Socrate et les hackers – Une conférence de Bernard Stiegler

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À peine avions-nous mis en ligne le billet Quand Socrate nous aide à mieux comprendre le logiciel libre qu’un commentaire nous signalait une récente conférence de Bernard Stiegler, dont le titre, séduisant et enigmatique, faisait lui aussi référence au célèbre philosophe grec : « Socrate et les hackers ».

Elle a été donnée le 13 avril dernier à la Maison des Arts de Malakoff.

On y retrouve les thèmes chers à Bernard Stiegler : perte du savoir dans un processus de prolétarisation généralisée lié au marketing et espoir mis dans la figure de « l’amateur ».

Je ne suis pas un hacker mais je pense bien faire parti de ces amateurs. Et, du coup, j’aime bien écouter Bernard Stiegler parce qu’il me donne l’impression que je participe à sauver le monde du marasme dans lequel il se trouve ;-)

Tout ceci m’a fait repenser à un très lointain article de Libération (25 mai 2001). Une interview de Pekka Himanen[1] par Florent Latrive.

À la question : quel est votre hacker préféré ? Voici ce que le philosophe finlandais avait alors répondu :

« Socrate. Toute son attitude, cette relation passionnée et modeste au savoir, son ouverture d’esprit, sa quête de directions intellectuelles non prévues: l’attitude des Grecs anciens est très similaire à celle des hackers d’aujourd’hui. Platon, son disciple, a fondé la première académie du monde occidental, et c’est le modèle de la recherche scientifique aujourd’hui. C’est aussi celui des hackers passionnés d’ordinateurs… ».

Bernard Stiegler – Socrate et les hackers

—> La vidéo au format webm

Notes

[1] À ce propos, c’est vraiment une anomalie de ne plus trouver la moindre trace papier ou numérique de la traduction française de l’Ethique Hacker de Pekka Himanen, alors même que c’est clairement l’un des ouvrages les plus importants de la culture libre. Il y a une note de lecture sur Freescape et puis c’est à peu près tout (si ce n’est une indisponibilité récurrente sur Amazon). L’explication vient du fait qu’Exils, l’éditeur de la traduction n’existe plus, mais c’est bien dommage que personne n’ait pris le relai (et les éventuels droits). Si quelqu’un est assez motivé pour contacter Pekka Himanen et voir avec lui comment on pourrait rééditer son livre en français, qu’il sache que Framasoft et son projet Framabook sont de tout cœur derrière lui.

19 Réponses

  1. Je trouve un peu sommaire ces propos, en particulier ceux de Pekka Himanen. Je ne vois pas, personnellement, en quoi Socrate serait l’ultime figure de la « relation passionnée et modeste au savoir », ainsi que l’ « ouverture d’esprit » et la « quête de directions intellectuelles non prévues ». Ce qualificatif peut être étendu à quasiment *tous* les philosophes grecs. Le philosophe n’est il pas, par définition, l’amoureux de la connaissance ? Platon a fondé son académie, Aristote a fondé son lycée, Épicure a fondé son jardin … Quel philosophe de l’époque n’a pas fondé ou appartenu à une école ? (il y en a, certainement, mais ils ne font peut être pas la Une)…

    Pour en revenir à Socrate contre Antiphon — où plutôt devrais je dire Xénophon déguisé en Socrate contre un pantin inspiré par Antiphon —, je pense qu’on peut *complètement* inverser les rôles. Quelques pistes : Platon, comme Xénophon, (Antiphon aussi, par ailleurs…) sont tous d’origine Aristocratique. N’est il pas facile de mépriser un service commercial lorsqu’on naît avec l’argent dans les poches ? Autre question : il semble que Antiphon fesait payer le service rendu grâce à ses connaissances. Mais quelle preuve avons nous qu’il était favorable à la restriction du partage de la connaissance à des fins commerciales ? Aucune, si ce n’est un texte écrit par un adversaire… Enfin, il est de notoriété que Platon (entre autres) pratiquait des enseignement à l’usage de tous (exotériques) et d’autres seulement dédiés à une élite fermée (ésotériques).

    Nous avons donc d’un coté une école philosophique qui fait payer le service rendu par sa connaissance, et de l’autre coté une école qui vit de rentes et qui n’hésite pas à ségréguer la connaissance de l’élite. Je vous laisse juge de savoir qui est plus proche d’un modèle libre et qui est plus proche d’un modèle privateur.

    Je ne prétends pas que la vérité soit d’un coté ou d’un autre, mais il y a une chose qui est certaine : en attribuant une doctrine à un philosophe, sur un simple prélèvement de son corpus, il est de grandes chances que vous le trahissiez. Sans compter que ce qui nous reste des grecs est passé par le filtre de l’histoire. Le Platonisme est sorti triomphant de cette histoire, notamment car 2000 années de Christiannisme on mené à l’érosion des corpus qui avaient des propriétés hétérodoxes (pour Nietzsche, le Christianisme est un Platonisme pour le peuple…). Ainsi, la majeure partie des corpus qui critiquaient le Platonisme se sont retrouvé perdus ou détruits. L’histoire est toujours écrite du point de vue des vainqueurs. Que penseriez vous d’un homme futur qui fasse passer Nicolas S. pour un humaniste sur la seule base d’un discourt rapporté par Lefebvre ? Alors suivons un peu ce bon sens (très grec !) de Montaigne, et considérons que « le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. » — Penser la vie des grecs nous est difficilement accessible, acceptons le et ne les trahissons pas.

  2. PS : Pardon, mes propos précédent ne sont pas dirigé contre la vidéo de Stiegler, que je n’ai pas vu (/me mal réveillé…).

  3. Je trouve le titre de la video pas vraiment en accord avec son contenu. Le "philosophe" parle vraiment de tout et n’importe quoi, et surtout de n’importe quoi, pour au final entrer dans le sujet a la 62eme minute et en sortir a la 64eme…

    "Apple est maintenant un operateur de telecommunication", "les fleches de neandertal qui volent a 350 km/h" et autres joyeuseuries sont quand meme la pour amuser ceux qui auront le courage de tenir jusqu’au bout.

    En bref, un "philosophe" qui aime s’ecouter parler et etaler son savoir, dommage pour ceux qui esperaient une conference instructive et constructive.

  4. modagoose

    Cet article et cette vidéo me consternent…
    En plus à chaque fois, c’est le deuxième article sur une conférence de Stiegler et son Macbook sur Framasoft, je dois me taper son verbiage indigeste pour être bien sûr qu’il n’a pas dit un seul truc intelligent. Me voilà rassurer, le Stiegler est toujours égal à lui-même d’une conférence à l’autre.

    L’auteur de l’article a écrit :
    "Je ne suis pas un hacker mais je pense bien faire parti de ces amateurs. Et, du coup, j’aime bien écouter Bernard Stiegler parce qu’il me donne l’impression que je participe à sauver le monde du marasme dans lequel il se trouve ;-)"

    C’est vrai ? Bien content pour toi.
    Si tu pouvais éviter de nous faire partager ton enthousiasme de midinette avec des articles aussi creux, tu rendrais le monde encore meilleur.

  5. @Eric : Personnellement, étant donné que j’ai du convertir la vidéo pour la mettre en ligne sur Framatube, je l’ai vue avant (écoutée surtout) en accéléré (avec VLC la voix est à peine déformée c’est bien pratique :) ), je n’ai donc pas vraiment eu l’impression qu’il s’écoutait parler (cela dit peut-être que j’y suis insensible : à la fac, les digressions étymologiques, historiques, etc, étaient le travers de tout mes profs, à force on n’y fait même plus attention).
    Par contre, sur le sujet, il le dit lui même au début : le titre est volontairement racoleur ; et finalement le sujet est bien plus l’amateur comme moteur de déprolétarisation que le rapport entre Socrate et les hackers.

    @modagoose : Tu parles d’un article "creux", en l’occurrence ton commentaire l’est tout autant, il ne contient aucun argument juste ton sentiment. C’est bien d’avoir un esprit critique mais qu’est ce qui n’est pas "intelligent" dans la conférence de Stiegler selon toi ?

  6. Moi j’aime bien, et je trouve les commentaires ci-dessus très étonnants.

    Bernard Stiegler me semble être le penseur français le plus important de ces 10 dernières années (à l’aise), et l’écouter est un plaisir toujours renouvelé. (Surtout depuis la mort de Bourdieu.) Les concepts qu’il emploie (et définit très clairement, pour qui suit un peu son travail) sont absolument primordiaux pour décrire le monde et les mécanismes qui le sous-tendent.

    La présentation d’aKa a le mérite d’être brève, dans son style habituel faussement naïf ; en ce qui me concerne j’aurais eu bien du mal à introduire une contribution de Stiegler sans écrire un pavé.

    (Le MacBook me choque aussi, au demeurant.)

  7. C’est marrant que cet ouvrage ressurgisse maintenant, j’ai découvert les comptes rendus il y a peu, et je les utilise dans mes travaux sociologiques de L2, mais je suis super déçu de pas avoir pu mettre la mains dessus !

    Je suis allé dans une bibliothèque et on m’a signalé qu’il n’y avait pas eu de réédition depuis 2007 et qu’il était introuvable.

    Si Famasoft pouvait re-publier cet ouvrage, cela me rendrait un service énorme !

  8. J’ai la chance d’avoir Bernard Stiegler comme professeur à l’Université Technologique de Compiègne dans une UV intitulée "Histoire et prospective des industries culturelles" et c’est de loin le cours le plus intéressant que j’ai eu l’occasion de suivre dans mon cursus scolaire. Les 3h (consécutives) d’amphi hebdomadaires passent bien trop vite.

    Modagoose a écrit :
    "En plus à chaque fois, c’est le deuxième article sur une conférence de Stiegler et son Macbook sur Framasoft, je dois me taper son verbiage indigeste pour être bien sûr qu’il n’a pas dit un seul truc intelligent. Me voilà rassurer, le Stiegler est toujours égal à lui-même d’une conférence à l’autre."

    Je trouve bien triste et stérile ce genre de commentaire … Bernard Stiegler est l’une des rare personne qui explique et fait comprendre les liens qu’il existe entre toutes les disciplines du savoir, ce qui je trouve est primordial. Il aborde des problématiques actuelles en s’appuyant sur des analyses poussées dans de nombreux domaines (philosohie, économie, histoire, biologie, sociologie, anthropologie, etc.). Ces analyses sont issus de travaux et ouvrages de grands spécialistes que Stiegler assimile à son propre raisonnement.

    Je pense qu’il faut assister à un de ces cours pour avoir un aperçu de ses compétences. Il ne se contente pas de citer et d’évoquer un concept. Quand il parle de quelque chose il peut le développer jusqu’à un niveau de complexité très poussée, quelque soit le sujet (évolution du cerveau à la préhistoire, fonctionnement de la mémoire, histoire des avancées techniques, fonctionnement des protocoles informatiques, etc.).

    Aujourd’hui les gens savent parler de leur sujet de prédilection mais prenne un soin particulier à ne pas déborder sur un sujet annexe qu’ils ne connaitraient pas.
    Or la plupart des problèmes important ne peuvent pas se comprendre de manière isolé.

    Rare sont les personnes qui sont réellement aptent à parler/penser comme Bernard Stiegler, en maitrisant tout les sujets abordés avec autant de précision.
    Il serait triste de ne pas le soutenir, particulièrement en tant que défenseur du logiciel libre.

    P.S : la critique sur MacBook est récurrente, je finirai par poser la question en cours x)

  9. Mc Rack

    @Antonin MOULART
    Si tu trouves pas un bouquin, il y a les catalogues nationaux (universitaires et autres) de la BnF. En faisant une recherche globale on peut savoir où se trouve chaque exemplaire d’un livre dans les bibliothèques du réseau.
    http://ccfr.bnf.fr/
    Après 2 solutions, aller sur place si c’est pas loin, ou demander au gentils documentalistes de ta bibliothèque universitaire de faire une demande de prêt entre bibliothèque. Dans les cas de livre très rare (c’est pas le cas il y a 22 exemplaires dans les bibliothèques), ils peuvent même s’envoyer des photocopies intégrales entre bibliothèques.

  10. @ Bobow : pour le macbook j’ai posé la question. Sa réponse a été simple : "C’est un macbook, je vais pas le cacher". En même temps, si c’était une autre marque on aurait droit à : "pourquoi un HP ?, ou un Asus?, ou un DELL?, etc…".

    @ JosephK : merci d’avoir repris ma vidéo.

  11. @Christian Fauré : Nous avons bien repris la vidéo sur votre site mais nous ignorions que vous en étiez directement l’auteur. Souhaitez-vous être crédité à même l’article ?
    (et un grand merci pour ces mises en ligne)

  12. @ aka, non pas besoin, l’essentiel c’est que çà diffuse :)

  13. @Christian Fauré : c’était sur demande d’aka (après ton commentaire sur l’autre billet, j’ai jeté un œil mais 3 grosses vidéos ça ma de suite refroidit… cela dit je ne regrette pas d’avoir été invité à y retourner, d’ailleurs les questions du public sont aussi très intéressantes).

    Concernant le Macbook, j’ai un problème similaire : je suis végétarien depuis bientôt 2 ans mais j’ai des pompes 100% cuir qui ont plus de 5 ans et ça me gonfle parce que mes chaussures me rendent difficilement crédible quand je parle d’anti-spécisme.

  14. À propos de philosophie et de hacker, je cite Lawrence Lessig, repris par aKa et Christophe dans le préambule de /Richard Stallman et la révolution du logiciel libre/ : « Notre génération a un philosophe. Ce n’est ni un artiste ni un écrivain. C’est un informaticien. Richard Stallman… »

  15. Pour ceux qui aiment bien Bernard Stiegler (pas tous, j’ai bien compris), je signale que traîne sur YouTube l’intégral en plusieurs morceaux du récent documentaire sur la télévision et sa triste évolution : "Le temps de cerveau disponible", dont Stiegler est en quelque sorte le fil rouge par ses interventions.
    http://www.youtube.com/watch?v=h2fS

    Stiegler participe même tout à la fin, et de manière toute personnelle, au débat sur l’identité nationale !

    (et vous savez quoi ? il n’a plus son macbook !)

  16. elbereth

    "Je trouve le titre de la video pas vraiment en accord avec son contenu. Le "philosophe" parle vraiment de tout et n’importe quoi, et surtout de n’importe quoi, pour au final entrer dans le sujet a la 62eme minute et en sortir a la 64eme…"
    Voila l’exemple parfait du bon geek qui ne connait que l’informatique dans la vie, au bout d’une heure il a enfin entendu logiciel libre, sans chercher à comprendre les histoires de dés-apprentissage ou de prolétarisation. Marre de l’anti-intellectualisme de technicien, qui prend son pied devant des release notes du noyau, mais qui se fout des considérations sociales qui entourent le libre, à mes yeux beaucoup plus importantes que le logiciel libre lui même.

    Tiens à ce propos, y a t’il eu un troll sur le Mac Book de Thierry Stoehr (http://www.framablog.org/index.php/…) ? Certes on sait qu’il est sous Ubuntu, mais qui peut voir ce qu’il y a derrière l’écran ? Je sais quoi faire, la prochaine fois qu’il y a une vidéo avec un PC, dont on ne voit pas qu’il est sous GNU/Linx, je dirais Window$ c’est mal !

  17. Si je résume :
    – Bernard Stiegler, président d’Ars Industrialis, a un MacBook
    – Thierry Stoehr, président de l’AFUL, a un MacBook
    – Tristan Nitot, président de Mozilla Europe, a un MacBook

    Le président de Framasoft doit vous quitter, il a rendez-vous ce matin dans un Apple Store ;-)

  18. super déçu. Brouillon, par dans tous les sens. On frôle le sophisme dans sa réflexion avec un amalgame copieur (de tableaux où l’on refait pour appendre l’œuvre et la copie technique).
    vraiment déçu qu’il n’aille pas plus loin dans la notion d’amateur et la définition d’amateur aujourd’hui, à l’heure des "meme", de la dématérialisation et tout le reste.
    Merci en tout cas pour la captation diffusion de la conf ;-)

  19. jehv

    Pas mal , moi j’ai bien aimer, évidement le contenu ne s’adresse pas a des Hackers/Geeks/gens de la technique mais des littéraires

    j’en profite pour quémander un peu , j’aimerais pouvoir écouter cette interview de Pekka Himanen http://www.youtube.com/watch?v=VTYh… mais les interférences me font mal aux oreilles , je cherche donc un moyen de nettoyer le son :)