L’accessibilité, une question de liberté ? Dialogue avec Richard…

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Un article d’Armony Altinier qui signe ici son deuxième billet dans le Framablog après Pas de sexisme chez les Libristes  ?


L’accessibilité, une question de liberté  ? Dialogue avec Richard…

La période estivale est propice à la lecture. En tant que libriste convaincue, je me suis mise en tête de revoir mes fondamentaux[1]. Et pour mieux comprendre la liberté telle que défendue dans le monde du logiciel libre, qui mieux que Richard Stallman, inventeur du concept et fondateur du projet GNU, pour me renseigner sur ce sujet  ?

Qu’est-ce que la liberté  ?

La liberté, c’est la possibilité de faire ce qu’on veut. Le contraire de la liberté, c’est donc la contrainte  : quand quelque chose m’empêche de faire ce que je veux ou m’oblige à faire ce que je ne veux pas.
De l’Antiquité jusqu’à nos jours, « la question de la liberté est l’une des plus embrouillées de l’histoire de la philosophie (“un labyrinthe” disait Leibniz) »[2].
Je ne vais pas résumer en un article tout ce que cela implique, mais j’aimerais juste insister sur quelques points.

Plusieurs approches de la liberté

La première chose à comprendre sans doute, c’est que ce sujet est loin d’être simple ni de faire l’unanimité. C’est important, car on a souvent tendance à défendre la liberté sans forcément s’interroger sur sa définition et la vision qu’on lui applique.

L’approche politique  : la liberté de faire

La liberté au sens politique concerne la liberté d’action. Cela consiste surtout à poser les limites permettant à chacun de jouir d’une liberté sans entraver celle du voisin. Paradoxalement, la liberté politique consiste donc à poser des limites. Toute la question sera alors d’organiser les conditions de la liberté dans une vie en société. Si la liberté de tuer n’était pas interdite, les victimes ne pourraient être libres de vivre leur vie. Moins simple qu’il n’y paraît dans son mode d’organisation, ce n’est pourtant pas la question dont j’aimerais parler ici.

Libre arbitre  : à partir de quand peut-on parler de liberté  ?

L’autre approche est l’approche philosophique. Cette approche concerne la liberté de vouloir. Est-on réellement libres de nos choix  ? Dans la mesure où nous sommes conditionnés par notre naissance et notre environnement, dans quelle mesure peut-on parler de liberté  ? Ces questions ne sont pas vaines, car selon ce qu’on considère comme relevant ou non de la liberté, les choix politiques qui en découleront pourront être différents.
Très schématiquement, on trouve deux approches  :

  • Nous sommes ce que nous choisissons, et donc libres de nos choix, dans la limite de ce que nous pouvons. La liberté ne se conçoit alors que dans la limite de ce que nous sommes capables de faire ou vouloir. Le champ du handicap n’entrerait donc pas dans cette définition de la liberté puisque nous ne pouvons agir dessus.
  • Le libre arbitre n’existe pas, nous sommes déterminés par notre environnement, nos limitations mais nous pouvons nous libérer au moins en partie en prenant conscience de ces déterminismes et en agissant dessus. Le handicap entre donc parfaitement dans cette définition.

Handicap et liberté, quelle responsabilité du numérique  ?

« Tous mes choix, même parfaitement volontaires et spontanés, dépendent de ce que je suis, que je n’ai pas choisi. […] le moi serait alors une prison, d’autant plus implacable qu’elle se déplace en même temps que moi. »[3]
En écrivant cela, André Comte-Sponville ne visait sans doute pas le handicap à proprement parler. Mais relisez cette phrase et imaginez que vous êtes en fauteuil roulant. Il ne suffit pas de vouloir ou de faire un effort. Si on ne peut pas marcher, rien n’y fera. De même si vous êtes aveugles, inutile de dire à quelqu’un de faire un effort pour utiliser un logiciel qui n’est pas accessible. Et en poussant le raisonnement, dire à un non informaticien qu’il n’a qu’à développer ce qui l’intéresse s’il n’est pas content ne le dotera pas comme par magie d’un esprit capable de comprendre des algorithmes.
Si la liberté signifie faire ce qu’on veut, alors le handicap en est un parfait oxymore. Il s’agit d’une limitation de la liberté. Quelle qu’en soit l’origine, de naissance ou suite à un accident ou une maladie, les êtres humains ont des limitations, et certaines réduisent le champ d’action.
Or, si dans l’Antiquité on pouvait considérer que le handicap n’entrait pas dans le questionnement philosophique du libre arbitre puisqu’on ne pouvait pas agir dessus, quelle que soit l’approche choisie philosophiquement aujourd’hui, le numérique change la donne. Car l’outil informatique peut réellement libérer certaines personnes en situation de handicap.

Quelle vision de la liberté le logiciel libre souhaite-t-il défendre  ?

Vous aurez compris dans mon esprit que accessibilité et liberté font partie du même sujet. Mais si c’est une telle évidence, comment se fait-il que les logiciels libres ne prennent pas davantage en compte cette question  ? Peut-être n’y a-t-on pas pensé, tout simplement  ?
Le logiciel libre est défini par quatre liberté  :

  1. liberté 0  : liberté d’exécuter le logiciel
  2. liberté 1  : liberté d’étudier le fonctionnement du programme et de l’adapter à vos besoins
  3. liberté 2  : liberté d’en redistribuer des copies pour aider les autres
  4. liberté 3  : liberté de modifier le programme et de rendre publiques vos modifications pour que tout le monde en bénéficie

Si un logiciel n’est pas exécutable par une personne handicapée, car non accessible, peut-on toujours considérer que les 4 libertés sont respectées  ? Autrement dit, un logiciel est-il vraiment libre s’il n’est pas accessible  ?
C’est donc la question que j’ai posée à Richard Stallman cet été, et qui nous a occupés lors d’un échange de mails que je vais vous résumer[4].

La liberté 0 en question

Ma question concernait donc précisément la liberté 0. Comment doit-elle être interprétée dans le projet GNU  ?
La réponse fut très claire  : Richard Stallman considère que l’accessibilité est une fonctionnalité qu’on ne saurait imposer et qui n’a rien à voir avec la vision de la liberté défendue par la FSF.
Bref, si un logiciel respecte formellement, sur le plan juridique, les quatre libertés, il sera considéré comme libérateur, même si inutilisable par certaines personnes.
Notons à ce propos un abus de langage dans certaines traductions françaises. La liberté 0 n’a jamais concerné la liberté d’utiliser le logiciel, mais seulement la liberté de l’exécuter (run en anglais).
Richard fonde son raisonnement sur deux aspects  :

  • la nature des limitations est différente  : les limitations juridiques liées à une licence d’une part  ; et les limitations techniques liées aux fonctionnalités d’un programme d’autre part. Le combat du logiciel libre se base sur le premier aspect car il est plus facile à mener.
  • une interprétation morale  : alors qu’il serait injuste selon Richard Stallman de priver un développeur d’accéder aux sources du logiciel, toujours selon lui il ne serait pas injuste de priver les utilisateurs de fonctionnalités vitales leur permettant d’accéder au programme.

Et de conclure nos échanges en m’expliquant que je me trompais en liant les deux sujets, accessibilité et liberté n’auraient rien à voir.
Autant je pourrais très bien comprendre la première explication comme un choix stratégique  : on ne peut pas tout défendre, on concentre nos forces sur ce qui est le plus facile dans un souci d’efficacité et ce qui nous importe le plus. C’est le choix de nombreuses associations qui choisissent un terrain d’action particulier. Cela ne signifie pas qu’elles ne trouvent pas les autres sujets importants, mais choisir implique de renoncer à certaines options.
Mais j’avoue que la deuxième raison me laisse perplexe. Non, il n’est pas juste d’être privé de l’accès à un programme parce qu’on a un handicap. C’est même encore plus injuste que de ne pas pouvoir le modifier.
Vous aurez compris que je ne partage pas cette vision de la justice et de la liberté. Le mot-clé à retenir ici est sans doute le mot « vision »  : il ne s’agit que d’une interprétation, une vision de la liberté. Nous l’avons vu plus haut, elle s’inscrit dans une approche philosophique particulière de la liberté, mais c’est loin d’être la seule voie possible.
En défendant une approche de la liberté fondée sur l’être humain plutôt que sur les droits théoriques accordés par une licence, je ne me trompe pas, je ne fais pas une erreur d’interprétation, je fais un choix. Autrement dit, j’utilise mon libre arbitre.

« Liberté, Égalité, Fraternité », vraiment  ?

Ce qui est troublant dans cette réponse de Richard Stallman, c’est que la définition du logiciel libre n’est pas seulement technique, elle est même avant tout politique. Il introduit d’ailleurs généralement la notion en s’appuyant sur la devise républicaine « Liberté, Égalité, Fraternité ».
Or, admettons que la vision limitée de la liberté 0 telle que définie par Richard Stallman puisse correspondre au premier mot Liberté, comment justifier de laisser de côté l’accessibilité si on tend à défendre dans le même temps l’Égalité et la Fraternité  ? Car la liberté théorique donnée par une licence ne permet pas de rétablir une égalité d’action, et de là les internautes n’ont pas tous la possibilité de partager.
Je n’ai malheureusement pas eu de réponse à cette question, autre que « Le logiciel libre apporte tous les trois, par sa nature. ».

Hacker la liberté 0

Cet échange était vraiment instructif, et je tiens à remercier publiquement Richard Stallman d’avoir pris le temps de répondre à mes interrogations. Avoir la chance de dialoguer avec le fondateur d’un mouvement aussi important est un privilège induit également par la philosophie du Libre.
Et bien que je ne me satisfasse pas de la définition donnée par les 4 libertés, cette brique de base est un fondement essentiel pour plus de liberté. Or, que faisons-nous dans le monde du Libre quand un système ne fait pas ce que nous souhaitons  ? Nous utilisons la liberté 3 de modifier le logiciel pour développer autre chose.
Et c’est exactement ce que je vous propose de faire. Il ne s’agira pas de hacker un système informatique, mais un système de pensée, pour le rendre meilleur. Nous avons désormais la source du raisonnement, appuyons-nous sur l’existant et corrigeons les bugs 😉

L’accessibilité, une question de liberté  !

Je sais qu’il peut paraître prétentieux de parler de défaillance ou de bug, mais pourtant sortir l’accessibilité du champ de la liberté, et donc ne pas compter le handicap comme une limitation de la liberté, à l’ère du numérique, me paraît une erreur.
Aujourd’hui, les personnes ont le choix de s’émanciper et de retrouver une autonomie perdue grâce aux outils informatiques. Et je vais révéler une réalité assez dérangeante, mais le système qui offre aujourd’hui le plus de liberté à une personne aveugle en mobilité, c’est l’iPhone de la marque à la pomme. Le système le plus fermé et le plus restrictif sur le plan juridique offre également le plus de liberté d’un point de vue technique à ses utilisateurs. Vous voulez vous orienter dans la rue, savoir quelle est la monnaie qu’on vous rend en échange de votre billet, lire le menu du restaurant, vérifier l’état de vos comptes bancaires… Autant de choses basiques et quotidiennes qu’on ne peut pas faire de façon autonome quand on est aveugle, à moins d’avoir un iPhone.[5]
Non, je ne m’y trompe pas. Je ne fais pas d’erreur. Je maintiens ce que je dis. Un produit Apple aujourd’hui rend plus libre une personne handicapée que n’importe quel autre système. L’accessibilité est pensée et intégrée de base dans tous les produits Apple, pas d’option, pas de surcoût, tout est disponible immédiatement à l’achat. L’utilisateur sera-t-il complètement libre  ? Non, bien sûr que non puisqu’il sera sous le joug commercial d’Apple et de ses nombreuses atteintes aux libertés. Mais il sera toujours plus libre que sans solution du tout.
Il est donc des cas où des produits privateurs rendent plus libres que des logiciels sous licence libre. Et pour une libriste militante comme je le suis, ça a légèrement tendance à me faire… enrager  ! Me répondre qu’il suffirait de modifier le logiciel libre pour le rendre accessible est seulement une façon de ne pas prendre ses responsabilités. Nous sommes responsables de ce que nous créons et de l’impact que cela peut avoir sur les gens, qu’on en ait ou non conscience. Si le logiciel libre peut potentiellement être rendu accessible, en théorie, ce n’est pas toujours vrai en pratique. Et ce n’est pas à quelqu’un d’autre de rendre votre logiciel accessible, il en va de votre responsabilité.
Le Libre doit-il concerner la liberté face à l’ordinateur uniquement ou permettre de libérer la personne en lui apportant plus d’autonomie  ?

Pas d’accessibilité sans liberté

Les 4 libertés du logiciel libre offrent une base sans laquelle nous ne pourrions rien construire. Il s’agit d’un préalable nécessaire. Il n’y a qu’à lire cette histoire d’une petite fille de 4 ans réduite au silence pour une question de brevet (article traduit en français sur le Framablog[6]).
Et il ne faudrait pas non plus donner une vision noire du Libre en matière d’accessibilité. Car il existe déjà de très nombreux projets prenant en compte la dimension de l’accessibilité. C’est souvent l’œuvre de personnes isolées, conscientes de l’importance du sujet et de son impact sur la Liberté et qui essaient d’améliorer les choses à leur niveau. Et ça fonctionne très bien. Certains logiciels libres sont aussi performants voire meilleurs que leur pendant non libres.
Il manque sans doute un espace pour partager nos expériences, transversal aux différents projets et permettant de promouvoir une liberté d’utilisation pour tous, au-delà de la simple possibilité juridique d’exécution. Un espace pour construire, échanger, se former, partager et promouvoir une vision de la Liberté basée sur l’être humain, avec toutes ses limites et toutes ses différences. Car il n’est pas nécessaire d’avoir un handicap reconnu pour se retrouver incapable d’utiliser un logiciel.
Si vous vous retrouvez dans cette définition, que vous considérez que la Liberté est un enjeu trop important pour être réduit à une définition technique ou juridique, rendez-vous sur liberte0.org.

Pour conclure, j’aimerais rappeler que le projet GNU, à l’origine de la notion même de logiciel libre, s’apprête à fêter ses 30 ans. À cette occasion, quelques pistes sont déjà évoquées concernant les orientations futures du projet. J’aimerais donc souhaiter un très bon anniversaire au gentil Gnu, et lui dire  : s’il te plaît, dans le futur, pense à l’accessibilité.

Merci.
Bisous.
Armony

[1] Pour un condensé de l’histoire philosophique de la notion de liberté, vous pouvez lire le livre de Cyril Morana et Éric Oudin, La Liberté d’Épicure à Sartre, Eyrolles, 2010, 186p.

[2] Op. Cit., p.8

[3] Op. Cit., p.11

[4] J’ai demandé l’autorisation à Richard Stallman de publier notre échange dans sa forme brute, sans modification, par souci de transparence. Mais il m’a répondu qu’il ne le souhaitait pas…

[5] Une démonstration en vidéo à consulter sur le site de Paris Web et réalisée par Tanguy Lohéac à l’occasion de sa conférence “Une journée accélérée en pure mobilité  : une idée fixe  ?”  : http://www.paris-web.fr/2012/conferences/une-journee-acceleree-en-pure-mobilite-une-idee-fixe.php

[6] Consulter l’article traduit sous l’intitulé “La petite fille muette réduite au silence par Apple, les brevets, la loi et la concurrence” http://www.framablog.org/index.php/post/2012/06/14/silence-maya

38 Réponses

  1. lapin gris

    revoir ses fondamentaux / cliché insupportable

  2. Un libre pour tout recommencer ?
    http://rebellyon.info/IMG/pdf/Stirn

  3. Karma-Sama

    Je ne serais pas aussi laconique que le commentaire précédent mais on va pouvoir dire que je n’ai pas été du tout convaincu par les propos de l’auteur.

    « Le Libre doit-il concerner la liberté face à l’ordinateur uniquement ou permettre de libérer la personne en lui apportant plus d’autonomie ? « 

    Le Libre permet d’offrir la possibilité de libérer la personne. Même et surtout si l’objet concerné n’a pas été pensé pour être accessible.
    Oui cela revient à dire  » qu’il suffirait de modifier le logiciel libre pour le rendre accessible » et ce n’est pas du tout une façon de ne pas prendre ses responsabilités. Au contraire.

    J’ai peur que l’auteur considère le(s) dev d’une application comme une entreprise de code fermée. Si il manque une fonction, si le soft est buggé hop, hotline et on espère un jour un MàJ.
    Non.
    Le Libre implique une relation client/serveur entre le(s) dev d’une application et les utilisateurs. C’est une remise à égalité entre les parties. Chacun peut être moteur de changement.
    Donc si une feature manque, c’est à nous, client, de faire remonter le truc, et de motiver les bonnes personnes pour les choses évoluent. on devient serveur.

    Dans le cadre d’un Logiciel Libre c’est donc de la responsabilité des utilisateurs de faire en sorte que les choses changent. Par besoin d’apprendre le code : trouver les contacts des dev, la communauté autour et motiver les gens.

    La limitation que l’auteur décrit dans son article est artificielle, dépassable donc n’est pas une limitation de la liberté d’agir.
    Donc oui, les libertés de FSF impliquent que les logiciels libres sont potentiellement accessibles aux handicapés du fait même des 4 libertés.

    Par contre oui, il faut travailler pour rendre les softs (et tant d’autres choses !) accessibles. Les moyens et les stratégies pourraient être décrites dans un autre article de l’auteur ? des modules, des protocoles d’interfaces, des intercepteurs ?

  4. Jfifoux

    J’aime beaucoup votre vision des choses. Je pense aussi que la liberté passe par l’accessibilité.

    Alors effectivement, on pourrais dire que le handicap du langage informatique, n’est pas un handicap permanent, puisque à la manière d’une langue vivante à l’école, le code peut s’apprendre. Et donc on ne ferais un pas de plus vers la liberté, qu’après être passé par une phase d’apprentissage obligatoire, comme tout le monde ici a du apprendre le français depuis la maternelle. Mais on sais tous aussi comme la machine « Education Nationale » est une chose extrêmement longue à faire bouger (si toutefois elle veut bien bouger…).

    De plus, si cela passe par l’instruction, il faudra attendre au moins deux ou trois générations avant que cela ne touche vraiment une bonne part de la population.
    De ce fait, ce projet liberté0, m’a l’air nécéssaire (et je pense que je vais y participer) pour aussi tenter de libérer d’un point de vue informatique, les générations actuelles, de nos grands mères à nos enfants (*ptet un peu prétentieux sur ce coup la…*).
    Mais il ne faut pas laisser de coté non plus l’aspect éducatif, qui m’apparait comme aussi important.

    En tout cas, merci pour cet article, et merci à Richard Stallman pour ses réponses 😉

  5. François

    Le paragraphe « qu’est ce que la liberté » serait à revoir à mon goût, heureusement le paragraphe suivant rattrape un peu. Mais, à la limite, peu importe, ce n’est pas si crucial pour le propos.

    En terme pratique, je ne comprends pas comment on peut imposé à un LL d’être accessible. Les handicaps sont-ils dénombrables ? finis ? Je ne pense pas. Ce qui accessible pour un mal-voyant, ne l’est pas pour un autre handicap etc. Par conséquent, comment puis-je respecter ce que je ne peux dénombrer ? Donc imposer d’être accessible revient à mettre en danger le développeur qui, de toute façon, ne pourra le respecter. C’est comme si on demandait des logiciels sans bug.

    Je ne dis pas qu’il n’y a rien à faire, mais ce chemin, en l’état, me semble être une impasse.

    Amicalement.
    François.

  6. bobo38

    Heu… le logiciel libre n’est pas que :
    – Navigateur Web (Firefox, Chromium… links) et Logiciel de courrier (Thunderbird, Evolution… mutt)
    – Suite bureautique (LibreOffice, OpenOffice, Gnumeric… quid de LaTeX ?)
    – Éditeurs/lecteur multimédia (GIMP, VLC, mplayer…)

    Il y a pas mal de logiciel libre invisible, sans interface graphique, des composants essentiels qui assemblés les uns avec les autres permettent de faire des choses extraordinaires : Noyau Linux, X11, python, gcc, perl, LaTeX, une multitude de services…

    Ces logiciels libres n’ont pas vocation à avoir une interface graphique, encore moins une interface graphique accessible… Diriez-vous « Le noyau Linux n’est plus un logiciel libre car il ne possède pas d’interface adaptée aux handicapés » ?

    Je suis assez d’accord que certaines interfaces graphiques sont mal faites, je ne les re-coderais pas pour autant (j’en serais bien incapable tout comme vous). Il serait bon de pouvoir adapter l’interface graphique en fonction de ses propres besoins, donc que l’interface ne soient pas dépendants de la bonne volonté ou de la vision de l’équipe de développement, permettre la diversité de l’interface graphique pour piloter le même cœur logiciel…

    En attendant les logiciels libres sont documentés, chacun a des entrées/sorties normées, si bien qu’ils peuvent communiquer les uns avec les autres. La compatibilité « handicap » n’est qu’une couche supplémentaire d’interfaçage entre « la chaise et le clavier » et « l’écran et la chaise ». Et pour que cela soit bien fait, autant faire un programme qui « ne fait que cela et le fait bien », capable de traduire le signal adapté vers un flux de texte, un flux de texte en signal adapté (http://fr.wikipedia.org/wiki/Philos…) avec les options et paramètres nécessaires pour que chacun puisse l’adapter à son propre cas 😉

  7. Que voilà un article plein de beaux principes mais tellement « bisounours »…

    J’ai développé un micro-logiciel que j’ai choisi de partager sous GPL et donc de libérer. J’aurais donc la responsabilité de le rendre accessible. Bien. Mais accessible à qui ? Je n’ai aucune connaissance en handicaps et en accessibilité, pas plus que je n’ai le temps de me former sur ces domaines. Alors je fais quoi, je ne publie pas mon logiciel ?

    Il faut se calmer un peu. Un dév libre est déjà un mec qui donne du temps à la communauté, pas la peine de s’acharner sur ceux qui ne prennent pas le temps de « développer accessible ». Auquel cas on garde nos programmes pour nous et basta !

    D’ailleurs, un programme sous GPL vient « sans aucune garantie », donc certainement pas avec celle d’être accessible. Ce n’est pas très juste pour les personnes handicapées, soit, mais de là à dire qu’un programme Apple à x k€ est plus libérateur parce que plus accessible qu’un programme sous GPL, sérieusement… On ne peut pas exiger d’un dév libre la même chose que ce qu’on exige d’une boîte cotée en bourse.

    Croyez bien que les dév font ce qu’ils peuvent, mais leur journée fait 24h comme la vôtre et ils sont bien obligés de faire au mieux avec ce qu’ils ont. Comme tous les techniciens. Avant de parler d’accessibilité comme d’un Graal, il faudrait peut-être commencer par définir concrètement les besoins techniques des différents types de handicaps. Parce que des dévs diplômés en biomédical, je n’en connais aucun, et à moins de vivre avec un(e) handicapé(e), comment savoir les difficultés qu’il/elle rencontre ?

    Bon et puis on sait tous que RMS, s’il est une référence et une source d’inspiration, n’est pas un modèle à suivre et que tout ce qu’il dit n’est pas parole d’Évangile.

  8. @Jfifoux écrit : « Alors effectivement, on pourrais dire que le handicap du langage informatique, n’est pas un handicap permanent, puisque à la manière d’une langue vivante à l’école, le code peut s’apprendre. »

    Je pense que tout le monde ne peut pas apprendre à coder, nous ne sommes pas tous capables de tout apprendre. En ce sens, certaines personnes ont un handicap informatique qu’aucun effort ne peut vraiment combler. Et je suis parfaitement d’accord pour dire que cet aspect est essentiel à prendre en compte si on considère que le logiciel libre est une question de société.

    @François écrit : « En terme pratique, je ne comprends pas comment on peut imposé à un LL d’être accessible. Les handicaps sont-ils dénombrables ? finis ? Je ne pense pas. »

    Si, c’est techniquement possible, documenté, et d’autant plus simple que c’est prévu en amont. Bref, pas d’excuse de ce côté là. Je sors du Gnu Hackers Meeting où nous avons parlé du sujet et il a été évoqué la possibilité de rédiger une charte pour qu’une revue de l’accessibilité du code soit intégrée d’office pour valider un projet. Ce n’est qu’une idée, mais ce serait formidable ! À suivre…

    @bobo38 écrit : « En attendant les logiciels libres sont documentés, chacun a des entrées/sorties normées, si bien qu’ils peuvent communiquer les uns avec les autres. »

    En théorie, oui, tout est possible. mais c’est loin d’être le cas en pratique. Il faudrait intégrer dans les projets une phase de test de l’accessibilité, au même titre que d’autres tests de sécurité, validité du code, etc. Mais encore faut-il le vouloir, et donc considérer que c’est une dimension projet intégrante de tout projet libre.

  9. @Aurélien PIERRE a écrit : « J’ai développé un micro-logiciel que j’ai choisi de partager sous GPL et donc de libérer. »

    C’est déjà une belle preuve de partage. Mais pourquoi sous GPL ? Pour donner des libertés à vos utilisateurs ?

    @Aurélien PIERRE écrit encore : « J’aurais donc la responsabilité de le rendre accessible. Bien. Mais accessible à qui ? Je n’ai aucune connaissance en handicaps et en accessibilité, pas plus que je n’ai le temps de me former sur ces domaines. Alors je fais quoi, je ne publie pas mon logiciel ? »

    Oui, vous êtes responsables de la conséquence que votre logiciel a sur les gens. Si vous ne vous intéressez pas à la liberté de vos utilisateurs, ça ne vous gênera sans doute pas, mais ce ne sera pas libérateur pour autant.

    Si le choix d’une licence comme la GPL est motivé par une volonté de donner de la liberté aux gens, à tous les gens, sans discrimination, alors il va falloir vous documenter pour intégrer l’accessibilité dans votre quotidien de développeur. Rassurez-vous, ce n’est pas si compliqué et ne demande pas forcément une charge de travail supplémentaire énorme, il faut juste s’y intéresser.

    Si ça vous est égal, ce billet ne vous concerne évidemment pas. Tout développeur est libre de ne pas s’intéresser aux conséquences de ses choix techniques sur leurs utilisateurs. C’est même la majorité des développeurs qui n’envisagent pas de faire du logiciel libre. Mais j’ai la faiblesse de croire que les développeurs de logiciels libres sont plus sensibles aux questions de liberté. Or pour faire libre, il faut faire accessible…

  10. Baronsed

    Corrigez-moi si je me trompe, mais une grande partie de l’accessibilité tient dans certains softs externes (synthèse vocale, connexion à un clavier spécial…). Ça ne concernerait donc pas forcément les logiciels eux-mêmes, mais la capacité de logiciels spécialisés à exploiter la sortie des premiers.

    Ce qui me fait dire que le travail se situerait plutôt du côté de la manière d’*organiser* ses données et son code, plutôt que dans le sens du code proprement dit, ce qui pourrait peut-être même nous rapprocher d’un standard – et ça aurait l’avantage d’éviter à tout le monde d’apprendre de nouvelles techno et principes d’ergonomie.
    Sachant que, dans le Libre, par construction, on a tendance à promouvoir les standards, ça pourrait effectivement être parmi une liste de recomandations & bonnes pratiques (comme en HTML, on met un attribut « alt » aux images, par ex.).

    Je suis par contre tout-à-fait opposé à l’idée de l’intégrer dans la définition même des logiciels libres.
    « Le Libre doit-il concerner la liberté face à l’ordinateur uniquement ou permettre de libérer la personne en lui apportant plus d’autonomie ? »
    Il s’agit bien de la liberté face à l’ordinateur. C’est d’ailleurs sur ce point que ton article contient certains arguments trompeurs :
    – « le système qui offre aujourd’hui le plus de liberté à une personne aveugle en mobilité, c’est l’iPhone »
    Non : il s’agit de la liberté offerte par tout avantage technologique.
    – « il sera toujours plus libre que sans solution du tout. Il est donc des cas où des produits privateurs rendent plus libres que des logiciels sous licence libre. »
    Non plus : ne confonds pas la liberté de faire et celles d’avoir une vie privée et de s’informer (non pas que le lien soit inexistant). La liberté , ce n’est pas de « communiquer avec ses amis comme dans la pub » : la liberté, c’est de communiquer **sans être espionné d’aucune manière**.

    Sinon, c’est que tu choisis tes logiciels avant tout pour leurs fonctionnalités, simplement en donnant l’avantage au libre quand il y a équivalence. Or… http://walane.net/pourquoi-vous-dev

    Sans parler du fait que certains seraient exclus faute de moyens ou de temps, cela complexifierait la définition et son application : si mon logiciel n’est pas « accessible », je ne peux pas le placer sous GPLvArmony ? Et si je reprends du code d’un logiciel non-accessible ? Cela introduit une clause de conception (technique) dans un document a priori juridique. Ça fait de la confusion ; c’est pas bon.

    Par contre, je soutiens complètement la promotion et la création de méthodes et de standards relatifs à ce problème. Je me répète, mais s’il existe une charte générale de bonnes pratiques dans le logiciel libre, ce serait une excellente idée d’intégrer cela — ou l’occasion de créer ladite charte.
    Merci d’avoir soulevé le problème, toujours :-)

    [HORS-SUJET]
    « Ce qui est troublant dans cette réponse de Richard Stallman, c’est que la définition du logiciel libre n’est pas seulement technique, elle est même avant tout politique. »
    Bien que l’informatique soit un point de convergence intéressant entre technique et politique (certaines techno ou organisation de réseaux conditionnent l’usage), le fond de la question a toujours été politique ; ce n’est pas nouveau.

    « Non, je ne m’y trompe pas. Je ne fais pas d’erreur. »
    Ça va les chevilles ? ^_^
    [/HORS-SUJET]

  11. @Baronsed écrit : « Non : il s’agit de la liberté offerte par tout avantage technologique. […] ne confonds pas la liberté de faire et celles d’avoir une vie privée et de s’informer (non pas que le lien soit inexistant). La liberté , ce n’est pas de « communiquer avec ses amis comme dans la pub » : la liberté, c’est de communiquer **sans être espionné d’aucune manière**. »

    Euh, tu détiendrais donc LA vérité concernant la liberté, LA définition unique, la seule qui vaille la peine qu’on s’y intéresse. Et c’est moi qui aurais un problème de chevilles, t’es sûr ?… Et comment tu traites la liberté de s’informer quand on n’a pas accès à cette information ?…

    Désolée, je maintiens : l’accessibilité n’est pas une « fonctionnalité désirable », il ne s’agit pas d’un caprice, la personne handicapée n’a juste pas le choix. Sa *liberté* est entamée. Elle n’est pas à *égalité* avec un autre utilisateur selon la conception du logiciel. Et elle n’a pas le loisir d’échanger et de partager en toute *fraternité* si elle n’accède pas au programme et ne peut même pas le lancer (cette fameuse liberté 0).

    Par ailleurs, mon propos n’est pas de récrire la GPL. Quand je dis « hacker » la liberté 0, c’est dans le sens de changer la perception qu’on lui applique concrètement, philosophiquement, pas juridiquement bien sûr.

  12. Franchement...

    @Armony Vous semblez bien ingrat de reprocher aux gens qui donnent de ne pas donner assez, au prétexte que ça ne libère pas votre personne ou vos centres d’intérêts. Ça revient aussi à se reposer sur les autres alors que le Libre vous permet de vous prendre en main ! De l’égoïsme. Culpabilisateur qui plus est.

  13. Je complète Baronsed: c’est comme si pour être libre, on demandait que le logiciel puisse tourner sur n’importe quel os ou qu’il puisse tourner même sur les vieilles machines pour que ça n’exclut pas d’utilisateurs.

    Mais du coup, en tant que (futur) développeur, ça m’intéresse de savoir comment rendre un logiciel un minimum accessible. As-tu des liens? Jusqu’à maintenant ce que j’ai lu se limitait au web.

    Enfin, je tenais à faire remarquer qu’il y a un groupe de l’April qui s’occupe de l’accessibilité et qu’il y a souvent une liste de diffusion pour ça dans les gros projets.

    D’ailleurs j’ai vu ta conférence (transcription + lien vers la vidéo et l’audio: <http://www.april.org/accessibilite-… résumée ici: https://wiki.april.org/w/FAQ_Access…). Je vous conseille d’y jeter un œil. Dommage que le sujet de l’accessibilité soit si mal connu.

  14. Armony

    @Franchement… : je ne reproche rien à personne, je définis. Si vous ne voulez pas libérer, rien ne vous y oblige. À part la loi dans certains cas, vous savez, celle qui dit qu’il ne faut pas faire de discrimination et que la devise républicaine s’applique à tous. Certains pensent d’ailleurs qu’il s’agit d’un complot du lobby du handicap et que ces personnes handicapées exagèrent à demander les mêmes droits. Une campagne très instructive de l’APF est visible à ce sujet sur http://www.necoutezpasleslobbies.or

    Mais si vous faites du logiciel libre et que vous voulez libérer les gens, sachez que vous ne pourrez toucher tout le monde qu’à condition de rendre votre logiciel accessible. Il me semble difficile de défendre un discours de liberté sans prendre cette dimension en compte. C’est tout ce que je dis.

    Après, il est vrai que certains développeurs développent pour eux-mêmes sans se soucier de leurs utilisateurs et encore moins de ces questions de liberté. Auquel cas, effectivement, ils ne se sentiront pas concernés. À chacun de choisir comment se positionner.

    @sinma écrit : « Je complète Baronsed: c’est comme si pour être libre, on demandait que le logiciel puisse tourner sur n’importe quel os ou qu’il puisse tourner même sur les vieilles machines pour que ça n’exclut pas d’utilisateurs. »
    Rien à voir. je ne parle pas de fonctionnalité, ni d’interopérabilité (même si ce serait intéressant), mais bien d’accessibilité. On peut mettre son OS à jour, on peut choisir d’utiliser un logiciel plutôt qu’un autre, mais on ne peut pas choisir de voir si on est aveugle, de marcher si on est en fauteuil, d’entendre si on est sourd, etc. Il n’y a pas de choix. Il n’y a pas cette liberté, à moins de permettre la communication entre le logiciel libre et la technologie de la personne handicapée.

    « Mais du coup, en tant que (futur) développeur, ça m’intéresse de savoir comment rendre un logiciel un minimum accessible. As-tu des liens? Jusqu’à maintenant ce que j’ai lu se limitait au web. »
    Contente de ton intérêt, c’est le premier pas. Ça pourra faire l’objet d’un autre article éventuellement. Sache que les règles d’accessibilité sont les mêmes pour le Web et le logiciel, puisque le principe de fonctionnement humain et des technologies d’assistance sont les mêmes.

    « Enfin, je tenais à faire remarquer qu’il y a un groupe de l’April qui s’occupe de l’accessibilité et qu’il y a souvent une liste de diffusion pour ça dans les gros projets. »
    Je connais plutôt le groupe accessibilité de l’April, pour l’avoir créé et animé jusqu’à il y a quelques mois. Et en effet, si vous contribuez sur de gros projets, renseignez-vous pour savoir s’ils ne disposent pas d’une liste dédiée.

    Mais la liste liste@liberte0.org a justement vocation à vous orienter si vous avez des questions, n’hésitez pas !

  15. Je m’interroge :
    Quand vous faites un logiciel je suppose que vous le concevez pour qu’il soit un minimum ergonomique, avec des fonctions et options classées dans des menus, peut-être même des raccourcis claviers. Pour aider encore plus les utilisateurs vous avez peut-être même fait une doc et pensé à la localisation. Tout pour que Madame Michu s’y retrouve. Côté code vous avez essayé de le rendre clair, avec des noms de fonctions et de variables ayant un sens, vous avez factorisé et peut-être même indenté. Comme vous chouchoutez les futurs développeurs qui pourraient s’intéresser à votre logiciel vous leur avez même écrit une doc… Pour finir vous avez mis le tout sous une licence libre, tout pour qu’utilisateurs et développeurs puissent au mieux profiter de votre travail…
    Enfin les utilisateurs « valides » qu’ils soient Madame Michu ou le petit codeur qui tripatouille à la sortie du lycée. Mais les utilisateurs aveugles, handicapés physiques ou sourds, ceux qui se sont cassés un poignet, qui sont âgés et ont des soucis pour lire les petits caractères… tous ceux là ils sont pas fait pour votre logiciel, et s’ils veulent l’utiliser ils n’ont qu’à apprendre à programmer après tout ils ont une doc qui les aidera…

  16. Tentate (anciennement Franchement)

    @Armony, il n’y a pas de liberté. Il y a des libertés. Le libre l’est parce qu’il permet à chacun de SE libérer, de s’émanciper. L’individu reprend le pouvoir. Il est acteur de sa libérateur. Ce ne serait pas suffisant ? Vous êtes dans l’attente, vous êtes idéologique. Vous n’êtes pas réaliste. Immaturité.
    Vous attendez que la communauté vous serve mais que faites-vous pour elle ? Faites-vous quelque chose pour les autres ( en-dehors de vos centres d’intérêts ) ? Vous n’aideriez donc point la veuve et l’orphelin de toutes les causes perdues ? Seriez-vous donc une personne à la morale vacillante ? Immoralité.
    La force du Libre est de concilier générosité des uns avec intérêts des autres pour le bénéfice de tous. En outre, le Libre est une des forces solidaires des plus puissantes qui soient, mais ce ne serait pas suffisant au motif que votre cause est délaissée ? Égoïsme.
    Vous semblez vous placer en situation de victimes car tout ne se passe pas comme vous le souhaitez. L’inertie est le problème principal, cette inertie auquel chacun est confronté lorsqu’il veut changer les choses. Pas besoin de se positionner en tant que victime pour la dénoncer. Vous ne l’êtes pas forcément plus que les défenseurs des autres causes. Victimisation (et non victimation ! ).
    Vous voudriez encore faire glisser ce débat sur le terrain des idées politiques. Ne voyez-vous donc pas le ridicule de la démarche ?

    Ceci étant dit, il est normal que l’accès aux postes, piscines ou autres services publics ou nécessaires soit rendue accessible, cela fait partie du espace/domaine public ou/et l’intérêt général. Pour ce qui est du privé/ de ce qui ne relève pas du nécessaire, je suis sans opinion. Quant au Libre qui n’est ni public ni privé, me semble relever de l’individu acteur de sa propre histoire, ce débat n’a donc pas à être politique.
    Maintenant il serait dommage, regrettable même que le Libre ne serve qu’à libérer du code. Cela ne tient qu’à vous. À vous de vous saisir des outils que le Libre, ses principes et ses avancées, met à disposition.
    Cet appel à l’aide, cette dépendance (que vous vous imposez) me semble aller à l’encontre de l’émancipation de l’individu qu’incarne le Libre. Elle vous met en situation de handicap vis-à-vis du code et de ses producteurs les développeurs. Être dépendant revient à être handicapé. Ne serait-ce pas là un handicap bien partagé ? Parfois même consenti (le comble, particulièrement dans votre situation). L’handicap, au final, ne serait-ce pas le simple état de dépendance à la gravité variable ? À vous lire, je me demande même si pour certains, ce ne serait pas une identité, enfin, c’est un autre débat.

  17. @Tentate : Une telle agressivité et un tel mépris m’interrogent un peu, je l’admets, mais je ne répondrai pas aux attaques personnelles. En revanche, je retiens deux choses « intéressantes » quand vous écrivez :
    « Cet appel à l’aide, cette dépendance (que vous vous imposez) me semble aller à l’encontre de l’émancipation de l’individu qu’incarne le Libre. Elle vous met en situation de handicap vis-à-vis du code et de ses producteurs les développeurs. Être dépendant revient à être handicapé. »

    Je suis un être humain, je suis dépendant-e des autres. Je sais que ça va vous paraître difficile à concevoir, mais essayez de le dire, juste une fois, pour voir, ça ne risque rien, promis ! 😉

    Et imaginez un monde de développeurs, sans utilisateurs. Vous sentirez-vous plus libre ? Rien ne vous empêche de coder pour vous-même exclusivement bien sûr, mais si vous vous adressez à des utilisateurs, je crains que vous ne soyez obligé-e de prendre en compte leurs besoins.

    – « Une relation d’interdépendance ! Quelle horreur ! Comment une libriste ose-t-elle ?… »

    Eh, oui, j’ose, ne vous en déplaise…

  18. @Tentate, vous dites « Ceci étant dit, il est normal que l’accès aux postes, piscines ou autres services publics ou nécessaires soit rendue accessible, cela fait partie du espace/domaine public ou/et l’intérêt général.  » mais quand est-il de l’accès à l’information et donc des sites web, des logiciels de messageries, de traitement de texte qui permettent justement de communiquer avec ces espaces public. Si je suis aveugle et qu’aucun traitement de texte n’est accessible comment envoyer un courrier à ma mairie, si mon navigateur internet et le site des administrations ne sont pas accessibles comment faire mes démarches si je suis clouée dans mon lit. Un logiciel inaccessible est comme un bâtiment inaccessible, ça veut dire que je ne peux pas en user. Vous trouvez normal que les piscines soient accessibles, je suis tout a fait d’accord, mais si le bâtiment l’est mais pas le site ou le navigateur comment le savoir, comment avoir accès à l’information ?
    Dire que si les bâtiments publics sont accessibles mais pas les bâtiments privés alors c’est suffisant ça veut dire que si on a un handicap (à durée limité ou non) alors je ne peux pas aller faire mes courses, aller voir mes amis, aller à mon travail, ou même habiter dans mon immeuble, ma ville…
    Si vous avez déjà eu une jambe cassée, une valise très lourde à porter, une poussette, vous avez pu voir que se déplacer en ville n’est pas toujours simple. Pourquoi devrions nous trouver ça normal dans le milieu de l’informatique alors que techniquement ce n’est pas plus compliqué de rendre son programme utilisable par tous ?

  19. Je suis moi-même développeur et libriste convaincu. J’ai lu beaucoup de réactions négatives (et pires pour certaines) qui sont franchement injustifiés ou qui le sont très mal.

    L’accessibilité n’est pas une fonction mais doit plutôt être considérée comme un mode de pensée qui place l’être humain dans sa diversité au centre de la conception d’un logiciel. Il n’est peut être pas aisé de parvenir à couvrir toute cette diversité mais cela ne doit pas pour autant constituer un frein à l’amélioration.

    Soyons objectif : dans notre société, l’information doit être accessible à tous, au même titre que les infrastructures, l’éducation etc. Par conséquent, les logiciels qui, dans l’absolu, peuvent être accessibles (évidemment, un jeu vidéo sera difficilement accessible pour un déficient visuel) doivent prendre en compte cet aspect. Un logiciel qui ne prendrait pas cela en compte ne respecterait tout simplement pas ce principe, c’est une évidence. Ainsi, ne pas prendre en compte l’accessibilité au plus grand nombre est un choix ou sinon de l’ignorance ce qui revient dans les deux cas à priver une partie de la population.

    Mais on peut choisir de la prendre en considération. Et oui, cela devient donc un aspect supplémentaire à prendre en compte dans la conception et le développement des logiciels. Mais si c’est bien intégré dans le processus, cela ne devrait pas franchement être un gros soucis.

    Comme la plupart des développeurs, je n’ai jamais été sensibilisé à ces questions et si je m’y intéresse, c’est de mon propre chef. Évidemment, comme pour tout sujet qu’on ne maîtrise pas, on se pose plein de questions mais c’est en cela que Liberté 0 doit être accueilli à bras ouverts. Il faut saisir cette opportunité pour échanger et construire autour des problématiques liées à l’accessibilité. Cela pourrait être l’occasion d’établir des références, des bonnes pratiques, etc. pour aider tout projet à suivre cette démarche d’accès universel.

    Tout reste à définir dans ce projet de liberté 0 alors essayons d’en faire quelque chose de constructif !

  20. Je trouve que cette question de l’accessibilité est effectivement primordiale et que l’on y pense pas assez souvent. En passant, c’est mesquin cette pique sur l’iPhone accessibilisant. (@Armony, tu sèmes le troll, tu récoltes la tempête :p)

    Par contre je me range du côté de notre barbu préféré : la liberté 0 s’attaque bien seulement à l’exécutabilité du logiciel du point de vue technique. Elle rejette toute forme explicite de déni à l’exécution comme les DRM. Si une limitation artificielle (=ajoutée sciemment pour *limiter*) empêche d’exécuter le logiciel alors il n’est pas libre.

    Par contre, *tous* les autres aspects concernant l’accessibilité au sens large n’ont pas leur place dans la licence (et bien sur que le libre, c’est politique… mais c’est pointless : n’importe quel sujet non trivial peut être attaqué sous l’angle politique).
    Si un logiciel a besoin d’un toolkit graphique ou d’un serveur graphique pour fonctionner, et bien ça fait partie des prérequis. Si je n’ai qu’un accès terminal, on y peut rien et je n’ai pas de légitimité à exiger qu’une version CLI existe. C’est malheureux à dire, mais àmha, si disposer d’une vision/audition convenable est un prérequis, la licence n’y a rien à redire. Un logiciel sous GPL restera libre (selon l’acceptation la plus répandue) même s’il n’est pas accessible.

    Maintenant il serait effectivement triste qu’un mouvement qui se flatte de son ouverture comme le notre ne prenne pas en compte les handicaps. Fournir un cadre pour développer des choses accessibles me parait primordial. Un cahier de bonnes pratiques, une espèce de certification ?

    Mais je ne pense pas que ce cadre doive prendre place directement dans la licence ou même dans son interprétation. Si je ne m’abuse, la FSF n’oblige pas la localisation des logiciels. Pourtant les LL sont souvent bien mieux localisés que leurs équivalents. Parvenir au même résultat pour l’accessibilité serait vraiment classe 😎

  21. Armony

    @ kinou @ mhatz : juste MERCI ! <3

    @ Ginko écrit :  » Si je ne m’abuse, la FSF n’oblige pas la localisation des logiciels. »

    Tout logiciel du projet GNU passe par une revue de code avant d’être validé. Si le projet ne respecte pas les règles permettant de l’internationaliser, le projet sera refusé à moins que l’auteur explique pourquoi et que ces justifications soient jugées satisfaisantes. Donc si, la FSF a bien une charte imposant d’autres règles.

    Ce qui est en train de se passer suite à la présentation de Liberté 0 au Gnu Hackers Meeting, c’est justement un projet de patch, soutenu m’a-t-on dit à l’unanimité des développeurs présents, pour intégrer l’accessibilité dans cette charte. Une fois écrite, il faudra qu’elle soit validée par RMS…

    Quoi qu’il en soit, il n’a jamais été question de demander à ce qu’on récrive la GPL. La hiérarchie des normes suffit, la loi prévaut sur les contrats privés et l’obligation d’accessibilité et de non discrimination est déjà inscrite dans la loi.

    Mais après 3 ans de travail de sensibilisation essentiellement tourné vers les utilisateurs handicapés pour les convaincre de passer au Libre, après avoir constaté des lacunes, contacté les développeurs et m’être heurtée à plusieurs reprises au même discours disant que l’accessibilité ne les concernait pas mais que j’étais libre de corriger (ce que j’ai parfois fait, ainsi que d’autres, mais c’est intenable sur la durée) il serait temps que chacun prenne ses responsabilités.

    Liberté 0 est là pour vous aider, encore faut-il que vous le vouliez, on ne codera pas à votre place.

    Et pour le vouloir, comprendre que l’accessibilité n’est pas une fonctionnalité désirable mais bien une question de liberté et fait donc intégralement partie de la philosophie du Libre me semble une information utile à la prise de décision 😉

  22. @Armony,

    Ok, donc je m’abusais :)

    J’avoue ne jamais avoir travaillé sur un projet GNU et n’avoir pas connaissance de leurs modes de fonctionnement.

    Du coup, je viens de relire ton billet et je m’aperçois que tu parles bien du projet GNU, de la FSF (dans la partie « La liberté 0 en question ») et non pas de la GPL comme je l’ai maladroitement interprété. Je pense que c’est le fait d’avoir appelé ton projet liberté 0 qui dans l’esprit du libriste quidam, provoque un raccourcis malencontreux avec la GPL (plutôt que le projet GNU).

    Je ressens tout de même de l’ambigüité dans ton message. Cibles-tu seulement le projet GNU ou bien le logiciel libre en général (on pensera notamment aux environnements de bureau, les premiers concernés par l’accessibilité il me semble et aux mastodontes Mozilla, Document fondation, Apache, etc).

  23. Merci de cet excellent article que j’ai lu d’une seule traite. Votre vision des choses est venue enrichir directement la mienne. Ne vivant pas avec des personnes handicapés dans la vie de tous les jours, il est facile parfois d’oublier qu’on ne sera jamais tous égaux face aux problèmes que l’on rencontre.

    Vous ne vous trompez (quoiqu’en pensent certains quand à vos chevilles). L’accessibilité est une mission primordiale du libriste.

    D’ailleurs je pense que nombreux sont les commentaires précédent qui ont été déposé par des non-libristes. Ces gens mettent la charrue devant les bœufs. Quand on utilise des logiciels libres, on ne doit rien à personne, par contre on est libre d’améliorer ces même logiciels, pour en faire profiter tout le monde, tout comme l’ont fait ceux qui sont passés avant nous. Mais pour ça, pas forcément besoin de faire du code, un billet comme celui-ci aide, il permet à toutes et tous de voir ou l’on va et pourquoi. Quand quelqu’un pointe un défaut, il n’y a pas lieu de s’offusquer, mais plutôt de voir quelle opportunité de mieux faire se cache dedans.

  24. @Armony : Superbe article qui fait magnifiquement écho à la conférence de Samuel et Jean-Philippe au GHM (génial) sur la liberté 0 pour tous. Après je t’ai pas vu, dommage… Jean-Philippe m’avait parlé en beaucoup de bien de toi :)

    Je reconnais la division des plusieurs aspects de la liberté : politique, philosophique, etc. Sauf que déjà que je trouve les noms mal choisis, et puis moi perso j’ai toujours vu 3 aspects :
    — liberté mentale ou spirituelle (liberté de pouvoir faire ce que l’on *veut*, qui s’axe sur la volonté, que tu appelles liberté *philosophique*, mot mal choisi selon moi car philosophie est un terme assez vaste pour se référer à à peu prêt tout) ;
    — liberté sociale (liberté de *pouvoir faire* ce que l’on veut, qui s’axe sur l’autorisation, la non-limitation par les autres, la tolérance, que tu appelles liberté *politique*, mot mal choisi selon moi car selon moi c’est une liberté qui a du sens en tout terrain, même en dehors de la politique, même dans une anarchie) ;
    — liberté potentielle (liberté *d’être capable* de faire ce que l’on veut, qui s’axe sur la capacité, le savoir, le potentiel, que tu ne semble pas mentionner ici).

    L’accessibilité pour moi fait parti de l’aspect *potentiel* de la liberté, et non pas social ou spirituel, car il relève de la capacité, et non pas de l’autorisation ou de la volonté.

    La FSF et rms s’occupent de liberté sociale, de l’aspect juridique du logiciel libre, et seulement de ça. La définition de logiciel libre ne fait appel qu’à l’aspect juridique de la chose, il est vrai, aspect important néanmoins pour ne pas entraver le développement de l’application de la liberté en d’autres aspects.
    Il est vrai — comme le souligne rms — que la liberté 0 concerne *le droit d’exécution* du logiciel, en tant que liberté sociale et non potentielle (ou technique si tu préfère) d’utilisation. Ici on fait un amalgame en confondant liberté sociale et potentielle : tu te réfères ici à l’aspect de liberté *potentielle* de la liberté 0.

    Benjamin Bayart avait proposé de créer une définition indépendante de celle de logiciel libre, du *logiciel libérateur* qui ne se base pas sur l’aspect social de la liberté, mais bel et bien potentiel, sur ce qu’il *permet* de faire. Ainsi des logiciels non-libres peuvent être libérateurs, comme c’est le cas de certains logiciels Apple (à mon plus grand dam…), d’UNIX (logiciel privateur mais vraiment bien fait, pleins de concepts géniaux) et d’Adobe Acrobat Reader (et pourtant on sait combien de merde Adobe a pu créer… le PDF et Acrobat Reader semblent faire exception), comme des logiciels libres peuvent ne pas être libérateurs, comme c’est pour lui le cas de LibreOffice, Linux (pas stable selon lui, limité selon moi par rapport aux micro-noyaux), etc. contrairement à LaTeX (selon lui) ou (selon moi) le Hurd ou TeXmacs. Si je me souviens bien sa définition comprend l’accessibilité…

    Néanmoins je suis complètement d’accord (comme tout le monde apparemment) sur le fait d’inclure l’accessibilité aux GNU Coding Standards, puisqu’on y a déjà intégré l’internationalisation. En effet les GNU Coding Standards relèvent de l’exception au traitement exclusivement social de la liberté du projet GNU, en le fait qu’ils concernent la liberté *potentielle*.

    Je ne suis pas d’accord quant-à la capacité d’apprendre à coder : nous sommes tous des êtres humains capables de raisonnement logique, avec de la volonté on peut tout apprendre. Le principal problème est qu’à force d’accumuler des couches et des vieux standards aujourd’hui inutiles par « compatibilité », l’informatique devient de plus en plus complexe. Un jour peut-être on ne codera tous que dans un langage interprété fonctionnel auto-compilé à la volée (comme javascript) sans syntaxe (comme python variable) et dont la représentation est séparée de la structure (comme un HTML binaire) et traduisible dans plusieurs langues, et ainsi on rendra la programmation accessible à tous. Néanmoins il est vrai qu’aujourd’hui tout le monde n’a pas le temps de se taper toute l’histoire de l’informatique depuis le PDP et Multics à l’HTML5 et javascript.

    Selon moi un jour on codera tout de façon *sémantique* comme on le fait (ou plutôt devrait le faire) avec HTML, et la structure sera suffisamment détachée de la représentation, et l’interface suffisamment factorisée et optimisée pour que tout le monde puisse tout faire. Un codeur python/lisp qui avait mal aux doigts à déjà trouvé beaucoup plus pratique et rapide de coder à voix haute par reconnaissance vocale. Les dispositions claviers alternatives se diffusent (bépo, dvorak et companie), les interfaces se factorisent (HTML5), les matériels d’accessibilités faits main se popularisent (impression d’une main mécanique pour un enfant avec une seule main) un jour un même un gars aveugle et de petite taille avec une seule main mais atteint de polydactylie (6 doigts par main) s’imprimera juste avec son imprimante 3D un clavier autocalculé adapté à sa condition, moitié plus petit mais avec plus de touches, avec une disposition auto-optimisée pour ce qu’il fait (à l’instar de bépo pour le français comme pour le code), un lecteur braille intégré à 80 caractères et un synthétiseur vocal *libre* et *complètement synthétisé* *sans échantillons* qui imite parfaitement la voix humaine, tout en dealant avec une interface sémantique construite en arbre (comme HTML) dont la représentation optimale en audio ou braille sera calculée automatiquement. Voir, pourquoi pas, un jour, se téléchargera et s’imprimera le matos optique, neurologique et mécanique pour se corriger touts ses handicaps (je parle de la cécité, la petite taille et la polydactylie dans un tel monde ne seraient pas des problèmes), mais continuera à coder et écrire à voix haute parce que ce sera plus pratique, naturel et rapide.

    Rendre un logiciel accessible c’est facile, il suffit d’avoir l’idée de *sémantique* en tête, de coder *logiquement* les interfaces comme le disait Samuel. Selon moi le grand visionnaire de ça c’est Tim Berner Lee, lui il a tout compris : comme il le disait si bien « THIS IS FOR EVERYONE ». Un jour chaque être vivant doué de raison sur Terre contribuera à la société avec plaisir, quel que soit sa condition, et la Science et l’Art connaîtront un essor jamais vu dans l’histoire de l’Humanité.

  25. nico.com

    @ Harmony : Ce que vous dites aux développeurs, reviens à dire aux écrivains d’écrire en braille, et puis aussi d’éviter les descriptions de paysages ou autres au prétexte que c’est discriminatoire pour les aveugles de naissance.

    L’initiative de rendre l’informatique accessible à tous, vraiment tous. C’est très louable, mais si ça vous botte tant que ça, c’est à vous de le faire. Pas à d’autres.

  26. @Ginko : je comprends qu’il puisse y avoir confusion en lisant vite. Le nom liberté 0 est à la fois un clin d’œil à la GPL en effet, et une façon de s’inscrire dans une certaine filiation, même si on élargit le champ d’action. Mon propos est uniquement « philosophique » et s’adresse à tous ceux qui ont à cœur de défendre le logiciel libre, pas uniquement, ni même spécifiquement en fait, la FSF.

    @ toto : merci pour ce commentaire qui fait plaisir à lire :) J’espère en effet en apportant le débat avec cet article contribuer au logiciel libre, autrement que par du code (même si ça m’arrive aussi).

    @ galex-713 : Waow ! J’adore ta vision des choses, quelles belles perspectives l’avenir selon galex-713 nous offre-t-il ! Merci beaucoup pour le partage :)

    Cette division des libertés en trois « types » (spirituelle, sociale et potentielle) et cette distinction entre logiciel libre et logiciel libérateur est vraiment intéressante ! Je ne crois pas d’ailleurs qu’elles soient exclusives les unes des autres, mais plutôt complémentaires.

    Il n’y a vraiment qu’un seul point avec lequel je suis en désaccord avec toi, c’est quand tu écris : « Je ne suis pas d’accord quant-à la capacité d’apprendre à coder : nous sommes tous des êtres humains capables de raisonnement logique, avec de la volonté on peut tout apprendre. « 

    Non, vraiment, je t’assure, tout le monde n’a pas l’esprit logique, pas au sens mathématique du moins. Et tout le monde ne peut pas tout apprendre. Il ne s’agit pas seulement d’une question de volonté. Et ces personnes ne sont pas moins intelligentes, elles ont juste un mode de raisonnement différent. J’en sais quelque chose, je vis avec l’une d’elle ^^ Rendre l’informatique plus « accessible » ne lui permettra pas davantage de comprendre. C’est ainsi et c’est très bien comme ça.

    Nier cet état de fait risque de donner l’impression que certaines personnes ont moins de volonté ou moins de valeur, alors qu’elles ont d’autres talents et compétences tout aussi utiles.

    Merci encore pour ton commentaire très riche et au plaisir de te rencontrer un de ces jours j’espère !

  27. Cédric

    Très bon article, dont je partage entièrement la vision.

    Voir tous ces commentaires sur le mode « chacun son problème », « tant pis pour ceux qui ne peuvent pas utiliser », « vous n’avez qu’à corriger vous même » montre combien les communautés libres sont encore loin du compte et aveuglées par leur idéal au point de ne pas se rendre compte que leur logiciel « libre » peut-être aussi privateur de liberté, alors qu’un logiciel propriétaire (comme l’exemple d’iOS) peut au contraire être émancipateur. Les choses ne sont pas blanches ou noires mais plus nuancées que ce que les libristes veulent voir, et les logiciels libres ne sont pas toujours du bon côté de la ligne.

    L’argument du temps et de l’énergie n’est pas un bon argument car il relève d’un choix. Le choix de se disperser dans moult logiciels tous inaccessibles au lieu de se concentrer à rendre vraiment accessibles un nombre plus restreint de logiciels.
    Lorsqu’en tant que développeur je fais le choix de démarrer un nouveau projet plutôt que de contribuer à un existant pour l’améliorer je fais ce choix. Et j’en suis responsable.

    Oui ce n’est pas toujours simple de rendre un logiciel accessible, en particulier si cela n’a pas été intégré dès le départ, oui ça demande un effort supplémentaire pour tous, et oui parfois la réalité de ce que l’on peut faire est éloignée de ce que l’on voudrait faire.

    Mais l’objectif tant pratique que politique, le but à atteindre, lui, n’est même pas discutable. Par nature, par son objectif politique, un logiciel libre *doit* être accessible. Sinon c’est reconnaitre que la « loi du marché » qui produit des logiciels propriétaires accessibles est plus forte que les idéaux politiques qui motivent le logiciel libre.

    Malheureusement, le puissant rejet que je ressens dans les commentaires vis à vis des efforts à faire pour permettre la liberté des autres qui ne leur ressemblent pas me fait plus penser à l’idéologie libérale (chacun pour soi et le plus fort survivra) qu’à l’idéologie du libre (construire un bien commun partagé), et c’est bien triste.

  28. @galex-713,

    Chacun sa vision. Moi je trouve que cette division des aspects de la liberté n’est pas franchement explicativement puissante. Ce sont des divisions purement abstraites et arbitraires. Elle ne te permettent pas d’expliquer grand chose.

    Ta liberté mentale est fantasmée, comme une abstraction philosophique de Platon. Armony restreint ses difinitions en martelant leurs limites :
    – « Cela consiste surtout à poser les limites « 
    – « dans la limite de ce que nous pouvons. »
    – « nous sommes déterminés par notre environnement, nos limitations »
    Et c’est précisément les limites qui donnent corps au concept de liberté car elle s’inscrit justement en creux des limites !

    Les aspects sociaux et potientiels peuvent fournir un axe de lecture, mais ils sont la plupart du temps tellement intriqués… rien que sur le handicap : pour moi le handicap est principalement un problème social : c’est la société qui est capable de résoudre les problèmes de liberté « potientielle ».

    Si on parle de liberté, je trouve le cadre de lecture suivant plus puissant :
    ====
    Premièrement, back to basics : la liberté, c’est la vision sociale de l’étendue du choix d’action. « On » (=~la société) considère que je suis libre si l’étendue de mes choix d’action (=l’ensemble de mes possibilités d’agir) est jugée suffisament vaste.

    C’est donc avant tout un jugement, c’est subjectif et lié aux valeurs sociales.
    C’est une mesure d’un ensemble des possiblités, *limitée* par le contexte.
    Ces limites sont nombreuses et diverses :
    – physique générale (au sens de la science physique, c’elle de l’univers)
    – physique individuelle
    – imagination : la diversité des idées que peut appréhender l’individu (fortement personnelle et liée à la diversité des idées en circulation dans la société)
    – sociales externe : loi & moeurs
    – sociales interne : internalisation des limites morales externes (ex. : autocensure, qui peut dépasser la censure « externe »)
    – individuelles : valeurs personnelles
    – j’en oublie certainement.

    Et ne surtout pas oublier de relier cela à l’action, au réel. Sans ça, pas de limites concrètes !
    ====

    On peut tirer de ça tout un tas de déductions. Quelques trucs utiles par exemple :
    – La liberté, c’est subjectif.
    – La liberté, c’est relatif, contextuel.
    – C’est avant tout limité par le physique, mais pas que.
    – On se pose des limites soi-même.
    – La société nous injecte des limites direct dans la tête.
    – Vu qu’il est question de choix, c’est un jeu de pondération (bénéfice vs. coût), une recherche d’optimum altérée par nos biais reflexionnels et émotionnels.
    – En altérant les valeurs de l’individu, on altère ses choix et donc sa liberté. C’est d’ailleurs précisément dans ce cadre que s’inscrit la propagande : manipuler directement et en sous-marin les valeurs des peuples pour les contraindre sans qu’ils s’en rendent compte.
    – Le doute, en tant qu’incapacité à choisir est réducteur de la liberté.
    – La confiance, en tant que réducteur de doute est augmenteur de liberté.
    – L’humeur influence la perception et les valeurs, donc les choix, donc la liberté.

    #############

    Maintenant que ce cadre est posé, on peut analyser (vite fait):
    *** La GPL ***
    La GPL, c’est la fixation dans le cadre juridique d’un contrat apportant beaucoup de liberté à l’utilisateur. En tant que fixation, elle est aussi un réducteur de doute : elle permet d’établir une relation de confiance sans avoir à se retartiner une lecture laborieuse de licence. Elle augmente le choix de l’auteur en lui apportant une solution supplémentaire, elle augmente par là sa liberté.

    *** Le handicap ***
    Il limite la liberté via plusieurs axes (j’en oublie certainement) :
    – physique, évidemment.
    – social, via la représentation sociale du handicap, qui ferme des portes même s’il n’y a pas lieu de les fermer
    – psychologiquement : la répercussion de la représentation sociale dans sa propre vision de lui-même : la sensation accentuée d’être inférieur ou diminué. Avec un cercle vicieux psy qui peut mener à la diminution somatique effective, à la dépression, etc.
    – La société force l’handicapé à douter de ses propres capacités, à se limiter lui-même.

    Mais le cadre de lecture nous fournit également des leviers pour influencer ces limites, les réhausser :
    – Manipuler l’image sociale du handicap (affectera les handicapés eux-mêmes, les « valides » et par rebond, de nouveau les handicapés eux-mêmes)
    – Militer pour des lois / chartes / règlements en faveur des handicapés (faire attention à l’image véhiculée, car inévitablement, une partie de ces lois et aménagements se font au détriment des valides, ex. : les places handicapés)
    – Favoriser les recherches sur les prothèses / outils dessinés pour les handicapés (encore une fois, réfléchir aux conséquences en terme de réprésentation sociale n’est pas inutile : est-ce nier le handicap en l’effaçant aux yeux de la société alors que le handicapé ressent encore certains malaises : par exemple baisse de performance de la prothèse en dehors de l’utilisation classique : ex. une prothèse de marche tibia + pieds avec un pantalon perd son efficacité à la piscine ou l’été en short / jupe…)

    Le projet liberté 0 s’inscrit à la croisée de ces deux derniers points.

    Mes 2 cents analytiques.

  29. @Cédric,

    Lol.

    Tu critiques la prétendue binarité de la vision des libristes, leur manque de recul.

    4 paragraphes plus loin, tu nies la composante libérale inhérente au LL et tu idéalises le mouvement libre.

    Peux-être devrais-tu revoir tes propres représentations, comprendre le libéralisme (non, ce n’est pas seulement le mal selon la gauche) et sortir de ta vision binaire de la politique.

    J’dis ça, j’dis rien :/

  30. nico.com

    @ Cédric et Ginko
    Oui, il y en a marre des idioties diffamantes envers le libéralisme. Le libéralisme pourrait presque se résumer à cette phrase : « Les intérêts individuels correspondent finalement à l’intérêt général, qu’on laisse s’exprimer tous les intérêts individuels. »

    Qu’on ne croit pas à la pensée libérale, et qu’on veuille en débattre, c’est une chose. Mais qu’on la stigmatise avec des slogans diffamatoires comme : « C’est la loi de la jungle », « la loi du plus fort », c’est mensonger, c’est une insulte à l’intelligence, c’est anti-scientifique.

    Et il y en a marre de toute cette pseudo-politique !

  31. Armony ne se trompe pas en posant cette question, au contraire, merci de mettre les pieds dans le plat ! Comme le confirme la réponse de Stallman, la FSF se préoccupe de l’aspect juridique. C’est un combat nécessaire, que je ne saurais que soutenir. Mais insuffisant. Il serait dommage de ne libérer que le code. Je partage la vision plus large de la liberté, plus humaine, que propose cet article.

    Pour qu’un logiciel soit réellement libérateur (je préfère dire « émancipateur » pour distinguer de la notion stallmanienne), il faut qu’il atteigne sa cible, les humains, et ce ne saurait être de façon discriminante : en excluant les personnes en situation de handicap, celles ne sachant faire l’apprentissage de la programmation, etc. Pour cela, il doit être fonctionnel, pas seulement libre, mais aussi accessible et utilisable.

    La défense du logiciel libre ne me suffit pas. Étendons la liberté de tous et toutes !

  32. franck le cantalou

    Oui, oui , encore de l’accessibilité partout, beaucoup, que ça dégueule d’accessibilité, tous les genres, toutes les espèces, variété .

  33. J’avais raté une remarque intéressante : « Ce que vous dites aux développeurs, reviens à dire aux écrivains d’écrire en braille »

    Je maintiens que nous sommes responsables de ce que nous créons. J’ai écrit un livre, mais je ne l’ai pas publié. La maison d’édition s’en est chargé, la responsabilité de la publication (dans sa forme) revient donc à Eyrolles. Mais je conserve une responsabilité sur l’œuvre en tant qu’autrice de par mon choix de passer par telle maison d’édition. J’ai donc demandé une clause dans mon contrat pour imposer une publication au format DAISY Talking Book, ce qui a été accepté. Et deux autres clauses pour renforcer la liberté de mes lectrices et lecteurs : pas de DRM et mise à disposition en libre téléchargement (une fois Eyrolles rentrée dans ses frais – après 1200 exemplaires vendus).

    Et vous savez quoi ? Ça n’a même pas été difficile, je n’ai pas eu à négocier longtemps, il a juste suffi de le demander. Si j’ai pu le faire, d’autres le peuvent. Si des auteurs me lisent, à votre tour ! :)

  34. Pour ceux que ça intéresse, voilà la vidéo toute fraîche d’un conférence qui a été donnée aux derniers GNU Hackers Meeting sur l’accessibilité : http://www.irill.org/videos/GNU_Hac… . En prime, le transcript ici : http://brl.thefreecat.org/ghm13.txt

  35. Pour répondre avec un peu de retard :

    Tout d’abord le plus court et plus simple : NON il ne faut pas plus de travail pour rendre un logiciel accessible, et NON ça ne revient pas à dire à un auteur d’écrire en braille. Mais vous vous croyez où ? Dans un monde sans machines, sans ordinateurs, sans informatique, sans Internet ? Un monde où le travail est proportionnel au résultat ?
    Pour rendre un logiciel accessible il suffit de lui faire une interface *sémantique*, ça revient à dire « un truc signifie tel sens » plutôt que « un truc est représenté ainsi. », ça revient à dire « ceci est une entrée où il faut choisir deux choix entre les dix suivants » plutôt que « met dix cercles et fait que quand on appuye dessus ça se remplit et que quand deux sont remplis on peut plus en remplir ».
    Quand on code de façon *sémantique* on ne fait pas que rendre son logiciel accessible, en fait, en le définissant par son sens plutôt que par son apparence, on le rend infiniment plus flexible, on le rend interfaçable *en même temps* en ligne de commande, en tty, en vocal, en kinesthésique, en neuro-interface, en relief, en écran, en couleur, noir et blanc, haute définition, basse définition, petite taille, grande taille, etc. on le rend interfaçable avec tout ce qui est imaginable, parce qu’on sépare le sens de l’apparence, et dès lors il suffit d’ajouter un type de représentation à un tel sens pour que toutes les interfaces sémantiques puissent être représentées de telle façon.

    C’est en fait une *factorisation* de plus du logiciel, plutôt que de se répéter « ça comme ci, ça comme ça, ça comme ici, ça comme là », on dit « ça comme ci et ça, comme ici et là », on *réduit* le travail en séparant et en combinant. Ici on sépare la représentation du sens et on combine les deux partie pour une flexibilité énorme.
    Le seul travail supplémentaire est de créer *un* traducteur sens<->représentation, et des règles qui permettent de traduire (de la même façon que CSS, DSSSL ou XSLT peuvent traduire HTML, RSS, MathML, XKMS, Xforms, ou autre XML en forme graphique, vocale, de tty, en relief, etc.), ensuite la création d’une interface se retrouve grandement simplifiée, facilitée, et flexibilisée.
    Le seul cas où ça peut éventuellement demander plus de travail, c’est quand c’est pas fait dès le départ, et que le logiciel utilise une interface codée directement sur une représentation unique, et dans ce cas faudra hacker longuement pour transformer un tel bazar désorganisé inflexible complexe lourd et gros en une belle interface sémantique, simple, flexible, rapide et légère. Mais l’amélioration ne relève pas que de l’accessibilité, mais de la factorisation, et ça n’importe quel bon développeur comme il se doit devrait l’appliquer systématiquement à tout ce qu’il fait. Après faire un logiciel, en le codant de façon sémantique dès le départ, c’est plus simple, facile et rapide que de le faire de façon représentative et visuelle, parce que ça évite de s’embêter avec la notion de représentation graphique, puisqu’il y a déjà un « traducteur » sémantique<->représentation qui s’en occupe.
    La factorisation est un moyen de rendre les logiciels plus faciles à maintenir, plus modulaires, plus légers, plus rapides, plus simples, plus flexibles, plus beaux… mais pourquoi diable s’en priver ? La factorisation et surtout l’évolution vers le 100% sémantique est une évolution normale, et extrêmement bénéfique de l’informatique, on peut aujourd’hui la voir avec l’HTML, et les interfaces construites avec : Androïd, FirefoxOS, etc. Il reste des trucs à définir et ajouter (les algo de synthèse vocale complète sont pas au point, et ceux de synthèse vocale par échantillons sont pour la plupart privateurs, et devrait en raison de leur architecture être beaucoup moins flexibles, puis c’est compliqué et moche).

    Ensuite pour ce qui est de la catégorisation de la liberté, principalement en réponse à Cédric :
    Moi c’est justement une catégorisation objective et absolue que je tente de faire, en rien arbitraire ou subjectif. Après la liberté en elle même oui n’est pas absolue mais relative ; je me base sur la définition basique que l’on enseigne à chaque enfant « la liberté c’est pouvoir faire tout ce que l’on veut », d’où découlerait d’autres définitions plus strictes : « l’ensemble de ce que l’on est capable de faire avec les connaissances, compétences, et moyens actuels », « la liberté de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ou à sa liberté », « la liberté est pouvoir choisir correctement quoi faire pour obtenir ce que l’on souhaite », etc. ; personnellement je considère que la liberté n’est pas absolue dans le sens où l’on est jamais *complètement* « libre », parce que cela impliquerait que tous puissent absolument tout faire, or c’est chose impossible. Je considère que la liberté est à étendre et à augmenter avec la Science et la Technique, afin de savoir comment se faire les outils pour être capables de faire plus, afin de permettre à tous de pouvoir faire plus sans nuire aux autres et afin d’apprendre à gérer sa psychée et sa volonté pour être plus à même de faire ce qui est bon pour soi, ce qui rend libre et ce qui fait vivre.
    Ma conception de la liberté mentale/spirituelle se base principalement sur la volonté, composante que Socrate, tel que définit par Platon, oubliait si je ne me trompe pas, en disant « toute personne qui sait ce qui est bon ne peut faire que ce qui est bon ; le mal découle de l’ignorance », où il ne prenait pas en compte le facteur de volonté, pourtant primordial (on peut tous savoir les composantes absurdes et inutiles de notre société aujourd’hui et ne pas participer à tous les arrêter ou les empêcher par manque de volonté).
    Tu énumère une autre catégorisation de liberté pour montrer que ma catégorisation est arbitraire (ce qu’elle n’est pas, ou qu’en tout cas je tente d’éviter), mais en fait il ne s’agit que d’une sous-catégorisation, dans le mauvais ordre, de ma catégorisation. En effet j’ai remarqué que chaque catégorie peut être divisée elle même en 3 autres catégories de catégorie chacune d’entre elle correspondant à une des trois autres catégories de liberté (je ne suis par certains de celles-ci par contre, ce serait à réorganiser):
    La liberté potentielle peut être divisée en trois catégories : liberté potentielle mentale (ce que je *sais* faire, le savoir, la compétence), liberté potentielle sociale (l’aide que je peut obtenir, pas très sûr), et liberté potentielle potentielle, (les outils que j’ai pour le faire, y compris le physique, ce que tu appelle liberté physique, là je suis pas sûr du tout).
    La liberté sociale peut être divisée en trois catégories : liberté sociale potentielle (l’aide que je peux obtenir pour faire, je crois), liberté sociale sociale, (les lois des autres, je crois), liberté sociale mentale (les mœurs et idées que j’ai qui me limitent, je crois).
    La liberté mentale peut être divisée en trois catégories : liberté mentale potentielle (ma capacité à me gérer, le self-control), liberté mentale sociale (ma capacité à évaluer ce qui est vrai, utile ou bon dans ce que les autres me disent) et liberté mentale mentale (ma volonté).
    Les catégories de liberté que j’ai cité au départ sont elles même la catégorisation d’une chose sur trois, la liberté, qui est selon ma propre théorie philosophique personnelle, l’un des trois sens de la vie, derrière la survie, devant le bonheur/amusement. Pour moi le but de base de chaque être vivant est de répondre à ses besoins, à ses envies (premier but de la vie), de ce besoin de répondre à ses besoins découle la nécessité de pouvoir faire ce que l’on a envie, la liberté (deuxième but de la vie), or la liberté ultime dépend de la vie, car si l’on meurt, on ne peut plus rien faire (troisième but de la vie, le plus important). Ainsi on peut oublier momentanément son bonheur/confort/envie/plaisir pour sauvegarder sa liberté, sans quoi on finirait par se retrouver en situation où les besoins/envies ayants changés, on ne *peut* plus les satisfaire, et on peut oublier momentanément sa liberté, pour sauvegarder sa vie, car si l’on meurt on perd toute chance de regagner sa liberté, or si l’on reste en vie sans être libre, on a toujours une chance (plus de chances que zéro, les chances de retrouver sa liberté mort étant nulles) de retrouver sa liberté (c’est ce qui me fait trouver absurde de bien vouloir sacrifier sa vie pour la liberté, comme certains) ; ainsi il n’est pas acceptable de sacrifier sa vie pour sa liberté, ou sa liberté pour son confort/plaisir/bonheur. C’est aussi notamment ce qui me permet de répondre à la fameuse suite de pourquoi, où l’on demande « pourquoi ? » puis qu’à chaque réponse on redemande « pourquoi ? » pour atteindre la raison originelle de toute chose, jusqu’à bien souvent mettre l’autre en colère, de peur de se remettre en question.
    Ensuite j’imagine qu’on peut aussi faire des catégories de catégorie de catégorie, et ainsi de suite, en divisant par trois à chaque fois, comme si ces libertés étaient des chiffres, et que les catégories étaient les nombres qu’on construit avec, chaque niveau de catégorie supplémentaire étant comme un chiffre de plus après la virgule, ce qui fait qu’on peut inventer une infinité de catégories, couvrant chaque aspect de la liberté imaginable et chaque cas particulier.

    Quand tu parle des différentes limitations de libertés : je trie en distinguant trois cas extrêmes de privation de liberté : le meurtre comme privation ultime de liberté potentielle, on est plus capable de rien faire (la peine de mort, l’assassinat), l’emprisonnement comme privation ultime de liberté sociale, on a plus le droit de rien faire (néanmoins on reste *capable* de les faire, tu *es capable* de tenter de t’évader, mais on te laisse pas le faire), la manipulation comme privation ultime de liberté mentale, tu ne peux plus décider ou avoir la volonté de faire ce qui est bon pour toi, ce qui te rend libre ou ce qui te fais vivre. Il est intéressant de remarquer que parfois dans les pays dits « libres » ces extrêmes sont atteints plus souvent que dans certains pays pauvres au régime douteux, aux États-Unis la peine de mort n’est pas tout à fait abolie, l’emprisonnement (comme en France) est chose commune et considérée normale, la manipulation omniprésente (marketing… marketing… TV… industrie du divertissement… publicité… c’est *beaucoup* plus exagéré qu’en France la propagande antisociale étasunienne).

    Ensuite tu énumères les restrictions de liberté que cause un handicap, et chacune de ces trois restrictions que tu cite est en effet lié à une catégorie de liberté dont je parlais. Ça me semble tout à fait normal, à chaque chose problématique, il y a toujours manière de voir trois aspect qui la rendent problématique, on peut toujours catégoriser les défauts en trois en se calquant sur cette catégorisation des libertés. Pour chaque « mauvaise » chose/action je vois toujours trois problèmes, chacun étant lié à une catégorie de liberté. Par exemple, pour les raisons que font que tuer est « mal » : liberté mentale/spirituelle/psychologique, une « fonctionnalité » de l’être humain est l’« empathie », qui le pousse à ressentir la douleur qu’il voit souffrir un de ses pairs, et qui sert de base au concept de solidarité dans les société d’être humain, du coup si je fais souffrir quelqu’un je souffre aussi, on y inclus aussi la notion de culpabilité ; liberté sociale, si je tue quelqu’un, mes chances de me faire tuer en retour sont plus grandes, de plus je participe au fait de me retrouver dans une société où l’on tue en tuant, alors qu’en ne tuant pas si je suis dans une société où l’on tue ce n’est pas de ma participation, et si les autres arrêtent (ce qui est dans leur intérêt pour entrer dans une société où l’on ne tue pas) mes actes ne les empêchent pas de faire de la société une société où l’on ne tue pas ; liberté potentielle : si je tue quelqu’un je retranche de la société un membre qui aurait pu lui être bénéfique, et qui donc aurait pu m’aider, ne serait-ce qu’indirectement, comme en aidant quelqu’un qui aide quelqu’un qui aide […] quelqu’un qui aide qui m’aide, or dans une société, surtout dans une société basée sur la Science et la Technique, il est dans l’intérêt propre de tous d’aider son prochain.

    En effet, comme le disait Armony, très justement selon moi, ces trois « catégories » de liberté sont complémentaires, et liées entre elles, ainsi en changeant une liberté je change les autres, si je baisse la liberté potentielle (un handicap, et c’est ça à la base, une incapacité physique, un problème de liberté potentielle), je vais en conséquence avoir aussi des pertes en liberté sociale (il faudrait déranger plus les autres pour me permettre d’être aussi libre qu’eux), et en liberté mentale (sous-estime, difficulté, volonté… je me demande si c’est ça qui rend Jean-Philippe nihiliste…). De même en limitant la liberté sociale je vais limiter la liberté mentale (1984 : le novlang, aujourd’hui : le dogmatisme).
    Tout ça est lié et les rapports changent en fonction des contraintes/limitations, des circonstances, de la société, de la personne, de l’environnement, etc. Mais en terme de rapports on peut dire qu’en règle générale, généralement, c’est la liberté mentale qui restreint la liberté sociale qui restreint la liberté potentielle : ce que j’ai la volonté de faire est contenu dans ce qu’on me laisse faire qui est contenu dans ce que je suis capable de faire.
    Par exemple prenons certaines tribus amérindiennes : ils avaient une liberté mentale/spirituelle beaucoup plus développée, un système mi anarchiste (chacun respecte que les lois avec lesquelles il est d’accord) mi en démocratie directe (des pow-wow on l’on se rassemblait pour discuter et réfléchir à propos de problèmes sociaux, les résultats de discussions distribués et fédérés à travers un réseau de tribus, à la manière du DNS, en inversé, une mise en accord globale fonctionnant à la manière de transactions P2P en réseau maillé par inondation pour reprendre des termes informatiques), ainsi leur liberté mentale occupait toute leur liberté sociale qui occupait toute leur liberté potentielle, mais la liberté potentielle elle ne s’était pas beaucoup étendue (trop peu de contraintes environnementales peut-être ?) et quand les occidentaux ont débarqués ils ont été décimés par ceux ci, à la liberté potentielle trop élevée par rapport à la liberté sociale et mentale, qui aujourd’hui s’exprime à travers une crise économique, sociale et politique mondiale.
    Le bon fonctionnement de la société et de l’individu découlerait donc d’un bon équilibre et d’une bonne évolution de la liberté.

    Tu parle ensuite de trois points d’amélioration niveau accessibilité, trois points concernant respectivement liberté mentale, sociale et potentielle. Je considère que la liberté 0 telle que décrite par la GPL n’a pas de relation avec l’accessibilité, le logiciel libre n’a de définition que juridique. Si l’on veut parler d’accessibilité, c’est une feature importante prise dans la définition de logiciel libérateur de Benjamin Bayart. Néanmoins l’inclusion de l’accessibilité dans les GNU Coding Standards relève du second point, et le développement effectif d’une infrastructure d’environnement graphique plus accessible et de logiciels accessibles par la même occasion lui relève du troisième point, en effet.

    Dsl d’avoir été si long ^^ »

  36. @galex-713,

    j’aime pas m’y résoudre, mais pour une fois : « tl;dr ». Je pense que tu me réponds plus que tu ne réponds à Cédric, mais ayant lu très vite, difficile d’en être sur.

    Je voulais juste te répondre sur le début. En principe tu as tout à fait raison : si on pense à l’accessibilité dès le début, si on a un super code sémantique bien découpé, alors c’est pas plus difficile.

    En réalité 99% des petits projets open source (tu sais, tous ces projets mono-développeur, plus ou moins abandonnés qui flottent par milliers dans les bas-fonds des forges les plus connues : sourceforge, github, etc) et 100% de mes propres projets sont développés en suivant les préceptes de la méthode « La Rache ». Un truc qui m’irrite, me démange, 2/3 heures devant moi et je me lance. Au bout de 3/4h (ça déborde **toujours**), je ponds un machin quick n dirty qui réponds vaguement à mon besoin initial. Sur une période variable de n mois, je vais l’améliorer (ou pas), nettoyer vite fait le code (ou pas), le commenter (ou pas) et si l’envie me prend, le publier. Inutile de te dire que pour l’internationalisation ou l’accessibilité, on repassera.

    Tu n’imagines sans doute pas le nombre de projets qui naissent (et meurent le plus souvent) comme ça. Le big design c’est beau. Mais la réalité, c’est « show me the code » et « release early, release often ». Un projet naît petit, moche et incomplet. Sauf si tu t’appelles Google, Apple, etc.

  37. La liberté c’est s’émanciper d’une condition frustrante car l’idée de liberté supplante le champ des possibles pour par exemple un handicapé mais ce serai la même chose pour un prisonnier qui chante pour se donner de la force d’accepter sa condition et de casser des caillou.
    Des logiciels libres doivent servir l’émancipation des utilisateurs de leurs conditions, afin qu’ils puissent produire des objets censés être intelligibles par leur groupe, et aussi des objets sensible (l’art par exemple).
    ***Le handicap est un frein à l’autonomie des personnes.
    Les personnes handicapés trouveront la liberté des logiciels à leur goût si les logiciels libres leur permettent de s’émanciper : de communiquer d’une nouvelle manière pour développer une intelligibilité en germe et leur sensibilité toujours à fleur de peau à cause de leur marginalisation dans la société.
    Les personnes handicapés ont des choses à transmettre car ils sont plus à l’écoute de leur corps et c’est une douleur, une réelle souffrance pour eux. Cette souffrance (visible ou psychique) montre qu’il ne suffit pas de dire que l’on pose le principe de liberté égalité et fraternité, car il reste à construire ce principe pour qu’il ne reste pas un mythe indéfiniment.

  38. La liberté c’est s’émanciper d’une condition frustrante car l’idée de liberté supplante le champ des possibles pour par exemple un handicapé mais ce serai la même chose pour un prisonnier qui chante pour se donner de la force d’accepter sa condition et de casser des caillou.
    Des logiciels libres doivent servir l’émancipation des utilisateurs de leurs conditions, afin qu’ils puissent produire des objets censés être intelligibles par leur groupe, et aussi des objets sensible (l’art par exemple).
    ***Le handicap est un frein à l’autonomie des personnes.
    Les personnes handicapés trouveront la liberté des logiciels à leur goût si les logiciels libres leur permettent de s’émanciper : de communiquer d’une nouvelle manière pour développer une intelligibilité en germe et leur sensibilité toujours à fleur de peau à cause de leur marginalisation dans la société.
    Les personnes handicapés ont des choses à transmettre car ils sont plus à l’écoute de leur corps et c’est une douleur, une réelle souffrance pour eux. Cette souffrance (visible ou psychique) montre qu’il ne suffit pas de dire que l’on pose le principe de liberté égalité et fraternité, car il reste à construire ce principe pour qu’il ne reste pas un mythe indéfiniment.