son histoire (lire à ce sujet le framabook « Richard Stallman et la révolution du logiciel libre – Une biographie autorisée »), on imagine sans peine la frustration qu’un système de brevets logiciels – en vigueur aux États-Unis – peut engendrer. Richard Stallman est un hacker reconnu, c’est-à-dire un virtuose du code, et l’on peut alors parler d’un art de la programmation. Un art qui a eu ses Beethoven et qui souhaite continuer à en avoir encore demain.

—> La vidéo au format webm
—> Le fichier de sous-titres

Transcript du sous-titrage

URL d’origine du document

Imaginons qu’au XVIIIe siècle les gouvernements d’Europe aient décidé d’encourager le progrès de la musique symphonique – ou du moins le pensaient-ils – avec un système de brevets sur les idées musicales.

Toute personne pouvant décrire une nouvelle idée musicale avec des mots obtiendrait un brevet qui serait un monopole sur cette idée.

Cette personne pourrait ensuite poursuivre quiconque mettant en œuvre cette idée dans un morceau de musique.

Ainsi un motif rythmique pourrait être breveté, ou une séquence d’accords, ou un ensemble d’instruments à utiliser ensemble, ou n’importe quelle idée que vous auriez pu décrire avec des mots.


Maintenant imaginez que nous sommes en 1800, que vous êtes Beethoven et que voulez écrire une symphonie.

Vous allez trouver qu’il est plus difficile d’écrire une symphonie pour laquelle vous ne serez pas poursuivi en justice, que d’écrire une symphonie qui sonne bien.

Parce que pour écrire une symphonie et ne pas être poursuivi, vous allez devoir frayer un chemin au travers de milliers de brevets sur les idées musicales.

Et si vous vous plaignez en disant que cela entrave votre créativité, les titulaires de brevets diraient : « Oh, Beethoven, vous êtes juste jaloux parce que nous avons eu ces idées avant vous. Pourquoi devriez-vous voler nos idées ? »




La nouvelle version Squeeze de Debian lavera encore plus blanc

Mark Robinson - CC byC’est un billet un peu technique que nous vous proposons aujourd’hui. Il évoque la « quête du 100% libre » des distributions GNU/Linux.

En effet, vous l’ignoriez peut-être, mais rares sont les distributions GNU/Linux qui soient « totalement libres ».

Ainsi la fort pratique distribution Linux Mint installe dès le départ des codecs (MP3, divX…) et des plugins (Java, flash…) propriétaires. On ne peut donc la considérer comme libre.

Mais, plus subtil, la très populaire distribution Ubuntu non plus, car elle embarque en son sein des drivers propriétaires comme ceux pour les cartes graphiques Nvidia et ATI.

Ces drivers sont des exemples de firmwares (ou micrologiciel), ces logiciels intégrés dans un composant matériel, et ils constituent le sujet principal de notre billet, et traduction, du jour.

Debian est l’une des plus anciennes et célèbres distributions GNU/Linux. Elle sert de base de développement à de nombreuses autres distributions, dont justement Ubuntu et Linux Mint.

L’une des principales caractéristiques de Debian, outre sa stabilité reconnue et le grand nombre d’architectures matérielles supportées, est de ne dépendre directement d’aucune société commerciale : comme le navigateur Firefox de la fondation Mozilla, Debian est le fruit d’une association à but non lucratif. Et si Mozilla possède son Manifesto, Debian a son fameux contrat social.

Elle se trouve actuellement dans sa version 5.0 mais la nouvelle version 6 (nom de code « Squeeze ») devrait sortir d’ici quelques jours.

Or le projet Debian a annoncé que cette nouvelle version bénéficierait, à sa sortie, d’un noyau Linux « libéré», c’est à dire débarrassé de tout firmware qui ne serait pas libre[1]. Cette décision a suscité un certain nombre de d’interrogations autour des conséquences pratiques pour l’utilisateur : allait-il pouvoir continuer à faire fonctionner pleinement sa machine avec cette nouvelle version ?

C’est à ces interrogations que répond l’un des développeurs du projet ci-dessous.

Mythes et réalités concernant les firmwares et leur non-retrait de Debian

Myths and Facts about Firmwares and their non-removal from Debian

Alexander Reichle-Schmehl – 20 janvier 2011 – Tolimar’s Blog
(Traduction Framalang : Antistress, Penguin et Goofy)

L’annonce par le projet Debian de la publication de Squeeze avec un noyau Linux complètement libre a retenu l’attention, ce qui n’est pas une mauvaise chose. Pourtant il semble que cette annonce ait parfois été mal interprétée ou mal relayée. Je vais essayer de résumer les principales erreurs et d’y répondre.

  • Mythe : Debian a retiré tous les firmwares de ses noyaux !
  • Réalité : Non, cette décision ne concerne que les noyaux qui seront inclus dans la prochaine version Debian 6.0 Squeeze. Les noyaux de la version stable actuelle Debian 5.0 Lenny restent tels quels… sauf que, bien sûr, nous réaliserons les mises à jour de sécurité qui s’imposent les concernant, mais ils continueront de contenir les mêmes firmwares qu’actuellement.
  • Mythe : Debian est en train de dégrader ses noyaux en en retirant des choses.
  • Réalité : Debian a transféré certains firmwares de sa section principale (NdT : main) vers sa section non-libre (NdT : non-free). Ils sont toujours présents, dans la section dédiée aux logiciels qui ne répondent à nos critères tels qu’ils résultent des principes du logiciel libre selon Debian (NdT : The Debian Free Software Guidelines – ou DFSG).
  • Mythe : La plupart des utilisateurs ne vont plus pouvoir installer Debian.
  • Réalité : les firmwares non-libres resteront disponibles à travers notre infrastructure. Ceux qui sont requis durant l’installation (par exemple pour contrôler l’accès au réseau ou au périphérique de stockage) peuvent également être chargés durant l’installation (qu’ils soients sur un CD ou une clé USB). Nous proposons des archives compressées de ces fichiers (décompressez les simplement sur une clé USB et branchez-la quand cela vous est demandé durant l’installation) ainsi que des images ISO permettant de créer un CD d’installation par le réseau qui contiennent déjà ces fichiers. Bien entendu, elles vont continuer d’exister, même aprés la publication de Squeeze.
  • Mythe : Ces fimwares sont requis, les ôter ne sert à rien et ne rend pas service à l’utilisateur.
  • Réalité : Oui, ces firmwares sont en effet nécessaires au fonctionnement de certains pilotes de certains matériels. Mais tout le monde n’en veut pas. À présent que nous sommes capables de charger ces firmwares sur demande (au lieu de devoir les compiler dans le pilote lui-même), nous pouvons les proposer séparément. Cela permet ainsi à ceux qui ont besoin de firmwares non-libres de les utiliser tandis que que ceux qui n’en veulent pas bénéficieront d’une installation qui en sera dénuée.
  • Mythe : Ah, encore un coup des fêlés de la liberté du projet Debian…
  • Réalité : Il n’y a pas que nous en réalité : nous n’y serions jamais parvenus sans la coopération d’un certain nombre de développeurs du noyau Linux. Et nous ne sommes pas les seuls intéressés par la création d’un noyau libre, d’autres distributions importantes ont également conscience du problème. Citons par exemple le récent commentaire d’un développeur du projet Fedora évoquant des changements dans un de ces firmwares non-libres. Il semble donc que Debian ait simplement été le premier à réaliser le problème des firmwares non-libres.
  • Mythe : Debian fait allégeance à Stallman.
  • Réalité : Je ne me suis pas entretenu avec Richard Stallman à ce sujet mais je pense que Debian n’est pas encore assez libre pour lui ; pour autant que je sache, il aimerait la disparition pure et simple de la section non-libre, ou au minimum qu’elle ne soit plus mentionnée nulle part.

Il reste donc une question : qu’il y a t-il de mal avec les firmwares non-libres ? Ne s’agit-il pas simplement de petits programmes exécutés par le microprocesseur du périphérique concerné ? Pourquoi s’en faire ? Bonne question ! Mettons de côté les problèmes juridiques qui sont susceptibles de se poser, et concentrons-nous sur l’aspect pratique. Le nœud du problème tient au fait que, sans leur code source (et les outils pour les compiler), les firmwares ne sont qu’une suite aléatoire de nombres pour nous. Nous ne savons pas ce qu’ils font, nous ne pouvons pas les analyser ni les améliorer. Nous ne pouvons pas les changer, nous ne pouvons pas assurer leur suivi. Peut-être avez-vous été lire le commentaire du développeur Fedora dont le lien a été donné plus haut ? Je le cite à nouveau car il me semble qu’il a très bien résumé le problème :

Mise à jour des firmwares qlogic 2400 et 2500 vers la version 5.03.13. Que fait la version 5.03.13 ? Personne ne le sait hormis QLogic et ils ne le disent pas. Je leur ai posé la question et ils m’ont répondu que l’information ne pouvait être donnée sans accord de confidentialité. Je vous invite donc à imaginer ce que fait ce firmware et les bogues qu’il corrige. Tant que vous y êtes, imaginez un monde où les fabricants publieraient le code source de leurs firmwares.

À présent que vous savez que nous ne pouvons assurer le suivi de ces firmwares, vous pourriez vous demander si c’est vraiment utile de toute façon. Quels dégâts pourraient bien faire à votre ordinateur un simple petit programme logé dans un périphérique ? Eh bien un scientifique a déjà fait la démonstration d’un firmware pour certaines cartes réseau qui dissimulait un cheval de troie. Donc non seulement c’est un problème en soi, mais cela peut même être un problème de sécurité !

Résumons-nous. Oui, Debian a modifié quelque chose dans ses noyaux. Non, ils vont continuer de fonctionner comme d’habitude. Certains utilisateurs devront peut-être activer le dépôt non-libre mais ce n’est pas obligatoire. Les firmwares nécessaires à l’installation sont aussi disponibles et peuvent être chargés lors du processus d’installation. Alors pourquoi tout ce ramdam ?

À propos, ceux d’entre vous qui craignent de ne pas se rappeler les liens des images ISO et des archives compressées, souvenez-vous de deux choses: wiki et Firmware. Vous trouverez tout ce dont vous avez besoin sur la page Firmware du wiki Debian.

Notes

[1] Crédit photo : Mark Robinson (Creative Commons By)




Bataille de la vidéo sur le Web : Quand Google restreint pour mieux ouvrir ?

Justin De La Ornellas - CC byLa semaine dernière Google annonçait que Chrome, le navigateur de la firme, ne supporterait plus dorénavant le format vidéo fermé et payant H.264 pour la vidéo sur le Web, préférant promouvoir exclusivement les formats vidéo libres et gratuits tels que WebM (VP8) et Ogg Theora.

Cette décision a été diversement accueillie, certains félicitant Google de continuer à peser de tout son poids pour faire émerger un standard libre et gratuit pour la vidéo sur le Web (on se souvient que Google a racheté l’année dernière la société On2 à l’origine du codec vidéo VP8 – que l’on retrouve dans le format WebM – pour permettre à chacun de l’implémenter et de l’utiliser gratuitement). Tandis que d’autres ont reproché à Google son incohérence en continuant de supporter dans le même temps le greffon propriétaire Flash.

En effet, jusqu’à présent la vidéo sur le Web nécessitait un greffon (typiquement Flash, de la société Adobe, omniprésent) qui agissait comme une boite noire en s’intercalant entre le navigateur et l’utilisateur. La récente mise à jour de la spécification HTML (qui sert à créer et afficher les pages Web) offre depuis la possibilité d’afficher les vidéos directement dans n’importe quel navigateur à jour, sans avoir à dépendre d’un unique logiciel appartenant à une unique société privée avec tous les dangers que cela représente[1].

Mais il reste pour cela à se mettre d’accord sur le choix du format dans lequel encoder la vidéo. Apple (Safari) refuse d’implémenter autre chose que le format payant H.264 qu’il souhaiterait voir s’imposer, ce qui placerait la vidéo sur le Web entre les mains d’un consortium de sociétés privées chargé de récolter les redevances et créerait un péage incontournable pour toute société qui souhaiterait innover sur le Web (avec ce système, Firefox et bien d’autres n’auraient jamais pu voir le jour). Pour leur part, Mozilla (Firefox), Opera et Google (Chrome) soutiennent WebM et Ogg Theora en tant que technologies libres et gratuites pouvant être mises en œuvre par n’importe qui sans restriction. Pendant ce temps Microsoft compte les points, n’excluant aucune des solutions

Tristan Nitot, Président de Mozilla Europe, l’explique bien : « Si le Web est si participatif, c’est parce qu’il n’y a pas de royalties pour participer et créer un contenu. (Faire le choix du H.264) serait hypothéquer l’avenir du Web. On créerait un îlot technologique, un club de riches : on pourrait produire du texte ou des images gratuitement, mais par contre, pour la vidéo, il faudrait payer. »

Nous avons choisi de reproduire ici la réponse de Haavard, employé chez Opera Software, à ceux qui dénoncent la récente décision de Google.

Le retrait de Chrome du codec H.264 conduit-il à moins d’ouverture ?

Is the removal of H.264 from Chrome a step backward for openness?

par Haavard, employé chez Opera Software, le 13 janvier 2011
(Traduction Framalang : Antistress et Goofy)

Dans un long article publié sur le site Ars Technica, Peter Bright soutient que retirer de Chrome le support d’un standard fermé conduit à moins d’ouverture.

Je suis fermement en désaccord avec cette assertion et je vais essayer d’expliquer rapidement pourquoi et ce qui cloche avec les arguments mis en avant dans l’article.

1. « H.264 est un standard ouvert »

Malheureusement H.264 est un format breveté et vous ne pouvez l’utiliser sans bourse délier. Conformément à la politique du W3C sur les brevets, cela est incompatible avec la définition d’un standard ouvert, spécialement dans le contexte du Web. D’après la définition même de « ouvert », H.264 ne peut être ouvert car il ne peut être utilisé sans payer.

2. « VP8 n’est pas un standard ouvert »

Ce point est exact, en effet. Le format VP8 est une technologie avec une spécification, pas un standard. Pourtant Google a choisi de concéder à chacun le droit de l’utiliser sans payer de redevance. Ce qui signifie que VP8 est en fait un bon candidat pour devenir un véritable standard ouvert pour le Web.

3. « H.264 est libre d’utilisation à certaines conditions »

Rappelez-vous que H.264 coûte toujours de l’argent. Et même si des produits avec une faible base d’utilisateurs peuvent être exemptés dans un premier temps, vous devez toujours ouvrir votre portefeuille à un moment donné si vous voulez réaliser quelque chose sur le Web. Le consortium MPEG-LA a intelligemment « offert » la première dose. Une fois que vous êtes accro, ils peuvent commencer à vous présenter la facture.

C’est un leurre destiné à vous appâter.

4. « Le support de H.264 n’est pas requis dans la spécification HTML5 »

Mais cela deviendrait un autre standard de fait, fermé, comme l’était Internet Explorer 6. Et nous avons tous à l’esprit les dégâts que cela a causés au Web.

5. « Google fournit Chrome avec le greffon Flash préinstallé ; son attitude est hypocrite »

Cela revient à comparer des pommes avec des poires. Flash est un greffon que Google a choisit de fournir en même temps que son navigateur car il y a beaucoup de contenus qui nécessitent Flash sur le Web. H.264, loin de n’être qu’un simple greffon, ferait partie du navigateur lui-même.

Une chose qu’il est important d’avoir à l’esprit c’est que Flash est d’ores et déjà omniprésent. Si vous voulez profiter de la vidéo sur le Web, vous n’avez pas le choix : il vous faut Flash. Pourtant la « bataille » de la vidéo directement dans le navigateur, via HTML5, fait toujours rage sans qu’on puisse encore désigner le vainqueur. Mais à présent que Google laisse tomber le codec fermé H.264 dans son navigateur, la probabilité qu’un codec libre et ouvert finisse par s’imposer augmente.

Que Google continue de fournir le greffon Flash avec son navigateur est parfaitement compréhensible. La plupart des contenus vidéo sur le Web sont en Flash et Google Chrome peut ainsi continuer de les afficher, en attendant qu’un codec ouvert s’impose pour la vidéo directement dans le navigateur. Il n’y a aucune hypocrisie ici, seulement du pragmatisme.

Finalement le reproche fait à Google de livrer le greffon Flash avec son navigateur sert à détourner l’attention de la véritable question : est-ce que la vidéo directement dans le navigateur se fera au moyen d’une technologie ouverte ou fermée ?

Mise à jour : Certains brandiront iOS comme contre-argument mais ça ne résiste pas à l’analyse. Il y a une raison pour laquelle beaucoup d’utilisateurs d’iPhone/iPad sont prêts à payer même pour des solutions de transcodage de piètre qualité sur iOS : ils ne peuvent accéder à la plupart des sites de vidéos. La raison pour laquelle iOS trace sa route avec H.264 c’est basiquement que YouTube (le site d’hébergement de vidéos de Google, qui s’avère être le plus important sur le Web) le supporte. La vaste majorité des sites vidéo requièrent encore Flash. Cela dit, je comprends que certains des fans les plus importants d’Apple soient ennuyés par l’initiative de Google de promouvoir WebM. Perdre le support de YouTube serait un coup terrible pour Apple.

6. « H.264 est partout et le Web n’existe pas en vase clos »

Le fait qu’un format soit répandu en dehors d’Internet ne signifie pas qu’il convient pour le Web. Puisque le Web nécessite des formats ouverts, H.264 n’est pas adapté comme format de référence pour le Web, par définition.

Et l’argument selon lequel H.264 est partout et chacun devra faire avec ne tient pas la route à mon avis. Des sites comme YouTube doivent convertir et compresser les vidéos de toute façon, de sorte que très peu d’entre elles sont publiées telles qu’elles sortent de votre caméra.

Autrement dit : la recompression sera toujours là, et au lieu de réencoder le fichier en H.264 pour réduire sa taille et le jouer en ligne, il peut très bien être réencodé dans un format ouvert.

7. « H.264 peut être utilisé à la fois pour les vidéos en Flash et les vidéos HTML5, assurant une transition douce »

Comme je l’ai déjà expliqué, les vidéos sont habituellement recompressées d’une façon ou d’une autre. En effet, la plupart des sites offrent des vidéos de différents débits et de différentes tailles. Ils convertissent déjà les vidéos ! ils pourraient simplement les convertir dans un format ouvert à la place.

8. « Les utilisateurs de Firefox pourraient voir les vidéos H.264 en utilisant le greffon développé par Microsoft »

Notez bien le mot « greffon ». Cela veut dire que nous abandonnons la vidéo HTML5 pour retourner aux greffons. Tous les bénéfices de la vidéo directement dans le navigateur s’évanouissent (sans compter que le greffon n’existe que pour Windows 7). Par contre je pense qu’il est raisonnablement facile d’ajouter le support de WebM à Safari et Internet Explorer en complétant la liste des codecs supportés par le système d’exploitation[2].

9. « La part de marché des navigateurs qui supportent H.264 dépasse celle des navigateurs qui supportent WebM »

Google, avec son monopole de la publicité en ligne, met les bouchées doubles pour que ça n’arrive pas. Si je ne me trompe pas, la part des navigateurs basés sur les standards ouverts croît au détriment d’Internet Explorer. Bien qu’il soit impossible de mesurer de manière fiable les parts de marché de chaque navigateur, la plupart des données semblent le confirmer.

10 « La décision de Google restreint le choix des utilisateurs »

Nous attaquons maintenant le cœur du problème. Et malheureusement, c’est le format H.264 qui supprime le choix. Pendant que le format WebM maintient le Web comme plateforme ouverte, H.264 est un standard fermé détenu par un cartel d’industriels qui essaie d’éradiquer sans ménagement toute tentative de faire émerger une alternative.

Je suis également estomaqué de voir que Google est accusé de restreindre le choix des utilisateurs alors que Microsoft et Apple ne sont même pas mentionnés. Ils refusent de supporter WebM après tout.

11. « VP8 est contrôlé par Google et est propriétaire »

Je ne suis pas certain que cela fasse partie des griefs mais c’est l’interprétation que j’en ai. Et c’est un grief non fondé. Lisez la licence de WebM pour plus d’information]. WebM est un projet libre sponsorisé par Google et il est gratuitement disponible du fait de sa licence.

Propos finaux :

L’article tente de montrer que la décision de Google conduit à moins d’ouverture. En réalité l’article met sur la table toutes sortes de choses qui sont sans rapport avec cette question. Cela, je crois, pour embrouiller les choses, alors que la question des standards ouverts est une des plus importantes !

Nous pouvons facilement analyser ce qui permet plus d’ouverture dans le contexte du Web :

  • H264 est breveté, c’est donc un standard « fermé ». Il est incompatible avec la politique du W3C sur le brevets pour un Web ouvert. Par conséquent, promouvoir H.264 comme format de référence pour la vidéo HTML5 est le contraire de promouvoir l’ouverture.
  • De l’autre côté, WebM correspond bien plus à la politique des brevets du W3C. Google concède à chacun le droit d’utiliser cette technologie sans payer de redevance. Puisque WebM est ouvert, il promeut un Web ouvert.

Conclusion : En rejetant ce qui ferme le Web tout en promouvant des technologies ouvertes, Google contribue à un Web plus ouvert contrairement à ce qu’affirme l’article.

Notes

[1] Crédit photo : Justin De La Ornellas (Creative Commons By)

[2] Télécharger les codecs libres et gratuits WebM/VP8, Ogg Theora et Ogg Vorbis pour Windows – Télécharger le codec libre et gratuit WebM/VP8 pour MacOS avec les codecs libres et gratuits Ogg Vorbis et Ogg Theora pour MacOS (déposer le fichier dans votre bibliothèque QuickTime située sur votre disque dur à cet endroit : Macintosh HD/Bibliothèque/QuickTime).




Ne pas subir, toujours agir ! Rencontre avec Patrick d’Emmaüs

David Dennis - CC by-saPatrick A., je l’ai rencontré en novembre dernier lors de l’Ubuntu Party 10.10 à la Cité des Sciences. Il était assis près du stand Framasoft et j’ai tout de suite été intéressé par son projet liant la communauté Emmaüs et les logiciels libres.

Nous nous sommes retrouvés pour déjeuner et nous avons discuté pendant près d’une heure dudit projet, de la société actuelle et bien sûr, des logiciels et ressources libres. « Ne pas subir, toujours agir ! », telle est la devise première d’Emmaüs, et elle lui va si bien que j’ai eu envie de mettre son projet mais aussi son engagement en valeur, en lui proposant une interview ultérieure par courriel pour le Framablog.

Patrick contribue à sa manière à aider les plus démunis en reconditionnant d’anciens PC avec des logiciels libres (soit sous Windows, soit directement sous GNU/Linux Ubuntu) et en les revendant à très bas prix. L’argent ainsi récolté permet de faire vivre des compagnons d’Emmaüs. À sa manière, et à la manière de l’abbé Pierre il y plus de 60 ans, il participe à un monde plus ouvert, plus respectueux de l’humain et plus solidaire [1].

Si il n’est pas seul sur ce projet, il est toujours à la recherche de bonnes volontés pour l’aider à améliorer ses scripts d’installation, ou plus généralement à mettre ses compétences informatiques au service de cette noble cause. N’hésitez pas à nous contacter, nous nous ferons un plaisir de relayer votre message à Patrick.

Entretien avec Patrick, bénévole chez Emmaüs

Bonjour Partick, peux-tu te présenter ?

Cette question est la première que vous me posez, mais c’est ma dernière à laquelle j’ai répondu, car la tâche n’est pas aisée. En essayant de ne pas faire trop long, pour ménager les lecteurs, à mes yeux ce sont les autres questions les plus importantes.

Pour vous répondre, je vais faire une liste style interrogatoire de police, il faut que je me prépare à cela, car ça pourrait me servir dans un futur proche 😉

  • âge 45 ans ;
  • marié depuis 20 ans, un enfant de 23 ans ;
  • né à Perpignan, vécu plus exactement à Pollestres, village de mes grands-parents paternels ;
  • études : Lycée technique Bac F2, DUT et diplôme d’ingénieur en Génie Électrique ;
  • je travaille depuis plus de 20 ans sur la région parisienne dans un groupe de « haute technologie », comme ils disent 😉

Mon engagement au sein d’Emmaüs et du bénévolat date de mai dernier. Jusque là j’avais envie de faire du bénévolat, mais comme beaucoup je n’avais pas le temps, ou plutôt je ne voulais pas le prendre. Mais à cette époque, je me suis dit qu’il fallait essayer de faire quelque chose, car je ne supportais plus que notre société laisse tout partir à la dérive.

Cela correspond aussi à une phase de changement de vie, où l’on comprend que si on ne fait pas ce que l’on a envie de faire à 45 ans après il sera trop tard.

Avec ces interrogations sur mon futur et à la lecture de cette phrase, « Dans toute difficulté, il y a une opportunité » d’Albert Einstein, j’ai décidé d’agir pour une cause et je me suis tourné vers le bénévolat chez Emmaüs. D’abord je voulais aider les personnes dans la rue, celles que je croisais dans le RER sans oser agir, puis sur les conseils de ma femme, je me suis tourné vers une aide dans le domaine informatique (voir ci-dessous), mais je ne pensais pas que cet acte allait me conduire aussi loin dans mon engagement.

À l’heure actuelle je me suis engagé dans d’autres combats face à cette société en crise. Je fais référence aux dernières lois de réforme de la retraite, à la catastrophe économique provoquée par les puissances financières, tout cela quand il y a de plus en plus de gens qui se retrouvent à mourir de froid dans les rues d’une des plus grandes capitales du monde !

Mes engagements sont pour les libertés en général et pas uniquement le logiciel libre. Si il n’y avait que ce dernier à libérer, nous serions dans un monde idyllique. Mais non, il y a beaucoup de choses à libérer. C’est pourquoi j’ai pris comme fond d’écran des PC reconditionnés : « Un jour, le monde sera libre ! » (voir image ci-dessous en fin d’article), mais seulement si nous faisons tous front ensemble.

Actuellement j’œuvre aussi pour la liberté des personnes, des biens et des entreprises, en aidant les autres dans ces combats, et en m’engageant syndicalement au sein de mon entreprise.

J’espère que mon témoignage aura un écho au sein des communautés du logiciel libre, afin que certains viennent à leur tour participer et soutenir. Car il y a urgence à faire bouger cette société qui a remplacé notre belle devise républicaine par : « Libéralisme, Égoïsme, Finance (ou Futilité) ».

Voila mes engagements et mon état d’esprit actuel, qui ne sont pas facile à vivre avec mes ex-amis et mes collègues de travail. Je n’ai pas la même vision du monde, et je suis parfois considéré dans mon milieu professionnel comme un « fou de gauche » !

Quelques mots sur Emmaüs ? (on a tous une vague idée, mais noir sur blanc, c’est mieux)

Vous savez, je ne suis pas un spécialiste du mouvement Emmaüs, mais en voici ma vision :

Le mouvement a été créé par l’abbé Pierre (originaire de Lyon, ville d’une partie des membres de Framasoft je crois), figure emblématique au point d’avoir été élu l’homme le plus aimé des français, plus d’une quinzaine de fois (il a même demandé à la presse de ne plus le faire figurer dans ces sondages pour laisser un peu de visibilité aux autres).

Cet homme était un religieux, ça tout le monde le sait, mais il s’est aussi engagé dans la résistance en 1940. Il aurait participé à fonder le maquis du massif du Vercors. Ami du général de Gaulle, il a fait de la politique sous ses conseils, après la Seconde Guerre Mondiale, et a été élu député à plusieurs reprises. Le mouvement Emmaüs est né en 1949 à Neuilly-Plaisance, dans une ancienne auberge de jeunesse. Durant le terrible hiver 54, il a lancé un appel radiophonique en faveur des plus démunis, c’est ce que l’on a appelé « l’Appel de la bonté » (cf le film Hiver 54). C’est à ce moment là que les communautés d’Emmaüs vont prendre leur essor. À l’heure actuelle il y environ 148 communautés en France, et plus d’une trentaine dans le monde.

Le principe des communautés est d’aider les plus démunis en leur fournissant un logement, de la nourriture et de l’argent de poche. En retour les compagnons (c’est comme cela qu’on appelle les personnes pour lesquels ce mouvement est né) doivent travailler pour la communauté en fonction de leurs moyens physiques, intellectuels et de leurs choix. Comme dans le monde libéral, les compagnons ont droit à une retraite (je ne sais pas à quel âge ils y ont droit), mais lorsqu’ils ne peuvent plus travailler, ils peuvent s’il le veulent, rester dans la communauté.

Pour pouvoir faire vivre les compagnons chaque communauté vend les dons des particuliers, et plus rarement des entreprises. Ces dons sont de toutes sortes, cela va du cendrier de bistrot à la marque d’une boisson alcoolisée jusqu’à un pavillon. Les dons sont triés, remis en état, puis vendus au sein de chaque communauté. Chaque communauté est indépendante et vit du fruit de son propre travail. Une communauté est gérée par un ou plusieurs directeurs par alternance, afin de coordonner le travail des compagnons.

Les objectifs de chaque communauté sont :

  • Fournir le logement aux compagnons (environ une cinquantaine de personnes par communauté);
  • Fournir la nourriture à ces mêmes compagnons, et aux salariés pendant leurs services;
  • Payer toutes les charges : salaires des directeurs, essence des camions de livraison, etc.
  • Donner de l’argent pour aider d’autres associations humanitaires à l’étranger;
  • Envoyer du matériel pour des associations humanitaires;
  • Acheter des maisons pour loger d’autres démunis;
  • etc.

À la tête des communautés, il y a Emmaüs-France qui coordonne et assure la logistique de l’ensemble. Il y a aussi la Fondation Abbé Pierre plus axée sur la communication (exemple de campagne) et la collecte des dons des entreprises. Au total ce sont environ 14 000 personnes qui participent au mouvement (4 000 compagnons, 4 000 salariés et 6 000 bénévoles).

Comment as-tu connu le logiciel libre ?

Dans le cadre de mon travail et de ma passion j’ai découvert le logiciel libre il y a une dizaine d’années.

J’ai connu Framasoft vers 2004, et c’est vous qui m’avez aidé sur le choix de SPIP pour développer un petit site intranet dans le cadre de mon travail. J’avais déjà à l’époque fait des tests d’installations sur les distributions Mandrake, Knoppix, et un peu plus tard Ubuntu. J’ai migré mon informatique personnelle sous Ubuntu il a deux/trois ans quand j’ai cassé un Windows XP Pro en voulant mettre à jour un logiciel de musique propriétaire (iTunes pour ne pas le nommer) !

Comment en es-tu venu à faire le lien Emmaüs / logiciel libre ? (motivations personnelles, éthique, etc.)

Je voulais participer à une cause humanitaire à force de voir cette misère quotidienne dans les transports en commun que je prend tous les jours de la semaine. D’abord j’ai voulu faire de la distribution de nourriture pour les plus démunis, mais ma femme m’a conseillé d’utiliser mes compétences en informatique pour aider Emmaüs.

J’ai pris contact avec leur service bénévolat, je voulais être affecté à la place la plus adaptée pour leur organisation. Je ne voulais pas spécialement travailler pour la communauté de Neuilly-Plaisance, que je connais depuis quinze ans maintenant, car je ne savais pas qu’il faisait du reconditionnement de PC, je n’en avais vu aucun lors de mes visites en tant que client, et pour cause, ils se sont vendus très vites, et c’est très bien.

Toujours est-il que le service du bénévolat, m’a renvoyé sur la communauté de Neuilly-Plaisance. Lors de mon arrivée, j’ai rencontré Djebar, le bénévole responsable informatique, qui travaillait tout seul à l’époque et qui avait beaucoup de mal à s’en sortir. Je lui ai demandé comment il travaillait et ce qu’il voulait que je fasse, ce qui lui prenait le plus de temps. Il m’a répondu que c’était l’installation des machines, donc j’ai commencé par faire un petit script d’installation en mode « unattend » [2].

Comme il perdait encore plus de temps sur la partie désinstallation des logiciels sur les machines XP, je me suis lancé également sur la désinstallation.

Quels sont les services que toi et les autres compagnons proposez ?

Maintenant, depuis deux semaines nous avons mis en place un mini Cyber-Espace (deux machines) pour présenter l’utilisation d’Ubuntu, avant la vente des machines. Notre but étant de vendre des machines pour faire vivre la communauté, mais aussi de faire en sorte que les acheteurs soient satisfaits de leurs achats. Nous préférons, ne pas vendre, que faire de la vente forcée, car le but est d’avoir le moins de retour possible et donner une bonne image de notre engagement et de notre travail.

Pour participer à rompre la fracture numérique nous vendons des machines d’occasions de l’ordre de 60 à 80 euros et les écrans plats de 15, 17 pouces entre 20 et 40 euros.

Je tente de diffuser mon travail à toutes les personnes et associations qui œuvrent pour les biens communs. En ce moment j’essaye de faire une installation Ubuntu en mode PXE [3], pour permettre la mise à jour de machines dans une école au Burkina Faso. Cette école a été équipée par Hervé S. et d’autres professeurs il y a deux ans. Je suis en contact avec lui depuis la dernière Ubuntu Party de Paris.

D’où proviennent les matériels à reconditionner ?

Le matériel reconditionné vient essentiellement de dons de particuliers. Les entreprises donnent mais c’est alors un lot de machines d’un seul coup et depuis huit mois que je travaille chez Emmaüs, je n’ai pas encore vu un don de machines provenant des entreprises.

Pourquoi avoir choisi de faire deux versions (GNU/Linux et Windows) ? Pourquoi ne pas l’avoir fait uniquement sous GNU/Linux ?

Mon responsable voulait vendre des machines et cela est plus simple sur XP, car les clients ne connaissent pas Ubuntu et GNU/Linux. Il avait déjà fait une expérience à ce sujet par le passé, mais cela n’avait pas donné de bons résultats. Et c’est aussi pour cela que je médiatise notre travail (merci à vous), car la communication est un outil nécessaire aujourd’hui.

Pourquoi Ubuntu ? Pourquoi XP ?

Pour XP, la vente est plus facile, mais le temps et les scripts d’installations plus complexes.

Pour Ubuntu, l’installation est plus simple, car on formate le disque dur, mais la vente est beaucoup plus difficile.

Comment sont gérées les licences Windows XP ? Achat ? Récupération ?

C’est à cause des problèmes de licences que nous mettons pour l’instant des machines sous Ubuntu, car les licences sont celle incluses dans le PC, et nous prenons grand soin à désinstaller les programmes hors XP pour conserver la licence d’origine.

Peux-tu nous en dire plus sur ces scripts d’installation ?

Pour les scripts sous XP vous trouverez en pièce-jointe ci-dessous le manuel d’installation.

Pour Ubuntu j’utilise à l’heure actuelle un fichier « preseed » [4] pour l’installer, puis un script Bash pour installer les programmes annexes, configurer Firefox, le bureau, le dock…

Ces scripts sont-ils librement téléchargeables ? Si oui, peut-on avoir le lien ?

Non pas pour l’instant, car je ne suis pas encore pleinement satisfait de mon travail et je n’ai pas de site pour mettre ces scripts. Je pourrais faire un site ou un blog mais avant d’avoir une grande visibilité, je serai à la retraite, même en tenant compte des prolongations présentes et futures 😉

En revanche, si vous me proposez de mettre ces scripts sur votre site je suis partant et j’en serais ravi. J’aimerai avant que vous fassiez des essais pour mettre quelque chose de vraiment opérationnel et même utilisable par Madame Michu.

Quels sont les retours des utilisateurs ? (sur XP modifié et sur Ubuntu ?)

Nous n’avons pas de retour des utilisateurs, sauf une fois, une personne avait rapporté sa machine, car il n’arrivait pas à lancer certains logiciels et pour cause, le script ne les avaient pas installés. Il y avait un petit bug dans le script. C’était les premières machines livrées avec ce XP modifié.

Maintenant nous n’avons pas de retour, donc cela fonctionne. Lors de la vente de la première machine Ubuntu, j’ai demandé à la cliente de me faire un retour sur l’utilisation de sa machine, mais toujours rien depuis 15 jours. C’est dommage de ne pas avoir de retour, mais c’est dans la logique de l’époque actuelle, les gens ne font rien et sont en permanence en train de zapper d’un loisir à l’autre sans autre but que celui d’oublier leur vie routinière.

Il faudrait que les gens suivent plus souvent la devise des compagnons d’Emmaüs, « Ne pas subir, toujours agir », mais on se retrouve plutôt avec « Métro Boulot Dodo ». On est loin du « Liberté Égalité Fraternité » qui anime mon travail et le logiciel libre.

Quelles sont les perspectives d’avenir pour ce projet ? (ce qui marche, ce qui bloque, etc.)

Les perspectives au niveau développement sont les suivantes :

  • Faire une installation PXE;
  • Faire une version ISO d’Ubuntu et des scripts ainsi que les paquets pour pouvoir faire une installation offline, afin de fournir un DVD à tout le monde car beaucoup de personnes n’ont pas encore Internet;
  • En même temps que cette version ISO, faire la documentation de mise en œuvre de l’installation (remarque : je ne l’ai pas fait car je veux l’effectuer pour une installation indépendante);
  • Faire une version dérivée de la Framakey Ubuntu Remix, personnalisée avec le dock que j’utilise (Pyg de Framasoft m’a dit que cela était faisable, donc à suivre);
  • Associer des artistes musiciens, photographes pour promouvoir leurs œuvres et leurs talents (à l’heure actuelle j’ai mis un lien sur le site de Pat D., qui fait des photos pour Emmaüs et j’ai un projet de diaporama avec elle pour une vente d’objets recyclés et personnalisés à la communauté de Neuilly-Plaisance).

Les perspectives au niveau diffusion sont les suivantes :

  • Avoir une visibilité sur le site Framasoft, cela serait super bien pour faire du buzz 😉
  • Évangéliser l’Emmaüs de Perpignan/Pollestres (je cite ce village car il y a peine 6 mois, je ne savais pas que l’Emmaüs de Perpignan se trouvait dans mon village natal, comme quoi le monde n’est peut-être pas encore libre mais il est petit !). J’emploie ce verbe « Évangéliser » même si je ne suis pas croyant, car cela va être difficile de convaincre le directeur, avec qui j’ai déjà eu un contact téléphonique, de passer sur Ubuntu, car il pense que les clients ne sont pas prêts. Mon but étant qu’il accepte de faire un mini Cyber-Espace avec deux machines en libre service (pour tout le monde ou en fonction de la configuration des lieux en libre service pour les futurs clients), et qu’il mette deux machines Ubuntu toujours en vente;
  • Prendre contact avec les « Ateliers sans frontière », contact fournit par YoBoY;
  • Diffuser les versions XP, et surtout la version Ubuntu sur les Emmaüs de la région parisienne.
  • Diffuser sur les MJC, puisque j’ai des contacts à ce niveau.
  • Puis m’attaquer à la diffusion sur les associations de la ville de Paris.

Comment peux-t-on aider ?

Déjà en me témoignant votre enthousiasme, mais aussi en informant comme ici sur nos actions.

Si vous voulez aller plus loin dans votre soutien, ma dernière idée serait de mettre en réseau les Emmaüs et/ou toutes les associations vendant des machines avec des logiciels libres et/ou ayant mis un place un Cyber-Espace, etc. On pourrait ainsi dessiner une carte de France sur un site web où nous trouverions à chaque fois les contacts, le nombres de machines vendues, celles disponibles, etc. Ce serait utile pour les personnes ou associations désireuses d’avoir des informations, voulant utiliser ces distributions, cherchant une formation, etc.

Quelles sont les personnes qui participent de près ou de loin à ce projet ?

Je ne suis pas tout seul pour faire vivre ce projet, même si pour l’instant je suis le seul à faire du développement (ce n’est pas faute d’avoir essayé d’impliquer des ex-amis pour les sortir de leur mal de vivre) et de faire de la diffusion.

Dans l’ordre d’arrivée et de soutien à ce projet, je tiens à remercier les compagnonnes et les compagnons de route suivants :

  • Laurence A. – Pour m’avoir entrainé malgré elle sur cette route sinueuse, et qui m’épaule quotidiennement;
  • Djebar R. – Pour son implication dans le bénévolat, et son enthousiasme;
  • Olive et Sab – Pour leurs engagements au sein de la communauté Emmaüs Neuilly-Plaisance, et d’être toujours partants pour suivre mes idées les plus folles;
  • José – Pour me mettre à la porte tous les samedi soir de la « Fontaine », et m’éviter ainsi de passer la nuit à l’atelier;
  • Antony 81 – Pour son travail tous les jours, et sa volonté : « Don’t give up my friend »;
  • César Henri – Pour ces connaissances en informatique de pointe, et ses tests de destruction de machines XP 😉
  • Yann D. – Pour son enthousiasme et ses implications futures, quand il aura réussi ces examens 😉
  • Sylvain D. – Pour son support dans le monde nébuleux et pas très libre d’Apple;
  • Ubuntu et plus particulièrement YoboY et Kinouchou – Pour leurs accueils à la dernière Ubuntu-Party;
  • Gérard P. – Pour son soutien inconditionnel à mon travail, pour avoir fait du buzz sur ce travail lors de la dernière Ubuntu-Party et son idée géniale de Cyber-Espace interne au sein des communautés Emmaüs pour montrer « l’EmmaBuntu », comme il souhaite que j’appelle cette distribution 😉
  • Hervé S. – Pour son travail pour une école au Burkina Faso, son soutien et ses conseils techniques, sans oublier ses corrections sur mon catalan;
  • Pat D. – Pour ses photos et son soutien au mouvement ;
  • et vous bien sûr, toute la grande équipe de Framasoft, sans qui ce travail n’aurait pas été possible.

Un dernier mot pour la route (nécessairement longue, mais nécessairement libre) ?

La route est longue cela tout le monde le sait, mais elle est sinueuse et glissante par temps de neige. Ce qui est dommage c’est que si peu de monde s’y engage ne serait-ce que pour un temps. Ils préfèrent souvent tous prendre des autoroutes déjà tracées.

Pour ma part je l’ai prise lorsque j’ai lu phrase d’Albert Einstein (pour rappel : « Dans toute difficulté, il y a une opportunité. »), et j’espère ne plus la quitter.

Merci pour ton engagement en faveur du logiciel libre et pour la réponse à cette interview.

Merci à vous tous pour votre travail, sincèrement sans vous je ne serais pas là où j’en suis. C’est pour cette raison que j’ai choisi un fond d’écran Framasoft (voir ci-dessous) pour mettre en valeur les PC reconditionnés et non pas un fond écran dédié aux causes d’Emmaüs.

Je suis désolé d’avoir donné autant de détails à vos questions, mais ce n’est pas ma faute c’est à cause de mon nom 🙂

Bonnes fêtes de fin d’année à vous tous, en liberté.

Patrick

Emmaüs - Bureau Ubuntu

Notes

[1] Crédit photo : David Dennis (Creative Commons By-Sa)

[2] Qui ne nécessite pas la supervision d’un humain pour cliquer sur « Ok » à tout bout de champs. Un peu à l’image de Framapack.org

[3] Directement depuis le réseau, et sans nécessiter de système d’exploitation sur la machine cible.

[4] Fichier d’instructions pour l’installation.




Les sous-titres faciles d’Universal Subtitles

Universal Subtitles - CC-by-sa

Framatube, comme les lecteurs assidus de ce blog le savent déjà, est une initiative lancée il y a environ deux ans, dans le but de regrouper des vidéos en rapport avec le logiciel libre et sa culture, pour en favoriser la diffusion.

Framatube s’appuie pour cela aujourd’hui sur la plateforme Blip.tv et, pas de mystère, sur le travail de bénévoles chargés de produire des sous-titres lorsque la vidéo est dans une langue étrangère, l’équipe Framalang entrant alors dans la danse [1].

Dans ce dernier cas, le travail nécessaire pour proposer la vidéo sous-titrée va au delà de la simple traduction : il faut préalablement transcrire la bande-son pour la traduire, puis synchroniser les sous-titres obtenus avec la bande-son, incruster les sous-titres et finalement encoder le tout dans un format libre. Cela demande un travail important, qui nécessite une motivation de longue haleine et plus de travail que les habituelles 6 ou 7 heures par traduction d’article publiée sur le Framablog.

D’autant que, les sous-titres étant au final incrustés dans la vidéo, tout ce travail ne peut être réutilisé pour proposer de nouvelles traductions dans d’autres langues.

Pour prendre l’analogie du logiciel, le code source qui pourrait permettre d’améliorer ou de modifier facilement le résultat n’est pas fourni : paradoxal pour un projet Framasoft !

Heureusement, la Participation Culture Foundation (fondation à but non lucratif à laquelle on doit notamment le logiciel de télévision par Internet Miro) développe « Universal Subtitles » un outil en-ligne qui simplifie grandement la tâche.

Ce projet se place sous le parrainage de la Mozilla Foundation, autre fondation à but non lucratif à qui l’on doit le fameux navigateur web Firefox et qui a initié le projet Mozilla Drumbeat pour promouvoir des initiatives comme celle-ci, visant à garder le Web Ouvert.

L’objectif d’Universal Subtitles est pour le moins ambitieux, offrir à chaque vidéo disponible sur le web un support de sous-titrage collaboratif, où chacun puisse participer au sous-titrage dans sa langue d’une vidéo rencontrée sur le web.

La solution retenue est habile puisqu’elle consiste, à partir d’une vidéo préexistante sur le Web :

  1. à proposer des outils permettant de réaliser un sous-titrage de manière communautaire dont les données sont hébergées sur les serveurs du projet,
  2. à générer un simple bout de code mélangeant JavaScript et HTML5 à ajouter sur son site pour afficher un lecteur vidéo personnalisé pour afficher les sous-titres à la volée en surimpression de la vidéo.

Les avantages sont nombreux :

  • en associant la transcription et ses traductions aux vidéos, il devient possible d’indexer, analyser et traduire l’information contenue dans ces vidéos de façon automatique (les vidéos pourront être indexées par les moteurs de recherche aussi finement que les textes);
  • le travail manuel de sous-titrage se trouve facilité et le résultat peut à tout moment être modifié, complété et amélioré par la communauté;
  • tout cela contribuant à généraliser le sous-titrage et la traduction des vidéos, bénéficiant au plus grand nombre d’une part et augmentant d’autant l’accessibilité de ce support de communication. Les personnes atteintes de handicaps visuels ou auditifs pouvant à nouveau (comme aux débuts du web) bénéficier de versions textes lisibles à son rythme ou par un vocalisateur.

Et puis, cela promet de belles batailles concernant les sous-titres communautaires de clips musicaux…

Yostral, l’un des piliers de Framalang, a testé le système et publié un journal sur LinuxFr.org que nous reproduisons ici avec son aimable autorisation :

Je viens de tester le site UniversalSubtitles.org, qui se veut le « Wikipédia des sous-titres ».

Le but est simple : faciliter le sous-titrage dans n’importe-quelle langue de n’importe-quelle vidéo se trouvant sur le web.

Voyant les problèmes que nous avons à Framalang pour être efficace en sous-titrage vidéo, chacun faisant une étape dans son coin, sauf la traduction qui se fait sur wiki, pas adapté à ça, j’ai donc fait un petit test sur une simple vidéo, en français, pour voir les possibilité de travail collaboratif de traduction et de sous-titrage.

La première étape consiste bien sûr à « importer » une vidéo. En fait on travaille directement sur une vidéo déjà en ligne. Donc pas d’upload sur le site, pas de transcodage, rien. Il suffit simplement de donner l’adresse de la vidéo souhaitée. Pour le moment, les format supportés sont Ogg, WebM, FLV et donc les sites Youtube et Blip.TV (Dailymotion et Vimeo sont en cours).

Cette vidéo apparaît ensuite dans leur « Widget » de traduction. Une page je suppose remplie de HTML5 et de javascript, qui offre une interface relativement conviviale, claire et avec des raccourcis clavier. C’est succinct, mais suffisant pour faire ce qu’on lui demande. C’est donc ici que se déroule la première des trois étapes qui mènent au sous-titrage original de la vidéo : taper les sous-titres correspondant à la vidéo. Pour ceux qui ont 42 doigts, pas de soucis, vous laissez filer la vidéo et vous entrez le texte en temps réel… pour les autres, on peut toujours faire des pauses et naviguer avant/arrière tout simplement.

La seconde étape est la synchronisation du texte que vous avez tapé précédemment. Là, la vidéo défile et on doit appuyer sur une touche à chaque fois que l’on veut que le sous-titrage passe à la ligne suivante. Ici, faut être concentré ! Bien sûr, on peut mettre en pause, revenir en arrière, mais le mieux est de faire défiler et synchroniser au fur et à mesure. Faisable, mais pas évident, surtout sur la longueur.

La troisième étape est le peaufinage, où on peut ajuster les sous-titres plus précisément. Si on s’est un peu endormi à l’étape précédente, c’est ici qu’on se réveille.

Au final on nous donne un lien permanent vers la vidéo et ses sous-titres, ainsi qu’un bout de code pour l’intégration dans une page web. La vidéo est toujours la même au même endroit et seuls les sous-titres, qu’on peut se télécharger en .srt, sont sur le site d’UniversalSubtitles.org.

À partir de cette page, on peut rajouter simplement des sous-titres dans d’autres langues, calés sur la VO. Ça veut dire qu’une fois la transcription faite et synchronisée, en anglais ou autre, la traduction en français est vraiment simplifiée : on a juste à la rentrer dans les cases en dessous de chaque ligne de sous-titres de la langue originale. On peut bien sûr la stopper puis la reprendre plus tard. On voit également sur cette page les langues disponibles liées à la vidéo et l’avancement des traductions.

Bref, c’est vraiment du sous-titrage collaboratif. Les outils sont minimalistes mais efficaces. On peut tout ré-éditer, sauvegarder, exporter. Et on peut même uploader un fichier .srt, pour ceux qui ont plus souvent l’occasion de traduire hors ligne plutôt que connectés à Internet.

Comme je l’ai déjà dit, les outils sont, pour le moment en tout cas, assez minimalistes. Par exemple on ne peut pas régler les sous-titres : la police, la couleur, l’emplacement… limitation du HTML5 ou pas encore implanté dans ce programme ? On verra. Mais ça risque de poser parfois des gros problèmes de visibilité des sous-titres. Il m’est arrivé à plusieurs reprises, sur les vidéos qu’on a placées sur Framatube, de devoir rajouter une bande noire en-bas, ou les placer en haut, pour pouvoir lire convenablement les sous-titres pour des raisons de contraste avec le fond, qui peut varier…

Un autre bémol, c’est qu’il faut s’enregistrer : il faut soit un compte Twitter, soit un compte OpenID, soit un compte Google… En fait ça ne crée pas de compte à proprement parler, mais se sert de l’existant, ce qui est vraiment un moindre mal.

En tout cas c’est un bel outil qui va nous rendre bien des services pour nos sous-titrages.

Test fait avec une vidéo de Fred Couchet, de l’April, vidéo hébergée sur Blip.tv : http://universalsubtitles.org/videos/JFyBckvaWyCE/fr/

Notes

[1] Le Framablog de Framasoft, qui publie les travaux des projets Framatube et Framalang, tout cela n’est pas sans rappeler un certain Batman, avec sa Batmobile garée dans sa Batcave… Mais nous nous éloignons déjà du sujet.




Firefox 4, Google Chrome et l’évolution du Web par Chris Blizzard de Mozilla

Keven Law - CC by-saQue les fans de la première heure se rassurent : la version 4 du célèbre navigateur au panda roux – dont la sortie devrait intervenir d’ici la fin de l’année – promet de recoller au peloton !

Au temps pour ceux qui avaient vendu sa peau un peu trop rapidement : le panda[1] nouveau met l’accent sur les performances, à commencer par un nouveau moteur JavaScript qui, une fois optimisé, pourrait même lui permettre de prendre la tête de la course si l’on en croit Chris Blizzard (Director of Web Platform chez Mozilla[2]), dont nous vous proposons ici la traduction de l’interview qu’il a donnée récemment au site derStandard.at (une fois n’est pas coutume, cette traduction a été complétée de références à l’actualité récente avec l’aide de Paul Rouget, Technology Evangelist chez Mozilla).

S’il est difficile de ne pas céder à la mode du benchmarking, on peut toutefois s’interroger sur ce que l’on attend réellement d’un navigateur.

Revenons un instant en arrière : l’irruption de Firefox a permis de réveiller le Web en le libérant de l’hégémonie d’Internet Explorer qui, après avoir éradiqué à peu près toute concurrence sur le marché des navigateurs, n’a plus connu de développement pendant six ans (soit le temps qui sépare la version 6 de la version 7 du navigateur de Microsoft, qui avait même dissout l’équipe de développement dans cet intervalle). Firefox a réussi à propulser le Web vers de nouveaux horizons balisés de standards ouverts propices à l’innovation. Tant et si bien que de redoutables concurrents sont apparus comme Safari d’Apple et surtout Chrome de Google (voir à ce billet du Framablog) et que Microsoft est en train de mettre les bouchées doubles avec son IE 9 pour rattraper son retard.

Faut-il en conclure que Firefox, ayant accompli sa mission, est devenu inutile ?

Il faut en effet reconnaître que le Web ne s’est jamais aussi bien porté qu’aujourd’hui : les concepteurs de navigateurs se battent dorénavant tous pour implémenter les dernières versions des standards ouverts qui sont la base du Web (HTML5, CSS3) quand ils n’en sont tout simplement pas à l’origine. Et pour cela, nous pouvons tous remercier la fondation Mozilla à l’origine de Firefox.

Pourtant, le Web ne se limite pas à des applications riches et jolies devant s’exécuter le plus rapidement possible.

Les grands acteurs du Web, Mozilla mis à part, tirent leurs revenus de l’exploitation de vos données personnelles. La protection de la vie privée devient aujourd’hui un enjeu majeur pour l’utilisateur (qui doit encore en prendre conscience). Mozilla s’apprête à proposer des solutions novatrices dans ce domaine[3]. Qui d’autre que Mozilla, fondation à but non lucratif, a intérêt à rendre aux utilisateurs le contrôle de leurs données personnelles ? Personne. Et ce n’est pas parce que Apple ou Google (et peut-être un jour Facebook) sort un navigateur performant – fût-il libre (Chromium est la version libre de Google Chrome) – que l’utilisateur jouira des mêmes libertés que l’utilisateur de Firefox, navigateur libre développé par une fondation à but non lucratif.

Firefox 4 : Une génération d’avance en termes de vitesse

Firefox 4: One generation ahead of everyone else speedwise

Andreas Proschofsky – 19 août 2010 – derStandard.at
(Traduction Framalang : Don Rico, Siltaar, Goofy et Antistress)

Chris Blizzard de Mozilla nous parle de la concurrence de Google Chrome, de l’évolution du Web comme plateforme et des attentes que suscite le format WebM.

Ces dernières années Firefox a joué le rôle enviable de l’étoile montante dans le monde des navigateurs. Aujourd’hui, non seulement Google Chrome semble lui avoir volé la vedette mais il vient même lui tailler des croupières. Au cours du dernier GUADEC, Andreas Proschofsky a eu l’occasion de côtoyer Chris Blizzard, « Directeur de plateforme Web » chez Mozilla, et il a réalisé l’interview que vous allez lire, évoquant l’état actuel du marché des navigateurs, les progrès du Web comme plateforme et les améliorations qui arrivent avec Firefox 4+.

derStandard.at : Quand nous avons discuté l’année dernière, vous avez noté que, malgré la notoriété grandissante de Google Chrome, la plupart des développeurs présents dans les conférences techniques – comme le GUADEC – utilisent encore Firefox. Si je jette un coup d’œil autour de moi cette année, les choses semblent avoir considérablement changé : bon nombre de ces utilisateurs avant-gardistes semblent être passés à Chrome / Chromium. Est-ce que vous avez un problème sur ce créneau d’utilisateurs spécifique – mais influent ?

Chris Blizzard : En fait je pense que beaucoup de gens utilisent les deux maintenant, mais c’est vrai que c’est intéressant à voir. De mon point de vue de développeur Web je pense toujours que les outils de Firefox sont de loin supérieurs à ceux des autres.

Il est intéressant de noter que nous n’avons pas vu de changements significatifs dans les statistiques utilisateurs, même si Chrome marque des points importants sur ce segment. Il faut préciser que tous ces chiffres que l’on rapporte sont en réalité des statistiques d’usage et non du nombre d’utilisateurs, si bien que cette avant-garde – qui est grosse utilisatrice du Web – influence les statistiques plus que d’autres, ce qui peut faire croire que Chrome est utilisé par davantage de gens qu’en réalité. Nous avons connu le même effet dans les premiers temps de Firefox, à l’époque nous n’en avions pas conscience faute d’outils adéquats pour le mesurer.

Nous avons aussi effectué quelques recherches et découvert qu’un tas de gens semblent choisir leur navigateur suivant des fonctionnalités particulières. Par exemple beaucoup d’utilisateurs préfèrent retrouver leurs sites récemment visités dès l’ouverture de leur navigateur, donc ils utilisent Chrome. S’ils préfèrent démarrer avec une page vierge, ils utilisent plutôt Firefox. Je pense donc que ce que l’on commence à voir, c’est des gens différents qui veulent faire des choses différentes, et qui vont choisir leur navigateur selon leurs préférences. Et nous n’en sommes qu’au début.

Nous savons que nous ne pourrons pas satisfaire les désirs de tous et ce n’est d’ailleurs pas le but de notre organisation. Nous voulons faire en sorte que le Web devienne une plateforme et nous avons plutôt bien réussi sur ce point.

Google se lance maintenant dans un cycle de développement visant à offrir une nouvelle mise à jour stable toutes les six semaines, pour essayer de proposer des innovations plus rapidement aux utilisateurs. Mozilla, de son côté, publie au mieux une nouvelle version par an : cela n’est-il pas handicapant d’un point de vue marketing ?

Cela dépend du rythme que vous voulez adopter. Les gens de Chrome ont une approche un petit peu différente de la nôtre. Il va être intéressant de voir si d’autres utilisateurs que les avant-gardistes seront d’accord pour voir leur navigateur changer tous les mois et demi. Nous préférons prendre davantage de temps pour préparer les gens à des changements d’interface plus importants.

Pour autant nous ne modifions pas toujours le numéro de version pour les gros changements. Citons par exemple l’isolation des plugins que nous avons récemment ajoutée à la série 3.6.x, qui résulte d’un énorme travail et qui a grandement amélioré l’expérience des utilisateurs de Firefox.

À vrai dire, je suis quelque peu sceptique à l’idée d’un cycle de six semaines. Comment peut-on vraiment innover en un laps de temps si court ? Accélérer la cadence est néanmoins dans nos projets, il faut juste que nous trouvions celle qui nous convient.

Un des avantages d’un cycle de publication rapide, c’est que Google peut diffuser très vite des fonctionnalités comme le futur web-store de Chrome. Aimeriez-vous aussi proposer une plateforme de téléchargement d’applications Web chez Mozilla ?

En ce qui me concerne, je pense qu’un app-store pour le Web est une idée intéressante, car en gros cela rend les applications Web plus accessibles et fournit un modèle de monétisation. Mais pour bien faire, il faut tenir compte de nombreux autres paramètres, et c’est là-dessus que nous allons d’abord nous concentrer.

Quels éléments manque-t-il encore pour concevoir un bon web-store ?

Les performances Javascript sont très importantes, mais nous touchons au but, car nous sommes en passe d’obtenir les mêmes performances que les applications exécutées nativement. Vient ensuite le webGL pour les applications en 3D, et nous devons aussi régler la question du stockage de données hors-connexion qui est loin d’être abouti pour le moment. Il faut aussi accorder une grande importance à la sécurité, question sur laquelle nous sommes justement en train de travailler. Par exemple, grâce à la fonctionnalité ForceHTTPS, un site Web pourra dire à un navigateur de ne communiquer avec lui que par données chiffrées, ce qui préviendra certains types d’attaques. Nous nous penchons aussi sur la politique de sécurité des contenus, ce qui sera très utile pour lutter contre une catégorie entière d’attaques type cross-site scripting (NdT : citons par exemple la fonctionnalité X-FRAME récemment introduite contre le clickjacking).

Dans les tests de performances Javascript récents, Firefox semble avoir dégringolé dans le bas du classement, et se place même derrière Internet Explorer 9. N’arrivez-vous plus à suivre ?

Firefox 4 apportera de nombreuses améliorations dans ce domaine-là aussi, mais elles ne sont pas encore intégrées à nos versions de développement. Nous avons constaté que, lorsque notre Tracing-Engine (NdT : moteur basé sur la technologie du tracé) est utilisé, nous sommes plus rapides que tous les autres. Nous ne sommes à la traîne que dans les cas où cette technologie ne peut être exploitée. Nous travaillons donc à améliorer les performances de base de notre moteur JavaScript, qui, combinées à l’optimisation JIT Tracing , nous donneront une génération d’avance sur tout le monde (NdT : Jägermonkey, le résultat de ce travail, vient d’être intégré à la version de développement de Firefox 4).

La vérité c’est que la marge d’amélioration est encore énorme. La génération actuelle des moteurs Javascript a atteint un palier : en pourcentage, les différences que nous constatons entre les différents navigateurs sont infimes. En outre, les tests de performance ne sont plus d’une grande utilité, car, pour la plupart, ces chiffres ne sont plus influencés par les performances Javascript réelles. Voici un exemple des conséquences négatives des tests de performance : nous avons dû fournir des efforts particuliers sur l’optimisation du calcul de décalage horaire car cela influe négativement certains tests de performance, mais ça n’améliore pas réellement les performances Javascript. Sunspider est affecté par ces problèmes et V8 contient aussi du code bancal, il est donc difficile de trouver de bons tests de performance (NdT : Mozilla vient de lancer Kraken, un test censé mesurer les performances JavaScript en situation réelle).

Firefox 4 va utiliser l’accélération matérielle grâce à Direct2D et à DirectWrite sous Windows. Des fonctionnalités similaires sont-elles prévues pour Linux et Mac OS X ?

Dans la limite des outils qui sont disponibles, oui. Nous essayons de procurer aux utilisateurs la meilleure expérience possible sur chaque plateforme. Pour Windows Vista et 7 nous constatons d’immenses améliorations lorsque le navigateur doit réaliser des tâches graphiques intensives. Sur OS X, par exemple, nous prenons en charge l’OpenGL pour la composition d’images, et nous faisons de même sous Linux. Mais en général les API dont nous disposons sous Windows sont meilleures et plus riches que sur les autres plateformes. Sous Linux, Cairo et Pixman étaient censées être rapides, mais hélas l’infrastructure sur lesquelles elles reposent n’a jamais vraiment atteint la vélocité désirée. Sur OS X, Firefox est assez rapide, mais pour l’instant Direct2D confère l’avantage à la version Windows (NdT : plus d’informations sur cet article de Paul Rouget).

L’isolation des plugins devait n’être que la première étape d’un Firefox multi-processus, avec un processus séparé pour chaque onglet. C’est un des gros morceaux du cahier des charges de Firefox 4. C’est toujours prévu ?

Bien sûr, mais pas pour Firefox 4. Ce sera sans doute disponible pour la version mobile avant la version desktop. C’est intéressant de constater que c’est plus facile sur cette plateforme.

Il y a peu, vous avez endossé le rôle de « Directeur de plateforme Web » chez Mozilla. En quoi cela affecte-il vos responsabilités quotidiennes ?

Auparavant, je me chargeais essentiellement de diriger les groupes d’évangélisation et de communication, mais j’ai fini par travailler de plus en plus sur les questions de plateforme Web – réfléchir à l’avenir du Web, discuter régulièrement avec les autres concepteurs de navigateurs. Tout cela a pris une telle importance que j’ai décidé de m’y consacrer à plein temps.

Par exemple, je viens de participer à une réunion de l’IETF, où nous avons eu des discussions très riches sur le http, les websockets, et aussi sur les codecs. Ils sont en train de mettre au point un codec audio de nouvelle génération pour les communications en temps réel et s’appuient sur l’IETF pour les spécifications. En gros, c’est une combinaison de techniques existantes, et l’accent est mis sur une latence très basse, un domaine où le Vorbis ou le MP3 sont mauvais. Ce travail s’effectue en collaboration avec Skype.

Une des grosses annonces de ces derniers mois concernait la création du WebM comme nouveau format vidéo ouvert basé sur le VP8 et Vorbis. Pensez-vous que ses chances de réussites soient meilleures que celles de Theora ?

Oui, pour des raisons de qualité. Quelques explications : il est bon de savoir que lorsqu’on utilise le H.264, on doit en gros choisir un des trois profils que propose ce codec. En général, les sites vidéos doivent offrir la version basique car c’est la seule prise en compte par l’iPhone, notamment dans ses anciennes versions qui sont utilisées par des dizaines de millions de personnes. Donc, si l’on compare les formats vidéo, il faut comparer le VP8 au H.264 « basique », et ce n’est pas qu’une manœuvre réthorique, c’est la réalité pour tous les services. J’ai discuté avec les gens de YouTube, par exemple : ils ont essayé d’utiliser un autre profil du H.264, mais ils ont dû revenir au « basique » à cause du manque de prise en charge. Sur cette base, la question de la qualité n’a plus lieu d’être, et le VP8 est tout à fait compétitif.

Si l’on parle de l’implémentation de la balise vidéo HTML5, il faut aussi prendre en compte l’évolution du marché. Si l’on envisage un monde où la vidéo HTML5 est répandue dans la majorité des navigateurs – par-là je pense à une proportion de 80%, ce qui devrait être le cas d’ici deux ans –, il faut compter avec les tendances et les changements dans les parts de marché des systèmes d’exploitation. On se rend alors compte qu’on se retrouve avec un marché segmenté. Ceux qui voudront diffuser de la vidéo devront prendre en charge à la fois H.264 et WebM. Sur le long terme, je suis certain que les codecs libres sont en meilleure posture, surtout si l’on prend en considération les tendances à venir comme les communications en temps réel ou les plateformes mobiles, où WebM est très performant – ou va l’être grâce à des partenariats avec des constructeurs de matériel.


Firefox 4 va permettre de construire des extensions « poids plume » sous forme de Jetpacks. Quand vont-ils remplacer la génération actuelle d’extensions ?

Les Jetpacks ne sont pas conçus pour remplacer les extensions XUL. Firefox est une plateforme que l’on peut étoffer à l’envi grâce à une large palette d’interfaces. On peut aussi modifier beaucoup de choses dans les paramètres mêmes de Firefox, ce qu’aucun autre navigateur ne permet. Comme projet, c’est extraordinaire : une grand part de nos innovations sont arrivées par les extensions avant d’intégrer directement le navigateur.

Pour nous, les Jetpacks sont grosso modo un équivalent des extensions pour Chrome, qui offrent beaucoup moins de possibilités que nos extensions XUL classiques. Ils seront néanmoins beaucoup plus faciles à réaliser. Nous allons fournir un éditeur en ligne qui facilitera leur développement. Ces Jetpacks seront aussi plus faciles à tester, et l’on pourra les installer sans avoir à redémarrer le navigateur. Ce qui est d’ailleurs déjà possible avec certaines extensions XUL dans Firefox 4, à condition que cela soit signalé et que l’extensions soit codée avec soin.

Notes

[1] Crédit photo : Keven Law (Creative Commons By-Sa)

[2] Chris Blizzard a déjà fait l’objet d’une traduction sur le Framablog : De l’honnêteté intellectuelle et du HTML5.

[3] Lire à ce propos Comment Firefox peut améliorer le respect de la vie privée en ligne, privacy-related changes coming to CSS :visited et Account Manager coming to Firefox.




Imagine there is no copyright – Traducthon 2.0 – RMLL 2010

Imagine there is no CopyrightLors de la dernière Ubuntu Party à Paris, les framalinguistes ont lancé avec succès le premier « Traducthon ». Ce coup d’essai réussi ne pouvant rester orphelin, Framalang relève son propre gant. La deuxième édition du Traducthon (ou Traducthon 2.0) aura donc lieu du 6 au 9 juillet prochain à Bordeaux au cours des fameuses et célèbres Rencontres Mondiales du Logiciel Libre[1].

L’ambition est cette fois plus grande. La gourmandise des framalinguistes n’ayant pas de limite, nous ne pouvions donc nous limiter à un article. 4 jours d’intenses traductions, relectures, reformulations, mise en page, bières s’offrent à nous. Le texte sélectionné se devait donc d’être à la hauteur.

Le choix de Framalang s’est porté sur un livre au cœur de l’actualité : Imagine there is no copyright and no cultural conglomerates too / An essay (ce qui donne en français et en chantonnant du John Lennon : Imaginez qu’il n’y ait ni droit d’auteur ni industrie culturelle / un essai).

Ce document des néerlandais Joost Smiers et Marieke Van Schijndel analyse dans le détail les raisons du déclin du droit d’auteurs tel qu’il a été conçu à une époque d’avant l’immatériel, et pourquoi il ne peut survivre à l’univers numérique dont la présence est croissante dans nos vies quotidiennes. Cet essai propose par ailleurs un certain nombre de pistes, permettant de transformer le marché hyper-dominé de l’industrie culturelle en marché de micro-entrepreneurs de cette même culture, permettant une ouverture maximale du marché, en libérant les créateurs et en leur permettant de se rapprocher de leur public.

When a limited number of conglomerates control our common area of cultural communication to a substantial degree, then that undermines democracy. The freedom to communicate for everyone and everyone’s right to participate in his or her society’s cultural life, as promised in the Universal Declaration of Human Rights, can become diluted to the unique right of a few heads of companies and investors and the ideological and economic agendas to which they work.

Ce qui pourrait se traduire par :

Lorsqu’un nombre réduit de groupes industriels contrôle à un certain point notre univers commun de communication culturelle, il sape alors la démocratie. La liberté de chacun de communiquer et le droit de chacun de participer à la vie culturelle de sa propre société, tels que promis par la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, peuvent se trouver dilués dans le droit unique de quelques dirigeants d’entreprises ou de quelques investisseurs, et dans les priorités idéologiques et économiques pour lesquelles ils travaillent.

Tous ceux qui le souhaitent peuvent participer à cette aventure avec nous. La traduction aura lieu sur le Pad de Framasoft. L’exercice de la traduction nécessite des compétences aussi variées que la maîtrise de l’anglais, la capacité de reformulation ou celle d’assurer la cohérence du style, une relecture attentive, mais surtout une grande ouverture d’esprit.

Toutes les bonnes volontés sont donc les bienvenues, sur place ou à distance. Et, as usual, dans la joie et dans la bonne humeur 😉

Notes

[1] Le week-end (10 et 11 juillet), les RMLL auront lieu en centre ville, et ne nous permettront pas de poursuivre la traduction en direct.