Le transit, c’est important 🙂

Non, nous n’allons vous parler de fibres (quoique). C’est du transit d’Internet que nous allons parler. Ou plutĂŽt, nous allons laisser StĂ©phane Bortzmeyer en parler.

Son article nous a sĂ©duits, aussi bien par la thĂ©matique abordĂ©e (on ne se refait pas, quand les GAFAM menacent l’avenir d’Internet, on aime bien que ce soit dit 😃) que par son aspect didactique, truffĂ© d’hyperliens permettant Ă  tout un chacun de le comprendre. Nous le reproduisons ici, avec son aimable permission et celle de la licence (libre, bien sĂ»r) de l’article, la GFDL et avec quelques photos en plus (dont un chaton, je viens de dire qu’on ne se refaisait pas 😁).

Stéphane Bortzmeyer est bien connu du milieu technique pour ses articles sur les RFC (Request For Comments) et autres articles techniques plutÎt que pour des textes à destination de la famille Dupuis-Morizeau mais ses fiches de lecture pourraient bien les intéresser.

Carte de l’Internet : vous ĂȘtes ici.

Le transit Internet est-il vraiment mort ?

À la rĂ©union APRICOT / APNIC du 20 fĂ©vrier au 2 mars, Ă  HĂŽ-Chi-Minh-Ville, Geoff Huston a fait un exposĂ© remarquĂ©, au titre provocateur, « The death of transit ». A-t-il raison de prĂ©dire la fin du transit Internet ? Et pourquoi est-ce une question importante ?

Deux petits mots de terminologie, d’abord, s’inscrivant dans l’histoire. L’Internet avait Ă©tĂ© conçu comme un rĂ©seau connectant des acteurs relativement Ă©gaux (par exemple, des universitĂ©s), via une Ă©pine dorsale partagĂ©e (comme NSFnet). Avec le temps, plusieurs de ces Ă©pines dorsales sont apparues, l’accĂšs depuis la maison, l’association ou la petite entreprise est devenu plus frĂ©quent, et un modĂšle de sĂ©paration entre les FAI et les transitaires est apparu. Dans ce modĂšle, le client se connecte Ă  un FAI. Mais comment est-ce que les FAI se connectent entre eux, pour que Alice puisse Ă©changer avec Bob, bien qu’ils soient clients de FAI diffĂ©rents ? Il y a deux solutions, le peering et le transit. Le premier est l’Ă©change de trafic (en gĂ©nĂ©ral gratuitement et informellement) entre des pairs (donc plus ou moins de taille comparable), le second est l’achat de connectivitĂ© IP, depuis un FAI vers un transitaire. Ces transitaires forment donc (ou formaient) l’Ă©pine dorsale de l’Internet. Le modĂšle de l’Internet a Ă©tĂ© un immense succĂšs, au grand dam des opĂ©rateurs tĂ©lĂ©phoniques traditionnels et des experts officiels qui avaient toujours proclamĂ© que cela ne marcherait jamais.

Mais une autre Ă©volution s’est produite. Les utilisateurs ne se connectent pas Ă  l’Internet pour le plaisir de faire des ping et des traceroute, ils veulent communiquer, donc Ă©changer (des textes, des images, des vidĂ©os
). À l’origine, l’idĂ©e Ă©tait que l’Ă©change se ferait directement entre les utilisateurs, ou sinon entre des serveurs proches des utilisateurs (ceux de leur rĂ©seau local). Le trafic serait donc Ă  peu prĂšs symĂ©trique, dans un Ă©change pair-Ă -pair. Mais les choses ne se passent pas toujours comme ça. Aujourd’hui, il est de plus en plus frĂ©quent que les communications entre utilisateurs soient mĂ©diĂ©es (oui, ce verbe est dans le Wiktionnaire) par des grands opĂ©rateurs qui ne sont pas des opĂ©rateurs de tĂ©lĂ©communication, pas des transitaires, mais des « plates-formes » comme les GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon). La communication entre utilisateurs n’est plus pair-Ă -pair mais passe par un intermĂ©diaire. (On peut parler d’un Minitel 2.0.)

Non, on n’a pas trop envie d’un Internet Ă  la Minitel 2.0

Bon, mais quel rapport avec l’avenir de l’Internet ? Mes lect·eur·rice·s sont trĂšs cultivé·e·s et savent bien que le Web, ce n’est pas l’Internet, et que le fait que deux utilisateurs de Gmail passent par Gmail pour communiquer alors qu’ils sont Ă  100 mĂštres l’un de l’autre n’est pas une propriĂ©tĂ© de l’Internet. (Les ministres et la plupart des journalistes n’ont pas encore compris cela, mais ça viendra). L’Internet continue Ă  fonctionner comme avant et on peut toujours faire du BitTorrent, et se connecter en SSH avec un Raspberry Pi situĂ© Ă  l’autre bout de la planĂšte (notez qu’il s’agit de l’Internet en gĂ©nĂ©ral : dans la quasi-totalitĂ© des aĂ©roports et des hĂŽtels, de nombreux protocoles sont interdits. Et ces malhonnĂȘtes osent prĂ©tendre qu’ils fournissent un « accĂšs Internet »).

C’est lĂ  qu’on en arrive Ă  l’exposĂ© de Huston. Il note d’abord que les sites Web qui ne sont pas dĂ©jĂ  chez un GAFA sont souvent hĂ©bergĂ©s sur un CDN [un rĂ©seau de diffusion de contenu, Note du Framablog]. Ensuite, il fait remarquer que les GAFA, comme les CDN, bĂątissent de plus en plus leur propre interconnexion. À ses dĂ©buts, Google Ă©tait une entreprise comme une autre, qui achetait sa connectivitĂ© Internet Ă  un fournisseur. Aujourd’hui, Google pose ses propres fibres optiques (ou achĂšte des lambdas) et peere avec les FAI : encore un peu et Google n’aura plus besoin de transit du tout. Si tous les GAFA et tous les CDN en font autant (et la plupart sont dĂ©jĂ  bien engagĂ©s dans cette voie), que deviendra le transit ? Qui pourra encore gagner sa vie en en vendant ? Et si le transit disparaĂźt, l’architecture de l’Internet aura bien Ă©tĂ© modifiĂ©e, par l’action de la minitĂ©lisation du Web. (Je rĂ©sume beaucoup, je vous invite Ă  lire l’exposĂ© de Huston vous-mĂȘme.)

Notez que Huston n’est pas le premier Ă  pointer du doigt cette Ă©volution. Plusieurs articles moins flamboyants l’avaient dĂ©jĂ  fait, comme les dĂ©jĂ  anciens « The flattening internet topology: natural evolution, unsightly barnacles or contrived collapse? » ou « Internet Inter-Domain Traffic ». Mais Huston rĂ©ussit toujours mieux Ă  capter l’attention et Ă  rĂ©sumer de maniĂšre percutante un problĂšme complexe.

Alors, si Huston a raison, quelles seront les consĂ©quences de la disparition du transit ? Huston note qu’une telle disparition pourrait rendre inutile le systĂšme d’adressage mondial (dĂ©jĂ  trĂšs mal en point avec l’Ă©puisement des adresses IPv4 et la prĂ©valence du NAT), voire le systĂšme de nommage mondial que fournit le DNS. Le pair-Ă -pair, dĂ©jĂ  diabolisĂ© sur ordre de l’industrie du divertissement, pourrait devenir trĂšs difficile, voire impossible. Aujourd’hui, mĂȘme si 95 % des utilisateurs ne se servaient que des GAFA, rien n’empĂȘche les autres de faire ce qu’ils veulent en pair-Ă -pair. Demain, est-ce que ce sera toujours le cas ?

Mais est-ce que Huston a raison de prĂ©dire la mort du transit ? D’abord, je prĂ©cise que je suis de ceux qui ne croient pas Ă  la fatalité : ce sont les humains qui façonnent l’histoire et les choses peuvent changer. DĂ©crire la rĂ©alitĂ©, c’est bien, mais il faut toujours se rappeler que c’est nous qui la faisons, cette rĂ©alitĂ©, et que nous pouvons changer. Essayons de voir si les choses ont dĂ©jĂ  changĂ©. Huston aime bien provoquer, pour rĂ©veiller son auditoire. Mais il faut bien distinguer l’apparence et la rĂ©alitĂ©.

Les observateurs lĂ©gers croient que tout l’Internet est Ă  leur image. Comme eux-mĂȘmes ne se servent que de Gmail et de Facebook, ils expliquent gravement en passant Ă  la tĂ©lĂ© que l’Internet, c’est Google et Facebook. Mais c’est loin d’ĂȘtre la totalitĂ© des usages. Des tas d’autres usages sont prĂ©sents, par exemple dans l’Ă©change de donnĂ©es entre entreprises (y compris via d’innombrables types de VPN qui transportent leurs donnĂ©es
 sur Internet), les SCADA, BitTorrent, la recherche scientifique et ses pĂ©taoctets de donnĂ©es, les rĂ©seaux spĂ©cialisĂ©s comme LoRa, les chaĂźnes de blocs, et ces usages ne passent pas par les GAFA.

Peut-on quantifier ces usages, pour dire par exemple, qu’ils sont « minoritaires » ou bien « un dĂ©tail » ? Ce n’est pas facile car il faudrait se mettre d’accord sur une mĂ©trique. Si on prend le nombre d’octets, c’est Ă©videmment la vidĂ©o qui domine et, Ă  cause du poids de YouTube, on peut arriver Ă  la conclusion que seuls les GAFA comptent. Mais d’autres critĂšres sont possibles, quoique plus difficiles Ă  Ă©valuer (le poids financier, par exemple : un message d’une entreprise Ă  une autre pour un contrat de centaines de milliers d’euros pĂšse moins d’octets qu’une vidĂ©o de chat, mais reprĂ©sente bien plus d’argent ; ou bien le critĂšre de l’utilitĂ© sociale). Bref, les opĂ©rateurs de transit sont loin d’ĂȘtre inutiles. L’Internet n’est pas encore rĂ©duit Ă  un Minitel (ou Ă  une tĂ©lĂ©vision, l’exemple que prend Huston qui, en bon australien, ne connaĂźt pas ce fleuron de la technologie française.)

La photo d’un chaton est-elle plus utile socialement qu’un contrat de plusieurs milliers d’euros ? Vous avez deux heures.

Merci Ă  Antoine Fressancourt, JĂ©rĂŽme Nicolle, Pierre Beyssac, RaphaĂ«l Maunier, Olivier Perret, ClĂ©ment Cavadore et Radu-Adrian Feurdean pour leurs remarques intĂ©ressantes. Aucune de ces conversations avec eux n’est passĂ©e par un GAFA.

Cet article est distribué sous les termes de la licence GFDL

Stéphane Bortzmeyer

Crédits :




Les Gitlab Pages dĂ©barquent dans Framagit !

La crĂ©ation d’un site web depuis votre compte Framagit est beaucoup plus souple, et c’est une belle victoire pour le libre !

Attention : ce billet comporte des Ă©lĂ©ments techniques
 Si vous avez un compte Framagit et/ou si vous vous intĂ©ressez Ă  la crĂ©ation d’un site web statique depuis un dĂ©pĂŽt Git, il est fait pour vous ! Si vous n’avez pas tout compris Ă  cette phrase, la suite va vous paraĂźtre dĂ©licieusement absurde :p !
NB : l’Ă©dition communautaire de Gitlab est la version libre de la forge logicielle Gitlab, qui existe aussi en version non-libre, appelĂ©e version entreprise. Bien Ă©videmment, nous utilisons la version libre pour fournir le service Framagit 🙂

Qu’est‐ce que GitLab Pages ?

À l’instar des pages Github, les pages GitLab permettent Ă  toute personne possĂ©dant un dĂ©pĂŽt sur une instance de GitLab de crĂ©er un site Web via un gĂ©nĂ©rateur de site statique (Jekyll, Middleman, Hexo, Hugo, Pelican
) et de l’hĂ©berger sur l’infrastructure dudit GitLab.

La compilation du site est effectuĂ©e lors du push vers le dĂ©pĂŽt GitLab, via le systĂšme d’intĂ©gration continue de GitLab, puis le rĂ©sultat est publiĂ© Ă  l’endroit idoine pour ĂȘtre accessible via le Web. Il est possible d’utiliser un nom de domaine personnel (il n’est pas obligatoire d’utiliser une adresse du style https://username.gitlab.io), ainsi qu’un certificat personnel.

Et ça sert ?

Oui !

Les pages GitHub sont trĂšs souvent utilisĂ©es par les dĂ©veloppeurs pour fournir une page de prĂ©sentation de leurs projets, mĂȘme les plus gros : Ruby on Rails, Django, React


Les pages GitLab sont donc susceptibles d’ĂȘtre tout autant utilisĂ©es que les pages GitHub. La demande est lĂ .

Mais on avait pas déjà un truc comme ça ?

Tout Ă  fait ! J’avais crĂ©Ă© Fs Pages pour fournir un service similaire mais plus limitĂ© que les Gitlab Pages car Gitlab ne souhaitait pas les intĂ©grer Ă  leur Ă©dition communautaire.

Il Ă©tait possible de publier un site statique via Fs Pages mais la gĂ©nĂ©ration du site devait se faire avant de pousser le code : point de gĂ©nĂ©ration automatique. De plus, il n’Ă©tait pas possible d’utiliser un nom de domaine personnel. Votre site statique rĂ©pondait uniquement via l’adresse https://votre_utilisateur.frama.io.

Le long chemin de la libération

Nous n’allons pas refaire l’historique complet de la libĂ©ration des Gitlab Pages, surtout que celui-ci est disponible sur LinuxFr. Mais un petit rĂ©sumĂ© succinct ne fera pas de mal.

Tout a commencĂ© par un tweet de votre serviteur demandant Ă  Gitlab s’il Ă©tait envisageable d’avoir les Gitlab Pages dans l’Ă©dition communautaire de Gitlab (pas la peine de chercher les tweets en question, j’ai fermĂ© mon compte twitter). Gitlab a ouvert un ticket pour discuter de cela.

Gitlab a exposé au fil du temps trois arguments :

  • seules les fonctionnalitĂ©s utiles aux instances de moins de 100 utilisateurs peuvent aller dans l’Ă©dition communautaire (et pour eux, cela n’Ă©tait pas le cas de Gitlab Pages)
  • https://gitlab.com, qui utilise la version entreprise — donc avec les Gitlab Pages — est libre d’utilisation pour tout un chacun, et contrairement Ă  Github, les dĂ©pĂŽts privĂ©s sont gratuits
  • les Gitlab Pages sont une fonctionnalitĂ© qui ajoute une rĂ©elle plus-value Ă  l’Ă©dition entreprise : comment vendre leur produit si une des fonctionnalitĂ©s majeures est dĂ©jĂ  dans l’Ă©dition communautaire ?

Il est Ă  noter que Gitlab nous a proposĂ© d’utiliser la version entreprise avec un rabais, ce qui est tout Ă  leur honneur, mais comme nous ne souhaitons utiliser que du logiciel libre, nous avons dĂ©clinĂ© (Ă©videmment 😀)

La communautĂ© a fait valoir que Gitlab Pages n’intĂ©ressait pas que les grandes instances, qu’utiliser https://gitlab.com ou Github revenait au mĂȘme puisque cela Ă©quivaut Ă  utiliser du logiciel propriĂ©taire, proposa un financement participatif pour financer la libĂ©ration et enfin avança que les Gitlab Pages feraient une bonne publicitĂ© Ă  Gitlab, les dĂ©veloppeurs utilisant de plus en plus frĂ©quemment ce genre de solution pour hĂ©berger leurs sites ou leurs blogs. Et mĂȘme si j’ai horreur de cet argument de notoriĂ©tĂ©, force m’est d’avouer qu’il a su faire mouche (ainsi que les plus de 100 « 👍 » du ticket) : la libĂ©ration fut annoncĂ©e peu de temps aprĂšs celui-ci !

En tout, la discussion a duré prÚs de onze mois. Les échanges furent cordiaux et la communauté, opiniùtre, a su faire valoir ses arguments.

Bref, une bien belle victoire pour le libre qui voit lĂ  un logiciel apprĂ©ciĂ© se doter d’une nouvelle fonctionnalitĂ© trĂšs attendue !

Bon, et maintenant ?

Depuis la mise Ă  jour de Framagit du 2 mars dernier, toute personne possĂ©dant un dĂ©pĂŽt sur Framagit peut, via les Gitlab Pages, crĂ©er et hĂ©berger un site sur notre infrastructure, que ce soit en sous-domaine de frama.io (comme moi 😊) ou avec un domaine privĂ© (auquel cas il faudra faire pointer un enregistrement DNS vers les IPs de frama.io : 144.76.206.44 et 2a01:4f8:200:1302::44 ou crĂ©er un enregistrement DNS de type CNAME vers frama.io.), avec ou sans certificat.

La documentation de Gitlab sur l’utilisation des Gitlab Pages (en anglais) est trĂšs complĂšte et propose mĂȘme un grand nombre de modĂšles sur lesquels vous baser. D’Hugo Ă  Pelican en passant par des pages statiques dĂ©veloppĂ©es Ă  la main, il y en a pour tous les goĂ»ts !

Il n’y a que deux ombres au tableau :

  • l’utilisation de certificats Let’s Encrypt n’est pas aisĂ©e mais un ticket est ouvert chez Gitlab pour intĂ©grer directement Let’s Encrypt aux Gitlab Pages
  • il n’y a pas de redirection automatique vers la version sĂ©curisĂ©e (https) de votre site, quand bien mĂȘme vous fourniriez un certificat ou que vous utilisiez un sous-domaine de frama.io (ce qui vous fournit automatiquement une version https de votre site grĂące Ă  notre achat d’un certificat wildcard (certificat valant pour le domaine et tous ses sous-domaines)). Un ticket est cependant ouvert chez Gitlab Ă  ce sujet. En attendant, pour rediriger vos visiteurs vers la version https de votre site, vous pouvez nĂ©anmoins inclure ce petit bout de JavaScript dans vos pages :
    <script>
    var loc = window.location.href+'';
    if (loc.indexOf('http://')==0){
        window.location.href = loc.replace('http://','https://');
    }
    </script>

Le framablog n’Ă©tant pas un blog technique, nous ne Ă©tendrons pas plus sur les ficelles de Gitlab Pages : on va laisser ça pour notre site dĂ©diĂ© Ă  la documentation de nos services.

Au 20 mars, nous sommes dĂ©jĂ  31 (oui, bon, ok, sur 7 560 utilisateurs, ça fait peu) Ă  avoir commencĂ© Ă  bidouiller sur les Gitlab Pages de Framagit (contre 53 quand nous proposions FsPages). Continuez comme ça ! 🙂

Crédits image :




Le « gouvernement ouvert Â» Ă  la française : un leurre ?

Alors que la France s’apprĂȘte Ă  accueillir le Sommet mondial du Partenariat pour un Gouvernement Ouvert, plusieurs associations pointent les contradictions du gouvernement. Certaines ne s’y rendront pas.

Bilan du gouvernement ouvert Ă  la française (9 pages), co-signĂ© par les associations et collectifs suivants : April, BLOOM, DemocracyOS France, Fais ta loi, Framasoft, La Quadrature du Net, Ligue des Droits de l’Homme, Regards Citoyens, RĂ©publique citoyenne, SavoirsCom1.

DerriĂšre un apparent « dialogue avec la sociĂ©tĂ© civile », la France est loin d’ĂȘtre une dĂ©mocratie exemplaire

Le « gouvernement ouvert » est une nouvelle maniĂšre de collaborer entre les acteurs publics et la sociĂ©tĂ© civile, pour trouver des solutions conjointes aux grands dĂ©fis auxquels les dĂ©mocraties font face : les droits humains, la prĂ©servation de l’environnement, la lutte contre la corruption, l’accĂšs pour tous Ă  la connaissance, etc.

Soixante-dix pays se sont engagĂ©s dans cette dĂ©marche en adhĂ©rant au Partenariat pour un Gouvernement Ouvert (PGO), qui exige de chaque État la conception et la mise en Ɠuvre d’un Plan d’action national, en collaboration Ă©troite avec la sociĂ©tĂ© civile.

La France a adhĂ©rĂ© au Partenariat pour un Gouvernement Ouvert en avril 2014, et publiĂ© son premier Plan d’action national en juillet 2015. Depuis octobre 2016, le gouvernement français co-prĂ©side le PGO, avec l’association amĂ©ricaine WRI (World Resource Institute) et la France accueille le Sommet mondial du PGO Ă  Paris, du 7 au 9 dĂ©cembre 2016, prĂ©sentĂ© comme la « COP 21 de la dĂ©mocratie ».

En tant que « pays des droits de l’Homme », nation co-prĂ©sidente et hĂŽte du Sommet mondial du PGO, on pourrait attendre de la France qu’elle donne l’exemple en matiĂšre de gouvernement ouvert.

HĂ©las, Ă  ce jour, les actes n’ont pas Ă©tĂ© Ă  la hauteur des annonces, y compris dans les trois domaines que la France elle-mĂȘme considĂšre prioritaires (1. Climat et dĂ©veloppement durable ; 2. Transparence, intĂ©gritĂ© et lutte contre la corruption ; 3. Construction de biens communs numĂ©riques) et ce, malgrĂ© l’autosatisfaction affichĂ©e du gouvernement. Pire, certaines dĂ©cisions et pratiques, Ă  rebours du progrĂšs dĂ©mocratique promu par le Partenariat pour un gouvernement ouvert, font rĂ©gresser la France et la conduisent sur un chemin dangereux.

Les associations signataires de ce communiquĂ© dressent un bilan critique et demandent au gouvernement et aux parlementaires de revoir certains choix qui s’avĂšrent radicalement incompatibles avec l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et l’esprit du PGO, et de mettre enfin en cohĂ©rence leurs paroles et leurs actes.

Lire le bilan complet (9 pages).

Les co-signataires

L’April est la principale association de promotion et de dĂ©fense du logiciel libre dans l’espace francophone. La mobilisation de ses bĂ©nĂ©voles et de son Ă©quipe de permanents lui permet de mener des actions nombreuses et variĂ©es en faveur des libertĂ©s informatiques.

BLOOM, FondĂ©e en 2005 par Claire Nouvian, BLOOM est entiĂšrement dĂ©vouĂ©e aux ocĂ©ans et Ă  ceux qui en vivent. Sa mission est d’Ɠuvrer pour le bien commun en mettant en Ɠuvre un pacte durable entre l’homme et la mer.

DemocracyOS France est une association qui promeut l’usage d’une plateforme web open source permettant de prendre des dĂ©cisions de maniĂšre transparente et collective.

Fais Ta Loi est un collectif qui a pour but d’aider les publics les plus Ă©loignĂ©s du dĂ©bat dĂ©mocratique Ă  faire entendre leur voix au Parlement.

Framasoft est un réseau dédié à la promotion du « libre » en général et du logiciel libre en particulier.

Ligue des Droits de l’Homme : agit pour la dĂ©fense des droits et libertĂ©s, de toutes et de tous. Elle s’intĂ©resse Ă  la citoyennetĂ© sociale et propose des mesures pour une dĂ©mocratie forte et vivante, en France et en Europe.

La Quadrature du Net : La Quadrature du Net est une association de défense des droits et libertés des citoyens sur Internet.

Regards Citoyens est un collectif transpartisan nĂ© en 2009 qui promeut la transparence dĂ©mocratique et l’ouverture des donnĂ©es publiques pour alimenter le dĂ©bat politique. Il est a l’initiative d’une douzaine d’initiatives dont NosDeputĂ©s.fr et LaFabriqueDeLaLoi.fr.

RĂ©publique citoyenne est une association, crĂ©Ă©e en 2013, qui a pour but de stimuler l’esprit critique des citoyens sur les questions dĂ©mocratiques et notamment sur le gouvernement ouvert.

SavoirsCom1 est un collectif dédié à la défense de politiques publiques en faveur des Communs de la connaissance.

 

Crédit image : Marie-Lan Nguyen (CC BY 2.0)




10 trucs que j’ignorais sur Internet et mon ordi (avant de m’y intĂ©resser…)

Disclaimer : Cet article est sous licence CC-0 car les petits bouts de savoir qu’il contient sont autant d’armes d’auto-dĂ©fense numĂ©rique qu’il faut diffuser. En gros, j’espĂšre vraiment que certains d’entre vous en feront un top youtube, une buzzfeederie, une BD, un truc que j’ai mĂȘme pas encore imaginĂ©, ce que vous voulez… Mais que vous ferez passer les messages.

1) Tu ne consultes pas une page Internet, tu la copies

Toute ressemblance avec les métaphores de Terry Pratchett n'est que pure admiration de ma part ;)
Toute ressemblance avec les mĂ©taphores de Terry Pratchett n’est que pure admiration de ma part ;)

Un site web, c’est pas une espĂšce de journal qu’on aurait mis dans le pays magique d’internet pour que ton navigateur aille le consulter comme tu consulterais le quotidien de ton jour de naissance Ă  la mĂ©diathĂšque du coin.

Pour voir une page web, ton navigateur la copie sur ton ordi. Les textes, les images, les sons : tout ce que tu vois ou entends sur ton écran a été copié sur ton ordinateur (vilain pirate !)

Un ordinateur est un photocopieur dont la trieuse serait une mĂ©ga fourmiliĂšre qui peut faire plein de trucs. La bonne nouvelle, c’est que copier permet de multiplier, que ça ne vole rien Ă  personne, parce que si je te copie un fichier tu l’as toujours.

2) Mon navigateur web ne cuisine pas la mĂȘme page web que le tien.

SĂ©rieux, imagine qu’une page web, c’est une recette de cuisine :

Mettez un titre en gros, en gris et en gras.

RĂ©duisez l’image afin qu’elle fasse un quart de la colonne d’affichage, rĂ©servez.

Placez le texte, agrĂ©mentĂ© d’une jolie police, alignĂ© Ă  gauche, puis l’image Ă  droite.

Servez chaud.

Le navigateur web (Firefox, Chrome, Safari, Internet Explorer…), c’est le cuisinier. Il va tĂ©lĂ©charger les ingrĂ©dients, et suivre la recette. T’as dĂ©jĂ  vu quand on donne la mĂȘme recette avec les mĂȘmes ingrĂ©dients Ă  4 cuisiniers diffĂ©rents ? Ben ouais, c’est comme dans Top Chef, ça fait 4 plats qui sont pas vraiment pareils.

Surtout quand les assiettes ne sont pas de la mĂȘme taille (genre l’Ă©cran de ton tĂ©lĂ©phone et celui de ton ordi…) et que pour cuire l’un utilise le four et l’autre un micro-ondes (je te laisse trouver une correspondance mĂ©taphorique dans ton esprit, tu peux y arriver, je crois en toi :p !).

Bref : l’article que tu lis aura peu de chance d’avoir la mĂȘme gueule pour toi et la personne Ă  qui tu le feras passer 😉

  • PrĂ©fĂšre Firefox si t’as pas envie de filer tes donnĂ©es Ă  Google-Chrome, Apple-Safari ou Microsoft-Edge
  • Ou sinon Chromium c’est Chrome sans du Google dedans 😉

3) Le streaming n’existe pas

Nope. Le streaming, c’est du tĂ©lĂ©chargement qui s’efface au fur et Ă  mesure. Parce qu’un ordinateur est une machine Ă  copier.

Le streaming, c’est du tĂ©lĂ©chargement que tu ne peux (ou ne sais) pas rĂ©cupĂ©rer, donc tu downloades une vidĂ©o ou un son mais juste pour une seule fois, et si tu veux en profiter Ă  nouveau, il faut encore les tĂ©lĂ©charger et donc encombrer les tuyaux d’internet.

Tu vois les prĂ©cieux mĂ©gas du forfait data de ton tĂ©lĂ©phone qui te ruinent chaque mois ? Ce sont des textes, images sons, vidĂ©os et informations qui viennent jusqu’Ă  ton ordi (ordinateur ou ordiphone, hein, c’est pareil). La taille de ces mĂ©gas, c’est un peu les litres d’eau que tu rĂ©cupĂšres au robinet d’internet.

Regarder ou Ă©couter deux fois le mĂȘme truc en streaming, sur YouTube ou Soundcloud par exemple, c’est comme si tu prenais deux fois le mĂȘme verre d’eau au robinet.

Le streaming (allégorie).
Le streaming (allégorie).

4) Quand tu regardes une page web, elle te regarde aussi.

Mon livre ne me dit pas de le sortir du tiroir de la table de nuit. Il ne sait pas oĂč je suis lorsque je le lis, quand je m’arrĂȘte, quand je saute des pages ni vers quel chapitre, quand je le quitte et si c’est pour aller lire un autre livre.

Sur Internet, les tuyaux vont dans les deux sens. Une page web sait dĂ©jĂ  plein de choses sur toi juste lorsque tu cliques dessus et la vois s’afficher. Elle sait oĂč tu te trouves, parce qu’elle connaĂźt l’adresse de la box internet Ă  laquelle tu t’es connectĂ©. Elle sait combien de temps tu restes. Quand est-ce que tu cliques sur une autre page du mĂȘme site. Quand et oĂč tu t’en vas.

Netflix, par exemple, est une application web, donc un site web hyper complexe, genre QI d’intello plus plus plus. Netflix sait quel type de film tu prĂ©fĂšres voir lors de tes soirĂ©es d’insomnie. À partir de quel Ă©pisode tu accroches vraiment Ă  la saison d’une sĂ©rie. Ils doivent mĂȘme pouvoir dĂ©terminer quand tu fais ta pause pipi !

Ouaip : Internet te regarde juste pour pouvoir fonctionner, et souvent plus. Ne t’y trompe pas : il prend des notes sur toi.

5) Pas besoin d’un compte Facebook/Google/etc pour qu’ils aient un dossier sur toi.

DÚs qu'on te parle de "service personnalisé" c'est qu'on te vend ça -_-...
DĂšs qu’on te parle de « service personnalisĂ© » c’est qu’on te vend ça -_-…

Si Internet peut te regarder, ceux qui y gagnent le plus d’argent ont les moyens d’en profiter (logique : ils peuvent se payer les meilleurs spĂ©cialistes !)

Tu vois le petit bouton « like » (ou « tweet » ou « +1 » ou…) sur tous les articles web que tu lis ? Ces petits boutons sont des espions, des trous de serrures. Ils donnent Ă  Facebook (ou Twitter ou Google ou…) toutes les infos sur toi dont on parlait juste au dessus. Si tu n’as pas de compte, qu’ils n’ont pas ton nom, ils mettront cela sur l’adresse de ta machine. Le pire, c’est que cela fonctionne aussi avec des choses que tu vois moins (les polices d’Ă©criture fournies par Google et trĂšs utilisĂ©es par les sites, les framework javascript, les vidĂ©os YouTube incrustĂ©es sur un blog…)

Une immense majoritĂ© de sites utilisent aussi « Google Analytics » pour analyser tes comportements et mieux savoir quelles pages web marchent bien et comment. Mais du coup, ces infos ne sont pas donnĂ©es qu’Ă  la personne qui a fait le site web : Google les rĂ©cupĂšre au passage. LĂ  oĂč ça devient marrant, c’est quand on se demande qui dĂ©cide qu’un site marche « bien » ? C’est quoi ce « bien » ? C’est bien pour qui…?

Oui : avec le blog rank comme avec la YouTube money, Google décide souvent de comment nous devons créer nos contenus.

6) Un email est une carte postale

On a tendance Ă  comparer les emails (et les SMS) Ă  des lettres, le truc sous enveloppe. Sauf que non : c’est une carte postale. Tout le monde (la poste, le centre de tri, ceux qui gĂšrent le train ou l’avion, l’autre centre de tri, le facteur…), tous ces gens peuvent lire ton message. J’ai mĂȘme des pros qui me disent que c’est carrĂ©ment un poster affichĂ© sur tous les murs de ces intermĂ©diaires, puisque pour transiter par leurs ordis, ton email se… copie. Oui, mĂȘme si c’est une photo de tes parties intimes…

Si tu veux une enveloppe, il faut chiffrer tes emails (ou tes sms).

Gamin, j’adorais dĂ©chiffrer les messages codĂ©s dans la page jeux du journal de Mickey. Y’avait une phrase faite d’Ă©toiles, carrĂ©s, et autre symboles, et je devais deviner que l’Ă©toile c’est la lettre A, le cƓur la lettre B, etc. Lorsque j’avais trouvĂ© toutes les correspondances c’Ă©tait le sĂ©same magique : j’avais trouvĂ© la clĂ© pour dĂ©chiffrer la phrase dans la mystĂ©rieuse bulle de Mickey.

Imagine la mĂȘme chose version calculatrice boostĂ©e aux amphĂštes. C’est ça, le chiffrement. Une petit logiciel prend ton email/SMS, applique la clĂ© des correspondances bizarres pour le chiffrer en un brouillard de symboles, et l’envoie Ă  ton pote. Comme vos logiciels se sont dĂ©jĂ  Ă©changĂ© les clĂ©s, ton pote peut le dĂ©chiffrer. Mais comme il est le seul Ă  avoir la clĂ©, lui seul peut le dĂ©chiffrer.

Ben ça, ça te fait une enveloppe en plomb que mĂȘme le regard laser de Superman il peut pas passer au travers pour lire ta lettre.

7) Le cloud, c’est l’ordinateur d’un autre.

Image de nos ami-e-s de la FSFe
Image de nos ami-e-s de la FSFe

Mettre sur le cloud ses fichiers (icloud), ses emails (gmail), ses outils (Office365)… c’est les mettre sur l’ordinateur d’Apple, de Google, de Microsoft.

Alors OK, on parle pas d’un petit PC qui prend la poussiĂšre, hein. On parle d’une grosse ferme de serveurs, de milliers d’ordinateurs qui chauffent tellement que des climatiseurs tournent Ă  fond.

Mais c’est le mĂȘme principe : un serveur, c’est un ordinateur-serviteur en mode Igor, qui est tout le temps allumĂ©, qu’on a enchaĂźnĂ© au plus gros tuyau internet possible. DĂšs qu’on lui demande une page web, un fichier, un email, une application… on le fouette et il doit rĂ©pondre au plus vite « Ouiiiiii, Mestre ! »

Tout le truc est de savoir si tu fais confiance aux Igors de savants fous dont le but est de devenir les plus riches et les maĂźtres du monde, ou au petit Igor du gentil nerd du coin… Voire si tu te paierais pas le luxe d’avoir ton propre Igor, ton propre serveur Ă  la maison.

 

8) Facebook est plus fort que ma volonté.

Moi, aprÚs quelques minutes de Facebook (allégorie.)
Moi, aprÚs quelques minutes de Facebook (allégorie.)

Ouais, je suis faible. J’ai, encore aujourd’hui, le rĂ©flexe « je clique sur facebook entre deux trucs Ă  faire ». Ou Twitter. Ou Tumblr. Ou l’autre truc Ă  la con, OSEF, c’est pareil.

Cinq minutes plus tard, je finis dans Ă©tat de semi zombie, Ă  scroller de la mollette en voyant mon mur dĂ©filer des informations devant mes yeux hypnotisĂ©s. Je finis par faire ce qu’on attend de moi : cliquer sur un titre putassier, liker, retwetter une notification et rĂ©pondre Ă  des trucs dont je n’aurais rien Ă  foutre si une vague connaissance venait m’en parler dans un bar.

Ce n’est pas que je manque de volontĂ© : c’est juste que Facebook (et ses collĂšgues de bureau) m’ont bien Ă©tudiĂ©. Enfin, ils ont plus Ă©tudiĂ© l’humain que moi, mais pas de bol : j’en fais partie. Du coup ils ont construit leurs sites, leurs applications, etc. de façon Ă  me piĂ©ger, Ă  ce que je reste lĂ  (afin de bouffer leur pub), et Ă  ce que j’y retourne.

Ces techniques de design qui hackent notre esprit (genre le « scroll infini », le « bandit manchot des notifications » et les « titres clickbait » dont je parle juste au dessus) sont volontaires, Ă©tudiĂ©es et documentĂ©es. Elles utilisent simplement des failles de notre esprit (subconscient, inconscient, biais cognitifs… je laisse les scientifiques dĂ©finir tout cela) qui court-circuitent nos volontĂ©s. Ce n’est pas en croyant qu’on est maĂźtre de soi-mĂȘme qu’on l’est vraiment. C’est souvent le contraire : le code fait la loi jusque dans nos esprits.

Bref, je suis faible, parce que je suis humain, et donc je suis pas le seul. Et ça, les gĂ©ants du web l’ont bien compris.

9) Internet est ce que j’en ferai

Juste fais-le.
Juste fais-le.

Si je veux voir d’autres choses dans ma vie numĂ©rique, j’ai le choix : attendre que les autres le fassent jusqu’Ă  ce que des toiles d’araignĂ©es collent mes phalanges aux touches de mon clavier, en mode squelette… ou bien je peux bouger mes doigts.

Alors ouais, j’ai pas appris Ă  conduire en vingt heures de cours, j’ai ratĂ© plein de gĂąteaux avant de m’acheter les bons ustensiles et la premiĂšre Ă©charpe que j’ai faite avait pleins de trous. Mais aujourd’hui, je sais conduire, faire des pĂątisseries pas dĂ©gueu et mĂȘme me tricoter un pull.

Ben crĂ©er et diffuser des contenus sur Internet, c’est pareil, ça s’apprend. On trouve mĂȘme facilement les infos et les outils sur Internet (dont des cours de tricot !).

Une fois qu’on sait, on peut proposer autre chose : c’est la mode des articles courts, creux et aux titres putassiers ? Tiens, et si je gardais le coup du titre pour faire un top, mais cette fois-ci dans un article blog long, dense, et condensant une tonne de sujets Ă©pars…?

Oh, wait.

10) C’est pas la fin du monde, juste le dĂ©but.

Quand on voit Ă  quel point on a perdu la maĂźtrise de l’informatique, de nos vies numĂ©riques, de notre capacitĂ© Ă  simplement imaginer comment on pourrait faire autrement… y’a de quoi dĂ©primer.

Mais avant que tu demandes Ă  ce qu’on t’apporte une corde, une pierre et une riviĂšre, regarde juste un truc : le numĂ©rique est une rĂ©volution toute jeune dans notre Histoire. C’est comme quand tu dĂ©couvres le chocolat, le maquillage, ou une fucking nouvelle sĂ©rie qui dĂ©boĂźte : tu t’en fous plein la gueule.

SociĂ©talement, on vient de se gaver d’ordinateurs (jusqu’Ă  en mettre dans nos poches, ouais, de vrais ordis avec option tĂ©lĂ©phone !) et de numĂ©rique, et lĂ  les plus gros marchands de chocolat/maquillage/sĂ©ries se sont gavĂ©s sur notre dos en nous fourguant un truc sucrĂ©, gras et qui nous laisse parfois l’estomac au bord des lĂšvres.

Mais on commence tout juste, et il est encore temps d’apprendre Ă  devenir gourmet, Ă  savoir se maquiller avec finesse, et mĂȘme Ă  Ă©crire une fan fiction autour de cette nouvelle sĂ©rie.

Il est temps de revenir vers une informatique-amie, Ă  Ă©chelle humaine, vers un outil que l’on maĂźtrise nous ! (et pas l’inverse, parce que moi j’aime pas que mon lave-linge me donne des ordres, nanmĂ©ho !)

Des gens plus intelligents et spĂ©cialistes que moi m’ont dit qu’avec le trio « logiciel libres + chiffrement + services dĂ©centralisĂ©s », on tenait une bonne piste. J’ai tendance Ă  les croire, et si ça te botte, tu peux venir explorer cette voie avec nous. Cela ne nous empĂȘchera pas d’en cheminer d’autres, ensemble et en mĂȘme temps, car nous avons un vaste territoire Ă  dĂ©couvrir.

Alors, t’es prĂȘt pour la terra incognita ?

Allez, viens, on va explorer le monde des possibles !
Allez, viens, on va explorer le monde des possibles !




Un peu d’hygiĂšne numĂ©rique

Les quelques conseils qui suivent sont Ă©lĂ©mentaires et relĂšvent du bon sens plus que de la technique. Ils doivent cependant ĂȘtre rĂ©pĂ©tĂ©s sans cesse tant il nous est facile de passer outre et de nĂ©gliger ce qui peut pourtant nous rendre un fier service


Saviez-vous que Mozilla dispose d’une Ă©quipe et d’un site Internet Citizen qui publie de semaine en semaine des conseils pour que chacun puisse agir et « ProtĂ©ger la plus vaste ressource globale partagĂ©e » ? C’est sur ce portail que j’ai choisi l’article de M.J. Kelly, Ă  la suite duquel vous trouverez quelques pistes pour aller plus loin. Mais avant d’installer un VPN, de chiffrer notre disque dur ou de crĂ©er un nƓud Tor, si nous commencions par sĂ©curiser nos mots de passe ?

 

Devez-vous vraiment masquer votre webcam ?

Source : Should you cover your webcam?

par M.J. Kelly

mjkelly2Lorsque les mĂ©dias nous ont rĂ©vĂ©lĂ© que des personnalitĂ©s comme le PDG de Facebook Mark Zuckerberg et le directeur du FBI James Comey masquaient leurs webcams, nous avons Ă©tĂ© amenĂ©s Ă  nous demander si nous ne devrions pas tous en faire autant. Mettre un post-it ou un bout de sparadrap sur la camĂ©ra peut vous donner l’impression que vous gardez le contrĂŽle en vous protĂ©geant contre l’espionnage d’un pirate. C’est vrai, tant que votre webcam est masquĂ©e, on ne peut pas vous voir, mais est-ce une protection efficace pour votre sĂ©curité ?

Marshall Erwin, responsable du dĂ©partement Vie privĂ©e et confidentialitĂ© chez Mozilla, rĂ©pond : « — pas tant que ça
 »

Masquer votre webcam pourrait en réalité aggraver la situation, précise Erwin. Les pirates pourraient encore vous écouter en utilisant le microphone, par exemple. Si vous avez masqué la caméra et ne voyez pas le voyant lumineux à cÎté de la lentille, vous ne saurez pas que le pirate a activé la caméra et vous écoute.

Erwin souligne Ă©galement que votre webcam peut ĂȘtre compromise par d’autres moyens, comme le piratage des appels vidĂ©o, appelĂ© piggybacking(1). Masquer votre webcam n’est pas une dĂ©fense parfaite.

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Un bout de sparadrap, pourquoi pas, mais


Avant de la dĂ©brancher carrĂ©ment, il existe de meilleures solutions que de lui coller un pansement ou de la jeter Ă  la poubelle. Vous pouvez faire preuve d’astuce et vous protĂ©ger des intrusions de sĂ©curitĂ© avant qu’elles ne surviennent

Voici quoi faire :

  • Choisissez des mots de passe forts. Que ce soit pour votre box chez vous ou pour vos comptes sur les rĂ©seaux sociaux, choisir des mots de passe robustes est votre meilleure protection contre toutes sortes de menaces sur le Web. C’est avec de bonnes pratiques de sĂ©curitĂ© comme celle-lĂ  qu’il sera plus difficile de compromettre les appareils que vous utilisez, au passage votre webcam sera protĂ©gĂ©e elle aussi.
  • MĂ©fiez-vous des liens. Des dĂ©linquants utilisent toute sortes d’astuces pour accĂ©der Ă  vos ordinateurs, Ils vous envoient entre autres des liens qui ont l’air inoffensifs. Ils recĂšlent en rĂ©alitĂ© des logiciels malveillants ou des virus qui sont ensuite les vecteurs de corruption de votre ordinateur. Si un lien ou un tĂ©lĂ©chargement ne vous semble pas tout Ă  fait sĂ»r, il ne l’est probablement pas. VĂ©rifiez que tous les logiciels que vous installez proviennent de sources fiables et ne cliquez pas Ă  tout-va sur des ressources qui paraissent vaguement suspectes, mĂȘme si vous pensez en connaĂźtre l’origine.
  • Installez un systĂšme de sĂ©curitĂ©. Les logiciels antivirus ne vous protĂ©geront pas contre toutes les menaces mais c’est un bon dĂ©but. Si vous installez un dispositif de sĂ©curitĂ©, maintenez-le Ă  jour et utilisez-le pour analyser rĂ©guliĂšrement la sĂ©curitĂ© de vos appareils. Des entreprises spĂ©cialisĂ©es gagnent leur vie en combattant les menaces, pour que vous n’ayez pas Ă  le faire.
  • Faites appel Ă  un spĂ©cialiste. Si vous pensez que votre webcam a Ă©tĂ© compromise, c’est-Ă -dire piratĂ©e, vĂ©rifiez avec un professionnel expĂ©rimentĂ© en informatique pour savoir comment faire. Soyez conscient-e qu’il va vous falloir dĂ©ployer beaucoup de patience pour que votre appareil soit remis en Ă©tat.

En dĂ©finitive, vous n’avez pas vraiment de raisons d’avoir peur d’utiliser des webcams. Elles ne reprĂ©sentent qu’un petit Ă©lĂ©ment parmi une foule de technologies web qui rendent Internet dynamique et plaisant. Restez conscient-e de la possibilitĂ© d’avoir une webcam piratĂ©e, mais faites preuve de bon sens. Mettez un cache sur votre webcam (une gommette, un postitℱ, un autocollant avec un chat
) si ça vous fait plaisir, mais ne vous figurez pas que vous tenez lĂ  une solution radicale.

Efforcez-vous surtout d’agir en citoyen.ne du numĂ©rique avisĂ©.e et conscient.e de sa sĂ©curitĂ© en ligne, que la camĂ©ra soit ou non activĂ©e.

Vous voudrez sûrement aller plus loin :

  • D’autres conseils et astuces pour maĂźtriser la confidentialitĂ© de vos donnĂ©es personnelles, sur le site de Mozilla
  • Le livre //:Surveillance de Tristan Nitot qui conjugue de façon accessible Ă  tous analyse des risques et recommandations utiles
  • L’excellent petit Guide d’hygiĂšne numĂ©rique (lien direct vers le .pdf) de l’ami Genma, qui ne demande qu’Ă  ĂȘtre complĂ©tĂ© ou amĂ©liorĂ© sur le Framagit.

 

(1) Voyez l’entrĂ©e Piggybacking du glossaire en français du site panoptinet.com




Naissance du collectif CHATONS

Nous l’avions annoncĂ© en fĂ©vrier dernier sur le Framablog, nous travaillons depuis quelques mois Ă  faire Ă©merger le Collectif des HĂ©bergeurs Alternatifs, Transparents, Ouverts, Neutres et Solidaires
 bref : les CHATONS.

Le succĂšs de la campagne DĂ©googlisons Internet a dĂ©montrĂ©, Ă  l’ùre post-Snowden, un intĂ©rĂȘt rĂ©el du public pour des services web respectueux de vos donnĂ©es et basĂ©s sur du logiciel libre. Le problĂšme, c’est que si les « Frama-bidules » deviennent la rĂ©ponse par dĂ©faut Ă  cette demande, alors nous crĂ©erons ce que nous combattons : une centralisation des utilisateurs, une concentration des donnĂ©es aussi dangereuse que douteuse.

Or, nous sommes loin d’ĂȘtre les premiers Ă  proposer de telles solutions. Et de nombreuses associations, SCOP, initiatives, etc. sont prĂȘtes Ă  rejoindre un mouvement de dĂ©centralisation pour crĂ©er des services mutualisĂ©s dans un internet de la proximitĂ© et de la confiance. De lĂ , il n’y avait qu’un pas Ă  faire pour crĂ©er un collectif des hĂ©bergeurs proposant de remettre des valeurs et de l’humain dans vos mails, fichiers, partages et collaborations.

Logo du collectif - CC by-sa @GDjeante
Logo du collectif – CC by-sa @GDjeante

ConcrÚtement, que sont les CHATONS ?

Le plus simple, c’est d’aller voir sur le site web chatons.org. Ce site, c’est avant tout une carte vous montrant oĂč sont les hĂ©bergeurs de services les plus proches de chez vous, ce qu’ils proposent (du pad, du framadate, du mail etc.) et sous quelles conditions (adhĂ©sion, service payant, etc.).

CHATONS, c’est donc un collectif regroupant ces hĂ©bergeurs Ă©thiques, libres et loyaux (que l’on nommera… « chatons Â» !).

L’avantage c’est que chacun de ces chatons s’est engagĂ© sur une charte et un manifeste communs, qui vous garantissent entre autres :

  • l’utilisation de logiciels libres (et autant que possible la contribution ^^) ;
  • aucun profilage publicitaire (pas de pub autre que mĂ©cĂ©nat et sponsoring) ;
  • le respect de vos donnĂ©es (droit d’accĂšs, interopĂ©rabilitĂ©, non-transmission Ă  des tiers) ;
  • la transparence (sur la technique comme sur les finances) ;
  • la neutralitĂ© (aucune surveillance ni censure en amont) ;
  • le chiffrement (dĂšs et tant que possible).

Au-delĂ  de l’aspect utilisateur, le fait d’initier ce collectif permettra une solidaritĂ© entre ses membres pour Ă©changer sur des aspects techniques, juridiques, d’éducation populaire
 et ainsi de faciliter la crĂ©ation de nouveaux chatons prĂšs de chez vous !

Comme nous l’expliquions en fĂ©vrier dernier, les objectifs du collectif sont multiples : rassembler, mutualiser, dĂ©centraliser, donner de la visibilitĂ©, fĂ©dĂ©rer, essaimer, partager… Autant dire que l’ambition est grande.

Voyez chaque chaton comme une AMAP (Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne), sauf qu’au lieu d’un panier de lĂ©gumes fourni par un agriculteur, il s’agit de services en ligne fournis par un hĂ©bergeur de proximitĂ©. Et comme avec une AMAP, vous pouvez rencontrer l’agriculteur/hĂ©bergeur, et mĂȘme partager un verre avec lui đŸ™‚

Un début de cartographie des chatons
Un début de cartographie des chatons

La premiÚre portée

La premiĂšre portĂ©e compte 21 membres, dont 14 sont dĂ©jĂ  actifs. Parmi ces derniers, vous trouverez notamment des chatons ouverts Ă  tous et couvrant la France entiĂšre, comme La MĂšre Zaclys ou L’Autre.net. Mais aussi des chatons plus « locaux Â» comme Infini (Brest), Assodev-Marsnet (Marseille) ou G3L (Valence). Certains sont des associations, comme Alolise (Saint-Étienne), d’autres des entreprises, comme IndieHosters. Certains sont de taille consĂ©quente, comme Framasoft (qui dĂ©passe le million de visites par mois), et d’autres ne servent qu’un public bien plus restreint comme roflcopter.fr (Toulouse).

Et les 7 autres ? Ils sont tout simplement en gestation !

D’ailleurs, parmi ceux-lĂ , Framasoft va accompagner trois d’entre eux :

  • Le mouvement Colibris, qui est un mouvement humaniste et Ă©cologiste, qui souhaite « sortir de Google Â». Une sensibilisation des acteurs du mouvement Colibris permettra de toucher une population sensible aux questions du bien commun et du « faire ensemble Â».
  • Le collectif « Bertel NumĂ©rique Â», situĂ© sur la lointaine Ăźle de la RĂ©union (lointaine pour nous qui grelottons en mĂ©tropole ^^), a ceci de particulier qu’il associe la volontĂ© d’un grand rĂ©seau d’Ă©ducation populaire (les CÉMÉA) et les compĂ©tences d’une petite entreprise locale spĂ©cialisĂ©e dans le logiciel libre. La mission du collectif est bien Ă©videmment de proposer de l’hĂ©bergement local (pourquoi faire parcourir 18 000 km Ă  un email si c’est pour Ă©crire Ă  son voisin de bureau ?)
  • La FĂ©dĂ©ration Française des Motards en ColĂšre est, avouons-le, un (futur) chaton atypique, puisque sa mission semble bien Ă©loignĂ©e des questions informatiques ! En fait, la fĂ©dĂ©ration a toujours eu trĂšs Ă  cƓur la protection de la vie privĂ©e de ses adhĂ©rent-e-s, mais doutait d’avoir les compĂ©tences en interne pour gĂ©rer un certain nombre de services. À nous de lui prouver que c’est possible !

Évidemment, tous les chatons en gestation pourront profiter de l’aide des membres du collectif, sur la base du bon vieux principe « Si tu ne sais pas, demande. Si tu sais, partage Â». Framasoft prĂȘtera juste une attention particuliĂšre Ă  ces trois-lĂ , vous tiendra informĂ©s par des billets de blog rĂ©guliers indiquant l’avancement de ces projets, sans masquer les inĂ©vitables difficultĂ©s rencontrĂ©es, afin que ces expĂ©riences croisĂ©es puissent servir Ă  tou-te-s.

Par ailleurs, nous annoncerons rĂ©guliĂšrement de nouvelles « portĂ©es Â» sur ce blog, afin que chacun puisse trouver chaton Ă  son pied đŸ™‚

La premiÚre portée
La premiÚre portée

Des « chapĂ©ros » pour fĂȘter ça !

Pour fĂȘter l’Ă©vĂ©nement, plusieurs chatons ont souhaitĂ© organiser un (ch)apĂ©ro dans leur ville.

Vous pourrez donc retrouver des chatons Ă  :

  • Paris : le mercredi 12 octobre 2016 de 19h00 Ă  22h30,
  • Lyon : le mercredi 12 octobre 2016 de 19h00 Ă  21h00,
  • Brest : le vendredi 14 octobre 2016 de 18h30 Ă  22h00,
  • Marseille : le vendredi 21 octobre 2016 de 18h30 Ă  22h00.

Comme tout cela est trĂšs spontanĂ© et mouvant, il est conseillĂ© de se rĂ©fĂ©rer directement Ă  l’agenda du libre, avec le tag chatons.

C'est l'heure du chapéro ?
C’est l’heure du chapĂ©ro ?

Les CHATONS version 1.0 !

Alors voilĂ , ce mercredi 12 octobre, nous annonçons donc la naissance des CHATONS. Bien entendu, le projet est encore jeune, et de nombreux CHATONS sont encore en cours de crĂ©ation : c’est un travail sur le long terme avant que d’arriver Ă  avoir un maillage gĂ©ographique complet ;).

Si vous ĂȘtes simple utilisatrice ou utilisateur de services, ne vous attendez donc pas Ă  une rĂ©volution aujourd’hui : il s’agit juste de l’annonce officielle du collectif. Ce sont en quelque sorte les premiers mĂštres d’un marathon qui durera probablement plusieurs annĂ©es. Ne soyez donc pas frustrĂ©-e-s de ne pas trouver LE chaton correspondant Ă  vos besoins. Cela viendra !

Si nous avons appelĂ© de nos vƓux la crĂ©ation de ce collectif, Framasoft est et ne restera qu’un chaton parmi les autres : c’est le collectif (et lui seul) qui gĂ©rera son fonctionnement et son avenir.

Pour tout vous avouer, nous envisageons ce collectif comme un logiciel libre : c’est une proposition qui Ă©voluera selon les dĂ©cisions de sa communautĂ© de contributeurs, une espĂšce de v.1 ouverte aux participations, contributions, Ă©changes


Chef, je crois que j'ai trouvé le bouton « off » de Google !
Chef, je crois que j’ai trouvĂ© le bouton « off » de Google !

Ainsi, le collectif est gĂ©rĂ© comme un projet logiciel, en utilisant une liste de diffusion et une plateforme de dĂ©veloppement logiciel, sur laquelle sont rĂ©digĂ©s et « patchĂ©s Â» les documents fondateurs du collectif. C’est aussi grĂące Ă  cet outil que vous pouvez suivre l’Ă©volution des propositions (ou en faire de nouvelles vous-mĂȘmes). Et si vous n’ĂȘtes pas satisfait-e de son fonctionnement, vous pourrez tout simplement forker le projet, et monter votre propre collectif ou fĂ©dĂ©ration avec vos rĂšgles, sans pour autant devoir repartir de zĂ©ro.

DiffĂ©rentes extensions sont d’ores et dĂ©jĂ  prĂ©vues, comme la fabrication d’un Mooc pour apprendre Ă  maĂźtriser les diffĂ©rents aspects de la crĂ©ation d’un chaton (enjeux, aspects juridiques, aspects techniques), et bien Ă©videmment une internationalisation. Nos amis quĂ©bĂ©cois de FACiL nous ont dĂ©jĂ  rejoints, des chatons belges et suisses devraient apparaĂźtre sous peu sur la carte, et d’autres pays se sont montrĂ©s intĂ©ressĂ©s (Espagne, Italie, Pays-Bas, Allemagne, etc.). Mais ne mettons pas les matous avant les chatons : il nous faut dĂ©jĂ  sortir de notre paniĂšre !

Si nous nous adressions Ă  des informaticien-ne-s, nous pourrions dire qu’aujourd’hui est le premier commit du projet CHATONS, et qu’il comporte nĂ©cessairement des bugs, mais que – ensemble â€“ nous le ferons Ă©voluer dans le temps, de version en version, jusqu’Ă  ce qu’il remplisse son objectif : permettre Ă  celles et ceux qui le souhaitent de pouvoir quitter les services centralisateurs.

Membre du collectif CHATONS qui tente sa mise en prod.
Membre du collectif CHATONS qui tente sa mise en prod.

Car pour reprendre ce que nous disions il y a quelques mois, et qui reste toujours valable :

Face Ă  ce mouvement de concentration, qui pourrait bien transformer Internet en Googleternet ou Facebookternet, nous ne voyons qu’une seule voie (si vous en avez d’autres Ă  proposer, on prend !) : dĂ©centraliser Internet en faisant en sorte qu’il demeure tel qu’il a Ă©tĂ© conçu. Neutre. Ouvert. InteropĂ©rable. Libre.

Si nous voulons une Ă©conomie qui soit aussi sociale et solidaire, il va nous falloir un internet qui soit aussi social et solidaire. Et cela passera entre autre par une diversitĂ© d’acteurs indĂ©pendants proposant des services web libres, Ă©thiques et respectueux de vos donnĂ©es, dĂ©centralisĂ©s et solidaires.

Pour aller plus loin :




Framatalk : semez la Discord sur Skype et cie !

— 
on se skaïpe et on en reparle
?

— Non.

Quand il n’y avait pas (ou peu) d’autres choix Ă©thiques, ce dialogue Ă©tait inimaginable. Mais ça, c’Ă©tait avant.

Conjuguons l’affreux verbe « SkaĂŻper » au passé !

Mais si, vous connaissez Skype ! C’est un de ces logiciels/rĂ©seaux sociaux/services qui, par dĂ©faut, ne se ferment pas quand vous appuyez sur la croix, s’allument dĂšs le dĂ©marrage de votre ordi, sont retors Ă  dĂ©sinstaller et Ă  quitter, vous collent des notifications Ă  tout va et sont installĂ©s de base sur votre ordinateur (qu’on vous a forcĂ© Ă  acheter avec un Windows dessus)


Normal : ce cauchemar de libriste, ce logiciel qui veut contrĂŽler vos comportements au lieu de vous laisser « maĂźtres » de votre machine, est un des fleurons de Microsoft. Au-delĂ  de la faute de goĂ»t linguistique (« SkaĂŻper »â€Š -_- ), le danger est grand. Chaque compte Skype est dĂ©sormais un compte Microsoft, et leur nouvelle fonctionnalitĂ© de traduction automatique de vos Ă©changes audio nous apprend que Microsoft est dĂ©sormais capable de scanner vos conversations et les transformer en textes. Le texte, c’est facile et trĂšs peu coĂ»teux Ă  archiver, Ă  indexer, Ă  analyser
 Une manne incroyable pour les publicitaires qui enrichissent les GAFAM sur notre dos !

Microsoft : Do you need a backdoor ?
Microsoft : Do you need a backdoor ?

Au-delĂ  de Microsoft-Skype, le monde des conversations audio/vidĂ©o en ligne n’est pas beaucoup plus reluisant
 Facebook dĂ©guise son Messenger en appli de tĂ©lĂ©phone tout en captant vos donnĂ©es sur Whatsapp (sauf si vous faites cela), Google ressert ses Hangouts Ă  toutes les sauces (non mais Allo, quoi !), Apple ne jure que par Facetime
 Pendant que Discord (qui a nĂ©anmoins le bon goĂ»t d’utiliser la technologie WebRTC) grimpe en flĂšche chez les gamers. Avec plus de 11 millions d’utilisateurs il dĂ©trĂŽne de fait Teamspeak, et Mumble l’outsider libre
 Or nous avons dĂ©jĂ  vu avec Microsoft-Skype ce qu’il se passe lorsqu’on laisse trop de monde mettre sa vie numĂ©rique dans le panier d’un seul et mĂȘme logiciel non-libre


De son cÎté, la fondation Mozilla annonce la fin de la prise en charge de Hello, un outil de conversations audio/vidéo qui était inclus dans leur navigateur Firefox
 mais qui ne le sera plus à partir de la version 49 du panda roux. Et nous, on a envie de lui faire des cùlins, au panda roux, tant il en faut pour le consoler.

anim_framatalk

Framatalk : une conversation audio/vidéo en deux clics

Voici donc une solution imparfaite mais libre
 et simple ! C’est un des gros avantages de Framatalk : sa simplicitĂ© d’utilisation. Nul besoin de crĂ©er un compte, il vous suffit d’aller sur Framatalk.org pour :

  1. CrĂ©er un salon en saisissant votre nom (l’adresse Web sera framatalk.org/NomQueVousAvezChoisi)
  2. Autoriser votre navigateur à utiliser votre micro et votre caméra
  3. Partager l’adresse Web du salon avec votre interlocuteur pour qu’il vous rejoigne
  4. 
 et discuter !

C’est aussi simple que ça.

gege-framatalk

Bien entendu, vous trouverez tout un tas de petites options faciles Ă  comprendre, dont :

  • Un tchat pour discuter en mode texte (il vous faudra entrer un pseudo)
  • Un bouton d’invitation Ă  la conversation (partage par email de l’adresse web du salon)
  • Des boutons pour activer/dĂ©sactiver le micro, la camĂ©ra, le mode plein Ă©cran
  • Un accĂšs aux paramĂštres (modifier son pseudo, sa camĂ©ra, son micro)
  • La possibilitĂ© que Framatalk retienne votre profil de paramĂštres (il crĂ©era un cookie)
  • Les droits de modĂ©ration du salon (pour la premiĂšre personne arrivĂ©e)
  • La possibilitĂ© de protĂ©ger le salon par mot de passe (pour le modĂ©rateur)

Tous ces dĂ©tails sont d’un usage intuitif et sont rĂ©sumĂ©s dans la barre des boutons en haut ou Ă  gauche de l’Ă©cran de votre salon Framatalk. Tant de simplicitĂ© nous permet de tenter un record, ici et maintenant (appelez le Guiness Book !) :

Le tuto le plus court du monde ?

Oui, c’est tout.

Avec Framatalk, vous n’aurez plus Ă  accepter de vous faire skyper contre votre grĂ©.

Libre et imparfait ? — On va quand mĂȘme le faire


Soyons honnĂȘtes : la solution que nous vous proposons n’est pas parfaite. Depuis plus de neuf mois, nous avons testĂ© de nombreux services libres, et aucun n’est (pour l’instant et Ă  nos yeux) parfait. Alors entre Vroom.im, Spreed.me, Hubl.in et bien d’autres
 nous avons choisi Jitsi Meet !

Framatalk est donc une instance de Jitsi Meet (une parmi d’autres, dont celle des dĂ©veloppeurs). C’est un logiciel dĂ©veloppĂ© en JavaScript, qui utilise la technologie WebRTC, et qui est sous licence Apache 2.0. C’est surtout le logiciel permettant de crĂ©er des salons de discussions audio/vidĂ©o qui a le mieux supportĂ© nos tests et notre cahier des charges.

Cela ne signifie pas qu’il est irrĂ©prochable pour autant : d’aprĂšs nous, l’utilisation est optimale lorsqu’on est deux personnes avec chacun-e un micro-casque. Du coup, pas d’audio/vidĂ©o confĂ©rence, pas de visio-confĂ©rence Ă  plusieurs pour l’instant (vous pouvez tenter, hein, mĂȘme que chez nous ça marche ©  mais ça peut planter ^^). Framatalk fonctionne aussi lorsqu’une personne utilise son ordiphone (nous l’avons testĂ© avec Firefox Mobile), mais pas si les deux participant-e-s le font. Nous sommes confiants dans le fait que le dĂ©veloppement du logiciel rĂ©glera ces soucis dans l’avenir (on l’a mis Ă  jour la semaine derniĂšre : il y a dĂ©jĂ  des amĂ©liorations !)

Par ailleurs, nous vous conseillons de dĂ©sactiver l’affichage de la vidĂ©o (le petit bouton « camĂ©ra ») si vous n’avez pas une connexion bien solide. Tout simplement parce que les Ă©changes vidĂ©os fonctionnent, mais demandent une bande passante importante (un abonnement Internet de type fibre) si on ne veut pas souffrir de ralentissements et autres voix mĂ©caniques


Donc voilĂ  : Framatalk est imparfait, et a des limitations que les gĂ©ants du Web ne connaissent pas. Le problĂšme, c’est que les GAFAM investissent grandement pour s’enrichir grĂące Ă  vos donnĂ©es (et donc vos vies) numĂ©riques, et qu’il faut rĂ©agir et proposer une alternative sans espionnage / profilage publicitaire.

Notre espoir, c’est que plus nous serons nombreuses et nombreux Ă  utiliser Jitsi Meet (ou d’autres solutions libres), plus cela motivera les communautĂ©s Ă  trouver des solutions et des moyens. Donc, si le principe vous plaĂźt, n’hĂ©sitez pas Ă  aller participer au code de Jitsi Meet !

Pour aller plus loin :




Tristan Nitot : « face Ă  la Surveillance:// on retrousse ses manches ! Â»

Tristan Nitot est l’auteur d’un ouvrage titrĂ© « Surveillance:// » qui dresse le bilan du pillage systĂ©matique de nos donnĂ©es privĂ©es par les gĂ©ants du web. Mais, loin de se rĂ©signer, il applique les leçons issues de son expĂ©rience chez Mozilla : il ne sert Ă  rien de se dĂ©courager, il s’agit de rĂ©agir et de faire face, chacun selon ses moyens. Il en profite pour rappeler les rĂšgles d’une bonne hygiĂšne numĂ©rique.

VoilĂ  un discours qui trouve de l’écho chez nous, pile au moment oĂč nous abordons la troisiĂšme annĂ©e de notre campagne DĂ©googlisons Internet.

Nous avons rencontrĂ© l’ami Tristan pour lui poser quelques questions.

On dirait bien qu’il nous a à la bonne !

 

Bonjour Tristan !

Nous avons suivi d’un Ɠil admiratif la prĂ©publication sur ton blog de l’ouvrage qui vient de sortir en vĂ©ritable papier comme autrefois. Il rejoint bien des questions qui sont aussi les nĂŽtres : comment faire prendre conscience au plus grand nombre des atteintes que la surveillance dĂ©multipliĂ©e inflige Ă  nos vies en ligne et rĂ©elles, comment prĂ©server une bulle minimale de vie privĂ©e dans la grande lessiveuse numĂ©rique, quels dispositifs techniques accessibles peuvent ĂȘtre utilisĂ©s pour se prĂ©server autant que possible.

Mais pour commencer, une question sur la publication : est-ce que certaines de tes recommandations n’ont pas dĂ©jĂ  pris un petit coup de vieux, entre le moment oĂč tu as Ă©crit et celui oĂč tu publies, tant la situation est Ă©volutive ?

Tristan Nitot par Matthias Dugué, licence CC-BY
Tristan Nitot par Matthias Dugué, licence CC-BY

Effectivement, la quatriĂšme partie de mon livre, qui s’intitule « Limiter la surveillance au quotidien », est celle qui est la plus susceptible d’ĂȘtre pĂ©rimĂ©e rapidement, car la technologie et les produits Ă©voluent rapidement et sans arrĂȘt. J’ai hĂ©sitĂ©, pour cette raison, Ă  l’inclure, mais je me suis dĂ©cidĂ© Ă  le faire pour une raison trĂšs simple : je refuse d’expliquer au lecteur un problĂšme (la surveillance, rendue possible par la collecte de donnĂ©es personnelles par les GAFAM) sans apporter un dĂ©but de solution. Sinon, le lecteur, pas forcĂ©ment un surdouĂ© de l’informatique, va se rĂ©signer, se dire « c’est trop dur, il n’y a rien Ă  faire » et il va baisser les bras et se rĂ©signer Ă  la surveillance. Or il y a beaucoup Ă  faire, en commençant par mettre son systĂšme d’exploitation Ă  jour, adopter un antivirus (pour Windows), utiliser un navigateur comme Firefox, avec les bonnes extensions
 Bref, de l’hygiĂšne informatique de base, qu’on peut appliquer sans dĂ©bourser d’argent et en quelques minutes Ă  chaque fois.

D’aprĂšs les retours obtenus en publiant sur ton blog : l’intĂ©rĂȘt pour les questions de la surveillance et de l’intimitĂ© numĂ©rique, c’est une prĂ©occupation qui touche le « grand public » ou plutĂŽt une audience libriste, tech-savvy et geek-friendly ?

En fait, ça touche tout le monde, mais pas toujours de la mĂȘme façon. Les personnes qui s’intĂ©ressent Ă  l’histoire savent l’impact nĂ©gatif qu’a eu la surveillance de la Stasi (Allemagne de l’Est) sur ses citoyens. Mais ce ne sont pas forcĂ©ment les plus calĂ©es en informatique et elles ont du mal Ă  comprendre le fonctionnement des GAFAM, de la gratuitĂ©, etc. D’autres, souvent plus jeunes, sont plus familiĂšres avec la technologie et comprennent intuitivement les dangers de la surveillance. Pour eux, le livre met des mots sur cette intuition et j’espĂšre qu’ils prendront le temps d’expliquer cela autour d’eux.

Et qu’est-ce qui te ferait le plus flipper, que ton ouvrage soit obsolĂšte dans cinq ans, ou qu’il soit encore d’actualitĂ© dans cinq ans ?

En fait, je crois que les diffĂ©rentes parties du livre vont vieillir de façon diffĂ©rente. Les deux premiĂšres, oĂč j’explique la surveillance, vont vieillir doucement. Les exemples utilisĂ©s vont vieillir car les gens ont la mĂ©moire courte, mais le raisonnement va tenir assez longtemps. La troisiĂšme partie, sur le concept de SIRCUS (SystĂšme d’Information Redonnant le ContrĂŽle aux UtilisateurS) devrait bien vieillir car reposant sur des principes pĂ©rennes comme l’utilisation de la cryptographie, la dĂ©centralisation, le logiciel libre, etc. À l’inverse, la derniĂšre partie, qui mentionne des logiciels, vieillira bien plus vite.

Chez Framasoft, on aime beaucoup C&F Ă©ditions, la maison de HervĂ© le Crosnier, dont le catalogue permet de s’instruire sur les communs et le numĂ©rique. Comment s’est passĂ©e votre collaboration ? Le fait que cet ouvrage ait Ă©tĂ© prĂ©-publiĂ© sur ton blog vous a-t-il posĂ© problĂšme ?

Aucun problĂšme de la part de C&F Éditions. Ils ont Ă©tĂ© super ! HervĂ© et Nicolas (typographie et mise en page) ont Ă©tĂ© d’un grand soutien. C’est grĂące Ă  eux que le livre est un bel objet, bien mieux fini que ce que j’ai pu Ă©crire au fil de l’eau sur mon blog. Nous sommes tout de suite tombĂ©s d’accord sur l’absence de DRM dans la version ebook, ou sur l’utilisation de la licence Ă©quitable. Et puis au-delĂ  des personnes, de leurs talents respectifs et de leurs idĂ©es, ils ont Ă©ditĂ© d’excellents ouvrages


Niveau surveillance de nos vies numĂ©riques, tu tends vers quel extrĂȘme, paranoĂŻaque ou fataliste ?

Justement, ni l’un ni l’autre ! C’est un hĂ©ritage de Mozilla : quand on n’est pas content d’une situation, on relĂšve ses manches et on s’y colle ! C’est ce que je fais chez Cozy Cloud en crĂ©ant une variante du concept SIRCUS, en faisant un cloud personnel en logiciel libre. Et en Ă©crivant ce livre.

Tu racontes des choses que les geeks connaissent bien (tu t’en excuses auprĂšs d’eux, c’est meugnon) et qu’on peut trouver sur Internet en cherchant un peu. Tu penses que c’est important, de poser un jalon et de faire un Ă©tat des lieux dans un ouvrage imprimĂ©, comme tu le fais ?

Je pense qu’un livre permet de concentrer un propos sur un temps long qui complĂšte bien ce qu’on peut lire au fil de l’eau sur les rĂ©seaux sociaux. La surveillance, on en a conscience confusĂ©ment, mais lĂ  je prends le temps de mettre en perspective des choses dont on entend parler, mais sans forcĂ©ment en rĂ©aliser l’ampleur et les dangers. C’est tout l’intĂ©rĂȘt du livre, en plus de donner une crĂ©dibilitĂ© au propos.

Ton ouvrage s’adresse avant tout au grand public, dans la lignĂ©e des mouvements d’éducation populaire. Ressens-tu une urgence Ă  ouvrir ces thĂ©matiques auprĂšs d’un public qui ne va pas forcĂ©ment « regarder sous le capot » de ses ordinateurs ?

Oui, exactement ! En cela, je me sens proche de Framasoft. Je suis un piĂštre ingĂ©nieur, mais j’aime expliquer, Ă©crire, parler. Et puis l’informatique est arrivĂ©e poussĂ©e par les fournisseurs de solutions, avec trĂšs peu de formation rĂ©elle sur le sujet et dans le meilleur des cas, on enseigne l’utilisation d’un tableur ou d’un traitement de texte (ne me relancez pas sur l’accord entre Microsoft et l’Éducation Nationale !). Bref, pas de pensĂ©e critique, juste une approche qui laisse l’utilisateur sans recul face Ă  des outils qu’il a du mal Ă  apprĂ©hender, coincĂ© entre les messages marketing des fournisseurs et les injonctions de modernité : « c’est l’avenir, on ne peut pas vivre sans ».

Nous adorons tes passages sur l’ergonomie. C’est un axe majeur de progrùs pour les logiciels libres ?

Oui, je pense que l’ergonomie est un front trĂšs important si on veut que l’informatique libĂ©ratrice ait du succĂšs. Il faut que les libristes se libĂšrent eux-mĂȘmes, mais si on veut toucher une frange plus large de la population, il faut que ça soit aussi facile d’utilisation que les produits propriĂ©taires. Et il faut aussi que cela apporte un plus concret.

Est-ce que tu penses qu’il existe une frange suffisante de gentils libristes-activistes pour changer la donne ? Nous savons que tu dĂ©veloppes une attitude plutĂŽt positive et confiante, mais face aux moyens gigantesques des États et des GAFAM, que pesons-nous ?

Je pense que le monde n’est pas binaire. Je veux, avec Surveillance://, Ă©quiper les libristes /activistes d’un argumentaire solide pour convaincre leurs proches, mais je pense aussi qu’un livre papier, Ă©crit dans des termes simples, avec des exemples, peut toucher une cible un peu plus large. Ensuite, si on n’essaie pas, on ne risque pas de rĂ©ussir ! Quand j’ai dĂ©cidĂ© de lancer Mozilla Europe en 2003, sans moyens et avec une poignĂ©e de bĂ©nĂ©voles, tout le monde me prenait pour un dingue ! Et puis on a rĂ©ussi Ă  dĂ©boulonner Internet Explorer, contre toute attente.

D’ailleurs, tu dis quelque part la mĂȘme chose que lors de la confĂ©rence de lancement de la campagne DĂ©googlisons Internet, en substance : « On ne va pas y arriver, mais si on a une minuscule chance, c’est tous ensemble ». Tu es en phase avec notre campagne DĂ©googlisons ?

C’est exactement ça ! Je suis fan de Framasoft que je soutiens financiĂšrement et dont je parle dĂšs que je peux. DĂ©googlisons Internet, c’est une campagne gĂ©niale !

Justement, la sortie de ton livre coĂŻncide avec l’an III de DĂ©googlisons Internet. Ça signifie peut-ĂȘtre qu’il y a une convergence des idĂ©es chez certains libristes, que nous aboutissons tous aux mĂȘmes conclusions, qu’en dis-tu ?

Il y a clairement une convergence de vue, qui se matĂ©rialise sur le calendrier. Le problĂšme de fond, c’est que le logiciel libre tel que formalisĂ© par Stallman, l’était dans l’idĂ©e d’un ordinateur personnel oĂč l’on contrĂŽlait tout : le matĂ©riel, le logiciel (libre) et donc forcĂ©ment, les donnĂ©es. Mais en 2016, on a tous au moins 3 ordinateurs : un PC, un smartphone (forcĂ©ment privateur) et un ou plusieurs « Clouds». Sur ces deux derniers, on ne contrĂŽle pas grand-chose
 Mozilla s’est plantĂ© sur le smartphone, Ă  mon grand regret, et cotĂ© cloud, c’est une horreur, d’oĂč mon engagement chez Cozy Cloud : nous voulons construire un cloud personnel en logiciel libre, qu’on peut auto-hĂ©berger si on le souhaite, ou le faire tourner chez un hĂ©bergeur.

Tu as un discours plus modĂ©rĂ© envers certains GAFAM (une tendresse pour Apple ? :-P) Il n’est plus possible, de nos jours, d’ĂȘtre un-e libriste sans faire des concessions ?

Bien sĂ»r que non : dĂ©jĂ  un PC avec seulement du logiciel libre, c’est limite impossible (il faudrait un BIOS libre et refuser de tĂ©lĂ©charger du JavaScript quand tu navigues !). Seuls quelques experts y arrivent, au prix d’efforts dĂ©lirants, pour une productivitĂ© finalement trĂšs limitĂ©e. Donc le compromis est indispensable. J’utilise un Mac actuellement, car j’y trouve la productivitĂ© et l’ergonomie que je recherche et j’y fais tourner du logiciel libre (Firefox, Thunderbird, LibreOffice). CĂŽtĂ© smartphone, c’est plus compliqué : on doit choisir entre la peste (Android de Google) et le cholĂ©ra (iPhone d’Apple). Google est Ă  fond dans la collecte de donnĂ©es alors qu’Apple a fait de la vie privĂ©e un cheval de bataille, car c’est un diffĂ©renciateur fort (voir les lettres de leur CEO, leur rĂ©sistance face au FBI dans l’affaire de Bernardino). Mais Apple a un politique de censure de son AppStore qui est hostile au logiciel libre (refus de la licence GPL). Pas facile de naviguer entre tout ça !

Tu as constatĂ©, au cours de ton cheminement dans l’ouvrage comme au cours de ton expĂ©rience au Conseil National du NumĂ©rique, que la clĂ© des problĂšmes est souvent entre les mains des politiques et pas forcĂ©ment du cĂŽtĂ© des technologies. Or nous subissons un pouvoir politique qui ne cesse d’accentuer la pression sur nos libertĂ©s numĂ©riques. Est-ce qu’on va voir un jour Tristan Nitot batailler clairement dans le champ politique ?

Non, je ne risque pas de devenir candidat Ă  quoi que ce soit : j’ai promis Ă  ma femme que je ne le ferai pas ! J’ai eu, avec le CNNum, une expĂ©rience trĂšs intĂ©ressante, qui a Ă©tĂ© utile aussi (neutralitĂ© du net, portabilitĂ© des donnĂ©es dans la loi Lemaire) mais aussi trĂšs frustrante : les communs informationnels, le droit de panorama sont passĂ©s Ă  la trappe, et la loi Renseignement, qui autorise la surveillance de masse, est passĂ©e. Mener ça de front bĂ©nĂ©volement, avec le travail exigĂ© par Cozy Cloud (une startup qui fait un cloud personnel en logiciel libre), fut Ă©prouvant, en particulier parce que j’ai tendance Ă  me donner Ă  fond. Par contre, se prĂ©senter Ă  une Ă©lection serait probablement une source de frustration trop grande pour moi. Mais il y a d’autres façons d’agir, en Ă©crivant un livre, du logiciel, ou d’un point de vue mĂ©diatique. Et je fais tout cela.

S.I.R.C.U.S., C.H.A.T.O.N.S. : mĂȘmes combats, mĂȘmes objectifs ?

Oui, en bonne partie. On retrouve dans CHATONS plusieurs critĂšres listĂ©s dans SIRCUS, dont le logiciel libre, la dĂ©centralisation, un modĂšle d’affaire vertueux (pas de pub ciblĂ©e). Nous sommes bien sur la mĂȘme longueur d’onde !

Tu crois Ă  cette Ă©volution d’Internet, qui nous (ra)mĂšnerait vers un rĂ©seau pour et par des internautes ?

Ça serait prĂ©tentieux d’affirmer qu’on va y arriver, mais si on n’essaie pas, on ne risque pas d’y arriver. Tout ce que je peux dire, c’est que j’essaie, avec mes idĂ©es, avec mon travail chez Cozy Cloud, de faire un outil (un cloud personnel) qui pourra ĂȘtre mis entre toutes les mains. Va-t-on y arriver ? Je le souhaite de tout cƓur, et j’y mets beaucoup d’énergie. On a bien rĂ©ussi avec Firefox en 2004, et on a vu d’autres efforts comme Wikipedia et OpenStreetMap rĂ©ussir, donc on sait que le succĂšs n’est pas exclu. 🙂

Comme toujours dans le Framablog, on te laisse le mot de la fin. 😉

J’aime beaucoup le travail de Framasoft, qui a d’aprĂšs moi trĂšs bien rĂ©ussi sa transition du logiciel libre vers le Saas/Cloud. Ah, si vous voulez un scoop : j’ai un prochain livre dans les tuyaux, et c’est un Framabook ! C’est vous dire si j’apprĂ©cie Framasoft, mais je ne vous en dis pas plus, j’espĂšre juste qu’on en reparlera ! 😉

Surveillance://, couverture du livre
Surveillance://, couverture du livre

Pour aller plus loin

Le livre Surveillance:// sur le site de l’éditeur : http://cfeditions.com/surveillance/

Le blog de Tristan Nitot : http://standblog.org/blog/




Framalistes : vos « Groups » n’ont plus Ă  appartenir Ă  Google

Entre nous, on peut se l’avouer : on revient toujours aux bons vieux emails groupĂ©s, hein ?

Certes, Framateam nous permet de nous passer des groupes Facebook… Oui, Framavox est un outil extraordinaire pour discuter et prendre des dĂ©cisions en groupe…

Mais, Ă  un moment ou Ă  un autre, la tentation est grande de faire un email groupĂ© (avec souvent plus de dix destinataires, en mentionnant « Merci de cliquer sur « rĂ©pondre Ă  tous » »), voire carrĂ©ment de crĂ©er une liste de diffusion, notamment chez Google Groups


Nous avons quittĂ© Google Groups, maintenant c’est Ă  votre tour !

Nous avons connu, cette tentation, chez Framasoft. Nous y avons mĂȘme succombĂ© : jusqu’à dĂ©but 2014, nous avons utilisĂ© leurs services, puis nous avons fait en sorte de devenir autonomes.

En effet, les listes de diffusion restent un outil extrĂȘmement pratique : elles donnent un email unique (monsupergroupe@framalistes.org, par exemple) pour rassembler tou-te-s les participant-e-s de son asso / entreprise / groupe de travail / famille / bande de joyeux drilles auto-radicalisĂ©s sur Internet ;)


Voici une conversation email chez Framasoft. Ça bosse grave.

La liste de discussion, c’est un peu l’anneau unique des internets, celui qui vous offre tous les pouvoirs :

  • Un email pour les contacter tous, (sans se soucier de qui s’ajoute ou quitte le groupe)
  • Une archive Ă  consulter en ligne (pour dĂ©couvrir ou retrouver d’anciennes discussions)
  • Une liste pour Ă©changer avec tous et sur les internetz travailler (au pays des datas oĂč Google Ă©tend son ombre).

Bien entendu, utiliser Google Groups implique que vous devez vous crĂ©er un compte Google (donc leur fournir nombre d’informations personnelles) et les autoriser Ă  scanner tous les Ă©changes que vous aurez avec votre groupe par email, tel que notĂ© dans leur politique de confidentialitĂ© :

« Nos systÚmes automatisés analysent vos contenus (y compris les e-mails) afin de vous proposer des fonctionnalités personnalisées sur les produits, telles que des résultats de recherche personnalisés, des publicités sur mesure, et la détection de spams et de logiciels malveillants. »

Bref, les listes de diffusion, c’est une belle moissonneuse Ă  donnĂ©es, c’est d’ailleurs un des rares services que Yahoo n’ait pas (encore) abandonnĂ© !

anim_framalistes

Google et Yahoo ne sont pas Sympa

Sympa, c’est le logiciel libre (sous licence GPLv2) qui gĂšre nos listes de diffusion depuis que nous nous sommes dĂ©googlisĂ©s. Nous l’avons donc amplement testĂ©, nous avons paramĂ©trĂ© nos serveurs (notre tuto est ici) et vous l’avons bichonnĂ© pour que Framalistes vous offre la possibilitĂ© de :

  • CrĂ©er une ou plusieurs listes et en gĂ©rer la propriĂ©tĂ©
  • ParamĂ©trer dĂšs la crĂ©ation et en un clic votre type de liste :
    • Confidentielle
    • Publique
    • De type hotline
    • Groupe de travail
    • Forum web
  • Ou bien paramĂ©trer plus finement ensuite :
    • Les propriĂ©taires, modĂ©rateurs et abonnĂ©s
    • La modĂ©ration des abonnements
    • Les emails d’accueil et de dĂ©sinscription
    • L’en-tĂȘte de votre email
    • La confidentialitĂ© des Ă©changes et des archives
    • Et une foultitude d’autres dĂ©tails
  • Chercher parmi les listes publiques
  • Vous abonner aux listes (publiques ou modĂ©rĂ©es)
  • Consulter les archives publiques des listes qui y consentent
  • GĂ©rer dans votre compte vos abonnements et informations personnelles

Attention : nous avons spĂ©cifiquement paramĂ©trĂ© Sympa pour qu’il vous permette de crĂ©er des listes et y participer (chacun peut rĂ©pondre Ă  tous) et non pour diffuser une lettre d’information (la newsletter en mode « noreply » / pas de rĂ©ponse, oĂč un seul s’adresse Ă  tous unilatĂ©ralement).

Ainsi, la limite du nombre de membres par liste est de 500 adresses email, et nous avons dĂ©sactivĂ© les inscriptions de lots d’emails par le propriĂ©taire. De mĂȘme, nous surveillerons l’activitĂ© du serveur pour Ă©viter de telles utilisations abusives (contrevenant Ă  nos CGU) qui pĂ©naliseraient tout le monde (dont nous !) en faisant classer automatiquement les emails « framalistes » comme spam.

Ce sont lĂ  les conditions dans lesquelles nous nous sentons capables de gĂ©rer un tel service. Ce dernier va assurĂ©ment nous demander beaucoup de support, de suivi et de ressources internes (et en mĂȘme temps, il nous Ă©tait trĂšs demandĂ©, Ă  en croire le nombre de listes que vous avez essayĂ© de crĂ©er depuis l’annonce de DĂ©googlisons Internet ^^). Bien entendu, si vous avez des besoins spĂ©cifiques, l’autonomisation reste encore et toujours la meilleure solution.

La famille Dupuis-Morizeau s’ouvre une Framaliste !

Fanny Dupuis-Morizeau a un gros problĂšme : avec son Ă©pouse, CĂ©cile, et leurs enfants, elles ont dĂ©cidĂ© de faire un tour du monde dans leur bateau. Bon, ça, c’est plutĂŽt plaisant. Mais entre la mamie accro Ă  son iPad, les cousins Ă  fond sur GNU/Linux, et la connexion approximative qu’elles auront en mer, le plus simple pour rester en contact avec les nombreux membres de leur famille recomposĂ©e reste l’email.

Qu’à cela ne tienne, Fanny se dit qu’elle va ouvrir une Framaliste pour toute sa (grande) famille. Elle se rend donc sur Framalistes.org et se crĂ©e un compte. Jusqu’ici tout va bien :

  1. Elle entre son adresse email
  2. Reçoit l’email d’activation
  3. Clique sur le lien reçu pour décider de son mot de passe
  4. Puis elle saisit ses informations personnelles
  5. 
sans oublier de cliquer sur Valider ! (elle connaĂźt les Conditions GĂ©nĂ©rales d’Utilisation des services Framasoft, et ça lui convient bien.)

Vient le moment de créer la liste. Elle clique sur le bouton « créer une liste » dans la barre en haut à droite, et doit choisir le nom, donc ce qui se trouvera avant le « @framalistes.org ».

Ayant un nom composĂ©, elle connaĂźt le piĂšge que reprĂ©sentent les traits d’union, par exemple quand on doit donner un email par tĂ©lĂ©phone. Elle ne supporte plus d’entendre parler du « tiret-du-six », ça la rendrait mĂ©chante. Elle choisit donc la stratĂ©gie du « tout-attachĂ©-en-minuscules-et-sans-accents » qui a fait ses preuves !

Par dĂ©faut, elle choisit une liste de type confidentielle, mais elle se dit qu’elle pourra affiner les paramĂ©trages un peu plus tard.

Enfin, elle soigne son objet et la description de sa liste, car elle se doute que ce sera rĂ©utilisĂ© par le logiciel (elle a raison, la description est le texte qui s’inscrit par dĂ©faut dans les emails accueillant les nouveaux abonnĂ©s).

VoilĂ , la liste est crĂ©Ă©e ! Tiens, Fanny lit qu’elle n’y est pas abonnĂ©e. Au dĂ©part elle trouve cela Ă©trange, puis elle rĂ©alise que cela peut lui permettre de crĂ©er une liste de diffusion pour les camarades de classe de sa fille sans qu’elle en reçoive les messages
 plutĂŽt pratique !

Fanny s’abonne donc d’un clic Ă  sa liste toute neuve, et note dans un coin les liens pour s’abonner et se dĂ©sabonner (elle les enverra plus tard Ă  la famille)

Il est temps de paramĂ©trer cette liste. Fanny se rend sur l’accueil de la liste, et voit que ses options d’administration y apparaissent. Bien ! Elle dĂ©cide de modifier le message de bienvenu aux nouveaux inscrits Ă  la liste, de vĂ©rifier qui peut y envoyer des messages, et de faire un joli en-tĂȘte pour les emails.

Fanny pourrait continuer longtemps Ă  s’amuser Ă  paramĂ©trer sa liste, mais elle veut tester un truc
 Elle envoie par email la page d’accueil de sa liste Ă  son Ă©pouse, CĂ©cile : https://framalistes.org/sympa/info/dupuismorizeau

CĂ©cile n’étant pas propriĂ©taire de la liste, elle n’en voit pas les options d’administration. De fait, elle a simplement une page d’accueil descriptive et des liens trĂšs pratiques pour s’abonner (ou se dĂ©sabonner), ce qu’elle fait de ce pas !

Bon, c’est dĂ©cidĂ©, Fanny va envoyer ce lien Ă  toute la grande famille pour que chacun-e puisse enfin s’y inscrire. TrĂšs vite, elle propose Ă  son cousin Solal (un autre douĂ© du clavier) d’en devenir le co-propriĂ©taire !

Les Ă©changes vont bon train sur la liste. David, qui vient d’entrer dans la famille Dupuis-Morizeau par amour, accĂšde Ă  la liste ! Pas de souci, il rattrape son retard dans les conversations en consultant les archives


Pas besoin d’ĂȘtre un-e Dupuis-Morizeau pour tester Framalistes, ni mĂȘme d’avoir une famille Ă©largie et recomposĂ©e : que vous soyez en association, en syndicat, dans un collectif artistique, un club de sport, une institution ou une PME
 Ou que vous vouliez juste vous rassembler par centre d’intĂ©rĂȘt, l’outil s’adaptera Ă  vos besoins !

Chez Framasoft, cela fait deux ans que nous travaillons Ă  distance des 6 coins de l’hexagone (et au-delĂ ) avec des listes de diffusion comme outil principal ^^ ! DĂ©sormais, C’est Ă  vous de le tester, le partager et l’adopter.

Pour aller plus loin :




Un guide pour les libérer tous

Sylvain Steer est chargĂ© de mission du CECIL (Centre d’Étude sur la CitoyennetĂ©, l’Informatisation et les LibertĂ©s) et principal contributeur du contenu du Guide de survie des aventuriers d’Internet (ou comment protĂ©ger ses libertĂ©s en milieu numĂ©rique hostile).

Ce livret de 68 pages A5 est la version papier de 12 fiches pratiques déjà disponibles sur leur site.
Comme il y parle beaucoup de nous, nous voulions savoir pourquoi il nous avait autant Ă  la bonne.

Salut Sylvain, est-ce que tu peux nous en dire plus sur toi ?

En trĂšs bref, j’ai une double formation juridique en droit des techniques de l’information et de la communication et en droit des contrats que je transmets par l’enseignement universitaire, notamment auprĂšs de public de non-juristes. Bidouilleur dĂšs que j’en ai l’occasion, j’aime essayer de toujours mieux comprendre comment fonctionnent les choses et notamment les dynamiques de pouvoir. Depuis ma lecture de l’ouvrage de Lawrence Lessig, « Code and other laws of cyberspace », il y a une bonne dizaine d’annĂ©es, je fais de la recherche sur les interactions entre les avancĂ©es des techniques, notamment informatiques, et les libertĂ©s fondamentales dans des approches de dĂ©fense des libertĂ©s et des idĂ©aux dĂ©mocratiques.

Je me retrouve assez dans l’article 1 de la loi informatique et libertĂ©s « L’informatique doit ĂȘtre au service de chaque citoyen. Son dĂ©veloppement doit s’opĂ©rer dans le cadre de la coopĂ©ration internationale. Elle ne doit porter atteinte ni Ă  l’identitĂ© humaine, ni aux droits de l’homme, ni Ă  la vie privĂ©e, ni aux libertĂ©s individuelles ou publiques » en me dĂ©solant de ses violations quotidiennes.

Et sur le CECIL ? La liste des parrainages est impressionnante !

Le CECIL s’est construit en versant public de deux autres associations de chercheurs travaillant sur les interactions entre TIC et sociĂ©tĂ© qui ont dĂ©sormais fusionnĂ© dans l’association « Creis-Terminal ». La liste de parrainage du lancement de l’asso en provient pour partie, mais il s’agit plus largement de personnes qui au moment du lancement du CECIL avaient dĂ©jĂ  saisi l’importance de la thĂ©matique « Informatique et LibertĂ©s » dans le dĂ©bat public et l’importance de la comprĂ©hension publique de ces problĂ©matiques.

L’objectif principal du CECIL est de rĂ©introduire le champ Informatique et LibertĂ©s dans le dĂ©bat public, dans celui sur la dĂ©mocratie et de fournir aux citoyenn·e·s et aux associations les moyens d’orienter les choix technologiques liĂ©s Ă  l’informatisation, au fichage et au contrĂŽle social.

En ce sens, en plus d’un regroupement de travaux importants sur la question, on rĂ©alise des actions de sensibilisation (cinĂ© / cafĂ© dĂ©bat / interventions ponctuelles / tenue de stand), de formation (Ă  tous les niveaux) et d’éducation populaire sur les questions de surveillance, d’usage raisonnĂ© des outils du numĂ©rique, etc.

L’association a Ă©galement un versant « lobbying citoyen » dans le cadre de sa participation active au collectif de l’Observatoire des LibertĂ©s et du NumĂ©rique aux cĂŽtĂ©s de la Ligue des Droits de l’Homme (qui nous a bien aidĂ© pour la mise en forme et la publication du guide), mais Ă©galement du Syndicat de la Magistrature, de la Quadrature du Net, du Syndicat des Avocats de France, d’Amnesty International France et du Creis-Terminal.

Le petit Guide que l’on publie est issu d’un besoin interne de disposer d’un outil de formation pour des « ateliers d’autodĂ©fense numĂ©rique ». Ces ateliers visent, dans la mĂȘme optique que les CafĂ©s Vie PrivĂ©e, Ă  sensibiliser les citoyen·ne·s aux dangers de la surveillance illĂ©gitime et les aider Ă  faire les premiers pas pour commencer Ă  reprendre en main leur vie privĂ©e dans leurs usages numĂ©riques. Notre souhait est aussi qu’il·le·s pĂšsent par ce biais sur les enjeux politiques connexes.

Le Guide est un bon panorama des apports du libre dans la lutte pour la dĂ©fense des libertĂ©s, mais c’est un domaine oĂč les lignes bougent vite. On imagine qu’il sera tenu Ă  jour ? A quelle frĂ©quence ?

guide de survie - la couverture par PéhÀ - licence CC-BY-SAOui sur tout ce qui touche à la surveillance et à la sécurité, il est autant important de garder ses logiciels que ses pratiques à jour. Les 6 premiÚres fiches ont été publiées en mars 2015 sur le site. Depuis on a continué à les enrichir avec des nouvelles, mais aussi en faisant des mises à jour constantes, aussi bien cÎté outils et pratiques (uBlock Origin et Qwant par exemple) que pour les références. Cela au fur et à mesure de nos découvertes personnelles et collectives.

Le guide papier est forcĂ©ment figĂ© et vise surtout Ă  ĂȘtre un support pĂ©dagogique, plus engageant qu’un site, pour faire adopter de premiĂšres bonnes mesures Ă  qui le souhaite dĂ©jĂ  un peu. Effectivement, la « v1 » n’aura probablement plus beaucoup de pertinence dans quelques annĂ©es, mais espĂ©rons que d’ici lĂ  ce·lle·ux qui l’auront consultĂ© seront devenus autonomes sur ces questions. Au-delĂ  des outils proposĂ©s concrĂštement, on invite surtout le lecteur Ă  se poser les bonnes questions et Ă  aller plus loin aussi bien dans une approche individuelle que collective dans la dĂ©fense des libertĂ©s sur Internet, et sur ça le guide restera longtemps d’actualitĂ©.

En attendant, les fiches prĂ©sentes sur le site Internet continueront d’ĂȘtre mises Ă  jour rĂ©guliĂšrement avec aussi bien de nouvelles (deux fiches sont en prĂ©paration pour donner des pistes pour mieux protĂ©ger ses donnĂ©es sur ordiphones) que des Ă©volutions des anciennes. On attend par exemple de l’avoir testĂ© un peu plus et d’avoir Ă©galement des retours plus poussĂ©s, mais le nouveau navigateur « Brave » pourrait sĂ»rement trouver sa place dans la premiĂšre fiche. Les nouveaux services stars de Framasoft, ou encore mieux, des CHATONS Ă©galement !

À peine lancĂ©, le guide semble trouver son public, donc il est probable (ou du moins je l’espĂšre ! :-))) qu’on Ă©coule l’intĂ©gralitĂ© du premier tirage dans les mois Ă  venir. C’est une projection un peu optimiste, mais espĂ©rons qu’on arrive Ă  faire la publication d’une version par an (avec qui sait des versions intermĂ©diaires ?) pour garder cet outil Ă  jour et continuer de sensibiliser sur les questions. En rĂ©sumĂ©, des petits tirages rĂ©guliers et mis Ă  jour et surtout toujours plus de sensibilisation en formation directe sur les questions de surveillance publique et privĂ©e pour arriver Ă  (attention gros mot) toujours plus d’autodĂ©termination informationnelle de chacun·e !

D’ailleurs, instant promotionnel, la brochure est en vente sur stand au prix de 5 euros, mais si des structures (collĂšges, lycĂ©es, asso…) veulent en acquĂ©rir un grand nombre Ă  un prix plus intĂ©ressant pour s’en servir comme support pĂ©dagogique, qu’elles n’hĂ©sitent surtout pas Ă  nous contacter !

Est-ce que vous avez prévu de le mettre sur un Gitlab pour permettre aux internautes de contribuer ?

Est-ce que cette question vise Ă  nous faire remarquer que l’on n’a pas inclus Framagit dans les outils Framasoft prĂ©sentĂ©s ?  Plus sĂ©rieusement, non ce n’était pas prĂ©vu, on ne s’est pas vraiment posĂ© la question jusque maintenant. On a dĂ©jĂ  eu plusieurs retours de personnes qui nous ont fait des suggestions de modifications sur les fiches qui ont toujours Ă©tĂ© prises en compte et intĂ©grĂ©es. Pour le moment, on n’a pas rencontrĂ© le besoin d’un outil plus contributif. Les fiches sont sous Licence Creative-Commons Attribution – Partage Ă  l’identique, ainsi quiconque peut s’en servir et les adapter. Pour l’animation d’un Gitlab, si les contributions et demandes d’un tel outil se multiplient, c’est clairement dans nos cordes et on l’envisagera, mais d’ici lĂ  si quelqu’un souhaite s’en charger qu’il n’hĂ©site pas Ă  nous contacter.

As-tu le sentiment que ce guide peut toucher notre fameuse famille-type, les Dupuis-Morizeau ? Ou alors c’est encore un peu trop geek pour eux ?

À force d’utiliser les outils valorisĂ©s par Framasoft, les Dupuis-Morizeau sont Ă  mon avis bien plus compĂ©tents que nĂ©cessaire pour adopter les mesures du guide ! Blague Ă  part, on a vraiment essayĂ© d’ĂȘtre aussi pĂ©dagogique que possible avec ce travail. En fait, j’ai Ă©crit les premiĂšres fiches comme un juriste, mais heureusement les autres membres du CECIL m’ont bien aidĂ© Ă  rendre ça intelligible ! On a cherchĂ© le bon Ă©quilibre entre rester aussi simple et clair que possible sans tomber dans l’approximation abusive. On est sur des enjeux qui touchent aux libertĂ©s individuelles de tout un·e chacun·e, il est nĂ©cessaire que tout le monde puisse s’en saisir.

Il n’y a pas besoin d’ĂȘtre expert·e ni mĂȘme praticien·ne chevronné·e pour amĂ©liorer ses pratiques. Il suffit d’une volontĂ© et d’avancer Ă©tape par Ă©tape. Je pense que les libristes le savent bien, passer Ă  une distribution Gnu-Linux reste un grand saut pour beaucoup d’utilisateurs, par contre adopter un navigateur libre et quelques modules anti-traçage, arrĂȘter d’utiliser Google pour toutes ses recherches, tester le navigateur TOR, chiffrer ses donnĂ©es sensibles… restent des pratiques assez simples.

Malheureusement, certains des outils que l’on prĂ©conise demandent un peu plus d’engagement personnel, qu’il s’agisse de passer Ă  une messagerie sĂ©curisĂ©e, Ă  utiliser le chiffrement pour ses courriels (qui implique surtout que son entourage le fasse Ă©galement), etc.
On espĂšre par contre que les personnes qui ne rĂ©aliseront pas directement ces Ă©tapes aprĂšs avoir lu le guide, en comprendront au moins les enjeux et l’importance. Si ce n’est pas pour aujourd’hui, peut-ĂȘtre demain ! J’ai trĂšs rĂ©cemment rencontrĂ© une ancienne militante de beaucoup de combats de 82 ans Ă  qui j’ai offert le guide, elle m’a promis de me faire un retour. Je vous le transmettrai avec plaisir !

Comme nous, tu fais des interventions auprĂšs du grand public. As-tu ressenti une Ă©volution des mentalitĂ©s ? En gros, est-ce que nous changeons le monde, d’aprĂšs toi ?

Oui les mentalitĂ©s Ă©voluent, mais comment ? Dans mes interventions militantes, il est assez clair que j’ai de moins en moins souvent Ă  expliquer ce qu’est le logiciel libre. Reste que tout n’est pas rose pour autant. MalgrĂ© un travail de fond et systĂ©matique contre l’idiotie du « rien Ă  cacher », l’argument revient encore trop souvent au dĂ©tour d’un discours. Si ce n’est pas lui, le prĂ©texte de la lutte (lĂ©gitime) contre le terrorisme pour justifier l’adoption de mesures toujours plus restrictives des libertĂ©s est assommant et dur Ă  combattre face Ă  des publics peu engagĂ©s.

J’estime personnellement qu’il ne faut ni ĂȘtre naĂŻf, ni rĂ©signĂ©. Oui, nous participons Ă  essayer de changer le monde, j’espĂšre, pour le meilleur, malheureusement nos adversaires ne chĂŽment pas pour autant et ont des moyens d’actions qui nous dĂ©passent souvent. Pourtant dans les interstices quelques coins entrent toujours qui avec le temps et de la persĂ©vĂ©rance finiront par payer. Il y a des combats oĂč tout reste Ă  jouer, le traçage publicitaire en ligne par exemple ou la dĂ©fense du droit au chiffrement oĂč on est loin d’ĂȘtre dĂ©munis. Si on veut continuer Ă  faire Ă©voluer les mentalitĂ©s, il faut donner Ă  tout le monde la possibilitĂ© de comprendre ces enjeux. Pas un petit travail, mais au moins quand on respecte nos principes, la route est longue, mais la voie est libre ! ;)

Le mot de la fin est pour toi !

Pour ne pas oublier : un grand merci à PéhÀ pour sa superbe illustration (elle aussi sous licence libre évidemment) qui reflÚte à merveille les dangers de la jungle des Internets !

Sinon, je n’aime pas trop les fins, alors je vais tricher un peu en faisant une ouverture vers un pad pour lancer une tempĂȘte de cerveaux pour recueillir des idĂ©es (ou des trolls d’ailleurs !) pour lutter contre la surveillance illĂ©gitime et abusive en ligne. Que pourrions nous faire Ă  l’échelon individuel comme collectif ?

Et si quelqu’un·e a un excellent projet et cherche une structure pour le mettre en Ɠuvre, [il ne faut pas hĂ©siter Ă  nous rejoindre !

Pour conclure, j’en profite, avec un peu de retard (mais j’avais une bonne excuse !), pour souhaiter un joyeux anniversaire au Framablog et son Ă©quipe dont je suis un fidĂšle lecteur et traducteur occasionnel !

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