Tu ne partageras pas ta carte marine, nous raconte La Pérouse en 1787

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Norman B. Leventhal Map Center at the BPL - CC byQuand on n’y connaît rien en informatique, il est difficile de s’émouvoir du discours passionné d’un utilisateur de logiciels libres détaillant avec emphase les quatre libertés garanties par leur licence.

Le libriste pédagogue aura donc souvent recours à des analogies pour éclairer son auditoire, la plus courue étant sûrement celle de la recette de cuisine. Dans ce billet nous nous proposons d’y ajouter l’exemple, ou plutôt le contre-exemple, des cartes marines[1].

Plongeons-nous, c’est le cas de le dire, plusieurs siècles en arrière pour retrouver un observateur sceptique face aux règles mises en place par les grandes compagnies maritimes de l’époque pour protéger la connaissance et en tirer profit face à la concurrence.

En effet, j’ai lu récemment et avec beaucoup de plaisir le « Voyage autour du monde sur l’Astrolabe et la Boussole » du grand navigateur Jean-François de La Pérouse qui mena une campagne d’exploration scientifique du Pacifique de 1785 à 1789.

Ce récit est empreint d’humanisme, d’intelligence et de générosité. Le voyage s’est déroulé sur un bateau en bois et à voiles, du temps où ordinateur, GPS et autres balise Argos n’existaient évidemment pas. Mais, d’un certain point de vue, ces marins avaient un savoir et un savoir-faire supérieurs aux nôtres car ils ne pouvaient avoir recours à ces outils en cas de problèmes.

Dans son journal, La Pérouse note que les capitaines hollandais partant de Batavia vers le Japon devaient prêter serment, à leur compagnie, de ne pas divulguer leurs cartes marines. Ces cartes qui compilaient l’ensemble des informations collectées par les voyageurs précédents, dans ces terres inconnues où le moindre récif pouvait amener le naufrage.

La Pérouse - Gallica - Domaine Public

Extrait du livre issu de Gallica, le service numérique en libre accès de la Bibliothèque Nationale de France.

Pour les compagnies, l’enjeu était de taille : elles vivaient du commerce des produits du Japon. Elles cherchaient à avoir une position exclusive, pour s’assurer des bénéfices maxima. Afin d’empêcher la concurrence, elles privaient les autres marins de leurs avancées cartographiques, et elles interdisaient d’éventuels rivaux par des contrats bilatéraux avec les dirigeants locaux.

Le serment des capitaines n’était pas sans conséquence. Un officier de marine convaincu d’avoir permis la consultation de ses cartes à un tiers aurait été dégradé, privé de commandement, banni de son pays.

Mais une autre conséquence c’est que chaque compagnie devait créer ses propres cartes et malheur à celle qui envoyait ses bateaux dans des zones non encore renseignées chez elle.

Le logiciel libre est issu de l’informatique mais aussi de tous ceux qui, avant lui, se sont battus pour la non appropriation des biens communs.

Notes

[1] Crédit photo : Norman B Leventhal Map center at the BPL (Creative Commons By)

21 Réponses

  1. Aucune Importance

    Et ? … Je vois pas en quoi cela apporte de l’eau à notre moulin …

    Cela n’a visiblement pas empêcher le développement des économies maritimes (certaines très florissantes) …

    Sans compter que la surprise de l’auteur semble indiquer que cet usage n’était pas (à ce point) généralisé…

    J’espérais une conclusion plus convaincante du style : si tout le monde avait les cartes complètes, on aurait retrouvé La Pérouse plus rapidement après sa disparition :)

  2. En même temps, partager les cartes aurait permit à chaque compagnie d’avoir des cartes de meilleure qualité … et ça aurait peut-être sauvé quelques personnes qui ont fait plouf dans l’eau à l’insu de leur plein gré.

  3. Exactement,
    Et on retrouve cette même logique, court-termiste, égoïste, cupide et dangereuse que l’on s’intéresse aux logiciels, à la génèse des cartes marines ou à celle des OGM, ces clones pesticides et brevetés. Or, si l’accès aux sources d’un logiciels est rarement une affaire de vie ou de mort, la connaissance des cartes marines l’était. Et alors pour la maîtrises des OGM, ont est potentiellement là sur une question de survie des espèces (soja et humains) à l’échelle planétaire :-)

    Bon, ça vaut bien un petit XKCD pour se détendre : http://xkcd.com/419/

  4. Sylvain

    Hello,

    « Cela n’a visiblement pas empêcher le développement des économies maritimes (certaines très florissantes) … »

    Euh… C’est un contresens majeur. C’est justement par cette limitation de diffusion que ces économies florissantes se sont développées (au détriment des territoires colonisés, soit dit en passant).

    Amicalement,
    Sylvain

  5. L’histoire et l’actualité ont déjà prouvé depuis longtemps que l’homme n’a jamais hésité à sacrifier des vies humaines au nom du pognon.

  6. Les choses ont un peu changé depuis.

    Le logiciel (sous licence GPL) OpenCPN (http://opencpn.org/) permet d’afficher les cartes mises à disposition (gratuitement) par la « National Oceanic and Atmospheric Administration » (http://www.nauticalcharts.noaa.gov/…).

  7. Ptigrouick

    Le logiciel cité par armen est libre, mais je n’ai pas l’impression que ce soit le cas des cartes de la « National Oceanic and Atmospheric Administration ». Gratuites oui, mais pas libres. Comme nous sommes quand même chez Framasoft, j’en profite pour signaler le site OpenSeaMap qui proposent des cartes marines libres issues d’OpenStreetMap : http://www.openseamap.org/index.php

  8. Cet article me rend optimiste.
    Vouloir garder pour soi des connaissances utiles à tous pour gagner de l’argent, ça ne marche qu’un temps.
    La connaissance finit toujours par être diffusée, partagée.
    Avec La Pérouse, on comprend bien que les défenseurs du libre, du partage sont dans le sens de l’Histoire.

  9. Biotaupe

    Un bel exemple récent de l’utilité du partage des cartes et du savoir.
    Jetez un coup d’oeil sur la carte de Port au prince en Haïti détaillée sur http://www.openstreetmap.org/ elle a particulièrement aidé les secouristes et voyez la même cartes chez GoogleMap.

  10. Rien n’a vraiment changé. C’est toujours l’appât du gain qui commande la fermeture des biens culturels ou autre.

  11. En effet, les cartes américaines ne me semblent pas libres (j’avoue ne pas avoir fouillé le site en détail).

    A quand une libération des cartes du Service Hydrographique et Océanographique de la Marine (SHOM pour les intimes) ?

  12. Agent Ty

    Pour aller dans le même sens, une info qui semble-t-il n’a pas été relayée ici : la ville de Paris a ouvert ses données, cf brève de Rue89 : http://www.rue89.com/2011/01/31/la-

  13. Sycophante

    On ne le répêtera jamais assez :
    libre ne veut pas dire gratuit.
    Je suis toujours étonné par les commentaires romantiques amers du style « l’argent gouverne le monde ».
    Hé oui. C’est malheureux quand ça provoque des guerres, mais en même temps quoi de plus normal qu’il y ait des monopoles et des économies ? Lorsque les moines du Moyen-Age ont perdu le monopole du savoir au profit de l’imprimerie ce fut une bonne chose. Mais il faudra toujours payer les gens qui produisent du contenu. Radiohead offfe en téléchargement un album car ils sont… riches. Et que je sache, vous ne travaillez pas gratuitement pour la communauté…
    Même la sacro-sainte notion de liberté est criticable. En ce qui me concerne, je préfère un système d’exploitation fermée qui me protège des virus et m’assure une grande stabilité qu’un PC. D’autres non…
    Chacun voit midi à sa porte et c’est tant mieux.
    Mais la liberté et le gratuit sont deux notions très relatives.

  14. Adrienne

    Armen : si les cartes américaines sont produites par un service dépendant de près ou de loin du gouvernement fédéral, elles sont libres, placées dans le domaine public américain comme tout œuvre produite par une administration fédérale américaines (oui, on est très loin de la France…)

    C’est pour ça que par exemple sur Wikimedia Commons on a des milliers de photos de la NASA et quasi rien de l’Agence spatiale européenne, qu’on a des tonnes de données provenant de la CIA sur tous les pays du monde, etc.

  15. Les cartes nautiques américaines sont en effet mises à disposition de tous car, toutes ces cartes réalisés par l’administration américaine ont déjà été payées une fois par le contribuable. Et ne lui sera re-facturer une seconde fois.

    N’est ce pas une logique intéressante ???

    Un marin amateur.

  16. @ Sycophante:

    Ha haha!

    > Et que je sache, vous ne travaillez pas gratuitement pour la communauté…
    Dire ça sur le Framablog, c’est au mieux de l’ignorance, au pire de la provocation. Merci de vos documenter sur le Libre (mouvement qui dérive du Logiciel Libre).

    > Radiohead offfe en téléchargement un album car ils sont… riches.
    En faire des philanthropes est très gentil, mais je ne pense pas que ça a été leur seule motivation.

    > Même la sacro-sainte notion de liberté est criticable. En ce qui me concerne, je préfère un système d’exploitation fermée qui me protège des virus et m’assure une grande stabilité qu’un PC. D’autres non…

    De quoi donc parlez-vous??? Si vous parlez de Mac, je crains que vous ne soyez pas au courant de tout… Ce système étant basé sur le noyau BSD… reconnu assez « libre » et pourtant comme l’un des plus sécurisé. La sécurité par l’obscure c’est comme tenter de protéger votre maison en la camouflant dans le paysage. Ça marche tant que ceux qui veulent entrer n’essaient pas d’ouvrir la porte…

    > Je suis toujours étonné par les commentaires romantiques amers du style « l’argent gouverne le monde ».

    Donc non, faut pas être si fataliste que ça. L’argent gouverne notre monde actuel, c’est un fait. Mais ce n’est ni obligatoire ni irrémédiable…
    Et ceux qui s’en émeuvent sont ceux qui ont le pouvoir de faire changer le futur.

  17. Ptigrouick

    Pour rebondir sur le commentaire de sailcustom, je voudrais faire une petite remarque sur la situation des données géographiques en France et de notre institut national l’IGN. Il est financé en partie par l’argent public (je crois que c’est 50%) et en partie sur fond propre. Mais ce n’est pas un organisme public. Il fonctionne donc avec une logique commerciale. Notre impôt a servi en partie à payer les cartes qu’il produit, mais vous devez acheter une carte si vous la voulez. On pourrait toujours objecter que les cartes seraient plus chères si c’était 100% financé sur fond propre. En ce qui me concerne, je trouve leurs cartes plutôt chères, mais bon…

    Mais le vrai problème est le suivant : tout organisme public qui souhaite travailler avec des cartes de l’IGN doit acheter ces cartes. Si le CNRS veut une carte, il l’achète à l’IGN. Idem pour le Cemagref où je travaille. Ce sont des organismes publics financés par vos impôts. Ce n’est plus du double paiement, c’est du triple, du quadruple, du quintuple ! Et c’est la même situation dans beaucoup de pays européens. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’a été lancé le projet OpenStreetMap en Angleterre.

    Alors oui les États-Unis ont été bien inspirés d’inscrire dans leur constitution le fait que les données fédérales sont obligatoirement versées dans le domaine public !

  18. Ptigrouick

    > En ce qui me concerne, je préfère un système d’exploitation fermée qui me protège des virus et m’assure une grande stabilité qu’un PC.

    Oulà c’est du troll ça ou quoi ? Moi en ce qui me concerne je préfère utiliser un système d’exploitation ouvert où il n’y a pas de virus. Tu devrais te renseigner, ça s’appelle GNU/Linux ! Tu découvrirais par la même occasion qu’un PC n’est pas « instable », sauf si on le fait fonctionner avec un système instable. Non, non je ne citerai personne. Don’t feed the troll 😉

  19. Sycophante

    « Et que je sache, vous ne travaillez pas gratuitement pour la communauté…
    Dire ça sur le Framablog, c’est au mieux de l’ignorance, au pire de la provocation. Merci de vos documenter sur le Libre (mouvement qui dérive du Logiciel Libre). »

    Bonsoir, je suis tombé par hasard sur cet intéressant article via Twitter. Je ne connais pas ce site, je me contente de réagir sur le fond de ce texte qui m’a interpellé, c’est tout 😉 Je connais très bien le noyau BSD, mais je vous signale que dans MacOS X il y a une surcouche propriétaire qui distingue donc ce système d’exploitation d’un Ubuntu (un très bon OS au demeurant).

    « Oulà c’est du troll ça ou quoi ? Moi en ce qui me concerne je préfère utiliser un système d’exploitation ouvert où il n’y a pas de virus. Tu devrais te renseigner, ça s’appelle GNU/Linux ! Tu découvrirais par la même occasion qu’un PC n’est pas « instable », sauf si on le fait fonctionner avec un système instable. Non, non je ne citerai personne. Don’t feed the troll 😉 ».

    Non, ce n’est pas du troll. Juste un avis construit sur des arguments qui ne semble pas aller dans votre sens, j’en suis désolé 😉 Je parlais dans mon commentaire de l’immense majorité des utilisateurs Windows et j’ai bien pris soin de dire que la solution Mac me convenait, mais que cela pouvait ne pas satisfaire d’autres personnes, d’où mon « Chacun voit midi à sa porte et c’est tant mieux ».

    Je voulais juste dire qu’il est manichéen d’opposer des concepts comme « libres » ou « fermés » quand on sait qu’une firme comme Apple a travaillé en étroite collaboration avec des gens du monde « libre » pour créer Webkit, que l’on retrouve dans bon nombre de navigateurs. Sans parler de Darwin, GCC, GDB, KHTML… Est-ce que cela fait d’Apple des philanthropes? Certainement pas. Il s’agit d’une multinationale prête à faire des profits.
    Je voulais juste dire que la réalité est bien plus complexe qu’une opposition monde libre gentil contre méchantes multinationales même si parfois, hélas, c’est vrai. Il n’y a qu’à voir la confusion open source – libre…

    Encore bravo pour l’article en tout cas, mon commentaire n’arrive pas à la cheville, bonne nuit 😉

  20. Sycophante,

    >Bonsoir, je suis tombé par hasard sur cet intéressant article via Twitter. Je ne connais pas ce site, je me contente de réagir sur le fond de ce texte qui m’a interpellé, c’est tout 😉

    C’est gentil… de venir nous faire la leçon (« On ne le répêtera jamais assez : libre ne veut pas dire gratuit. ») alors même que vous ne savez pas à qui vous vous adressez.
    Il n’y a pas à un seul endroit écrit « gratuit » dans l’article et les occurences de « libre » ne concernent pas le sujet de l’article en lui-même (les cartes marines). Êtes-vous sur d’avoir commenté le fond du texte?

    En tous cas, si vous voulez approfondir cette « réalité est bien plus complexe qu’une opposition monde libre gentil contre méchantes multinationales », le Framablog n’est pas un mauvais endroit :)

  21. Sycophante

    Je ne donnais pas de leçons tel le méchant trolleur que je ne suis pas, mais dans plusieurs commentaires on discute de la problématique du financement des cartes marines il me semble, non sans une certaine amertume. Je me suis permis d’effectuer un parallèle avec l’informatique car dans l’article même le sujet était abordé. Pour l’approfondissement, je vous renvoie à mon commentaire précédent avec le rôle positif d’une multinationale, Apple, dans le développement d’inventions utilisées par le monde libre… J’ai cité des exemples précis mais je n’ai pas eu de réponses. Je ne voulais pas paraitre « obscène » ni jouer au Ping-Pong avec vos commentaires. Désolé si vous vous êtes senti agressé 😉