Ne signez pas chez une grande maison de disque !

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Much Music - RossinaBossioB - Creative Commons BY

Traduction[1] d’un article issu du blog des Cobra Punchers. Je suis loin d’adhérer à tout ce qui est dit mais je crois qu’aucun musicien aujourd’hui ne peut faire l’économie de s’interroger sur les évolutions liées à internet et aux nouvelles technologies. Quid des licences aposées à ma musique ? Quid de sa diffusion ? Quid des contrats avec les sociétés de gestion des droits d’auteur.(type SACEM) ? Quid des contrats avec les maisons de disques (type Majors) ?

Pour ce groupe très rock’n roll ça donne un témoignage que d’aucuns trouveront peut-être excessif voire naïf mais qui a cependant le mérite de poser de bonnes questions en proposant une alternative qui pourrait bien à l’avenir être de plus en plus crédible.[2]

The Cobra Punchers - Blog - screenshot

La nouvelle industrie musicale

The New Music Industry

Ce n’est plus un secret, l’industrie musicale va mal. Ils ont changé leur modèle économique, leur principale source de revenus n’est plus la vente de musique mais les procès intentés à leurs clients. Chacun peut voir que c’est un modèle économique ridicule. Pourtant, ceux qui devraient être les mieux informés à propos du bateau en perdition qu’est l’industrie musicale aujourd’hui ignorent complètement tous les signes et grimpent à bord du Titanic avec un abandon désespéré.

Je parle des groupes, ces pauvres groupes naïfs qui pensent toujours que signer d’un contrat est comme passer la ligne d’arrivée en tête et se voir offrir tous ses rêves sur un plateau d’argent. Ces pauvres groupes naïfs qui ne lisent pas les petits caractères et qui ne parviennent pas à comprendre la partie commerciale de l’industrie dont ils désirent tant faire partie. Ces groupes qui vendent deux millions d’albums et qui se retrouvent avec une dette de centaines de milliers de dollars envers leur maison de disque qui devait rendre tous leurs rêves les plus fous réalité.

Ce sont ces gens qui devraient apprendre la nouvelle première règle de l’industrie musicale. Ne signez pas chez une grande maison de disque. J’irai même jusqu’à conseiller de ne signer avec aucune maison de disque. Je ne pense pas en avoir besoin, mais je vois très bien en quoi de nombreux groupes tireraient profit d’un contrat avec un label indépendant plus petit. Tout musicien n’a pas forcément le sens des affaires et vice versa, mais je pense que nous entrons dans une ère de la musique où le pouvoir reposera uniquement dans les mains des musiciens qui peuvent voir leur musique différemment et voir comment gagner de l’argent en faisant ce qu’ils aiment.

Voilà quelques concepts que tous les musiciens aujourd’hui devraient comprendre

1. Les gens vont partager votre musique entre eux – Ne voyez pas le partage de fichiers comme du vol. La plupart de ceux qui téléchargent de la musique ne se voient pas comme des voleurs, ils ne se voient pas comme des pirates, ils veulent juste écouter votre musique. Le but final de l’industrie de la musique est que le plus de gens possible écoutent votre musique. Quand les gens échangent de la musique entre eux, ils rendent service à ce musicien en augmentant le nombre de personnes qui l’écoutent. C’est difficile de voir le partage de fichier comme un bienfait pour les musiciens puisque la plupart des musiciens voient leur musique comme un produit à vendre sous la forme d’un album. Si les gens partagent votre musique entre eux gratuitement, comment un musicien peut-il gagner sa vie ?

2. La musique n’est plus un produit, c’est un contenu – Lorsque la musique était liée au support qui la jouait, c’était un produit de la même manière qu’un lave vaisselle ou un aspirateur est un produit. Vous achetez un aspirateur parce que c’est un produit qui nettoie votre sol. Vous achetiez un CD parce que c’est un produit qui fait des sons plaisants.

Maintenant le contenu est séparé du produit. Vous n’avez désormais plus besoin du CD pour entendre les beaux sons. Maintenant que la musique est retirée du produit, la musique existe seulement en tant que contenu. Le dilemme de comment faire de l’argent à partir de la musique devient bien plus simple à résoudre une fois que vous voyez la musique comme un contenu et pas comme un produit. Beaucoup de médias différents ont utilisé du contenu pour faire de l’argent. Le meilleur exemple est l’industrie de la télévision qui a utilisé des contenus gratuits de qualité pour faire de l’argent pendant des années.

3. Soyez le fournisseur de votre propre contenu – Il y a des centaines de sites de torrent qui amassent des fortunes en fournissant du contenu gratuit. Ils passent de la pub aux milliers de gens qui visitent leurs site. Ils attirent des milliers de visiteurs en offrant du contenu gratuit. Du contenu créé par d’autres personnes.

C’est cet argent qui devrait arriver directement dans les poches des musiciens. Les musiciens devraient être moins énervés par le fait que les gens écoutent leurs chansons gratuitement que par le fait que le trafic se dirige vers les sites de torrent plutôt que vers leur propre site web.

Le meilleur moyen de récupérer l’argent de la publicité est d’entrer directement en compétition en proposant votre propre contenu gratuitement. Placé devant deux choix, celui de naviguer dans les eaux troubles des sites de torrent peu scrupuleux à la recherche de votre dernier single ou celui de le télécharger directement depuis le site de l’artiste gratuitement, le client téléchargera le contenu depuis votre site web de manière certaine.

4. Le contenu n’est plus limité par le produit lui-même – Un CD contient 70 minutes de musique. La plupart des CD sortis par les musiciens font environ 45 minutes et contiennent entre 10 et 15 chansons. Chaque CD est vendu avec une jolie couverture, une liste des chansons, des photos du groupe et les paroles. C’est le format que presque tous les groupes ont suivi depuis que je pouvais atteindre le bouton “Play” sur la chaine HiFi de mon père.

Puisque le contenu du CD n’est plus lié à ce disque brillant de 70 minutes, la façon dont la musique est commercialisée et vendue est maintenant libérée de ce vieux format usé. Je pense qu’iTunes a commencé à paver la route pour le retour des singles. Les groupes sortent leurs chansons à un rythme plus soutenu et constant, ils pondent une chanson tous les deux mois depuis l’intimité de leur maison.

L’artiste n’aura plus besoin de faire du “remplissage” pour allonger artificiellement la durée de leur album. Les fans n’auront plus à acheter 9 chansons qu’ils n’aiment pas afin d’en avoir 3 qu’ils adorent. Les fans n’auront plus à attendre des années entre deux albums. Les fans auront une nouvelle dose du groupe qu’ils aiment à chaque fois qu’il écrit une nouvelle chanson.

Ceux qui adopteront cette idée rapidement bénéficieront grandement du fait que leur groupe sera dans les médias plus souvent. Les groupes auront plus souvent l’occasion de faire leur promotion s’ils sortent une chanson tous les mois. Les singles profiteront aussi aux musiciens qui génèrent leurs revenus par les bénéfices de la publicité. S’ils sortent plus de chansons dans l’année, leur site web aura un trafic plus constant.

Beaucoup de musiciens et de maisons de disques grinceront des dents à l’idée de distribuer la musique gratuitement, mais cela ne peut pas être évité. Grâce à Internet, partager la musique que vous aimez est devenu plus simple que d’aller au magasin l’acheter. La prochaine étape pour les groupes est de rendre le téléchargement de leur musique encore plus aisé aux fans pour qu’ils puissent contrôler le contenu qu’ils créent et gagner de l’argent par la même occasion.

Notes

[1] Merci à Olivier, Daria et Yostral pour la traduction made by Framalang.

[2] L’illustration est une photographie de RossinaBossioB intitulée Much Music issue de Flickr et sous licence Creative Commons BY.

11 Réponses

  1. Je suis d’accord sur certains points. Notament la gratuité de la musique. En effet, le coût de distribution de la musique étant quasi nul il est anormal que les utilisateurs payent une fortune. Par contre, le financement par la pub (système élaboré de manipulation des esprit),je ne suis pas d’accord. Je pense que pour les revenus doivent provenir des objets dérivés et des réprésentations.

  2. Je suis dubitatif.
    L’analyse fournie ici par du pré supposé qu’un groupe connu verra les internautes priviliegier son site plutôt qu’un autre. soit.
    Mais, pour ceux qui ne le sont pas encore ?
    je distribue un nouveau titre par mois depuis plus de 8ans – record du monde ;o) ? – et ce gratuitement, donc je suis en plein dans le processus décrit ci dessus.
    et je n’ai pas vu un accroissement énorme de mon traffic. 1000 visiteurs/ jours, honnete pour un site perso mais pas de quoi non plus crier victoire.
    Comme je n’y met pas de pub, pas de gains, c’est mon choix, mais avec un traffic si peu important – et je pense en avori un supérieur à la plupart des groupes autoproduits -, je doute qu’un groupe de plusieurs musiciens puisse en vivre.
    la seule vrai alternative c’est la musique live je pense, mais nombreux sont les artistes qui ne peuvent pas le faire.

  3. Caltys

    Je suis un musicien minable qui a pitié des autres; donc je joue pour moi et tout seul (ma musique est par conséquent un bien, non un produit, même si on ne peut toujours pas la qualifier de bienfait).

    Je suis séduit par l’article ci-dessus mais aussi sceptique: La paresse fait que nous allons au supermarché ou il y a tout plutôt que chez le boulanger puis chez le boucher, le poissonnier, l’épicier etc…

    Je verrait donc plutôt un grand avenir aux supermarchés de la musique sur la toile.

    D’ailleurs, si l’on fait de l’histoire de l’économie (pas de quoi rire, ce n’est pas plus farfelu que la futurologie économique), on constate que depuis que nous, êtres humains sommes entrés dans l’Ere de production de richesses, le sens qui ne s’est jamais démenti, c’est toujours plus de personnes bénéficiant de moins en moins de ce qu’elles produisent au bénéfice de toujours moins de personnes bénéficiant toujours plus de richesses qu’elles ne produisent pas.

    Dans le très bel article ci-dessus, la musique reste exposée comme un produit et non comme un bien; nous sommes donc toujours dans le cadre d’un commerce même si l’acheteur ne paye plus avec sa carte de crédit mais avec son "temps de cerveau disponible" (je crois qu’elle est de Moujotte, celle là).
    Il y a par conséquence conservation d’une transaction financière déclenchée par l’acquéreur pour l’obtention d’un produit conçu dans le but de générer un enrichissement; fut-il minime.

    Par ou la révolution? => Pas par là en tout cas.

    Caltys

  4. La réflexion s’arrête en effet en cours de route ! La vraie révolution, liée au monde du libre, est que tout le monde peut devenir créateur, artiste, générateur d’art et de culture et la partager gratuitement avec qui veut.
    L’art peut atteindre son vrai état, immatériel et dépourvu des contraintes marchandes, et tout un chacun peut se rendre compte que l’artiste n’est pas celui qui affirme qu’il en est un (tout en étant pieds et poings liés au système marchand) mais bien celui qui agit, crée et propose de façon désintéressée son art (quel qu’il soit) à ses contemporains.
    La vraie révolution que l’on est en train de vivre par le web est liée au partage et à la diffusion libre de la musique, des créations multimédia, de la culture en général, et des outils pour la créer et la diffuser. Tout le monde peut devenir artiste… si ça le tente…
    Mais l’article reste sur une conception marchande de la création artistique : "Comment me faire du blé avec ma musique ?". Alors que la question fondamentale devrait être plutôt : "Est-ce que je crée pour gagner de l’argent ?" ou "Est-ce qu’un artiste doit-il vivre de son art ?" ou "La création est-elle libre si sa réalisation dépend de l’argent qu’elle rapporte ?"

  5. lapinou

    HubbubHum, c’est bien joli ce que tu racontes mais ça ne peut fonctionner pour tous les styles de musique. En fait ça ne marchera qu’avec la techno ou le hip hop.

    A partir du moment ou tu as besoin de poser un micro devant un instrument, de mixer le son et de le faire masteriser, tu as des couts incompressibles et importants que tu ne peux assumer seul.

    Il faut donc à un moment commercialiser ce que tu fais pour rembourser ces couts.

    Ceci a de plus l’avantage de faire une régulation des contenus par la demande au lieu de n’autoriser que les plus riches ou les plus mégalos et intégristes à publier des oeuvres…

  6. Le vrai problème n’est pas le coût de production de la musique? celui ci est de plus en plus abordable avec l’informatique. ok tout le monde n’a pas de PC mais le musicien qui n’en a pasn’est pas nonpls très concerné par le web.
    L’artiste qui produit pour le plaisir, dégagé des cntingences matérielles c’ets bien beau, mai il se forme comment ?

    Tout le monde peut devenir artiste, c’est totalement illusoire. Ce ne sont pas le s outils de conception ou de diffusion qui font l’artiste ou le talent
    Desrigolos qui comme moi font de la zic dans leur caves pour la faire écouter sur le net, ca ne manque pas. mais le peu de temps que je peux consacrer à la musique fait que j’apprends peu ou moins, je ne progresse pas ou moins, que j’échange moins avec d’autres.
    L’art n’es pas lié uniquementà l’argent mais ce dernier est une composante non négligeable dans la liberté qu’il peut apporter

  7. donner sa musique gratuite sur internet mais faut arrêter là oh et la pipe c’est à quel heure !!!!!! certain musicos voir quelques bon milliers donne a bouffer à leur famille grace au maigre revenu de leur CD indépendant et leur cachet de concert et de sacem sont divisé par 5 à cause du peer to peer , et la création dans tout ça hein ? et le temps passé ? l’argent dépenser ? les studios ? les clips ? le mastering ? la pochette ? et tout le boulot de l’artiste autoproduit son argent investi il gagne sa croute comment ? comme ça avec du vent et de la soi disant notorité du net , RIDICULE !

  8. Dede, si un artiste ne gagne pas assez, il faut peut-être tout simplement qu’il se trouve une vraie profession. Moi, j’aurais honte de laisser mes gosses crever de faim sans rien faire, ou de vouloir dépendre des aides sociales.

  9. @dede : Tu es au courant que le chiffre d’affaire de la SACEM ne diminue pas, mais qu’il *augmente* ces dernières années ? Si tu es un musicien et que tes revenus passant par la SACEM baissent, c’est simplement parce que tu te fais enfler par cette société, qui est de toute façon connue pour ça : elle a fait l’objet d’un rapport de la cour des comptes dénonçant des abus de la part de ses dirigeants et des magouilles pour occulter ses comptes et ses frais.

  10. Incontinentia buttocks : honte sur toi

  11. Le point de vu ici est totalement débile et je suppose que la personne qui a écrit cet article n’est pas du tout dans l’industrie musicale, ceci dis ce n’est pas un artiste musicien qui a écris ça mais une personne avec un esprit grand ouvert et persuadé que la musique devais être distribuer gratuitement … si c’est ce que tu pense alors vas y, assieds toi devant ton matériel de musique pendant 10 ans afin de trouvé ta propre sonorité ou touche personnelle et ensuite donne la gratuitement … car moi en tant que musicien vendre les cd c’est le must pour gagner ma croute de la passion que j’ai.

    Le plaisir de déballer un nouveau cd, sentir ce papier qui viens d’etre fraichement imprimé et regarder ces belles ouvres d’art du livret ainsi que du boitié en écoutant la première piste …

    On est en 2013 et la musique est dans le wi-fi ? Exacte, mais soutenir un artiste c’est acheter l’album entier de son chef d’oeuvre et il y a pas de ‘oh mais j’aime juste quelques chansons du cd’ … personnellement je crée de la musique depuis plus de 10 ans et j’achète toujours DES CD ! Prenons un exemple, je viens d’acheter un nouveau album d’un certain groupe car j’ai aimé UNE SEULE CHANSON !!!!!!!

    Ca c’est soutenir un artiste … acheter un album meme si on aime juste une piste … sinon va te faire de la musique avec tes 2 cuillères et bonne chance pour ton chef d’oeuvre !