8 choses à faire et ne pas faire si vous souhaitez sensibiliser au Logiciel Libre

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Mikael Altemark - CC byHier soir je suis tombé sur un article conseil en anglais de la FSFE qui déclinait quelques bonnes et mauvaises pratiques si vous voulez faire connaître le logiciel libre autour de vous (et tout le bien que vous en pensez).

Pour ne pas surcharger la barque Framalang (qui doit tanguer quelque part entre les Seychelles et les Maldives), j’ai choisi de m’adresser à d’autres esclaves bonnes volontés du Libre. Ceux de l’émérite site LinuxFr qui présente la particularité d’abriter en son sein des êtres prêts à tous les sacrifices pour faire avancer La Cause.

Et hop, un rapide journal bien senti avec un Framapad inside, et le tour est joué.

Suffit d’attendre et de ne pas oublier de bien saluer tous ceux qui franchissent le pad (par contre j’avais oublié la bière, désolé).

Et c’est ainsi qu’en plein samedi soir du mois d’août, nous traduisîmes en à peine trois heures et à plusieurs mains (une bonne petite vingtaine, soit, si vous me suivez, dix personnes) ce court exposé plein de bon sens (à la limite de l’enfonçage de portes ouvertes  ?) qui devrait, à n’en pas douter, faire au moins doubler le taux de convertis dès la rentrée prochaine.

Ça a bossé dur et vite en tout cas, rien que pour le titre, on a eu les propositions suivantes  : « De la communication efficace du logiciel libre », « Plaidoyer efficace pour le logiciel libre »[1], « De l’évangélisation efficace du logiciel libre », « Défense efficace du logiciel libre », pour finalement retenir « Promouvoir efficacement le logiciel libre ».

Plus sérieusement, grand merci à mes (éphémères) compagnons de route (longue mais libre) pour ce traducthon improvisé. Je reste, comme au premier jour, fasciné par tout ce que l’on peut réaliser ensemble, de GNU/Linux à cette toute modeste traduction plurielle.

Promouvoir efficacement le logiciel libre

Effective Free Software advocacy

Sam Tuke – 10 août 2011 – FSFE
(Traduction collective LinuxFr  : NeoX, mansuetus, Roro7302, Jeece, eastwind, crabs, fiuzzy, oktail, qdii et quelques autres anonymous)

Expliquer ce qu’est le logiciel libre est une tâche importante mais parfois délicate et difficile. Des concepts et une terminologie complexes, de subtiles variantes et un contexte social, politique et économique particulier, peuvent nous éloigner d’une communication efficace. Ces quelques lignes ont pour but de vous aider à présenter vos propos pour qu’ils soient à la fois plus clairs, cohérents et convaincants.

1) À faire  : Dès qu’une occasion se présente, parler ouvertement et régulièrement du logiciel libre avec vos amis et vos proches.

1) À éviter  : Critiquer les autres pour leur désintérêt ou leur manque de compréhension du logiciel libre. Essayez plutôt d’écouter ceux qui ne sont pas d’accord avec vous en n’essayant pas de les forcer à adopter votre point de vue. Le logiciel libre est un sujet intrinsèquement important. Mais si une personne en particulier ne peut en appréhender sa valeur, alors n’insistez pas et attendez de trouver quelqu’un d’autre qui sera prêt à poursuivre la discussion avec vous.

2) À faire  : Présenter, de manière constructive, des exemples réels de problèmes posés par les logiciels propriétaires. Faire allusion au vendeur peut être tout aussi efficace que de mentionner le nom d’une entreprise.

2) À éviter  : Focaliser sa critique du logiciel propriétaire sur une seule et unique entreprise. Si vous avez besoin de nommer une entreprise, essayez d’en citer d’autres. Les problèmes liés aux logiciels non libres sont génériques. Partir d’une situation globale affectant une pratique ou un marché donnera plus de poids à vos arguments et évitera les partis pris.

3) À faire  : Citer les faits et les sources à chaque fois que cela est possible et être clair sur la provenance des informations. Si vous ne pouvez pas vous souvenir immédiatement de la référence, pensez à la transmettre plus tard par courrier électronique.

3) À éviter  : Baser votre argumentation sur des informations non ou mal sourcées. Tenez-vous-en aux faits, et laissez les hypothèses de travail, les généralités et les suppositions pour les rares occasions où elles pourront être vraiment utiles.

4) À faire  : Choisir avec soin vos arguments selon votre propre niveau de compréhension et celui de votre auditoire. Restez concentré sur les sujets que vous maîtrisez, ceux pour lesquels vous avez une expérience personnelle (même modeste) et dans lesquels vos auditeurs seront susceptibles de se reconnaître.

4) À éviter  : Ennuyer ou irriter un auditoire inadapté et non préparé à un discours par trop technique ou philosophique. Vous êtes naturellement motivé pour parler en long et en large de vos sujets ou concepts favoris, mais rappelez-vous que si le but est de communiquer sur le logiciel libre, alors il vous faut déterminer au préalable l’interêt et le niveau technique de votre auditoire et adapter votre discours en conséquence.

5) À faire  : Faire preuve de patience, de calme, de raison et d’objectivité dans votre communication. Évitez les situations de crises et sinon tentez de les désamorçer.

5) À éviter  : Être pressant, aggressif ou trop impliqué personnellement dans vos propos. Vous n’avez rien à prouver et le logiciel libre continuera à vivre quel que soit l’avis d’un individu ou d’un groupe. Soyez simplement constructif dans vos propositions.

6) À faire  : Rencontrer et discuter avec des personnes potentiellement intéressées par le logiciel libre. Sollicitez ces contacts et veillez à vous montrer disponible pour répondre à leurs demandes.

6) À éviter  : Passer votre temps à contacter des personnes qui ont clairement manifesté leur désintérêt pour le sujet. Vous seriez plus utile en d’autres lieux.

7) À faire  : Effectuer des démonstrations de logiciels libres de qualité, en particulier si vous les utilisez vous-même. Voir c’est retenir, et montrer comment vous tirez profit des logiciels libres au quotidien peut être plus percutant que n’importe quel argument idéologique.

7) À éviter  : Promettre ou insinuer des choses que les logiciels libres ne peuvent pas apporter. Vous pouvez faire énormément de choses avec des logiciels libres, mais vous ne pouvez pas tout faire, et prétendre le contraire ne ferait que nourrir des attentes et mènerait à la frustation et la déception.

8) À faire  : Trouver des moyens d’inviter les nouveaux venus à rencontrer d’autres partisans du logiciel libre et à assister à des évènements organisés par des groupes d’utilisateurs locaux. Essayez de réunir des personnes ayant des centres d’intérêts communs est également un terreau favorable pour les nouveaux arrivants dans le monde du logiciel libre.

8) À éviter  : Espérer que chaque personne croisée souhaite adhérer et participer à vos groupes d’utilisateurs de logiciels libres (LUG) ou à votre hackerspace. La plupart des gens ne se déplacent à une manifestation, une rencontre, que si cela correspond à leurs centres d’intérêts et leur niveau de compréhension. Seuls certains de vos contacts sont prêts à accorder une partie de leur temps libre à ce genre d’évènement . Lorsque c’est le cas, n’oubliez pas de rester accueillant et patient.

Notes

[1] Crédit photo  : Mikael Altemark (Creative Commons By)

11 Réponses

  1. firelink

    t’ a oublié qu’un des titres proposés était : des techniques de propagandes efficaces dans la croisade pour la libération du logiciel -aka Penguin liberation front -PLF-

    il m’a bien fait rire celui là en tout cas .

  2. excellent et utile.
    à mettre en pratique le + vite possible.
    je pense que ça rejoint les mêmes objectifs que la campagne le libre près de chez vous.
    http://wiki.april.org/w/Le_Libre_pr

  3. Kalenx

    Mwouais, intéressant mais néanmoins… plusieurs phrases passe-partout et pas vraiment reliées au débat :

    « À éviter : Baser votre argumentation sur des informations non ou mal sourcées. »

    Judicieux conseil auquel je n’aurais jamais pensé…

    « À éviter : Être pressant, aggressif ou trop impliqué personnellement dans vos propos. »

    Vous pouvez aussi taper sur votre interlocuteur s’il ne comprend pas assez vite.

    « À éviter : Passer votre temps à contacter des personnes qui ont clairement manifesté leur désintérêt pour le sujet. »

    Demain, je vais convaincre Ballmer de passer Windows sous GPL!

    « À éviter : Promettre ou insinuer des choses que les logiciels libres ne peuvent pas apporter. « 

    Avec Ubuntu vient un utilitaire de téléportation qui vous permet d’aller à n’importe quel endroit sur la planète.

    « À éviter : Critiquer les autres pour leur désintérêt ou leur manque de compréhension du logiciel libre. »

    Oui, c’est vrai, laissez les gens vous traiter de bisounours communiste, après tout, ce n’est pas comme si c’étaient des chefs d’entreprise ou des dirigeants… Leur avis importe peu, effectivement.

    ###########################

    Non, le vrai problème avec la « communication » du LL, c’est que pour la plupart des gens, les libristes s’apparentent à une sorte de club que personne ne comprend vraiment, des gens déconnectés de la vie qui n’ont rien d’autre à faire que de passer leurs journées devant des écrans d’ordinateur pour y taper des caractères abscons.

    Après, même si vous :
    1) Parlez régulièrement du LL (vous n’aurez que plus l’air d’un fanatique)
    2) Présenter, de manière constructive, des exemples réels de problèmes (vous passerez simplement pour un minable incapable d’acheter Microsoft Excel ou Photoshop)
    3) Citer les faits et les sources à chaque fois que cela est possible (vous aurez encore _plus_ l’air d’un fanatique, comme si le fait d’être un Wikipédia ambulant donnait plus de poids à vos propos)
    4) Choisir avec soin vos arguments selon votre propre niveau de compréhension et celui de votre auditoire (vous vous apercevrez que le niveau de compréhension de votre auditoire se résume à Microsoft/Word/Apple/Google/Facebook, et encore, pas facile de suivre les autres conseils dans ces conditions).
    5) Faire preuve de patience, de calme, de raison et d’objectivité dans votre communication (dommage que dans le camp d’en face ils ne le fassent pas…)
    6) Rencontrer et discuter avec des personnes potentiellement intéressées par le logiciel libre (que vous pourrez compter sur les doigts d’une main, et ça c’est quand ça ne sera pas des révolutionnaires en puissance voulant renverser le système mondial et qui croient que vous êtes un hacker au mauvais sens du terme qui peut mettre à terre les systèmes informatiques d’un gouvernement).
    7) Effectuer des démonstrations de logiciels libres de qualité, en particulier si vous les utilisez vous-même (où vous vous apercevrez que la perception de la qualité se résume pour certaines personnes à « être pareil que x » où x est un produit propriétaire).
    8) Trouver des moyens d’inviter les nouveaux venus à rencontrer d’autres partisans du logiciel libre et à assister à des évènements organisés par des groupes d’utilisateurs locaux (et là définitivement, pour la plupart des gens, entre vous et la Scientologie, il n’y a plus de différence).

    Le vrai problème, c’est que les débats s’orientent toujours vers des sujets débiles (GNU/Linux est-il prêt pour le grand public? Un logiciel « gratuit » peut-il être aussi bon qu’un payant? GNU/Linux n’est-il pas qu’un ramassis non intégré de technologies éparses, au contraire de Microsoft? Si Linux est si bien, alors pourquoi n’a-t-il que 1% de PDM?) qui n’ont pas plus de rapport que de demander aux premiers fabricants d’automobiles si leur invention a de l’avenir puisqu’elle ne peut pas fonctionner au foin contrairement à la technologie concurrente.

    Ce qu’il faudrait, c’est une volonté politique : on la voit dans certains pays (le Brésil entre autres), mais dans le monde occidental, ça manque cruellement. Tant qu’il n’y aura pas un gouvernement assez courageux pour interdire les brevets logiciels et autres stupidités, pour forcer la mise en place de protocoles et formats ouverts et documentés, pour comprendre que des appels d’offre « ouverts » du genre « 3700 licences de Microsoft Office » ne sont pas acceptables, eh bien rien n’avancera.

    Oui, vous parviendrez peut-être à convaincre 2-3 personnes, à faire comme moi et à installer Linux sur des PC secondaires, mais rien ne changera durablement. Hélas.

  4. Thomas

    En résumé : soyez bien mous, très gentils et laissez les gens qui ne sont pas d’accord tranquilles. On va avancer vite, je le sens.

  5. patrick-g

    Pour le dernier paragraphe, j’aurais plutôt mis :

    À éviter : Espérez que chaque personne que vous rencontrez souhaite participer à votre groupe d’utilisateurs de logiciels libres (LUG) ou à votre Hacklab La plupart des gens ne viendront une fois, ou plus, à un évènement social ou communautaire, que si ça les arrangent et correspond à leurs niveaux d’intérêt et de compréhension. Même quand c’est le cas, attendez-vous à devoir être accueillant et patient et à ce que seulement très peu de vos contacts soient prêt à donner de leur temps libre pour un tel d’évènement.

    Hacklab est plus couramment employé que hackerspace en Europe, mais les 2 conviennent.
    Je pense qu’il parle vraiment de niveau d’intérêt : on peut être intéressé par VLC ou LibreOffice mais assez peu par la façon de configurer toutes leur options de compilation.

  6. Emmanuel

    Ce type d’argumentation est tout à fait passe partout : avec quelques modifications, les témoins de Jéhovah utilisent la technique.

    Je ne suis ni un fanatique des LL mais j’aime bien cette philosophie et je suis loin d’être un spécialiste ; mais j’ai fait passer pas mal de monde de mon entourage vers des LL. Ces logiciels étant efficaces et ergonomiques, tous les utilisateurs migrent sans difficulté vers les LL (Open Office, Firefox, Ubuntu, etc). Mais à la moindre difficultés, ils consultent leur entourage et ils re-migrent avec la même facilité vers des logiciels non libres qui, s’ils sont moins ergonomiques, leurs sont plus familiers pour des raisons d’utilisations professionnels…

  7. C’est la nouvelle prière du soir ?

    Je pense que l’on peut appliquer cette série de recommandations pour n’importe quel sujet, même le logiciel propriétaire.

    C’est juste un rappel sur une manière de communiquer.
    À savoir si cela est plus efficace…

  8. anonyme

    @Kalenx 22 août 2011 06:22

    C’est tellement ca…

    Et il faudrait effectivement (comme pour le reste, ya pas trop de raisons) passer par le pouvoir(d’une manière ou d’une autre) pour arrêter de perdre notre temps si précieux.

    Je crains que l’idéal soit de « faire comme les autres », parler de rien ou presque, sauf si ca vient facilement a la discutions et se la pété grave autant de fois que possible avec tous ses logiciels libre installés sur sa machine.
    Ah et bien sur, dire a tous le monde d’aller se faire enculer si il veut de l’aide pour ses daubasses pas libres mais qu’en revanche si c’est pour du libre ca se négocie.

    Gain de temps et c’est au moins aussi efficace.

  9. @Kalenx,

    La volonté politique, elle est bel et bien là : celle de ne pas trop faire tiquer les grosses boites d’info (et en première ligne Crimosoft *) parce que mine de rien ce sont des industriels. (Inutile de rappeler à quel point le gouvernement actuel est à la botte des industriels, français ou non).
    Les petites boites open source, on y accorde à peine de l’attention (et quand on le fait, c’est dans la mesure où elle promet de devenir grosse). Alors les associations du mouvement libre, c’est plutôt des empêcheurs de lécher les bottes en rond.

    D’ailleurs le cas du Brésil est symptomatique : s’ils promeuvent autant le libre c’est parce qu’ils peuvent ainsi être indépendant des multinationales informatiques.

    Il ne faut rien attendre des hauts lieux en matière d’adoption du libre car c’est le terrain de jeu des lobbies. A moins d’utiliser les mêmes armes que les industriels… ce que fait en partie l’April.

    * On se souviendra de la polémique de la standardisation d’OpenXML avec le fameux vote blanc français de dernière minute ou encore de la déconstruction méthodique du RGI avant qu’il ne soit signé.

  10. Mon argumentaire:

    Rien n’est jamais gratuit, le juste prix existe. Celui d’un cadre informatique moyen dans un pays Y de votre choix payant des charges sociales et vous permettant une évolution de carrière de l’université a la retraite .

    L’open source comble les écarts de prix entre l’acquisition d’un produit propriétaire au profit d’actionnaires soutenus par une armée de cadres en col blancs contre le prix de son re développement

    L’open source produit des logiciels qui sur le long terme sont de qualité supérieur car le code est ouvert, critiquable , améliorable, auto apprentissable , debuggé par de nombreux utilisateurs .

    L’important n’est pas le cout de développement mais la quantité des utilisateurs et leurs habitudes d’utilisation ( cette pratique est aussi utilisée par les logiciels propriétaires qui ferment les yeux sur le piratage et qui foisonnent de version gratuites ) a la différence dans l’open source les utilisateurs peuvent changer ou participer a un meilleur produit alors que tout est organisé dans le monde propriétaire pour rendre le changement compliqué par de nombreux accords commerciaux entre éditeurs

    L’open source se nourri de sa communauté et de ses contributions qui peuvent être multiples de la simple utilisation, au développement ou a une contribution financière. Cette contribution doit être négociable dans une discussion civique permettant de préserver la communauté.

  11. On dit « Cotisations sociales » et non « charges » qui est le vocabulaire des esclavagistes:

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Cotisa

    Et sinon on parle de Logiciels Libres, pas d’open sources de mes deux.