Sécurité US et non discrimination du Libre ne font pas bon ménage sur SourceForge

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Katie Tegtmeyer - CC byLa forge logicielle SourceForge n’est plus à présenter. C’est le plus grand dépôt d’applications libres au monde, qui se comptent en centaine de milliers.

Or petit scandale et réelle polémique, SourceForge vient tout récemment et sans préavis d’en barrer l’entrée aux ressortissants de l’Iran, la Corée du Nord, Cuba, du Soudan et de la Syrie, pour se mettre en conformité avec une loi américaine sur la sécurité nationale[1].

Tant pis pour les développeurs et utilisateurs de ces cinq pays et tant pis aussi pour les principes non discriminants qui régissent le logiciel libre.

Pour évoquer ce problème nous avons choisi de traduire la news du Register, mais nous aurions tout aussi bien pu choisir cet article de ComputerWorld dont la conclusion interpelle  : «  La seule manière d’empêcher réellement les pays sur liste noire d’avoir accès aux dépôts de logiciels libres hébergés aux USA est d’interdire aux Américains de participer au mouvement open source  !  »

SourceForge raye 5 nations de la carte open source

SourceForge bars 5 nations from open source downloads

Dan Goodin – 26 janvier 2010 – The Register
(Traduction Framalang  : Olivier)

Certains pays sont plus égaux que d’autres

Le dépôt de logiciels open source, SourceForge.net, bloque désormais automatiquement les adresses Internet des utilisateurs de l’Iran, la Corée du Nord, Cuba, le Soudan et la Syrie au prétexte d’appliquer une loi empêchant les ressortissants de ces pays de télécharger des logiciels libres.

Les réactions des puristes du mouvement des logiciels libres et open source ne se sont pas fait attendre. Ils militent pour que chacun ait accès au code, à la seule condition qu’il respecte les termes de la licence. À l’instar du dépôt open source de Google, les termes d’utilisation de Sourceforge interdisent depuis longtemps à quiconque résidant dans un des pays placés sur la liste de sanction de l’US Office of Foreign Assets Control d’envoyer ou de télécharger du code.

Depuis la semaine dernière, SourceForge a commencé à bannir certaines adresses IP pour faire respecter cette interdiction. Dans un article paru lundi, Sourceforge n’annonce pas la raison de ce changement, mais il affirme néanmoins que cette décision ne cadre pas avec la philosophie de l’entreprise  :

«  Cependant, notre participation à la communauté open source ne peut pas nous faire oublier que nous vivons dans le monde réel et que nous sommes tenus aux lois qui régissent le pays d’où nous exerçons  », peut-on lire dans l’article. «  Notre obligation est de suivre ces lois et nos vœux, aussi humanistes soient-ils, ne peuvent pas s’y soustraire.  »

Les critiques de cette restriction ne se firent pas attendre. Dans les commentaires, sur le blog de SourceForge, une personne note que cette restriction entre en conflit avec la Section 5 de la définition de l’Open Source qui stipule que les licences ne doivent pas établir une discrimination «  entre des personnes ou des groupes de personnes  ». Les critiques soutiennent également que ces restrictions ne sont pas compatibles avec le discours que tenait la semaine précédente Hillary Clinton, la Secrétaire d’État américaine, encourageant un Internet libre.

Notes

[1] Crédit photo  : Katie Tegtmeyer (Creative Commons By)

16 Responses

  1. kimented

    Cette loi est réellement "une loi empêchant les ressortissants de ces pays de télécharger des logiciels libres" ? C’est complètement absurde.
    J’espère qu’une solution sera trouvée, venant du gouvernement américain, ou de Sourceforge (Délocalisation des serveurs).

  2. Dd

    Google aussi est aux Etats-Unis 😉 donc Google Code devrait interdire l’accès à certains pays ? Je crois plutôt que ca vient de SourceForge qui a des conditions d’utilisations douteuses…

  3. habana

    Dans le même registre, les entreprises Comme DELL n’ont pas le droit de vendre de produits à certains pays blacklistés

  4. Valentin Villenave

    Hmmm, l’éternelle antienne "bon vous êtes bien gentils les gars, mais il y a le Libre et il y a le monde réel hein ?"… J’ai déjà entendu ça quelque part (mais où ?).

    [Pardon je devrais dire "open source" plutôt que Libre, quel vilain mot. On est dans l’antichambre de Microsoft après tout.]

  5. Hybrid Son Of Oxayotl

    Dd, est-ce que tu lis les articles, avant d’y répondre ? Ça pourrait être bien.
    «À l’instar du dépôt open source de Google, les termes d’utilisation de Sourceforge interdisent depuis longtemps à quiconque résidant dans un des pays placés sur la liste de sanction de l’US Office of Foreign Assets Control d’envoyer ou de télécharger du code.»
    Ce qui est nouveau, c’est que ça soit mis en pratique.

    Quelles lois de merde. De toute façon, les blocus qui punissent la population pour les actes d’un gouvernement non démocratique, c’est douteux.
    Comme si les iraniens n’avaient pas déjà assez à faire pour contourner le filtrage d’état, les états-unis en remettent une couche…

  6. lowje

    Bien triste pour eux :/ En utilisant un proxy, ils peuvent toujours participer à des projets sur sourceforge ; non ?

  7. Gildas

    Ce qui est malheureux ce que le logiciel libre est un bol de liberté pour ces pays. J’imagine la déprime d’un dév. iranien qui avait mis son script sur SourceForge et qui constate qu’il n’a plus aucune prise dessus et plus les moyens de le faire évoluer collaborativement en se mettant en contact avec le monde entier.

  8. plf

    Un embargo doublé d’un boycott sur le logiciel libre/open source ?
    Merdre alors, il fallait quand même y penser !

  9. Changaco

    Comme le dit LordPhoenix ça fait longtemps que SourceForge est déconseillé, il existe des forges libres que l’on peut installer sur son propre serveur, par exemple CodingTeam.

    Décentraliser c’est rendre la censure plus difficile, ça fait longtemps qu’on le sait.

  10. AllonsAllons

    Je trouve la plupart des commentaires assez surprenants. Il y a une hiérarchie juridique dans tous les pays du monde, et le droit des contrats ou des licences ne figure pas tout en haut de cette hiérarchie, ce qui est tout de même logique.

    C’est ce qui fait que la sécurité nationale mais aussi certains autres principes, ont plus de force que des licences. Par exemple, en France, on ne peut pas abandonner ses droits moraux, ce qui est en contradiction avec la plupart des licences libres. On ne peut pas vendre n’importe quoi aux états ennemis ou pas trop copains.

    Même Stallman reconnait cette situation dans de vieux papiers. Par contre, il stipule, avec raison, que les licences ne doivent pas considérer ces aspects conjoncturels (à la fois dans le temps et dans l’espace). Charge aux pays, ensuite, de décider ce qui tient, ou pas, dans ces licences.

    Alors évidemment, ça n’enlève rien au caractère choquant des ces principes, mais de là à accuser SF.net d’appliquer la loi de son pays…

  11. Noctis_Lux

    "Dura lex sed lex" en définitive ? Il est pourtant certains seuils où la désobéissance civile devient un devoir. Reste à savoir s’il s’agit de l’un de ces seuils et si les conséquences n’auraient pas été pires, mais c’est juste pour rappeler que la loi n’est pas un absolu.

    Personnellement, je trouve cela absurde de bloquer les ressortissants d’un pays étranger parce que les Etats sont en conflit. C’est même donner un petit coup de pouce au-dit Etat adverse… Mais ce n’est ni la première ni la dernière loi idiote, là-haut comme ici.

  12. Jimmy

    Et à côté de ça, nos pays (USA compris) n’hésitent pas à signer des contrats pour l’exportation d’armes dans ces pays…

  13. aKa

    Lu sur Numerama : "Internautes bannis : après le blocage, SourceForge fait machine arrière"
    http://www.numerama.com/magazine/15

    "Le blocage s’assouplit du côté de SourceForge. Après avoir filtré unilatéralement les internautes en fonction de leur provenance géographique, la forge logicielle a décidé de laisser cette décision à chaque administrateur de projet. Un moindre mal pour une plate-forme de portée internationale."