Le logiciel libre devrait-il être obligatoire à l’école ?

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Serge Pouts-Lajus, membre fondateur de l’association d’enseignants Projetice, a tout récemment rapporté l’anecdote suivante dans les commentaires du Framablog.

« Un responsable informatique dans un rectorat m’a dit un jour ceci  : le libre, ça devrait être obligatoire. Et le rapprochement de ces deux mots, libre et obligatoire, ne le choquait pas. Je dois avouer que ça m’a un peu glacé. »

Dans le même temps Richard Stallman conclut ainsi ce court extrait vidéo issue d’une conférence qui avait lieu samedi dernier[1].

—> La vidéo au format webm

« …Parce que les écoles ont une mission sociale, la mission d’éduquer la nouvelle génération comme de bons citoyens d’une société forte, capable, indépendante et solidaire, c’est-à-dire les éduquer à utiliser uniquement le logiciel libre. L’école doit enseigner uniquement le logiciel libre. »

Je profite de l’occasion pour reproduire également ci-dessous cet article[2] du même Stallman qui prolonge et précise son point de vue.

Pourquoi les écoles devraient utiliser exclusivement des logiciels libres

par Richard Stallman

Il existe des raisons très générales pour lesquelles tout utilisateur d’ordinateur devrait se focaliser sur les logiciels libres. Ils donnent la possibilité de contrôler notre propre ordinateur, alors qu’avec les logiciels commerciaux l’ordinateur obéit au propriétaire du logiciel – l’éditeur – et non plus au propriétaire de l’ordinateur lui-même. Avec les logiciels libres, les utilisateurs ont la liberté de coopérer, de mieux diriger leur vie. Cela s’applique aux écoles comme à tout le monde.

Mais il existe des raisons spécifiques qui concernent les écoles.

D’abord, les logiciels libres permettent aux écoles d’économiser de l’argent. Même dans les pays riches, les écoles ont un budget très serré. Les logiciels libres donnent aux écoles, comme aux autres utilisateurs, la liberté de copier et de redistribuer les logiciels, si bien que l’Éducation nationale (ou tout système éducatif) peut faire des copies pour tous les ordinateurs de toutes les écoles. Dans les pays pauvres, cela peut aider à réduire la « fracture numérique ».

Cet argument économique évident, quoi qu’important, n’a qu’une portée assez marginale. En effet les développeurs de logiciels propriétaires peuvent éliminer cet inconvénient en donnant des copies aux écoles. Mais attention  : une école qui accepte ce « cadeau » risque de devoir payer les futures mises à jour.

Approfondissons donc la question.

L’École devrait enseigner aux élèves des comportements qui profiteront à la société toute entière. Elle devrait promouvoir l’utilisation des logiciels libres tout comme elle promeut le recyclage. Si l’École enseigne les logiciels libres aux élèves (et aux étudiants), ceux-ci les utiliseront encore après la fin de leurs études. Cela pourra aider la société toute entière à échapper à la domination (et à la lamination) par les multinationales. Ces entreprises offrent des versions gratuites de logiciels aux écoles pour la même raison que des compagnies de tabac américaines distribuent des cigarettes gratuites  : pour rendre les enfants dépendants[3]. Ils ne feront pas de remises à ces élèves et étudiants après leurs études une fois qu’ils auront grandi.

Les logiciels libres permettent aux élèves et aux étudiants d’apprendre comment les logiciels fonctionnent. À l’adolescence, certains d’entre eux veulent tout apprendre au sujet de leur ordinateur et de ses logiciels. C’est à cet âge que les personnes qui deviendront de bons programmeurs devraient l’apprendre. Pour bien apprendre à écrire des logiciels, les élèves et les étudiants ont besoin de lire beaucoup de code source et d’écrire beaucoup de logiciels. Ils ont besoin de lire et de comprendre de vrais programmes que les gens utilisent réellement. Ils seront extrêmement curieux de lire le code source des programmes qu’ils utilisent.

Le logiciel propriétaire rejette cette soif de connaissance  ; il dit « le savoir que tu veux est un secret, l’apprendre est interdit  ! » Le logiciel libre encourage tout le monde à apprendre. La communauté du logiciel libre rejette ce « culte de la technologie », qui maintient le grand public dans l’ignorance du fonctionnement de la technologie  ; nous encourageons les élèves et les étudiants de tous âges et de toutes origines à lire du code source et à apprendre autant qu’ils veulent savoir. Les écoles qui utilisent les logiciels libres encouragent cela et permettent aux apprentis programmeurs doués de progresser.

La raison suivante est encore plus profonde. Nous attendons de l’École qu’elle enseigne aux élèves et étudiants des connaissances de base et des compétences utiles, mais ce n’est pas son unique mission. La mission la plus fondamentale de l’École est d’enseigner aux gens à être de bons citoyens et de bons voisins pour œuvrer avec ceux qui ont besoin d’aide. Dans le domaine de l’informatique, cela signifie enseigner à partager les logiciels. Les écoles élémentaires, par dessus tout, devraient dire à leurs élèves  : « si tu apportes un logiciel à l’école, tu devras le partager avec les autres enfants ». Bien entendu, l’école doit pratiquer ce qu’elle prêche  : tous les logiciels installés par l’école devront être accessibles aux élèves pour être copiés, emportés à la maison et redistribués par la suite.

Enseigner l’utilisation des logiciels libres aux élèves et étudiants et prendre part à la communauté des logiciels libres est une forme d’éducation à la citoyenneté. Cela démontre aussi aux étudiants les avantages d’un modèle basé sur le service public plutôt que celui prôné par les ultralibéraux. Les logiciels libres devraient être utilisés à tous les niveaux de l’École.

La reproduction exacte et la distribution intégrale de cet article est permise sur n’importe quel support d’archivage, pourvu que cette notice soit préservée.

Notes

[1] Les enclosures des biens communs  : du vivant aux logiciels – Conférence de Richard Stallman et Jean-Pierre Berlan à La Cantine le samedi 23 février, organisé par la Radio du Ministère entité du Labo de la Générale et de BelliGnu/Bellinux.

[2] Traduction  : Laurent Bertaud.

[3] La compagnie de tabac RJ Reynolds fut condamnée à 15 millions de dollars d’amende en 2002 pour avoir fourni des échantillons gratuits de cigarettes sur des évènements ciblés sur les enfants. Voir ce lien.

31 Réponses

  1. «Le libre, ça devrait être obligatoire», c’est un peu prendre le problème à l’envers, et je suis étonné que personne ne retourne enfin le problème à l’endroit.

    La vraie sentence devrait être : «Le propriétaire (à l’école), ça devrait être interdit.»
    Le libre n’est qu’une réponse à ce problème. Il ne devrait être obligatoire que parce qu’il est peut-être la seule à l’heure actuelle.

    Enfin, cette phrase fait un peu sourire (jaune) : «Cela démontre aussi aux étudiants les avantages d’un modèle basé sur le service public plutôt que celui prôné par les ultralibéraux.»
    Mes notions d’économie sont certes limitées, mais le logiciel libre n’est-il pas l’expression parfaite du libéralisme appliqué aux logiciels ?

  2. On / Off

    @Maps
    Attention au sens que l’on donne au mot libéralisme. Chez les néolibéraux/ultralibéraux c’est la liberté d’écraser autrui sans craindre quelque représaille que ce soit. Ailleurs il a un sens plus libertaire… C’est donc lié à l’éthique de ceux qui le prononce…

    Sinon, il est vrai que hors contexte, l’expression "le libre, ça devrait être obligatoire" fait un peu intégriste psycho-rigide !

    Pour ma part, dans le cas de ce billet, je pense que l’on pourrait résumer la situation ainsi :

    Logiquement, les logiciels libres doivent être l’option par défaut dans toutes les écoles, mais il n’est pas interdit pour autant d’utiliser des logiciels propriétaires, ne serait-ce que pour montrer qu’ils existent et leurs limitations (faire lire les CLUF et autres EULA…).

    Suis-je dans l’erreur ?

  3. Le principe de base du logiciel libre est le partage, du code bien sur, mais surtout de la connaissance.

    C’est pourquoi il devrait etre utilisé a l’école, non pas parsequ’il est moins cher, non pas parseque le logiciel proprietaire c’est mal, mais simple car ils ont les meme objectifs : faire circuler le savoir.

    Pour parler sepcifiquement du logiciel proprietaire, sa nature meme va a l’encontre de la diffusion du savoir, il devrait donc etre proscrit a l’ecole, sauf cas tres particulier (pas d’alternative libre pour certains logiciels tres psecifiques, demande du marché du travail pour les fins d’etudes (donc pas primaire college, lycée)).

    Ou alors on m’aurais mentis sur le but de l’école ?

  4. Maps : « “Le libre, ça devrait être obligatoire”, c’est un peu prendre le problème à l’envers, et je suis étonné que personne ne retourne enfin le problème à l’endroit.

    La vraie sentence devrait être : “Le propriétaire (à l’école), ça devrait être interdit.”
    Le libre n’est qu’une réponse à ce problème. Il ne devrait être obligatoire que parce qu’il est peut-être la seule à l’heure actuelle. »

    C’est exactement ce que je m’apprêtais à écrire :-)

  5. Je suis lycéen, fervent partisant du logiciel libre (auquel je tente tant bien que mal de contribuer) et je ne pense pas qu’il faille imposer le logiciel libre à l’école (ou dans n’importe quelle situation).

    Ce qui me dérange chez Microsoft, ce n’est pas en premier le caractère commercial et propriétaire de leurs produits et services (ce qui est malgré tout normal pour une entreprise), c’est d’abord le monopole qu’ils ont sur le marché, et la façon dont ils l’utilisent.

    A mon avis, l’important est que les produits de Mircosoft ne soient pas imposés dans le choix des établissements, qu’ils puissent choisir eux-mêmes en fonction des compétences des personnes dont ils disposent, de leur budget, l’idéal étant de faire cohabiter le libre et le propriétaire.

    Que la philosophie du logiciel libre corresponde aux principes de la diffusion des connaissances utilisés dans les écoles, c’est vrai, mais je ne pense pas que cela rende les logiciels libres plus qualifiés que ceux de Microsoft pour les besoins d’un établissement.

    Les élèves de primaire et collège ne sont-ils pas encore un peu jeunes pour comprendre les dynamiques du marché de l’informatique (qui est particulièrement atypique et dynamique) ? Certains répondront probablement oui, dans un élan de "librisme passionné"…

    En imposant le logiciel libre à l’école, on ne fait que remplacer un monopole par un autre…

  6. Les élèves de primaire et collège ne sont-ils pas encore un peu jeunes pour comprendre les dynamiques du marché de l’informatique (qui est particulièrement atypique et dynamique) ?

    Le logiciel libre permet justement de sortir de cette dynamique dans laquelle l’ecole ne doit pas participer.

    En imposant le logiciel libre à l’école, on ne fait que remplacer un monopole par un autre…

    Non, car le logiciel libre est un mode de developpemnt, de fonctionnment, et non une entite. Si Microsoft a un monopole, ce n’est pas le cas des logiciels privateurs/proprietaires.

  7. "En imposant le logiciel libre à l’école, on ne fait que remplacer un monopole par un autre…"

    Oulà, non ! la caractéristique du logiciel libre, c’est sa diversité (c’est d’ailleurs ce qui rebute certains débutants).
    Plein de distributions linux différentes, pleins de logiciels pour effectuer des opérations équivalentes (interface graphique, bureautique, navigateur internet, etc.)
    Faire le choix du libre, c’est entrer tout droit… dans le casse-tête du choix !

    De ce point de vue, le monopole du propriétaire est beaucoup plus sécurisant, dans un sens… 😉

  8. Gaby Jen

    La question mérite d’être posée en effet.

    Normalement le bon sens voudrait qu’on ait rien à imposer puisque tout est là pour qu’il s’impose de lui-même (arguments pratiques et éthiques). Et pourtant ce n’est pas le cas.

    Le lobbying de Micorsoft et consors, l’inculture informatique des collectivités territoriales et du Ministère, sans oublier l’inertie et la passivité des enseignants aboutissent à la situation actuelle totalement indigente.

    Pas de quoi être fier de notre école.

  9. Malgré mes grandes convictions en faveur du monde du libre et l’admiration que j’ai pour Richard Stallman, ce dernier n’est pas infaillible et j’ai l’impression qu’il va un poil trop loin. Plusieurs d’entre nous l’ont souligné ici.

    Oui les solutions libres devraient être la solution par défaut aux différents besoins, lorsqu’une solution pertinente existe en regard de l’avenir de l’élève/étudiant. Mais non, les logiciels libres ne devraient pas être pour autant "obligatoires". Par contre c’est l’apprentissage de la philosophie du libre qui devrait être obligatoire dans les cours d’informatique (la comparaison avec l’enseignement éco-citoyen est bonne). L’école a pour vocation d’éduquer, aujourd’hui il est urgent que l’école éduque sur le logiciel libre dans le cadre de ses cours informatiques, mais en aucun cas de limiter les libertés, notamment celle de l’éducation concernant les logiciels propriétaires, bien au contraire.

    La première question à se poser est, les solutions libres "clé en main" dont ont besoin les établissements scolaires sont-elles bien au point ? Des choses existent au niveau des solutions logicielles, par exemple edubuntu, mais ces solutions sont-elles bien matures en regard des besoins ? J’avoue ne pas savoir. Par contre d’un point de vue du service, où en sommes-nous ? L’éducation nationale devrait proposer des solutions libres clé en main avec toute la maintenance nécessaire, mais nous en sommes loin, et ce n’est pas simple d’autant que la gestion des établissements est décentralisée. Les entreprises locales maitrisant les solutions libres sont encore petites et assez peu nombreuses sur le territoire et la maintenance d’un parc informatique et la formation nécessite des moyens humains. Ce n’est pas la communauté libre qui peut assurer cela. Par contre la communauté libre devrait tout à fait être capable de soutenir vigoureusement un réseau d’assistance des administrateurs de parcs des établissements scolaire et formateurs qui sont encore peu ou pas rodés aux solutions libres.

    Ensuite, si l’offre est au point, comment la vendre aux responsables d’établissements scolaires face aux sirènes des commerciaux des multinationales ? L’obligation n’est pas une solution, mais l’incitation l’est. Pour cela il faut former et informer les décideurs. En agissant auprès de l’éducation nationale qui a tous les moyens nécessaires pour diffuser ces informations et former les responsables d’établissements et les responsables informatique. Mais tant que le "mammouth" n’aura pas bougé son "gros derch", la communauté libre a quelques palliatifs pour informer directement, mais avant de tenir en respect les machines de guerre commerciales des multinationales, il est évident qu’il faudra encore plus de travail, de moyens et de mobilisation.

    La libre concurrence entre le libre et le propriétaire est quelque chose de sain pour tout le monde, dans l’éducation comme partout. Beaucoup de choses ont été faites, mais le monde du libre a encore à faire pour tenir la dragée haute en terme de service et de communication. C’est sur la bonne voie, mais Rome ne s’est pas faite en un jour ! Et il n’est jamais bon de vouloir aller plus vite que la musique.

    Je suis convaincu qu’en continuant à grandir et à s’organiser, la communauté libre amènera naturellement les décideurs à adopter les principes et les solutions libres. Agir en direction des responsables scolaires et responsables informatique de l’éducation est peut-être le meilleur moyen aujourd’hui d’accélérer rapidement et durablement la croissance de la communauté libre dans un pays.

  10. Juste par rapport à la question du monopole :
    Evidement, le logiciel libre ne constitue pas une entité fermée et ne peut pas être rigoureusement comparée à une société. Ce que je pensais par là, c’est qu’un monopole se caractérise généralement par une restriction du choix de l’utilisateur aux produits d’une seule entreprise. Obliger les écoles à utiliser des logiciels libres reviendrait à restreindre leur choix, c’est pourquoi je me suis permi de faire cette petite entorse au bon sens, c’est vrai.

  11. Et moi pour m’être suffisamment étendu sur le sujet de "l’obligation du libre dans le milieu éducatif" j’avais laissé de côté la véritable motivation de ce billet de aKa et je me sens tout de même le besoin d’une précision.

    Bravo à aKa pour son travail de mise en lumière des actions de Microsoft dans le milieu associatif enseignant (et pour tout ce qu’il fait ^^). Je tire les mêmes conclusions que tout le monde suite aux billets précédents. Je me suis juste permis d’intervenir sur le sujet de l’obligation du libre que je ne trouve pas sain. Dans l’entrain, même le pape du libre semble oublier ce qui de mon tout petit avis est une évidence : obligations et interdictions sont des restrictions de liberté, la base même du logiciel libre. :)

  12. Etudiant à l’université lumière lyon II et moniteur informatique à l’IEP de lyon, j’évolue dans un monde où l’informatique est devenu un outil évident et incontournable.

    Le fait que l’université lumière soit une des Université les plus informatisée de France fait qu’il existe un véritable enjeu autour de la question de l’utilisation des logiciels libres dans le milieu universitaire.
    En ce sens, je pense que cette université a su faire un bon choix si l’on considère les solutions mises en œuvre :

    .) Dans l’apprentissage des TICE, les cours se font indifféremment sur Mac ou sur PC ; sur une suite bureautique libre (Openoffice, Neoffice,…) ou propriétaire (Microsoft Office).
    .. ) De même, le diplôme du C2I propose de choisir sa solution matérielle ou logicielle pour le passage de la certification. Et les documentations proposées par l’Université sont, en partie sous licence CC (BY-NC-SA certes, mais c’est déjà un bon début)
    …) Des partenariats (que, pour certains, on pourrait qualifier de « regrettables ») tels que le programme "Apple on campus" ou bien le développement d’un ENT Microsoft existent, tandis qu’en parallèle, certains services utilisent et proposent des solutions strictement libres (par exemple, le centre de documentation de l’IEP qui tourne sous serveur debian avec une salle informatique en client léger avec Mandriva comme OS).

    Ainsi l’Université propose-t-elle une offre diversifiée et équilibrée : on pourrait croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des monde, et pourtant…

    Pourtant, le libre n’est qu’à peine abordé pendant les cours de TICE.

    Pourtant, certains professeurs de TICE s’avèrent n’être d’aucun secours quand on les interroge sur les solutions libres ou le libre en général.

    Pourtant, osons le dire franchement, la plupart des étudiants s’en balancent de savoir que leurs universités proposent des solutions libres.

    Cela prouve que proposer des solutions libres ne suffit pas : il s’agit véritable d’un enseignement à faire passer, qui devrait faire partie du TICE et du passage C2I (pourquoi presque aucune question du c2i de lyon 2 ne porte sur le libre, alors que celui-ci se targue d’être un des plus complets de France?).

    En ce sens la question qui est posée de savoir si le libre devrait être obligatoire à l’école n’est pas si bête et mérite réflexion. Il est évident que l’on ne saurait dissocier « logiciels libres » et « cours sur le libre » et qu’ainsi imposer l’un reviendrait à imposer l’autre. Aussi serais-je de ceux qui abonderaient dans le sens de Stallman…

    Cependant, il serait navrant, a contrario, d’interdire les logiciels propriétaires, car cela reviendrait à enlever une part du choix qui est fait par l’utilisateur.

    Je me permets donc, après ce long commentaire, de reformuler la réflexion de la sorte : il est nécessaire de rendre obligatoires le choix entre logiciel propriétaire et solutions libres alternatives ainsi que des cours sur l’alternative réaliste que représente le librisme, intégré au projet TICE.

    Pour finir il est à noter que les élèves de l’IEP commencent à utiliser le libre grâce à Mandriva et OpenOffice dans les salles en libres accès informatique du service DOC-NTE de l’IEP de Lyon : finalement le libre obligatoire ça n’a pas que du mal… ;°)

  13. Hybrid Son Of Oxayotl

    Wetneb, ça se discute, mais je pense qu’il ne s’agit pas d’une restriction du choix de la même nature. Par exemple, si je cherche un logiciel de traitement de texte capable d’écrire en rouge avec des lettres de 19 pixels de haut "Helloworld" (oui, mon exemple est complètement bidon, et je l’assume :·D), cela sera une "restriction", car je ne pourrai pas utiliser les traitements de textes qui ne le permettent pas, mais cela sera totalement justifié, puisqu’elle découle de mes besoins. Là, on parle bel et bien d’une caractéristique, et la concurrence reste là, puisque n’importe quelle société ou association peut créer un logiciel libre ou changer la licence de son logiciel …

  14. Grand merci à ceux qui sont intervenus dans les commentaires en prenant souvent la peine de détailler leur intervention.

    Avec mention spéciale à littlenémo car les témoignages sur le terrain apporte selon moi beaucoup au débat.

    Pour répondre à Zef je n’avais pas de motivation bien définie pour ce billet si ce n’est celui de discuter autour de la place du logiciel libre à l’école qui est un sujet, on l’aura compris, qui me tient à cœur.

    Parce que j’ai constaté avec plaisir et fierté que depuis quelque temps les commentaires de ce blog sont vraiment de qualité. Bien sûr ils sont presque tous en faveur du logiciel libre mais, me semble-t-il, avec réflexion, tolérance et ouverture. C’est important pour moi parce que mes billets sur Microsoft et l’éducation m’ont valu en privé quelques petites attaques sur le thème du "tu n’es qu’un ayatollah du libre". On évite je crois cet écueil et ces détracteurs doivent être déçus de le constater !

    Toujours est-il que l’approche choisie ici est volontairement brutale avec le titre du billet qui n’est pas loin d’être un oxymore. Et en ce sens je partage la crainte de Pouts-Lajus.

    Mais dans le même temps les arguments développés par Stallman me semble tous valides. Je ne retirerais pas un mot à son article si ce n’est l’adverbe "exclusivement" de son titre.

  15. Le Libre ne peut pas, par essence, être imposé. C’est comme pour la démocratie, les droits de l’homme, etc. Les imposer consiste à les renier dans leurs propres valeurs.

  16. A propos, le Ministère de l’éducation Nationale installe une mission « E-educ » sur les technologies de l’information et de la communication pour l’Enseignement.
    La composition de la commission est ici :
    http://www.education.gouv.fr/cid208

  17. Le titre paradoxal et provoquant d’aKa fait pendant à la composition de la mission E-educ dont parle bobca. Trois représentants de Microsoft, neuf membres du Medef, aucun représentant du libre, aucun enseignant, sur 23 membres, c’est pas mal !
    http://www.politis.fr/Commission-e-
    Je ne leur ferai de procès d’intention, mais j’avoue que j’ai hate de voir leur rapport, en tant qu’enseignant spécialisé TICE d’une part, en tant que libriste convaincu – mais pas forcené – d’autre part.

  18. Tout le monde (99.99 % de la population) se fout royalement des logiciels présents dans sa voiture ou dans sa machine à laver. Leur principale caractéristique est d’être tellement enfouis qu’ils ne sont changés (grosso modo) que lors d’un nouvel achat du bidule qui va autour.

    L’avenir du logiciel informatique aurait pu être le même : enfoui, invisible, à rendre les services qu’on lui demande et mis à jour seulement lors du changement du PC.

    Mais … ce n’est pas tout à fait ça, parce que pour l’utilisateur lambda un PC c’est windows, word, photoshop, itunes ou pour certains linux, openoffice, the gimp, etc.

    L’utilisateur n’est pas confronté à des fonctionnalités mais à des machins à installer, voire à acheter (ou à pirater).

    Ce n’est pas tout à fait ça parce que les logiciels libres ou non sont bien visibles et demandent un temps d’apprentissage disproportionné par rapport à l’utilisation qui en est faite.

    Le eeePC et le projet "one laptop per child" donnent un tout petit peu la voie de l’avenir. Des machines qui n’ont pas besoin de mises à jour (mais ça reste possible) et qui offrent des fonctionnalités (sans qu’il soit nécessaire de connaître les logiciels cachés derrière).

    Dans ce cadre la notion de logiciel libre ou non n’a plus beaucoup d’intérêt.

  19. On / Off

    Concernant la mission « E-educ », je viens de poster des commentaires.
    A savoir qu’ils sont très fortement modérés. Toute allusion à la constitution de la commission est purement et simplement supprimée.
    Je l’avais juste comparé à la commission "olivennes" et poser la question de savoir si ce n’est pas plutôt à nos technocrates et politiques de réfléchir à l’avenir de nos écoles, plutôt qu’aux industriels…

    Je tiens à préciser que je suis resté très gentil dans mes propos. Ce n’est pas de la censure, juste une modération :-(

  20. Salut!
    Je viens de découvrir un truc pas mal mais je pensses pas que beaucoup de monde connaisse. Si vous avez des info sur qui es qui finance derrière (ms?…) Un petit résumé:

    Dans le cadre de l’enrichissement des pratiques pédagogiques, Pairform@nce propose une démarche de formation participative et en équipe, à destination des enseignants du premier et second degré.

    Je précise que c’est un site du ministére de l’En et de la recherche.

    l’url: http://www.pairformance.education.f

    @+

  21. Julienb

    "Le Libre ne peut pas, par essence, être imposé. C’est comme pour la démocratie, les droits de l’homme, etc. Les imposer consiste à les renier dans leurs propres valeurs"

    Certes le libre (logiciels et mode de diffusion des connaissances) ne devrait pas être imposé. Cela doit rester un choix pour chacun. Mais il ne doit pas être ignoré non plus. Je dirai donc qu’il serait indispensable de l’enseigner/utiliser au moins au même niveau que les solutions propriétaires.

    J’ajoute juste un retour d’expérience :
    Je travaille dans une petite association (5 postes informatiques) pour une utilisation bureautique/internet.
    Je passais un certain nombre d’heures en résolution de problème à cause de plantage, fichiers sous format propriétaire non lisible, logiciels pirates…
    Libriste praticant, j’ai annoncé le passage en libre pour solutionner nombre de problèmes. Proposition vite mal accueillie car comprise comme une modification des habitudes de travail et une privation de "choix" des logiciels. Même si le "choix" consiste à une utilisation de logiciels piratés et la non connaissance des autres solutions. L’imposition n’a pas fonctionné !
    C’est alors que j’ai ramené une Framakey…et quelques jours/semaines plus tard et après démonstration/argumentation les logiciels libres SE SONT imposés comme la solution.
    Depuis mes collègues diffusent des Framakey et parlent du libres autour d’eux.

    Le libre doit rester un choix, donc ni imposé ni obligatoire mais indispensable et nécessaire !
    La meilleur façon pour qu’il s’impose de lui même c’est la non restriction pour l’utilisateur, la qualité des logiciels, les formats ouverts, la facilité d’utilisation/diffusion, la gratuité étant la cerise.

  22. hgoye

    Imposer le libre ne me dérange aucunement. L’école est bien obligatoire et mis à par mon fils qui râle le lundi matin avant d’aller au collège, personne n’irait critiquer le fait que l’enseignement soit obligatoire.

    On me taxe souvent – à l’instar d’AKA – d’ayatollah du libre. Je prends ça comme un compliment, c’est le prix à payer,

    Je ne crois pas que les types de chez Microsoft ergotent avant de lancer une campagne agressive dans le but de rendre tout le monde dépendant de leurs système d’exploitation. Et pendant que nous débattons, les Windows et Words etc. continuent de s’installer sur des machines publiques.

    Il n’y a pas de multinationale derrière le libre, c’est un concept transparent qui me semble s’imposer tout naturellement ; déjà que le concept de laïcité est menacé, n’allons pas jusqu’à vendre le peu qui nous reste à Billou$$$..

  23. "Le Libre ne peut pas, par essence, être imposé. C’est comme pour la démocratie, les droits de l’homme, etc. Les imposer consiste à les renier dans leurs propres valeurs"

    Je ne partage pas cet avis. J’essaye une analogie par forcément juste mais qui, je pense traduit au mieux ma pensée : la laïcité. C’est un principe qui est imposé en France dans (presque) toutes les écoles publiques. Est-ce pour autant un renoncement à sa propre valeur ? Je ne le crois pas. Il arrive que des situations nécessitent envers et contre tout une action publique vigoureuse, qui ne peut se comprendre que dans le souci de la préservation de l’intérêt général à long terme. Comment éviter les dérives d’un tel principe ? C’est l’enjeu même de la vie en société, mais cela nous fait entrer dans un autre débat…

  24. Juste un court commentaire pour mettre en garde contre l’ethnocentrisme qui peut nous faire nous poser les mauvaises questions et nous enferme dans un cul-de-sac rhétorique et dangereux…
    Attention en effet, la laïcité n’est pas LA solution, elle est strictement française, mais il existe aussi des systèmes de pilarisation, de segmentation ou encore de multiculturalisme qui sont tout autant valable, aussi ne nous laissons pas emporter par nos pré-notions… :)
    A propos des droits de l’Homme, vous pouvez lire l’article – discutable, certe, mais intéressant – de françois jullien "Universels, les droits de l’homme ?" dans le monde diplo. du mois de février 2008.

    Maintenant, pour en revenir au sujet, je pense qu’il s’agit de ne pas en venir à user de stratagèmes (fussent-t-il légaux!), douteux à tout points de vues, pour imposer le libre.

    Ce n’est pas parce que l’homme qui me tient en joue est armé que j’ai le droit de m’armer à mon tours. (tiens, ça ferait bien en épigraphe 😀 )

    Le libre n’a pas besoin de cela à mon sens: il s’agit bien évidemment d’obliger l’alternative, mais pas d’obliger l’utilisation exclusive et restreinte.
    Le libre est déjà suffisamment solide pour apparaitre comme l’alternative evidente sans que nous ayons à le rendre obligatoire…

    finalement ce commentaire ne fut pas si court ;°)

  25. @ littlenémo

    Je ne cherchais pas à démontrer que la laïcité était l’unique solution ; simplement, j’ai cherché un exemple de pricincipe appliqué en France de manière systématique, qui pourtant, cherche à libérer de certaines " contraintes ". Une solution spécifique peut être efficace. Si je comprends bien d’ailleurs, l’absence d’universalité plaide pour des solutions contextualisées.

    Le logiciel libre ne joue pas le surarmement, bien au contraire ; il aurait plutôt tendance à tendre la " joue gauche ". Ce n’est pas sur internet explorer que j’ai découvert les onglets… Par son essence même, il est " pacifique ", préférant la coopération à la compétition (sans la nier).

    Pour finir, sans l’imposer péremptoirement, mais en n’utilisant que les logiciels libres à l’école (libre à l’élève d’en utiliser d’autres pour son propre matériel utilisé à l’école), et en éduquant à l’univers numérique (les licences concernent le logiciel, mais aussi la musique, etc.) ne serait-ce pas un moyen d’amener les éditeurs propriétaire vers plus d’interopérabilité ?

  26. Hybrid Son Of Oxayotl

    "Le Libre ne peut pas, par essence, être imposé. C’est comme pour la démocratie, les droits de l’homme, etc. "
    Ben, pourtant, j’aurais comme envie d’imposer à mon gouvernement de respecter les droits de l’homme et la démocratie, pas vous ? Qui pense que on ne pas pas l’imposer, et qu’il faut laisser un hypothétique gouvernement nous les enlever quand il veut ?

  27. @ manu

    Vous mettez le doigt sur le plus important: l’éducation à l’univers numérique.
    Cela suffirais déjà amplement en ce que l’Etat prendrais alors partis, sans imposer, et que cela conduirait à faire usage (pour les cours du moins) à des logiciels libre.
    Sur ce point nous somme d’accord, tout le reste de mon propos n’est que littérature (comme dirait l’autre). 😀

    Maintenant, je doute qu’en "n’utilisant que des logiciel libre" à l’école (qui est une façon déguisée, je le crains, de dire qu’on les imposent) on force l’interopérabilité: au contraire le libre risque de passer pour le bourreau, ce qui serais dommage…

    @ Hybrid Son Of Oxayotl

    Bien sur le problème est le suivant – et tout le monde en a conscience:
    1° La notion des droits de l’Homme donne parfois l’impression d’être contingente, il en va de même – et à plus forte raison – avec la démocratie.
    2° L’égalité est certes une très importante notion dont tout un chacun doit se faire le chantre, mais n’oublions pas également sa sœur la Liberté… (elle n’arrête pas de se chamailler ces deux là! diantre que c’est pénible! ^_^)

  28. Hybrid Son Of Oxayotl

    ¿Je parle de droits de l’homme, pas de liberté ni d’égalité ?

    Je ne vois pas le lien entre ta réponse et l’idée comme quoi il faut refuser de laisser le gouvernement violer les droits de l’homme et abolir la démocratie …

  29. c’est une évidence que je partage depuis longtems. Le libre devrait être obligatoire à l’école. Seuls des logiciels libre devraient être utilisés (sauf lorsqu’il n’en existe pas pour un besoin particulier, ce qui est assez rare).

  30. nope

    Je rajouterais quelques arguments à ce texte pour l’utilisation du libre.

    1) utiliser des solutions propriétaires gratuites à l’école revient à obliger les élèves a acheter cette solution pour une utilisation à la maison. Pour les plus modestes c’est difficile.

    2) utiliser exclusivement une solution payante est une mauvaise formation. Un élève qui emploie un logiciel libre peut l’installer dans son entreprise et l’utiliser sans problème. Ces logiciels utilisent des formats ouverts, ce qui veut dire qu’il n’oblige pas ces collègues à utiliser la même solution que lui.
    Un élève qui utilise un logiciel propriétaire à l’école devra soit forcer sa future entreprise à acheter une licence, soit se former sur un logiciel libre.
    De plus si l’entreprise fait le choix du logiciel propriétaire, elle devra choisir exclusivement cette solution si le logiciel propriétaire ne propose pas de formats ouverts.

    3) Pas de pub à l’école:
    L’école n’a pas pour but de formater les élèves a faire tel ou tel choix. Après tout pourquoi serait-on formé sur Vista et pas MacOS? Pour quelle raison une entreprise aurait elle le droit d’avoir le monopole sur les formations? Utiliser des formats libre permet de faire un choix des logiciels enseignés en fonction de leur utilité (tout le monde a le droit de développer du libre) et non sur leur position commerciale.

  31. Sylvain.technic

    Bonjour,
    Je travaille dans une école, et j’aimerais que l’on ne soit pas obliger d’utiliser tel ou tel logiciel, mais bien d’utiliser le logiciel que l’on souhaite. J’explique : les étudiants doivent rendre des travaux informatisés. On les oblige à les rendre dans tel ou tel format, et je ne suis pas d’accord avec cette politique. J’aimerais par exemple que les travaux soient rendu en PDF par exemple comme cela si le travail est fait en Word ou bien Open Office, on ne voit pas la différence. Existe-t-il un texte qui empêche l’obligation d’usage de tel ou tel logiciel. J’espère me faire comprendre dans mon optique.

    merci d’avance pour votre réponse