Quand le Libre souhaite participer à endiguer l’apocalypse des abeilles

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Si les abeilles disparaissaient de la surface du globe, l’homme n’aurait plus que quatre années à vivre, estiment certains apiculteurs.

Or on assiste depuis une décennie à un phénomène inquiétant en Europe : le syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles.

Et si le Libre permettait d’améliorer la situation en rendant plus accessible la création de ruches ?

Tel est, en gros résumé, l’objectif principal du projet Open Source Beehives qui propose, entre autres choses, des plans de ruches à monter soi-même sous licence libre (CC By-SA).

Open Source Beehives Project

Open Source Beehives Project

Un réseau intelligent de ruches open source peut-il stopper l’apocalypse chez les abeilles ?

Can A Smart Beehive Network Of Open-Source Hives Help Stop The Bee Apocalypse?

Ben Schiller – 18 novembre 2013 – FastCoExist.com
(Traduction : goofy, ardeur, Llu, KoS, Asta, Penguin, Llu + anonymes)

Le projet Open Source Beehives (NdT : Ruches Open Source) vise à ouvrir la voie à l’apiculture à la maison, avec des plans de ruche simples et bon marché. Les abeilles mourant par millions, il faut propager l’information.

Des millions d’abeilles sont mortes — et c’est un vrai problème car nous en avons vraiment besoin. Une centaine de cultures agricoles (d’une valeur estimée à 30 milliards de dollars) dépendent des abeilles pour la pollinisation, sans compter qu’en bénéficient également toutes sortes d’animaux et de plantes. Nous ne pouvons pas vivre sans abeilles.

Les causes de ce syndrome d’effondrement des colonies d’abeilles (appelé Colony Collapse Disorder en anglais, ou CCD) n’ont pas encore été clairement établies, bien qu’il existe deux suspects principaux, selon une étude récente de l’USDA (NdT : United States Department of Agriculture, le Département de l’Agriculture des États-Unis). Un coupable potentiel est un acarien parasite appelé Varroa destructor, qui suce un fluide du système circulatoire des abeilles et qui porte un virus. L’autre suspect est l’augmentation de l’utilisation d’une classe de pesticide appelée néonicotinoïde. Depuis 2006, époque où les néonicotinoïdes ont commencé à être utilisés largement, les apiculteurs ont signalé qu’ils avaient perdu de 30 % à 90 % de leurs ruches.

Quelle que soit la cause, les agriculteurs vont devoir reconstituer la population d’abeilles, ce qui implique plus de ruches et davantage d’apiculteurs. Le projet Open Source Beehives espère y parvenir en diffusant des plans de ruches simples et bon marché pour qu’il soit facile à n’importe qui de fabriquer la sienne, et encourager la collaboration entre les concepteurs, les techniciens, les chercheurs et les amoureux des abeilles. Pour l’instant, il existe deux modèles : le Colorado Top Bar (dépôt sur GitHub) et le Warré (dépôt sur GitHub). Les équipes à l’origine de ces plans travaillent constamment sur des améliorations.

« Ce plan, facilement transportable, peut être réalisé à partir d’une simple planche de contre-plaqué et s’assemble en quelques minutes sans vis ni colle, comme une Wikihouse pour abeilles » déclare Tristan Copley Smith, de Open Tech Forever, un groupe qui diffuse la technologie open source. Open Tech Forever a imaginé le concept de ruche open source à peu près au même moment qu’un autre groupe, le Fab Lab de Barcelone, l’un et l’autre espèrent désormais impliquer d’autres personnes.

Outre la propagation de ruches bon marché, leur but est d’améliorer la surveillance des abeillles. Ils appellent tous les deux à la conception de capteurs bon marché, pour mesurer l’humidité, la température et d’autres paramètres. Cela aidera les apiculteurs à suivre la santé des colonies et les chercheurs à en apprendre davantage sur ce qui se passe réellement à l’intérieur de la ruche. La version Warré est déjà installée à différents endroits, les capteurs ont été testés à Barcelone, Paris et Bruxelles. Vous pouvez en découvrir davantage sur cette technologie ici :


« Notre objectif est de créer un réseau maillé de colonies intelligentes, qui crée des données ouvertes, partagées sur la plateforme Smart Citizen pour étudier le syndrome d’effondrement et ses causes », explique Colpey Smith. « Nous voulons encourager et faciliter l’apiculture à la maison, tout en éduquant les apiculteurs aux bonnes pratiques et à la création de systèmes d’alerte automatisés ».

Dans cette lettre ouverte du projet Open Source Beehives, vous trouverez plus d’informations sur leurs plans et comment vous investir. « Nous sommes à la recherche de collaborateurs intéressés pour tester nos ruches et nos capteurs avec des colonies actives, si possible dans l’hémisphère sud où c’est actuellement le printemps » dit Copley Smith. « Nous aimerions faire un maximum de tests avant de lancer une campagne Kickstarter en janvier. »

Open Source Beehives Project

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5 Réponses

  1. Crendipt

    Je n’ai pas bien compris l’objectif de ce projet, surtout ce qui concerne les plans de ruche.
    Même si la « Colorado top bar » est facile à fabriquer, cela implique surtout une diversification des modèles de ruche, ce qui me semble être un obstacle majeur dans la propagation de l’apiculture. Il n’est pas très difficile ni coûteux de fabriquer le modèle de ruche le plus répandu actuellement, à savoir la Dadant 10 cadres. La standardisation du matériel apicole (dans une certaine mesure, puisque le modèle adapté dépend aussi du climat) permet une coopération entre les apiculteurs, par exemple en partageant des cadres, qui selon moi est indispensable.
    En plus de cela, les plans de ruche se trouvent très facilement sur Internet, les modèles les plus courants étant dans le domaine public. Le fait que les plans proposés ici soient open-source n’apporte donc pas grand chose.

    Il me semble que la piste à exploiter pour freiner le déclin des abeilles se situe plutôt dans le domaine de l’enseignement et de l’information. Il est indispensable de transmettre les bonnes pratiques, notamment sanitaires, auprès d’apiculteurs parfois mal informés, parfois négligents, qui contribuent à la propagation du varroa ou d’autres parasites. De la même façon, la sensibilisation du grand public aux problématiques liées au déclin des abeilles (varroa, pesticides,..) peut entraîner une prise de conscience.

  2. Et si le pinard venait à disparaître, nous n’aurions plus que trois mois à vivre, estiment certains viticulteurs. Nous vivons dans un monde plein de dangers.

  3. @gasche

    La différence, c’est que les abeilles, en tant que principaux pollinisateurs d’une multitude d’arbres fruitiers et de plantes de consommation quotidienne, sont effectivement essentielles au maintien de la production actuelle.

    Parler de « mois à vivre » est certes exagéré, mais il n’empêche qu’une disparition des abeilles aurait bien plus de répercussions qu’une simple pénurie de miel…

  4. Cette affirmation n’est pas sourcée, est de nature grotesquement biaisée, n’a donc sans doute aucune valeur de vérité. Bref c’est typiquement le genre de non-sens (pour ne pas dire « de merde ») qui fait douter de la pratique du journalisme. Je trouve ça triste de voir ça en tête de n’importe quel texte, et particulier dans mon flux de nouvelles Framasoft.

    Sinon j’aime bien les abeilles, l’écologie, les fleurs, le libre, tout ça; mais pas trop qu’on prenne les lecteurs pour des idiots.

    (Alors oui c’est se prendre le chou sur une minuscule partie du billet au lieu de se concentrer sur le contenu qui suit. Et en plus ce n’est pas quelqu’un de Framasoft qui l’a écrit, c’est une traduction d’un article existant, et quand un article est intéressant on a le respect pour l’auteur de tout traduire, même les parties où il raconte n’importe quoi. Mais quand même, la phrase est tellement mauvaise qu’elle m’a poussé à écrire un commentaire, et j’aimerais bien éviter ça à l’avenir.)

  5. @gasche

    Je pense qu’il y a une marge entre une hyperbole et une manigance journalistique propagandiste de bas étage. Vous êtes manifestement convaincu que cette phrase entre dans la seconde catégorie. Pas moi.

    Elle aurait pu être plus précise, mais de là à être « triste de voir ça », il y a un pas que je ne franchirai pas.

    Ce qui est certain, c’est que pour beaucoup de gens, les abeilles ne font rien d’autre que faire du miel (pas forcément très utile donc, d’autant plus que tout le monde sait que le Nutella est bien meilleur), alors que la réalité est tout le contraire. La disparition des abeilles et un problème environnemental, social et économique _réel_ et beaucoup de gens le sous-estiment. En ce sens, je peux comprendre l’intérêt d’utiliser une de ces phrases d’accroche, et ce sans sombrer dans la malhonnêteté intellectuelle…