Non, je ne veux pas télécharger votre &@µ$# d’application !

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« Ne voulez-vous pas plutôt utiliser notre application ? »…

De plus en plus, les écrans de nos ordiphones et autres tablettes se voient pollués de ce genre de message dès qu’on ose utiliser un bon vieux navigateur web.

Étrangement, c’est toujours “pour notre bien” qu’on nous propose de s’installer sur notre machine parmi les applications que l’on a vraiment choisies…

Ruben Verborgh nous livre ici une toute autre analyse, et nous dévoile les dessous d’une conquête de nos attentions et nos comportements au détriment de nos libertés. Un article blog traduit par Framalang, et sur lequel l’auteur nous a offert encouragements, éclairages et relecture ! Toute l’équipe de Framalang l’en remercie chaleureusement et espère que nous avons fait honneur à son travail ;)

Cross platform applications - CC-BY Tsahi Levent-Levi
Cross platform applications – CC-BY Tsahi Levent-Levi

Utilisez plutôt le Web

Auteur : Ruben Verborgh

Source : blog de l’auteur

Traduction : Julien, David_5.1, AlienSpoon, roptat, syst, serici, audionuma, sebastienc, framasky, Ruben Verborgh, Diane, Éric + les anonymes.

Sous des prétextes mensongers, les applications mobiles natives nous éloignent du Web. Nous ne devrions pas les laisser faire.

Peu de choses m’agacent plus qu’un site quelconque qui me demande « Ne voulez-vous pas utiliser plutôt notre application ? ». Évidemment que je ne veux pas, c’est pour ça que j’utilise votre site web. Certaines personnes aiment les applications et d’autres non, mais au-delà des préférences personnelles, il existe un enjeu plus important. La supplique croissante des applications pour envahir, littéralement, notre espace personnel affaiblit certaines des libertés pour lesquelles nous avons longtemps combattu. Le Web est la première plate-forme dans l’histoire de l’humanité qui nous permette de partager des informations et d’accéder à des services à travers un programme unique : un navigateur. Les applications, quant à elles, contournent joyeusement cette interface universelle, la remplaçant par leur propre environnement. Est-ce vraiment la prétendue meilleure expérience utilisateur qui nous pousse vers les applications natives, ou d’autres forces sont-elles à l’œuvre ?

Il y a 25 ans, le Web commença à tous nous transformer. Aujourd’hui, nous lisons, écoutons et regardons différemment. Nous communiquons à une échelle et à une vitesse inconnues auparavant. Nous apprenons des choses que nous n’aurions pas pu apprendre il y a quelques années, et discutons avec des personnes que nous n’aurions jamais rencontrées. Le Web façonne le monde de façon nouvelle et passionnante, et affecte la vie des gens au quotidien. C’est pour cela que certains se battent pour protéger le réseau Internet qui permet au Web d’exister à travers le globe. Des organisations comme Mozilla s’évertuent à faire reconnaître Internet comme une ressource fondamentale plutôt qu’un bien de luxe, et heureusement, elles y parviennent.

Toutefois, les libertés que nous apporte le Web sont menacées sur plusieurs fronts. L’un des dangers qui m’inquiète particulièrement est le développement agressif des applications natives qui tentent de se substituer au Web. Encore récemment, le directeur de la conception produit de Facebook comparait les sites web aux vinyles : s’éteignant peu à peu sans disparaître complètement. Facebook et d’autres souhaitent en effet que nous utilisions plutôt leurs applications ; mais pas simplement pour nous fournir une « meilleure expérience utilisateur ». Leur façon de nous pousser vers les applications met en danger un écosystème inestimable. Nous devons nous assurer que le Web ne disparaisse jamais, et ce n’est pas juste une question de nostalgie.

Internet, notre réseau global, est une ressource fondamentale. Le web, notre espace d'information mondial, est de loin l'application la plus importante d'Internet. Nous devons aussi le protéger.
Internet, notre réseau global, est une ressource fondamentale. Le web, notre espace d’information mondial, est de loin l’application la plus importante d’Internet. Nous devons aussi le protéger.

Le Web : une interface indépendante ouverte sur des milliards de sources

Pour comprendre pourquoi le Web est si important, il faut s’imaginer le monde d’avant le Web. De nombreux systèmes d’information existaient mais aucun ne pouvait réellement être interfacé avec les autres. Chaque source d’information nécessitait sa propre application. Dans cette situation, on comprend pourquoi la majeure partie de la population ne prenait pas la peine d’accéder à aucun de ces systèmes d’information.

Le Web a permis de libérer l’information grâce à une interface uniforme. Enfin, un seul logiciel – un navigateur web – suffisait pour interagir avec plusieurs sources. Mieux encore, le Web est ouvert : n’importe qui peut créer des navigateurs et des serveurs, et ils sont tous compatibles entre eux grâce à des standards ouverts. Peu après son arrivée, cet espace d’informations qu’était le Web est devenu un espace d’applications, où plus de 3 milliards de personnes pouvaient créer du contenu, passer des commandes et communiquer – le tout grâce au navigateur.

Au fil des années, les gens se mirent à naviguer sur le Web avec une large panoplie d’appareils qui étaient inimaginables à l’époque de la création du Web. Malgré cela, tous ces appareils peuvent accéder au Web grâce à cette interface uniforme. Il suffit de construire un site web une fois pour que celui-ci soit accessible depuis n’importe quel navigateur sur n’importe quel appareil (tant qu’on n’utilise rien de spécial ou qu’on suit au moins les méthodes d’amélioration progressive). De plus, un tel site continuera à fonctionner indéfiniment, comme le prouve le premier site web jamais créé. La compatibilité fonctionne dans les deux sens : mon site fonctionne même dans les navigateurs qui lui préexistaient.

La capacité qu’a le Web à fournir des informations et des services sur différents appareils et de façon pérenne est un don immense pour l’humanité. Pourquoi diable voudrions-nous revenir au temps où chaque source d’information nécessitait son propre logiciel ?

Les applications : des interfaces spécifiques à chaque appareil et une source unique

Après les avancées révolutionnaires du web, les applications natives essaient d’accomplir l’exacte inverse : forcer les gens à utiliser une interface spécifique pour chacune des sources avec lesquelles ils veulent interagir. Les applications natives fonctionnent sur des appareils spécifiques, et ne donnent accès qu’à une seule source (ironiquement, elles passent en général par le web, même s’il s’agit plus précisément d’une API web que vous n’utilisez pas directement). Ainsi elles détricotent des dizaines d’années de progrès dans les technologies de l’information. Au lieu de nous apporter un progrès, elles proposent simplement une expérience que le Web peut déjà fournir sans recourir à des techniques spécifiques à une plate-forme. Pire, les applications parviennent à susciter l’enthousiasme autour d’elles. Mais pendant que nous installons avec entrain de plus en plus d’applications, nous sommes insidieusement privés de notre fenêtre d’ouverture universelle sur l’information et les services du monde entier.

Ils trouvent nos navigateurs trop puissants

Pourquoi les éditeurs de contenus préfèrent-ils les applications ? Parce-qu’elles leur donnent bien plus de contrôle sur ce que nous pouvons et ne pouvons pas faire. Le « problème » avec les navigateurs, du point de vue de l’éditeur, est qu’ils appartiennent aux utilisateurs. Cela signifie que nous sommes libres d’utiliser le navigateur de notre choix. Cela signifie que nous pouvons utiliser des plugins qui vont étendre les capacités du navigateur, par exemple pour des raisons d’accessibilité, ou pour ajouter de nouvelles fonctionnalités. Cela signifie que nous pouvons installer des bloqueurs de publicité afin de restreindre à notre guise l’accès de tierces parties à notre activité en ligne. Et plus important encore, cela signifie que nous pouvons nous échapper vers d’autres sites web d’un simple clic.

Si, en revanche, vous utilisez l’application, ce sont eux qui décident à quoi vous avez accès. Votre comportement est pisté sans relâche, les publicités sont affichées sans pitié. Et la protection légale est bien moindre dans ce cadre. L’application offre les fonctionnalités que le fournisseur choisit, à prendre ou à laisser, et vous ne pourrez ni les modifier ni les contourner. Contrairement au Web qui vous donne accès au code source de la page, les applications sont distribuées sous forme de paquets binaires fermés.

« Ne voulez-vous pas plutôt l’application ? »

J’ai procédé à une petite expérience pour mesurer exactement quelle proportion des sites Web les plus visités incitent leurs utilisateurs à installer l’application. J’ai écrit un programme pour déterminer automatiquement si un site web affiche une bannière de promotion de son application. L’outil utilise PhantomJS pour simuler un navigateur d’appareil mobile et capture les popups qui pourraient être insérés dynamiquement. La détection heuristique est basée sur une combinaison de mots-clés et d’indices du langage naturel.
Ce graphique montre combien de sites du top Alexa (classés par catégorie) vous proposent d’utiliser leur application :

Plus d'un tiers des 500 sites les plus visités vous proposent d'utiliser leur application.
Plus d’un tiers des 500 sites les plus visités vous proposent d’utiliser leur application.

Les chiffres obtenus sont basés sur une heuristique et sous-estiment probablement la réalité. Dans certaines catégories, au moins un tiers des sites préfèrent que vous utilisiez leur application. Cela signifie qu’un tiers des plus gros sites essaient de nous enfermer dans leur plate-forme propriétaire. Sans surprise, les catégories informations locales, sports et actualités atteignent un pourcentage élevé, puisqu’ils souhaitent être en première ligne pour vous offrir les meilleures publicités. Il est intéressant de noter que les contenus pour adultes sont en bas du classement : soit peu de personnes acceptent d’être vues avec une application classée X, soit les sites pornographiques adorent infecter leurs utilisateurs avec des malwares via le navigateur.

Des prétextes mensongers

Même si les éditeurs de contenu demandent si nous « souhaitons » utiliser leur application, c’est un euphémisme. Ils veulent que nous l’utilisions. En nous privant de la maîtrise plus grande offerte par les navigateurs, ils peuvent mieux influencer les éléments que nous voyons et les choix que nous faisons. Le Web nous appartient à tous, alors que l’application n’est réellement qu’entre les mains de l’éditeur. Généralement, ils justifient l’existence de l’application en plus du site web en marmonnant des arguments autour d’une « expérience utilisateur améliorée », qui serait évidemment « bien plus rapide ». Il est curieux que les éditeurs préfèrent investir dans une technologie complètement différente, plutôt que de prendre la décision logique d’améliorer leur site internet en le rendant plus léger. Leur objectif principal, en réalité, est de nous garder dans l’application. Depuis iOS 9, cliquer sur un lien dans une application permet d’ouvrir un navigateur interne à l’application. Non seulement cette fonctionnalité prête à confusion (depuis quelle application suis-je parti(e), déjà ?), mais surtout elle augmente le contrôle de l’application sur votre activité en ligne. Et une simple pression du doigt vous « ramène » vers l’application que vous n’aviez en fait jamais quittée. Dans ce sens, les applications contribuent sciemment à la « bulle de filtre ».

Les Articles Instantanés de Facebook sont un exemple extrême : un lien normal vous dirige vers la version “optimisée” d’une page à l’intérieur-même de l’application Facebook. Facebook salue cette nouveauté comme un moyen de « créer des articles rapides et interactifs sur Facebook » et ils ne mentent même pas sur ce point : vous ne naviguez même plus sur le vrai Web. Les Articles Instantanés sont vendus comme une expérience « interactive et immersive » avec plus de « flexibilité et de contrôle » (pour les fournisseurs de contenu bien sûr) qui entraînent de nouvelles possibilités de monétisation, et nous rendent une fois de plus « mesurables et traçables ».

Soyons honnêtes sur ce point : le Web fournit déjà des expériences interactives et immersives. Pour preuve, les Articles Instantanés sont développés en HTML5 ! Le Web, en revanche, vous permet de quitter Facebook, de contrôler ce que vous voyez, et de savoir si vous êtes pisté. Le nom « Articles Instantanés » fait référence à la promesse d’une rapidité accrue, et bien qu’ils soient effectivement plus rapides, cette rapidité ne nous est pas vraiment destinée. Facebook explique que les utilisateurs lisent 20 % d’articles en plus et ont 70 % de chances en moins d’abandonner leur lecture. Ces résultats favorisent principalement les éditeurs… et Facebook, qui a la possibilité de prendre une part des revenus publicitaires.

Rendez-nous le Web

Ne vous y trompez pas : les applications prétendent exister pour notre confort, mais leur véritable rôle est de nous attirer dans un environnement clos pour que les éditeurs de contenu puissent gagner plus d’argent en récoltant nos données et en vendant des publicités auxquelles on ne peut pas échapper. Les développeurs aussi gagnent plus, puisqu’ils sont désormais amenés à élaborer des interfaces pour plusieurs plate-formes au lieu d’une seule, le Web (comme si l’interface de programmation du Web n’était pas déjà assez coûteuse). Et les plate-formes de téléchargement d’applications font également tinter la caisse enregistreuse. Je ne suis pas naïf : les sites web aussi font de l’argent, mais au moins le font-ils dans un environnement ouvert dont nous avons nous-mêmes le contrôle. Pour l’instant, on peut encore souvent choisir entre le site et l’application, mais si ce choix venait à disparaître, l’accès illimité à l’information que nous considérons à juste titre comme normal sur le Web pourrait bien se volatiliser avec.

Certaines voix chez Facebook prédisent déjà la fin des sites web, et ce serait en effet bon pour eux : ils deviendraient enfin l’unique portail d’accès à Internet. Certains ont déjà oublié qu’il existe un Internet au-delà de Facebook ! La réaction logique de certains éditeurs est d’enfermer leur contenu au sein de leur propre application, pour ne plus dépendre de Facebook (ou ne plus avoir à y faire transiter leurs profits). Tout ceci crée exactement ce que je crains : un monde d’applications fragmenté, où un unique navigateur ne suffit plus pour consommer tous les contenus du monde. Nous devenons les prisonniers de leurs applis :

Last thing I remember, I was running for the door.

I had to find the passage back to the place I was before.

“Relax,” said the night man, “we are programmed to receive.”

“You can check out any time you like, but you can never leave !”

Eagles – Hotel California

 

Mon dernier souvenir, c’est que je courais vers la porte,

Je devais trouver un passage pour retourner d’où je venais

“Relax”, m’a dit le gardien, “on est programmés pour recevoir”

“Tu peux rendre ta chambre quand tu veux, mais tu ne pourras jamais partir !”

Eagles, Hotel California

Cette chanson me rappelle soudain le directeur de Facebook comparant les sites web et le vinyle. L’analogie ne pourrait pas être plus juste. Le Web est un disquaire, les sites sont des disques et le navigateur un tourne-disque : il peut jouer n’importe quel disque, et différents tourne-disques peuvent jouer le même disque. En revanche, une application est une boîte à musique : elle est peut-être aussi rapide qu’un fichier MP3, mais elle ne joue qu’un seul morceau, et contient tout un mécanisme dont vous n’auriez même pas besoin si seulement ce morceau était disponible en disque. Et ai-je déjà mentionné le fait qu’une boîte à musique ne vous laisse pas choisir le morceau qu’elle joue ?

Les sites web sont comme les vinyles : un tourne-disque suffit pour les écouter tous. Image : turntable CC-BY-SA Traaf
Les sites web sont comme les vinyles : un tourne-disque suffit pour les écouter tous.
Image : turntable CC-BY-SA Traaf

C’est la raison pour laquelle je préfère les tourne-disques aux boîtes à musique – et les navigateurs aux applications. Alors à tous les éditeurs qui me demandent d’utiliser leur application, je voudrais répondre : pourquoi n’utilisez-vous pas plutôt le Web ?

Framalang est le groupe de traduction bénévole et communautaire de Framasoft. Les membres traduisent des articles du monde du Libre à l'intention du public francophone. Pour participer à cette aventure, rejoignez notre liste de diffusion !

24 Réponses

  1. “infecter leurs utilisateurs avec des malwares via le navigateur.”
    Comparaison intéressante car les applications apportent un leurre d’internet sécurisé. Il y a probablement moins de malware puisque le contenu des applications est à priori maîtrisé ?

    • Si l’application peut copier mes contacts, accéder à pas mal de mes informations personnelles, mon historique d’appels, ma position GPS, etc… n’est-ce pas la définition d’un malware ?

  2. Et le lien obligé vers xkcd : https://xkcd.com/1174/

  3. Bien qu’il soit très intéressant et bien écrit, ce n’est pas le premier texte du genre. J’ai le sentiment que c’est un cri du coeur qui commence à dater, même s’il n’est guère audible par un certain nombre d’acteurs. Et ça me fait penser à la guerre des bloqueurs de publicité. Si un site met trop de barrière à l’accès de son contenu, pourquoi encore le visiter ? Souvent je constate que je ne consulte ce genre de site que poussé par une curiosité sans trop d’intérêt.

    Google a justement publié sur son blog ce mardi un billet selon lequel il allait se mettre à mieux indexer les sites mobiles qui délivrent directement leur contenu, ou presque : https://webmasters.googleblog.com/2016/08/helping-users-easily-access-content-on.html Faut voir…

    Et les acteurs qui sont véritablement soucieux de leur contenu et des services qu’ils proposent, sont passés à autre chose : https://govinsider.asia/smart-gov/why-britain-banned-mobile-apps/ Et ça va même plus loin que d’abandonner l’application mobile et les popups, il s’agit carrément de remettre en cause les images et les icônes…

    • Citez Google dans le débat sans tenir compte de leur position non neutre, c’est un peu fort. Google est le plus gros pourvoyeur d’app en volume avec le Google Play… et le plus gros capteur de données avec des services non seulement dirigés vers l’utilisateur final, mais aussi vers les développeurs web qui ferment les yeux. À ce titre, si on cumule Chrome, Google Play et PageRank, j’ai un peu du mal à donner foi à une réflexion de Google sur le sujet…

  4. Je trouve cet article bien, documenté mais très parti pris.
    Au moins avec une application on est pas dépendant de :
    – résolution
    – font non installées
    – sécurité qui change
    – plugin qui pètent la mise en page
    – différence de comportement des navigateurs
    – blocage arbitraire pour non sécurité si on pas payé un certificat à un vendeur reconnu
    et j’en passe.

    • @XSeb74

      > – résolution

      Marrant, j’entends pas mal de développeur d’applis (de jeux, notamment) se plaindre de la fragmentation de l’écosystème Android, et des 42k résolutions différentes à gérer.

      Après, si l’idée est de faire une appli iOS-only, en effet c’est plus simple. Un peu comme faire un site “Internet Explorer 6 only”, en fait.

      > – font non installées

      Au 21è siècle, avec l’avènement de @font-face, faut pas pousser.

      > – sécurité qui change

      C’est-à-dire?

      > – plugin qui pètent la mise en page

      Pareil : 21è siècle. Ceci ne devrait plus arriver. Jamais.

      > – différence de comportement des navigateurs

      Effectivement, si tu pousses le web en dehors de ce qu’il sait bien faire (i.e. jeux, interactivité de ouf, etc.), c’est rapidement compliqué. Je reconnais, et je n’ai pas de solution.

      Note que ça ne tient pas vraiment pour l’immense majorité des applications “simples” qu’on nous pousse en travers de la gorge régulièrement, et qui n’apportent généralement pas d’autre fonctionnalité à l’utilisateur final (par rapport au site en question) qu’un raccourci bien visible sur le téléphone.

      > – blocage arbitraire pour non sécurité si on pas payé un certificat à un vendeur reconnu

      Lol, comme disent les jeunes. C’est sûr que le développement d’applications pour iOS ne connaît pas de blocage arbitraires. Ni de taxe à payer pour pouvoir développer. (oh, wait…).

      Et de manière plus constructive : 21è siècle aussi, on a inventé Let’s Encrypt depuis peu, qui rend ce dernier point assez immédiat à gérer.

      Ensuite, sur le fond, je n’ai pas l’impression que vous soyez si en désaccord que ça, l’article et toi. Les applications ont leur intérêt, et même l’article ne remet pas ça en cause. Leur cible (et la mienne), ce sont les applications “creuses”, qui ne sont le plus souvent que des sites repeints (voire même pas), qui te demandent des permissions sans aucun rapport avec le service rendu (parce que bon, pour accéder à du web, il devrait y avoir au plus zéro permission demandée… sur android tout du moins), et qu’en plus le site légitime cherche à tout prix à te pousser en travers du bec (cf. le XKCD posté à côté).

    • – résolution
      combien de fois on n’a pas entendu parler des appli qui n’étaient pas optimisées pour les écran retina ou haute définitions rétiniennes

      – font non installées
      bah le browser utilise alors la font par défaut, aucun problème

      – sécurité qui change
      huh °_* ? tu veux certainement dire que la sécurité des applications demande encore plus de rigueur vu qu’il faut adapter l’appli sur chaque plateforme. D’accord.

      – plugin qui pètent la mise en page
      non, c’est faux.

      – différence de comportement des navigateurs
      bah c’est de ta faute si tu utilises un navigateur qui ne respecte pas les standard du web. Ce n’est pas au dev de devoir coder son site pour chaque browser

      – blocage arbitraire pour non sécurité si on pas payé un certificat à un vendeur reconnu
      et j’en passe.
      de quel certificat parles-tu ? SSL ? dans ce cas tu laisses ton site en http, aucun problème tant que tu ne traites pas d’infos sensibles.

  5. Un smartphone bourré d’apps, une pour prendre son billet de train, une pour la météo, l’assurance ménage, le médecin, le compte en banque… bientôt une app pour sortir les poubelles et une autre pour tirer la chasse d’eau? Et quand le portable est plein et lent, on en rachète un (en utilisant une app), on copie les donnees (avec une autre app), et on jette le vieux et il finit là: https://www.theguardian.com/environment/gallery/2014/feb/27/agbogbloshie-worlds-largest-e-waste-dump-in-pictures

    • VOus préférez peut-être une méga application comme en Chine où le gouvernement peut à son aise espionner encore plus facilement tous ses citoyens 😉

      Après il faut choisir les applications essentielles et utiliser le web pour le reste.

  6. Je suis complètement d’accord avec l’auteur de l’article, et je suis contre les applications propriétaires qui restreignent les libertés de l’utilisateur. Exemple récent, le site mobile de Facebook qui force l’utilisation de l’application Messenger pour discuter avec ses contacts ! Alors que cela fonctionnait très bien auparavent (et fonctionne toujours aussi bien si on change l’user agent). Je boycotte toutes les applications propriétaires qui ne sont que des façades de leur site internet.

  7. Thomas Mester

    > Alors à tous les éditeurs qui me demandent d’utiliser leur application, je voudrais répondre : pourquoi n’utilisez-vous pas plutôt le Web ?

    La raison est enfaîte extrêmement simple. Tous les éditeurs d’app savent que l’app est moins bien que le site web. Cependant, un utilisateur mobile vaut plus qu’un utilisateur PC. Les annonceurs payent souvent jusqu’à 12x plus pour afficher leur pub (régie premium).

    Donc voila dès qu’un site web se rend compte qu’il gagnera 10x plus en basculant tous ses users sur l’app il les forcera. Si bien que maintenant la plupart du temps il n’existe que l’app et le site web n’est là que pour télécharger l’app. Bête exemple : Thinder. Pourquoi ils ne font pas une version web ? Car tout simplement ils perdraient de l’argent, les annonceurs veulent des utilisateurs mobiles, comme avant ils voulaient des utilisateurs web plutôt que des téléspectateurs. L’argent bouge et si tu veux pas couleur tu dois bouger avec lui.

    Source : ça fait 10 ans que je boss avec les pubs sur le web&mobiles

  8. Très bon article , merci à son auteur et à la communauté Framalang pour la qualité de la traduction.

    Sa lecture m’a permis de prendre conscience à quel point les sites web qui font passer l’intérêt économique au premier plan se sont engagés dans la course folle à la privatisation de l’attention.
    C’est inquiétant dans la mesure où l’utilisateur, je pense, n’en prends pas conscience lorsqu’il installe l’application sur son smartphone.

    Mais c’est un fait révélateur de deux tendances:

    1) Les sites web et leurs développeurs qui font le choix de procéder de la sorte font preuve d’une paresse méprisable en préférant s’approprier l’attention de ceux qui leur font confiance, en échange de quoi l’utilisateur se fait piquer des données personnelles, “pour son bien et son confort”, plutôt que de créer de vrais sites web adaptés à l’écran. Le “responsive design” n’est pas une option.

    2) Les utilisateurs ne sont pas non plus tout blanc, car ils en “acceptent” les conditions. On les prévient que l’application consulte leur répertoire, leurs SMS, leur compte etc. Bref, c’est un pillage consenti des données, preuve en est que l’on préfère encore et toujours le confort à la liberté.

    Quoiqu’il en soit, il est important de mesurer le poids des applications de nos jours. Il y a 10 ans ça n’existait pas encore, le Web oui. Dans 10 ans, je ne souhaite pas que la tendance s’inverse.

    Enfin, de mon côté, n’ayant pas de smartphone, je suis relativement tranquille, mais ce n’est pas le cas de milliards de personnes aujourd’hui.

  9. Comme beaucoup de choses en informatique, c’est un cycle. Dans les années 90, jusqu’à 2000 on avait un programme pour un type de service (client FTP, client Newsgroup, client Gopher, client web etc..), puis on a basculé sur du full-web où tout passe par le navigateur avec un composant flash / java à la con qui forçait l’accès à un type de contenu en bloquant les fonctions (qui a pensé aux sites de discussion ?), pour maintenant revenir à une application = un type d’accès, avec des contraintes nettement plus fortes, évidemment.

    Et le plus dingue: c’est que les utilisateurs râlent pour les pubs, les lenteurs et la conso TGV de leurs batteries de mobile, mais il y a encore assez de “clients” pour ces programmes pour inciter les éditeurs à continuer…
    /

  10. Autant la prolifération des applications dédiées à un seul fournisseur de service me semblent une mauvaise chose, (par exemple une appli sncf, une appli idtgv, une appli easyjet, une appli airfrance, etc.) pour les raisons énoncées dans l’article, autant tout remplacer par du web n’est pas forcément le mieux, mais pour d’autres raisons que je vais exposer.

    Si les sites web deviennent aussi riches que des applications, et utilisent un tas de fonctionnalité comme la géoloc, les gyroscopes, l’appareil photo, le stockage sur la mémoire locale, l’accès aux contacts, etc., alors au lieu d’API au niveau de l’OS, tout sera implémenté dans le navigateur, qui sera lui même au dessus de l’OS. Le navigateur ne sera qu’un proxy qui réimplementera son propre OS au dessus de l’OS normal (android, ios), et qui aura ses propres failles de sécurité en plus de celles de l’OS. Ce n’est rien d’autres qu’empiler des couches, chacune ayant sa complexité et sa lourdeur.

    L’avantage actuel qu’apporte le navigateur c’est une standardisation de l’API (W3C) alors que comme vous le dites, les applications natives n’ont pas de standard. Pourtant, qu’est ce qui empêcherait de définir une API système standard entre OS, mais laissant libre chaque plateforme sur le reste (ios pourrait continuer à utiliser objc et android java) ?

    Aussi, des applications dédiées à une tâche, et non à un fournisseur, devraient voir le jour. Une application de réservation, qui ne serait pas dédiée à sncf, ni à idtgv, ni à airfrance, etc., mais qui agrégerait leurs données (on pourrait choisir quelles sources on veut).
    Le projet weboob (http://weboob.org/) a cette visée là : d’utiliser différents fournisseurs de services en restant sur une même application, neutre vis à vis des fournisseurs (par exemple l’application traveloob de weboob)

  11. Père Des Peuples

    Donc d’après le graphe, le secteur le plus respectueux de la navigation par web, c’est le porno ? je trouve ça rigolo.

    (mais j’imagine que peu de gens seraient fiers d’avoir une appli youporn, donc c’est sûrement pour cette raison que les développeurs porno ne le proposent pas)

  12. Jean-Louis Balorin

    100% d’accord! (la quasi totalité des applis sont remplaçables par un accès web)
    Mais elles vont grossir bien sur.
    Après la bataille du “Client léger” (je sais c’est vieux!!) il y aura celle du “client Lourd” à nouveau!

    J’enfourche à l’occasion le cheval RSS lui aussi en train de disparaitre.
    Mais bien sur ça fait moins de clics chez FB, Instamachin, ou Tweetruc ……..etc…. !!!
    Avec un bon lecteur RSS : Avoir sur une page les sujets qui vous intéressent, et choisir facilement ceux que l’on veut lire c’est quand même plus rapide, plus ergonomique, et BEAUCOUP plus simple que de consulter plusiuers centaines de pages de posts dont la plupart sans intérêt. En 10 pages J’accède à plus de 100 sites et à leurs 15 ou 20 derniers posts en un clin d’oeil!!
    Bravo à Framasoft pour maintenir ces fils RSS!!!!

  13. L’objectif des éditeurs n’est pas toujours aussi sombre que cela : il s’agit parfois simplement d’un effet de mode. Je parle en connaissance de cause, car je suis en train de bosser sur un site web (à but non lucratif, sans pistage et sans analytics), mais lors des premières réunions, mon commanditaire m’a demandé s’il serait possible de « faire une app ». Pourquoi ? Parce que c’est cool d’avoir une app, alors qu’un site, tout le monde en a un. Cela dit, mon site web ne sera pas forcément beaucoup mieux qu’une app car il utilise des fonctionnalités de javascript qui, bien que standard, sont buguées ou non prises en charge par certains navigateurs (par définition, c’est une application web un peu lourde). En revanche, l’absence de l’habituel arsenal de surveillance le rend beaucoup plus léger qu’un simple site d’actualités 😉

  14. Lorsque Apple a commercialisé son ipad, j’ai dit à mon marchand de Mac de l’époque que j’étais surpris de la ruée sur ces machines, car pour moi, à sa manière, Apple venait d’inventer le Minitel.
    Depuis, j’en ai acheté un (ipad, pas Minitel), mais je n’ai chargé aucune appli dessus et ce n’est pas demain la veille du jour où je le ferai.
    Je fais une exception pour le projet Convergence d’Ubuntu.

  15. J’ai du mal a percevoir où est le problème…

    Tout le monde est loin d’être heureux d’être obligé de démarrer un navigateur en même temps que leur PC. 200 Mo à rien faire, c’est chiant. Ouvrir [votre webmail ici] et bouffer 200 Mo de plus alors que votre client “lourd” favori fait la même chose avec 10 Mo en tout… C’est systématique: tout ce qu’un client natif “lourd” peut faire, le navigateur le fait en bouffant bien plus de RAM et de CPU. Comment expliquer que le ventilateur de mon portable se mette en route sur le site de CNN et pas quand je fais du montage vidéo dans pitivi ?

    Le web est ouvert, certes, mais pour quoi faire ? Pour simuler tout ce qui était dévolu à l’OS précedemment… Que sont les websockets sauf un ersatz de ce qu’on appelle “socket” ? Routage, firewall, execution native, apps, resource balancing, etc. tout ça sont des copies imparfaites de fonctions dévolues à l’OS !

    Est-ce une hérésie ? Non. Est-ce que ça fonctionne bien ? Pas sûr.

    Et je repose la question : web ouvert, oui mais pour quoi faire ? Le backend est closed-source. L’API, si elle existe est souvent publique mais soumise à un CLUA. Avec webassembly, NaCl et webgl, on peut déjà exécuter ce qu’on veut sur le frontend…

  16. Je ne suis pas entièrement d’accord avec le contenu de l’article. En effet, dans beaucoup de cas l’application mobile est moins bien voir moins complète que la version site internet d’un service mais ce n’est pas une règle absolue.

    Lorsque je lis les différents commentaires j’ai l’impression que beaucoup critiques pour critiquer et sans loin de connaitre les réalités du terrain.

    Alors pourquoi un entreprise peut s’obstiner à proposer d’utiliser son application mobile ? Est bien :
    – Parce que son site n’est pas “responsive” et qu’il était plus simple d’exploiter l’API existante pour créer une application mobile. J’ajouterai ici que le “responsive” ne se limite pas juste à utiliser Bootstrap ou Fondation mais va beaucoup plus loin que ça : disposition des éléments, taille des boutons/polices, adaptation dynamique de la taille des images (depuis la source et pas uniquement à l’affichage)…etc.
    – Parce qu’il faut marquer sa présence des les Apps store si l’on veut survivre, un peu comme c’est le cas sur Google pour un site web. (que l’on veuille ou pas il s’agit d’une réalité).
    – Parce que les applications natives sont plus rapides : moins de données sur le réseau, caching, storage local, …etc.
    – Parce que l’on peut proposer plus de fonctionnalités via une app mobile : TouchID, RA, …
    – Faire installer une application c’est aussi un moyen de fidéliser le visiteur.
    – Il y a aussi de plus en plus d’intégration des applications dans l’OS mobile : recherche, notifications, …

    Bref, dans l’idéal une entreprise doit avoir un site “responsive” et en plus une application mobile que l’utilisateur pourra choisir d’installé après avoir pu tester le service via la version “responsive” du site.

    Pour ce qui est de la sécurité des applications et des permissions exploitées par celle-ci, il appartient aussi à l’utilisateur d’être vigilant et critique à ce sujet… Mais la vérité aujourd’hui est que Madame et Monsieur tout le monde est prêt à vendre son âme en échange de gratuité, leur vie privée n’est plus leur préoccupation particulière, on retrouve le même phénomène dans d’autres secteurs comme l’alimentation, les gens bouffent n’importe quoi en ne regardant que le critère du prix.

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