Comment perdre tous ses livres en traversant une frontière avec Google Play

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Imaginez-vous partir en avion dans un autre pays en ayant emporté dans votre valise quelques livres à lire lors de votre séjour. Vous arrivez à destination, récupérez votre valise sur le tapis de roulant de l’aéroport, l’ouvrez pour vérifier son contenu et là surprise : tous vos livres ont purement et simplement disparu par l’opération du Saint-Esprit !

C’est c’est qui arrivé récemment à un bibliothécaire américain, à ceci près que les livres en question étaient électroniques et qu’ils avaient été achetés sur Google Play qui ne semble pas effectif à Singapour !

La conclusion s’impose d’elle-même mais nous ne vous ferons pas l’injure de l’expliciter 😉

Melenita2012 - CC by

DRM en folie

DRM follies

Jim O’Donnell – 15 août 2013 – Liste Liblicense
(Traduction : ProgVal, maximem, Slystone, Mathieu, Solarus, Feadurn, LordPhoenix, Kéviin, lamessen, Mogmi + anonymes)

Je suis à Singapour pour assister aux réunions de l’IFLA (Fédération Internationale des Associations de Bibliothécaires et des Bibliothèques). C’est un long voyage, mais j’ai pris la décision courageuse et audacieuse de ne dépendre que de mon iPad pour toutes mes lectures durant ce séjour, à partir des applications Kindle, iBooks, et « Google Play » (connu auparavant sous le nom de Google Books). Un simple petit exemplaire de sonnets de Shakespeare m’accompagne en version papier, pour que je puisse lire quelque chose pendant la période d’extinction des appareils électroniques à bord de l’avion.

Donc quand je suis arrivé, j’ai remarqué que plusieurs des applications de mon iPad pouvaient être mises à jour, j’ai donc cliqué et accepté. L’une d’elles était Google Play. Quand ce fut terminé et que j’ouvris l’application, elle m’annonça qu’il fallait mettre à jour les livres et que cela pourrait prendre quelques minutes. Le temps passa, et l’écran se remplit des couvertures des 30 ou 40 œuvres que je garde sur mon appareil. Deux d’entre elles étaient des livres que je lis beaucoup pour les cours que je donnerai cet automne.

Mais tous mes livres avaient disparu et devaient être à nouveau téléchargés L’application est un outil de téléchargement défaillant, presque aussi mauvaise que celui du New Yorker. Je le redoutais, mais j’ai cliqué sur les deux dont j’avais le plus besoin à cet instant. (J’ai vérifié la quantité d’espace de stockage utilisée, et effectivement, les fichiers avaient bel et bien disparu de ma tablette.)

Et le téléchargement n’aboutissait jamais. Il s’avère que, parce que je ne suis pas dans un pays où Google Books est une entreprise reconnue (ce qui englobe la plupart des pays sur la planète), je ne peux pas télécharger mes livres électroniques. Le peu de connaissances que j’ai en informatique me permettent de supposer que la suppression a eu lieu lorsque, à l’occasion de la mise à jour automatique, le système a détecté que j’étais en dehors des États-Unis, et a donc réagi.

Une fois n’est pas coutume, Google a une assistance pour Google Play disponible par courriel, mais une succession d’échanges a démontré que les droïdes de l’Android Market n’étaient ni en mesure de comprendre mon problème, ni de faire preuve d’empathie, ni de proposer une solution. Je dois nécessairement retourner aux États-Unis pour être autorisé à passer quelques heures à re-télécharger « mes » livres avant de pouvoir les lire à nouveau. À un moment on m’a demandé quelle fonctionnalité je pourrais suggérer d’ajouter à Google Play. J’ai suggéré « Don’t Be Evil » (NdT « Ne soyez pas malveillant », le fameux slogan de Google), mais je n’ai eu aucune réponse.

Heureusement, archive.org hébergeait une version scannée, et non produite par Google, du livre du XIXe siècle dont j’avais le plus besoin. Je l’ai téléchargée sans problème et je peux la lire dans l’app GoodReader, qui ne semble pas se préoccuper de savoir dans quel pays je me trouve.

Crédit photo : Melenita2012 (Creative Commons By)

6 Réponses

  1. Christophe

    Le sous groupe ISO/IEC JTC 1/SC 34 doit travailler à la rentrée cette année sur le Format EPUB3 :

    Quelques liens :

    http://fr.wikipedia.org/wiki/EPUB_%
    http://idpf.org/epub/30
    http://urfist.unice.fr/2013/06/07/n
    http://www.actualitte.com/education

    Une multitude de liens concerne les manuels scolaires et le secteur pédagogique …. L’adoption de l’Ebook (et des DRM qui vont avec) passerait il par l’école ?

    L’interopérabilité d’EPUB3 est un enjeu important ! L’exception culturelle Française et le secteur de l’ édition en France vont ils être dévorés tout cru par un « Appe Like » américain mettant la main basse sur la définition de ce format et des DRM qui vont avec ?

  2. NeoGuardian

    C’est un des soucis du dématérialisé: si pour une raison ou une autre le service décide que tel ou tel produit n’est plus accessible, malgré le fait que l’utilisateur l’ait payé, celui-ci ne pourra pas y accéder. Les DRM permettent ce genre de choses.

    Je ne m’y connais pas trop dans ce sujet donc je vais peut etre dire une betise, mais si on utilise le format EPUB (sur les documents) et que la liseuse décide de supprimer le document acheté par l’utilisateur (peu importe son format), cela ne va pas changer grand chose, non ? Le soucis se situe plutot sur le fait que le logiciel controle ce qui se trouve sur la liseuse et peut ainsi agir dessus (le ‘mettre à jour’ entre autre).

    Peut -être que signaler à l’utilisateur de manière plus claire ce qu’il va se passer (la suppression de ses documents en l’occurence) devrait ête obligatoire ? (Quand je dis plus claire, je veux dire que c’est directement indiqué et que l’utilisateur ne doit pas lire 20 pages d’explications pour comprendre que son contenu sera supprimé) ou pouvoir ‘verrouiller’ les documents afin qu’ils ne puissent être modifié sans accord préalable de l’utilisateur.

    Peut-etre que je dis des bêtises, comme je le disais, je ne connais pas trop ce genre de technologies/systèmes.

  3. @NeoGuardian: Tu n’es pas très loin. Ce n’est pas le souci du dématérialisé, mais des formats fermés et DRMisé, des logiciels et OS privateurs ainsi que de la tivoisation.

    Si le format est ouvert et interopérable, il est possible de sauvegarder les livres sur un support tiers et de les lire avec un logiciel tiers sur un système tiers. Le problème se situe avec le DRM qui n’est pas compatible avec un format ouvert.

    Voir les 4 dangers mis en avant par l’April: http://www.april.org/les-4-dangers

  4. shokin

    Let’s fight against DRM :

    https://drm.info ,
    https://www.defectivebydesign.org ,
    https://www.numerama.com/magazine/2… ,
    https://indicare.org ,
    – etc.

    And for free sharing.

    En même temps, il faut être fou pour continuer d’utiliser les services Google.

  5. gwen.cyber

    Bonjour,

    J’arrive un peu tard, mais pour les livres dans le domaine public, n’oubliez pas que le projet gutenberg (http://www.gutenberg.org/) vous propose des fichiers textes, lisibles partout, sans drm…

    Le monde appartient aux hommes libres.

  6. shokin

    Salut, gwen.cyber,

    Les livres qui sont téléchargeables depuis le site gutenberg, sont-ils tous dans le domaine public ?