Le Raspberry Pi sauvera-t-il le Royaume-Uni ?

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Grand succès pour le mini ordinateur sous GNU/Linux Raspberry Pi, officiellement disponible à la vente depuis une semaine pour une trentaine d’euros. Plutôt que nous extasier (à juste titre) sur ses caractéristiques techniques, nous en avions souligné ses potentialités éducatives dans un article précédent.

Mais pour le mettre entre les mains des écoliers il faut bien le produire en masse. ce qui présente, d’après Pete Nelson, une belle opportunité économique pour le pays qui l’a vu naître.

Une traduction qui fait vibrer la fibre patriotique mais qui permet aussi en creux de s’interroger sur la situation française en cette période électorale. Angleterre et France, ces deux vieux pays rois de la Révolution industrielle[1], sauront-ils retrouver leur place dans le domaine du matériel et logiciel informatique  ?

La réponse est peut-être une fois de plus à chercher du côté du Libre.

Katherine Johnson - CC by

Pourquoi le Raspberry Pi va sauver le Royaume-Uni

Why the Raspberry Pi will save the UK

Pete Nelson – 6 marc 2012 – Blog perso
(Traduction Framlang  : OranginaRouge, ZeHiro, nh2, Lamessen)

Le Royaume-Uni a un riche passé d’ingénierie et d’industrie. La révolution industrielle y a commencé et depuis ce jour nous avons assisté au développement d’une ingénierie fiable, solide et bien pensée.

Malheureusement, durant le dernier quart du 20ième siècle, des décisions ont été prises pour mettre à mal l’assise de notre ingénierie et de nos industries de façon à ce que nous, société de consommation, puissions acheter des produits moins chers auquels nous ferions moins attention. Pour combler le déficit, nous nous sommes appuyés de plus en plus sur la City de Londres et nous l’avons dérégulée afin de s’assurer qu’elle attire les investisseurs du monde entier. Alors que la City générait de l’argent pour le pays, le reste d’entre nous se mettait au travail pour subvenir aux besoins de la nation – quelqu’ils soient – généralement en dépensant de l’argent dans de la nourriture de marque distributeur ou des débits de boissons. Pendant ce temps, ceux qui se démenaient à produire des biens réels perdaient leurs CDI au profit de contrats gérés par des sociétés de service afin que les entreprises puissent embaucher et licencier aussi vite qu’ils le souhaitaient, alors que ces suceurs de sang grattaient un gros pourcentage sur les salaires.

Mais il y a une industrie qui peut changer les choses au Royaume-Uni  : le logiciel. Nous avons un solide héritage en matière de matériel informatique et de logiciel dans ce pays mais la beauté du développement logiciel est qu’il peut être réalisé par n’importe qui, à n’importe quel endroit avec un minimum d’investissement. Le coût le plus important est de loin la formation du personnel pour qu’il soit capable de développer un logiciel  ; bien qu’il soit très simple d’acquérir les bases, ça reste un métier qui nécessite des connaissances en ingénierie et une expérience pratique.

C’est là que le Raspberry Pi peut nous sauver  : il est désormais possible pour le gouvernement de fournir à moindre coût et à chaque enfant de ce pays une machine qu’il pourra emporter chez lui et avec laquelle il pourra jouer. En outre, si le gouvernement tient sa promesse d’arrêter de donner des cours sur l’utilisation de Microsoft Word et commence à enseigner des sujets dignes de ce nom, nous aurons bientôt une génération de travailleurs hautement qualifiés à portée de main, prêts à exporter des produits dans le monde.

La programmation n’est pas faite pour tout le monde, bien entendu, mais le développement d’un logiciel ne se résume pas à de la programmation, il y est aussi une question de conception , d’idées, de raisonnements et d’organisation. Nous avons déjà de super entreprises de design, de jeux, de développement web et logiciel dans ce pays (bien que minoritaires) – si les représentants de ces industries pouvaient aller dans cette direction et développer massivement ces industries au point de venir concurrencer les leaders américains alors nous serions sur la bonne voie.

C’est génial d’entendre que Nissan a créé de nouveaux emplois dans le pays mais je crois qu’il est nécessaire de commencer à s’éloigner de ces industries antiques et de créer une main d’œuvre locale, décentralisée et hautement qualifiée composée de créateurs, dans l’objectif d’exporter à nouveau.

Et nous devons commencer à donner à l’industrie du logiciel le respect qu’elle connaît aux États-Unis. Au moment où je vous écris, le Raspberry Pi se vend à 700 unités par seconde et cela me redonne confiance en ce monde – qu’une initiative à but non lucratif et une conception désintéréssée puisse avoir autant de succès. Et j’aime qu’il soit basé sur une autre technologie de Cambridge qui a changé le monde (et qui a confirmé que nous, britanniques, pouvons encore produire des choses)  : la puce ARM.

Notes

[1] Crédit photo  : Katherine Johnson (Creative Commons By)

7 Réponses

  1. Il n’y a plus qu’à souhaiter que http://www.open-pandora.org connaisse le même succès… (ils ont eu des problèmes comparables à surmonter, mais s’en sont plus mal sortis)

  2. Amic

    Et quel prix aurait ce Raspberry Pi s’il était effectivement fabriqué localement ? Apparemment ils n’ont pas réussi à le faire, mais c’était dans leur but.

    Franchement je pense que ça ira aussi mieux le jour où les gens franchiront le pas d’acheter un truc en le payant plus cher juste pour qu’il soit fabriqué proche (logiciel comme matériel).

    Enfin en tout cas un beau projet, vivement qu’on voit ce qu’ils en font !

  3. lotfi

    Non, c’est fabriqué en Chine, comme toujours
    On ne pourrais pas l’avoir à 25 USD sinon… par contre ils sont en rupture de stock terrible

  4. Frilouz

    Est-il encore possible de fabriquer localement ?
    Même un type comme Dyson, qui avait monté son usine d’aspirateurs en Angleterre a fini par délocaliser sa production en Malaisie.
    Pour ce qui est du logiciel, il y a gros à parier que si les spécifications sont élaborées en Grande Bretagne, le gros du code soit développé en Inde, qui regorge d’ingénieurs créatifs et très compétents, et bien moins cher que les anglais, et le transport ne coute rien…
    Ce n’est pas si facile d’inverser la vapeur.

    http://www.latribune.fr/entreprises

  5. marcus

    C’est intéressant ce que tu dis Amic, je rêve de voir une étude sur ce que coûterait réellement du matériel produit sur place avec une marge de profit raisonnable pour le patrona sans tomber dans les excès qu’on connait actuellement.

  6. Ça me rappelle que dans les années 80, il existait des ordinateurs franco-anglais, dans la gamme des minis comme on appelait ça à l’époque : système d’exploitation avec sgbd anglais (système PICK) et matériel français (Intertechnique ou quelque chose d’approchant).
    C’était vraiment bien conçu, installé en 1985, a passé l’an 2000, sans avoir besoin de toucher une ligne de code.

  7. verdonian

    Exact, Piyou, j’en étais.
    l’écart de marge sert juste à engraisser les fonds de pensions.
    …et non pas à faire de la R&D.