Maraval, Depardieu et les licences libres, par Jérémie Nestel

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Que les gros salaires lèvent le doigt, surtout en temps de crise… Mais ce qu’il y a peut-être de plus intéressant dans l’affaire Depardieu, ce qu’elle a rebondi sur une mise en accusation globale du financement du cinéma français, grâce à une tribune mordante de Vincent Maraval dans Le Monde.

On notera au passage que c’est un producteur qui a mis les pieds dans le plat et non un journaliste, ce qui en dit long sur l’inféodation d’une profession qui préfère se voiler la face en se cantonnant à voir des films (gratos) en pondant leur anecdotique et souvent insignifiant « J’aime / J’aime pas ».

« Le système est sclérosé », surenchérit ici Jérémie Nestel, du collectif Libre Accès, en insistant sur une revendication dont le persistant refus devient de plus en plus difficile à justifier : ce qui est financé sur fonds publics doit être placé tôt ou tard sous licence libre. Tard ce serait ici pas plus d’une dizaine d’années en n’attendant surtout pas la trop lointaine échéance du domaine public, 70 ans après les morts de tous les protagonistes d’un film !

Musique, littérature, cinéma… Internet révèle chaque jour davantage une culture soumise à l’industrie culturelle qui ne profite qu’à une minorité, qui criminalise le partage et qui ne peut ou veut s’adapter à son époque.

Vincent Roche - CC by-sa

Pour un cinéma promouvant le droit au partage

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Jérémie Nestel – 6 janvier 2013 – Libre Accès
Licence Art Libre

Notre mémoire collective contribue à forger une morale commune fait de références similaires.

Cette mémoire collective repose essentiellement sur « des œuvres de l’esprit ».

L’incapacité des politiques à préserver les biens communs dont ceux issus des œuvres de l’esprit annonce la fin du contrat social de notre société.

Pourquoi aliéner notre liberté à une société privilégiant des intérêts particuliers à l’intérêt général ?

Les débats autour d’Hadopi, du droit d’auteur et des nouvelles taxes demandées au public pour financer des rentes à vie aux stars des médias et aux multinationales du divertissement trouvent un écho à deux articles du monde commentant l’exil fiscal de Depardieu.

Tout d’abord ce premier article du Monde « Depardieu, enfant perdu de la patrie » faisant le parallèle entre la volonté de Depardieu de renoncer à sa nationalité et une thèse de Pierre Maillot sur l’identification des Français aux acteurs.

L’article suggère que « le Français qui se reconnaît dans Depardieu se reconnaît perdu ». En choisissant l’exil et « sa déchéance nationale » Depardieu devient le symbole d’une France dont le lien social est brisé.

Le deuxième article du Monde « Les artistes français sont trop payés », coup de gueule du producteur Vincent Maraval, qui relativise l’exil de Depardieu au regard des salaires indécents des acteurs du cinéma Français.

On y apprend que le salaire des acteurs n’est pas lié à la recette commerciale de leur film mais à leur capacité à obtenir les fonds cumulés du CNC, des taxes, des avantages fiscaux et de la télévision publique.

« Est-il normal qu’un Daniel Auteuil, dont les quatre derniers films représentent des échecs financiers de taille, continue à toucher des cachets de 1,5 million d’euros sur des films coproduits par France Télévision ? »

Cet article nous apprend qu’aucune des grandes productions françaises ne doit sa viabilité économique à son exploitation commerciale mais uniquement au financement public direct ou indirect.

Ces fonds publics ne servent pas à faire émerger une esthétique cinématographique française mais à maintenir une société d’acteurs et de producteurs percevant des millions.

Système complètement sclérosé où les réseaux de distribution des salles de cinéma et des chaînes de télévision sont saturés par des grosses productions françaises ou américaines et incapables de s’adapter à la démocratisation des outils numériques de production cinématographique et à la multiplicité des réalisateurs !

L’article de Maraval aura donné lieu à des réactions en chaîne du milieu du cinéma, Libération annonçant même une série de conférences dédiées.

On y apprendra pèle mêle :

Thomas Langmann : « Le système d’avance sur recette du CNC, symbole de l’exception culturelle française, est devenu un comité de copinage. Formé de trois collèges, les choix de l’avance sur recettes restent entièrement à la discrétion de ces commissions. ».

Olivier Bomsel : « Les chaînes françaises n’achètent donc que des créneaux de diffusion : leur seul actif est la valorisation instantanée par la diffusion ».

C’est peut-être là le plus grand scandale, au final. Qu’importe que des acteurs perçoivent des millions comme Daniel Auteuil grâce à des fonds publics, mais pourquoi priver les Français de leur droit au partage sur des productions qu’ils ont contribué à financer ?

Si Canal plus avec Studio Canal détient un catalogue grâce aux films qu’ils ont produits, pourquoi interdire ce droit aux chaînes publiques, chaînes publiques qui appartiennent aux Français ?

La société française est prise en otage d’une économie cinématographique et musicale défaillante ne pouvant se maintenir qu’en exigeant toujours plus de taxes, et en privant les français de leur droit au partage. Dans ce contexte surprenante intervention de la ministre de la Culture Aurélie Filippetti, à la tribune de Maraval, pour affirmer que le mode de financement du cinéma est « un un système vertueux ». Pour pérenniser un système défaillant on ne parlera pas d’une nouvelle économie bâtie sur le partage mais de régulation.

En toile de fond, de l’affaire Depardieu, on retiendra sa capacité à mobiliser sur une affaire somme toute personnelle, deux présidents de la République : Incroyable pouvoir d’influence des acteurs du cinéma sur le politique !

Ce n’est donc pas demain qu’un Ministre de la Culture affirmera que tout film produit à l’aide de financement public (CNC, de France Télévision, aides régionales, Européenne etc.) puisse être diffusé sous une licence libre favorisant le partage. L’appropriation « des catalogues de films » par les multinationales du divertissement vole à notre humanité des pans entiers de notre culture commune. Il n’est donc pas injuste de penser qu’au bout de dix ans d’exploitation un film puisse être diffusé sous une licence libre compte tenu que ceux qui l’ont réalisé ont déjà été rémunérés.

Le partage, l’échange de films qui ont marqué notre vie est un acte social à l’heure du numérique aussi banal que de chanter en famille des chansons en fin de dîner.

Crédit photo : Vincent Roche (Creative Commons By-Sa)

16 Réponses

  1. « Le partage, l’échange de films qui ont marqué notre vie est un acte social à l’heure du numérique aussi banal que de chanter en famille des chansons en fin de dîner. »

    Effectivement… c’est la raison pour laquelle certains « ayant-droit » rêvent de pouvoir un jour monayer les chants de repas de famille et les a capellas de salle de bain…

    D’ailleurs, avec le brevet de Microsoft sur la technique permettant de comptabiliser le nombre de spectateurs devant une télé, on est pas loin de ce délire…

  2. Une petite co(q)uille : s/Depardien/Depardieu/

    En tous cas, c’est sur : dans l’affaire, producteurs et stars ont le beurre (leurs salaires faramineux), l’argent du beurre (à l’avance et non indexé sur les résultats des films) et le cul de la crémière (avec tous les droits d’auteurs qui vont bien) (sic).

    Ah oui, au cas où vous l’auriez loupé, la crémière, c’est nous.

    Quand à nos fameux journalistes, ce sont les plus à plaindre : pour avoir lu quelques unes de leurs réactions, c’est hilarant (enfin, d’un certain point de vue…) : très fort en noyage de poisson. En train de lécher les pieds des nantis pour avoir l’insigne honneur de ramasser leurs miettes.

    Comme quoi la crise a ses bons côtés.

  3. J’ai une question : les cachets de Daniel Auteuil, ils sont financés par tous les français ou uniquement par ceux qui paient la redevance ?

  4. Un amendement au programme du Parti Pirate propose explicitement la mise sous licence libre des productions financées avec de l’argent public.

    http://wiki.partipirate.org/wiki/Ag

  5. @gnuzer,

    c’est assez compliqué et plutôt obscur, mais les cachets sont financés pour partie par de l’argent privé, de l’argent faussement privé (indirectement public) et de l’argent directement public :

    - directement privé : les différents financement privés, évidemment, notamment les chaines de TV privées
    – faussement privé : les chaines de TV publiques et le CNC (financé notamment par une taxe de 1€ sur chaque place de ciné, donc de l’argent public)
    – public : les subvention des régions et de l’État

    NB : les chaines de TV sont **obligées** de financer le cinéma français.

    PS : je ne suis pas du tout spécialiste du sujet, toutes mes infos sont de secondes main.

  6. Votre article s’appuie beaucoup trop fort sur l’idée fausse que les deniers publics financent le cinéma : c’est faux. Le CNC redistribue de l’argent aux producteurs en fonction du nombre d’entrées que réalisent leurs précédents films (mécanisme dit du soutien financier). Cet argent est prélevé directement grâce à la taxe spéciale sur le prix des places de spectacles cinématographiques (10.72%). Autrement dit, les films qui font le plus d’entrées sont ceux qui participent le plus au financement de la création. Il y a ensuite la Taxe sur les services de télévision, payée par les chaînes au CNC.
    Un film français est généralement financé par un apport du producteur (en fonds propre ou en soutien financier), par les différents minima garantis versés par le distributeur au titre de l’exploitation du film en salles, en vidéo, en VOD, à l’étranger. Egalement parfois par l’apport de coproducteurs étrangers. Par des SOFICAS, qui effectuent un placement de fonds de particuliers moyennant des avantages fiscaux. Un film est également souvent préacheté et/ou coproduit par une chaine de télévision. Canal + pour la première fenêtre d’exploitation cryptée préachete environ 130 films en 2011 sur un total de 272 films agrées sur l’année (moins de 50%) pour un total de presque 200 millions d’euros. Puis quelques films sont financés par les chaînes en clair :126 films pour 146 millions. Et là France télévisions (France 2 et France 3 confondues) en préachète environ une cinquantaine. Enfin un film peut bénficier d’aides régionales en fonction de son lieu de tournage et des aides du CNC : avance sur recettes, dont 49 films ont gratifiés en 2011 représentant une enveloppe totale de 20 millions ; avance après réalisation pour 10 films pour un total d’un million.

    Dire que l’argent public FINANCE 1) le cinéma français, 2) les salaires des acteurs, c’est tout de même gonflé. La course aux castings dits « puissants » par les chaines de télévision (notamment TF1 et M6) est une raison de l’inflation des salaires certes. Rappelons aussi que l’investissement de ces deux chaînes est fait avec de l’argent privé et représente une obligation légale. Ces investissements se font de plus en plus importants sur un nombre de plus en plus faible de films. Pour changer ça, il faut prévoir des clauses de diversité qui sont inexistantes.

  7. @Cisco 1. 146 millions de financement des chaînes publics contre 200 millions pour Canal+, avec la différence que CANAL + possède les droits d’exploitations de ces films et non les chaines publics qui ont juste un droit de diffusion. Si tous les films produits par France télévision appartenaient au Français « qui les ont financés », une grande part des œuvres cinématographique pourraient librement et légalement s’échanger.
    2. Ce n’est pas moi qui dit que le financement du CNC est opaque mais des grands producteurs français, difficile d’y voir clair …
    3. Si Un film perçois une aide du CNC, ou de la région etc. indirectement c’est bien le peuple français qui en est le producteur, il doit donc en conséquence pouvoir partager ses films librement.

  8. @Jérémie Nestel : 146 millions pour l’ensemble de chaînes gratuites en clair : TF1 qui est le plus gros financeur, France 2 et France 3, couplée sous l’appellation France Télévisions, qui suivent, M6, Arte. On est donc loin de 146 millions pour France Télévisions mais on doit pouvoir estimer l’apport des deux chaînes publiques à 35 et 25 millions d’euros. Rappelons le, investissement réalisé sur une quarantaine de films. A la différence de Canal +, qui préachète un droit de diffusion en crypté pour ses abonnés en participant au financement dudit film, France 2 et France 3 (à l’instar des autres chaînes gratuites) réalisent un investissement qui revet deux natures : comme la chaînes cryptée, une partie de leur investissement est un préachat, c’est à dire que la chaîne participe au financement du film en achetant un droit de diffusion ultérieur, mais aussi un investissement sous forme de PART DE COPRODUCTION : en fonction des négociations entre la chaîne et le producteur, les filiales de coproduction de France 2 et France 3 se voient attribué un dpourcentage de droit à recettes sur les différentes exploitations du film. Autrement dit, en fonction du succès commercial du film, que ce soit en salles, mais aussi en vidéo, à l’étranger, ou ensuite à la télé lors des différents rachats du film par des chaines, France 2 et France 3 touchent de l’argent. Argent qui n’est pas redistribué aux Français qui « ont financé » les films.
    Rappelons également que l’investissement réalisé par les chaînes gratuites répond à une obligation légale : 3,2% du chiffre d’affaire antenne réalisé par la chaîne. Autrement dit, 3,2% des recettes publicitaires générées par la chaîne. Car, oui, France 2 et France 3 ne dérogent pas à la règle et ne sont pas subventionnées à 100% mais génèrent bien des recettes publicitaires. Dont 3.2% sont réinvestis dans le financement de l’industrie cinématographique. On ne se parle donc pas de l’argent du contribuable (il serait en revanche intéressant de soulever l’accès gratuit aux différents monuments et musées financés par le contribuable…).
    Précisons maintenant que l’investissement de France 2 en 2011 s’est fait dans des films dont le devis moyen est de 9,88 millions d’€, 7,95 millions pour France 3. Quand on sait que le devis moyen d’un film en france est de 5.4 millions d’€, on peut globalement penser que ces deux chaînes publiques participent de l’inflation des budgets. Rappelons enfin que le film Astérix, tant décrié par Maraval, dont il est pourtant un des financiers, en raison du coût du casting et de la faible rentabilité du film, à fait l’objet d’un investissement groupé de la part de France 2 et France 3 de plus de 5 millions d’euros (l’info est facilement vérifiable) : peut-être faudrait-il alors revoir la politique d’investissement de ces deux chaînes.
    Enfin parlons nous des aides véritablement versées par le CNC : avance sur recettes et avance après réalisation, qui concernent entre 50 et 60 films par an pour un total de 21 millions d’euros en 2011. Sachant que 272 films ont été produits cette année là pour une dépense globale de 1.4 milliards d’euros. On se parle donc de 1,5% du coût global de la production cinématographique global de l’année 2011. Pour finir, je ne pense même pas que ces 21 millions soient directement versés par le contribuable : le CNC prélève comme je le disais précédemment la TST (auprès des chaînes) soit 630 millions en 2011 et la taxe spéciale sur le prix des places de spectacles cinématographiques (10.72%) soit 143 millions d’euros qui n’est donc pas prélevée auprès du contribuable français mais uniquement auprès des personnes qui paient une place de cinéma. Il existe aussi une taxe sur l’exploitation vidéo qui a généré 30 millions d’euros en 2011 (total de 800 millions d’euros prélevé).
    Concernant les aides régionales, je ne maîtrise pas suffisamment ce mécanisme pour pouvoir l’expliquer. Le CNC verse presque 6 millions d’euros à un fonds régional qui à en 2011 versé 25 millions à la production cinématographique.

    On se parle donc de très peu d’argent public dans le financement du cinéma français.

  9. @Cisco, (je réponds à votre premier message)

    >Dire que l’argent public FINANCE 1) le cinéma français, 2) les salaires des acteurs, c’est tout de même gonflé.

    Intéressante est la manière dont vous tentez de faire une pirouette rhétorique afin de noyer le poisson dans l’eau :

    - vous passez les deux premiers paragraphes à nous expliquer avec force détail et chiffres comment l’argent public finance le cinéma via le CNC et les régions (vous omettez l’État qui, il me semble, verse 1€ pour 2€ versé par une région)
    – et soudainement, dans le dernier paragraphe, vous tentez de nous persuader que vous venez de nous dire le contraire de ce que vous avez réellement dit. A l’oral ce genre de pirouette peut encore passer, mais à l’écrit, il faut être sacrément distrait pour la louper…

    Et le pire dans tout cela, c’est que votre discours est le même que celui que l’on retrouve un petit peu partout dans les médias mainstream. Avec la même feinte rhétorique : « puisque c’est le CNC qui finance, c’est de l’argent privé ». Et de noyer le poisson dans l’eau avec pleins de chiffres et d’acronymes. (Et encore, vous avez l’honnêteté d’énoncer des chiffres en rapport avec le financement, et pas, comme j’ai pu le voir, sur la répartition des recettes, par exemple.)

  10. @Ginko, lisez mon second commentaire.

  11. @Cisco,

    oui, il s’agit d’un crosspost (j’ai commencé à répondre avant que vous n’ayez publié votre dernier commentaire).

    >Pour finir, je ne pense même pas que ces 21 millions soient directement versés par le contribuable : le CNC prélève comme je le disais précédemment la TST (auprès des chaînes) soit 630 millions en 2011 et la taxe spéciale sur le prix des places de spectacles cinématographiques (10.72%) soit 143 millions d’euros qui n’est donc pas prélevée auprès du contribuable français mais uniquement auprès des personnes qui paient une place de cinéma. Il existe aussi une taxe sur l’exploitation vidéo qui a généré 30 millions d’euros en 2011 (total de 800 millions d’euros prélevé).

    Au risque de me répéter, il pourrait y avoir 20 000 intermédiaires dans le prélèvement de la taxe que ça n’y changerait rien : la « taxe spéciale sur le prix des places de spectacles cinématographiques » n’est rien de plus ni de moins que de l’argent « public ». La TVA est prélevée en chaine jusqu’au consommateur (le contribuable), pourtant personne ne prétend que cette taxe n’est pas de l’argent « public », si ?

    De la même manière, que cette taxe ne soit pas prélevée sur **tous** les contribuables ne change en rien son statut de taxe. C’est le cas pour quasiment toutes les taxes, non ?

    Tant qu’un montant est prélevé en vertu d’une obligation légale (quelque soit le destinataire final, que l’argent passe par les caisses de l’État ou pas) et sans que l’on ne laisse pas le choix au contribuable (et ne pas aller au cinéma pour ne pas payer la taxe n’est pas un choix, c’est évident), alors il s’agit bien d’une taxe et son origine est bien « publique ». Arrêtons de jouer sur les mots.

    Vous pouvez nous démontrer par A + B que les chiffres semblent appuyer votre thèse, mais il est inutile de zoomer sur un coin de la photo et de prétendre avoir été exhaustif. Il faut avoir une vue d’ensemble qui compile tous les crédits d’impôts, les différents financements du CNC, les investissements réels des chaines privées et publiques et leurs financements, les aides des régions et de l’État.

    Dire que les « avance sur recettes et avance après réalisation [versées par le CNC] » ne représente que « 1,5% du coût global de la production cinématographique global de l’année 2011″ ne signifie pas grand chose.

    D’autre part, 272 films ont été produits, certes, mais combien de bouses dans le lot ? Combien de films qui n’existent que grâce au système de financement public ? Que personne de sensé n’aurait financé de la même façon s’il s’agissait de son propre argent ? (Maraval insiste sur la qualité des films français : si on n’avait pas autant de bouses, personne ne remettrait en cause ce financement, aussi impensable soit-il en temps de crise.)

  12. @Ginko : parfait, la TSA a une origine publique, c’est certain. Même si le fait qu’elle soit prélevée au consommateur de place de cinéma uniquement me semble être une différence de taille avec une taxe comme la TVA. D’autant plus qu’elle ne sert pas à financer par la suite, autre chose que le cinéma. Les deux tiers des 800 millions d’euros prélevés sont redistribués aux producteurs, exploitants et distributeurs de films selon un pourcentage dégressif indexé sur le chiffre d’affaire du film : le pourcentage de génération est le plus haut tant que le nombre d’entrée reste relativement bas, puis il diminue à mesure que le nombre d’entrées augmente (essayer d’établir une sorte d’équité dans la redistribution entre les films qui marchent et ceux qui marchent moins).

    Je ne zoome à aucun moment sur une partie de la photo, je peux vous donner si cela vous aide à comprendre, la répartition de toutes les formes de financement qui représentent les 1.4 milliards de devis de production de l’année 2011 et vous verrez comme moi que l’investissement public est extrêmement minoritaire. Les fonds privés sont extrêmement majoritaires dans l’ensemble de la production de 2011. Et dire que les « avances sur recettes et avance après réalisation » ne représentent que 1.5% du coût global, c’est vous montrer que, hormis les aides régionales que l’on peut chiffrer à 25 millions d’euros en 2011, les subventions directes représentent une enveloppe extrêmement faible dans le devis global.

    Enfin, ces aides, quand elles sont perçues, le sont bien généralement par des films à petit budget, très peu financés, souvent en raison d’un parti pris artistique risqué qui ne parvient pas à séduire les investisseurs. Les films à gros budget généralement extrêmement bien financés n’ont bien souvent jamais accès à ces aides. Le crédit d’impôt est une aide aux sociétés de production au moment de payer leur IR moyennant un certain montant de dépenses en France (elles paient moins d’impôt).

    <<D’autre part, 272 films ont été produits, certes, mais combien de bouses dans le lot ? Combien de films qui n’existent que grâce au système de financement public ? Que personne de sensé n’aurait financé de la même façon s’il s’agissait de son propre argent ? (Maraval insiste sur la qualité des films français : si on n’avait pas autant de bouses, personne ne remettrait en cause ce financement, aussi impensable soit-il en temps de crise.)>>

    Je suis en désaccord avec Maraval quand il dit que de l’argent public sert à financer le cachet des acteurs : c’est faux. Que trop de films soient produits annuellement je suis d’accord. Maintenant, qu’est ce qu’une bouse selon vos critères (ou les siens), comment empêcher son financement, comment empêcher son accès à la salle… De nombreux films français à gros budgets sont des bouses et ne bénéficient d’aucune forme d’aide ou de subventions. Très peu de films existent uniquement grâce au système de financement public. On peut juger les films selon un critère purement esthétique (plutôt subjectif, un film raté ou non, bon ou mauvais) ou selon un critère de rentabilité (succès et nombre d’entrées). Beaucoup de mauvais films à gros budgets réalisent un nombre d’entrées particulièrement élevé et participent ainsi au cercle vertueux de notre système de financement (via la TSA) permettant à de plus petits films d’exister par la suite. Il est donc difficile de se positionner sur ce qui fait la qualité d’un film.

    A part Canal+, les investissement des chaînes de télé en clair n’obéissent à aucune logique (si ce n’est la répartition de l’investissement entre films dits dépendants et les indépendants) : une solution serait de les amener à investir dans des films à budgets divers (un certain nbre de films à – de 4 millions, entre 4 et 7 et au dessus de 7 par exemple).

  13. @Cisco,

    j’avoue ne pas être compétent pour discuter au niveau de détail auquel vous parvenez.

    Tout ce que je sais c’est que ce qui peut paraitre comme du bon sens ; par exemple :

    >Enfin, ces aides, quand elles sont perçues, le sont bien généralement par des films à petit budget, très peu financés, souvent en raison d’un parti pris artistique risqué qui ne parvient pas à séduire les investisseurs. Les films à gros budget généralement extrêmement bien financés n’ont bien souvent jamais accès à ces aides. Le crédit d’impôt est une aide aux sociétés de production au moment de payer leur IR moyennant un certain montant de dépenses en France (elles paient moins d’impôt).

    n’est pas forcément vrai (la seule existence des optimiseurs fiscaux prouve que les plus riches peuvent profiter d’aides de l’État). Mais encore une fois, je n’ai pas d’arguments pour discuter vos dires. Et en l’absence de références externes, on ne peut ni infirmer ni confirmer vos affirmations.

    En ce qui concerne la qualité des films, la simple comparaison du rapport coût/nombre d’entrées montre que les films français ont un rapport « qualité/prix » plus bas que les films étrangers. D’ailleurs, la comparaison, à nombre d’entrées comparable, des cachets de films français et étrangers confirment la chose. Même si cela est hors sujet par rapport à l’article de J. Nestel, c’est un des arguments de V. Maraval.

    Quelle est l’origine de ce différentiel ? La thèse de Maraval est que ce différentiel trouve son origine dans la subvention du cinéma français.

    Vrai ou faux, mon seul constat est que comparé aux films hollywoodiens, les films français sont « merdiques » (ce n’est que mon avis, mais il semble confirmé par les entrées en salles en France) alors que les stars qui y figurent se font des cachets 10x supérieurs à leurs équivalents hollywoodiens.

  14. Cher @Ginko,

    La commission qui décide de l’attribution de l’avance sur recettes (qui a un mécanisme de décision parfois assez obscur et qui fait enrager de nombreux producteurs) privilégie les films ayant un véritable parti pris artistique, presque exclusivement des films mal ou faiblement financés car risqués. Des films qui malheureusement ne rencontrent ni succès public ni succès critique (enfin plusieurs films en ayant bénéficié sont allés à Cannes, d’autres ont remporté un véritable succès en salles, Des Hommes et des Dieux par exemple : succès économique et critique). Ensuite comment décider de l’attribution ou non d’une aide ou du crédit d’impot à la production d’un film sachant que le succès potentiel interviendra a posteriori ? Peut-être ces aides pourraient-elles être refusées aux groupes, qui bénéficient de fonds propres élevés. Ou alors être remboursées proprotionnellement au succès du film ?

    Les films français ont cette année eu une très mauvaise rentabilité. Et ou je rejoins Maraval c’est que leur devis sont trop élévés (et enflés par les salaires mirobolants de certains acteurs) : les films américains et les films français n’évoluent pas du tout dans la même économie. Le potentiel économique de l’exploitation d’un film français est très faible par rapport à un film américain : France, Benelux, Québec… Quelques autres pays (européens souvent dans le meilleur des cas). Aussi l’argument de Maraval est effectivement très fort quand il compare le salaire de Cassel sur deux films, un français et un américain. La plupart des cachets des gros acteurs français n’a aucune viabilité économique.

    C’est à mon avis (et celui de beaucoup d’autres) la faute à la participation des chaînes de télé : le cinéma fonctionne de moins en moins bien à l’antenne, les chaînes sont à la recherche de films puissants (ce qui passe par un casting puissant) : c’est donc la course pour les producteurs aux plus gros castings (aux plus chers donc). Même si France 2 et France 3 font preuve de plus d’originalité et de diversité dans leurs investissements que M6 et TF1, elles investissent souvent sur des films aux budgets gonflés et très élevés (cf. Astérix). Une clause de diversité dans leur investissement pourrait donc être une solution (comme dit précédemment).

  15. @Cisco,

    quitte à être hors sujet :)

    On connait bien le modèle économique de la TV (temps de cerveau, tout ça), qui génère de la médiocrité en continu (et son lot de désinformation en continu). Comment s’étonner dans ce contexte que le mécanisme de subvention du cinéma par la TV répande sa médiocrité sur le cinéma ?

    Enfin bon, je n’ai jamais compris en quoi un acteur en particulier pouvait amener quelqu’un à aller voir un film. Personnellement je m’appuie plutôt sur la bande annonce et le réalisateur… le casting peut être de rêve, un scenario et/ou une réalisation de merde ne sera pas contrebalancé pour autant.

  16. @Ginko,

    C’est effectivement un des reproches que l’on peut faire à ce mécanisme de financement : le formatage inévitable des contenus qui sont amenés à être diffusés sur les antennes, quand bien même ils sont produits en externes et ne répondent pas à une commande des diffuseurs.

    Il existe ce qu’on appelle des acteurs populaires, au sens propre. Qui plaisent au peuple. Pour peu que vous ayez accès aux audiences de certaines cases, vous seriez sans doute effaré de voir comment un invité populaire dans une émission peut faire grimper l’audience de ladite émission. Regardez le casting des Seigneurs : intégralement populaire (et populiste). Ou regardez encore le concept de Stars 80 et les personnalités présentent dans le film. Idem. Certes les films n’ont pas réalisé les scores espérés, mais le premier avoisine les 3 millions d’entrées, le second les 2 millions. Et puis c’est un cercle : un acteur populaire passera à la télé pour la promo de son film, ce qui participera à le rendre encore plus populaire etc jusqu’à ce qu’il se mette à réaliser de mauvais scores en salles (prenez Kad Merad, c’est aussi ce qui est en train d’arriver à Boon je pense). A part dans une émission ultraspécialisée (donc sur OCS par exemple, Canal+ à la rigueur) un cast peu connu n’aura aucune promo télé.