Les logiciels libres ne sont pas les bienvenus dans l’App Store d’Apple

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Annia316 - CC byNous avons déjà eu l’occasion d’en parler, Apple enferme les utilisateurs dans une prison dorée et les développeurs de logiciels dans une prison tout court !

Pour que votre application soit en effet proposée dans l’App Store, il est d’abord nécessaire qu’elle convienne à Apple qui se réserve le droit de la refuser sans fournir d’explication (et gare à vous si un bout de sein dépasse !)[1].

Mais une fois cet obstacle franchi, il faut aussi et surtout accepter les conditions d’utilisation de la plateforme.

Or ces conditions sont restrictives et donc discriminantes si on les observe avec le prisme des quatre libertés d’un logiciel libre. Elles interdisent donc aujourd’hui à un logiciel libre de pouvoir faire partie du catalogue parce que sa licence se télescope alors avec les termes du contrat d’Apple.

Un logiciel libre simulant le jeu de Go, GNU Go, s’est pourtant retrouvé récemment dans l’App Store. Et qu’a fait Apple lorsque la FSF lui a écrit pour soulever la contradiction et voir ensemble comment améliorer la situation ? Elle a purement simplement retiré GNU Go de sa plateforme, manière pour le moins radicale de résoudre le problème !

C’est l’objet de notre traduction du jour, qui constate au passage que cela se passe pour le moment mieux dans le store Android de Google.

On est en plein dans la problématique d’un billet précédent opposant la liberté à la gratuité. Ce n’est pas le fait que GNU Go soit gratuit qui contrarie Apple. C’est bien qu’il soit libre. Libre d’échapper au contrôle et aux contraintes imposés aux utilisateurs, sachant que c’est justement pour cela qu’il a été créé !

Apple préfère supprimer une application plutôt que s’encombrer d’une licence Open Source

Apple would rather remove app than leave open-source license

Amy Vernon – 11 juin 2010 – NetworkWorld
(Traduction Framalang : Don Rico, Joan et Goofy)


Pourquoi GNU Go a disparu de l’App Store d’iTunes, et pourquoi Apple a tort.


Qu’ils soient gratuits ou payants, ce sont les jeux qui rencontrent le plus grand succès dans les app-stores pour mobiles. Rien de surprenant, donc, que GNU Go, version libre du Go, jeu aussi ancien que populaire, ait été disponible gratuitement sur la boutique en ligne de l’iTunes. Jusqu’à récemment en tout cas.

Sa disparition est le résultat direct d’une plainte de la Free Software Foundation, qui reprochait aux conditions d’utilisation d’Apple d’enfreindre la licence du logiciel.

GNU Go est placé sous licence GPLv2, dont la Section 6 interdit expressément d’ajouter la moindre « restriction supplémentaire » à une licence qui permet à tout un chacun de copier, distribuer ou modifier le logiciel. Mais ce sont précisément les faits reprochés aux conditions d’utilisation de l’App Store, qui restreignent les supports sur lesquels on peut installer le programme.

La FSF a envoyé un courrier à Apple pour demander à l’entreprise de permettre à GNU Go (et toute autre application sous licence GPL) d’être distribuée en respectant les termes non-restrictifs de la licence, mais Apple a préféré retirer l’application.

Je me suis donc demandé quelle était la politique de Google concernant son app-store Android. Le charabia juridique a manqué me donner la migraine, mais après plusieurs lectures, il semblerait qu’un simple extrait des conditions d’utilisation de Google élimine ce problème (c’est moi qui souligne) :

10.2 Vous n’êtes autorisé (et vous ne pouvez autoriser quiconque) à copier, modifier, créer une œuvre dérivée, pratiquer de l’ingénierie inverse, décompiler ou tenter de quelque façon que ce soit d’extraire le code source du Logiciel ou toute partie dudit Logiciel, sauf si cela est expressément autorisé ou requis par la loi, ou sauf si Google vous en donne l’autorisation expresse par écrit.

Dans l’ensemble, les conditions d’utilisation de Google semblent aussi restrictives que celles d’Apple. Et on n’a probablement pas fini d’avoir de mauvaises surprises en examinant le copyright et la licence. Mais au détour de ce petit bout de phrase, voici au fond ce que dit Google : « Oh là ! Si la licence de ce logiciel dit que tu peux en faire ce que tu veux, vas-y. Sinon, pas touche ! »

Voilà la formule magique. C’est elle qui permet à Google de protéger ses produits sous copyright et ceux de ses développeurs, mais qui permet également aux logiciels d’être diffusés dans la licence de leur choix.

Apple a le droit le plus absolu de règlementer les applications en vente ou téléchargées sur son App Store. Mais l’entreprise outrepasse ses droits si elle impose des restrictions plus importantes à l’usage d’un logiciel. Bon d’accord, peut-être que légalement, l’entreprise est juste dans son droit, il n’empêche que ce n’est pas…juste.

J’aimerais croire que la formulation choisie par Google est la conséquence directe de la nature open source d’Android et de l’investissement de l’entreprise dans le monde de l’open source. Mais je suis perplexe quand je vois qu’Apple, tout populaire qu’il soit parmi les utilisateurs et défenseurs de l’open source, ne se donne pas la peine d’une simple rectification qui permettrait aux applications libres et open source d’être diffusées partout dans les mêmes conditions.

C’est juste une petite décision à prendre. Mais c’est une décision juste.

Notes

[1] Crédit photo : Annia316 (Creative Commons By)

18 Réponses

  1. Martin

    C’est n’importe quoi, en plus ils se gênent pas pour les modifier tous les deux mois leurs conditions d’iTunes. Et à chaque fois on doit confirmer avoir relu les 80 pages !! Et sur un écran d’iPhone !

  2. Morose

    Je trouve cette info très intéressante et très révélatrice. Mais soyons honnêtes, les possesseurs d’iPod/Pad/Phone s’en foutent comme de l’an 40 ! Vous êtes des veilleurs qui sonnent un tocsin que personne n’entend.

  3. Le dernier lien dans l’article ne fonctionne plus. Je pense que le contenu a été migré ici :
    http://www.networkworld.com/communi

  4. Morose: +1

    Je ne comprends pas vraiment ce qu’il y a de surprenant (et même, de choquant) dans cette affaire. On savait déjà que la sélection de l’AppStore était parfaitement arbitraire et dépourvue de toute justification (et encore plus de toute morale) ; et l’on savait déjà que les clients d’Apple font (en pleine connaissance de cause, dans bien des cas) une croix sur toute idée de liberté.

    Et l’on sait très bien, enfin, qu’il existe de nombreux autres moyens de jouer tranquillement à GNU Go ; je parie d’ailleurs que même les possesseurs d’iPhone qui *connaissent* l’existence de GNU Go, le savent pertinemment.

    Ce qui est peut-être le plus étonnant, c’est qu’Apple ait accepté l’application en premier lieu, sachant très bien que ce faisant la licence serait violée. C’est un peu comme lorsque la SACEM feint d’ignorer que des chansons déposées chez elle ont en fait originellement été publiées sous une licence Creative Commons (ou autre) : un insondable mépris, une bonne dose de mauvaise fois, et un petit vernis d’incompétence par là-dessus pour faire passer le tout.

  5. Grunt

    C’est à la mode de taper sur Apple, mais ce n’est pas Apple qui a commis l’erreur: c’est le développeur qui a proposé GNU Go sur l’Apple Store.

    Nous avons d’une part un logiciel sous licence libre, et d’autre part un éditeur qui soumet à certaines obligations les développeurs qui souhaitent proposer du code sur sa plateforme. Le "fautif" est celui qui, nonobstant la contradiction évidente entre la licence GPL du logiciel, et les conditions imposées par Apple, a placé le premier sur la plateforme du second. Soit il n’a pas bien lu la GPL (il aurait du), soit il n’a pas bien lu le CLUF de Apple (il aurait du).

    @willenave: c’est exactement pareil pour la Sacem. L’artiste qui place ses oeuvres sous licence libre, puis décide de signer à la Sacem, fait une erreur. Ce n’est pas à la Sacem de parcourir l’univers entier pour y chercher chaque chanson qu’on dépose à son répertoire et vérifier si elle n’est pas sous une licence incompatible avec les prérogatives de la Sacem. C’est à celui qui y inscrit une chanson de commencer par faire le bilan des engagements déjà pris, et de vérifier si ses engagements vis-à-vis de la Sacem sont compatibles avec l’existant.

  6. @Grunt : Oui, l’erreur initiale est pour le dév d’avoir mis son appli sur l’AppStore sans avoir pris la mesure des implications des conditions d’utilisations d’Apple.

    Par contre, ce que l’article essaie de faire passer je crois, c’est que le changement ne serait pas très compliqué pour Apple : ils gardent leurs conditions d’utilisation inchangées, mais si un logiciel a une licence plus souple, c’est celle-ci qui prévaut. Se serait la loi du moins-disant restrictif. Après tout c’est toujours le développeur qui édite le logiciel, pas Apple.

    À noter qu’il y a d’autres applications qui sont par ailleurs sous GPL qui sont proposées sur l’AppStore. Gnu Go a fait l’objet d’une requête spéciale par la FSF car elle est directement issue d’un projet de la FSF.

  7. Apple, populaire parmi les libristes ? Ce serait bien nouveau, ça, ils sont plutôt détestés comme personne d’autre, puisqu’ils ont une politique qui est une négation pure de toute ce que le Libre défend…

  8. C’est triste à dire, mais Morose a malheureusement raison.

  9. Il reste un problème que la phrase dans les conditions de Google ne règle pas: la GPL oblige le distributeur de l’application (Apple, Google) à proposer le téléchargement des sources associées si quelqu’un ayant téléchargé l’application lui demande.
    Il faut donc prévoir dans l’app store un lien vers les sources que les déposants puissent indiquer (ou leur proposer d’uploader les sources afin que le lien soit fiable dans le temps).

  10. Julien

    Si j’ai bien compris la GPL n’oblige pas à ce que les sources soient disponibles au même endroit que les exécutables. L’essentiel est qu’il soit indiqué clairement où trouver les sources (souvent, ça se trouve dans un fichier texte aux côtés de l’exécutable ou dans la doc livrée avec).

    http://www.gnu.org/licenses/gpl-faq

  11. @Incontinentia Buttocks : Il a raison, la plupart des gens se moquent de leur liberté, parce qu’ils ne sont pas au courant de ces problèmes. C’est à nous d’informer les gens. Et ceux qui se moquent aussi d’être informés, tant pis pour eux, un jour ils s’en mordront les doigts, mais c’est leur problème.

  12. Phil de Bourg

    Quelqu’un a entendu parler de l’HTML5?
    C’est Open Source et personne n’a besoin d’approbation pour pouvoir ajouter n’importe quoi.
    Oui oui, n’importe quoi!
    Maintenant, je suis bien heureux que nos enfants n’aient pas accès à n’importe quoi en leur laissant la porte du App Store grande ouverte.

    Tourlou,

    Phil

  13. Cathy666

    "Maintenant, je suis bien heureux que nos enfants n’aient pas accès à n’importe quoi en leur laissant la porte du App Store grande ouverte."

    Oui si vous considérez que les produits Apple sont des jouets. Non dans le cas contraire.

  14. Si on regarde ce qu’est un iPhone, Cathy666, c’est un téléphone … couplé à une console de jeux. Je ne sais pas si je suis le seul dans ce cas, mais à chaque fois que quelqu’un a voulu me montrer un truc super-génial qui démontre que l’iPhone est un téléphone super-génial, il s’agissait simplement d’un jeu.
    Je n’ai encore pas vu d’application pour iPhone autre que des jeux. Ca existe, j’en suis convaincu, mais ça semble très marginal.

  15. bunam

    GNU Go sur playstation ou chez nintendo vous l’avez vu ???
    l’iOS est une plateforme qui a pour modèle une console, ce n’est pas de l’informatique.
    Vous vous ferez moins mal en comprenant cela.
    Je passe mes journées a bidouiller pour que mon monde informatique fonctionne, sur l’iphone pas besoin, on nous livre un ensemble cohérent qui ne nécessite pas de bidouille pour fonctionner.
    Si vous cherchez la bidouille ce modèle n’est pas fait pour vous.
    Le modele dominant du futur ne sera pas l’informatique, mais une plate-forme qui sera exempte de bidouille.
    L’open source doit se bouger pour nous offrir ce monde la, sinon ce sera un boite privative qui va nous le donner !

  16. bunam,

    >L’open source doit se bouger pour nous offrir ce monde la,

    Oui, ça serait tellement bien de faire du fermé avec de l’ouvert… pourkoikinionpapensé?

    >sinon ce sera un boite privative qui va nous le donner !

    Euh, pas déjà fait ça?

    >Le modele dominant du futur ne sera pas l’informatique, mais une plate-forme qui sera exempte de bidouille.

    Ah… voila donc qui pourrait expliquer certaines choses.

    >Je passe mes journées a bidouiller pour que mon monde informatique fonctionne, sur l’iphone pas besoin, on nous livre un ensemble cohérent qui ne nécessite pas de bidouille pour fonctionner.

    Bah, si ton "monde informatique" peut se résumer à l’iPhone… pourquoi ne pas travailler seulement avec ? A moins que non, qu’un outil pensé et paramétré pour le maximum de personne ne puisse pas répondre précisément à ton besoin.
    Bienvenue dans le dilemme de la configuration.

  17. Des choses comme un iPhone ont été pensées pour qu’elles remplissent bien les poches du fabriquant, et aussi pour qu’elles correspondent à l’usage moyen d’un utilisateur moyen. Moyen à tout, bon à rien.

  18. freeflyer

    @Incontinentia Buttocks : y’a un tas d’applis iphone qui ne sont pas des jeux, et si les personnes qui ont voulu vous convaincre ne vous ont montré que des jeux, je comprends mieux votre "résistance" :)
    Il y a (entre autres, parmi ce que j’ai sur le mien):
    – un logiciels de GPS
    – de la navigation aérienne
    – des applis se basant sur des api probablement XML de sites web (facebook, linked-in, dismoiou, pages jaunes, allociné, imdb…..)
    – Quelques réveils (donc un super bien basé sur les cycles de sommeil, dont un équivalent existe sur android),
    – une suite compatible office,
    – un simulateur de crédit
    – google earth,
    – l’application "RATP" qui m’est bien utile,
    – une messagerie instantanée..
    – une appli pour le trafic francilien..

    Je n’ai personnellement que 2 jeux dessus et mon téléphone est jailbreaké ce qui me permet en plus d’avoir une appli de SMS mieux faites que la standard, une lampe de poche, un terminal (avec possibilité de me connecter sur mon serveur linux..)

    Bref pas QUE des jeux, loin de la..